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[Fic] La légende des Six samouraïs
Quadriforce
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [10/02/2019] à 23:19

Un résumé serait pas de trop je l'avoue ! Si tu trouves le temps je suis preneur ^^

Le fait de donner vie aux artworks c'est un truc qui m'a toujours plu, d'autant que pour certains archétypes le chara-design est très travaillé et c'est dommage de se dire qu'il n'y a aucune histoire derrière (mais dans GX c'était le cas avec les Dark World par exemple). Avec les Six samouraïs j'ai senti qu'il y avait pas mal de choses qu'on pouvait raconter, mais il y a plein d'autres archétypes pour lesquels je voudrais trouver une histoire !


heart earth
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [10/02/2019] à 23:40

ça sera fait alors! j'ai déjà résumé une partie de ma 1ere saison y'a longtemps dans le même but en plus, faudra juste que je le remette au gout du jour ^^

je suis totalement d'accord avec toi! perso, j'ai adoré l'histoire du duel terminal avec les différents archétypes présentés dedans et c'est vraiment dommage de pas exploiter plus qu'un lore qui au final raconte une histoire sans lui donner de profondeur :/ pour ça que j'ai fini par reprendre le monde des esprits moi aussi x)

Après c'est en partie pour ça que j'ai bien aimé 5ds qui redonnait vie aux esprits de duel et pour ça que j'ai bien ragé sur zexal et arc v qui détruisent ça >>

Les six samourai je me suis toujours dit que y'avait un truc à faire aussi avec tous les archetypes qui tournent autour de l'histoire japonaise mais j'ai jamais eu le courage x) d'ailleurs, j'y pense mais je ca serait pas les chevaliers nobles que tu vas utiliser pour les guerriers venus d'occident? :3




http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

Quadriforce
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [11/02/2019] à 11:17

Dans ce cas je lirai ça avec plaisir !

J'avoue que les chevaliers nobles c'est une très bonne idée, mais ils sont justement trop "nobles" pour représenter cette armée ennemie. Ce ne sera pas un archétype complet mais plein d'autres cartes, tu verras d'ici quelques chapitres ^^


heart earth
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [11/02/2019] à 12:16

Dans monty python ils ne me semblent pas si nobles que ca :3

J'ai hâte de voir qui tu vas nous sortir alors x)




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le bon temps…

Ezaakh
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [13/02/2019] à 13:46

Salut Quadriforce ! J'ai à mon tour entamé la lecture de ton histoire. J'ai terminé la lecture de ton premier arc, sans vouloir t'offenser et ruiner ton travail j'ai ignoré ton résumé pour lire l'histoire elle-même. Je trouve que c'est beaucoup plus constructif de lire une histoire qu'un résumé dans le sens où j'aime m'attacher aux petits détails.

Et tout d'abord, je dois te féliciter allègrement pour le travail que tu as produit. Ton concept est très bien trouvé et c'est une excellente idée que de vouloir donner vie à des cartes de duel de monstre. Je suis moi aussi fan des lores de Yu-Gi-Oh, j'en connais énormément mais je n'ai jamais plongé côté six samourais, et je trouve qu'établir tout un monde autour d'un lore si minime que celui fourni par Konami est un travail de titan donc je respecte beaucoup.


Et quel monde par-dessus le marché ! Un monde fantaisiste mêlant médiéval et culture asiatique dans lequel une dictature des Shien s'est établie. J'aime beaucoup l'histoire de base, les évènements passés, le fait d'opposer de la sorte les Shien et les six samourais. C'est vraiment quelque chose d'agréable à lire. Le tout est souligné par un narrateur omniscient à l'écriture compréhensible, simpliste dans le bon sens et dont les phrases s'enchaînent avec une belle fluidité.


J'aime beaucoup la structure de ton récit. C'est un récit qui ne se veut pas trop élaboré et qui ne vise pas la narration au superflu intellectuel. Tu assumes un récit accessible à tous, relativement court, mais assez riche et qui permet d'établir une bonne structure à ton histoire, et ça n'est pas accessible à tout le monde.


Concernant l'histoire en elle-même, premièrement j'aime beaucoup Zanji le protagoniste. Tout simplement parce qu'il n'est pas un stéréotype ambulant. J'y ai cru au départ avec le "flashback" qui concernait l'histoire avec son père, sans compter sur la mère morte à la naissance, c'était un arrangement scénaristique assez évident et facile pour donner la situation d'un orphelin comme lui. Le premier chapitre avec Tenkabito m'a conforté dans cette idée de cliché fanservice, et comme j'associe les six samourais aux débutants/kikoos sur devpro cela ne m'a pas vraiment aidé.

Cependant, j'ai été agréablement surpris par la structure de Zanji, et de tes personnages en général. Zanji est quelqu'un qui a de l'orgueil, qui sait le b-a.ba du combat tout en étant un jeune plutôt immature et inexpérimenté. Il est têtu, mais il a bon cœur et il s'attache facilement à des camarades. En dix chapitres relativement courts tu donnes un portrait agréable d'un jeune homme avec ses forces et ses faiblesses, avec un objectif, des sentiments, et on peut facile s'y identifier. Ce n'était pas du tout forcé et j'apprécie ce point.


Et on peut dire la même chose pour plusieurs personnages, dont je ne citerai que deux puisqu'ils ont eu un peu plus de développement à savoir : Irou et Kamon. Irou semble comme le stéréotype de l'ami dark, comme Sasuke ou autre cliché sur pattes, mais il y a quelque chose qui le différencie. Il sait faire des concessions (L'attaque combinée avec Zanji), tout en étant fidèle à ce qu'il aime et sa manière de se battre (Combat contre le maître des combos) ce qui lui donne une certaine profondeur qui est agréable à lire. Quant à Kamon, c'est le joyeux camarade de la bande, le plus sociable, qui est aussi le plus seul finalement. On peut facilement imaginer le petit garçon perdu avec sa mère quand on voit le jeune homme qu'est devenu Kamon, et ça le rend particulièrement attachant. Son passé a été vite résumé, mais j'aimerais beaucoup avoir un peu plus de détails sur son développement.


Concernant les ennemis, c'est relativement classique pour le moment. Surtout le changement de scénario du Grand Shogun, c'était plutôt prévisible. Cependant j'ai aimé deux choses. La première, c'est que le chef est aussi brutal que ses serviteurs. Il ne recule devant rien et exécute froidement ses propres hommes, un comportement de tyran et de véritable antagoniste. La seconde, c'est le fait que tu détailles le passé d'un personnage juste avant son exécution. Un personnage aussi mineur que le légionnaire peut alors devenir humain, devenir un personnage qu'on peut aimer, même s'il n'apparaît qu'un chapitre avant de mourir. C'est sympa de ne pas avoir de "pot de fleur" pour le moment, ce qui me laisse à penser que Tenkabito le premier sous-antagoniste reviendra sûrement par la suite.


Bref ! Je ne vais pas m'étaler plus pour le moment puisque ce n'était que l'arc d'Introduction, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire. Bravo pour les références de vieux monstres comme l'immortel du tonnerre ou ravitaillement, mais aussi pour l'introduction de la belle Denko Sekka dont j'ai aimé l'apparition et les lignes de dialogue. Je vais lire la suite très vite, et j'espère vraiment qu'elle sera aussi bonne que ce que j'ai eu l'occasion de lire !

On se retrouve à la fin de l'arc Ninja pour ma prochaine review Quadriforce ! 🙂


Les légendes ne meurent jamais, elles se retrouvent toutes au format Avril 2014.
Yume-Nikki. Glory for Hope. United We Stand. Guru Guru Wonderland.
http://web.archive.org/web/20170711065501/http://otk-expert.fr/arpenteurs/11188/

Quadriforce
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [13/02/2019] à 19:18

Ouah, quelle superbe review ! Merci Ezaakh pour le temps que tu as consacré à donner ton avis sur la fic, je n'en attendais pas tant ! N'hésite pas à continuer pour les autres arcs, je lirai ça avec intérêt. Je suis content en tout cas que ce premier arc te plaise, j'espère que la suite sera aussi intéressante à lire 🙂


Ezaakh
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [13/02/2019] à 21:57

Le plaisir est pour moi Quadriforce ! Quand il y a une bonne histoire, je trouve que la moindre des choses est de faire une review complète pour encourager l'auteur à produire encore. Le temps que j'ai mis est faible par rapport à ton travail, ne t'en fais pas ^^


Et je viens donc pour donner mon avis sur le second arc: Ninja, qui était lui aussi très agréable à lire je l'avoue ^^


Tout d'abord j'ai eu quelques craintes au début de l'arc étant donné que j'ai cru que la fic allait trop se disperser pour partir dans un gros bordel, mais j'ai aimé comment les classes de guerriers ce sont étendues dans un rapport logique. On peut maintenant dire qu'il y a les Shien et les Samourais qui se livrent une guerre, ces derniers vivants cachés, ou du moins en ermites en attendant de renverser le pouvoir dictatorial, puis les Ninjas qui eux obéissent à leur propre système car ils sont totalement mis de côté par les Shien qui ne les appellent que pour faire du sale boulot. Ce sont les discriminés du royaume qui vivent dans l'ombre. Ca donne une certaine dimension de classe sociale à l'empire que tu déploies, et c'est pas mal du tout considérant que tous les personnages proviennent de cartes Yu-Gi-Oh.


