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[FIC] Les Abîmes du Désespoir
Hiroki
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[FIC] Les Abîmes du Désespoir posté le [23/12/2016] à 02:16

Arc Laila 5 : Le changement d'horizon

Tout avait basculé en une fraction de secondes. Comme mon espoir s’en était allé lorsque mon frère s’était donné la mort, celui de ma dame s’était évaporé en quelques secondes également. Je voulais aider ma dame, mais d’après Hakaze, nous ne pouvions pas modifier des choses aussi marquantes que la mort ou la vie. Si ce qu’elle disait était vrai….Alors oui, je ne pouvais rien faire pour aider ma dame, et pire encore, toute action de ma part ne pouvait qu’empirer les choses. Il était donc impossible pour moi d’aider ma dame, j’étais complètement impuissant face à cette situation. Et puisque je ne pouvais pas changer un évènement irréversible comme la mort…Je ne pouvais pas non plus changer la destinée d’Onii-chan…

Je me laissai tomber, les deux genoux au sol, réalisant que malgré le fait que je m’étais résolu à accompagner ma dame, j’avais gardé en tête l’espoir de sauver la vie d’Arata en profitant de ce voyage dans le temps. Mon frère ne voulait pas me quitter, peu importe la coupe de cheveux que j’avais, peu importe les vêtements que je portais, mon cœur restait partagé en parts égales entre ma dame et mon frère. Hakaze qui avait remarqué mon malaise, vint s’installer à côté de moi et se contenta de me consoler en silence, affichant de l’empathie dans son regard. Pourtant, sa seule compassion ne suffisait pas à me faire oublier ce que je venais de réaliser.

– Je ne sais plus quoi faire. Déclarai-je à Hakaze en essayant de garder la face. Je ne sais plus qui je dois choisir entre mon frère et ma dame…

– Tu peux vivre sans choisir, Kôsei. Me répondit-elle avec compassion. J’ai beaucoup de personnes auxquelles je tiens, rien que mon père, mes deux mères et Hiroki, pourtant je ne suis pas obligée de choisir entre toutes ces personnes pour vivre heureuse.

– C’est différent pour moi. Je cours après deux chimères. On ne peut poursuivre deux chimères, il faut faire un choix pour pouvoir avancer. Il te suffit de rester auprès de ceux que tu aimes, mais pour ma part, chaque choix m’emmène dans une direction radicalement différente. Je ne peux donc pas prendre les deux choix.

– Je vois….Soupira-t-elle. J’imagine que tu trouveras les réponses un jour. Quel que soit ton choix, tu l’auras fait avec ton cœur donc je suis certaine que tu n’auras pas à le regretter.

– J’espère…Se contenta-t-il de soupirer.

Nous relâchâmes la pression quelques minutes, histoire de reprendre nos esprits. Nous avions vécu beaucoup de choses avec tous les évènements difficiles étant arrivés à ma dame et à la guilde, et moi comme Onii-chan étions lessivés. Je sentais en plus de ça une fatigue inhabituelle depuis que j’étais arrivé dans ce monde, comme si quelque chose affectait ma capacité à rester en forme. Je n’en avais pas parlé à Hakaze et à ma dame, mais Onii-chan et moi sentions quelque chose qui drainait nos forces, sans savoir ce que c’était.

Mais alors que nous réfléchissions à cela, nous vîmes quelque chose qui nous fit bondir. Les troupes au sol qui affrontaient les membres de la guilde Yume-Nikki prirent la fuite tandis que les troupes aériennes firent de même. Les quatre hélicoptères s’en allèrent en vitesse dans la direction opposée, pourchassés par un cinquième hélicoptère différent des autres, mais m’étant familier.

Lorsque nous sortîmes pour voir ce qu’il en était, nous constatâmes avec surprise que Yume-Nikki avait contrattaqué face aux hommes qui la poursuivaient. Quelqu’un était arrivé dans un véhicule et leur avait prêté main forte, tandis qu’une autre personne en hélicoptère avait fait de même. Revenant discrètement dans le groupe en tentant d’éviter d’attirer les soupçons sur nous, nous vîmes l’homme sortir du véhicule. Il semblait avoir une vingtaine d’années, cet homme aux cheveux bruns et aux yeux gris affichant une expression de mépris sur son visage. Habillé d’une veste noire sur laquelle étaient dessinés des traits jaunes, ainsi que d’un pantalon assorti, il s’avança vers le groupe, très vite rejoint par l’hélicoptère planant au-dessus de lui.

– Tss. Devoir aider une équipe comme la vôtre. Râla-t-il. La nouvelle leader est décidément pitoyable. Alors petite poufiasse t’as eu peur pour ta vie ?

Je serrai les poings et me mis en tête de lui faire ravaler les paroles qu’il avait osé balancer à ma dame, mais Hakaze me stoppa, m’indiquant tout bas de ne pas nous faire remarquer et observer la suite.

– Es-tu venu nous prêter main forte pour nous rabaisser ensuite ? Reprit ma dame, intéressée par l’attitude de l’homme. Je suppose que tu as quelque chose à gagner en limitant le génocide ?

– Plutôt deux fois qu’une ouais ! Beugla l’homme que j’avais envie de liquider sur place en voyant l’arrogance qu’il avait face à ma dame. J’m’appelle Noda. Kuchiki Noda. J’suis un duelliste psychique ancien membre du mouvement Arcadia. Le même que vous avez détruit quelques temps plus tôt.

– J’me rappelais de ta tête mais je ne savais plus où je t’avais croisé. Déclara Jessica en feignant un sourire sur son visage marqué par les évènements du soir. Pourquoi t’es là ?

– Quelle rudesse alors que nous vous avons sauvé ! La coupa une seconde voix féminine cette fois en provenance du ciel.

Lorsque nous levâmes les yeux pour constater de qui venaient ces paroles, nous fûmes tous surpris par l’identité de la personne en question. En effet, au-dessus de nous se trouvait un hélicoptère aux couleurs de l’armée qui descendit rapidement au sol, et de cet hélicoptère sortit celle qui avait trahi mes ordres dans le futur, celle qui avait piétiné tous les efforts de ma dame et qui avait ramené Zetsubô à la vie dans notre époque. Toujours habillée de sa tenue militaire habituelle, elle s’avança vers nous, enlevant sa paire de lunettes noires afin de pouvoir affronter le regard de ma dame.

– Enchantée, Serizawa Laila. Commença-t-elle. Je m’appelle Cécilia. Marciela Cecilia. Je suis également une duelliste psychique de l’ex Mouvement Arcadia, mais aussi et surtout une amatrice d’engins et de moteurs en tout genre ~

– Je vois, vous êtes tous les deux d’Arcadia. Enchaîna ma dame, elle aussi encore submergée par l’émotion. Venez-vous réclamer vengeance pour la destruction de vos bâtiments ?

– On aurait pu vous laisser vous faire tuer comme des merdes et on l’aurait eu notre vengeance ! Râla l’homme qui était désormais inscrit sur ma liste de victimes. Cependant, nous aussi on est dans la mouise tu vois.

– Comment ça dans la mouise ? S’avança alors Jessica qui semblait concernée par le problème.

– Les gardes. Reprit Cécilia. Suite à la dissolution d’Arcadia, Sayer, le leader de notre mouvement, a été incarcéré dans la prison de Nanba, là où sont incarcérés les criminels à risque. Cependant, les actes commis sous les ordres de Sayer sont considérés comme criminels même si la plupart étaient issus des ordres de Rex Goodwin. Tous les membres du mouvement Arcadia sont donc traqués en permanence afin d’être incarcérés à leur tour.

– Oi, la stoppa Jessica. J’ai pas été traquée ces derniers temps pourtant j’étais visible. Tu te fous de ma gueule ou ça se passe comment ?

– Laisse-moi donc y venir. Ils surveillent toutes les personnes, toi incluse. Cependant, les membres du mouvement qui se sont réinsérés dans la société par le biais de boulots ou autres affiliations ont été laissées à leur vie au bout de quelques mois de bonne foi. Moi et Noda sommes les derniers à n’avoir aucune affiliation.

– Et c’est là que j’entre en jeu n’est-ce pas ? ~ Reprit ma dame avec le sourire en essayant de montrer l’attitude d’une leader.

– Exact. Lui répondit Noda. Les seuls boulots qu’on m’a filé c’est récurer les chiottes et je ne me suis pas cassé d’chez moi pour ça tu vois. Donc moi et la pouffiasse qui m’accompagne on aimerait rejoindre ta guilde la moche.

Je ne pus me retenir d’avantage face à la manière dont il parlait à ma dame, et cette fois, les protestations d’Hakaze ne suffirent plus à me faire taire. Je m’avançai devant ma dame pour faire face à l’homme qui avait eu l’audace d’élever la voix face à elle. L’assassinant du regard, je pris la parole à mon tour, bouillant de l’intérieur.

– Qui es-tu pour t’adresser de la sorte à notre leader ? N’as-tu aucune notion de respect ?

– J’ai jamais eu de respect pour mes vieux, j’en aurai pas pour ta pouf mec ~ Me répondit l’autre inconscient.

Il n’en fallut pas plus pour me faire perdre le contrôle. Les traits de mon visage se durcirent tandis que ma colère se faisait de plus en plus pesante dans l’atmosphère. Je sentais les vents devenir lourds autour de moi tandis que je fixai les yeux de l’homme avec toute l’animosité que j’avais à l’intérieur. Amusé, il reprit la parole, conscient qu’il se jetait dans un affrontement.

– Tss, j’vais t’apprendre une leçon tu vas rien piger toi. Me lança-t-il , un sourire sadique aux lèvres.

– Je ne bougerai même pas le petit doigt. Déclarai-je froidement. Onii-chan, dégage moi cette merde.

Répondant à ma demande, une lueur bleu ciel m’entoura et sortit soudain de mon corps pour illuminer cette avenue sombre de Satellite. La lueur devint une lumière éclatante de laquelle sortit Saffira la reine des dragons, sous les regards abasourdis de la plupart des membres de la guilde.

Mon dragon se lança à l’assaut de l’homme qui tenta de résister grâce à ses pouvoirs psychiques, mais il ne fit pas le poids et se fit littéralement exploser par la puissance de l’attaque de mon grand-frère. Elle le propulsa loin dans les cieux jusqu’à ce que l’on ne le puisse plus le voir.

Une fois l’homme disparut, je me tournai vers Cécilia, la regardant d’un air tout aussi sinistre, voir même avec d’avantage de haine puisqu’elle était la responsable de trop de malheur dans le futur. Mais alors que j’allais l’attaquer également, je sentis quelqu’un m’arrêter. Une main de posant sur mon épaule qui me fit me retourner, mais je ne pus m’en défaire puisque lorsque je tournai la tête je constatai que c’était ma dame elle-même qui m’avait stoppé dans mon offensive. Ne comprenant pas son attitude, je cherchai une réponse dans son regard.

– Tu es une aide précieuse, Shuuei. Mais ces personnes font également face à leur lot de désespoir. Ils ont également le droit de venir dans la guilde.

– Dame Laila ! Criai-je, déstabilisé. Vous ne comprenez donc pas ! Dans le fu… —

– Je te l’ai déjà dit. Murmura-t-elle avec le sourire. Ne change pas mon destin, n’interfère pas dans ma mission. Si cette femme me cause du tort à l’avenir, c’est qu’elle doit le faire ainsi. S’il te plaît, fais-moi confiance.

Je m’arrêtai quelques minutes, fixant ma dame dans les yeux. Elle semblait vraiment déterminée à suivre sa route jusqu’au bout….Même si elle n’en savait pas l’issue. Je ne pouvais pas la laisser faire ce choix….Mais ce choix, c’était le sien. Je devais m’y résoudre. Lançant un dernier regard hostile à celle qui était habillée en tenue de militaire, je me rangeai sur le côté, demandant à Saffira de ramener celui qu’elle venait d’envoyer valser parmi nous. Mon esprit du duel s’exécuta et ramena l’homme parmi nous. L’impact l’avait bien amoché : il respirait difficilement à quatre pattes au sol.

Le prenant de haut, je lui donnai néanmoins un avertissement supplémentaire.

– Je n’hésiterai pas à te briser les os et à t’enterrer vif si tu manques une nouvelle fois de respect à ma dame. Déclarai-je avec froideur. J’ai déjà tué, je peux très bien recommencer.

– Tss……Regarde toujours derrière toi, un jour je serai derrière et je te tuerai d’une seule attaque sale fils de pute. Me répondit l’homme avec difficulté.

Ignorant la menace futile de l’homme, je me rangeai sur le côté, laissant ma dame et ses nouvelles recrues entreprendre la suite. Tout le monde était sur le coup de l’attaque qui avait coûté pas mal de vies humaines dans la guilde, mais tout le monde avait trouvé un minimum de paix grâce à l’attitude de la leader qui affichait une mine solide d’apparence, mais brisée de l’intérieur si l’on savait y voir.

Nous rentrâmes donc tous à la guilde, ramassant sur le chemin les cadavres de ceux qui avaient donné leur vie dans l’attaque du soir. Une fois rentrés, nous nous posâmes dans l’entrée principale, la seule qui n’avait pas subi de dégâts. Tandis que chacun se laissait aller à la pression de ce soir qui retombait, je m’éclipsai dans les jardins de la guilde, emportant avec moi les corps des victimes.

Une fois dans les jardins derrière la guilde, je pris la pelle qui était plantée dans la pelouse et je me mis à creuser. Ayant été confronté à la mort de mon grand-frère, je savais ce qu’était d’y être confronté et surtout le fait que personne n’allait avoir la force de leur donner de dignes funérailles après la charge émotionnelle du soir. Je décidai donc de rester en retrait de la foule et de creuser ces tombes. Cependant, alors que je pensais passer ma soirée seul, je fus rejoint par Jordan qui vint s’exiler dans les jardins également. Son visage était patibulaire.

– Que fais-tu ici Jordan ? Lui demandais-je, inflexible.

– Je ne comprends pas comment tu peux garder cette force….Se contenta-t-il de répondre avec tristesse. Tu es venu enterrer ces corps n’est-ce pas ?

– Oui. C’est ce que je suis venu faire. Comptes-tu m’en empêcher ?

– Non…J’aimerais le faire avec toi à vrai dire…Je….

– Tu quoi ? Répondis-je sans émotion afin de secouer mon futur subordonné.

– Ces hommes n’ont pas de nom ailleurs qu’ici. Ils n’ont plus de parents, ils n’ont pas de famille ni d’affiliation quelconque…S’ils n’ont pas de dignes funérailles, personne ne les reconnaîtra comme ayant existé…C’est pourquoi que j’ai pris la décision de porter le poids de leur existence tout au long de ma vie.

– Je comprends. Répondis-je plus doux cette fois. Quand une personne meurt, si personne n’est là pour se souvenir d’elle c’est comme si elle n’avait jamais existé n’est-ce pas ? Je fais moi aussi vivre quelqu’un en moi pour le faire exister tout au long de ma vie.

– C’est donc lui….Ce fameux « Onii-chan » dont tu parles toujours ?

– En effet. Et c’est pour ça aussi que je suis venu enterrer ces corps. Pour leur donner une mort réelle plutôt que de laisser leur existence s’envoler en fumée.

Sans me répondre, le jeune attrapa une autre pelle qui était dans le jardin et commença à creuser avec moi. Les minutes passèrent tandis que seuls les bruits de nos pelles brisaient le silence de cette nuit sanglante. Je jetai des regards discrets à Jordan dont l’expression était noyée dans la tristesse. Il restait silencieux, ruminant à l’intérieur de lui les évènements de cette nuit tragique…Exactement comme lorsqu’Onii-chan s’était donné la mort ce soir là.

La première tombe creusée, j’y déposai le corps de cet homme qui aimait chanter les chansons de ce groupe de filles délurées. Jordan prit ma place et présenta ses respects à la dépouille en priant devant elle. Il fit de même pour chaque personne que nous déposâmes sous terre, et nous finîmes une ou deux heures plus tard.

Une fois le travail terminé, le jeune homme se laissa tomber au sol, fondant littéralement en larmes devant moi. Je fus surpris par ce changement soudain d’atmosphère du côté de Jordan, mais avant que je ne puisse dire quoique ce soit, ce fut lui qui m’indiqua le ton à prendre en hurlant ce qu’il avait sur le cœur.

– Tout ça c’est de sa faute !! Hurla-t-il. Pourquoi nous a t-il laissé tombé !!!? Pourquoi il a fallut qu’il nous laisse tous derrière, livrés à nous-mêmes !!!? Sans lui…Sans lui nous ne pouvions pas nous défendre….Quand…Quand il était là…Personne n’osait nous attaquer…Et maintenant…Tout le monde est…

Sans prononcer le moindre mot, je regardai le jeune homme d’un œil distant. Il me rappelait moi il y a quatre ans en apprenant la mort de mon frère. Rien ne pouvait me consoler, et rien ne pouvait le consoler non plus. Il devait choisir son propre chemin, et c’était exactement ce qu’il était en train de faire.

– Je prendrai vos vies avec moi. Déclara-t-il en se relevant. J’emporterai vos espoirs et vos souvenirs, et je vivrai pour assouvir votre vengeance. A cause de lui, tout a été détruit….A cause de lui, vous cinq avez perdu la vie ce soir…A cause de lui…Je suis de nouveau seul….Je….

Jordan marqua un silence avant de reprendre la parole, affichant sur son visage toute la haine du monde.

– Je te tuerai, Namatame Soichiro.. Je te ferai regretter d’avoir laissé toutes ces vies à l’abandon….

– Je vois, c’est donc ça qui te motive, Yatsu. Déclarai-je avec spontanéité.

– Y..Yatsu ? Bégaya-t-il, surpris par ma pensée. Comment m’as-tu appelé ?

– Laisse tomber. Repris-je tout aussi glacial. N’oublie surtout pas ton combat. En jurant vengeance, tu as donné ta vie à ceux qui sont morts ce soir. Ne la gaspille donc plus et voue là à cette cause. Si tu faillis à cette tâche, tu subiras le désespoir le plus profond.

– Tes mots….On dirait ceux de Laila…Murmura-t-il en affichant un léger rictus. J’imagine que tu as raison…C’est comme Laila me l’avait dit. A trop s’attacher à l’espoir, on finit bien trop vide lorsqu’il s’en va.

– Les mots de Dame Laila ont le pouvoir de réveiller quelque chose en les autres. Lui répondis-je. Tu comprendras de quoi je veux parler plus tard, lorsque ma dame aura établi son empire.

– Comment peux-tu parler avec tant de certitude ?

– Je sais le potentiel de ma dame, et je crois en l’avenir qu’elle propose. Si tu as confiance en elle, alors elle te rendra heureux, crois-moi.

