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[Fic]Le Dernier Esper
heart earth
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[Fic]Le Dernier Esper posté le [12/04/2018] à 16:46

Fuyuku Yuki : La naissance d’une héroïne



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=n01q7X16uzs


Toujours, j’avais rêvé d’être une héroïne de la justice. Sauver des vies, poursuivre des idéaux de paix, voir les sourires des gens, poursuivre le crime et détruire les ennemis du bien, tels étaient mes rêves en apprenant que je possédais des pouvoirs extraordinaires.

Pourtant, lorsque je me retournais, il n’y avait rien d’autre que du sang, des larmes, de la haine, de la destruction et un vide absolu.

Ces pouvoirs, au lieu de me donner, m’avaient pris. Je n’étais pas une héroïne aimée et acclamée des foules. J’étais une chasseuse impitoyable, crainte et détestée. Et la personne qui me détestait le plus dans ce monde était en face de moi.

Autrefois, nous étions amies, presque comme des sœurs mais, parce que j’avais eu la possibilité de réaliser mes rêves, j’avais perdu la seule personne qui me motivait encore à accomplir.

Là, derrière une paroi en verre de plusieurs centimètres d’épaisseur, les bras immobilisés par une camisole, la coiffure d’ordinaire si soignée, ce jour-là si négligée, et le regard dans lequel pouvait se lire une profonde haine et un profond mépris, se trouvait l’ombre de celle qui fut jadis ma complice et ma seule amie.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


« Oh, voilà que le monstre vient me rendre visite, je suis flattée ; ironisa-t-elle avec un faux sourire.

-Salut, Kazumi ; lui répondis-je en baissant les yeux, incapable de soutenir son regard. Ca faisait longtemps…

-A peu près aussi longtemps que la dernière fois que j’ai posé un pied dehors, ça fait longtemps, en effet ; continua-t-elle d’une voix tranchante.

-J’ai demandé à la fondation de te laisser sortir en leur promettant que tu ne dirais rien…Ils sont en train d’examiner ton dossier ; continuai-je sans oser la regarder dans les yeux.

-C’est inutile. Ils savent pertinemment que je ne me tairai pas. Quelque chose se trame dans notre dos et tu le sais aussi bien que moi, Yuki ; cracha mon ancienne amie. Mais que me vaut la visite de la chasseuse d’ESP ? Tu n’es pas venue pour parler de cela j’imagine, sinon, tu viendrais plus souvent me rendre visite si tu voulais simplement bavarder. »

Je déglutis, peu certaine de vouloir lui révéler une telle information à présent, voyant qu’elle n’était pas disposée à m’écouter mais il était trop tard pour faire marche arrière.

« J…J’ai élucidé l’affaire de Nessie ; m’exclamai-je en souriant. Ce n’était qu’un vieil invocateur qui voulait faire un peu de pub pour relancer son organisation ! »

Je me forçai à rire à ce moment-là mais Kazumi n’eut aucune réaction. Pas même le moindre sourire ne se dessina au coin de sa bouche.

« Et donc ?

-Je…Je pensais que tu aurais voulu savoir le fin mot de l’histoire depuis le temps, rien de plus ; gloussai-je nerveusement.

-Tu l’as détruit, n’est-ce pas ? »

Je me raidis immédiatement et, sans le vouloir, je croisai le regard de mon ancienne meilleure amie qui me glaça aussitôt le sang. Il n’y avait aucune admiration ni aucune joie dans ses yeux, simplement du mépris.

« C’est donc ça que tu appelles « être une héroïne de la justice » ? Poursuivit la brune d’une voix glaciale. Détruire des légendes urbaines qui ont fait rêver des millions de personnes simplement…à cause d’un seul familier ?

-L…Les familiers sont dangereux ; rétorquai-je timidement.

-Parce que tu ne l’es pas peut-être ? Toi, l’Esper de l’antimatière ? La chasseuse ? Le monstre de la fondation ?

-Je…

-Regarde-toi dans un miroir Yuki. Tu n’es pas plus humaine que ces créatures. Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur. »

Mon cœur se serra dans ma poitrine. J’avais l’habitude de me faire traiter de monstre par les invocateurs que je combattais et même par certains membres de la fondation. Je l’avais moi-même accepté…Cependant, l’entendre de la bouche de mon ancienne meilleure amie était beaucoup plus dur à admettre que je ne l’avais pensé…

« Je ne fais que suivre ce qui me semble juste…Murmurai-je. Mes parents n’avaient jamais rien fait de mal…Je dois les venger…

-Je vois…tu es en train de me dire que je dois exterminer tous les Espers si un jour un membre de ma famille est tué, même par accident ? C’est ça ta morale ? Ta justice ?! J’appelle ça un caprice d’enfant moi ! »

Je grimaçai. Je n’avais rien à répondre à cela parce que je savais au fond de moi qu’elle avait raison mais je refusais de l’admettre maintenant. J’avais accompli trop de choses pour changer simplement de vision d’un claquement de doigts.

« Enfin bon, j’imagine qu’un monstre ne peut pas comprendre cela ; reprit Kazumi en soupirant.

-Je…Je ne suis pas un monstre…Bégayai-je, autant pour elle que pour moi.

-Vraiment ? Pourtant tu te comportes comme tel et tu leurs ressembles quand tu utilises tes pouvoirs ; objecta la jeune fille en haussant les sourcils.

-Je peux combattre sans mes pouvoirs…Et je peux délivrer la justice en détruisant en priorité des familiers ayant déjà fait des victimes si c’est cela que tu veux…Marmonnai-je en serrant les dents, regrettant déjà d’avoir dit cela.

-Vraiment ? Tu penses qu’avec une simple épée et tes talents de combattantes, tu serais capable de mettre au tapis des légendes comme Dracula ou Slender Man ? Ricana mon ancienne amie qui n’y croyait pas une seconde. Tu arriverais à délivrer une véritable justice au lieu de passer tes nerfs comme une gamine de dix ans sur le premier familier que tu rencontres ?

-T…Tout à fait !

-Très bien, j’attends de voir cela. Montre-moi que, derrière cette fille qui prônait la justice au lycée n’était pas qu’une façade, Yuki ; me lança-t-elle d’une voix de défi.

-Je te prouverai que je suis aussi humaine que toi, Kazumi ! M’exclamai-je en me levant brusquement, déterminée. »

Notre entretien se termina sur ces paroles et, le soir-même, je passai en revue tous les dossiers que je possédais chez moi concernant mes futures missions puis en jetai plus de la moitié à la poubelle, soit parce que je n’étais pas assez forte pour gagner sans pouvoir, soit parce que ces familiers n’étaient pas connus pour avoir causé des problèmes et n’étaient que de simples apparitions tels que le Yéti ou le Dahu.

Ainsi, je me fis une pile de cinq ou six dossiers sur mon bureau concernant les monstres qui méritaient réellement d’être arrêtés.

Cela m’était difficile de l’admettre mais Kazumi avait raison indirectement sur un point. Mes parents n’étaient certainement pas les seules victimes du familier qui avait pris leur vie. Il m’était donc inutile de chercher du côté des simples cryptides qui n’étaient connus que pour avoir été vus et rien d’autres.


https://www.youtube.com/watch?v=C8CU46C7gnU


C’est ainsi que, quelques mois plus tard, après la fin de ma pause et avoir repris un entrainement intensif d’escrime, j’étais de retour à l’autre bout du monde, cette fois-ci dans l’extrême sud de la Floride, sur une petite île du nom de Key West, afin d’enquêter sur un familier ayant étrangement échappé aux autorités d’ESP pendant plusieurs dizaines d’années, une poupée soi-disant maudite du nom de Robert, entreposée dans le musée local.

Personnellement, je ne croyais que très peu aux histoires de fantômes, du moins, pas aux histoires traditionnelles. Les fantômes existaient, je le savais. Mais pas en tant qu’âme de défunts. Il ne s’agissait souvent que de familiers pouvant se dématérialiser et pour la plupart inoffensifs.

Je n’avais d’ailleurs jamais compris comment les gens pouvaient s’arranger pour se faire tuer par une poupée…Mais bon, j’allais certainement trouver la réponse très bientôt.

Pour l’heure, j’attendais simplement la fermeture du musée dans un café du coin, à l’ombre d’une terrasse, patientant tranquillement en relisant une fois de plus les rapports d’ESP au sujet de cette poupée maudite et sirotant un jus d’oranges pressées de Floride.

Apparemment, ce bout de chiffon avait été offert par un serviteur pratiquant le vaudou à son maitre et depuis, elle avait tenté de tuer plusieurs de ses propriétaires avant d’être enfermée dans ce musée et surveillée en permanence.

Je ne voyais vraiment pas pourquoi tout le monde faisait un foin de ce familier. Ce n’était pas comme si des milliers d’invocateurs avaient raté la conception de leur familier.

Cependant, il y avait tout de même quelque chose de surprenant dans ces rapports car la poupée semblait, non seulement capable de télékinésie mais en plus, ne s’était manifestée qu’à la mort dudit serviteur et était toujours en activité.

Je croisai mes bras sur ma poitrine, sceptique. Normalement, un familier devait disparaitre avec la mort de son invocateur s’il n’était pas transmis à quelqu’un d’autre…Se pouvait-il que ce Robert Eugène Otto, l’homme ayant hérité de la poupée, fût également un invocateur ? Dans ce cas, que penser des attaques étant survenues après sa mort ?

Plus je cherchais et plus j’avais l’impression de m’éloigner de la réponse. Mais après tout, je m’en fichais un peu. J’avais juste à couper cette horreur en deux avec mon épée et le tour serait joué. Le seul point négatif de cette mission était ma tenue…Vraiment peu adaptée à une infiltration : Jupe courte, débardeur blanc, sandales, lunettes de soleil coups de soleils sur tout le corps…

C’était dans ces moments-là que je regrettais d’être seule. Riki, lui, aurait pu me rappeler d’emporter une tenue de rechange…

Alors que le soleil commençait à décliner à l’horizon et embrasait une mer scintillante et projetait son ombre immense sur une plage de sable blanc et fin comme du sel, je vis un homme aux allures louches entrer à l’intérieur du café auquel j’étais.

Il portait évidemment des lunettes de soleil et un chapeau mais également un énorme manteau noir et des gants en cuir…Ce qui, par les trente-cinq degrés à l’ombre, était tout sauf normal.

Je pris tout de même le temps de finir mon jus d’orange puis rentrai à l’intérieur du café pour payer. Cependant, la porte ne s’était même pas refermée entièrement que je sentis un embout métallique contre ma tempe et une voix grave me parvint aux oreilles.


https://www.youtube.com/watch?v=yR70cGJ09pM


« A terre Jeune fille, ceci est une prise d’otage. »

Je baladai rapidement mon regard à l’intérieur et je vis qu’effectivement, tout le monde, clients, staff et même passants, était roulé en boule sur le sol, les mains derrière la nuque, leurs visages contre le plancher.

L’homme que j’avais vu entrer un peu plus tôt était accompagné à présent de deux complices, certainement déjà présent dans le bar et tous pointaient un révolver dans ma direction.

« Tu es sourde ? Je t’ai dit à terre ! Répéta l’homme à ma gauche en appuyant un peu plus fort. »

Je levai les yeux à l’horloge murale : 16h10. Il ne me restait plus que vingt petites minutes avant la fermeture…Je n’avais vraiment pas le temps de jouer avec ces guignols…

Lâchant un soupir, je retirai ce canon désagréable de mon visage comme on chasse une mouche agaçante et m’adressai à l’homme qui possédait cette arme sans même le regarder.

« Désolée, je suis pressée, j’ai une poupée démoniaque à détruire. »

En entendant ces mots, l’homme au manteau se leva et vint se placer juste devant moi, l’air amusé par ma résistance.

Il devait faire au moins deux têtes de plus que mois et était aussi large qu’une cheminée. Son visage était carré et un grand sourire stupide était dessiné sur ses lèvres…Exactement le genre de type que je détestais…

Cependant, je fus bien obligée de reculer en me bouchant le nez tellement il empestait le vieux cigare.