Concernant le style d'écriture, il est fidèle à ce que tu as produit lors des dix premiers chapitres. Très digeste, très simple, et pourtant très entraînant. Tes chapitres se lisent très facilement et on arrive bien à suivre le cours des choses. J'ai encore pris beaucoup de plaisir à lire ce que tu as produit.


Concrètement, c'est un tas de nouveaux personnages qui arrivent, et quelques détails sur les anciens que l'on apprend, et j'ai plusieurs choses à remarquer dans cette dizaine de chapitres. Je vais donc revenir sur les points un par un comme précédemment.


Tu es très créatif dans tes combats ! C'est un point que je voulais souligner puisque tu es dans un univers où il n'y a pas, ou très peu de super pouvoirs. Autrement dit, tu ne peux pas compter sur la variété de pouvoirs pour personnaliser les combats à ta guise et ils reposent totalement sur ton imagination. Et j'aime beaucoup comment tu fais de cette contrainte un véritable point fort de ton récit. Soyons honnêtes: la tactique de Sasuke, la contre-attaque des samourais, et l'assaut lancé sur la base de Hanzo sont tous trois véritablement différents les uns des autres, et c'est toujours sympathique de voir des combats différents. Chaque clan a ses méthodes, et chaque ninja aussi. Je pense notamment à Yae et Goe Goe qui ont des styles radicalement différents. C'était sympa. Je souligne aussi le fait que les ninjas sont prêts à tout. Encore une fois, le coup du sachet de drogue pour éviter de parler est quelque chose de finement pensé. J'ai apprécié.


Et c'est ce qui distingue ton histoire. Chaque détail est finement pensé pour coller aux codes et mode de vie de chaque caste qui évolue dans ton univers. Le coup du sachet de drogue c'était vraiment sympa puisqu'un ninja préfèrerait mourir que de se faire interroger pour obtenir des informations. Je ne dis que du bien de ton sens du détail et de la minutie des détails que tu introduis dans ton histoire, et pour cela je te tire mon chapeau. L'organisation des Ninjas est aussi sympathique puisqu'ils ont leur élément comme les Samourais, tout en ayant des techniques de combat différentes. Et c'est très bien exploité dans le sens où les samourais ont beaucoup de difficultés à se battre contre des êtres plus furtifs qu'eux, plus légers, et moins saisissables. Encore une fois c'est une très bonne exploitation de ta caste, et une bonne gestion des avantages et des faiblesses de chaque caste. Bravo.


J'aime aussi comment, en toute discrétion, tu crées l'ancienne génération des six samourais en prenant quand c'est possible les six samourais de même attribut que les versions légendaires. Ils incarnent beaucoup le concept de respect de par leur âge aussi, c'est pas mal du tout. Je pense qu'à un moment ils auront à jouer, et je l'espère, que ce soit par un flashback ou par une action en temps réel. Sûrement lorsque Shi En entrera en scène ^^


Le seul bémol de cet arc dans mon opinion c'est qu'une seule solution était vraiment possible, et tu as choisi cette solution, ce qui rend la fin prévisible. La seule solution pour que Chambellan ne soit pas sacrifié au Shogun c'était que les deux clans cessent leurs poursuites, et pour cela il fallait qu'ils fassent la paix. Ce qui veut dire qu'on voyait la fin arriver à partir du chapitre 16, surtout quand Hanzo a fait emprisonner Sasuke plutôt que de le tuer. C'était prévisible pour le coup, c'est un peu dommage, MAIS, comme le tout était agréable à lire, que les personnages ont gardé leur profondeur, et qu'en plus l'histoire ne s'est pas perdue dans un arc inutile (Je vois personnellement un soutien des ninjas à la révolution contre les Shien), c'est un détail noyé dans la qualité du récit que je dévorerai bientôt de nouveau très vite dans son troisième arc !


Bravo à toi, une nouvelle fois !


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Quadriforce
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [17/02/2019] à 23:22

Les commentaires de ces derniers jours m'ont remotivé, je dois bien l'avouer ! Voici donc le chapitre suivant, dans lequel les combats reprennent 🙂


Chapitre 46 : Champ de bataille



Spoiler :



Ce jour-là, le temps était exceptionnel. Le ciel était parfaitement dégagé, sans que le moindre nuage ne soit visible à l’horizon. Le soleil n’étant pas tout à fait levé, il y avait encore dans l’air une lumière orangée propre à l’aube. Une lumière magique qui scintillait au-dessus des têtes, et attirait inévitablement les regards. Lever les yeux au ciel pour admirer la beauté de ce spectacle restait encore la meilleure façon de s’évader pour l’armée qui s’apprêtait à livrer bataille.


Il y avait en effet quelque chose d’effrayant dans l’herbe verte qui les entourait à l’horizon. Le paysage qui se reproduisait à l’infini, identique, monotone, ne faisait qu’angoisser les soldats. Par où l’ennemi allait-il venir ? De l’Est surement, c’est ce qu’on leur avait dit. Mais quand exactement ? D’ici quelques minutes ? Heures ? Ou même le lendemain ? Et ces soldats étrangers dont on leur avait parlé, allaient-ils se montrer ? L’attente couplée d’incertitude était devenue insoutenable. Alors il ne leur restait que le ciel, ciel paisible qui malgré toutes les atrocités qui risquaient de se dérouler ci-bas dans les prochaines heures, resterait de la même beauté.


Pour le moment les soldats de la Résistance étaient seuls, installés sur une colline qui leur permettait de scruter l’horizon et repérer les moindres troupes en approche. Le Samouraï Shiranui passait en revue ses troupes, répétant avec son état-major les différents plans selon l’évolution de la situation. Tout cela semblait bien technique vu de l’extérieur, mais la vérité était que la Résistance n’avait pas grand-chose à proposer à ses hommes à part foncer sur l’ennemi.


– Il va falloir compter sur l’aide de la déesse Amaterasu et des autres kamis, confia en privé le Samouraï Shiranui aux six samouraïs. Les chiens du Régime auront très probablement l’avantage du nombre. Nous avons certes quelques atouts en manche, mais ça va être serré. C’est pourquoi, plus que jamais, j’ai besoin de vous.


– Qu’attendez-vous de nous, votre majesté ? s’enquit Yaichi.


– Eh bien, vous qui êtes des guerriers d’élite, j’aimerai que vous preniez des chevaux parmi ceux que nous avons, et que vous traversiez le plus rapidement possible les lignes ennemies. Je veux que vous trouviez les généraux de leur armée et que vous les anéantissiez rapidement.


Les Six samouraïs se regardèrent. Alors ils seraient en première ligne sur le front, à inspirer fierté et courage aux fantassins. Soit, il en serait ainsi : la légende des Six samouraïs était sur le point de se réécrire sous les yeux du peuple.


– Pensez-vous que le Grand Shogun Shien sera sur le champ de bataille ? demanda Irou.


– Je ne pense pas qu’à ses yeux, la menace soit suffisamment importante. Après tout, il est resté enfermé pendant des années dans sa demeure. Je pense plutôt qu’il a envoyé des vassaux, peut-être des dirigeants locaux.


– Ce n’est donc pas aujourd’hui que nous allons mettre fin au Régime n’est-ce pas ? demanda

Kamon.


– Non, mais ne crois pas que cette bataille sera sans incidence pour la suite. Si nous gagnons, le Régime sera acculé. Il en faudra un peu plus, mais pas beaucoup, pour le faire plier. Si nous perdons en revanche, il y a de grandes chances pour que la Résistance s’évanouisse.


– Mais cela n’arrivera pas, assura Zanji. Nous gagnerons.


A peine sa phrase achevée le samouraï, mais aussi tous les autres, furent coupés dans leurs conversations. Au loin, ils étaient soudainement apparus. En un instant, une nuée pourpre venait de recouvrir l’autre extrémité de la Plaine. Cette fois, l’armée des Shien était là. Ils avançaient lentement, très lentement même, surement du fait de leur lourde armure de sang. Mais cette lente progression suffisait à pétrifier les rebelles. Les plus candides, qui se raccrochaient encore à l’idée que le combat puisse ne pas avoir lieu, voyaient à présent leurs espoirs s’envoler. Aucun d’entre eux n’échapperait au bain de sang.