Je me tournai vers l’homme et à ma grande surprise, comme la dernière fois, mon visage s’était illuminé d’un sourire. Chaque fois que je mentionnais le nom de ma dame et que je parlais d’elle, je souriais. C’était une réaction de mon âme même à la pensée de ma dame. Il n’y avait aucun doute à avoir, mon âme comme mon corps étaient éperdument amoureux de ma leader, de Laila Yamada qui m’avait sauvé du naufrage.

– Je comprends des choses. Me répondit Jordan. Ce sourire chaleureux je l’ai déjà vu quelque part. Dis, Shuuei, toi aussi tu viens du futur n’est-ce pas ?

– Comment ça du futur ?

– Il y a quelqu’un en moi dont je n’arrive pas à me souvenir exactement. Je ne connais ni son visage, ni son allure, mais je me rappelle encore de ses paroles et de son sourire. Te voir me sourire avec la même expression m’a rappelé cet homme….Hiroki…Le voyageur du temps….

– Je vois….Soupirai-je. En effet, je viens du futur. Je suis au service de dame Laila dans le futur. Je ne peux te révéler mes motivations, et de toute façon ma présence disparaitra lorsque je repartirai dans mon époque, ne prête donc pas attention à moi tant que je suis ici.

– Je vois…Soupira-t-il à son tour. Il ne me reste plus qu’à me laisser porter par le torrent temporel alors…Merci pour tes paroles, cela m’a fait du bien.

Jordan repartit ensuite dans le bâtiment, me laissant seul dehors. Enfin presque seul, puisque Hakaze qui avait vu la scène me rejoint quelques secondes après. Elle posa sa main droite sur son visage, soupirant avec le sourire.

– Décidément, tu ne connais pas le sens du mot secret toi. Enfin, je suis toute aussi folle que toi lorsqu’il s’agit de sentiments.

– Désolé. Je ne peux pas me retenir lorsqu’il s’agit de ma dame.

– Tu as raison d’agir de la sorte. J’ai moi aussi causé pas mal de désordre en suivant mon cœur, mais c’est comme ça que j’ai appris des choses. Reste toujours toi-même, Kôsei.

Sur ces mots, nous retournâmes à notre tour à la guilde, enfin ce qu’il en restait, afin de nous laisser nous porter par le torrent temporel à notre tour.

Une fois rentrés à la guilde, nous allâmes nous reposer jusqu’au lendemain. L’aurore levée, nous nous levâmes avec elle, fatigués de la course poursuite et du peu d’heures de sommeil qui allaient avec. Nous rejoignîmes les autres….Et nous eûmes tous le malaise en arrivant dans la salle, elle semblait bien vide sans les victimes de la veille. L’UWS était décimée, et le moral général à zéro. Pourtant, ma dame Laila arriva, prenant la parole avec tout le sérieux qu’elle pouvait avoir.

– Mes amis, il est temps de passer un cap. Déclara-t-elle avec conviction. Hier soir, nous avons été attaqués au beau milieu de notre fête et nos camarades ont péri dans cette attaque. Kosta, Jérôme, Alain, Mathieu et Nicolas nous ont quitté, et je ne compte pas oublier leur mort ce soir.

A ces mots, les quelques personnes composant une foule bavardèrent, mais furent interrompus par ma dame qui recommença à parler.

– Les coupables de cette attaque sont une organisation que je connais bien. On l’appelle la fondation du futur.

– La fondation du futur ? S’étonna Jessica. C’est quoi ce nom de merde ?

– C’est une organisation venant d’Australie qui se revendique pour l’espoir et assassine toute personne qu’elle juge suspecte de vouloir apporter le désespoir en ce monde. Je vais être franche avec vous, j’étais leur cible hier soir. La fondation du futur me traque depuis quelques temps et a profité de cette passation de pouvoirs pour me cibler.

– Pourquoi la fondation du futur te prend pour cible, Laila ? Se questionna Jordan.

– Pour la fondation du futur, je suis une menace. Je suis capable selon eux d’amener le désespoir à son paroxysme.

– JPP de ces histoires sérieux ! Râla Nathan qui était toujours exaspéré. Va porter plainte et fais pas chier ton monde avec ton plot twist ultra cliché.

– Tu crois que tout peut se résoudre avec une plainte ? Rétorquai-je glacial, exaspéré par ce manque de respect envers ma dame. Je peux te tuer maintenant pour te faire constater qu’aucun flic ne viendra enquêter sur ta mort si tu le souhaites.

– L’heure n’est pas au conflit. Nous stoppa ma dame. En ces temps de crise, nous ne pouvons pas nous le permettre. Mes amis, j’ai pris une décision difficile hier soir : je vais dissoudre la guilde Yume-Nikki.

– Comment !? S’exclamèrent les membres à l’unisson. Mais, pourquoi la dissoudre !?

– Du calme, ce n’est pas une décision facile à prendre pour moi non plus, renchérit-elle. Cependant, il est évident que les morts d’hier sont de ma responsabilité, je ne peux donc vous mettre d’avantage en danger. Pour ma part, je compte utiliser le domaine dans lequel j’excelle : celui du désespoir, afin de mettre en pièces la fondation du futur et ainsi venger mes camarades morts dans leur assaut.

– Utiliser….Le désespoir ? Se questionna Jordan. Que comptes-tu faire Laila ?

– Je suis en effet capable de répandre le désespoir, et ce grâce à mes connaissances en psychologie. La fondation du futur m’a attaquée gratuitement et a tué mes camarades au nom de l’espoir, je ne peux donc plus voir l’espoir comme une cause juste. Ainsi, je représenterai son antithèse et je vais étendre son influence avant de renverser cette fondation de malheur. C’est pourquoi je ne peux plus représenter Yume-Nikki. Je vais donc quitter la guilde dès aujourd’hui et vous laisser les locaux. Remettez-les en état et déclarez la désertion du leader.

Un grand silence s’installa dans les troupes de Yume-Nikki. Personne n’en revenait à vrai dire, même les nouveaux d’hier ne s’y attendaient pas. Pourtant, l’annonce était réelle : Yume-Nikki allait cesser d’exister et ma dame allait changer de cap. Observant la scène, j’étais curieux de savoir ce qu’il allait advenir de l’équipe alors qu’elle existait toujours dans le futur. Reluquant tout le monde, j’attendais de voir qui allait changer la donne, et ce fut Jordan qui le fit.

– Je te suis, Laïla. Déclara-t-il avec détermination. Je me suis promis de venger mes camarades morts hier, et de plus, tu es mon pilier, je dois donc m’assurer que tu ne me quittes pas.

– J’te suivrai aussi ma poule ~ Enchérit ma vocaliste. J’vais leur botter le cul à ces glands de la fondation du futur. Juger quelqu’un sur l’apparence qu’il donne et le tuer gratuitement, c’rien d’autre qu’un assassinat gratuit, que t’aies l’autorité ou pas.

– J’en suis aussi. Reprit Ugo. J’ai une vengeance à effectuer.

– T’en seras pas toi sale gland. Le coupa Jessica. Hors de question que tu te lances là-dedans. Ils ont encore besoin de toi à Satellite t’as pas fini ton boulot….Et puis la petite a besoin d’un père.

– Elle aura bien plus besoin d’une mère….Hoho.

– Laisse tomber, j’suis pas encore totalement taillée pour être ta pouffiasse qui te fait à bouffer et qui lave ton linge. J’te laisse ça ma poule ~

– Tss, comment oses-tu parler de la sorte au grand sunbird. Sois prudente, Jessica.

– Attends Jessica…..Tu es enceinte !? S’étrangla Cécilia. Toi !? Enceinte !?

– L’autre pouffiasse a le ballon oh la vache ! Enchérit Noda tout aussi abasourdi. Y’a un mec qui l’a engrossée putain !

– En quoi ça vous étonne ? J’ai continué mon Harem hors d’Arcadia ~

– J’en ai raté des choses…Soupira Cécilia. Enfin. J’en suis aussi Laila. Noda sera de la partie aussi. Nous n’avons nulle part où aller de toute façon.

– Ne comptez pas sur moi. Finit Nathan. Yume-Nikki ce n’est pas un cliché sur pattes à coups de nakama no bullshit et de vengeance. Je quitte la guilde, on garde contact si vous restez vivants.

Le jeune homme nous tourna le dos et partit de la guilde sans rien emporter, laissant les autres membres qui se tournèrent vers Hakaze et moi en attente de notre réponse.

– Nous en sommes. Répondis-je, glacial. Cela va sans dire. Nous sommes avec vous, Dame Laila.

Nous nous retournâmes tous vers notre dame avec le sourire, la suivant dans ce tournant décisif que prenait Yume-Nikki. La femme aux cheveux ébènes ne sut pas quoi répondre face à cet enthousiasme pour une mission qui était maculée d’une ombre certaine, mais j’imagine que les doutes dont elle m’avait fait part lorsque l’on était chez son père venaient de se dissiper en voyant l’intérêt que l’on portait à ses objectifs. Elle n’avait certes pas dit toute la vérité – elle ne le pouvait pas d’ailleurs – mais elle en avait suffisamment dit pour convaincre ses troupes.

– Bien. Reprit-elle avec sérieux. A compter d’aujourd’hui, Yume-Nikki est dissoute et devient une guilde nomade. Je vais vous entraîner dans des conditions bien plus différentes qu’auparavant. Je vais vous apprendre à appréhender le désespoir et à en faire une arme. Ainsi, nous pourrons renverser une bonne fois pour toutes la fondation du futur qui n’a fait que trop de morts !

– A mort la fondation du futur ! S’écria toute la guilde avec entrain.


Et ce fut ainsi que sous mes yeux naquit la Yume-Nikki telle qu’Arata et moi la connaissions dans le futur. Ma dame Laila avait trouvé les bases de l’empire qu’elle allait établir au fil des années, l’empire du désespoir, afin de combattre ceux qui avaient pour objectif de l’anéantir, elle et ses frères. Je venais d’assister à la réunion des membres fondateurs de cette nouvelle guilde dont j’allais être tôt ou tard le vice capitaine.

– Je ne connaissais pas cette partie de l’histoire. Me chuchota Hakaze en me prenant à part. J’ignorais qu’après la mort de ma mère cela s’était passé ainsi.

– Je l’ignorais aussi. Ma dame ne m’en avait pas fait mention.

– D’ailleurs Kôsei dis-moi une chose : Pourquoi Laila t’a-t-elle confié tout ce travail et le leadership alors qu’elle avait des alliés de longue date comme Juuni ou Jordan ?

– Je lui ai également posé la question. A ca elle m’a répondu que mon désespoir à moi n’avait pas été affecté par le temps et était donc bien plus puissant. Elle m’a également dit qu’un jour j’allais être confronté à un dilemme que seul moi pouvait résoudre et que cela allait impacter sur son avenir.

– Quel sorte de dilemme ? Demanda ma camarade Hakaze.

– Je l’ignore…Soupirai-je, tout aussi perdu qu’elle en parlant de la situation. En tout cas, j’imagine que nous avons appris pas mal de choses depuis notre arrivée. Je me vois mal suivre ma dame Laila pendant toutes ces années d’errance avec Yume-Nikki.

– Que vas-tu faire donc dis-moi, Kôsei ? ~ Me répondit-elle amusée.

– Je….Comment dire ça sans bavure….Tu as fait énormément de choses pour moi et ma dame, Hakaze, et pour ça , je te serai reconnaissant pendant longtemps. J’aimerais t’aider à mon tour. J’aimerais t’aider à découvrir le pourquoi tu es ici et t’aider à rentrer chez toi en ayant résolu les soucis que tu as.

– Ehhhhh !? S’étonna-t-elle. Je…Je n’ai pas fait grand-chose je t’assure….Et puis…Que va-t-on faire à deux… ? Je ne serai pas plus avancée tu sais haha…

– Nous ne sommes pas deux, souris-je. Nous sommes trois. Tu oublies de compter Onii-chan. Lui aussi veut aider, laisse-nous repayer notre dette.

La fausse rousse s’arrêta quelques secondes face à notre proposition à moi et finit finalement par accepter mon aide avec le sourire. Ces temps passés aux côtés d’Hakaze avaient renforcé les liens que l’on avait elle et moi. Nous étions très similaires au final elle et moi, nous étions tous les deux capables du pire pour nos proches, sans prendre en compte les risques et conséquences, nous pouvions donc former une alliance parfaite et nous allions le prouver en perçant le mystère de sa présence.


Hiroki
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[FIC] Les Abîmes du Désespoir posté le [05/01/2017] à 15:02

Arc Hakaze 1 : L'avant et l'après

Après la catastrophe s’étant déroulée durant la passation de la guilde de Yume-Nikki ; Kôsei et moi avions pris la décision de ne pas suivre Laila dans la construction de la Yume-Nikki telle que nous la connaissions dans le futur. A la place, le jeune homme m’accompagnant m’avait fait une confession plutôt étrange : à savoir qu’il voulait me rendre l’aide que je lui avais apportée. Je n’avais pas l’impression d’avoir fait grand-chose, mais il m’assurait que mon aide avait été bien plus précieuse pour lui que ce que j’imaginais. J’acceptai donc sa proposition, nous laissant nous éclipser discrètement des locaux de Yume-Nikki afin de laisser le temps reprendre son cours sans notre intervention. Une fois sortis, nous nous dirigeâmes dans une ruelle à l’abri des regards, et finalement, Kôsei brisa le silence.

– Donc si je comprends bien, tu devais empêcher la venue de la fondation du futur en revenant une heure en arrière, mais pour une raison inconnue tu as été amenée à cette époque directement ?

– C’est tout à fait ça. Repris-je, intriguée par ce qu’il allait me sortir.

– Et c’est Voltanis, le juge du sanctuaire céleste est celui qui t’a envoyée ici n’est-ce pas ?

– En effet. C’est bien lui qui m’a invitée à utiliser la machine à voyager dans le temps.

– Dans ce cas il n’y a pas trente-six solutions. Déclara-t-il, concerné par l’affaire. Il faut aller directement demander des comptes à Voltanis.

– Aller directement le voir !? M’écriai-je. Mais, le Voltanis de notre époque ne connaît pas les ambitions du Voltanis du futur ! C’est impossible d’obtenir des infos du Voltanis de notre époque.

– Même si l’on ne peut en obtenir de lui, on peut obtenir son aval pour les terres du temps. Me répondit sereinement Kôsei qui semblait savoir beaucoup de choses sur le monde des esprits.

– Avoir l’aval de Voltanis…Peu de personnes peuvent y prétendre…Soupirai-je. Il est bien trop rigide…Et puis pour arriver jusqu’à lui, ça sera plus difficile…

– Aie confiance en Onii-Chan. Me répondit mon partenaire, souriant. Onii-Chan va nous guider.

Le jeune homme lâcha mon regard et s’écarta de moi. Il claqua des doigts, faisant apparaître devant lui la personne qu’il appelait « Onii-Chan ». Son esprit du duel, Saffira la reine des dragons, apparut de nulle part pour se placer face à nous. Dérangée par le regard que je posais sur elle, elle prit la forme d’un jeune garçon qui semblait avoir 14 ans à peine. Il était un brun a l’air assez fermé qui ne semblait pas aimer le contact des autres. Pourtant, lorsque le gamin prit la parole, je m’aperçus vite du contraire.

– Sous cette forme c’est mieux non ? Sourit-il devant son ami qui n’était pas du tout choqué.

– Je t’avais dit de ne pas utiliser cette forme. Reprit Kôsei avec froideur. Fais au moins vieillir Arata si tu veux prendre son apparence.

– Je t’ai déjà dit que je ne peux que garder l’image de mon propriétaire que j’avais avant qu’il ne me quitte. Je ne peux pas inventer des souvenirs que je n’ai pas, Baaaaka Kôsei !

– Tu es….Bégayai-je. Qui es-tu ? Tu sembles si….

– Humaine ? Me coupa l’esprit du duel. Je le suis en partie. Mon ancien propriétaire possédait cette image que j’affiche. En gardant en moi ses souvenirs, je peux agir et réfléchir comme lui, tout en pouvant prendre son apparence. Je suis cependant un esprit du duel, mais je réfléchis et j’agis comme Kashiwagi Arata.

– Stupéfiant…Je ne pensais pas que de telles aptitudes étaient possibles….

– Quand Arata est mort, reprit Kôsei, j’ai tellement été noyé dans le chagrin que je me suis mis à imaginer entendre des voix, entendre la voix de mon frère même qui me parlait. Pensant perdre la raison, j’ai cru que c’était la fin pour moi, puis Saffira m’est apparue et m’a confié son histoire. Dame Laïla m’a ensuite proposé de prendre la place d’Arata en tant que Hitotsu, et je me suis construit comme ça.

– C’est assez stupéfiant comme histoire….Répondis-je en hésitant. Il n’y a pas que moi et ma tante qui avons une telle histoire…

– En effet, et elle est loin d’être terminée ~ S’exclama l’esprit du duel en faisant un clin d’œil. Mais l’heure n’est pas au flashback. Tu nous as aidé, Hakaze, je vais donc te conduire jusqu’à Voltanis pour t’aider à mon tour.


https://www.youtube.com/watch?v=8aTOaRB_XX4

J’hésitai un moment face à la détermination de mes deux camarades, mais je n’avais pas vraiment le choix. Il fallait absolument que je trouve les réponses à mes questions et la seule personne qui pouvait m’aider était mon grand-père. Ainsi, éradiquant mes doutes, je me lançai à la poursuite de mes réponses et de la clé pour sauver mon père.

Nous disparûmes ainsi de ce monde afin de rejoindre le monde des esprits. C’était une grande première pour moi que de passer ce portail sans l’intervention de Metaion. Je n’avais jamais vu à quoi ressemblait vraiment le monde des esprits, et à vrai dire, je fus assez surprise en voyant l’endroit dans lequel nous atterrîmes. L’environnement était constitué de montagnes de couleur rouge. Elles s’étendaient à perte de vue, ne laissant pas l’occasion à qui que ce soit de voir ce qui se trouvait autour. Le vent soufflait ; un vent très chaud qui donnait un climat ardent à ce paysage. Les collines rougeoyantes me rappelaient vaguement quelque chose, mais rien de concret.

– Où sommes-nous… ? Bégayai-je devant ce paysage.

– Nous sommes dans les montagnes ardentes du peuple Rubis. Me répondit Arata. Ces montagnes sont une protection pour le peuple du village rubis qui se trouve sous nos pieds. Ils vivent dans un espace souterrain car la plupart d’entre eux sont trop faibles pour affronter les prédateurs de la vallée de Jade qui se trouve derrière ces terres.