« Tu as du cran pour une gamine de douze ans ; déclara-t-il avec un fort accent italien.

-J’en ai eu quinze il y a trois semaines ; rétorquai-je, vexée d’être prise pour une gamine.

-Peu importe ton âge. Il nous fallait justement une victime pour montrer aux autorités que nous sommes déterminés et… »

Je soupirai une nouvelle fois et je me contentai de contourner le gros homme sans l’écouter davantage puis déposai mon argent sur le comptoir, ainsi que mon verre, sous les yeux exorbités des trois hommes et de certains clients.

« Mademoiselle…Vous devriez vous partir tant que vous le pouvez et…Commença l’une des serveuses avant que je ne l’interrompe en baillant.

-Ah bah ça, oui, je ne compte pas rester ici. Je n’ai plus que vingt minutes et le musée est à dix minutes de marche.

-Je crois qu’on ne s’est pas très bien compris tous les deux ; reprit l’homme à l’accent italien. Mon nom est Bernito Berlu…

-Peu importe votre nom. Il me fallait justement une cible pour m’échauffer et vous tomber à pic tous les trois.

-Sale petite… »


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Une fois de plus, il n’eut pas le temps de terminer sa phrase car l’un de ses acolytes, exaspéré, tira sur moi. La serveuse qui se trouvait à côté de moi poussa un cri de terreur mais je ne bougeai, me perdue dans mes pensées en essayant de trouver comment rentrer dans le musée avec ces idiots qui me bloquaient le passage.

Je ne pouvais quand même pas forcer le passage et ensuite détruire la vitrine, j’allais être repérée bien trop facilement…

Lorsque la balle en fer entra en contact avec ma peau, au lieu de la traverser et de me tuer sur le champ, elle se désintégra purement et simplement sous les yeux exorbités des trois hommes tandis qu’un picotement aussi désagréable qu’une piqure de moustique se propagea le long de mon bras.

Pensant qu’ils m’avaient simplement raté, les hommes se remirent à tirer sur moi jusqu’à vider leurs chargeurs mais, comme la première, toutes les balles se désagrégèrent sans me faire plus de mal que si on me jetait des balles de ping-pong.

Lorsque les terroristes furent à court de munitions, ces derniers commencèrent enfin à paniquer tandis que je me rapprochai d’eux pour sortir de ce café où je n’avais perdu que trop de temps.

Cependant, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de la porte d’entrée, le chef des attaquants se saisit de l’un des clients du café et braqua une seconde arme contre sa tempe.

« Je ne sais pas qui tu es mais je te préviens, reste en dehors de tout ça ou… »

Sans lui laisser le temps de finir, avec une vitesse surhumaine, je dégainai mon épée et tranchai le canon de l’arme à feu.

« Vous me faites vraiment perdre mon temps, bande de guignol ; lançai-je d’une voix glaciale. »

Je lançai un regard assassin aux deux acolytes qui, comprenant que leurs vies étaient menacées, se rendirent aussitôt tandis que le chef tomba à la renverse, lâchant son otage et c’est à ce moment-là qu’une idée folle me passa par la tête.

Je m’approchai un peu plus de l’homme corpulent avec un sourire digne d’un prédateur ayant repéré une proie puis l’attrapai par le col de sa chemise.

« Que diriez-vous de me rendre un petit service en dédommagement ? Lui demandai-je d’une voix doucereuse.

-Un…Un dédommagement ? Répéta l’homme, pâle comme un linge.

-Vous ferez un très bel otage pour Robert je pense… »

J’entendis le chef des terroristes déglutir de terreur à l’évocation de ce nom.


https://www.youtube.com/watch?v=x0n5yObwyDE


Ainsi, après avoir fermement ligoté les deux autres hommes et les avoir laissés aux bons soins des clients du magasin, je sortis par l’arrière de la boutique avec mon prisonnier alors que les sirènes de police se rapprochaient rapidement et m’arrêtai à quelques pas de ma destination finale, tapie derrière deux arbres.

Je regardai l’heure et, évidemment, il était bien trop tard pour rentrer dans le musée en tant que simple visiteuse…

Musée qui, d’ailleurs, ne donnait vraiment pas envie. Il s’agissait d’une sorte de gros bloc de briques rouges, à la façon d’une prison – ce qu’il devait être, une prison pour le familier de la poupée – et devant, la décoration ne se composait que d’une grosse ancre rouillée et d’une statue de l’attraction principale.

Je me tournai vers l’homme et enlevai son bâillon.

« Vous…Vous allez regretter d’avoir tenu tête à la plus grande famille de…

-Dites, est-ce que vous courez vite ? L’interrompis-je.

-Je ne vous permets pas de…

-Ecoutez-moi bien : vous allez vous introduire à l’intérieur de ce musée et vous allez éteindre toutes les caméras de surveillance, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

-Pourquoi, moi, Bernito Ber… »

Une fois de plus, je ne le laissai pas terminer et, l’agrippant par le col de sa chemise, je lui fis faire un vol plané de plusieurs mètres. Le gros homme tomba lourdement sur les pavés et commença à m’insulter dans une langue que je ne comprenais pas. Pour toute réponse, je lui lançai un regard noir et il cessa aussitôt ses jurons puis rentra à l’intérieur du musée.

Il ne fallut que quelques secondes avant que des cris ne se fassent entendre et que trois membres du personnel ne s’enfuient en courant. Visiblement, cet homme était plutôt connu dans le coin et tant mieux pour moi.

Une fois que le silence fut revenu, je m’introduisis à mon tour à l’intérieur du musée mais je ne vis personne. Mon prisonnier s’était volatilisé.

Après tout, tant pis s’il avait pris la fuite par une porte arrière. Il avait fait son travail, c’était tout ce qui m’importait.

Je pénétrai donc dans le musée, seule, à la recherche de la poupée maléfique. Au début, j’enchainai les pièces sans grande conviction, n’étant absolument pas intéressée par les pièces exposées ici mais, plus je m’enfonçai dans le musée et plus je sentais que je n’étais pas seule.

Par prudence, j’activai la protection du médaillon de ma mère et matérialisai mon épée, juste au cas où.

Finalement, un panneau immense m’indiqua que j’allais enfin m’engouffrer dans la pièce consacrée à Robert.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Je poussai la porte qui était légèrement entrouverte. Dès que j’eus posé un pied à l’intérieur, je ne pus m’empêcher de grimacer. Au sol, une énorme marre de sang recouvrait la pierre blanche tandis que le présentoir où aurait dû être enfermé la poupée…avait été ouvert et la vitre brisée.

Je soupirai en découvrant le corps sans vie du terroriste à quelques mètres de là. Son ventre était déchiqueté, ses yeux crevés et un trou béant se logeait à la place de son cœur.

Ce n’était vraiment pas beau à voir. Même moi, je ne m’amusais pas à jouer de la sorte avec les cadavres de mes ennemis.

Au moins, cela prouvait qu’il existait plus monstrueux que moi dans ce monde et que les familiers étaient de réels dangers…

Je pris une seconde pour observer les environs. Hormis le présentoir, la pièce était entièrement vide et aucune trace de la poupée. La seule issue possible était une autre pièce du musée, certainement la dernière et un cul de sac également.

Je ne savais pas à quoi jouait ce familier mais il ne me semblait pas être spécialement intelligent pour un rang A. Sans possibilité de fuite, il était à ma merci.


https://www.youtube.com/watch?v=6VtewUF9yJU


Lorsque j’entrai dans la dernière sale du musée, il faisait entièrement noir. Pas une fenêtre, pas une lampe, pas une veilleuse, aucune lumière. Il y faisait froid également, très froid en comparaison avec les trente degrés de l’extérieur, comme si quelqu’un avait réglé la climatisation sur le mode Sibérie.

Prudemment, je fis quelques pas à l’intérieur et ceux-ci résonnèrent longuement, comme si cette pièce était immense, spacieuse…Et vide…

Soudain, la porte d’entrée se referma violement derrière moi et un bruit de clés tournant dans une serrure se fit entendre, rapidement suivit de petits bruits de pas tout autour de moi, ainsi que des grattements contre les murs, comme si un prisonnier essayait de s’échapper de sa cellule.

« Qu’est-ce que c’est encore que cette attraction pour touristes…Grommelai-je. »

Commençant à en avoir assez, je créai une petite sphère d’énergie au creux de ma main, faisant office de bougie suffisamment puissante pour éclairer la pièce qui, finalement n’était pas si grande que ça…

En réalité, elle était même minuscule, à peine plus grande qu’une cellule de prison. Et évidemment, toujours aucune trace de la poupée.

Les grattements se rapprochaient lentement de moi mais j’avais beau regarder, j’étais seule ici, et il n’y avait aucun mobilier où l’on aurait pu se cacher.

Je fronçai les sourcils et me mis à réfléchir un instant. Si j’avais réellement à faire à une poupée maléfique, alors cette pièce devait être bourrée de pièges mortels, comme dans les films.

Voulant m’en assurer, je fis un pas et un déclic se fit entendre au loin. J’activai mes pouvoirs comme un bouclier, juste à temps pour me protéger d’une hache sortant directement d’un mur et assez aiguisée pour trancher n’importe quelle armure.

Prudemment, je fis un autre pas et cette fois-ci des piques tentèrent de jaillir du sol mais se désagrégèrent au contact de mon bouclier.

Finalement, ce familier n’était pas aussi stupide qu’il ne le laissait croire. N’importe qui, y compris certains Esper, serait déjà mort face à ces pièges. Je comprenais mieux pourquoi personne n’avait jamais tenté d’affronter cette poupée depuis sa capture qui avait certainement dû la rendre très agressive…

Ainsi, j’avançai au milieu de ces pièges, protégée par mon bouclier et finis par arriver au mur d’en face. Il n’y avait aucune issue possible dans cette pièce et pourtant, elle semblait immense et Robert ne s’y trouvait pas…

Il n’y avait pas des dizaines d’explications possibles. Soit ce monstre était invisible, ce dont je doutais fort, soit…J’étais trompée par une illusion.

Partant plutôt sur la deuxième option, je touchai le mur du bout de mes doigts et ceux-ci passèrent à travers comme s’il n’y avait rien.

Je souris et traversai le mur illusoire pour me retrouver enfin dans la véritable dernière salle de ce musée des horreurs.


https://www.youtube.com/watch?v=Fl0c9wApUeg&t


Elle était là, devant moi, sagement assise sur une chaise, dans un uniforme entièrement blanc comme celui porté par les enfants dans le temps, une paire de chaussure rouge et un bonnet trop grand pour lui. Dans ses bras, la poupée tenait une sorte de petit chiot en peluche d’un côté, et le cœur encore dégoulinant de sang de sa victime…

Robert devait mesurer près d’un mètre, et son visage avait été à moitié effacé par les années. Seuls deux boutons en guise d’yeux lui restaient et me fixaient.

Le reste de la pièce était la reconstitution fidèle de ce qu’avait dû être la chambre de Robert dans sa première demeure : quatre murs sans fenêtre, un lit dur, quelques jouets, une commode, un cheval à bascule, un tapis, et rien d’autre.

Je m’arrêtai et lançai un regard de mépris à ce familier bien moins impressionnant que tous ceux que j’avais pu combattre jusque-là.

« Tu es venu nous tuer, n’est-ce pas ? Déclara soudain le familier par télépathie, d’une voix à la fois adulte et enfantine.

-Tu as bonne intuition, vieux bout de chiffon ; raillai-je.

-Pourquoi ? Pourquoi veux-tu nous tuer ? Nous voulons simplement vivre en paix ; continua la voix double.

-Comment un familier peut-il encore être en vie plusieurs années après la mort de son invocateur ? Enchainai-je, en ignorant sa question.

-Nous ne sommes plus un familier. Nous sommes Robert. Nous avons notre propre conscience. Nous sommes vivants.