Le troupeau Shien était bien plus long et large que ne l’étaient les rangs de la Résistance. Mesurer ou compter n’était pas nécessaire : c’était visible à vue d’œil. Plus les guerriers rouges approchaient, plus la masse grouillante qu’ils formaient semblait grossir. A vue d’œil, ils semblaient au moins 10 000.


– Tenez-vous prêts ! prévint le Samouraï Shiranui.


La centaine de cavaliers était à cheval, prête à bondir au premier signal. Derrière, environ 2000 fantassins gardaient le pied de la colline, eux aussi sur le qui-vive. Ils formaient une armée bien étrange, mélange de paysans, de volontaires recrutés dans les territoires libérés, de soldats repentis et de mercenaires. Certains se battaient depuis toujours, d’autres avaient pris une arme en main pour la première la veille. Ces hommes n’avaient bien qu’une chose en commun : le sentiment qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de risquer leur vie avant que le Régime ne la leur arrache.


Les Shien avaient cessé d’avancer. La distance séparant les deux armées était maintenant ridicule, formant un carré vert d’à peine un hectare au milieu de la foule de soldats prêts à s'entre-tuer. Ce n’était pas suffisent pour distinguer les visages adversaires, et pourtant on sentait que les deux partis se toisaient violemment. Des regards chargés de colère d’un côté, d’une puissante envie de sang de l’autre.


L’échange de regard ne dura pas longtemps. Au loin, on entendit un général hurler quelque chose. Aussitôt, l’ensemble des Fantassins, Écuyers et Légionnaires de Shien se mirent à cavaler.


– ALLEZ !!


A leur tour, les combattants de la Résistance s’élancèrent. Les fantassins chargèrent en ligne droite comme un seul homme, tandis que les chevaux partirent plus en amont à la rencontre de l’ennemi.

Ainsi, Zanji et les autres commencèrent la plus difficile de leurs missions. Les six destriers entamèrent à l’unisson leur course vers les lignes ennemies. Malgré tout son courage, Zanji ne put s’empêcher de déglutir. La guerre était là, elle se rapprochait de lui de seconde en seconde, sous la forme de cette épaisse vague opaque d’un rouge plus vif que jamais. D’ici peu, il faudrait tuer à la chaîne. Et survivre.


Après seulement quelques centaines de mètres parcourus, tout disparut autour d’eux d’un seul coup. Il n’y avait plus d’herbe, plus de collines, plus de ciel. Seulement des cris, des corps et des armes secouées dans tous le sens dans un rythme endiablé.


Très vite, les premiers coups s’échangèrent. Dans le dos des samouraïs, encore protégés par l’élan de leur destrier, les deux troupes de fantassins venaient de s’entrechoquer. Tout de suite, les premiers cris de douleur, et comme on pouvait très bien se l’imaginer, les premiers morts.Zanji frissonna à cette idée. Il avait beau s’y être préparé, un cap dans la violence avait été franchi, bien loin de tout ce qu’il avait pu connaître. Il n’avait cependant pas le temps de trop s’en préoccuper : lui aussi devait se défendre. Les samouraïs et les autres cavaliers avaient pu percer le bloc ennemi en bousculant les Shien qu’ils croisaient avec leurs chevaux. Mais après avoir été surpris sur plusieurs dizaines de mètres, le camp adverse commençait à réagir et à s’en prendre aux montures.


Cela n’était pas un problème pour la plupart des autres Résistants à cheval. Leur mission était accomplie, ils avaient pénétré les lignes ennemies. Ils n’avaient plus qu’à se défendre sur place, cela suffirait à désengorger le front principal et ainsi soutenir l’effort des fantassins plus bas sur le front. Pour les Six samouraïs en revanche, c’était différent. Leur mission à eux était de traverser intégralement les lignes ennemies pour atteindre le commandement ennemi. Ils n’avaient donc pas de temps à perdre avec ceux qui tentaient de les retenir.


Avec sa naginata, Zanji était le mieux équipé pour dégager le chemin. En la maniant habilement comme il savait le faire, le jeune samouraï parvenait à tenir l’ennemi à distance. Tous ceux qui s’approchaient trop près finissaient fauchés. Ce n’était pas assez précis pour tuer, mais suffisait amplement pour libérer le passage. De leur côté, Irou, Yariza et Nisashi s’en sortaient eux aussi relativement bien, usant de leur lame pour défaire quiconque tentait de s’agripper à leurs chevaux. L’exercice était en revanche bien plus difficile pour Kamon et Yaichi, dont les armes de prédilection n’étaient pas du tout conçues pour ce type de configuration. Le premier disposait de dynamites dévastatrices qui auraient pu faire sauter des dizaines d’ennemis, mais il n’avait pas le temps d’en préparer ne serait-ce qu’une, sous peine de se faire transpercer par une lame pendant ce laps de temps. Le second en revanche avait fini par trouver une stratégie : ne pouvant décocher assez de flèches pour se débarrasser de tous les ennemis autour de lui, il se contentait de tenir son arc bandé et de pivoter rapidement de 180 degrés autour de lui, menaçant de tirer dans le visage de celui qui s’approcherait trop près. Le temps d’hésitation de ceux qu’il croisait suffisait à son cheval pour les dépasser.


Chacun avec sa technique, les Six parvinrent progressivement à se frayer un chemin parmi les hordes écarlates. Toutefois, chaque seconde était extrêmement éprouvante. Le moindre faux pas, la moindre attaque manquée pouvait causer la mort. Le bataillon Shien semblait quant à lui infini. Il n’y avait pas de divisions, les milliers d’hommes s’entassaient en une masse uniforme se précipitant dans la direction opposée. Les Six ne voyaient rien d’autre que des bras, des pieds, une lance ou un katana surgir ça et là et qu’il leur fallait parer, parfois l’ombre pourpre d’un fou se lançant sur leur cheval avant de finir piétiné. Ils étaient au cœur de la tempête rouge, tempête dont ils ne voyaient pas le bout. Tous les autres cavaliers s’étaient arrêtés bien avant. Et eux, parviendraient-ils seulement à traverser ?


Au moment même où les Six commençaient à s’habituer à leur mission, quelque chose d’inattendu se produisit. Le vert de la plaine jaillit à nouveau sous leurs yeux. Avaient-ils fini de traverser les troupes ennemies ? Non, on pouvait voir encore des centaines de Shien à l’horizon. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître il y avait, en plein milieu de cette armée infinie, une aire de quelques dizaines de mètres carrés sans aucun soldat.


Méfiant, Yaichi décida de contourner la zone. Les autres n’eurent pas le luxe d’y réfléchir, et foncèrent en ligne droite dans le carré vert. Yariza, Kamon, Irou et Zanji le traversèrent sans problème, et ce en quelques secondes. Mais alors qu’ils se préparaient à pénétrer de nouveau la masse de soldats, un bruit sourd dans leur dos attira leur attention. Se retourner et regarder aurait été fatal à n’importe lequel d’entre eux, mais ils n’en eurent pas besoin pour comprendre ce qui c’était passé : près d’eux, le dernier cheval cavalait désormais sans destrier, l’air affolé. C’était celui de Nisashi.


Pour le samouraï aux deux sabres en revanche, tout était flou. Les choses avaient basculé en quelques fractions de secondes : en queue de peloton, il s’apprêtait lui aussi à traverser le carré d’herbe quand un gigantesque lasso surgi de nulle part l’avait attrapé. Immobilisé en un instant, il avait dû être désarçonné et attiré au sol par celui qui tenait la corde. Nisashi se trouvait à présent à terre, légèrement blessé par sa chute. Il fut surpris d’avoir le temps de se relever sans que quiconque ne l’attaque. Tentant de reprendre ses repères, il réalisa que des Shien l’avaient bel et bien repéré, mais qu’aucun d’entre eux n’osait approcher. Enfin, une fois debout, il parvint enfin à identifier celui qui l’avait fait tomber.


L’homme au lasso se tenait tout seul devant lui. Les autres Shien continuaient d’avancer : ceux qui passaient à côté se contentaient de regarder, tout en veillant à laisser le carré d’herbe aussi vide qu’ils l’avaient trouvé. Nisashi comprit aussitôt que ce n’était pas n’importe qui. Il ne portait pas d’armure, mais une tenue de guerre traditionnelle rouge bordée de coton. Ce n’était d’ailleurs pas le signe des Shien qui était inscrit sur celle-ci, mais la marque d’un clan qu’il ne connaissait pas. L’homme faisait des moulinets avec son lasso, comme pour attendre qu’il se prépare.


– Fais-tu partie du commandement ennemi ? questionna Nisashi, qui pensait encore à sa mission malgré la situation.


– Je suis Tsukahagi, Mayakashi du Poison. Combattant du clan Mayakashi, le plus honorable clan de ces terres.