– Le monde des esprits semble vaste quand on t’écoute…

– Il a tout un système bien à lui. Me coupa Kôsei qui semblait en connaître un rayon lui aussi. Les espaces du monde des esprits sont divisés en contrées portant chacun le nom d’un joyau. Dans chaque contrée, le joyau dont elle porte le nom est caché, et c’est ce joyau qui donne l’énergie aux esprits du duel alentours. Il permet également de lancer un signal d’énergie à tous les autres joyaux de chaque terre pour maintenir le monde des esprits dans un équilibre permanent.

– C’est plutôt bien pensé…Avouai-je. Et le sanctuaire céleste, où se trouve-t-il ?

– Au-dessus de nos têtes. Répondit le jeune garçon. Il y a une centaine de kilomètres entre ici et le sanctuaire céleste. Je peux cependant vous y amener en volant, c’est quelque chose de facile pour moi.

– Bien. Conclut Kôsei. Nous partons donc pour le sanctuaire céleste. Onii-chan, s’il te plait.

– Yup ! On y va tous ensemble !

Le jeune garçon reprit sa forme de dragon, nous invitant à monter sur son dos pour s’envoler dans les cieux azurs du monde des esprits. Evidemment, nous acceptâmes l’invitation et grimpant sur son dos, nous nous envolâmes vers d’autres péripéties alors que cela faisait déjà quelques mois que nous étions ici, perdus dans le passé Kôsei et moi. Nous avions sûrement encore quelques épreuves à traverser avant de rentrer à notre époque, et je comptais les affronter la tête haute.

Les cieux du monde des esprits étaient sympathiques. Ils formaient une étendue Azur qui semblait continuer encore et encore indéfiniment sans vaciller. Les nuages avaient l’air vraiment…Confortables dirais-je. Tout était harmonieux, et la vue que l’on avait d’en haut était splendide. J’avais vraiment l’impression d’être dans un de ces « pays des merveilles » que l’on contait dans les histoires de princesses pour jeunes enfants. Le vent soufflant en altitude était lui aussi agréable, si bien que je me laissai aller pendant quelques secondes à fermer mes yeux pour en apprécier tous les effets.

Quelques minutes plus tard, nous atterrîmes dans ce qui semblait être le sanctuaire céleste. Il était complètement différent de ce que l’on voyait sur la carte du duel de monstre. Comme si le royaume du sanctuaire céleste avait lui aussi évolué au fil des années pour donner naissance à une civilisation dans laquelle les traditions cohabitaient avec le modernisme du sanctuaire céleste. Ainsi, les quelques bâtisses de style asiatique illuminées par le reflet du soleil dans les nuages étaient les seules empreintes de l’aspect traditionnel du sanctuaire, tandis que les ruelles étaient ornées de peintures récentes et fraîches, et que la végétation abondante aux alentours était entretenue avec tout le modernisme à la disposition des esprits du duel.

– C’est en endroit magnifique, vraiment magnifique. S’émerveilla Kôsei devant le royaume appartenant à mon grand-père. L’air y est frais, et le paysage lumineux…C’est superbe…

– Oui, je suis d’accord. Lui répondit l’esprit du duel ayant repris l’apparence du jeune garçon qui était son propriétaire autrefois. J’aime beaucoup cet endroit. C’est d’ailleurs ici que je suis née. Je dirige une chorale à l’autel du rituel, les hérauts se chargent de faire chanter les divas de la musique pendant mon absence.

– Une chorale ? M’étonnai-je. Vous avez vraiment des habitudes…humaines j’ai envie de dire. C’est amusant.

– La culture humaine est une inspiration pour la culture d’ici. Beaucoup d’esprits ici aiment beaucoup les humains et aspirent à passer dans leur monde, cependant, ils sont pris à parti dans la politique très dure menée par Voltanis vis-à-vis du monde des humains. Il n’autorise les échanges que dans un cadre très restreint, et sa fille Athéna a failli se faire exécuter deux fois pour avoir transgressé ces règles. Par chance, depuis quelques temps, il est devenu moins rigide sur la politique des deux mondes, ce qui nous a permis d’entrer d’avantage en contact avec les hommes.

– Je vois…Soupirai-je en pensant à tout le désordre causé par mon père et ma tante. Votre monde à toute une histoire….J’ai à la fois envie d’en connaître plus, mais à la fois envie de vous laisser en paix, quand on voit les conflits de notre monde on ne peut imaginer troubler l’ordre dans un pays aussi paisible que le vôtre.

Le jeune garçon se contenta de me sourire en silence, approuvant par cette réaction ce que je venais de dire à l’égard du monde des esprits. Nous reprîmes notre chemin jusqu’à Voltanis, qui était selon Saffira dans le grand château surplombant tout le royaume. Il y a quelques mois encore, il aurait été difficile de l’approcher, mais depuis les évènements avec ma tante, il était disponible à quiconque voulait le voir pour contribuer à rendre le monde des esprits meilleurs. Cela me faisait rire d’imaginer mon grand-père rigide et ayant foi en son jugement être à l’écoute des autres, mais au fond, je savais qu’il était quelqu’un de bon.

Nous arrivâmes donc devant le grand château qui surplombait le sanctuaire céleste. Ce château servait à la fois de demeure à Voltanis, mais aussi et surtout de palais de justice. L’autorité de Voltanis était symbolisée par ce bâtiment à l’architecture classique et presque historique dont les murs étaient ornés de peintures représentant les précédents juges du sanctuaire céleste.

Un garde était posté devant l’entrée du château. C’était Saturne, l’agent du jugement. Il était devant l’entrée pour filtrer les intrus éventuels et ne perdit pas de temps pour nous remarquer et nous questionner.

– Eh vous là ! Nous attaqua-t-il d’un ton hostile. Que faites-vous ici, humains !?

– Nous sommes venus rendre visite à Voltanis. Lui répondis-je. Nous avons besoin de réponses à des questions auxquelles nous, humains, ne pouvons trouver de réponse plausible.

– Je regrette, enchaîna l’esprit du duel, mais il est hors de question que je laisse des humains entrer ici ! La dernière fois que des humains sont venus dans notre monde, ils ont blessé toute ma garde avec leurs reptiles et leur dragon ! Je ne laisserai pas ça se reproduire !

Maudissant Reisuke à l’intérieur de moi pour le grabuge qu’il avait causé, je ne savais quel argument avancer pour passer, mais ce fut Saffira qui enchaîna. Elle reprit son apparence d’esprit de duel, sous les yeux presque exorbités de l’esprit du duel qui montait la garde. Reprenant la parole de sa voix naturelle ; une voix grave mais féminine, elle tenta de se faire entendre.

– Allons bon mon bon vieux Saturne, se moqua-t-elle. Tu es tellement myope que tu ne peux reconnaître les bons vieux amis ? Tu te fais vieux tu sais ~

– Sa….Sa….Saffira !? Beugla-t-il, abasourdi par ce qu’il venait de voir. Non…Je…Je….Je t’avais tout de suite reconnue hahaha !!! Même dans l’enveloppe charnelle d’un humain, tu restes le magnifique esprit du duel que tu es…Hahaha !!!

– Bien, j’ai eu peur que tu m’aies oubliée…J’aurais été triste, Saturne. Enfin, je suppose donc que je peux m’entretenir avec Voltanis n’est-ce pas ?

– Mais….Bien évidemment…Lui concéda le garde.

L’agent du jugement s’écarta afin de nous laisser pénétrer le château. Kôsei, qui regardait la scène en restant en retrait, n’avait même pas esquissé la moindre émotion face à ce retournement de situation venant de Saffira. Pourtant, l’esprit du duel semblait avoir une certaine position, une certaine réputation, à l’intérieur du sanctuaire céleste. Si bien que j’étais curieuse de savoir quelle était son véritable pouvoir ici. Avait-elle un pouvoir de décision quelconque ? Faisait-elle partie de l’autorité ? Je n’en avais pas la moindre idée.

Lorsque nous arrivâmes dans le palais de justice, nous pûmes voir un hall d’accueil assez vaste qui donnait sur pas mal de couloirs différents. Il semblait mener à différentes salles d’audiences, chacune régies par un juge aspirant à être le prochain Voltanis. Pour avoir accès à l’un de ces couloirs, il fallait consulter la secrétaire se trouvant à l’accueil, secrétaire qui était dos à nous.

Nous nous rendîmes donc au bureau de ce secrétaire, et Saffira appuya sur la sonnette pour le faire notifier notre présence. Cependant, lorsque la personne en charge des directions ici se retourna, je fus littéralement choquée par l’identité de la personne. Et je n’étais pas la seule, puisque même Kôsei qui ne prononçait pas facilement ses réactions faisait les yeux ronds en s’apercevant de qui allait nous prendre en charge.

https://www.youtube.com/watch?v=34Zwj1ksaeg

– Palais de Justice du sanctuaire bonjour, que puis-je faire pour vous ? Sourit le jeune homme en ne regardant que Saffira dans un premier temps.

– H….Hiroki !!? Hurlai-je à l’intention du secrétaire sorti de l’espace. Mais qu’est-ce que tu fais ici bon sang !?

– H…Hakaze !!? Bégaya-t-il tout aussi fort que moi. Mais pourquoi tes cheveux sont rouges !?

– C’est moi qui pose les questions ici ! Ne détourne pas le sujet ! Comment es-tu arrivé ici !?

– Silence Hakaze. M’interrompit Kôsei de son ton habituel. Il y a bien une explication à tout cela, et ce n’est pas en nous faisant voir que cela arrangera les choses.

Hiroki lança un regard interrogatif à Kôsei. Je ne comprenais pas pourquoi il le fixait comme ça, et je pensais même qu’il allait sortir une connerie dont il avait le secret, mais contre toute attente, ce fut une bombe qu’il lâcha de sa bouche.

– Tu as raison le pirate. S’exclama-t-il d’un sourire niais. Je m’appelle Hiroki, Yamada Hiroki. Je suis un ami d’Hakaze. Et toi tu es ?

– Kôsei, Nishijima Kôsei. Je suis aussi un ami d’Hakaze.

– Tiens, tu ne m’en as jamais parlé Hakaze. S’étonna celui avec qui je partageais ma vie quotidienne. T’aurais pu me le dire que tu fréquentais d’autres garçons. Enchaîna-t-il en masquant de la frustration qui se lisait clairement sur son visage.

– C’est normal que tu ne le connaisses pas Hiroki…Tu ne le connais pas encore. Soupirai-je. J’ai compris. Kôsei, Hiroki a passé sept ans dans le monde des esprits après notre premier voyage dans le temps. Le Hiroki que nous rencontrons ici est celui du passé, celui qui passe ses sept ans dans le monde des esprits.

– HUHHH !? Beugla le petit frère de Laila. SEPT ANS !? Misère…Je ne tiendrai pas sept ans….Ce n’est pas possible…

– Si tu les tiendras ~ Me moquai-je. En attendant, monsieur le secrétaire ; montre nous comment accéder à Voltanis ~

– Si vous voulez bien me suivre….Nous guida Hiroki, dépité par je ne sais quoi.

Amusée, j’invitai mon groupe à me suivre et donc à suivre Hiroki qui nous mena dans un couloir qui débouchait dans un autre couloir. Nous marchâmes quelques minutes, laissant pour seule compagnie qu’un épais silence qui s’était installé dans l’air. Rencontrer Hiroki de nulle part était décidément quelque chose d’inattendu, mais d’assez risible quand on y pensait. C’était amusant de se dire que malgré l’écart d’époques et de chemins, nous nous étions recroisés de nouveau.

Une fois devant la porte, nous nous préparâmes à entrer. Hiroki, qui affichait un malaise prononcé à l’idée d’être devant cette porte, nous mis en garde sur ce qui se trouvait derrière.

– Je vous préviens, soupira-t-il. Ce que vous allez voir derrière…Ne correspond pas à votre idée de Voltanis….

– Comment ça ? S’interrogea Kôsei. Qu’est-ce que Voltanis a de différent ?

– Juge par toi-même…Soupira de nouveau Hiroki en ouvrant la porte.

Et lorsqu’il ouvrit la porte, il y avait en effet un fossé entre ce que nous imaginions de Voltanis et ce qu’il en était vraiment. Le juge du sanctuaire céleste avait abandonné son aspect de monstre de duel pour avoir l’apparence humaine qu’il avait dans le futur….A l’exception près qu’il était torse nu, en short et en sandales, assis en tailleur , parlant à quelqu’un qui était masqué par le contrejour et la distance qui nous séparait.

Lorsqu’il s’aperçut qu’il avait des visiteurs, il lâcha un hurlement de surprise en rougissant, avant de reprendre sa forme rigide de monstre de duel, cet imposant colosse de couleur violet qu’il était au départ. Nous étions tous consternés par ce que nous venions de voir, mais nous fîmes de notre mieux pour oublier ces images traumatisantes.

– Maître Voltanis, commença Hiroki qui tentait de garder son sérieux. Ces personnes désirent s’entretenir avec vous concernant un motif personnel.

– Qu’ils aillent se faire foutre avec leur motif personnel !! Hurla une voix familière venant de derrière. On était en pleine partie putain !

– Je ne t’ai pas demandé ton avis Leocaser ! Protesta Hiroki en hurlant comme un gamin. Ne pourrais-tu pas m’aider à gérer l’accueil plutôt que de passer tes journées à jouer aux cartes avec Voltanis !?

– Naaaah !!! Reprit la voix. Pas que ça à foutre. Démerde toi sale gland.

Hiroki, désespéré, posa sa main face à son visage avant de sortir de la salle, dépité par la tournure des choses. Je comprenais le fait qu’il ne voulait pas passer 7 ans comme ça, mais c’était bien fait pour lui et cela m’amusait vraiment de le voir faire face à ce genre de situation. Le juge quant à lui, fit mine qu’il n’avait rien entendu et continua sa conversation normalement.

– Bien, alors pourquoi êtes vous –

– Eh le vieux ! L’interrompit Jessica en hurlant. C’est à toi de jouer j’te signale !!

– Une minute cousi – Mademoiselle Leocaser. Se reprit le juge avec gêne. Je m’occupe de la requête de ces personnes avant tout.

Je m’avançai face au juge du sanctuaire céleste qui s’était un peu trop laissé aller en fréquentant Jessica, et une fois que je fus face à lui, je repris la parole, expliquant ma situation d’une manière peu conventionnelle….

– Eh grand-père ! Me plaignis-je. Tu viens me voir, tu me dis remontes dans le temps pour aider ton père, et tu me renvoies 14 ans en arrière ! Je suis dans cette époque avec Kôsei et je ne sais même pas ce que je dois faire, comment je dois le faire, et comment on rentre à la maison. Tu pourrais pas m’éclairer un peu là parce que question repères y’a pas pire que toi !

Saffira et Kôsei me regardèrent surpris par ce que je venais de dire, gênée, je me retournai vers eux afin de leur expliquer.

– Enfin….C’est vrai quoi…Murmurai-je en détournant le regard.. J’étais perdue si Kôsei n’était pas arrivé pour me donner un but….

– Il vaut mieux que j’explique. Soupira Kôsei face à mon emballement. Hakaze vous a rencontré dans le futur et vous l’avez prévenue d’un danger imminent concernant son père. Il allait se faire attaquer par une organisation visant à détruire un générateur d’Energie se trouvant dans son habitat. Pour sauver cet homme et sa compagne, vous avez envoyé mon amie ici présente dans le passé, mais ce qui aurait dû être un bond d’une heure dans le temps fut un bon de 14 ans. Mon amie se demande donc pourquoi elle est ici et comment rentrer chez elle ?

https://www.youtube.com/watch?v=homLF23YdEs

Le juge s’arrêta quelques dizaines de secondes, réfléchissant sûrement à l’objet de ma demande. Lorsqu’il reprit la parole, il le fit d’un ton léger et moqueur.

– Dis donc, t’en a mis du temps pour ramener ta fraise ~ Me balança-t-il sans prendre de gants. Je suis le Voltanis du futur ~

– Huuuuh !? Beuglai-je. Mais…Mais…Et le voltanis du passé !?

– Il m’a cédé sa place pour quelques temps le temps de prendre un peu de vacances ~ Il était content de larguer cette fille d’ailleurs. Elle est plutôt forte aux cartes en plus. Bouda-t-il. Enfin bref. Tu as bien fait de venir. Je vais être clair avec toi, ce que je t’ai dit dans le futur pour te faire activer la machine à remonter dans le temps….C’était du bluff total ~

– Du…Bluff ? Comment ça ?

– Je sais que ton père sait se défendre et je lui ai promis de le tuer si ma fille venait à perdre la vie par sa faute. Souffla-t-il avec lassitude. Donc il la protègera y’a aucun soucis de ce côté-là.

– Attends….Tu vas me dire que toute cette histoire sur la mise en danger de mes proches….

– Oui, c’était un mensonge total ~ Reprit joyeusement le juge. J’avais besoin de te faire venir ici, et la capricieuse de petite-fille que tu es n’aurait jamais voulu venir si personne n’était en danger. Maintenant que tu es ici, si tu veux que je demande à Metaion de te renvoyer dans le futur, tu vas faire ce que je te dis d’accord ?

– Oi grand-père…..Bégayai-je, choquée par ce changement de méthodes de sa part. Il est passé où le juge rigide qui ne fait pas de coups tordus et qui est altruiste ?

– Il est en vacances je te l’ai dit. ~ A force de me faire avoir par votre famille, j’ai appris la leçon et je l’utilise aussi.

Saffira pouffa de rire tandis que Kôsei posa sa main contre son visage en écoutant notre dialogue. La cause de mon voyage…Ce sens caché que je cherchais…Ce n’était rien d’autre que du flanc… ? Je m’étais faite avoir du début jusqu’à la fin… !? Mais…Mais quel enfoiré ce grand-père ! Je m’étais faite berner comme pas possible avec la vie de ma tante et de mon père en appât parfait….

– Eh, je ne t’ai pas faite venir pour rien non plus Hakaze. M’interrompit le juge. Dans le conflit du futur, il y a quelque chose qui va t’entraver dans ta progression. Je t’ai amenée ici afin que tu puisses te débarrasser de ce fardeau pour pouvoir pleinement t’épanouir.

– Et quel est ce fardeau ? L’interrogeai-je ?

– Je savais que cette excursion dans le passé allait te faire du bien Hakaze, reprit-il, mais je ne pensais pas que tu allais rencontrer Kôsei dont les circonstances étaient clairement différentes des tiennes. Tu as pu donc en apprendre davantage sur Zetsubô et Yume-Nikki, cependant, il manque une chose pour que tu sois complète. Hakaze, ne t’es-tu jamais posée la question concernant ton premier voyage temporel ?

– Bien trop de fois, mais je n’en ai jamais eu les réponses. Repris-je avec sérieux.