-Soit, vous n’êtes pas un familier, vous êtes juste totalement schizo… Cependant…»

A ce moment-là, je perdis mon attitude décontracté et bandai tous les muscles de mon corps pour me mettre en position de combat.


https://www.youtube.com/watch?v=Y8sQu1N406c


« Je suis Fuyuku Yuki. Ma mission est de t’éliminer, toi, le familier se faisant passer pour un fantôme et ayant déjà fait bien trop parler de toi pour un morceau de chiffon. »

Sans autre sommation, je me jetai sur la poupée, bien décidée à l’embrocher de la pointe de ma lame. Le familier brilla faiblement et du plafond sorti un immense pendulier suffisamment aiguisé pour trancher même la pierre du sol. Cependant, je ne ralentis pas et réactivai mon bouclier qui ne fit qu’une bouchée de l’arme d’acier.

Le bras du bout de chiffon se leva légèrement et soudain la pierre du sol se fissura. Un torrent de lave en jailli et déferla sur moi mais je n’en tins pas compte et passai au travers comme s’il ne s’agissait que d’une simple vaguelette.

Devant ma persévérance, le familier leva son autre bras et je sentis comme des griffes se heurter à mes pouvoirs. Comme je le pensais, une partie du corps de ce monstre était invisible mais je n’en avais que faire. Il me suffit d’augmenter un peu le niveau de mon bouclier pour repousser l’attaque de ce monstre.

J’avais peut-être promis à Kazumi de ne pas me servir de mes pouvoirs pour détruire les familiers mais rien ne m’empêchait de les utiliser de manière défensive.

Enfin, lorsque je ne fus plus qu’à quelques centimètres de la créature, d’un coup du tranchant de ma lame, je décapitai la poupée maudite.

Celle-ci perdit immédiatement de son éclat et tomba au sol, comme le vulgaire jouet qu’elle était. Mais j’étais loin d’être au bout de ma peine et je le savais. Ce combat était trop simple. Même sans mes pouvoirs j’aurais pu me débrouiller en étant excessivement prudente.

J’avais raison de me méfier car, de la tête coupée de la poupée s’éleva une épaisse fumée noire. Ne sachant pas à quelle sorte d’ennemi j’avais réellement à faire, je reculai d’un pas, toujours sur mes gardes.

Dans un crissement infernal, la masse informe se précipita vers le cheval à bascule et pénétra à l’intérieur du jouet pour enfant. Celui-ci ne tarda pas à se métamorphoser, passant de l’innocent jouet en bois à un effrayant cheval aux dents pointues et aux pattes dotées de griffes acérées.

Le cheval démoniaque se jeta sur moi et tenta de m’asséner un coup de patte au visage mais mon bouclier était toujours actif. Tout ce qu’il réussit à faire fut de perdre l’un de ses membres.

Je le repoussai donc sans trop de difficulté avant de lui planter l’épée directement dans le cœur.

Une fois de plus, la brume sombre s’échappa du corps du jouet délabré pour se précipiter dans un autre objet, l’armoire qui prit vie sous mes yeux.

Ce spectacle était tellement grotesque que j’avais l’impression de me retrouver dans le cauchemar d’un enfant de quatre ans…

Pendant que le meuble se jetait sur moi, un nouveau déclic se fit dans ma tête. Je venais de comprendre quelle était l’origine de la longévité de ce familier.

Après avoir fracassé le bois de l’armoire d’un coup de pied retourné, la brume sombre refit surface mais je profitai de ce court laps de temps pour détruire tous les objets présents dans cette pièce d’une seule attaque, ne lui laissant aucune cachette possible.

« C’est terminé, Robert. Il est temps de te réveiller, Eugène Otto.

-Eugène n’est plus ! Nous sommes Robert ! Hurla la voix mi enfantine, mi adulte dans mon esprit. »

Alors que je pensais que le familier allait finir par périr sans hôte, comme tous les familiers spectraux, la brume sombre se précipita vers moi et passa à travers les mailles de mon bouclier avant de me rentrer dans le corps par la bouche.


https://www.youtube.com/watch?v=z9_RD-iRQW0


Je tombai immédiatement à genoux et me mit à tousser du sang tandis que je sentais l’esprit s’engouffrer droit vers mon cœur. Je n’arrivais plus à respirer. Tous mes membres étaient paralysés et mes sens devenaient flous.

« Tu ne peux pas nous résister, chasseuse, nous allons prendre ton corps comme nous avons pris celui d’Eugène et nous n’allons faire qu’un ! »

Lentement, je sentais ma main bouger toute seule et pointer mon épée vers mon cœur. Cette saleté devait avoir pris possession de mon système nerveux et je la sentais prendre la direction de mon cerveau désormais…

« Désolée…Kazumi…Je ne vais pas pouvoir tenir ma promesse…Pensai-je.

-Tu te rends face à nous ? Murmura l’entité.

-Cours toujours, monstre. »

Je fermai les yeux et abandonnai le contrôle de mon corps à la créature qui s’y répandit à grande vitesse. Je l’entendais triompher dans mon esprit qui luttait encore pour garder le contrôle pendant que mes jambes, mes bras et ma têtes bougeaient sans que je ne leurs aie donné d’ordre.

« Nous avons pris possession de ton corps, Esper, nous allons maintenant…

-Meurs, familier. »

D’un seul coup, je cédai les dernières parties de mon esprit à la créature qui s’y précipita. Cependant, puisque je n’étais plus aux commandes, les particules d’antimatières me servant encore de bouclier retournèrent immédiatement à l’intérieur de moi et l’infime partie de mon cerveau encore active entendit le monstre hurler à l’intérieur de moi avant de s’en échapper le plus vite possible.

Lorsque je repris le contrôle, tous mes membres étaient déchiquetés par ma propre attaque mais j’étais en vie alors que la chose en face de moi n’était plus qu’un minuscule nuage noir, pas plus grand qu’un rond de fumée de cigarette.

Heureusement pour moi, les dégâts de l’antimatière n’avaient touché aucun point vital et je me régénérai rapidement grâce à cette même antimatière coulant dans mes veines.

Mais le familier se régénérait rapidement aussi et le temps jouait contre moi. Il fallait que j’en finisse en une seule attaque.


https://www.youtube.com/watch?v=IngdqLS16DQ


Prenant mon épée à deux mains, je concentrai mon énergie dans sa lame. Celle-ci fut entourée d’un halo de lumière noire tandis que mes yeux virèrent au doré.

« Désolée, Kazumi…Mais seul un monstre…Peut vaincre un monstre… »

L’air se mit à tourbillonner autour de moi et la brume sombre fit de son mieux pour rester en un seul morceau, utilisant les parties invisibles de son corps pour se cramponner aux murs.

« Ce…Cette lumière…Cette épée…Ca ne peut pas être ! Rugit l’entité, terrifiée. »

« Anti-Matter Sword…Dark…Excalibur ! »

Un immense rayon de lumière noire s’échappa de la lame de mon épée et fusa droit sur le nuage sombre, traversant les murs et le plafond du musée comme du papier et se perdant au loin dans les cieux. Le familier fut happé dans la lumière et hurla de douleur alors que, lentement, toutes les particules qui composaient son corps de fumée disparaissaient dans la vague d’énergie noire.

Lentement, mon attaque se dissipa et je me retrouvais seule au milieu d’un immense cratère encore fumant. Il ne restait plus rien de la pièce créée par le familier…et plus grand-chose non plus du musée en lui-même…


https://www.youtube.com/watch?v=bbss_iQEX9I


Et pourtant, au milieu de ses ruines, flottant devant moi tel un fantôme, se tenait la silhouette translucide d’un petit garçon brun, aux cheveux coupés courts et aux grands yeux verts, portant les mêmes habits que Robert et tenant la poupée dans ses bras en me souriant.

« Merci, mademoiselle Yuki, de m’avoir délivré de ce long cauchemar ; déclara joyeusement l’enfant.

-Mais, de rien, je ne faisais que remplir ma mission ; répondis-je, gênée.

-Je pensais rester prisonnier pour l’éternité mais vous l’avez fait. Merci pour tout ! Vous êtes une véritable héroïne ! »

Dans une nuée de poussière scintillante, la silhouette du garçon se dissipa lentement et je m’écroulai sur le sol en riant légèrement.

C’était la première fois que quelqu’un me remerciait d’avoir détruit un familier…et ce n’était vraiment pas désagréable.

A ce moment-là, je me rappelai de ces héros qui m’avaient inspirée quand j’étais plus jeune. J’étais comme Robert, prisonnière de la peur de mes pouvoirs mais ces membres d’ESP faisant régner la justice m’avaient sortie de là…Alors j’avais voulu être comme eux et aider les autres.

Kazumi avait raison, j’étais devenue un monstre sans m’en rendre compte…Mais pas à cause de mes pouvoirs, mais à cause de ma haine…


Quelques jours plus tard, alors que j’étais de retour au Japon et que j’avais invité Riki pour l’aider à se détendre après ses nouveaux examens, la télévision passa en revue l’arrestation mystérieuse d’une mafia Italienne sévissant aux Etats Unis depuis des années, ainsi que le mystérieux « bombardement » du musée de Key West et la disparition de Robert.

« Alors, Yuki, quel était le fin mot de l’histoire avec cette poupée Hantée ? Un démon ? Un fantôme ?

-Il n’y avait pas de de démon ni de fantôme. Ce n’était qu’un familier ayant été créé pour emprisonner un gamin dans un cauchemar.

-Hein ? Quoi ? J’ai raté quelque chose je crois…Grimaça Riki.

-Le serviteur ayant créé cette poupée lui avait conféré les pouvoirs de faire faire des cauchemars, ainsi que de prendre possession des objets qui l’entouraient. C’est pourquoi l’esprit de Robert Eugène Otto a été copié par le familier. Visiblement, ce serviteur n’y connaissait rien en conception de familiers et a mélangé deux pouvoirs incompatibles. C’est comme ça que « Robert » a survécu aussi longtemps. Il n’était plus un simple familier, il était un enfant enfermé dans un cauchemar éternel. Tant que le véritable Robert était en vie, cela ne devait pas poser de problème mais à sa mort, le familier a dû perdre le peu de raison qu’il possédait…

-Ca fait froid dans le dos quand même ; frissonna mon ami. Mais ça n’explique pas pourquoi il a attaqué tous ces gens…

-J’imagine que, piégé dans son cauchemar, nous étions des sortes de monstres pour lui et qu’il essayait simplement de s’en sortir en détruisant ce qu’il prenait pour des abominations.

-C’est quand même assez triste pour ce pauvre petit en y repensant…Murmura le futur historien en regardant son verre.

-Oui, mais c’est bien pour le sauver qu’il y a des héros non ? »


Peu importe ce si j’étais vue comme un monstre. Peu importe si mes pouvoirs effrayaient. Peu importe si Kazumi me détestait pour cela. Mais j’allais continuer à chasser les familiers, autant pour retrouver le meurtrier de mes parents que pour redonner le sourire à des gens terrifiés.

Tel était le devoir d’une héroïne de la just…Non, tel était mon devoir en tant qu’Esper.


C’est ainsi que, deux ans durant, j’enchainais les missions de destructions de familiers dangereux comme Robert : Kamaitachi, Cupacabra, et bien d’autre périrent sous la lame de mon épée. Parfois, les habitants des régions étaient effrayés qu’un monstre ait réussi à détruire un monstre les terrifiant déjà, mais la plupart du temps, tous étaient soulagés d’être débarrassés de ces fléaux.

J’avais également quitté les forces spéciales de Savior. Celles-ci ne correspondaient pas à l’idée que je me faisais d’elles et aucun des héros que j’admirais n’en faisait partie. Ce n’était qu’un ramassis de soldats inexpérimentés et tout juste bons à utiliser leurs pouvoirs. La fondation prétendait que nous allions répandre le bien en suivant leurs instructions mais la seule chose que j’avais répandue était l sang. Je ne voulais pas qu’on m’associe davantage à eux.

Plus généralement, je m’étais beaucoup éloignée de la fondation au fil du temps. Je ne croyais plus en leur politique de protection de l’humanité et d’évolution de l’homme grâce à nos pouvoirs et mon seul lien qu’il me restait avec eux était Riki à qui je rendais visite de temps en temps.