– Mayakashi, le fameux clan qui domine la région..


– Je t’ai choisi pour adversaire, samouraï, expliqua Tsukahagi. Vous laisser à ces incompétents de Légionnaires serait de la folie. Je vais donc m’occuper de vous Six un par un, à moins bien sûr que les camarades de mon clan ne les tuent avant.


– Tu as mal choisi ta cible, rétorqua Nisashi, dont la garde était prête. Je suis l’aîné des Six samouraïs, et nous avons une mission importante à mener pour l’avenir de ce royaume ! Je ne laisserai aucune menace perturber mes frères d’armes !


Comme pour le faire taire, le Mayakashi lança son lasso de nouveau. Mais cette fois, Nisashi l’avait vu venir et put esquiver facilement. Sentant que son adversaire profitait de la distance, il décida d’aller de réduire l’écart pour l’attaquer au corps à corps.


– Tu pensais que je ne l’aurais pas prévu ?!


Tsukahagi saisit fermement le bout de sa corde des deux mains et tira violement en arrière tout en pivotant de 90 degrés. Au lieu de revenir directement vers son propriétaire, le lasso glissa le long du sol tout autour d’eux. Inévitablement, le samouraï en pleine course se prit les pieds dans la corde et s’écroula au sol une seconde fois. Cependant cette fois-ci, le Mayakashi n’attendit pas qu’il se relève et franchit les quelques pas qui les séparaient.


– C’est donc tout ce que tu as à offrir après ton grand discours ?


Enroulant son lasso pour le ranger, il profita que Nisashi soit toujours au sol pour s’asseoir sur lui. De tout son poids, il écrasa le dos du samouraï, sans que celui-ci n’ait la moindre chance de se relever.


– Tu m’as tout l’air d’être un homme de principe, continua-t-il en arrachant le casque du guerrier à terre. Tout ce que je déteste.


Attrapant une poignée de cheveux, il tira la tête du samouraï vers lui. Le visage du jeune homme vaincu, la mine fatiguée et dépitée, apparut à lui tel un trophée.


– Regarde-toi, avec ton visage balafré…Qu’as-tu gagné à te battre pour tes idéaux ? Toi et tes amis allez tous mourir ici.


Avec un air dégoutté, il repoussa brusquement la tête de Nisashi, qui tomba au sol.


– Je suis près à mourir pour ces idéaux…murmura le samouraï en relevant la tête, incapable de se débarrasser de la terre qui couvrait maintenant son visage. C’est ce qui fait la différence entre nous et un lâche comme toi.


Tsukahagi n’apprécia pas la réponse. Il attrapa les cheveux de son insolente victime et l’écrasa plus violement encore contre la terre.


– C’est toi qui es stupide ! Dans ce monde, seul le pouvoir compte. C’est grâce aux jeux de pouvoir que les Mayakashi ont pu atteindre les sommets sans craindre le Régime ! Grâce à ce même pouvoir que nous nous épanouissions dans le luxe et le confort tandis que les gueux comme toi trimez toute votre vie ! Oui, samouraï, le pouvoir, c’est la survie. En ce moment même, je suis celui qui a pouvoir de vie et de mort sur toi. Je peux te briser un bras, ou même te tordre le cou comme une vulgaire oie. Malgré tes idéaux, tu es totalement impuissant.


Nisashi essaya bien de gesticuler pour lui prouver qu’il avait tort, mais il n’y parvint pas. Dans son état, il n’y avait rien à faire. Il ne pouvait pas contredire son bourreau. Profitant de sa faiblesse, Tsukahagi s’empara des deux épées du samouraï, qu’il ne parvenait plus à protéger.


– Je sais ce que tu ressens en ce moment même. Tu aimerais tout abandonner. Ta mission, tes camarades, ton combat. Tu serais prêt à renoncer à tout ce en quoi tu crois, pourvu que je n’enfonce pas ces deux lames dans ta gorge.


Toujours à la merci du Mayakashi, Nisashi ne répondit rien.


– Meurs, samouraï !!


Nisashi !!


A ce moment précis, une flèche traversa le terrain et vint se loger entre les deux yeux de Tsukahagi. Celui s’écroula à terre, terrassé.


Juste après cela, le cheval de Yaichi émergea et s’arrêta devant les deux hommes.


– Tout va bien ? Désolé, j’avais repéré qu’il y avait quelque chose de louche avec ce carré vert, mais je n’ai pas pu venir plus tôt.


– Ça…va…répondit t-il en saisissant la main qu’on lui tendait pour se relever.


– Il faut qu’on rejoigne les autres devant. Le combat contre l’état-major va commencer.


Nisashi réalisa alors qu’autour d’eux, la situation avait changée. Il n’y avait plus de carré d’herbe, ni d’armée opaque pour l’entourer. Presque tous les soldats étaient désormais loin derrière eux sur le front, dont le brouhaha avait été décuplé. La vue autour d’eux était désormais dégagée. On pouvait apercevoir les quelques centaines de soldat Shien restées en retrait à quelques centaines de mètres au loin.


– Les autres ont déjà dû atteindre l’état-major Shien, expliqua l’archer. Nous devrions les rejoindre.


Mais Nisashi avait été profondément blessé. Et cela n’avait rien à voir avec les hématomes dus à sa chute ou à la terre sur son visage.


– Ce type, je n’ai pas pu le battre seul alors qu’il traînait nos idéaux dans la boue…je suis désolé, Yaichi. En tant qu’aîné, je n’ai pas été à la hauteur.


Lui qui se prenait pour le meneur, le grand frère, avait échoué sur toute la ligne. Incapable de protéger les autres, incapable de se battre pour ses idéaux ou même de mourir pour eux…


– Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je suis venu t’aider. J’ai sauvé ta vie au péril de la mienne, au milieu de ces Shien qui ne pensent qu’à leur petit pouvoir personnel. Comme le feraient de véritables camarades. Il n’y a pas de meilleure illustration de nos idéaux, tu ne crois pas ?


Le samouraï vert resta bouche bée devant ces mots. Il n’avait pas vu les choses ainsi. Et pourtant c’était vrai : il était trop tôt pour se laisser déboussoler. Lui aussi devait être prêt à donner sa vie pou ses amis. Et compte tenu du nombre de soldats encore sur le champ de bataille, il ne doutait pas que l’occasion finirait par se présenter.



heart earth
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [18/02/2019] à 02:19

oh, j'aime cette scène de bataille! en général c'est souvent le bordel quand il y a des grosses armées mais la c'est plutot bien géré je trouve en considérant pas tous les soldats individuellement mais comme une énorme masse, ça donne un côté assez inhumain à l'armée des shien, c'est sympa^^

j'aime bien aussi les idéaux des mayakashi qui sont totalement opposés à ceux des samourai, ça laisse présager des choses intéressantes quand les boss des mayakashi se montreront même si je doute qu'ils réussissent à convaincre qui que ce soit avec leurs discours x)

en tout cas, j'attends la suite et j'ai hate de voir l'armée étrangère et le shogun se battre !




http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

Quadriforce
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[Fic] La légende des Six samouraïs posté le [20/04/2019] à 08:54

2 mois et 2 jours après le chapitre 46, voici…le chapitre 47 ! C'est le plus long chapitre paru à ce jour, et malgré cela les péripéties qui attendent les six samouraïs dans cet arc sont encore nombreuses…Le résumé de la fic est toujours dispo page 7 en cas de besoin 🙂


Chapitre 47 : Illusions et désillusions



Spoiler :



Lorsque Yaichi et Nisashi se décidèrent à rejoindre leurs camarades, ils s’aperçurent que le gros du travail avait été fait. Entre les Shien partis guerroyer en amont et ceux croisés par leurs camarades, il n’y avait plus grand monde pour entraver leur progression. Les cadavres de ceux qui avaient eu le malheur de croiser le fer avec l’autre groupe gisaient devant eux. Ces corps inertes formaient plusieurs lignes s’éparpillant au loin, chemin que les deux compères s’avisèrent de suivre. Devant, les quatre samouraïs en finissaient avec une dizaine de Légionnaires. Descendus de leurs chevaux, ils continuaient à présent le combat au sol. Pour marquer son arrivée, Yaichi décocha une flèche sur l’un des ennemis, aux prises avec Yariza. C’était l’un des derniers : au même moment, Kamon lança un bâton de dynamite qui percuta les deux Shien restants et provoqua une formidable explosion.


– Ah, vous voici…lança Zanji, qui n’avait nullement envisagé que la défaite d’un de ses camarades contre des ennemis subalternes. Vous arrivez pile pour le plat de résistance.