– Et si je te disais….Que je suis celui ayant effacé tes souvenirs de ce premier voyage temporel ? Que me dirais-tu ?

– Vraiment ? C’est ton œuvre grand-père ? Pourquoi avoir fait ça ?

– Je pourrais te l’expliquer, mais cela serait vraiment ennuyeux. Je t’ai donc fait venir ici pour t’ouvrir les portes vers tes propres souvenirs. Si tu acceptes les souvenirs que je te propose, alors tu sauras ce qui a poussé ta volonté tout ce temps. Tu sauras tout sur ton premier voyage, tes motivations, et les conséquences que cela allait avoir dans le futur. Es-tu prête ?

– Je suis toujours prête pour connaître la vérité. Rétorquai-je.

– Bien. Dans ce cas, je t’ouvre les portes vers tes souvenirs. Tâche d’en revenir saine et sauve…Hakaze.


Hiroki
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[FIC] Les Abîmes du Désespoir posté le [11/01/2017] à 14:15

Arc Hakaze 2 : Le passé et le futur

Tout autour de moi devint noir. Me sentant être plongée dans la pénombre, sombrant dans les abîmes de mes tourments, je me sentis peu à peu perdre ce qu’il restait de mon humanité, pour ne devenir qu’un monstre assoiffé de vengeance.

Ma vie a toujours été riche. J’ai eu la chance de grandir avec un père aimant, une mère présente, j’avais un environnement familial que j’affectionnais beaucoup et dont je ne me serais séparée pour rien au monde. J’ai connu Hiroki lorsque j’avais 14 ans et qu’il en avait 12, et sans nous nous en rendre compte, nous sommes devenus rapidement quelque chose et nous avons pris notre envol tous les deux pour devenir un couple, puis des parents. De notre union était née un garçon à qui l’on donna le nom d’Hirosuke. Il avait ses yeux tandis que son teint de cheveux était un mélange du blanc de ma mère et du noir de son père, pour ne laisser qu’un gris argenté magnifique qui soulignait son regard bleu. Des années s’étaient écoulées, et des tas de choses s’étaient passées pour au final s’inscrire dans la case souvenirs…Maman avait disparu depuis trente ans déjà, Papa ne s’en était jamais remis, il vivait ses derniers jours en retrait dans cette forêt qu’il avait scellé afin d’empêcher quiconque de l’approcher. Il ne voulait pas me voir, ni voir Athéna ou Hirosuke. Il était digne, digne au point de ne pas vouloir afficher cette image du vieil homme attendant la mort en équilibre sur cette carcasse fragile qu’était la sienne.

Hirosuke avait grandi et était assez indépendant. Il n’avait plus besoin de moi comme il en avait besoin pendant ses jeunes années. Entre mon fils, mon père, et moi…Quelle était la solution ? Pourquoi la famille si aimante et équilibrée qu’était la mienne était partie en fumée de la sorte…. ? Pourquoi….Etais-je si seule…. ?

Je passais mes journées à chercher le pourquoi du comment. Je connaissais l’histoire de mes parents ainsi que l’histoire de ma tante, mais tout cela me laissait perplexe. Si je voulais savoir le pourquoi du déclin de notre famille, je devais avant tout remonter à la source pour savoir quand tout était parti à volo.

– Pourquoi m’as-tu fait venir Maman ? Râla Hirosuke qui ne semblait pas voir venir ce que j’allais lui dire. Tu es agaçante quand tu t’y mets.

– Ecoute ce que j’ai à te dire, gamin. Rétorquai-je sèchement. Je vais partir pendant quelques temps, quelques semaines je pense.

– T’absenter ? Soupira-t-il. Qu’est-ce qui a donc suscité ton intérêt… ?

– Je vais me lancer dans un voyage pour savoir comment aider au mieux ton grand-père gamin. Je vais trouver le moyen de sortir ce vieux débris de sa forêt, j’aimerais que notre famille se retrouve une bonne fois pour toutes tu comprends.

– C’est la mort de Papa qui t’a rendue aussi chiante ou tu l’as toujours été ? Soupira mon bon à rien de fils.

– Ne remets pas ton père sur le marché. Il a fait ses choix et il les a payés. Je veux simplement sauver la famille qu’il me reste, à savoir toi et ton grand-père.

– Et tu as une idée de comment tu vas t’y prendre…….?

– Je dois d’abord percer le pourquoi nous sommes dans cette situation avec ton grand-père. Trop de questions sont sans réponses, et j’ai envie d’avancer.

– C’est chiant….Je préfère me laisser vivre et prendre la vie comme elle vient, de toute façon, on finit tous par crever et tant mieux, cette vie est barbante.

– Je ne peux donc pas compter sur toi pour m’aider je suppose gamin ?

– Tu supposes bien.

Je n’avais plus vraiment d’attaches si ce n’était mon fils, et ce dernier m’avait clairement fait comprendre qu’il n’attendait plus que je reste à ses côtés. Il avait sa propre idée de la vie aussi triste était-elle, mais ça aussi devait être conséquence du chemin qu’avait emprunté notre lignée. Il me fallait trouver une solution pour rétablir l’ordre, et vite avant qu’il ne soit trop tard.

Ainsi, je me mis à réfléchir. Qui pouvait m’aider concernant les problèmes qu’affrontait mon père ? Je n’en avais pas la moindre idée. Après-tout, je ne savais même pas qui était responsable de son tourment actuel. Etait-ce encore la mort de ma mère, ou quelque chose de bien plus sombre que son tragique destin ?

Pour toute réponse à mes questions, je ne désignai qu’un seul guide : Voltanis. Il fallait que je consulte Voltanis et que je le contraigne à me révéler ce qu’il se passait vraiment dans la tête de mon père. Et pour ce faire, il n’y avait qu’une seule solution possible. C’était Athéna qu’il me fallait. Cherchant sa présence à l’intérieur de moi, je tentai d’appeler ma partenaire de bataille, et elle se montra quelques secondes plus tard en guise de réponse.

– M’avez-vous appelée, jeune maîtresse ? Me demanda-t-elle solennellement.

– Il serait temps que tu passes à autre chose mon amie. Rétorquai-je. Cela fait déjà quarante ans que l’on se connaît toi et moi. Plus important, je voudrais m’entretenir avec Voltanis, pourrais-tu me mener à lui ?

– Certainement, jeune maîtresse. Il en sera fait comme vous le désirez.

Sans me poser d’avantage de questions, je fus emmenée directement de chez moi jusqu’au monde des esprits du duel, directement face à Voltanis. Les choses étaient décidément bien rapides, mais ce n’était pour me déplaire puisque j’allais pouvoir régler le pourquoi de ma venue ici le plus rapidement possible, à savoir, trouver une solution pour que mon père retrouve le sourire au moins une fois dans sa vie…

Une fois arrivées, Athéna me lança un regard perplexe, avant de me laisser seule. J’étais seule dans ce qui était autrefois la cour où mes parents avaient payé le prix fort pour leurs « méfaits » vis-à-vis de Voltanis. Je ne le savais pas encore, mais la route que j’étais en train d’emprunter allait à jamais changer le cours de mon existence. Je marchai quelques minutes dans cette salle d’audience déserte, avant d’être surprise par l’arrivée du plus puissant des monstres du sanctuaire céleste, Voltanis lui-même. Il n’était pas différent de d’habitude, mais je sentais malgré tout quelque chose dans son aura qui me faisait frémir. Mais avant que je ne puisse ouvrir la bouche pour expliquer la situation, il me devança et prit la parole avant moi.

– Rentre chez toi, Hakaze. Tu n’as rien à faire ici. Me lança-t-il d’un ton glacial.

– Tu sais pourquoi je suis venue, Voltanis. Je sais que tu connais l’origine du malaise avec mon père. Athéna semble savoir des choses également, mais elle ne me dira rien à ce sujet. Explique moi tout je te prie.

– Penses-tu seulement savoir le pourquoi tout le monde se tait à propos de cette histoire jeune fille ? Il existe en ce monde des choses qui ne doivent pas être sues, quoique tu en dises.

– Je suis venue briser le silence et je pensais qu’en tant que juge impartial tu n’aurais aucune protestation. Je suppose donc que tu n’es pas étranger à ce qui a mis mon père dans cet état n’est-ce pas ? Le juge aurait-il été le coupable dans cette affaire ? Tu es décevant, Voltanis.

– Que tu es présomptueuse. Renchérit le juge d’un air agacé. Comment oses-tu remettre en cause mes intentions ? Eh bien non, tu te trompes. Je suis totalement blanc dans cette affaire, madame la maligne.

https://www.youtube.com/watch?v=tmtOxvPsFt0

– Dans ce cas, prouve-le, monsieur le juge. Rétorquai-je, mesquine.

– Bien….Puisque tu es assez sotte pour te permettre de remettre en cause mes intentions, je suppose que tu continueras à jouer la maligne lorsqu’il s’agira de faire face à ton passé n’est-ce pas ? Eh bien dans ce cas, je vais t’expliquer le pourquoi du comment concernant Soichiro Namatame. Venons-en au commencement. Je suppose que tu connais l’histoire de tes parents n’est-ce pas ?

– En effet. Répondis-je, attentive.

– Sache que tes parents étaient destinés l’un à l’autre depuis bien longtemps, et ce, même sans le savoir. Avant toute chose, il faut savoir que Téthys et Athéna sont toutes deux originaires du monde des humains. En outre, elles sont également sœurs.

– Comment ça… !? Bégayai-je, abasourdie par ce que venait de me dire Voltanis. Mais pourquoi….

– Pourquoi ont-elles fini dans le monde des esprits ? Me coupa-t-il. C’est une histoire longue mais simple. Cela remonte à des années, a énormément d’années même, puisqu’à l’époque je n’étais pas le juge du sanctuaire céleste. J’étais un simple esprit du duel, et j’avais conclu un pacte avec une humaine également. Cette humaine s’appelait Masaë, Kisaragi Masaë. Elle était la mère de Sirie et Himiko.

– Toi Voltanis…Tu étais lié à ma grand-mère… ?

– En effet je l’étais. Seulement, à l’époque où j’étais le serviteur de celle qui allait donner naissance à mes futures filles, Seuls les joueurs du duel de monstre connaissaient les esprits du duel. Les autres, ils prenaient ceux qui en parlaient pour des fous, voir des personnes prises par le mal lui-même. Mais il existait une troisième catégorie de personnes.

– Quelle catégorie ?

– Ceux qui ne jouaient pas au jeu, qui n’entretenaient aucun lien avec les esprits du duel, mais qui cherchaient n’importe quelle source de pouvoir afin de se l’accaparer. Un groupe de personnes a émergé, des « Spirit Hunter » comme ils s’appelaient. Soutenus par les personnes cataloguant notre présence comme le mal, ils se mirent en chasse de quiconque pouvait leur fournir l’énergie nécessaire d’un esprit du duel à l’époque afin d’obtenir un pouvoir très grand.

– C’est horrible….Terriblement malsain…Mais…En quoi cela explique la peine de mon père ?

– Patience, j’y arrive justement. Parmi les Spirits Hunters, il y en avait un particulièrement fourbe et perfide. Ne se reconnaissant pas dans cette organisation, il a fait cavalier seul et a tué de plus en plus de détenteurs d’esprit du duel afin de s’approprier leurs pouvoirs. Il était le plus cruel de tous ces chasseurs, et cet homme….C’était Fujii Namatame, ton grand-père Hakaze.

– Mon grand-père… ?

– C’est exact. Il entassa les victimes sans être coupable d’aucun crime puisque des tas de personnes voyaient les détenteurs d’esprits comme des monstres à anéantir. Il n’y avait qu’à Domino City, là où le jeu était monnaie courante, que l’on pouvait ne pas être traqué par ces hunters. Cependant, Masaë ma maîtresse ne pouvait pas fuir la ville, puisque son mari n’avait pas assez d’argent pour permettre à ses filles de survivre en cas d’exil. Elle devait vivre en cachant le fait qu’elle était détentrice d’un esprit du duel. Seulement, un jour d’été au ciel dégagé, tout bascula. Fujii Namatame, le Spirit Hunter, arriva jusqu’au foyer de la famille Kisaragi, et ce jour-là, ce fut le jour où notre destin à tous fut scellé.

– Que s’est-il passé, Voltanis ?

– Ton grand-père maternel affronta ton grand-père paternel afin de protéger les siens, mais il fut rapidement tué par la puissance de Fujii. Les esprits du duel qu’il avait capturé devinrent un et s’unirent pour former Garunix le roi du feu, qui réduit en cendres l’existence de ton grand-père d’un seul souffle. Concernant Masaë…Afin de protéger ses filles qui n’avaient que trois et un an, elle se battit en m’invoquant. Nous livrâmes bataille contre le spirit hunter, mais malgré toute notre force jointe, nous ne pouvions vaincre Garunix. Je me pensais alors perdu. J’allais être avalé, absorbé par cette créature infâme née de la soif de pouvoir d’un homme perfide…Malheureusement, j’avais tort.

Alors qu’elle aurait pu utiliser ses dernières forces pour préserver sa vie, elle rompit le contrat nous liant alors qu’elle se ruait vers Fujii et Garunix. Je la vis s’éloigner encore et encore de mon regard sans pouvoir faire quoique ce soit pour l’en empêcher…Et lorsqu’elle fut face à Garunix, tout comme son époux, son existence fut aspirée par les flammes du phénix en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire.

Elle m’avait sauvé, sauvé de ce destin tragique qui m’attendait. Elle avait payé sa vie pour prolonger la mienne…Mais ce n’était pas tout, et je m’en rendis vite compte. En effet, elle n’avait pas détruit notre contrat. Elle l’avait transféré à quelqu’un d’autre : sa fille ainée, Sirie Kisaragi. La petite de trois ans qui ne se trouvait qu’à quelques mètres du chasseur aurait dû se faire détruire par Garunix comme ses parents l’avaient été….

Mais je ne pouvais me résoudre à voir deux fois la même chose se produire.

Me maudissant de n’avoir rien pu faire pour sauver Masaë, je pris une résolution ferme. Je dus défier l’autorité du juge en fonction à l’époque : Néo Parshath. Afin de protéger ces deux êtres d’innocence, je les emportai avec moi dans le monde des esprits, les faisant ainsi échapper à Fujii Namatame.

Lorsque je suis rentré au sanctuaire céleste, je suis allé voir Néo Parshath , le juge, afin de lui expliquer la situation…Et contre toute attente, le juge se montra clément avec moi. Il est vrai que j’étais son bras droit, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il ne m’accorde autant de confiance. Il me confia ce jour-là le rôle de juge, mettant en avant le fait que si j’étais capable de décider par moi-même pour une situation aussi extrême, j’allais pouvoir régner sur le sanctuaire céleste. Je pris ainsi les rennes du royaume, mais aussi la décision de prendre à ma charge les deux filles de Masaë qui avait donné sa vie pour moi, mais qui m’avait aussi confié ses filles en guise de dernière volonté.

…. As-tu perdu ta langue ? Reprit-il avec désinvolture.

Mais il n’obtint pas de réponse de ma part. Tout cela était bien difficile à digérer d’un coup. Savoir que ses grands-parents maternels se sont fait tuer par le grand-père paternel était bien difficile à avaler comme ça. Certes, je savais depuis la catastrophe que Fujii était une pourriture, mais j’ignorais vraiment qu’il en était une à ce point…Quelque chose en moi était en train de naître, comme une sombre fleur en train d’éclore. Je sentais une frustration naissante en moi, et ce n’était que le début puisque Voltanis continua son récit.

– Prenant mon vécu comme source d’inspiration pour régir le sanctuaire céleste, j’interdis énormément de choses en rapport avec les humains, limitant même les passeports donnés aux esprits du duel de monstre pour aller et venir dans le monde des humains à un par an. Mes filles, Himiko et Sirië, avaient pour interdiction de fréquenter le monde des humains, mais l’ainée des deux a malgré tout posé son regard sur l’un d’entre eux…Et cette personne n’était autre que le fils du meurtrier de ses parents : Ton père, Soichiro Namatame.

– Je vois…Je suppose que je connais la suite…Repris-je glaciale. Et donc…Pour mon père… ?

– Lorsque vous avez revu Fujii, il a réussi à trouver le moyen de s’en tirer, et ce n’est qu’il y a quelques années que ton père a appris pour l’implication de son père dans les vies de Sirië et Himiko, mais aussi sur la véritable nature de celle que tu appelles encore Athéna. Il a décidé de s’isoler dans cet endroit jusqu’à la mort en guise de repentance. Pour reprendre ses propres mots lorsqu’il est venu me voir, il « sacrifie les dernières années de sa vie » , il « sacrifie les années qu’il aurait pu avoir avec Hirosuke » , et ce, afin de subir lui aussi la peine infligée à mes filles. Il refuse de voir quiconque depuis, Sirië comprise.

– C’est donc ça, la cause de son mutisme total….Tout ça c’est de la faute de cette enflure de Fujii…..

– En effet. Reprit le juge sans intonation particulière. Je salue le choix de ton père. J’ai compris au fur et à mesure des années que je m’étais trompé sur son compte, et même si cela me tue de le dire…Il a rendu ma fille heureuse et il m’a donné une descendance, mais cela n’effacera jamais le préjudice qu’a causé Fujii à ma maîtresse et son compagnon.

– Je sais. Il n’y a qu’une manière d’effacer le préjudice et de libérer mon père de cette prison qu’il a scellé lui-même. Je dois réclamer vengeance pour toutes les victimes de ce type.

– Voilà pourquoi je ne voulais pas te le dire. Soupira le juge. Crois-tu vraiment qu’une vengeance suffira à effacer les actes passés ? Tu ne vas que te salir les mains.

– J’ai un honneur Voltanis. Ce que je viens d’entendre, jamais je ne pourrai l’oublier. Je suis une Namatame, c’est aussi ma responsabilité de garder un nom propre car ce nom je l’ai donné à mon fils. Donc c’est à moi de laver notre nom.

– Je vois…Soupira de nouveau Voltanis. Tu es bien comme ton père. Bien. Il existe bien un moyen par lequel tu pourrais te venger, mais tu vas toi aussi devoir briser tous les tabous, braver tous les interdits et défier les lois de ton monde pour ce faire.

– De quoi me parles-tu Voltanis ?

– De voyage dans le temps évidemment. Me répondit Voltanis d’un ton supérieur. Tu as l’esprit bien étroit pour la fille d’un scientifique qui a trainé avec la bande à Okabe. Ton père a construit une machine qui a le pouvoir de remonter le temps. Il la garde dans son laboratoire pour que personne ne s’en approche. J’y ai également installé une barrière protectrice que tu pourras franchir une fois que je t’aurai donné l’accès. Tu devras enclencher la machine et revenir dans le passé pour exercer ta vengeance.