C’est pourquoi, je traçais ma propre voie, dénichant moi-même les informations et me rendant sur les lieux par mes propres moyens tout en continuant à percevoir de l’argent via les quelques missions payées que j’effectuais pour le compte de particuliers ou même de certains gouvernements.

Quant à Kazumi, après lui avoir confirmé que je n’allais pas cesser d’utiliser mes pouvoirs si cela me permettait de sauver des vies, elle avait refusé de me voir davantage et restait enfermée dans sa chambre d’hôpital, délirant un peu plus chaque jour selon les médecins…Mais je ne pouvais rien faire d’autre que d’œuvrer auprès des vétérans pour obtenir leur accord afin de faire sortir mon amie de cette situation…

Cependant, plus le temps passait et plus j’avais l’impression que ce familier que je recherchais avec tant d’ardeur avait tout simplement péri durant la guerre, comme bien d’autres…

Mais, un jour, peu de temps avant la rentrée scolaire, alors que je passais en revue tous les nouveaux dossiers de chasse, l’un d’entre eux attira particulièrement mon attention.

Il s’agissait d’une mission assez banale de la banale destruction du familier nommé Lindorm mais la localisation réveilla en moi des souvenirs enfouis depuis longtemps : Viridian, la ville où mes parents s’étaient rencontrés et où nous avions passé énormément de temps ensemble lorsque je n’étais qu’une enfant…Une ville si paisible que je me devais de préserver cette paix si elle était menacée…





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
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[Fic]Le Dernier Esper posté le [19/04/2018] à 01:04

Fuyuku Yuki : La renaissance de Yuki



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=5KMzDVf2Bx4


J’avais aimé Viridian et même maintenant, cette ville gardait une place particulière dans mon cœur. Elle était pleine de souvenirs que je ne voulais pas oublier, de moments agréables passés avec mes parents. Arriver en voiture au début des vacances d’été, jouer avec les enfants de l’orphelinat désormais fermé et profiter de l’air pur de la montagne et de la mer du Japon, c’était les vacances parfaites pour une enfant.

Si on m’en avait donné l’occasion, je ne serais jamais revenue à Tokyo et j’aurais fini ma vie ici, dans cette bourgade perdue entre mer et montagne, loin de toute l’agitation de la ville et des complots de Savior et ESP…

Je n’avais jamais parlé de cet endroit ni à Riki, ni à Kazumi. C’était mon trésor, mon jardin secret, là où personne ne pouvait venir me déranger et où je me sentais réellement libérée de toutes mes obligations.

Cependant, nous avions arrêté de venir ici peu de temps lorsque mes pouvoirs s’étaient manifestés et après la fermeture de l’orphelinat. J’avais toujours trouvé cet événement étrange. La police disait que la dame qui s’en occupait était tombée malade et que personne n’avait voulu le reprendre mais, pour une fois, je pensais réellement que Savior ou ESP étaient derrière toute cette histoire. Malheureusement, je n’avais jamais eu le temps de poursuivre mes recherches puisque nous ne venions plus…

Voir le nom de cette ville dans les dossiers de la fondation avait réveillé quelque chose en moi. Je ne voulais plus vivre à Tokyo où ESP et Savior se faisaient la guerre. Je ne voulais plus vivre dans cet appartement où j’avais appris la mort de mes parents. Je ne voulais plus passer chaque jour devant une chambre d’hôpital qui ne m’ouvrirait plus ses portes. Je ne voulais plus courir à travers le monde.

Je voulais vivre comme une lycéenne, rire avec mes camarades de classe, me disputer avec eux, intégrer un club, suivre des cours ennuyeux, et angoisser à l’approche d’examens, et ce, je voulais le vivre dans cette ville où mes parents avaient vécu heureux avant moi, loin de tout et des problèmes.

C’est pourquoi, j’avais finalement fais le pas et déchiré ma carte de membre d’ESP puis je m’étais inscrite en tant que Fuyuku Yuki dans le lycée de la ville, laissant derrière moi complots, risques, et aventure l’espace de quelques semaines, voire de quelques mois.

J’étais un peu comme ces héros abandonnant temporairement leur masque pour vivre la vie de monsieur tout le monde somme toute…si je pouvais réellement me considérer comme une héroïne…


https://www.youtube.com/watch?v=bbss_iQEX9I


Je marchai lentement dans les rues de la ville, perdue dans mes pensées, me remémorant chaque bâtiment, chaque commerce, chaque nom de rue que j’avais pu connaitre par le passé.

Peu de choses avaient changé, un peu comme si Viridian avait été piégée dans le temps au cours de ces dix dernières années.

Finalement, j’arrivais devant une petite maison un peu à l’écart du quartier résidentiel et je m’arrêtai. La bâtisse, s’inscrivant parfaitement dans le style traditionnel de la ville, était restée intacte elle aussi. Seules quelques mauvaises herbes avaient poussé sur le chemin autrefois si bien entretenu et les vitres étaient recouvertes d’une épaisse couche de poussière. A part cela, tout était exactement comme le jour où nous l’avions laissée.

Je passai rapidement dans le minuscule jardin entourant notre maison et, avec difficulté, je fis coulisser la porte d’entrée. Celle-ci s’ouvrit en grinçant et la poussière qu’elle souleva me fit tousser longuement.

Mais, une fois la surprise passée, je redécouvris, non sans nostalgie, l’intérieur de cet endroit dans lequel j’avais passé de si bon moments par le passé.

« Je suis rentrée, papa, maman ; déclarai-je dans le vide. »

Seul le bruissement du vent dans les arbres du jardin me répondit tandis que je restai là, figée sur le pas de la porte, comprenant soudainement à quel point j’étais seule désormais.


https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Les jours et les semaines qui suivirent, je m’attelai à remettre tout en état dans ma nouvelle demeure. Faire le ménage, débroussailler le jardin, réparer les fissures dans le bois, acheter de nouveaux appareils ménagers, redécorer l’intérieur, toutes ces choses me prirent tellement de temps que je ne pensai pas une seule seconde aux familiers ni à ma mission.

Je profitai de cette occasion pour aménager à ma façon puisque cette maison m’appartenait dorénavant. Ainsi, je jetai la plupart des meubles ayant mal vieilli et les remplaçai par du neuf tout en conservant précieusement ce qui avait de la valeur aux yeux de mes parents. De plus, à force de voyager, j’avais fini par prendre gout à la mode occidentale et installai des tables hautes, des chaises et plusieurs fauteuils européens.

J’aménageai également un petit autel près de l’entrée, non loin de la fenêtre où mes parents aimaient passer du temps le soir à observer les étoiles en écoutant le bruit des cigales l’été tout en se chamaillant.

Les travaux prirent bien plus de temps que prévu et ainsi, je manquai la rentrée scolaire ainsi que tout le premier mois de cours. Heureusement, en tant qu’élève transférée, je bénéficiais d’un statut spécial me permettant de rentrer, en théorie, n’importe quand dans l’année en fonction de la date de mon supposé déménagement.

Ainsi, la première fois que j’enfilai mon uniforme de lycéenne fut en Mai. Je n’aimais pas particulièrement la couleur, une veste noire au-dessus d’une chemise blanche et d’une jupe rouge, mais je n’allais pas me plaindre pour si peu.


https://www.youtube.com/watch?v=83nhbdl00V8


Lorsque je rencontrai mon professeur principal pour la première fois, mon cœur accéléra dans ma poitrine. Je me réalisai que cela faisait maintenant plus de cinq ans que je n’avais pas mis les pieds à l’école et que la dernière fois…je me faisais passer pour une cinglée obsédée par les OVNIS…Peut-être allais-je adopter une autre attitude cette fois-ci pour éviter de reproduire le même incident qu’avec Kazumi…

Le professeur, après une longue série de papiers administratifs à remplir, m’invita à le suivre. Plus je me rapprochais de ma salle de classe et plus mon cœur battait fort. Ces dernières années, je n’avais côtoyé que des Espers, des monstres et des fous…Allais-je réellement être capable de m’intégrer au milieu d’une foule de gens normaux ? Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.

Lorsque nous rentrâmes dans la salle de classe, des murmures s’élevèrent en me voyant mais je tentai tant bien que mal de cacher ma gêne devant cette trentaine de personne me regardant fixement.

Soudain, alors que je me présentai à la classe, mes instincts de chasseuse s’éveillèrent d’un seul coup. Je parcourus la salle du regard et m’arrêtai sur un garçon au fond de la classe puis fronçai les sourcils.


https://www.youtube.com/watch?v=-6GtvPzCZv0


Mes sens ne pouvaient pas se tromper. Il dégageait la même aura que ces monstres que j’avais affrontés au cours de mes explorations. Pourtant, son apparence était totalement humaine : un visage plutôt quelconque, des cheveux coupés plutôt court et tombant en une frange irrégulière sur son œil gauche ainsi qu’une carrure assez peu imposante…

Cependant, je n’avais aucun doute : ce garçon se faisant passer pour un élève était un familier…et donc un potentiel danger au milieu de tous ces innocents.

Voyant que je le fixai, il tressaillit et détourna le regard mais il était trop tard. Toute la journée durant, au lieu d’aller sociabiliser avec mes nouveaux camarades de classe, je suivis de près ce familier pour tenter de déceler les intentions de son invocateur mais aucun de ses gestes ne le trahit.

C’était étrange. Aucun rapport d’ESP ne mentionnait qu’un familier humain existait encore. Le dernier à ma connaissance, ainsi que le plus puissant d’entre eux, avait été tué lors de la guerre contre Savior…Etait-ce parce que ce familier était vraiment faible qu’il n’était même pas répertorié ou bien était-il une nouvelle créature ?

Dans tous les cas, je ne pouvais pas le prendre à la légère…Pas en considérant la puissance du dernier familier humain qui avait à lui seul, exterminé un bataillon entier d’Espers…Et de familiers…

En fin de journée, je crus que ce monstre allait m’échapper après la fin des cours puisque je ne pouvais pas agir au grand jour mais, heureusement pour moi, ce dernier fit tomber ses affaire entre les marches des escaliers et entra dans une pièce isolée, loin de tout regard et de tout témoin.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Je ne pus m’empêcher de sourire en arrivant devant la pièce qui allait être le tombeau de ce familier. Peu importe les intentions de son maitre, il ne devait pas être très malin pour agir aussi imprudemment.

Au bout de dix minutes à l’observer chercher ses affaire, le familier se retourna enfin et sursauta en me voyant, comprenant certainement que sa dernière heure était venue.

Toutefois, alors que je pensais qu’il allait m’attaquer pour se défendre, comme le monstre sauvage qu’il était, celui-ci engagea la conversation, tremblant.

« Salut ! Lança-t-il d’un ton se voulant amical et naturel mais trahissant sa peur. Tu es Fuyuku Yuki n’est-ce pas ? Que fais-tu dans un endroit aussi insolite que celui-ci ? Tu t’es perdue ? »

Je fronçai les sourcils, de plus en plus perplexe. J’étais vraiment tombée sur un cas particulier apparemment…Mais cela n’allait pas m’empêcher de me débarrasser de lui, peu importait son apparence d’étudiant.

« Tu…Tu n’es pas humain, n’est-ce pas ? Rétorquai-je froidement. »

Le monstre humanoïde tressaillit en entendant. J’avais visé juste. Néanmoins, alors que tous les autres invocateurs ou familiers que j’avais démasqués m’avaient attaquée, celui-là restait immobile, cherchant regard un moyen de s’enfuir et cela m’interpella. Quelque chose n’allait vraiment pas avec lui…

« Pas…pas humain ? Qu…Qu’est-ce que tu racontes ? Bafouilla-t-il en tremblant comme une feuille. »


https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM


Je ne savais pas à quoi il jouait mais je commençai à en avoir assez des formalités. Je sortis sur le champ mon médaillon afin de canaliser mes pouvoirs. Le vent se mit à souffler, les feuilles volantes tourbillonnèrent autour de moi tandis que mon corps absorbait lentement l’énergie de ce lieu pour créer mon antimatière.

Le monstre

« A nous deux, Familier ; murmurai-je.».