Devant eux, on pouvait enfin apercevoir les limites du champ de bataille. Une bonne centaine de Shien restait en réserve, à quelques centaines de mètres en arrière. Immobiles, ils restaient à l’affut d’un ordre qui les autoriseraient à se ruer à leur tour sur le champ de bataille. Mais les samouraïs ne s’en occupèrent pas davantage : leur cible était moins en retrait, devant les troupes. Ce fut un soulagement pour les Six. Enfin ils avaient atteint leur objectif, l’état-major ennemi.


L’installation adverse était rudimentaire, rappelant qu’elle avait été établie seulement quelques instants avant que la bataille n’éclate. Le tout tenait sous une tente d’un rouge bordeaux, plus colorée que le pourpre classique des armures du Régime. En dessous de la tante se trouvait une simple table en bois mal montée et quelques tabourets. Une ébauche de plan ne semblant intéresser personne traînait sur la table, au milieu de quelques autres parchemins. Autour de la table, trois individus étaient installés.


Au sein du petit groupe, on trouvait d’abord une femme et un homme dont les tenues en soie fine trahissaient un amour certain pour le luxe. Le visage de la femme était remarquablement fait. Il était de cette blancheur inhumaine que seuls les nobles exemptés de travail manuel pouvaient espérer atteindre. Les trais fins de ses yeux, de son nez et de sa bouche venaient confirmer cette impression de grâce qui se dégageait d’elle. De longs et fins cheveux, qui viraient au mauve avec les rayons de l’aube, finissaient d’achever sa beauté. A côté d’elle, un homme entre deux âges, vêtu d’une tenue traditionnelle de chef de guerre, regardait les samouraïs approcher. Equipé d’un chapelet dans sa main gauche qu’il remuait négligemment, il laissait son visage nonchalant se reposer sur son bras droit, accoudé à la table. Nettement moins gracieux que sa voisine, le raffinement des plumes noires qui lui servaient de cape témoignait malgré tout de son opulence. Dans leur dos ensuite, un troisième homme se tenait caché, au fond de la tente. Si la teinte obscure des tissus empêchait de le voir correctement, on pouvait distinguer une silhouette colossale et menaçante. Le géant, apparemment chauve, semblait marmonner quelques lugubres paroles que lui seul comprenait. Enfin, après un bref coup d’œil à ces trois personnages, apparut devant les samouraïs le quatrième membre de l’état -major.


Trônant sur un magnifique cheval blanc, Enishi vint à la rencontre des Six guerriers en trottant. Il avait revêtu l’armure de sa jeunesse, cette magnifique armure verte avec laquelle il était entré dans la légende. En avançant, il caressait de la main la poignée de son katana pour le moment rangé dans son fourreau noir, signalant à ses ennemis qu’il était prêt à dégainer à tout moment. Lorsqu’ils le virent arriver, le monde s’effaça autour des jeunes guerriers. Il n’y avait plus que lui, le puissant Shien, le Chambellan « N°2 » du Régime, que Zanji avait reconnu. Ce fut lui qui brisa le silence.


– Tu es celui qui affronté et vaincu le Grand Maître au Château De Brume, n’est-ce pas ? Enishi, le Chancelier de Shien


Il parlait avec ce mélange de maîtrise et de rage qui lui était propre devant l’injustice. La situation lui rappelait celle du fief des Shien, où il avait été impuissant alors que son maître se faisait capturer. Aucun de ses cinq compagnons ne parut surpris lorsque l’identité du Chancelier fut révélé. Il y avait quelque chose de si puissant dans l’aura dégagé par le cavalier Shien que l’information devenait totalement crédible.


– Oh, moi aussi je te reconnais, répondit Enishi. Tu es cette petite tête brûlée qui l’avait accompagné ce jour-là, avant d’être envoyé au cachot. Je me demande comment tu as réussi à t’enfuir…Si tu avais pris la peine de rester, je serais venu m’occuper de toi personnellement, tu sais ?


– Qu’avez-vous fait du maître ? coupa Zanji en préparant sa naginata. J’espère pour vous qu’il est vivant !


– Tu as une drôle de façon de parler au Chancelier du Régime, petit…

Mais malgré la provocation, là où n’importe quelle brute du Régime aurait chargé, il ne réagit pas. Sa main caressait toujours son fourreau, Zanji attendait d’ailleurs avec impatience qu’il dégaine, mais le Shien n’en fit rien. La maîtrise de ses émotions était parfaite. Il avança de quelques pas encore, seuls quelques mètres le séparant alors des Six.


– Il y a beaucoup de choses que j’aimerais partager avec vous, jeunes guerriers, et l’odeur du sang en fait partie…Mais à cause de vos stupidités, ce ne sera pas pour tout de suite..

Il avança encore un peu, à la grande surprise des samouraïs. Il les avait maintenant dépassés, leur tournant le dos.


– Vous avez sprinté vers l’état-major ennemi, soupira t-il, au mépris de la ligne de front…Pour rétablir l’équilibre, je vais devoir faire de même…


– C’est mauvais, pressentit Irou. Il faut l’arrêter !!

Zanji avait déjà réagi et s’était jeté sur lui.


– Je n’en ai pas fini avec toi !! cria t-il.

Mais le cheval blanc s’était déjà mis en route, et la lame acérée de la naginata ne parvint qu’à trancher l’air qui les séparait.


– A vous de prouver votre loyauté..murmura le chancelier en s’évanouissant. Zanji pensa qu’il s’adressait à ses trois alliés restés sous la tente.


Quelques secondes passèrent, où les samouraïs encore hébétés par cette brève rencontre, ne purent que le regarder disparaitre au loin.


– Doit-on le rattraper ?


– Plus le temps, grogna Irou. C’était certainement le chef, mais après le trajet que nous avons fait, autant nous occuper du reste de l’état-major.


Ils daignèrent alors se tourner vers la tante bordeaux, où les trois individus n’avaient pas bougé d’un pouce. L’homme et la femme, qui avaient assisté au spectacle depuis leurs sièges, ne parurent nullement surpris par la tournure que prenaient les évènements. Avec un soupir de lassitude, l’homme entreprit de se lever :


– Bien, samouraïs…Il semblerait que ce soit nous, les Mayakashi, qui soyons chargés de briser vos rêves.


– Alors vous aussi, vous êtes des Mayakashi ? interrogea Nisashi, qui avait bien malgré lui fait connaissance avec le clan peu de temps auparavant.


– Je suis Hajun, le chef du clan. Et voici Dakki, ma compagne, qui gouverne la région des Plaines à mes côtés. Soyez honorés de mourir de la main de personnes aussi illustres que nous…


Il avait parlé sous un ton si solennel que plusieurs samouraïs sourirent. C’était ridicule.


– Ce n’est pas bien intelligeant d’amener une aussi jolie demoiselle sur le champ de bataille, fit remarquer le galant Kamon. Cela va mal se finir…


Dakki, toujours assise, porta son regard sur lui. Vu de près, elle paraissait encore plus ravissante, avec ses ornements dans les cheveux et ses yeux qui viraient au rouge. Elle ne répondit rien, laissant son mari parler pour elle.


– Tu aurais tort de la sous-estimer, samouraï. De tous nous sous-estimer.


Et, voyant que pas une parole de plus ne serait échangée, il ajouta :


– Place au combat. Yasha ! Lance donc ton maléfice !


A ces mots, le colosse caché derrière les plis de la tante se révéla. Fort d’une carrure qui devait au moins chercher dans les deux mètres, ce fut une sorte de prêtre à la peau mate qui se présenta devant les samouraïs. Bel et bien chauve, il possédait d’impressionnantes veines frontales, qui renforçaient l’aspect menaçant du personnage. Avec un chapelet et une baguette dans les mains, il ne semblait toutefois pas équipé pour le combat. Les incantations que l’on avait entendu plus tôt avaient cessé.


– Vas-y, Yasha Montre leur ce dont est capable notre clan.


Le prêtre s’avança, mais il ne tenta rien. Il se contenta de fixer les intrus avec ses grands sourcils froncés, d’un air imposant. Nullement affectés et pressés d’en finir, les six se jetèrent sur lui à l’unisson. Sans armes pour se défendre, quelques coups bien placés devraient suffire pour venir à bout du colosse, pensaient-ils. Contrairement aux taureaux Shien, ces Mayakashi ressemblaient à des coqs dont il fallait tordre le cou pour qu’ils cessent de se pavaner. Mais à leur approche, le fameux Yasha, toujours sans bouger, prononça ces inquiétantes paroles :


– Entrez dans le monde de l’illusion, samouraïs. Et abandonnez tout espoir.


Juste après, un puissant flash de lumière jaillit d’on ne sait où devant les samouraïs. Pris par surprise par le rayon aveuglant, les six guerriers furent coupés dans leur élan. Lorsque la vision de Zanji se rétablit, le samouraï constata que quelque chose avait changé. C’était particulièrement vrai pour leurs ennemis. Après le grand éblouissement, ses yeux distinguaient trois grandes ombres devant lui. Des silhouettes grises dont les proportions n’avaient plus grand-chose à voir avec des corps humains. Derrière lui, les autres avaient aussi pris conscience de ce changement.