– Une fois dans le passé, j’empêche Fujii de devenir le chasseur ?

– Non, tu ne pourras pas empêcher la mort des parents de mes filles. Un acte tel qu’une naissance ou une mort s’inscrit de manière irréversible dans le temps. Tu ne peux l’empêcher même avec tous les voyages dans le temps du monde. Si tu empêches Fujii de tuer tes grands-parents, cela ne l’empêchera pas de les pourchasser jusqu’à la mort et l’honneur de ta famille ne sera pas lavé.

– Dans ce cas…Comment changer les choses ?

– Retourne dans le passé…Et élimine Fujii dans le passé avant que ton père ne sache ce qui est arrivé.

Eliminer Fujii avant que mon père ne sache ce qu’il s’est passé entre lui et mes grands-parents….C’était donc ça qui allait être ma mission dans le passé…

Je m’arrêtai quelques secondes, non pas par peur ou par appréhension, mais parce que le désir brûlant de laver l’honneur des miens par ce crime d’honneur prenait de plus en plus le pas sur moi. Il fallait que je retourne en arrière, à la source, afin de pouvoir prétendre à faire dévier mon père de ce chemin d’amertume et de culpabilité. Il ne me restait plus que ça à faire pour sauver notre union familiale.

J’acquiesçai donc face à mon grand-père, consciente que j’allais m’embarquer dans un voyage difficile, mais plus aucun doute n’effleurait mon esprit à présent. Je ne pouvais plus voir aucun autre espoir pour mon père, ni pour mon fils qui aurait sûrement pris un autre chemin sans ce sale type qu’était son arrière-grand-père. Fujii avait fait trop de mal autour de lui. A cause de lui, la mère de mon père avait subi maintes et maintes pressions morales car elle avait été assez naive pour garder l’enfant d’un homme l’ayant laissée seule après l’avoir mise enceinte. Elle avait assumé seule l’éducation de mon père et y avait laissé sa vie en guise de prix….Tout ça à cause de Fujii….

Je me retournai sans un mot. Les décisions étaient prises, et Voltanis était de mon côté. Tout comme mon grand-père, tout comme mon père, j’allais à mon tour braver les interdits afin de sauver ce qui m’était cher. Braver les interdits semblait être l’héritage familial de la famille Namatame, et j’allais donc en porter dignement les responsabilités en le faisant à mon tour.

Ce fut quelques jours plus tard que je décidai de me lancer dans cette quête assassine. Celle dans laquelle j’avais prévu de mettre prématurément fin à la vie de mon grand-père qui était mort dans des conditions acceptables il y a deux ou trois ans. C’était d’ailleurs à ce moment que mon père et Athéna avaient appris concernant la vie de Fujii et ses œuvres immondes selon Voltanis. Je devais donc revenir quatre ans en arrière pour laver les mains de notre famille une bonne fois pour toutes.

Lorsque je me présentai devant la forêt scellée par mon père, le sceau qui la retenait close disparut de lui-même, me laissant entrevoir l’intérieur de la forêt que je n’avais pas aperçue depuis quelques temps maintenant. Tout y était laissé à l’abandon, comme si plus personne n’y vivait. Les environs verdoyants étaient devenus de vastes étendues de terre grisée par le temps. La fraîche brise qui soufflait habituellement dans cet endroit solennel n’était quant à elle plus qu’un nuage de poussière remuant inlassablement au gré du vent que j’avais amené en ouvrant les portes de l’endroit qui n’avait pas côtoyé le jour depuis des années déjà. Continuant dans cet endroit, je me rendis dans cette faille dans la caverne, celle qui allait me mener au laboratoire de mon père. Je ne voyais d’ailleurs pas où se trouvait mon vieil homme. Et je ne voulais pas le voir. Le simple fait que cette forêt existait encore suffisait à me montrer qu’il était vivant, mais je ne voulais pas garder en mémoire l’image de cette vieille carcasse rongée par le remord et le regret qu’était mon père. L’imaginer suffisait à me détruire le cœur de l’intérieur, je n’avais pas besoin de garder cette image douloureuse en prime.

Cependant, comme si le destin voulait que mon cœur soit suffisamment meurtri afin que je ne recule pas, lorsque je pénétrai le laboratoire de mon père, je l’y vis à l’intérieur. Habillé d’un Kimono poussiéreux, il se trouvait devant le principal générateur de son laboratoire, dos à moi. Le dos courbé, presque en arc de cercle, il était frêle et fragile, à la limite du squelettique. Je ne voulais pas le voir dans cet état, mais je n’avais pas le choix, il fallait que j’affronte son regard afin de partir dans le passé sans regrets.

Mais alors que j’allais m’engager dans l’espace, je fus interrompue par la voix saccadée du vieillard qui n’avait même pas pris la peine de se retourner afin de m’adresser la parole.

– Quand j’ai senti le sceau de ma forêt se briser, je m’en doutais qu’il n’y avait que ma gamine capable de faire ça. Soupira-t-il avec lassitude. Que fais-tu ici ?

– Je suis venue te sauver Papa. Repris-je, troublée par le piètre spectacle auquel j’assistais.

– Je n’ai pas besoin d’aide gamine. Me répondit-il, fier. Si j’ai scellé cet endroit, c’est bien pour t’empêcher d’y venir. Rentre chez toi et laisse-moi seul.

– Pas question ! Hurlai-je. Je ne repartirai pas tant que je ne t’aurai pas ramené à la raison….Même si pour ça…Même si pour ça je dois me salir les mains, Papa !

– Et je suis de tout cœur avec elle, déclara une voix féminine résonnant dans l’espace du laboratoire.

– A…Athéna !? M’exclamai-je, surprise par l’intervention de mon esprit du duel.

– N’écoute que ton cœur Hakaze. Le jeune maître écoutait toujours son cœur envers et contre tout, c’est pour ça que je me suis attachée à lui, c’est pour ça que ma sœur a eu confiance en lui, et c’est pour ça que nous étions toutes les deux amoureuses du jeune maître. Parce que tant que son cœur le lui disait, il se battait envers et contre tout.

– S…Sirië….Bégaya le vieil homme en se retournant, me laissant enfin voir son regard meurtri affichant toute la peine qu’il ressentait de l’intérieur.

– Fonce, Hakaze. Reprit Athéna. Ramène-moi le sourire du jeune maître. Je t’en conjure.

Acquiesçant, je me ruai sur le générateur principal du laboratoire, celui qui contenait toute l’Ener-D nécessaire au voyage dans le temps. La fondation du futur l’avait salement amoché à l’époque, mais mon père avait réussi à le reconstruire au fil des années, comme s’il savait que tôt ou tard j’allais avoir besoin de la machine. Il tenta bien de me stopper, mais il n’avait plus la force d’entraver mes mouvements, et plus il posait son regard sur moi, plus la rage qui me rongeait de l’intérieur prenait le dessus et me poussait à agir. Comme en guise d’ultime résistance face à son refus de me laisser partir, j’ordonnai à Athéna de l’empêcher de nuire, et elle s’exécuta, enfermant temporairement mon père dans une carte de duel de monstres grâce à l’un des pouvoirs dont elle avait le secret.

Lorsque je posai mes mains sur le système de commandes de la machine, mes mains bougèrent toutes seules sous le commandement de Voltanis dont je ressentais la présence. Les réglages se firent tout seul, comme si tout avait déjà été programmé à l’avance. L’un des cercles bleus au sol s’illumina, me laissant deviner que je devais m’y positionner afin de voyager dans le temps.

Je m’avançai jusqu’au cercle, sous le regard approbateur d’Athéna qui me regardait avec tendresse. Me tournant vers elle, je pris la parole à son intention.

– Je te demanderai de rester ici partenaire. Lui dis-je doucement. Je ne sais pas comment ça va se passer ici le temps que je réussisse, si le temps se stoppera ou non, mais il faut quelqu’un pour prendre soin de mon père pendant ce temps. Il n’y a qu’à toi que je puisse le confier.

– Je le sais, reprit la femme d’un ton évasif.

– Je cède notre contrat et je le transfère à Hirosuke. Veille également sur lui s’il te plaît. Il est tout ce que j’ai en ce monde, il est mon espoir.

– Il en sera fait comme vous le désirez, jeune maîtresse.

– Arrête de m’appeler comme ça, souris-je. Nous sommes amies…Enfin, je suis ta nièce. Je reviendrai ma tante, compte sur moi.

Ce furent les derniers mots que je prononçai à l’égard de celle qui était en fait ma tante, Sirië Kisaragi. Une fois ces mots prononcés, je m’avançai d’un pas lourd vers le cercle illuminé au sol, et une fois les deux pieds joints sur ce cercle, je me sentis peu à peu être aspirée dans le gouffre temporel qui allait me mener dans le passé.

Je sentais peu à peu mes forces me quitter, comme si mon existence même n’appartenait peu à peu plus à ce monde. Toute l’énergie qui me rattachait à ce monde était en train de s’évaporer sous mes yeux tandis que mon essence même se faisait comme aspirer par le gouffre du temps. Ce n’était pas spécialement douloureux puisque je n’avais plus rien à faire ici. J’eus simplement une pensée pour Hirosuke, mais elle fut vite dévorée par toute la rage que j’avais à l’intérieur. C’était aussi un voyage qui allait permettre à mon fils de connaître son grand-père d’avantage, et donc de le sauver par la même occasion. Je n’avais donc pas le droit d’avoir peur, et encore moins le droit d’échouer. Tout ce qui importait était ma réussite, ce fut ce que je me dis lorsque finalement je fermai les yeux pour me laisser emporter par mon choix.

Ce voyage était quelque chose que je n’avais jamais expérimenté jusqu’alors. J’étais dans un tunnel aux couleurs étincelantes, du bleu, du blanc et du vert qui formaient inlassablement des bulles lumineuses qui éclataient à la vitesse de la lumière. Je ne pouvais pas avancer, j’étais condamnée à rester rigide, droite, debout et à me laisser être aspirée par le tunnel…Non, par le temps lui-même. J’aurais voulu douter encore, mais je n’avais même pas la concentration requise pour le faire. Mon être était totalement aspiré par ce couloir temporel, et je dus même fermer les yeux pour m’y abandonner totalement car les lumières du couloir me brûlaient la rétine. Même les yeux fermés, je ressentais les lumières dérangeantes. Elles n’étaient plus aussi fortes qu’avant, mais elles restaient très perturbantes. Si bien que le voyage qui avait sûrement duré quelques dizaines de minutes sembla durer une éternité pour moi.

Je sentis plusieurs fois que j’allais perdre connaissance, mais je me raccrochai à ma rage à chaque fois pour ne pas me laisser gagner par la faiblesse. Ainsi, quelques temps plus tard, la pression sur mon corps se fit de moins en moins fortes, et les lumières de moins en moins vives, pour au final se dissiper complètement.

Lorsque je rouvris les yeux….Je vis que le monde autour de moi avait complètement changé. Non, il n’avait pas changé, il était revenu à son état d’origine. J’étais revenue dans le passé. Des années s’étaient écoulées dans l’autre sens et j’étais revenue. Rien n’avait changé sur moi, j’étais toujours cette folle de 45 ans qui était en train de succomber aux ténèbres du désespoir et du mépris, à l’exception près que cette fois, j’allais pouvoir taire ce désir brûlant en moi en accomplissant le pourquoi j’étais venue ici.

C’est ce que je croyais à l’époque. Mais alors que je cherchais à savoir où je me trouvais, le destin m’a encore joué un tour en me faisant faire une rencontre des plus surprenantes, mais qui allait radicalement changer les choses.

Alors que je sortis de la ruelle où j’avais échoué, ce fut une jeune fille aux cheveux bruns et aux yeux verts qui s’afficha face à moi. La jeune adulte au regard expressif et dont l’habillement était assez sombre se stoppa net lorsqu’elle me vit face à elle. Nous étions toutes les deux aussi surprises l’une que l’autre par ce que nous venions de voir, et il nous fallut quelques secondes, non quelques minutes, pour réaliser la situation dans laquelle nous avions été mises.

– Qu’est-ce que….Bégaya cette voix que je n’avais pas entendue depuis longtemps.

– Je suis rentrée, Hakaze. Lui répondis-je. J’ai énormément de choses à te dire depuis le temps. Veux-tu bien m’accorder un instant ?

Et ce fut ainsi que notre histoire commença. Hakaze.


Hiroki
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[FIC] Les Abîmes du Désespoir posté le [15/01/2017] à 15:55

Hakaze Chapitre 3 : L'ombre et la lumière

https://www.youtube.com/watch?v=kJKwMjNnhUg

Au-delà des époques, au-delà de toutes les barrières de ce monde, j’avais défié toutes les lois et tous les interdits, mais tout ce qui importait…C’est qu’en ce jour, toi et moi pouvions enfin nous faire face…

– Je suis rentrée, Hakaze. J’ai énormément de choses à te dire, depuis le temps que je cherche à te voir. Veux-tu bien m’accorder un instant ?

– Qu…Qu’est-ce que cela signifie… ? Bégaya celle que j’étais autrefois, autrement dit toi. Tu…Tu es….

– Je suis toi. Repris-je. Je suis Hakaze Namatame. Je viens du futur, une trentaine d’années en avant par rapport à notre époque.

– Comment…Comment est-ce possible ? Papa aurait réussi à inventer sa machine… ?

– Depuis bien longtemps. Il s’est simplement garder de le révéler. Il a utilisé le pouvoir d’Athéna et de l’Ener-D afin de faire des allers temporels. Je ne sais cependant pas si le contraire est réalisable. Mais là n’est pas le problème, Hakaze. Si je suis venue…C’est pour changer le passé.

– Changer…Le passé ? Me répondit mon homologue, dubitative.

– Oui, je suis venue changer notre histoire, mais ça dépend de toi. Dans le futur, Athéna est malheureuse, notre père s’est isolé dans cette forêt jusqu’à ce qu’elle lui serve de tombeau, et tous les deux sont rongés par la culpabilité. Tu as un fils de 20 ans qui n’a aucun goût en la vie car il n’a plus que toi en contact et que toi-même tu rumines du matin au soir…..Et toi….Et moi….C’est l’isolement, l’incompréhension, le rejet, la solitude…Tous ces sentiments négatifs qui se cumulent à l’intérieur sans savoir pourquoi…Je ne veux pas revivre ça de nouveau.

La jeune femme que tu étais marqua un silence prononcé pendant quelques secondes, se méfiant sûrement de ce que je lui disais. Je n’accordais pas ma confiance au premier venu, c’était vrai, cependant, j’avais un argument de taille qui me permettait de mettre en avant le fait que je connaissais beaucoup plus sur moi qu’elle ne le pensait.

– C’est Hiroki le père de mon fils. Notre fils s’appelle Hirosuke, le nom des deux frères Yamada.

– Comment sais-tu pour Hiroki et Rei… —

– Je te l’ai dit, repris-je avec le sourire. Je suis toi, tu es moi, nous sommes justes de deux époques différentes. Me crois-tu désormais ?

Tu te figeas alors quelques secondes, bien trop choquée pour prendre une décision si rapidement. Je t’avais donné presque toutes les cartes que j’avais, j’en gardais une pour te convaincre définitivement, mais je pensais que cela n’allait pas être nécessaire. Et j’eus bien pensé puisque tu acceptas de me suivre dans un coin tranquille. Mais alors que nous allions quitter l’endroit où nous étions, nous fûmes rejointes par le futur père de notre enfant, Hiroki, qui semblait te chercher ce jour-là. Lorsqu’il posa son regard sur moi il fut choqué et s’étrangla presque en buvant sa limonade, mais sur tes simples paroles, il me fit confiance et nous suivit sans se mettre en garde.

Nous débouchâmes tous les trois dans ce parc Tachibana, celui dans lequel se réglaient tous les obscurs business de la ville. Passant le parc familial, nous nous enfonçâmes tous les trois jusqu’à être seuls dans notre coin. Nous dûmes nous enfoncer bien plus loin que nous l’avions imaginé, puisque nous étions dérangés par une femme d’une trentaine d’années qui semblait entraîner un jeu garçon à l’air glacial à jouer au duel de monstre. Ce petit brun aux yeux verts semblait porter en ses yeux toute la haine du monde et était motivé lorsque cette femme aux cheveux noirs lui disait « pense qu’en face de toi c’est ton père que tu affrontes. »

Nous trouvâmes finalement un coin isolé où nous pûmes nous entretenir les uns avec les autres. Je m’installai tranquillement au sol tandis que toi tu avais encore des manières et choisit donc de ne pas salir ce que tu portais. Hiroki, fidèle à lui-même, décida de s’avachir par terre, dans une position dont lui seul avait le secret.

Une fois installés, tu fus la première à prendre la parole à mon intention.

– Pourquoi dans le futur tout va mal ? Me demandas-tu avec inquiétude. Qu’est donc la cause de tout ce désordre dans les esprits de tout le monde ?

– De quoi parles-tu, Hakaze ? Reprit Hiroki, inquiet.

– J’ai appris il y a quelques temps de quoi il en retournait. Repris-je. Notre père , notre mère et Athéna ont toute une histoire derrière eux, et cette histoire dépasse de loin ce que tu en connais actuellement.

– Comment ça ? Repris-tu, concernée par ce que je te disais.

Je te racontai alors toute l’histoire que m’avait raconté Voltanis auparavant. Du sort de nos grands-parents jusqu’à la véritable identité de Fujii notre grand-père, en passant par les motivations qui ont poussé notre père à s’isoler dans son habitat jusqu’à la fin de ses jours. Tout ce que je te dis s’inscrit alors dans ta mémoire, et au fur et à mesure que je te le racontais, je voyais ton expression, ainsi que celle d’Hiroki qui t’accompagnait, devenir livide. Il était vrai qu’après que papa nous ait raconté son histoire à lui et à notre mère, nous nous étions jurées intérieurement de protéger cet homme qui s’était tant battu pour nous donner la vie, mais j’avais l’impression que j’avais soulevé quelque chose de bien plus profond en te racontant ce que Voltanis m’avait transmis. Et ce fut pareil pour Hiroki, puisque son visage se déforma aussitôt qu’il sut le sort réservé à notre père dans le futur. Ses yeux s’écarquillèrent jusqu’à donner une expression malsaine sur son visage, en total contraste avec la personne que je connaissais habituellement.

– Dis-nous ce que l’on doit faire pour changer le futur. Reprîtes-vous du même ton sombre, tous les deux en accord sur votre sentiment vis-à-vis de notre père.

– Si vous voulez éviter la destruction de notre famille à l’avenir, il n’y a qu’une seule chose à faire. Il faut éliminer Fujii avant que papa n’apprenne la vérité à son sujet.