Je m’élançai aussitôt sur le familier, visant son visage avec mes poings. Mon champ d’action était vraiment limité à cause de tous ces cartons trainant au sol et les meubles m’empêchaient d’utiliser mon épée sans laisser de traces suspectes. J’étais obligée d’y aller au corps à corps.

Le monstre réussit à esquiver mon coup malgré mes capacités physiques décuplées, ce qui eut le don de m’énerver et je sortis un petit canif de ma poche que je réservais pour les missions de ce genre.

Mon ennemi se saisit d’un pauvre couvercle de poubelle en guise de bouclier et je le tranchai aisément avant de repasser à l’attaque.

Mais je n’avais pas prévu que ce soit-disant élève aux allures de gringalet fût capable de se saisir d’un fauteuil et de me l’envoyer.

Je ne pus esquiver le projectile qui m’écraser pendant que le familier en profita pour prendre la fuite.

C’en était trop. J’étais maintenant réellement hors de moi ! Si tout ce que ce monstre était capable, c’était de me lancer des gros objets, alors j’allais en finir en un seul coup !

Dans un cri de rage, et oubliant où je me trouvai, je matérialisai mon épée et tranchai le meuble qui m’écrasai puis, puisant dans l’énergie de mon médaillon, je sortis de ce sous-sol crasseux en un seul bond, brisant au passage le plafond pour ré atterrir lourdement sur le sol de la cour.

Heureusement, il n’y avait plus personne pour me voir, à l’exception de ce familier qui courait en tapotant frénétiquement sur son téléphone.

Je fis un autre bond et, pendant que j’étais en vol, tirai un rayon d’antimatière directement sur l’écran du monstre qui vola en éclat avant de me poser légèrement sur un muret, juste derrière le familier, terrifié.

C’était terminé…Du moins, je le croyais.

Le garçon, un instant plus tôt tremblant de peur comme une brindille, semblait avoir repris ses esprits et me faisait désormais face, le visage serein, fronçant les sourcils…et entouré d’une puissante aura bleutée.


https://www.youtube.com/watch?v=lX-iQi5qudU


Je reculai d’un pas, surprise par ce changement radical. Je pouvais le sentir…Le pouvoir de ce familier était bien supérieur à celui de toutes les créatures que j’avais pu affronter jusque-là…

Pour la première fois depuis que j’avais commencé ma chasse, j’avais l’impression que mon adversaire était réellement dangereux…

Le garçon prit une pose typique des sports de combats et je repris mes esprits, bien décidée à ne pas me laisser impressionner.

J’abattis ma lame sur le familier mais, avant même que je n’aie pu l’atteindre, celui-ci avait sauté en arrière pour esquiver aisément cette attaque qui avait toujours touché sa cible par le passé…

Je fronçai les sourcils, déconcertée par sa vélocité. Si ce familier avait pu esquiver ce coup, alors il devait au moins être de rang A, voire bien plus haut…Comment cela se faisait-il qu’il ne fût dans aucun rapport connu à ce jour ?…

Alors que j’étais perdue dans mes pensées, le familier repassa à l’attaque et voulu me frapper dans le dos. A la dernière seconde, je me retournai et réussi à parer son poing de ma lame et il fut obligé de reculer vivement.

A ce moment-là, je me mis vraiment à prendre au sérieux ce combat et à craindre pour ma vie. Ce n’était pas normal. Tout être normalement constitué aurait dû, au moins, perdre sa peau au contact de mon antimatière…Mais lui, rien, pas même une égratignure…

« Qu’est-ce que tu me veux à la fin ? S’exclama-t-il en reprenant son souffle. »

Furieuse qu’un monstre tienne tête à mes pouvoirs, je me jetai sur lui, optant sur les capacités physique de ma lame plus que sur mes pouvoirs afin de le découper en rondelles.

Mais j’avais beau attaquer, aucun de mes coups ne fut à bout portant. Et plus j’échouai et plus ma rage prenait le dessus sur ma réflexion, jusqu’à me faire attaquer au hasard, cherchant simplement à le toucher par n’importe quel moyen.

Tout à coup, le familier fit un bond pour esquiver mon arme et tenta d’atterrir dessus comme dans les films. Néanmoins, cette action me surprit et je n’eus pas la force de maintenir ma prise.

Le garçon perdit l’équilibre et s’écrasa sur le sol, la respiration coupée.

Je profitai de cette occasion pour l’immobiliser avec mon pied et pointai le bout de mon épée sur sa gorge.

Je n’avais aucune idée de qui était ce familier mais je m’en fichais à présent. Il était bien trop puissant pour être laissé en liberté.

« C’est terminé Familier. »

Alors que j’allais le terminer, le garçon se saisit de ma lame entre ses deux mains et arrêta mon attaque sous mes yeux d’incompréhension.

C…Ce n’était pas possible…Personne ne pouvait rester en contact avec de l’antimatière aussi longtemps sans se désintégrer…

« Non, ce n’est pas terminé ; déclara le familier en me repoussant. »

Je bandai tous les muscles de mon corps afin de le faire céder mais il n’y avait rien à faire, ma lame était bel et bien coincée…

Soudain, alors que je ne m’y attendais pas, le familier desserra légèrement sa prise et le métal glissa le long de ses bras sans réussir à atteindre sa gorge. Celui-ci attrapa mon poignet au dernier moment et m’arrêta net dans mes mouvements.

Non…Ce n’était vraiment pas possible…En plus de mes pouvoirs, je possédais le sort de protection du médaillon de ma mère…Et ce monstre ne semblait même pas ressentir la douleur…

J’avais…Peur…Pour la première fois, j’avais réellement peur dans un combat et je sentais que ma vie pouvait m’échapper à tout moment alors que je n’avais même pas vengé mes parents…

« Co…Comment ? Bafouillai-je, interdite.

-Tu l’as dit toi-même, je ne suis pas humain ; répliqua-t-il d’une voix ironique.

-Non…Tu n’es pas humain…mais tu n’es pas non plus un familier ; continuai-je, tremblante.

-Aux dernières nouvelles, j’en suis un…

-Non, tu n’en es pas un, aucun familier ne devrait pouvoir me toucher avec mon sort de protection ! Qu’es-tu réellement ?

-Si seulement…j’avais la réponse moi-même…Murmura-t-il.

Tout à coup, je sentis mes forces s’envoler. C’était comme si mon énergie était drainée par quelque chose. Mes pouvoirs disparurent, mon cœur ralentit et je sombrai dans l’inconscience avant même de comprendre ce qui m’arrivait…


https://www.youtube.com/watch?v=Pv4_DTAn03U


Lorsque je repris mes esprits, je n’étais plus dans la cour de l’école mais dans un lit assez dur. Tout mon corps me faisait mal, je ne sentais même plus mes jambes et c’était à peine si je pouvais lever mon bras tant j’étais épuisée.

Que s’était-il passé ? Je me souvenais d’avoir affronté ce familier…et puis plus rien, le trou noir…

« Où…où suis-je ? Murmurai-je, sans m’attendre à une réponse.

-A l’infirmerie ; Déclara soudain une voix près de la fenêtre. Tu t’en évanouie après m’avoir attaqué, je t’ai donc amenée ici. »

Lorsque je tournai la tête, mon cœur rata un battement. J’en oubliai aussitôt mon état lamentable et voulus bondir hors de mon lit pour combattre le monstre qui se tenait à quelques pas de moi, mais tout ce que je réussis à faire fut de m’écrouler au sol, incapable de faire un pas.

« Doucement ; continua-t-il sans animosité, tu viens à peine de te remettre, c’est un peu trop tôt pour essayer de me tuer tu ne penses pas ?

-Attends un peu…que je sois rétablie…et tu regretteras d’avoir eu ce ton avec moi…Grimaçai-je, toujours furieuse d’avoir été vaincue. »

Je tentai de frapper le familier mais celui-ci m’esquiva facilement.

« C’est comme ça que tu me remercies ? J’aurais pu te laisser au milieu de la cour, tu aurais eu l’air maligne ; rétorqua-t-il en fronçant les sourcils.

-Je n’ai pas besoin de ton aide, familier, je peux me débrouiller seule ! Crachai-je, refusant de m’abaisser à cela. »

Je rejetai la main tendu par le garçon et voulus me remettre debout pour partir et oublier cette histoire mais c’était inutile, je n’avais vraiment plus aucune force…Mais je ne comprenais pas…Pourquoi ce familier ne m’avait-il pas tué ? Pourquoi ne s’était-il pas enfui en me laissant pour morte au milieu de la cour ? Pourquoi avait-il des réactions si…Humaines ?…

« Franchement, dans quelle situation je me suis mise encore moi ? Soupirai-je en regardant fixement le carrelage de l’infirmerie.

-Tu as besoin d’aide peut-être ?

-Ne t’approche pas de moi, monstre…je peux…je peux me débrouiller seule…

-Tu es têtue, soupira le familier, dans ton état, tu n’iras pas plus loin que la porte de l’infirmerie. Pourquoi refuses-tu mon aide ?

-Tu n’es pas humain, comment pourrais-je te faire confiance ? Rétorquai-je violemment.

-Je ne vois pas quelle différence tu fais entre l’infirmière et moi, excepté mes compétences en médecine peut-être. Je suis peut-être un familier, et alors ? Cela fait-il forcément de moi quelqu’un de mauvais ? »

Je me mordis la lèvre. Je ne devais pas me laisser embobiner par les paroles de ce monstre. Il en avait peut-être l’apparence à l’extérieur…mais il n’était pas humain…Il était un familier, il faisait partie de ceux qui avaient tué mes parents, je ne pouvais pas lui faire confiance…

Alors pourquoi agissait-il avec plus d’humanité que je ne l’avais jamais fait ? Qu’est-ce qui ne tournait pas rond avec moi ?…

Je détournai le regard, refusant de voir ce monstre comme un être humain. Ce n’était forcément qu’une apparence, une coquille vide, une illusion créée par les ordres de son maitre afin qu’il se fonde dans la masse, il n’y avait pas d’autre explication possible.

Cependant, même en essayant de me persuader de cela, je me sentis obligée de lui répondre, comme à une véritable personne se posant la question.

« Un familier n’est pas mauvais en lui-même, mais on ne peut pas lui faire confiance, il n’a aucune volonté propre une fois que son maitre lui a donné un ordre, un peu comme un chien à qui on ordonnerait d’attaquer un intrus, c’est ainsi, on ne peut rien y faire…

-Pas de chance pour toi, mais je n’ai pas de maitre ! Je suis Hikaru Hinata, premier familier libre ; Rétorqua-t-il fièrement en bombant le torse. »

Je faillis m’étrangler en entendant cela.

« Qu’est-ce que tu me chantes là ? C’est impossible, un familier a besoin soit d’une source d’énergie, soit d’un maître pour maintenir sa présence dans ce monde, et dans les deux cas, il n’agit pas de lui-même !

-Je crois bien que je suis l’exception qui confirme la règle ; rit-il légèrement. »

J’étais tellement interloquée par sa déclaration que je ne trouvai rien d’autre à faire que de le fixer bêtement. Et c’est alors que l’article que j’avais trouvé lors de cette fameuse infiltration avec Kazumi me revint en mémoire et je ne pus m’empêcher de sourire bêtement.

« Un familier libre tu dis ? Cela semble tellement fou ; dis-je d’une voix presque inaudible.

-Je suis pourtant devant toi, cela ne suffit-il pas à te convaincre ?

-Et qui me dit que ce n’est pas ton maître qui te demande de dire ça pour m’embobiner pour mieux m’attaquer quand j’aurais le dos tourné ? Ripostai-je, toujours sceptique.

-En effet, cela pourrait être vrai, et je ne peux pas te prouver le contraire. Mais je peux te jurer que ce que je viens de te dire est la stricte vérité. S’il te plait, crois-moi ! »

Le familier s’inclina alors devant moi, l’air réellement sincère et je me sentis gênée par autant de formalités…

« Tu…tu n’as pas besoin d’être aussi solennel, je te crois ; bégayai-je, déconcertée.

-Vraiment ? Me demanda-t-il avec espoir.