– Mais qu’est-ce que…


Les trois généraux adverses avaient disparu du champ de bataille, et quelque chose d’autre avait pris la place. Près de la table en bois désormais renversée, deux créatures se tenaient debout. Sur la droite, une créature à la peau rouge resplendissante, parée d’une crinière de lisses cheveux blancs d’une pureté inégalée. Ce qui surprit le plus les samouraïs, c’était les ailes que possédait la créature, ailes d’un noir profond, contrastant avec les cheveux qui les bordaient dans son dos. Ces ailes n’avaient rien d’une décoration, elles étaient bien réelles, d’ailleurs l’étrange créature semblait prête à les utiliser et à s’envoler dans les cieux à tout moment. Tout en lui rappelait l’étrange créature de légende : le Tengu. Juste à côté, à sa gauche, se tenait une créature plus féminine. Son visage de renarde, à la fois douce et féroce, dégageait une beauté surnaturelle. Il y avait quelque chose d’humain dans son museau de bête, ainsi que dans les mystérieuses marques bordeaux qui paraient son visage. Inversement, l’anatomie humaine de la femme était bousculée par la bestialité. Les mains délicates étaient transformées en griffes acérées, et, surtout, neuf gigantesques queues dansaient derrière elle. On voyait en elle Kyubi, le terrible yokai. La scène était déjà invraisemblable. Mais ce n’était pas terminé.


– Dans le cauchemar de l’illusion, les Mayakashi dévoilent leur véritable apparence…


Ce n’était ni l’un, ni l’autre, mais une troisième créature qui avait parlé. Cette puissante voix ressemblait à celle du prêtre Yasha. Cependant, elle était plus lourde encore, et même inquiétante. Le porteur de cette voix n’avait lui non plus plus rien d’humain. Devant les samouraïs, ce monstre prenait la forme d’un gigantesque squelette gris, dont émanait une aura mauvaise. Loin de gésir au sol, ses cavités oculaires brillaient d’une terrifiante lumière rouge. Une armure lui couvrait le haut de la cage thoracique et les épaules, tandis que sa colonne vertébrale se plantait dans un sol, sol qui, tout autour de lui, commençait à se flétrir. Malgré cela, le colosse atteignait facilement les quatre mètres de haut, dominant les environs. On aurait juré voir Gashadokuro, le redoutable yokai, sortir des entrailles de la terre pour tous les étriper.


– Est-ce que je deviens fou ? demanda Kamon en jetant un regard à ses camarades.


La vision d’horreur de ces trois monstres avait en effet de quoi faire perdre la raison. Pourtant, les Six guerriers voyaient la même chose : l’espace d’un flash de lumière, les trois généraux Mayakashi s’étaient changé en créatures fantastiques.


– Une illusion collective…glissa Irou. Il ont du relâcher des gaz hallucinogènes ou quelque chose de la sorte..


Jamais ils n’avaient eu affaire à quelque chose d’aussi réaliste. A part Irou, tous les samouraïs étaient restés figés sur place, déstabilisés par cette soudaine apparition. Or, la créature gigantesque qui leur faisait face n’eut pas la clémence d’attendre qu’ils réagissent. Le prêtre, sous les traits de Gashadokuro éleva son poing dans les airs, prêt à l’abattre sur les guerriers restes immobiles. Quelques secondes après, la masse squelettique fendait l’air dans leur direction. Les jeunes combattants, hésitants, ne bougeaient toujours pas.


– Mais qu’est-ce que vous attendez ? hurla Irou.


Ce fut lui qui vint sauver ses amis, jetant son sabre entre les phalanges du squelette pour l’arrêter. Malgré un timing parfait, le samouraï fut balayé par l’assaut, et projeté au loin. Il était cependant satisfait le voir que ses amis avaient échappé à l’attaque.

Le fracas de ce premier échange permit aux autres samouraïs de sortir de leur rêverie. Zanji et Yaichi furent les premiers à se faire à l’idée d’affronter un squelette géant. C’était totalement irrationnel, mais sur un champ de bataille comme celui-ci, ils n’avaient pas le temps de se poser des questions. Il fallait vaincre, rien de plus. L’archer tenta de neutraliser rapidement l’ennemi. Il visa les yeux, où tout du moins la lumière rougeâtre qui brillait à cet endroit. Sur un cadavre dont il ne restait pas le moindre pont vital, cette zone lui sembla être un potentiel point faible. Yaichi atteint les deux cibles avec une précision remarquable, toutefois rien ne se produisit, à son grand désarroi.


– Tout ce que vous tenterez sera inutile, samouraïs…de ce cauchemar, il ne peut advenir que votre mort…


N’écoutant pas la voix sévère, Zanji s’élança à son tour. Il ne savait pas vraiment comment attaquer ce géant dont chaque os faisait le double du sien, l’armure et les avant-bras noirâtres de la créature formant une protection parfaite. Il tenta alors de trancher l’avant-bras gauche, dans l’espoir d’arracher un membre au monstre. Il attaqua de toutes ses forces, mais sa naginata ne parvint pas à trancher l’os. Son coup, censé sectionner l’ennemi, parvint à peine à assener une rayure que la couleur carbonée des os rendait indiscernable. En retour, Gashadokuro balaya son adversaire d’un revers de bras. Le lancier fut projeté dans la direction opposée d’Irou.Heureusement, les trois autres étaient enfin en pleine disposition de leurs moyens. Yaichi avait en effet profité de la diversion pour réveiller définitivement les guerriers abasourdis. Ensemble, ils entreprirent de reculer pour se mettre hors de portée du squelette, toujours planté dans le sol.


– Vous n’échapperez pas à votre destin…


A la grande surprise des samouraïs, le yokai ramena ses mains au sol devant lui, et poussa énergiquement avec. Sous la pression, deux nouvelles vertèbres jaillirent des profondeurs, augmentant encore sa taille de cinquante centimètres. Dans la foulée, le monstre se jeta littéralement sur Yaichi et les autres, qui de fait n’étaient plus en sécurité. Sa gueule infâme tenta de croquer Nisashi, la cible la plus proche. Yariza, juste derrière lui, put heureusement attraper la victime dans le dos et la tirer vers lui juste à temps. Les crocs de l’ennemi, tels ceux d’un chien enragé, s’arrêtèrent à quelques mètres des deux hommes, dégoulinants d’une bave d’un bleu foncé immonde.


– C’était chaud…murmura Nisashi.


– Oui, répondit l’archer. Mais au moins, l’appât a fonctionné.


Intrigué, Gashadokuro se retourna. Trop tard. A sa droite et à sa gauche, Zanji et Irou fonçaient vers lui à toute vitesse. L’impact était imminent. Le yokai tenta de ramener ses griffes vers eux pour les balayer. Il ne put rien y faire : en même temps, les deux samouraïs vinrent percuter sa colonne vertébrale de leur lame respective. Fragilisée par cet assaut simultané, l’ossature noirâtre ne put supporter le poids du géant plus longtemps. D’un grognement sourd, le tronc du squelette se détacha du reste de son corps et vint s’échouer au sol.


– Comment ?!


Kamon, maintenant ! crièrent les deux complices en cœur.


– Je sais ce que j’ai à faire, répliqua ce dernier.


Il tenait son bâton de dynamite fin prêt dans sa main droite. Malgré leur singularité, on put distinguer de l’étonnement dans les yeux rouges du yokai. En quelques secondes tout avait basculé. Cloué au sol, il fut totalement impuissant lorsqu’il vit la bombe atterrir sur son crâne, et presque simultanément exploser. L’onde de choc fut considérable. Malgré sa toute-puissance, il ne resta rien de lui après la déflagration. Un peu partout autour, des restes d’ossements noirs se dissolvèrent dans la même bave bleue qu’auparavant. Il en fut de même pour la colonne vertébrale restée plantée dans la terre. A quelques dizaines de mètres de là, les deux autres créatures échangèrent un regard.


– Vous avez réussi à avoir l’un d’entre-nous, samouraïs…j’avoue que j’avais sous-estimé votre travail d’équipe.


Irou et moi, on arrive à élaborer ce genre de stratégie sans même avoir besoin de communiquer maintenant, lança Zanji avec un petit regard provocateur vers son compagnon. On est tellement en phase tous les deux…


– Oui, enfin si je pouvais m’en passer ce serait tout aussi bien, rétorqua l’intéressé.


Ce trait d’humour ne plut pas aux deux généraux restants, qui s’impatientaient.