– Comment trouver ce fils de pute ? Reprit Hiroki avec plus de motivation cette fois.

– Il ne se manifestera que dans quelques années, six à sept ans pour être précise. Il viendra à vous, mais il faut que vous soyez prêts à le vaincre, lui qui possède un esprit du duel très puissant à ses côtés. Je vais donc vous entraîner suffisamment pour le vaincre.

– Le vaincre…Dans un duel ? Demandas-tu dubitative.

– Non, le vaincre dans un combat physique. Je vais vous transmettre toutes les connaissances en self défense et en combats que j’ai obtenu au fil des années. Vous aurez mon niveau tout en ayant l’âge de jeunes. A la fin de cette période, vous serez capables de vaincre Fujii.

– Ok. Approuvâtes-vous à l’unisson, déterminés par la vengeance.

Et ce fut ainsi que durant quelques mois, Hiroki et toi vîntes dans les profondeurs de la forêt obscure se cachant derrière le parc Tachibana chaque jour afin de vous entraîner contre moi. Je vous appris tout ce que je savais concernant la self défense et à se débrouiller dans les situations invraisemblables. Entre autres, vos habitudes de cacher des armes dans vos sous-vêtements, vos connaissances sur l’Ener-D, mais aussi sur les angles morts lors d’un affrontement physique, ainsi que d’autres choses, viennent de mon entraînement. Nous avons livré des tas de combats à mains nues ou armées vous et moi, et je sentais que peu à peu, vous deveniez de véritables machines de guerre prêtes à éliminer Fujii. Il ne manquait plus grand-chose pour que vous soyez au top.

Je me procurai facilement trois revolvers grâce au marché noir de la forêt obscure. Ces armes, je vous les présentai le jour suivant et vous fîtes vos premiers pas dans l’utilisation des armes à feu. S’entrainant sur des cibles amovibles ou non, vous devîntes rapidement des tireurs hors pair, ce qui ne me laissa plus qu’une dernière chose à faire avant que vous ne soyez parfaits.

– C’est le dernier jour d’entraînement. Vous déclarai-je froidement, gardant mon rôle d’entraîneuse. On va vous faire un entraînement spécial en guise de dernière.

– Dis, reprit Hiroki. On retente pour la nage ? Ca me fait chier de ne pas savoir nager..

– Même avec 1000 ans de pratique tu n’arriverais pas à savoir nager correctement. Rétorquai-je glaciale alors que tu pouffas de rire. Nous allons faire plus productif. Vous allez vous battre contre moi et mon partenaire. Si vous arrivez à nous mettre à terre tous les deux, alors vous serez capables de continuer le chemin seuls. Dans le cas contraire, j’aurai besoin de plus de temps à passer avec vous.

– Ton partenaire ? Repris-tu dubitative. Qui est-il ?

– Montre toi. Dis-je à celui qui attendait en moi depuis bien trop longtemps son jour de gloire. Medraut mon ami, combats à mes côtés s’il te plaît.

– Que trépasse si je faiblis dame Hakaze ! Hurla mon partenaire ayant surgi de nulle part en se donnant une tape sur le torse. Nous allons mettre en pièces ces deux vils individus hahahahaha !!! POUR DAME HAKAZE !!!

Celle que tu incarnais à cette époque soupira alors face à Medraut mon partenaire, ce qui nous permit de vous porter un premier coup furtif qui déclencha une bataille sans précédent entre Hiroki, Medraut et nous. Nous donnions tous tout ce que nous avions en nous afin de nous assurer que cette vengeance allait être possible. Après tout, nous étions tous animés par la même motivation à l’intérieur : le bien de notre père, et notre conviction s’était renforcée au fur et à mesure de nos entraînements, faisant peu à peu de nous de véritables guerriers prêts à combattre.

L’affrontement dura une heure et se solda sur votre victoire. Medraut et moi fûmes vaincus par votre force et votre équipe, me laissant sentir que si c’était vous, c’était possible de changer le temps. Satisfaite, je vous félicitai, vous annonçant que je n’avais plus rien à vous apprendre. Ensemble nous allions mener notre dernière mission avant nos adieux.

Et ce fut chose faite, puisqu’après réflexion, j’avais besoin d’un troisième membre dans l’escouade d’attaque contre Fujii. J’avais beaucoup de contacts dans le futur, mais il n’y en avait qu’un qui pouvait être entraîné pour devenir un mercenaire sans pour autant être lié à notre famille. Cette personne, c’était cette Juuni que je connaissais depuis une vingtaine d’années maintenant. Jessica Leocaser se faisait appeler par ce pseudonyme depuis qu’elle avait intégré la guilde Yume-Nikki, et elle semblait aimer se battre tout en appréciant les causes nobles. Ainsi, je l’avais choisie comme prochaine personne à recevoir les mêmes conseils que vous, mais pour cela j’avais besoin d’un autre saut temporel.

Cette dernière mission consista donc à me faire intégrer en toute discrétion le laboratoire de notre père tout en ne trahissant pas le fait que j’existais dans cette époque alors que je n’étais pas supposé être présente. Grâce à votre entraînement, nous réussîmes sans difficulté à actionner la machine à voyager dans le temps, ce qui me permit de retourner dans le passé à la recherche de Jessica.

Je ne la rencontrai pas directement, mais je pus établir un contact avec un groupe de jeunes garçons qui l’avaient apparemment pris sous leur aile, formant avec elle un groupe de racailles dans la zone BAD de Satellite. Je leur appris donc à eux tout ce que je vous avais appris, en leur donnant comme consigne de transmettre tout ça à la jeune blonde effrontée qu’ils gardaient sous leur protection. Ainsi, dans le futur, trois personnes allaient être capables de détruire Fujii une bonne fois pour toutes.

Ma mission était terminée, et il était pour moi impossible de rentrer dans mon époque puisque la machine à remonter dans le temps qu’avait construit mon père n’existait même pas encore à cette époque. Maman n’était même pas encore décédée, et la guilde venait sûrement d’être construite, ou allait bientôt voir le jour. Je n’avais donc aucune solution pour revenir. Je consultai Medraut, celui qui m’accompagnait envers et contre tout, et lui-même questionna les esprits du duel qu’il put questionner. De fils en aiguilles, il m’apprit que lorsqu’une personne ayant remonté le temps quitte l’époque dans laquelle elle s’est introduite, la mémoire des personnes l’ayant connue sont altérées afin d’effacer la présence du voyageur temporel. Même si je ne voulais pas y croire, je ne pouvais le vérifier, et je n’avais de toute façon plus aucune manière de pouvoir changer les choses. Je vécus donc ma vie en attente de mourir, jusqu’à ce fameux jour, cinq ans plus tard.

Ce jour-là, je sentis quelque chose d’anormal dans l’air. Habitant dans le quartier de Satellite depuis mon voyage, je connaissais l’aura de la ville et j’avais appris à en ressentir les énergies spirituelles. Pourtant, ce fameux jour, je sentis une présence bien singulière arriver dans ce monde. Cette présence, c’était toi. Je cherchai à te retrouver, afin de savoir ce que tu étais devenue depuis tout ce temps, et pourquoi tu étais revenue dans le passé à ton tour. Avais-tu fait tout ce voyage pour venir me chercher ? Ou avais-tu d’autres motivations concernant tout ce que l’on avait partagé ensemble ?

Je ne pus en avoir le cœur net, puisque sans savoir pourquoi, mon enveloppe charnelle disparut au fur et à mesure que j’avançais dans ma quête pour te retrouver. Ce fut une fois que je te vis au loin que mon corps disparut totalement, me laissant penser que j’allais m’éteindre juste avant d’avoir de nouveau fait ta connaissance.

Mais à ma grande surprise, une fois mon corps totalement disparu, je me réveillai dans le tien. Je ne compris pas immédiatement, mais je trouvai vite une réponse à mes questions : nous étions toutes deux des clandestines ici, et il ne pouvait y avoir qu’une seule « moi » voyageant dans ce monde. Ainsi, tu m’avais absorbée en toi et j’allais être assimilée à toi pour que l’on ne fasse plus qu’un.

Cependant, la mémoire que tu avais perdu avait laissé un vide en toi. Tu te souvenais que tu voulais te battre, mais tu en ignorais totalement la raison puisque la raison en question provenait de ma bouche, de mes mots. Dans quel but étais-tu devenue si forte ? Tu ne savais quoi répondre à cette question. Alors tu pris la réponse la plus difficile. Tu comblas ces cases vides dans ta tête par le fait que tu voulais à tout prix empêcher la catastrophe Ener-D qui avait poussé notre père à hériter de la « malédiction » de Voltanis et ainsi empêcher ta propre naissance.

https://www.youtube.com/watch?v=kyCGZ3UbNIA

De l’intérieur de toi je tentai de te faire ressentir que tu te trompais de chemin, mais ta conviction avait été portée à maturité et était donc inébranlable. Notre combat intérieur fit rage, tu résistas tant que je ne pus t’atteindre. Ton esprit alors pris en trouble avec notre conflit intérieur se laissa détruire par la manipulation de Reisuke qui nous offrit un aller simple pour le monde du désespoir, tirant profit de mon esprit de vengeance ainsi que de tes cases remplies par ta motivation pour former une conscience désespérée ne cherchant que vengeance et destruction.

Je fus celle de nous deux qui hérita de la partie ténébreuse de notre esprit qui s’intégra directement au mien. Et ce fut ainsi que je devins le monstre que je suis actuellement, celui qui se tient en face de toi, celui qui t’a fait endurer toutes ces souffrances et ces tourments.

….

Je suis la seule responsable de ton malheur….Alors tue-moi pour de bon, Hakaze.

« Tue-Moi pour de bon » Les mots que tu venais de prononcer à mon égard me laissèrent de marbre. Alors que ton essence se trouvait face à moi, je pouvais constater que tu avais énormément changé depuis notre dernière rencontre. Ce passé que tu venais de me raconter avait rempli les cases qui étaient jusqu’alors complétées par des souvenirs illusoires, des chimères que je m’étais inventées toute seule pour combler ce manque d’objectif. Et face à moi se trouvait cet être que tu étais devenu, un tas d’ombre qui ne peut prendre une forme humaine que lorsque Voltanis le lui en donne les moyens. Ton enveloppe charnelle insaisissable faite d’ombre ressemblait parfaitement à la mienne, pourtant, dans tes yeux je ne lisais que du mépris, dans ton cœur je n’y voyais que de la haine, et dans ton âme…Je ne pouvais y discerner la moindre émotion.

Quelle était cette « moi » qui me faisait face ? Je ne pouvais pas le dire moi-même. Etais-tu vraiment un monstre ? Je ne pouvais y répondre. Pourtant, il fallait bien trouver des réponses pour pouvoir avancer dans le chemin de notre histoire, de l’histoire de notre famille.

Je choisis alors la réponse que tu m’aurais donnée quelques années auparavant : les armes. Medraut, l’idiot qui m’accompagnait partout, sortit de nulle part comme à son habitude, tandis que le Medraut ayant à son tour subi l’influence du désespoir se matérialisa à tes côtés, comme pour répondre à l’acte effectué. En silence, je me ruai sur toi, tu te ruas sur moi, laissant nos cœurs nous guider dans un affrontement ultime pour savoir laquelle de nous deux allait être digne de pouvoir porter sur ses épaules le lourd poids de notre famille.

Du même réflexe nous sortîmes de notre poche gauche un couteau dont la lame faisait une dizaine de centimètres. Comme bataillant à l’épée nous nous donnâmes des coups et en parâmes autant l’une que l’autre. Nous n’avions plus de sons pour exprimer notre relation que ceux des lames qui s’entrechoquaient tandis que les coups d’épées de nos deux chevaliers nobles accompagnaient ce requiem chanté par nos cœurs, par nos âmes mêmes. Nous joignîmes nos poings à cette bataille, un coup furtif de ma part te fit lâcher un cri féminin mature qui résonna, et me donnant un coup à ton tour, tu me fis lâcher un cri de la même intensité et de la même hauteur.

A cette ambiance de vide soulignée par le bruit de notre combat brûlant de volonté s’ajoutèrent les gémissements et les soupirs que nous poussâmes à chaque coup porté avec succès par l’autre. Continuant cet affrontement qui faisait rage, nous changeâmes d’arme en même temps l’une et l’autre, passant cette fois à une lame plus fine mais plus longue et tranchante, similaire à celles que l’on utilisait dans l’escrime. Nous nous lançâmes dans un nouveau duel au sommet, duel qui allait déterminer l’essence-même de mon existence. Nous n’avions ni regret, ni peine, ni larmes. Toi et moi avions tellement traversé ensemble que nous ne pouvions plus exprimer d’autres émotions que de la fierté.

J’étais fière, fière de me tenir là devant toi, fière de porter ce nom traîné dans la boue par mon ancêtre, fière de pouvoir t’affronter de toute mes forces afin de te montrer que tu n’avais rien à craindre concernant mon avenir, ton passé, ton présent. Tandis que je continuais à me battre, utilisant tous mes membres pour parer tes coups comme tu me l’avais appris plus tôt, j’étais persuadée que tu pensais la même chose que moi et que malgré ton apparence c’était cette flamme à l’intérieur qui animait ta rage de vaincre. Car au fond, monstre ou non, nous nous bâtions pour les mêmes principes, les mêmes sentiments, les mêmes idéaux. Et c’était tout ce qui m’importait.

Je me reculai quelques secondes tandis que tu fis de même. Nos halètements communs s’ajoutèrent à leur tour à l’ambiance lourde qui régissait notre espace de combat. Les bruits d’épées entrechoquées avaient quant à eux cessé leur représentation, nous poussant toutes les deux à regarder l’issue de ce combat de noblesse que se livrait les deux chevaliers.

Mais de nos deux partenaires, il ne restait plus que leurs épées. Les deux chevaliers nobles avaient jeté l’éponge et avaient succombé. Je n’en voulais pas à Medraut, au contraire, je l’avais moi-même entraîné dans toutes ces histoires, j’étais responsable de lui après tout.

Nous eûmes un autre réflexe commun en voyant nos camarades effondrés, celui de rapidement se saisir de chaque épée laissée pour morte au sol. Du même élan nous nous jetâmes chacune sur l’arme que l’on braqua en même temps sur l’autre, ne laissant que le son strident généré par nos épées entrechoquées couvrir le lourd silence de notre espace de bataille. Sans dire un mot nous échangeâmes d’autres coups, encore et encore, inlassablement. Nous portions toutes les deux le fardeau de notre cœur, le fardeau de notre histoire, pesant sur nos épaules en cet instant crucial, et pourtant, je me sentais légère. Dansant encore et encore en portant cette épée forgée par l’espoir et les sentiments, je me sentais libre tandis que l’on échangeait toujours les coups. Un sourire se dessina sur mon visage, ce qui sembla te surprendre. Ce fut ainsi la première réelle divergence qu’il y eut lieu dans notre affrontement final. Danser avec toi au rythme de nos gémissements et de nos cris de détermination était un honneur et me rappelait des souvenirs passés ensemble. Je sentais au fond de moi que j’avais eu de la chance de te rencontrer, de pouvoir apprendre de toi et d’apprendre à te connaître. Au fond de moi…J’étais heureuse que tu sois revenue à notre époque. Parce que j’ai appris à connaître quelqu’un qui était moi sans l’être. Malgré que tu étais moi, tu avais tes propres opinions différentes des miennes, sûrement forgées par ce que tu avais vécu, et cela me plaisait de les connaître et d’en tirer des enseignements.

Il me restait cependant une étape pour être complète. Il fallait que je te surpasse, et ce combat en était la preuve. Nous étions toutes deux au même niveau, impossible de définir une gagnante dans cette histoire, mais il fallait que je te le montre, que tout ce que tu avais fait n’était pas vain. Toi qui s’est réjouie de mon retour, toi qui a cherché à me revoir dans ce monde duquel tu étais prisonnière.

Alors cette fois, je vais te montrer ce que j’ai appris. Je vais te montrer la puissance des liens de notre famille, celle pour laquelle tu t’es battue tout ce temps, celle pour laquelle tu as bravé tous les interdits, celle pour laquelle tu es devenue celle que tu es actuellement. Regarde-moi, Hakaze, tandis que j’emprunte de nouveau la force de celle qui a tant fait pour nous, notre tante.

Il y eut un moment de silence alors que je venais de faire ce vœu face à toi. Il suffit d’une dizaine de secondes supplémentaires pour que le pouvoir auquel je venais de faire appel ne se manifeste et que l’armure d’Athéna laissée en ce monde par notre tante ne vienne spontanément se greffer à moi. Je sentais mon corps devenir lourd tandis que j’étais petit à petit habillée par cette carcasse de fer qu’arborait toujours Sirie lorsqu’elle était encore au service du sanctuaire céleste. Dégageant une aura étincelante, je fis de mon mieux pour te montrer la puissance que j’avais accumulé grâce à tes efforts. Je te lançai un regard, et pour la première fois alors, je vis ton expression changer. Tu m’affichas un sourire serein en fermant les yeux, et en gardant cette sérénité tu pris la parole pour la première fois depuis le début de notre affrontement.

– Le futur t’appartient, Hakaze. Je suis heureuse d’avoir pu te rencontrer, te revoir, me revoir, apprendre à me connaître et à retrouver celle que j’étais autrefois…Tu ne peux t’imaginer comme cela m’a rendu heureuse. Tue-moi, Hakaze. Tue-moi pour de bon.

A tes mots je ne répondis pas, me lança à ton assaut comme tu me l’avais demandé à l’instant. Chargeant toute la puissance d’Athéna en moi, je me ruai vers toi de toutes mes forces dans un torrent de lumière couleur or qui inonda notre espace de bataille. Mais alors que j’étais proche de te porter le coup fatal qui allait nous apporter la paix, quelque chose me revint en mémoire, ce n’était qu’une voix, mais cela suffit à me stopper dans mon assaut.

« – Ta mère serait fière de toi, vraiment très fière de toi. Elle était aussi effrontée que toi lorsqu’il s’agissait de sentiments. De là où elle se trouve, je peux te dire qu’elle est ta première supportrice. »

Je me bloquai net, jetant sèchement l’épée de Medraut que j’avais encore dans la main. Elle se planta dans le décor dans un vacarme assourdissant qui te fit réagir, te faisant ouvrir ses yeux. Ton regard fut marqué par la surprise tandis que tu ne comprenais pas le pourquoi de mes actions. Cependant, avant que tu ne puisses dire quoi que ce soit, je repris la parole à ton intention.