-Non, mais j’aimerais y croire…Terminai-je, nostalgique. »

Savior…Pouvaient-ils avoir finalement réussi leurs expériences ? Avaient-ils dépassé cette barrière emprisonnant les familiers afin d’en faire des créatures vivantes à part entière ? Se pouvait-il qu’ils aient enfin décidé d’œuvrer pour la paix ?

Je passai mon regard par la fenêtre, perdue dans mes pensées, toute ma colère ayant soudainement disparue pour laisser place à un infime espoir. Si ce familier disait vrai, cela signifiait que peut-être, pour la première fois de ma vie, je pouvais considérer une de ces créatures autrement que comme une machine à tuer et une simple arme pour son invocateur…

« J’aimerais y croire, c’est pourquoi, je vais te faire confiance, familier. Montre -moi que ce monde n’est pas fait de noir et de blanc, donne-moi l’espoir que tous les familiers ne sont pas du mauvais côté.

-Cela veut-il dire que tu ne vas pas essayer de me tuer à nouveau ? Me demanda-t-il avec soulagement. »

Je ne pus m’empêcher de rire légèrement en entendant cela. Décidemment, ses réactions étaient, en plus d’être humaines, bien naïves et innocentes, exactement comme celles de n’importe quel lycéen.

« Pour l’instant, je vais garder un œil sur toi, au cas où tu me raconterais des histoires. Mais tant que tu ne représentes pas une menace potentielle, je ne brandirai plus mon épée contre toi.

-Je suis heureux de l’entendre ! Et maintenant, acceptes-tu enfin mon aide, à moins que tu ne comptes passer la nuit sur le sol de l’infirmerie. »


https://www.youtube.com/watch?v=ajiyhH68Hm0


Me rendant compte que j’étais toujours allongée sur le sol, je ne pus m’empêcher de rougir de honte et le familier me tendit une main chaleureuse pour m’aider à me relever, main que je pris sans arrière-pensée.

Pendant qu’il m’aidait à traverser la cour, j’en profitai pour l’examiner de plus près. A part ses yeux rouges, tout était humain chez lui : son corps, ses réactions, ses émotions, il était exactement le lycéen typique…mais c’était un familier.

Ses paroles et ses actes étaient plus humaines et remplies de plus d’humanité que celles de nombreux Espers et invocateurs…mais c’était un familier.

Il montrait plus de gentillesse et de compassion pour une totale inconnue ayant essayé de le tuer que je n’en avais jamais montré pour Kazumi ou Riki…Mais il était un familier.

Il était certainement bien plus humain que moi sur tous les plans…Mais il restait un familier…


Lorsque nous arrivâmes à la grille, mes forces semblaient être finalement revenues. Je le lâchai et fis quelque pas avant de me retourner vers lui, souriant bêtement à l’idée d’avoir été aidée par l’un de ceux que j’avais toujours pourchassés sans relâche.

« -Je crois que ça ira à partir de maintenant, merci…euh…

-Hinata, Hikaru Hinata.

-Oui, c’est ça, merci Hikaru… Même si en fait, je ne sais pas si je devrais vraiment te remercier puisque c’est toi qui m’a mise dans cet état là…Murmurai-je en gonflant les joues, me rendant compte que c’était vraiment de sa faute.

-Ah, mais je n’ai pas demandé à ce que tu m’attaques aussi ! Rétorqua-t-il en montrant les grosses entailles dans son uniforme.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Je ne pouvais pas le nier…ce familier était humain, peu importe de quelle façon je le regardais.

Je le saluai rapidement et commençai à m’éloigner lentement, riant encore intérieurement de l’ironie du destin.

« Attends un peu toi, et mon portable alors ! Je l’ai payé une fortune ! Me cria-t-il soudain au loin. »

Je m’arrêtai et, l’espace d’un instant, la petite collégienne innocente et moqueuse que j’étais par le passé reprit le dessus.

« Ah oui, je suis désolée pour ça, j’espère que tu ne m’en veux pas ! »

Puis je repris le chemin de la maison, me sentant légère, comme libérée d’un poids qui me pesait sur le cœur depuis cinq ans.


https://www.youtube.com/watch?v=Tqf6CTvQMI8


Les jours qui suivirent, je ne lâchai pas ce soit disant familier libre d’une semelle, d’abord pour m’assurer qu’il n’était réellement pas une menace, puis j’en vins rapidement à oublier ce détail, finissant par le considérer comme un simple camarade de classe. J’aimais néanmoins le taquiner ou l’énerver, ne cessant de m’amuser de voir à quel point ses réactions étaient bien plus humaines que celles de n’importe qui.

Même si le courant ne passait pas toujours très bien entre nous…voire même pas du tout, et que j’avais l’impression qu’il faisait tout pour m’énerver parfois, j’aimais bien passer du temps avec lui et ses deux autres amis, Sora Daichi, un bon boulet bien collant, ainsi que Hoshino Miki, une fille encore plus insupportable que moi quand elle s’y mettait.

Je n’oubliais toutefois pas ma mission et le Lindorm rôdant dans les environs, c’est pourquoi, je décidai de monter un club de résolution de mystères comme couverture avec Hinata. Celui-ci insista pour que son boulet l’intègre également, ce qui ne me plaisait pas plus que cela, me souvenant de l’erreur que j’avais commise avec Kazumi mais je me disais que je n’étais plus une débutante désormais et je finis par accepter.

Quant à Miki sur qui j’avais des soupçons, elle révéla rapidement sa nature d’invocatrice et pourtant, une fois de plus, je fus incapable de ressentir de la haine ou de la colère contre la jeune fille. J’acceptai son ancienne appartenance à Savior, et même sa parenté avec l’homme qui avait participé au vol de la raison de Kazumi comme un fait…Et puis, elle était dans la même situation que moi en quelque sorte.

La folie meurtrière dont j’avais fait preuve en chassant frénétiquement les familiers ne semblait être désormais plus qu’un lointain souvenir…

Les jours passèrent sans se ressembler, puis les semaines et même après avoir retrouvé le Lindorm, je continuai à vivre ma vie de lycéenne en compagnie d’Hinata, le familier, Miki l’invocatrice et Daichi, le garçon normal.

Notre groupe comportait tous les éléments qui, autrefois m’avaient fait tant de mal mais qui désormais faisaient partie de mon quotidien.

Finalement, Hinata était devenu en quelque sorte mon nouveau partenaire d’exploration, celui qui m’accompagnait dans mes aventures stupides et dangereuses, ce que ni Kazumi, ni Riki n’avaient supportés par le passé.

C’est pourquoi, je décidai de ne pas rentrer à Tokyo même après la fin de ma mission. Ici, je pouvais enfin vivre la vie que j’avais toujours rêvé de vivre : présidente d’un club, lycéenne, loin des complots, vue comme une humaine y compris par ceux qui connaissaient mes pouvoirs…Enfin, en partie du moins. Même si je m’étais confié au monstre quant à mon passé, je redoutais toujours d’être crainte par lui, Miki ou même Daichi. C’est pourquoi, je n’insistai jamais et essayai de m’en servir le moins possible.

Cependant, de nombreuses questions me taraudaient au sujet d’Hinata, questions auxquelles lui-même n’avait pas de réponse : comment faisait-il pour résister à l’antimatière ? Quel était son rôle dans le projet de familier libre du professeur ? Quelle était son affiliation avec Savior ? Comment était-il devenu familier ?

Lorsque Sasaki Ryuga réapparut, je pensais pouvoir enfin comprendre qui il était réellement mais cela ne fit qu’amplifier le mystère qui planait autour de ce « roi » des familiers.

Cependant, lorsque Miki se fit enlever par son père, je repris conscience que tout ce que je faisais était loin d’être un simple jeu de piste et je fus obligée de réactiver mes pouvoirs à leur pleine puissance pour la première fois depuis mon retour à Viridian.


https://www.youtube.com/watch?v=HVPZ-KZNlrQ


« Hinata…Daichi…Eloignez-vous s’il vous plait ; demandai-je aux garçons en gardant mon sang froid. »

Ceux-ci, prudent, s’exécutèrent tandis que je pris mon épée à deux main. Une sinistre aura noire et dorée entoura tout mon corps tandis que la lame de mon épée noircit.

Le monstre à tentacules, ne se souvenant certainement pas que j’avais causé la destruction du bureau principal de Savior, repassa à l’attaque. D’un geste ample, je tranchai son membre qui se désintégra sur le champ.

« Co…Comment ? Hurla le père de Miki, fou de rage. »

Lentement, je levai mon arme au-dessus de ma tête et fermai les yeux. Le monstre repassa plusieurs fois à l’attaque mais, à peine entrait-il en contact avec mon bouclier d’antimatière que ses membres se désagrégeaient sans pouvoir repousser.

C’était étrange…ce sentiment que je ressentais au fond de moi…Cette fois-ci, je n’utilisai pas mes pouvoirs en tant que chasseuse, mais bien en tant que protectrice. Je ne m’en servais pas pour détruire et me venger mais pour préserver quelque chose que je chérissais plus que tout…Je ne recourais pas à eux comme un monstre aveuglé par la rage, mais comme cette justicière que j’avais toujours rêvée d’être.

« Je ne comptais pas me servir de mon pouvoir une nouvelle fois…Mais il n’y a aucun autre moyen…Murmurai-je tandis que le vent tourbillonnai autour de moi.

-C’est une feinte ! Je ne peux pas perdre ce combat ! Hurla Slender Man, redoublant de violence dans ses attaques.

-Anti-Mater Sword…Dark Excalibur !! »

Un rayon de lumière noire fusa s’échappa de mon épée et fusa droit sur le familier qui disparut en une fraction de seconde en hurlant de douleur, ne laissant rien de son passage, pas même des cendres.

Cependant, cela faisait une éternité que je ne m’avais pas libéré toute ma puissance et mon manque d’entrainement se fit aussitôt ressentir.

Vidée de mes forces, le monde se mit à tourner autour de moi, ma vision se brouillai et mes jambes cédèrent sous mon poids. Je lâchai mon arme et tombai à terre, rattrapée de justesse par Daichi.

« F…Fuyuku…Balbutia Hinata. Qu’est-ce que c’était que…

-Mon…Mon joker…On va dire…Articulai-je.

-Mais alors, ton pouvoir…ce n’est pas cette épée…

-Bien vu…Le monstre…Je peux créer…De l’antimatière… »

Je n’ajoutai rien et me laissai happer par le sommeil de l’inconscience.





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le bon temps…

Tutiou
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[Fic]Le Dernier Esper posté le [19/04/2018] à 09:23

Tu devrais essayer des OST de Little Busters! et Air, ils sont excellents.

Les OST des deux premiers disques de Little Busters! sont presque toutes très bien, et Air en a pas mal qui sont magnifiques.

🙂


Le Duelliste original n’est pas celui qui n’imite personne, mais celui que personne ne peut imiter.

heart earth
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[Fic]Le Dernier Esper posté le [19/04/2018] à 14:23

little busters, j'en utilise souvent mais air, a part natsukage et les chansons, je connais pas trop et puis, c'est très axé été et vacances air quand même x)




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heart earth
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[Fic]Le Dernier Esper posté le [21/04/2018] à 23:20

Fuyuku Yuki, Epilogue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=n01q7X16uzs


Un jour, je me suis posé cette question : que signifie réellement « être humain », et j’ai réalisé que j’étais tout, sauf humaine.

J’ai exposé ma meilleure amie au danger, je l’ai faite pleurer, je lui ai tout pris sans jamais rien lui rendre et j’ai même fini par l’abandonner à son sort pour accomplir une vengeance peut être vide de sens.

Et pourtant, je continuai à chasser ceux que j’appelais « monstres » sans même me rendre compte que j’étais désormais l’une des leur…Non, que j’étais bien pire qu’eux. Moi qui possédais les capacités de réfléchir à mes actions, je n’en faisais rien et agissais, non pas comme une héroïne de la justice, mais comme une simple tueuse à gages, ne vivant que pour exterminer ces monstres qui avaient pris la vie de mes parents…

Cette pensée était la dernière émotion humaine qu’il me restait.

Cependant, alors que je pensais avoir atteint le point de non-retour et avoir renoncé à mon humanité, je me rendis compte de ce que j’étais devenue rencontrant mon exact opposé, mon image en négatif.