– Nous allons donc devoirs nous salir les mains sous cette forme…Rare sont ceux qui ont eu cet honneur. Je suis Tengu, le Mayakashi des Ailes et voici ma femme Yoko, la Mayakashi de la Grâce. Face à nous, les chefs du clan Mayakashi, vos petites combines seront inutiles.


Et sur ces mots, sans laisser un seul des Six souffler, les deux démons se lancèrent en même temps sur les jeunes guerriers. Avec ses neuf majestueuses queues, la femme fut la première à venir au contact. Ses neuf queues n’étaient pas seulement grâcieuses : de par leur taille, la violence

des coups qu’elles assénaient était comparable à celle d‘un fouet.


– Je vais trancher tout ça ! cria Nisashi, en première ligne.

Elle émit un petit ricanement. Les katanas du guerrier vinrent percuter les queues très violement, de sorte que n’importe quelle chair animale aurait cédé. Mais il n’en fut rien, sa lame ne s’enfonça pas d’un millimètre dans la chair : tout juste la queue qu’il avait ciblé avait été stoppée dans son élan.. Les huit autres en revanche continuèrent leur course, balayant Nisashi au loin.


Nisashi !!


– Vous n’avez pas de temps à lui accorer, samouraïs !


La voix venait du ciel. Le puissant Tengu trônait quelques mètres au-dessus de leurs têtes, ailes déployées. D’un coup, ses ailes se mirent à batte de manière irrégulière, à vitesse croissante. Bientôt, une véritable bourrasque apparut devant lui.


– Concentrez-vous plutôt sur ceci…


Les vents violents formés par le yokai s’abattirent d‘un coup sur les samouraïs. La bourrasque était telle que leurs jambes fléchissaient, il fallait lutter pour ne pas s’envoler.


– Je ne vois plus rien ! s’exclama Kamon, forcé de protéger son visage du vent malgré son casque.


– Tu es le prochain…


Yoko avait profité de l’attaque de son mari pour se rapprocher. La tornade artificielle de son mari commençait à s’affaiblir mais aucun des Six samouraïs, sonnés, ne fut assez réactif pour la voir arriver. Ce fut Kamon qui en fit les frais en premier : incapable de manier son équipement à cause du vent, il reçu lui aussi deux redoutables coup de queues qui le projetèrent de plusieurs mètres.


– Il faut tenter une attaque ! s’exclama Zanji.


Sa naginata semblait de taille pour cette opération. D’un coup d’estoc, il parvint à faire reculer les terribles queues de l’ennemi. Mais ce fut inutile, l’agilité de l’adversaire était trop grande : sur les neuf queues, l’une trouva le moyen d’esquiver les assauts et d’entourer la poignée de la lance. D’un coup sec, le pauvre lancier se vit subtiliser son arme. De son côté, le Tengu avait presque fini de préparer une nouvelle bourrasque.


– A ce rythme, nous ne les battrons jamais, confia Irou à Yaichi. Leurs attaques sont trop bien synchronisées. Ecoute, toi seul peut t’occuper de ce type dans les airs. Utilise tes flèches avant qu’il ne soit trop tard.


– C’est prévu, répliqua l’archer, dont la flèche était déjà prête.

Mais le temps de cette simple interaction, Yoko avait déjà neutralisé Yariza, qui avait tenté de faire barrière pour gagner du temps. Elle fonçait désormais sur les deux hommes. Irou se tint prêt à l’accueillir.


– TIRE, YAICHI !!


Dans les airs, la prochaine bourrasque était presque prête. L’archer savait qu’il n’aurait le droit qu’à une seule flèche. Ses doigts glissèrent délicatement le long de la corde, faisant abstraction du terrible yokai qui s’abattait sur son ami et lui. Puis, il lâcha la corde. La flèche courut dans les airs, à l’instant même où le démon du vent allait relâcher sa bourrasque. Il y eut un petit bruit sourd, puis les ailes du Tengu cessèrent de battre. La bourrasque se dissipa lentement. Le corps du yokai s’échoua alors lentement au sol, avant de heurter la surface dans un bruit sourd. Avec un petit sourire de satisfaction, Irou et Yaichi se laissèrent bousculer par les queues de la démone.


Affolée, Yoko accourut près de son mari blessé. La flèche l’avait atteint en plein cœur, s’en était proprement fini de lui. Mais il gesticulait encore, heureux de voir sa bien-aimée penchée sur son corps meurtri.


– Jamais je n’aurais pensé…Yoko, terrasse les pour moi ! Montre-leur que le pouvoir nous revient à nous, le clan Mayakashi !


Ce fut ses dernières paroles. Après quelques ultimes convulsions, son épouse dut lui fermer les yeux. Bouleversée, Yoko se releva. Les meurtriers de son mari, seulement légèrement blessés par les précédentes attaques, commençaient à s’attrouper près d’elle. Ce n’était toutefois plus la même femme, sa beauté est plus froide que jamais. Sous le raffinement, on pouvait sentir des envies de meurtre remonter du plus profond de ses entrailles. Ses queues se dressaient désormais en l’air, comme celles des animaux excités. Son corps lui-même s’éleva de quelques centimètres au-dessus du sol, dans une sorte de lévitation fantastique.


Les samouraïs se mirent en garde, prêts à recevoir de nouveaux assauts des queues ennemies. Mais la réaction de Yoko fut tout autre. Elle se contenta d’abord de sortir un objet d’une poche intérieure. Il s’agissait d’un étrange artéfact de verre, semblable à un miroir à main. Rapidement, l’objet se mit à flotter librement autour d’elle, entrant lui aussi en lévitation. Sous les yeux ébahis des samouraïs, la relique commença à briller d’une lumière bleue suspecte. Progressivement, des flammes du même bleu pâle émergèrent du centre de l’objet par un processus inexplicable. Les flammes, tout en s’échappant du miroir, se mettaient à danser une à une séparément dans les airs, tout autour de Yoko. Toutes les deux secondes environ, une nouvelle flamme sortait du verre et venait rejoindre le mouvement. Ces flammes bleues étaient très similaires à celles qu’ils avaient vu autour du corps de l’Esprit Des Six Samouraïs : conformément à la croyance populaire, elles manifestaient la

présence d’un défunt parmi les vivants.


– Venez à moi, Âmes des Oubliés, âmes haineuses de ceux qui sont tombés au combat ! Vous qui êtes morts une fois pour la gloire des Mayakashi, battez-vous de nouveau pour votre clan !


Cette incantation eut pour mérite de dissiper les doutes des combattants : cette fois-ci, ils avaient bien à faire à des esprits. Mais déjà, ils se demandaient : comment lutter contre de tels fantômes ? En réalité, ils n’eurent une fois de plus pas le temps de débattre. En réponse à l’incantation de Yoko, une dizaine d’âmes se jeta sur eux avec un cri strident.


– Contentons-nous de les disperser, le temps de trouver une solution !

A cet proposition de Nisashi, les samouraïs répondirent à l’unisson par de puissants coups d’épées censés arrêter les âmes errantes. Mais à chaque fois, de manière prévisible, les âmes se dissipaient pile au moment de recevoir le coup et réapparaissaient juste à côté dans l’instant qui suivait…Ainsi, malgré leurs efforts, les samouraïs ne faisaient que repousser les fantômes, sans moyen aucun pour contre-attaquer.


– Il faut que l’on arrête la fille rapidement, continua le samouraï vert. Si elle continue, on ne pourra plus les contenir très longtemps !


Il avait raison, et tous le savaient. Quelques mètres au-dessus d’eux, les fantômes continuaient à sortir du miroir et à emplir le ciel. C’était une question de minutes avant que leur défense ne cède au nombre. Ce spectacle semblait ravir la démone, dont les traits de renarde affichaient un sourire

moqueur.


– Merde…


– Laissez-moi faire, lança Yariza.

Malgré la situation, tous se retournèrent étonnés vers le guerrier. Ce n’était pas tant ses mots qui surprenaient, mais le fait même qu’il ouvre la bouche, lui qui était si silencieux en temps normal. Depuis combien de temps n’avait-il pas pris la parole sur le champ de bataille ?


Yariza ?


– Tout ceci n’est qu’une gigantesque illusion, reprit-il en annulant sa garde. Dans ce cas, il faut avoir l’ennemi à son propre jeu.


En relâchant ses armes, il venait sciemment de créer une immense faille dans la formation des Six. Ravies, les Âmes des Oubliés se détournèrent de leurs autres cibles et plongèrent toutes sur lui à l’unisson.


– As-tu perdu la raison ?? cria Zanji, pour qui son camarade était déjà perdu.


– Pas cette fois, répondit-il calmement.


Les âmes de feu, ouvrant grand leur gueule enflammée, étaient prêtes à déchiqueter le samouraï. Une à une, elles s’écrasèrent sur lui dans une terrible attaque groupée. Rapidement, un immense brasier se forma autour de son corps, jusqu’à ce que toutes les âmes s’y intégrèrent. Les cinq autres guerriers étaient tétanisés. Ils imaginaient déjà leur camarade réduit en un tas de cendre par les flammes. Pourtant, l’inimaginable se produisit sous leurs yeux. Au milieu du bucher, une forme humaine se tenait toujours debout.