– Peu m’importe si tu es devenue un monstre. Te dis-je en essayant de te transmettre mes sentiments. Peu m’importe si tu es rongée par la vengeance ou l’amertume ! Tu restes moi….Et si tu es moi…Alors les sentiments que tu as pour notre père, pour notre tante, pour Hiroki et Hirosuke….Tout ça…Tout ça est bien réel…..Maman est fière de nous de là où elle est, parce qu’elle était pareille que nous. Le simple fait que tu te trouves devant moi aujourd’hui est preuve que quelle que soit ton apparence, c’est notre sang qui coule dans tes veines !!!

– Qu’est-ce que….Tu racontes ? Repris-tu, troublée par ce que je venais de te dire. Pourquoi t’obstines-tu à sauver un être comme moi…. ?

– Parce qu’une fois que l’on est guidé par nos sentiments, nos choix n’ont plus rien de rationnel. Nous interrompit Kôsei qui sortit de nulle part. Désolé d’être entré ici sans permission, mais je voulais savoir si tu allais bien, Hakaze. Enfin, si vous alliez bien, puisque vous êtes deux.

– Cela ne te choque-t-il pas de me voir dans cet état… ? Lui demandas-tu en cherchant une excuse pour te maudire d’avantage.

– Pourquoi serais-je choqué ? Te répondit froidement le garçon. Peut-on comprendre une personne en un simple regard sur son physique ? Non. Moi aussi je me suis meurtri, moi aussi j’ai sombré dans les profondeurs du désespoir, même encore aujourd’hui je me bats pour répandre ce désespoir, et pourtant, au plus profond de moi je sens que ce que je fais est juste et que mon choix de vie convient à ce que je ressens et à ce que j’ai vécu. Les autres peuvent bien penser ce qu’ils veulent de ma route, mais je suis le seul à l’emprunter, je n’oblige personne à prendre le même chemin que moi. Alors pourquoi aurais-je honte d’être le fruit de mes choix ?

Les mots de Kôsei étaient vrais, et ils eurent beaucoup d’impact sur toi. Ils te firent réfléchir quelques secondes, comme si tu étais en train de faire un choix décisif concernant ta propre existence. Quelques secondes plus tard, tu pris alors ta décision, et ce fut avec un sourire que tu l’annonças.

– Hakaze, repris-tu avec le sourire. Je pensais être celle qui allait t’apprendre des choses en venant dans le passé, mais au final, je suis celle qui a le plus appris à tes côtés. J’ai oublié des choses fondamentales dans le futur, et c’est pour ça que je n’ai jamais été capable d’aider Papa.

– Hakaze….S’il te plaît…

– Ne compatis pas, j’ai trouvé la paix. J’ai échoué dans le futur, mais je suis certaine que toi, tu seras capable de changer le tragique destin de notre père. Et je veux être aux premières loges pour assister à ça….Alors Hakaze…Je rentre de là d’où je viens…Je suis toi, et tu es moi, alors il est temps pour toi de reprendre ce qui te revient. Mon être ne va pas mourir, nous ne ferons simplement plus qu’un.

Avant que je ne puisse répondre, tu te jetas sur moi afin de m’étreindre. Cette tendresse, cette affection prononcée que tu affichas face à moi me fit vraiment un effet de chaleur à l’intérieur. Ce simple geste était bien plus important que tout ce que nous avions vécu. Toi et moi trouvions enfin l’harmonie. Toi et moi nous comprenions enfin, si bien que lorsque nos sentiments furent portés à leur paroxysme, tu disparus de mes bras dans une pluie de lumières s’évaporant dans l’espace sombre dans lequel nous étions, emportant avec toi le futur.

Mais tu n’avais pas disparu, je sentais que tu étais en moi. Ta conscience avait été assimilée à la mienne, ne laissant en moi qu’un être nouveau formé par la détermination de deux facettes d’une même femme. Dans mes veines coulait aussi ton sang, et dans mon cœur résonnaient aussi tes sentiments, j’étais désormais complète.

– Et ça fait quoi de se sentir complète ? Me demanda Kôsei avec le sourire, perturbant ainsi ma pensée.

– Eh !? Comment tu sais ce que j’étais en train de penser !? Répondis-je choquée par ce qu’il venait de me dire.

– Je suis un esper ~ Me répondit le jeune garçon avec dérision. Je devine les pensées des autres ~

– Huhhh !? De quoi tu parles !?

– Je plaisantais. Je suppose que l’on en a terminé ici cependant. Toutes les zones d’ombres de ton esprit sont résolues ?

– Oui, tout est clair désormais. Je te remercie sincèrement pour tout ce que tu as fait pour moi Kôsei, toi et Arata m’avez beaucoup aidée à illuminer cette part d’ombre qui était en moi….Je vous suis très reconnaissante.

– Il reste cependant une dernière étape à votre voyage dans le temps. Nous interrompit une voix féminine familière provenant de nulle part.

– Qui…Qui a parlé… ? Demandai-je.

Alors que je cherchais d’où venait cette voix, je m’aperçus qu’elle venait de Kôsei. Et j’avais vu juste, puisque de lui sortit une essence similaire à celle d’Arata, à l’exception que c’était l’apparence de Laïla qu’elle portait. Moi et mon ami fûmes tout aussi surpris par l’apparence soudaine de cette Laila qui semblait avoir une vingtaine d’années.

– Par quoi es-tu surpris Kôsei ? Ricana-t-elle Je t’avais bien dit que l’on ne ferait qu’un non ? ~ Je suis ton nouvel esprit du duel, Tarotrei, la princesse de la prédiction ~ Et je peux te dire que la mémoire que je t’ai transmise n’est toujours pas complète ~ Il reste une dernière étape pour que tu saches tout sur ce qu’il se passe en ce moment ~ Voudras-tu m’accompagner une dernière fois dans le balet des souvenirs ? ~

– Si tel est votre désir, dame Laïla. Reprit Kôsei machinalement.

La femme sourit de nouveau à Kôsei, utilisant son énergie d’esprit du duel afin de nous amener à ce qui semblait être la dernière étape de notre voyage temporel. Un voyage ayant changé des tas de choses pour Kôsei et moi.


Hiroki
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[FIC] Les Abîmes du Désespoir posté le [22/01/2017] à 15:13

Arc Laila chapitre final (6) : Les nuances de gris

Nous fûmes transportés, Hakaze et moi, par le souvenir de ma dame qui était en fait lui-même un esprit du duel. En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, nous fûmes arrivés à destination. Nous étions dans notre ville de campagne telle que nous la connaissions à notre époque. Etions-nous enfin rentrés ? Ou était-ce simplement un temps plus proche du nôtre sans pour autant être notre époque ? Je n’en avais pas la réponse, et mon frère non plus.

– As-tu une idée de l’époque dans laquelle nous nous trouvons ? Demandai-je à Hakaze.

– Aucune idée à première vue. Me répondit-elle, concernée. A en juger par les environs, nous nous trouvons sûrement environ 15 ans en arrière. Il existe un moyen simple pour vérifier ça.

– Quel moyen ? Rétorquai-je, sceptique.

– La famille d’Erika a emménagé ici il y a une dizaine d’années. Si la tante d’Erika se trouve déjà ici, alors nous aurons la certitude que nous n’avons pas été plus loin que dix ans en arrière. Nous sommes à deux rues, allons vérifier ~

– Très bonne idée…Partenaire.

La jeune femme fut surprise par ce que je venais de lui dire. Elle s’arrêta quelques secondes pour au final afficher un sourire sincère dont elle seule avait le secret. Je ne pus faire face à ce sourire, détournant le regard face à cette expression apaisante qu’affichait celle qui m’avait tant aidé à lever le mystère sur ma dame. N’osant pas affronter de nouveau son regard, je l’invitai à reprendre la route, ce qu’elle fit sans protester.

Nous arrivâmes finalement devant chez Erika, l’ancienne vocaliste de notre groupe, et, comme Hakaze me l’avait dit, nous avions désormais notre repère temporel. « Chez monsieur et madame Wheeler » était écrit sur la boîte aux lettres. Erika Kurenai n’habitait donc pas encore ici à cette époque.

– Donc les parents de Reisuke et d’Hiroki sont encore vivants…Entama Hakaze. Nous sommes donc plus de 15 ans en arrière je pense.

– En effet. Mais pourquoi ma dame nous a-t-elle envoyés ici ? Je ne comprends pas le but de ce saut temporel. Qu’est-ce que nous faisons i –

Je fus interrompu par quelque chose d’étrange venant du bout de la rue. Je m’y rendis, invitant ma camarade à me suivre, et ensemble nous longeâmes cette rue jusqu’à arriver à ce que j’avais aperçu depuis la maison d’Erika. Deux femmes en capes noires se faisaient face, comme si elles allaient se jeter l’une sur l’autre. Seules leurs chevelures dépassaient des capes des protagonistes du combat ; l’une était rousse, l’autre noire. La femme rousse enleva sa capuche, me laissant voir qu’elle avait une quarantaine d’années, un peu moins de 40 ans peut être. La femme ridée aux yeux gris dévisageait l’autre, comme si elle vouait une haine assez forte à celle qui se dressait devant elle.

– Nous voilà face à face, sorcière. Lui balança-t-elle sèchement. Je ne pensais pas que j’allais avoir l’honneur de te vaincre moi-même, mais qu’à cela ne tienne. Je vais enfin pouvoir venger mon fils.

– Tu tiens un sacré discours haineux dis donc ~ Reprit la femme dont l’identité ne faisait plus aucun doute en entendant cette voix. Je ne suis pas responsable de la mort de ton fils, Lysandra. Bien au contraire. Ne te rends-tu pas compte que ceux ayant tué le gang de ton fils ont jugé ce gang sur les mêmes critères que l’on me juge ? A savoir les apparences. Tu es en train de t’allier avec ceux sur lesquels tu jettes le mépris.

– Tu ne m’auras pas avec ce genre de discours. Je sais que la manipulation est ta principale arme, Yamada Laila. J’étais venue ici pour mettre la main sur Shinichi, mais détruire sa progéniture semble tout aussi prometteur.

La rousse sortit une lame fine de derrière son dos et se mit à se ruer sur ma dame qui n’avait pas dévoilé son identité. Ma leader ne prit même pas la peine de bouger, comme si elle ne comptait pas éviter le coup. Sans réfléchir, je me ruai sur la rousse en course et, rassemblant toute mon inconscience, je me jetai contre la femme, la percutant alors dans sa course pour m’écraser au sol avec elle. Par réflexe, je me relevai rapidement et m’emparai de la lame abandonnée avant de la braquer sur la rousse qui n’avait pas été assez rapide pour se relever, sûrement sous l’effet de surprise.

– Que comptes-tu faire avec cette arme ? Demandai-je à la rousse, glacial. N’es-tu pas au courant que tuer est un crime ?

– Kôsei !!! Me sermonna Hakaze qui m’avait rattrapé sur la scène. Tu pourrais te retenir un peu…Agresser les gens comme ça…Laisse le temps faire son cours par pitié !

Mais alors que j’allais rétorquer afin d’alimenter cette discorde, je fus interrompu par ma dame qui nous avait rejoint également. Elle enleva sa cape à son tour, laissant son visage de 24 ans paraître devant moi et mon amie. Je fus alors abasourdi en voyant cette femme devant moi. Elle était toute aussi sublime qu’elle ne l’était dans notre époque, comme si la maturité faisait d’elle un joyau de plus en plus magnifique. Elle était comme un vin qui prenant de l’âge était de plus en plus délicieux.

– Ton amie a raison, Shuuei ~ Me dit-elle avec ironie, me laissant deviner qu’elle avait fait le rapprochement avec le temps passé. Le passé est le passé, il vous faut garder le rôle d’observateur.

La dame s’avança vers la rousse, prenant au passage son arme de mes mains afin de la lui rendre.

– Lysandra…Je suppose que maintenant que nous sommes trois, tu vas éviter de te dresser devant moi. Pars donc, et quitte cette fondation du futur de malheur. Tu ne te bats que pour répandre le sang, tout comme ceux qui ont tué ton fils l’ont fait avant toi.

– …Nous nous reverrons, Laila Yamada. Se contenta-t-elle de répondre avec la haine avant de prendre la route loin de nous.

Je voulus la rattraper pour l’empêcher de nuire, mais ma dame me stoppa. Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, elle m’étreignit de par sa carcasse fine et légère, ce qui me fit vibrer de l’intérieur. Hakaze aussi était toute aussi surprise que je ne l’étais. Il était rare pour ma dame d’être si expressive, elle qui aimait garder ses sentiments secrets en guise d’avantage sur autrui.

– Je suis heureuse de te retrouver, Kôsei. Me murmura-t-elle. Tu m’as manqué pendant tout ce temps. Vraiment manqué.

– N’étiez-vous pas sensée m’oublier dame Laila ? La questionnai-je machinalement.

– Te revoir lui a rappelé tout ce qu’il s’était passé. Reprit Hakaze. Laila a retrouvé tous ses souvenirs en te voyant intervenir. Mais je ne vois pas quel souvenir serait assez fort pour lui redonner instantanément la mémoire, étant donné que nous n’avons été que spectateurs.

– Spectateurs…Es-tu sûre de cela ? Sourit ma dame face à Hakaze, sachant très bien ce qu’il s’était passé entre nous dans le passé. Tout n’est pas noir ou blanc ma chère Hakaze ~

– Cela n’a pas d’importance. Coupai-je ma leader en essayant de masquer ma gêne prenante. Tout ce qui compte est que vous alliez bien. Le reste n’importe pas.

– Si je ne suis pas morte dans le futur il n’y a aucune raison de s’inquiéter mon Kôsei ~ Cependant, je sens que ma mission va prendre un tournant rapide, et que vous êtes ici en raison de ce tournant.

– Comment ça ? Demanda Hakaze.

– Cet incident avec Lysandra…Il est loin d’être le premier. Pour être honnête, c’est la dix-septième fois en deux semaines qu’un membre de la fondation du futur essaie de s’en prendre à mon père.

– Sérieusement !? S’exclama Hakaze, interdite. Comment est-ce possible !? Et comment arrive-t-il à gérer la fondation du futur seul ?

– C’est moi qui fait en sorte qu’il ne se fasse pas attaquer. Reprit ma dame. Je veille ici depuis deux semaines afin que mes frères s’en sortent. Par chance, ils ne portent pas encore officiellement le nom de mon père. Mon père ne les a pas reconnus, et ils porteront le nom de leur mère jusqu’à leur majorité où ils pourront choisir, par conséquent, ils n’apparaissent sur aucun registre de la famille Yamada. Mais…J’ai peur pour eux. J’ai peur que si mon père entame un combat avec la fondation du futur, ils ne soient pris à parti ou découverts….Donc je veille jour et nuit ici.

– C’est tout aussi dangereux pour vous que pour votre père dame Laila ! Hurlai-je, affolé par la situation. En avez-vous seulement parlé à votre père !?

– Bien évidemment que je lui en ai parlé. Il est en train d’essayer de chercher une solution, mais c’est difficile d’échapper à une organisation gouvernementale comme la fondation du futur… Donc tout ce que je peux faire…C’est garder espoir. C’est plutôt ironique quand on y pense…

Ma dame leva ses yeux vers le ciel, un ciel de fin de journée qui avait été repeint aux couleurs du crépuscule. Gardant les yeux plongés dans la vaste étendue que l’on ne pouvait atteindre que des yeux, elle reprit la parole.

– Maman veille sur nous de là-haut, mais je crains que même pour elle, cela n’est pas possible de porter le poids d’une si lourde destinée. Et Yume-Nikki n’est pas encore prête à vaincre la fondation du futur…

Nous ne pûmes rien dire qui pouvait réconforter ma dame. Tout ce que l’on pouvait faire pour elle était de rester auprès d’elle tandis qu’on sentait qu’elle se retenait de partir en effusions de sentiments négatifs. Elle prit cependant le contrôle sur ces émotions qui tentaient de se faire de plus en plus prenantes sur elle.

– Allons voir mon père. Nous dit-elle, déterminée. Il faut que nous fassions quelque chose.

Nous suivîmes ma dame sans protester jusqu’à arriver devant le baraquement de Shinichi et Yuki Yamada. Nous entrâmes sans frapper. Les enfants semblaient être absents ce jour-là, et Laila avait les clés donc c’était plus simple pour établir le contact. Yuki fut la première à nous voir. Nous la saluâmes, mais elle comprit de suite que quelque chose n’allait pas. Elle appela son mari et nous nous installâmes tous autour de cette grande table dans la cuisine, qui, du côté du jardin, était plus isolée du monde que le salon. Shinichi fut le premier à prendre la parole, nous faisant comprendre qu’il avait une longueur d’avance sur tout le monde ici.

– La fondation du futur a encore frappé ? Demanda-t-il en croisant les mais sur la table, tel un patriarche.

– En effet papa. Reprit solennellement sa fille. Ils ont encore frappé. C’est la dix-septième fois en quinze jours qu’ils essaient d’attaquer cette maison.

– Nous savions tous les trois que ce moment allait arriver un jour. Reprit Yuki, assez calme et sereine. Nous avons juste à faire ce que l’on s’était dit le jour où nous en avions discuté et tout sera terminé.

– Non……Je ne peux pas laisser faire ça ! Protesta ma dame avec violence. Je ne peux pas laisser Reisuke et Hiroki vivre ce que j’ai vécu ! Ils n’ont personne à qui se raccrocher, vous ne pouvez pas leur faire ça !

– Laila…Essaya de la rassurer son père. C’est la seule solution pour leur faire gagner du temps.

– Papa…Je….Je ne peux….

– Tu es leur sœur. Reprit-il en coupant sa fille. Si tu étais à ma place, tu ferais exactement la même chose, je le sais. Tu as voué tes dernières années à donner ton temps de vie pour prolonger le leur, tu as tout fait pour protéger la famille que j’ai construite malgré que ce n’était pas avec ta mère que je l’ai faite…Et pour ça…Je suis le plus heureux des pères. Tu as gagné quinze jours, tu sais que tu ne pourras pas en gagner quinze de plus.

– …Oui…Je le sais.

– Et puis ce n’est pas si grave, continua joyeusement Yuki. Te rends-tu compte ? Mes enfants ont la chance d’avoir la plus merveilleuse des sœurs. Tu es le câble qui connecte tout le monde dans cette famille Laïla, tu es celle qui peut apporter l’espoir à tout le monde. Il suffit que tu t’accroches.

– Ils ont raison. M’incrustai-je sans savoir. Si c’est vous, dame Laïla, alors vous serez capable de vaincre tout ce qui se trouve entre vous et vos frères….Et puis, je serai toujours à vos côtés pour ce faire, je vous l’ai juré.

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Ma dame se tut face à nos encouragements respectifs. Elle ferma les yeux pendant quelques secondes laissant une détermination sans faille la pénétrer de nouveau. Lorsqu’elle posa de nouveau son regard sur nous, la faiblesse de ma dame s’était envolée pour ne laisser qu’un puissant leader paraître devant nous.