Si j’étais l’antimatière, alors Hinata était la matière. Je détruisais les liens avec mes amis et lui les construisait. Je faisais partie d’ESP et lui de Savior. J’étais devenue un monstre dans mon cœur tout en conservant mon apparence humaine…et lui était un monstre au cœur d’humain.

Je voulais le comprendre…Apprendre à le connaitre, l’aider à se souvenir de qui il était. Je voulais qu’il devienne ce héros de la justice que j’avais échoué à être. Je voulais qu’il me montre à quel point j’étais dans l’erreur et tue définitivement le monstre qui avait pris racine en moi. Je voulais…redevenir humaine grâce à lui…Mais j’étais bien trop fière pour le lui avouer…


https://www.youtube.com/watch?v=FTWusN3Q1qw


Lorsque j’ouvris les yeux, je me retrouvais dans un lit moelleux et tiède, sous deux couvertures qui me maintenaient au chaud. Mon corps souffrait encore de mon combat contre le père de Miki et en portait toujours les traces…Encore des marques qui allaient être difficiles à faire partir, soupirai-je intérieurement.

Je tournai légèrement la tête vers l’origine d’une douce brise me caressant doucement le visage. Non loin du lit, un faible rayon de lumière passait à travers une fenêtre entrouverte éclairant faiblement le visage endormi d’Hinata, assoupi sur son bureau à quelques mètres de moi.

Il n’y avait pas à dire…J’avais beau le lui répéter en boucle, j’étais désormais incapable de le voir comme un monstre.

Après un rapide coup d’œil, je compris que je me trouvais dans sa chambre, au dortoir.

Je bougeai légèrement pour m’asseoir sans faire de bruit mais le bruissement des couvertures fut suffisant pour réveiller le jeune garçon. Celui-ci entrouvrit timidement un œil et me sourit en me voyant.

« Bonjour Fuyuku. Bien dormi ? Me demanda-t-il d’une voix tendre.

-As-tu vraiment besoin de poser la question ? Raillai-je en montrant les blessures infligées par le Slender Man sur mes bras.

-Question stupide j’imagine, oui ; rit-il légèrement. »

Je détournai le regard, gênée par sa sympathie puis je repensai soudain à ma dernière action avant de sombrer dans l’inconscience et baissai les yeux, craignant la réaction de mon ami.

« Dis…Hinata…Pour ce qu’il s’est passé sur la montagne avec Slender Man…

-L’antimatière…hein ? S’amusa-t-il en se relevant lentement.

-Toi aussi tu vas me dire que c’est un pouvoir de méchant et que je suis dangereuse ? Murmurai-je avec un sourire triste.

-Ca, je ne vais pas dire le contraire ; lança-t-il en haussant les épaules. »

Alors que je soupirai déjà, pensant qu’il me prenait lui aussi pour un monstre, mon ami reprit la parole.

« Mais c’est un beau pouvoir ; termina le monstre d’une voix confiante.

-Un beau pouvoir ? Celui de détruire tout et n’importe quoi ? M’étranglai-je, interdite. Il n’y a rien de beau dans la destruction !

-Tu maitrises une énergie que même les plus grands savants de ce monde ne comprennent pas, qui sait tout ce que tu peux faire avec ! Continua-t-il, émerveillé.

-C’est vrai mais…

-Si les gens te prenaient pour un monstre à cause de cela, alors ils n’en avaient jamais vu un. Demande à Daichi ou Miki, ils seront d’accord avec moi. »

Au même moment, la porte de la chambre s’ouvrit avec fracas et laissa rentrer Miki qui se précipita sur moi pour m’enlacer, tandis que Daichi la suivait, légèrement déconcerté.

« Yuki, tu es vivante ! Ne me refais plus jamais ça tu m’entends ! Sanglota la blonde.

-Et toi alors…quelle idée de te faire enlever par ton père…Murmurai-je en lui rendant son étreinte. »

A côté de moi, Daichi se dandinait d’une jambe sur l’autre, pensant visiblement qu’il n’était pas à sa place ici…alors que c’était sa chambre également…

« Je…Je ne sais pas trop comment dire…Mais Miki m’a tout expliqué…désolé de m’être mêlé de ce qui ne me regardait pas…S’excusa le blondinet en se grattant la joue.

-Tu…Tu n’as pas à t’excuser, nous sommes aussi fautifs pour ne pas t’avoir parlé de tout ça avant ; bégayai-je, ne sachant pas comment réagir non plus.

-Du coup…si vous ne voulez plus de moi dans le club, je comprendrai très bien et je saurai tenir ma langue…Je sais que tu n’avais pas très envie de m’avoir dans vos pattes de toute façon…

-Puisque tu es au courant maintenant, à toi de voir si tu veux continuer à risquer ta vie ; lui répondis-je en haussant les épaules. Je ne voulais juste pas t’exposer au danger comme je l’avais fait par le passé.

-Et dis, Fuyuku ; nous interrompit Miki. Mon père m’avait parlé d’une Esper aux pouvoirs hallucinants il y a quatre ans…C’était toi, n’est-ce pas ?

-O…Oui…Pourquoi ?

-Mais c’est génial ! S’exclama la jeune fille, des étoiles dans les yeux. Tu as remis à sa place ce prétentieux d’Iskandar ! Depuis le temps que j’attendais ça, tu es mon héroïne, vraiment !

-C’est ironique de penser que ce même jour, je me suis faite traiter de monstre…Grimaçai-je, mi amusée, mi contrariée.

-De monstre ? Sérieusement ? Répéta la blonde en écarquillant les yeux. Comment on pourrait te traiter de monstre alors que tu m’as sauvée ? C’est ridicule !

-C…C’est ridicule…Oui…Me forçai-je à rire.

-Ca fait plus super vilain de Comics que monstre si tu veux mon av… »

Daichi n’eut pas le temps de terminer sa phrase car Hinata écrasa violemment son pied et le blondinet se mit à sautiller sur place en jurant.

« Qu’est-ce qu’il y a encore Hinata ? C’était en quel honneur ça ? Gémit-il.

-Je vais te montrer qui est le vrai vilain de Comics, moi si tu n’apprends pas à tenir ta langue ; riposta Hinata, ses yeux lançant des éclairs au pauvre garçon dans l’incompréhension. »

Je ne pus m’empêcher de pouffer devant cette scène ridicule et banale du quotidien et tous les regards se tournèrent vers moi.

« Bon, sinon Fuyuku, tu n’as pas quelque chose à dire en tant que présidente du club ? Reprit le monstre en se raclant la gorge. »

J’hésitai un instant mais je me résolus bien vite en voyant les trois regards de mes amis braqués sur moi et me dévisageant, attendant que je prenne la parole. Ainsi, ne voulant pas paraitre pitoyable et faible devant eux, je me levai du lit et fit quelques pas dans la chambre avant de me retourner vers eux d’un air déterminé.

« Nous avons échoué à prouver l’existence de ce Ropen, c’est pourquoi, demain, je vous attends tous en salle pour une nouvelle réunion stratégique ! Soyez à l’heure !

-Hein ? Quoi ? Mais ce n’était pas du tout ce que tu étais censé dire ! Riposta Hinata en se prenant le visage dans les mains, désespéré.

-Ah, vraiment ? Tu t’attendais à quoi ? Lui demandai-je en penchant légèrement la tête sur le côté.

-J’imagine…qu’il attendait un « mission accomplie » ; Hasarda Miki en riant. »


https://www.youtube.com/watch?v=bbss_iQEX9I


Tout le monde éclata de rire, sauf moi qui me mis à bouder dans mon coin et nous passâmes le reste de la soirée à discuter de Savior et Esp pour apprendre les bases à notre boulet de club.

C’était étrange…ce sentiments que je ressentais à ce moment-là. C’était comme si…je revivais mon passé tel que j’aurais voulu qu’il fût ce jour où tout avait basculé.

J’aurais voulu que mes pouvoirs nous sauvent de ce phénix…et ils nous avaient sauvés de Slender Man. J’aurais voulu que Kazumi m’accepte telle que j’étais…Et Daichi l’avait fait. J’aurais voulu trouver des alliés dans Savior et comprendre leur façon de penser…et Miki et Hinata y parvenaient.

Cependant, mon passé continuait à me hanter et je craignais que ce présent idyllique ne bascule à son tour en un futur cauchemardesque…Daichi n’avait vu qu’un seul familier pour le moment mais rien ne m’assurait qu’il n’allait pas sombrer comme Kazumi au fur et à mesure des expéditions…Il fallait que je réfléchisse à son cas plus tard.

Les heures défilèrent sans que nous nous en rendions compte et rapidement, la nuit tomba. Alors que Daichi raccompagnait Miki chez elle et qu’Hinata allait faire de même, je le retins par la manche avant qu’il ne sorte de la chambre.

« Un problème Fuyuku ? S’étonna-t-il.

-Oui, déjà, arrête de m’appeler comme ça. Appelle-moi Yuki, comme tout le monde, je voulais te le dire depuis un bout de temps déjà. Et deuxièmement, j’ai une question d’ordre philosophique pour toi le monstre.

-Ca ne peut pas attendre ? Dit-il en fronçant les sourcils.

-Réponds sincèrement, Hinata : Pour toi, je suis quoi ? Une humaine aux pouvoirs de monstres, ou un monstre aux apparences humaines ? »

Le garçon me dévisagea un instant, comme si j’étais devenue folle mais je ne reculai pas et je soutins son regard.

« Qu’est-ce tu veux que je te réponde exactement ? Tu es toi et…

-N’esquive pas la question. Dis-moi, quelle est ta définition de l’être humain et si je rentre dedans. »

Mon ami, comprenant qu’il ne s’en tirerait pas si facilement, croisa les bras sur son torse et réfléchit quelques secondes avant de me répondre.

« Je n’ai aucun souvenir de ma vie humaine et je suis un familier, donc ma réponse sera surement faussée…mais d’après ce que j’ai pu voir autour de moi, un être humain est celui qui est capable de se demander s’il en est toujours un.

-Que veux-tu dire ?

-La nature humaine est faite de telle sorte à ce que l’on se pose des questions…C’est ce que m’a dit le professeur lorsque je lui ai demandé qui j’étais réellement…Et on ne trouve malheureusement pas toujours, voire jamais de réponse. C’est pourquoi, je pense que, tant que l’on continue à se questionner, on est humain. Mais ceux qui affirment être dans le vrai sans se remettre en cause ne font pas mieux que les animaux suivant leur instinct…Enfin, c’est ce que je pense… »

Il y eu un moment de silence après sa déclaration pendant lequel ni Hinata ni moi, nous ne trouvâmes comment enchainer. Cependant, j’étais d’accord avec lui. Le monstre en moi était né alors que je poursuivais aveuglément mes idéaux de vengeance…

« Et pour répondre à ta première question : tu es une humaine aux pouvoirs d’Esper ; finit-il par dire avec un sourire. Peu importe ce que tu fais, si tu as peur de perdre ton humanité, alors c’est que tu ne la perdras pas.

-Tu as sans doute raison ; concédai-je finalement en soupirant. Je ne pensais pas qu’un monstre était capable d’autant de réflexion.

-Il faut croire que si, comme quoi, les croyances ne sont jamais absolues ; rétorqua-t-il en haussant les épaules. »

Nous éclatâmes de rire une nouvelle fois puis nous rejoignîmes Miki et Daichi à l’extérieur, profitant de la fraicheur du soir avant de partir chacun de notre côté.


https://www.youtube.com/watch?v=vlgwgEVBRUk


« Et voilà, Papa, Maman. Vous savez tout maintenant. Qu’est-ce que vous diriez si vous étiez encore là ? Est-ce que vous me blâmeriez d’avoir cherché à vous venger alors que vous ne vouliez que la paix ? Ou bien auriez-vous été fiers de moi ? Je suis prête à parier sur la première option moi…

Mais vous savez, je n’ai pas renoncé. Je trouverai votre meurtrier et vous serez vengés. Mais pas parce que je suis aveuglée par la haine…Mais parce que la haine est humaine elle aussi.