– Est-ce que c’est tout ce que tu as, Mayakashi ?


Yoko ne rigolait plus. Devant elle, c’était un monstre de feu qui apparaissait, un véritable démon, une Ame Possédée qui s’était nourrie de ces attaques. Près d’elle, de nouvelles Âmes étaient sorties du miroir.


– Débarrassez-moi de cette horreur ! cria t-elle.


Les nouveaux spectres se jetèrent eux-aussi sur lui, sans succès. A peine eussent-ils approché qu’eux aussi finirent absorbés par l’être de feu. Celui-ci entama une marche vers Yoko.


– A ton tour, Mayakashi…


Furieuse, la démone relâcha son miroir, qui cessa de léviter pour s’écraser au sol. Comment avait-il fait ? Il aurait dû mourir consumé ! Serait-il lui aussi parvenu à exploiter l’illusion pour prendre les traits d’un démon à ses yeux ? Elle ne pouvait le supporter. Un tel pouvoir était la propriété des Mayakashi. Seuls eux devait pouvoir se transformer, et revêtir la forme des yokais légendaires vénérés par son clan depuis des siècles. Qu’un intru utilise leur sort pour prendre des traits aussi ignobles était impardonnable, pire encore que la mort de son mari. Prise d’une rage encore plus farouche, elle décida alors de changer de stratégie. Puisque les âmes n’étaient pas efficaces, il valait encore mieux qu’elle lui règle son compte elle-même.


– Mais qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Kamon.


Les autres samouraïs étaient restés tout pâles.


– Je crois que Yariza a réussi à tirer parti de l’illusion ans laquelle nous sommes enfermés…Il a réussi à se transformer en monstre comme nos adversaires, sous les traits de cette Ame Possédée.


– Tu n’as pas le droit ! Cette illusion nous appartient, à mon mari et à moi !!


La pointe de chacune des neuf queues, comme des fléchettes lancées à toute allure, fondirent sur la nouvelle forme de Yariza. En réponse, les flammes entourant ce dernier doublèrent de volume. L’Heure Fatidique, celle de l’issue du combat, approchait.


Au moment de l’impact, un déluge de flamme s’abattit autour des deux belligérants. De terribles cris de douleur retentirent. La souffrance, tellement intense, déformait la voix au point de ne même pas pouvoir déterminer auquel des deux elle appartenait. Pour les cinq guerriers restés au dehors du cercle de flamme, impossible de réagir. Peu après le choc, un nouveau flash de lumière éclata, comme au tout début de l’affrontement, et balaya tout sur son passage.


Quand les Six samouraïs reprirent pied, tout est fini. Ils étaient revenus sur le champ de bataille qu’ils connaissaient. Yasha, le prêtre Mayakashi, gisait au sol. Il avait une gigantesque entaille au niveau de la taille de laquelle le sang continuait de couler. Un peu plus loin, dans les débris de la tente renversée, Hajun reposait endormi, calé entre la table et l’un des poteaux. Si les ailes et la peau rouges avaient disparu, la flèche plantée dans son cœur était bien réelle. Finalement, juste devant eux, Yariza et Dakki, la Mayakashi de la Grâce étaient étalés sur le dos, dans l’herbe. Il n’y avait aucune trace de brûlure autour des deux humains.


– Alors ?


– C’est terminé, fit Irou. Nous sommes sortis de l’illusion.


En se rapprochant, il put inspecter les corps. Son ami semblait exténué, respirant difficilement. Le corps de Yariza tremblait, son souffle était irrégulier et ses yeux restaient fermés. Toutefois, sa vie n’était pas en danger. On ne pouvait pas en dire autant de Dakki en revanche. En déplaçant le corps de la demoiselle restée couchée sur le dos, Irou remarqua une terrible blessure au niveau du torse. Au milieu des somptueux vêtements, ce trou béant semblait avoir atteint directement le cœur. Le sang s’écoulait alors, telle une fontaine, et forma rapidement une flaque sombre au milieu de l’herbe. La Mayakashi était déjà morte.


Ils étaient à présent seuls avec les trois cadavres dans les ruines du QG ennemi. Les Shien de l’arrière semblaient avoir rejoint le front. S'ils pouvaient encore entendre les combat faire rage plus haut dans la plaine, eux bénéficiaient d’un relatif instant de calme.


– Quel combat ! lança Yaichi en se passant la main au visage. A part Yariza aucun de nous n’est sérieusement blessé, et pourtant je me sens épuisé…


– Oui, ce fut intense, ajouta Nisashi. Même si c’était une hallucination, ces yokai m’ont bien fichu la trouille. J’en ai encore des sueurs froides.


– Sans lui, nous ne nous en serions pas sorti, dit Irou Je ne sais pas comment il a réussi une telle prouesse.


– C’est vrai qu’il faudrait un esprit tordu pour penser à se transformer comme ça ! plaisanta Kamon.


Mais au fond de lui, un malaise s’était instauré. Cette terrifiante Ame Possédée dont Yariza avait pris la forme, que représentait t-elle ? Quelles sombres pensées se cachaient donc dans le cœur de son silencieux camarade ?


– Mais ces efforts ont payé, continua Zanji. A l’exception du Chancelier, nous sommes venus à bout des généraux ennemis. En accomplissant cette mission, nous avons augmenté considérablement nos chances de victoire.


Encore essoufflé après ce rude combat, le lancier observait le front pour essayer d’estimer le rapport de force entre les deux troupes. Il voulait y croire. Oui, plus que jamais, il y croyait. On voyait bien que la Résistance était en infériorité numérique, mais privés de leurs généraux, les Shien étaient eux aussi affaiblis. La suite serait ardue, épuisante, mais il savait qu’en donnant tout ce qu’il avait, lui et ses camarades pourraient arracher la victoire à l’ennemi.


Du moins, c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce que la Corne du Paradis retentit. Un refrain guerrier, que personne ne connaissait, résonna bientôt sur tout le champ de bataille. Tous les belligérants, à commencer par Zanji, tournèrent leur regard vers les petites collines qui bordaient l’Ouest de la zone, endroit d'où provenait le son. Au sommet de l’une d’entre-elle apparut un cavalier bien étrange, doté d’une armure comme le jeune guerrier n’en avait jamais vu. Les traits de son visage, le bleu de ses yeux et la blancheur de sa peau étaient eux aussi inédits. Pourtant, cette description lui était familière. Lorsqu'il comprit, Zanji devint livide.


Au loin, la corne résonnait toujours. Le cavalier fit alors un geste furtif, lançant son bras droit dans les airs. Aussitôt, un gigantesque corps de cavalier apparut de l’autre versant de la colline et fonça sur le champ de bataille. Tous étaient équipés d’armures similaires.


– Alors, c’était vrai….bégaya le lancier. La prévision, l’armée venue d’au-delà des océans….


Sous le coup de l’émotion, ses jambes lâchèrent. Tandis qu’il tombait à genoux, en proie à un stress grandissant, les chevaux continuaient à débarquer par dizaines sur le champ de bataille. Il y en avait à présent plusieurs centaines accumulées là, sans que le flot ne se tarisse. Bien décidées à se battre, les premières lignes de cette nouvelle faction vinrent à la rencontre des autres combattants. Et ce fut sur les rangs de la Résistance qu’elles jetèrent leur dévolu. A quelques kilomètres de là, Zanji devinait la stupeur des régiments de Mataza et de Ben Kei, à présent confrontés aux eux ennemis simultanément. Il était évident qu'ils n'avaient aucune chance.


– Fais chier ! cria Zanji, en tapant du poing au sol. Je voulais y croire ! Je voulais y croire ! J’y ai cru…


Derrière lui, les autres samouraïs restèrent interdits. Zanji, toujours à terre, était à présent encore plus essoufflé. Son visage fatigué était couvert de tics nerveux, de convulsions propres à ceux dont les nerfs lâchent. Au milieu des cernes, quelques larmes commençaient à se former. Sous son armure recouverte d’un mélange de sang, de boue et de sueur, le guerrier ne s’en rendit même pas compte.


Oui, il y avait cru. Il avait tout donné. Mais à présent, avec l’arrivée de cette armée qu’il avait négligée dans le feu de l’action, ses rêves venaient de se briser. Il réalisait que malgré la force de leurs idéaux, ils n’avaient jamais été de taille pour mener une telle guerre. Depuis tout ce temps, ils nageaient en plein délire. La désillusion était terrible.



Et Heart je ne t'oublie pas, maintenant que j'ai fini ça je m'attaque à ta fic :3


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