– J’ai parlé à Soichiro Namatame papa. Entama-t-elle avec détermination. Il m’a reconnue et m’apportera tout son soutien. Nous allons débuter un projet que l’on va appeler le projet « Rising Hope ». Si tout se passe bien et que ce projet est mis à terme, alors notre famille sera capable de sortir des abîmes du désespoir pour voir enfin la lumière.

– Bien. Sourit le père, satisfait par les déclarations de sa fille. Passons donc à la suite. Montons à l’étage.

Shinichi et Yuki nous invitèrent à les suivre à l’étage, ce que nous fîmes sans nous poser de questions. Cependant, une fois que nous fûmes arrivés devant la porte de la chambre du couple, Dame Laila nous invita à rester à l’extérieur, et même si j’étais curieux de savoir ce qui allait se dire, je respectai la volonté de ma dame et je l’attendis en compagnie de Hakaze.

Ce que je ne pensais pas possible cependant, c’est que nous allions pouvoir écouter tout ce qu’il se passait depuis l’extérieur de la pièce, étant donné que ma dame laissa la porte ouverte tandis qu’elle était avec ses parents à l’intérieur.

– Es-tu sûr que c’est la seule solution papa ? Demanda-t-elle, inquiète. Il peut y avoir autre chose à faire…

– Ne t’en fais pas mon enfant, répondit Yuki. Nous sommes prêts à assumer les conséquences de nos actes. Mon amour, s’il te plaît, fais-le.

– Bien. Répondit glacialement le père.

Il sembla fouiller dans un tiroir, dans une armoire, ou autre débarras en désordre pendant quelques minutes. Puis il en sortit en objet que je ne pouvais identifier. Il dit un « ah je l’ai trouvé » avant de marquer un silence. J’entendis un clic, clic qui me laissa dubitatif et qui inquiéta Hakaze, et lorsque le père reprit la parole, je compris un peu ce qu’il en était.

– Yuki…Dit-il à sa femme. Je te remercie pour tout ce que tu as apporté dans ma vie. Grâce à toi j’ai retrouvé quelque chose que j’avais perdu des années auparavant : l’espoir. Grâce à toi, j’ai pu avoir deux merveilleux enfants que j’aime plus que tout au monde….Grâce à toi….J’ai pu reprendre goût à la vie. Je t’aime du plus profond de mon cœur et j’espère que l’éternité nous tiendra compagnie.

– Shinichi…Lui répondit-elle, émue. Je ne regretterai jamais de t’avoir rencontré, ni d’avoir eu Hiroki et Reisuke. J’ai moi aussi vécu des années de pur bonheur, et ne t’en fais pas, l’éternité nous tiendra compagnie tandis que nous veillerons sur nos enfants. Maintenant mon amour, fais-le.

Sans que l’on ne puisse intervenir, muselés par l’ordre de ma dame, nous entendîmes un coup de feu provenant d’une arme silencieuse s’abattre sur quelqu’un. C’était Shinichi Yamada qui venait d’un coup de feu de tuer sa femme, Yuki Yamada, que l’on entendit s’écrouler au sol dans un bruit sourd qui s’estompa aussi vite que sa vie avait été prise. Je serrai les poings, devinant le spectacle auquel ma dame faisait face. Pourtant…Je ne pouvais changer le passé. Ils étaient déjà morts, et c’était impossible de changer un évènement irréversible. Alors moi et Hakaze, tous les deux bouleversés, ne pouvions qu’écouter la suite.

– Laila…Ma fille…Reprit le père. Je suis désolé de t’avoir donné un si lourd fardeau en aspirant au bonheur d’avoir un enfant. Je suis vraiment désolé de t’avoir donné une telle vie, une vie de chagrin et de désespoir.

– Ne t’en fais pas, Papa. Reprit ma dame, sereine. Je te suis reconnaissante de m’avoir donné la vie et de m’avoir donné deux raisons pour lesquelles me battre. Cette existence qu’est la nôtre est condamnée à être liée au plus profond désespoir, mais je ferai de mon mieux pour mettre un terme à ce cycle morbide. Nous ne serons pas les prochains à subir ce sort, je te le promets.

– Laila….Tu es tout ce qu’un père peut rêver d’avoir. Les mots ne peuvent exprimer combien je t’aime. Je te regarderai toujours de là-haut. Quand tu as un problème, regarde le ciel, j’y serai.

Un long silence s’en suivit, me laissant des palpitations dans mon corps. Tandis que mon pouls s’accélérait, je sentais l’atmosphère devenir de plus en plus malsaine de l’autre côté de ce mur. J’entendis finalement le même bruit de coup de feu étouffé par le mode silencieux, avant d’entendre le bruit d’un autre corps s’effondrer sur le sol.



Tout était terminé. Shinichi et Yuki Yamada étaient morts. Ils étaient tous les deux morts sous les yeux de ma dame qui, comme pour surmonter sa peine, sortit de la pièce sans même verser une larme. Tout ce qui s’affichait sur son visage était une expression de profonde détermination comme jamais je n’en avais vu auparavant.

– Je détruirai la fondation du futur. Déclara-t-elle glaciale. Je détruirai ce mouvement de malheur qui m’a pris mon père et mes deux mères….

– Laila….Lança Hakaze dans un soupir de compassion.

– Partons. Reprit ma dame. Hiroki et Reisuke vont bientôt rentrer, je dois agir de mon côté pour les protéger du monde extérieur. Grâce au sacrifice de mes parents, ils vont gagner énormément de temps et c’est pour le mieux, mais tôt ou tard, la fondation du futur mettra de nouveau la main sur eux.

Nous acquiesçâmes, Hakaze et moi, puis nous sortîmes tous de la maison des Yamadas. Nous nous séparâmes quelques rues plus tard en nous donnant rendez-vous quelques jours plus tard afin d’assister aux funérailles des parents Yamada. Ma dame ne voulait pas que l’on revoie Yume-Nikki afin d’éviter de les faire repartir dans le passé. C’était son choix.

Nous nous retrouvâmes donc quatre jours plus tard, aux funérailles du couple Yamada. Je ne pensais pas être autant concerné par ce qui leur était arrivé, mais j’éprouvais de la réelle compassion pour le mari et la femme qui s’étaient donné la mort pour prolonger la vie de leurs fils. Tandis que le prêtre entama son discours, je jetai un œil discret sur les personnes présentes à ce sombre évènement, histoire de repérer d’éventuels membres de la fondation du futur, et à ma grande surprise, ce fut une toute autre personne que je vis, plusieurs même. Soichiro Namatame était présent, ce qui n’avait pas échappé à ma camarade qui le regardait discrètement avec tristesse. Reisuke et Hiroki aussi étaient là, et à ma grande surprise, mon grand-frère était présent aux côtés de son père. Cette vision me fit trembler en sachant ce qu’il avait vécu dans le passé, mais je n’étais pas là pour changer l’histoire, il était trop tard.

La cérémonie terminée, les invités se dispersèrent tandis qu’Arata alla présenter ses condoléances à Hiroki qui semblait vraiment détruit de l’intérieur face au drame. Ma dame, elle, resta quelques minutes à regarder les défunts s’enfoncer dans la terre. Elle écouta discrètement Arata présenter ses condoléances tandis que son père lui dit de ne pas se préoccuper de la peine des autres. Une fois la pourriture partie en avant, ma dame se redressa, partant directement accoster celui qui deviendrait mon grand-frère dans le futur.

Je restai à l’écart, profitant de ma discrétion pour écouter leur conversation.

– Bonjour Arata, lui dit-elle avec le sourire. Te souviens-tu de moi ?

– Comment pouvez-vous sourire un jour de deuil ? Lui rétorqua mon frère sans émotion particulière.

– J’ai déjà versé toutes les larmes que j’avais à verser. Et toi Arata ? As-tu réfléchi à ce dont je t’avais parlé la dernière fois ?

L’enfant qui semblait n’avoir que 6 ou 7 ans reprit la parole comme s’il était adulte. Mon frère n’avait même pas l’innocence d’un enfant, son père l’entrainant sans cesse à devenir un adulte.

– Oui, j’y ai réfléchi. Reprit-il machinalement. Je ne pourrai pas échapper à mon père, mais si je peux empêcher d’autres personnes de subir mon sort…Alors je me battrai pour répandre le désespoir avec vous Laila.

– Bien ~ Tu as pris la bonne décision. Et ne t’en fais pas, il n’existe aucune existence dont la couleur est totalement noire ou totalement blanche. Tu passeras par de nombreuses nuances de gris pour trouver le bonheur. Je t’aiderai à t’affranchir de la pression de ton père.

– Je vous remercie, dame Laïla. J’espère que vous arriverez à terminer votre projet.

– Arata !! Hurla son père qui était presque parti. Nous avons encore des tas de choses à faire ! Bouge-toi bon sang !

Le garçon baissa la tête, avant de suivre ce père tyrannique qu’était Toshiro Kashiwagi. Il passa devant moi pour le rejoindre, et l’espace d’un instant, nos yeux se croisèrent. Quelque chose de spécial se passa entre nous, mais je ne pus dire quoi. Ainsi, je le regardai s’éloigner encore et encore, sans pouvoir faire quoique ce soit pour empêcher sa mort.

– Il est un gentil garçon. Me coupa Ma dame. Il est pris par l’emprise de son père, mais il est un gamin qui a un bon cœur. J’espère vraiment pouvoir l’aider à résoudre ses problèmes pour l’avenir.

– C’est….C’est lui mon grand-frère….C’est lui qui m’a donné l’espoir….

– Kôsei….Soupira Hakaze.

– Cela ne m’étonne pas. Me répondit-elle. Arata possède quelque chose de spécial en lui, une lumière que je compte bien développer jusqu’à ce qu’elle n’atteigne son paroxysme. Je suppose que nous nous rencontrerons par le biais de ce jeune garçon alors, Kôsei.

– Oui, c’est effectivement ce qui arrivera. Dans quelques années.

– Ahlalalala. Soupira la femme. L’avenir réserve des tas de surprises n’est-ce pas ? C’est ce qui rend ce monde imprévisible. Il est impossible d’imaginer l’avenir en noir ou en blanc, car il faut nager dans des eaux grises pour pouvoir se maintenir à la surface. C’est ce qui rend le cycle du temps lui-même merveilleux. Dites les amis, j’ai une dernière chose à faire aujourd’hui, vous voulez bien venir avec moi ?

– Evidemment. Répondis-je machinalement. Votre existence est la mienne.

Hakaze ne répondit pas, elle se contenta d’acquiescer. Elle était aussi concernée par ce qu’il se passait puisqu’elle vouait une profonde affection à Hiroki et qu’il était le principal concerné par les tristes évènements de ces quelques jours. Elle nous suivit donc en silence. Le mystère de ma dame de dissipait de plus en plus et avec lui se dissipait l’histoire de notre guilde. Tout se connectait et tout devenait clair, j’allais pouvoir revenir dans le présent avec l’esprit clair. Si je voulais que ma dame puisse enfin vivre en paix, il fallait que je détruise Zetsubô…Et que je m’approprie son pouvoir afin de vaincre la fondation du futur une bonne fois pour toutes.

J’allais certainement devenir un monstre pour ce faire, mais j’étais résolu à faire tout ce qui était en mon pouvoir pour y parvenir. Zetsubô n’était pas là par hasard. Il était mon tremplin pour pouvoir détruire la fondation du futur. C’était la seule réponse plausible à toute cette souffrance endurée par ma dame.

Nous nous rendîmes donc avec elle un peu plus loin ; à deux ou trois rues du cimetière où reposaient désormais les parents de Reisuke et Hiroki. Nous y retrouvâmes une femme avec une petite fille qui me disait quelque chose. La femme semblait avoir une cinquantaine d’années. Ses cheveux courts de couleur marron qui finissaient en fines boucles étaient cassés par des nuances grises qui montraient sa vieillesse, mais cela ne suffisait pas à ternir son visage. Son visage était rayonnant, comme si toute la lumière du monde s’était rassemblée pour illuminer cette femme. Quant à la petite fille, elle semblait avoir l’âge de Reisuke. Elle était une petite fille blonde dont les cheveux étaient bouclés, et dont le regard clair semblait aussi pur et clair que du cristal.

– Désolée de t’avoir fait attendre, Marie. Entama ma dame en se prosternant devant cette femme. Le voyage s’est bien passé ?

– Ne t’en fais pas Laila ce n’est rien. Le voyage a été plutôt difficile mais nous avons réussi à venir jusqu’ici et c’est tout ce qui importe.

– Et toi Erika, as-tu fait bon voyage ? S’adressa ma dame à la petite, nous surprenant Hakaze et moi.

– Oui ! Répondit-elle en souriant Toratura et moi on était inquiètes mais c’était chouette !

– Bien, je suis contente que tout se soit bien passé. Les wheelers ont bien voulu me céder leur bail Marie. Vous pourrez donc emménager juste à côté des garçons.

– Merci énormément Laila. Reprit-elle soulagée. Tu ne peux pas savoir comme tu me facilites la tâche en m’aidant à m’installer ici. J’ai pu partir de là-bas sans encombre grâce à toi.

– Ne fais pas comme si je n’y gagnais rien au change, tu vas veiller sur mes deux petits frères, c’est la moindre des choses que de te permettre d’échapper à cette organisation de malheur dans les formes. Vous serez tranquilles pour les années à venir, je serai leur cible principale étant donné que je suis la dernière « Yamada » en vie à leur connaissance. Je tiendrai assez longtemps pour que les garçons et Erika puissent grandir suffisamment longtemps.

– Oui. Reprit la femme. Faisons de notre mieux pour que les enfants puissent vivre une vie paisible et sans obstacle. Erika va sûrement bien s’entendre avec les garçons, elle aime tout le monde et tout le monde l’aime haha.

– Nous réussirons. Lui répondit ma dame. Bien. Marie, il est temps de nous dire au revoir. Je ne pourrai pas venir vous voir. Même si j’aimerais énormément voir mes frères, je veux avant tout me tenir loin d’eux et attirer la fondation du futur sur moi plutôt que sur vous. Je compte sur toi pour aider au mieux les garçons.

Ma dame nous invita à la suivre, ce que nous fîmes dans le silence. Ainsi, elle était bien celle qui connectait tout le monde autour de l’affaire Zetsubô. Tous les protagonistes du combat dans le présent avaient été désignés il y a bien longtemps lorsque l’on y réfléchissait.

– Connaissant Hiroki, soupira ma dame, il refusera l’aide de Marie et va tenter de subvenir aux besoins de son frère par lui-même. Il est encore jeune, il n’a aucune notion du danger.

– Et que vas-tu faire pour ça Laila ? Demanda Hakaze, dubitative.

– Ton père, Soichiro Namatame, va le prendre sous son aile. Je provoquerai une rencontre entre lui et Hiroki par un moyen ou un autre, et connaissant l’homme qu’est Soichiro, il ne laissera pas Hiroki à l’abandon.

– C’est vrai qu’il ne ferait jamais ça…Sourit Hakaze. Mon père est un homme bon, il ne faut pas douter qu’il prendra Hiroki sous son aile.

– Bien, reprit ma dame. Il est temps pour moi de partir et de mener cette vie marginale que j’ai choisi ~ Je n’ai plus rien à vous montrer, le reste, je le laisse à l’avenir. Kôsei, Hakaze, j’espère que vous avez trouvé les réponses que vous cherchiez ici….Et…Merci pour ce que vous avez fait pour moi. J’ai eu des moments de doute dans le passé, mais vous voir ici chercher à comprendre qui je suis m’a confortée dans l’idée que je prenais les bonnes décisions. Du fond du cœur je vous suis reconnaissante.

Je n’eus même pas le temps de répondre que je sentis quelque chose en moi me faire du mal. Je n’étais pas le seul, puisque Hakaze ma camarade le ressentit aussi. L’environnement autour de nous se figea sur le sourire de ma dame, puis tout autour de nous devint flou, avant de disparaître totalement, nous laissant moi et Hakaze seuls dans la pénombre.

Notre énergie se fit drainer peu à peu, comme si nous étions aspirés par quelque chose ou quelqu’un, et au final, nous perdîmes tous les deux connaissance.

Lorsque nous rouvrîmes les yeux, je constatai que nous étions revenus à notre époque. Je le ressentais, et Arata me le confirma, nous n’étions plus dans le passé. Toutes les questions que je me posais avaient trouvé une réponse, et toutes les questions que se posait Hakaze également. Nous étions tous les deux face aux débris laissés par l’affrontement entre la fondation du futur et Voltanis dans le présent. Hakaze voulut s’assurer de l’état des siens, mais mon grand-frère me confirma qu’ils allaient bien donc elle n’eut pas à s’inquiéter.

– Que comptes-tu faire désormais ? Me demanda la jeune femme avec qui j’avais partagé tant d’aventures. Tu vas retourner chez Yume et reprendre ton rôle ?

– Non. Lui répondis-je, machinalement. Je vais retourner chez moi prendre quelques affaires, et je vais me lancer seul dans la bataille contre Zetsubô. Je vais le vaincre et m’approprier son pouvoir afin de détruire la fondation du futur.

– Mais…Cela signifie que….

– Oui. Aux yeux du monde, je deviendrai le nouveau symbole du désespoir et je serai l’homme à abattre. Ainsi ma dame sera celle qui me prendra la vie, et tout le monde la verra comme le symbole de l’espoir. L’empire de Laila Yamada sera complet et elle n’aura plus jamais à avoir peur.

– Je vois…Reprit mon amie avec le sourire. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à vaincre Zetsubô avant toi, Kôsei.

– Pourquoi ? Tu n’as rien à voir dans ce conflit n’est-ce pas ? Je ne comprends pas pourquoi risquer ta vie.

– Je tiens à Hiroki, il est concerné par cette histoire. Reprit naturellement la femme. Et puis…Si le fait que tu vaincs Zetsubô signifie que tu dois mourir…Alors je t’empêcherai de vaincre Zetsubô, parce que je tiens à toi aussi, Kôsei.

Les paroles de Hakaze me tirèrent un sourire. Je lui lançai un regard complice qu’elle me retourna, devinant exactement ce que l’un pensait de l’autre. Prenant un moment de pause pour nous remettre des émotions de notre voyage, nous fixèrent ensemble le ciel étoilé, priant tous les deux pour que les vivants puissent être guidés par les morts. Tandis que je gardais au creux de ma main celle de Hakaze, je lançai un message au ciel. Mélissa, Himiko, Yuki, Shinichi et Arata, puisse votre lumière guider nos pas lors de ce conflit. Que Dieu nous aide à faire vaincre l’espoir final.


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