Je me demande aussi…Est-ce que vous êtes heureux à présent ? Est-ce que le monde dans lequel vous vivez est en paix comme vous le désiriez ? Est-ce que les pouvoirs servent enfin à autre chose que se battre ? En tout cas, je l’espère du plus profond de mon cœur…J’aimerais dire que je vous rejoindrai bientôt…mais c’est la dernière chose dont vous avez envie. Et puis, comme vous le voyez, j’ai fini par trouver mes racines moi aussi. Tout comme vous, j’ai pu refaire ma vie ici, à Viridian, loin de l’agitation de Savior et ESP. Je comprends à présent quand vous me disiez que vous rêviez de revenir ici…

Si je le pouvais, je passerais le restant de ma vie en sécurité, dans cette bourgade perdue entre mer et montagne… »

Je rouvris les yeux et me relevai lentement pour raviver la petite flamme de la bougie éclairant faiblement l’autel de mes parents puis passait mon regard à travers la fenêtre. Au loin, le soleil se levait et il allait bientôt être l’heure de partir à l’école.

Je souris et rassemblai mes affaires puis je pris le chemin désormais familier pour me rendre au lycée. Comme d’habitude, je me postai à un endroit stratégique près de l’entrée et y attendit Hinata.

Celui-ci arriva avec son boulet cinq minutes avant la sonnerie comme toujours et, pour me venger, je ne manquai pas de l’afficher.

« Alors le monstre, prêt à partir chasser ce Ropen ? Cette fois on l’aura ! M’exclamai-je suffisamment fort pour que tous les regards se braquent sur nous. »

Mon ami grimaça et protesta vigoureusement jusqu’à ce que la cloche sonne puis nous rentrâmes en classe et dès la pause de midi, nous nous retrouvâmes tous les quatre en salle de club pour une réunion inutile mais désormais habituelle pour nous.

Telle était ma nouvelle vie à Viridian, dans mon club de résolution de mystère, avec Hinata, le familier libre, Miki, la fille du président de Savior, Daichi le boulet normal et moi, Yuki, l’ancienne chasseuse d’ESP.

J’ignorai combien de temps j’allais pouvoir profiter de ma vie paisible à Viridian en compagnie de tout le monde mais une chose était sûre : je n’étais plus ce monstre craint par la fondation et Savior. J’étais redevenue Fuyuku Yuki, la fille bizarre du lycée ne parlant que de cryptides. Enfin, je pouvais faire tomber le masque de la justice derrière lequel je me cachais depuis cinq longues années et j’espérais ne jamais avoir à le remettre autrement que pour plaisanter avec tout le monde au sein de notre club.





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[Fic]Le Dernier Esper posté le [30/07/2018] à 23:55

Chapitre 10 : Le poids des souvenirs



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=UQqgMs6g5tY

Les yeux bleus glacés de Yuki me fixaient intensément. La jeune fille refusait de céder. Mais je n’étais pas prêt à renoncer non plus. Je refusais de plier à une demande aussi stupide que la sienne.

C’était une bataille d’endurance que nous nous livrions ce jour-là à la cantine, devant Hoshino et Daichi qui savouraient tranquillement leur déjeuner pendant que la rouquine tenait en otage le mien tout en essayant de me refiler le sien.

Cependant, je tenais à la vie et pour rien au monde, je n’étais prêt à gouter une seule bouchée de l’étrange mixture verte qui me piquait les narines.

La jeune fille, commençant à perdre patience, serra les dents et ses yeux virèrent au doré, comme lorsqu’elle s’apprêtait à se battre mais ce n’était pas suffisant pour me convaincre. Je préférais encore prendre une décharge d’antimatière que de me risquer à manger…ça.

Finalement, après deux longues minutes à nous dévisager, Daichi prit la relève et s’empara du plat cuisiné par la jeune fille et n’en fit qu’une bouchée.


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


Une seconde plus tard, le pauvre garçon se tordait de douleur sur le sol tandis que la blonde ne put s’empêcher d’émettre un gloussement amusé devant la déception de Yuki qui s’affala sur sa chaise, l’air dépitée.

« Encore raté on dirait ; m’exclamai-je, triomphant.

-Je ne comprends pas…J’ai pourtant suivi la recette cette fois…Se lamenta mon amie.

-Je préfère ne pas savoir où tu as trouvé cette recette…Yuki ; ricana Hoshino en essayant les larmes qui commençaient à couler de ses yeux tant elle se retenait d’éclater de rire.

-Si tu pouvais maintenant me rendre mon déjeuner, je t’en serais reconnaissant. »

En lâchant un soupir, la jeune fille me donna mon plateau et le déjeuner se termina sur ce nouvel échec de la rouquine.

Cela faisait maintenant deux semaines que nous avions sauvé Miki des griffes de son père, et également deux semaines que Yuki essayait de me refiler ses plats rendant malade chaque jour ce pauvre Daichi. A croire qu’elle le faisait presque exprès.

La cloche retentit et nous retournâmes tous en classe, à l’exception de mon colocataire qui resta à se tortiller de douleur sur le sol jusqu’au soir puisque nous ne le vîmes pas de l’après-midi.

Beaucoup de choses avaient changé depuis notre dernière expédition en montagne, en particulier du côté de Daichi. Tout comme elle m’avait expliqué cela quelques semaines auparavant, Yuki avait révélé à contrecœur tous les secrets du monde des Familiers et des Espers au boulet qui l’avait acceptée étonnamment facilement.

Désormais, le blondinet en savait autant que moi sur ce monde caché du regard des humains ordinaires mais cela ne semblait pas l’affecter plus que cela. Il continuait à nous fréquenter comme avant, sans nous juger ni nous craindre.

Au contraire, il faisait de son mieux pour s’intégrer à ce secret et nous aider dans nos activités de club, bien qu’il fût dépourvu de tout pouvoir.

Cependant, je voyais bien que, même si Yuki faisait tout son possible pour le cacher, elle n’était pas à l’aise lorsqu’elle évoquait les familiers devant lui et se forçait à accepter le quatrième membre.

Souvent, je la voyais hésiter avant de révéler certaines informations en présence de Daichi et ce phénomène se reproduisit ce soir-là, alors que nous épluchions les derniers gros titres des journaux locaux qui évoquaient l’incendie créé par les Lindorms dans la forêt.

« Fuyuku, ces Lindorms que vous avez combattus, tu penses qu’ils pourraient revenir dans le coin ?

-Nous n’avons pas combattus de Lindorms ; répondit machinalement la rouquine sans lever les yeux de son article. »

Un court silence s’installa et, se rendant compte de son erreur, la jeune fille se reprit rapidement.

« Euh…Je veux dire, on ne les a pas combattus, on les a explosés ! S’exclama-t-elle avec un rire forcé. Du coup, ils ne reviendront pas puisqu’ils sont morts !

-Ah…je vois…Déclara Daichi, la tête basse. »

Yuki serra les dents, mal à l’aise avant de prétexter aller aux toilettes pour pouvoir s’éclipser. Ayant repéré son mensonge, je la suivis et je la retrouvai dans le couloir à quelques mètres de notre salle, regardant fixement le sol et serrant son poing si fort qu’elle en tremblait.

M’entendant arriver, la rouquine leva les yeux et grimaça.


https://www.youtube.com/watch?v=okbvdbIu9VU


« Ça t’arrive souvent de suivre les filles quand elles disent qu’elles vont aux toilettes le monstre ? Railla-t-elle.

-Tu ne sais vraiment pas mentir ; m’amusai-je.

-Désolée…C’est sorti tout seul…Reprit-t-elle d’une voix plus calme. »

Je m’adossai au mur à côté de mon ami et nous restâmes tous les deux en silence pendant une longue minute sans dire un mot.

« Dis, Hinata…Tu es sûr que c’est une bonne idée ce que nous faisons actuellement ? Me demanda-t-elle soudain.

-Je pense que chasser les monstres dans la forêt est une idée stupide mais ça, je te l’ai toujours dit ; répondis-je en faisant mine de ne rien savoir.

-Non, je ne parle pas de ça…Mais révéler autant d’informations à un civil et l’exposer ainsi au danger…Je sais que j’étais d’accord au départ…mais plus j’y réfléchis et plus je pense que nous le menons simplement à sa perte…

-Qu’est-ce que tu veux faire d’autre de toute façon ? Daichi nous a vus combattre. Il est plus prudent pour nous de le garder à nos côtés que de l’expulser au risque qu’il révèle tout, non ?

-Justement. S’il reste avec nous, il risque sa vie sans pouvoir, et si nous l’expulsons, nos secrets risquent d’être révélés ; dit Yuki sans desserrer les dents.

-Qu’est-ce que tu proposes alors ? De lui effacer la mémoire ? Hasardai-je.

-Je ne vois pas d’autre solution. »

Un nouveau silence s’installa entre nous tandis que je dévisageai la jeune fille avec des yeux ronds. Celle-ci détourna le regard et se mit à faire les cents pas dans le couloir désert.

« A la fondation, il existe un Esper capable d’effacer une partie de la mémoire des gens. Souvent, nous faisons appel à lui dans cette situation précise…Déclara-t-elle sans conviction.

-Si c’était aussi simple que ça, tu l’aurais fait depuis le début ; rétorquai-je en fronçant les sourcils. »

Le regard de la rouquine se voila et elle s’arrêta devant la fenêtre, fixant un point au loin qui n’existait pas.

« Je pensais pouvoir surmonter ça…Mais en fait, je ne peux pas…Murmura-t-elle d’une voix presque éteinte. »

Je penchai la tête sur le côté, dubitatif.

« Désolée, Hinata, mais c’est au-dessus de mes forces ! Je refuse que Daichi finisse comme elle ! Il vaut mieux qu’il oublie tout de nous et reparte de zéro plutôt que de devenir fou à lier ou pire! S’écria alors Yuki, me révélant enfin ce qu’elle avait sur le cœur. »

Au même moment, la porte de la salle de club s’ouvrit et Daichi en sortit, la tête basse. Le visage de notre présidente se décomposa lorsqu’elle se rendit compte qu’elle avait été entendue et elle se mit à trembler.

« Je…Je ne vais pas devenir fou…Fuyuku…Tenta le blondinet d’une petite voix. Je vous promets de…

-Il n’y a pas de volonté qui tienne ! Répliqua la rouquine d’une voix tranchante. Je ne me le pardonnerais jamais si quelqu’un d’autre voit sa vie gâchée par ma faute ! Je refuse de faire deux fois la même erreur… »

Alors que mon colocataire allait répondre quelque chose, je vis une larme perler au coin de l’œil gauche de mon amie. Je n’étais toujours pas expert en émotion humaines, mais je pouvais deviner sans difficulté que Yuki était actuellement déchirée entre la peur et les remords.

Je lançai alors un regard vers Daichi qui comprit immédiatement d’où venait le problème et reprit la parole d’un ton plus assuré.

« Fuyuku-san. Si c’est parce que tu penses que je suis trop faible pour vous accompagner, laisse-moi te prouver le contraire. Je te défie dans un duel d’escrime. »

Interloquée, la jeune fille écarquilla ses yeux encore rougeoyants et ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte.

« Laisse-moi te prouver ce que je vaux. Je sais que jamais je n’égalerai ton niveau mais si tu estimes que vraiment, je suis sans espoir et que je serai un boulet pour vous, alors efface-moi mes souvenirs, cela vaudra mieux.

-Daichi…Tu te rends compte de ce que tu avances ? M’étranglai-je, sachant très bien que ce type ne savait pas plus se battre que Yuki ne savait cuisiner.

-J’en suis conscient, oui, c’est justement pour ça que je dois m’évaluer moi-même. Je ne tiens pas à mourir bêtement en vous suivant alors que je suis trop faible ; me répondit-il en se frottant le cou, gêné.

-Allez, Yuki, laisse-lui cette chance ! S’exclama Hoshino en sortant à son tour avec un large sourire. Je suis certaine qu’il est moins nul qu’il n’en a l’air !

-Merci du soutien…gémit le blondinet. »

Tous les regards se tournèrent vers notre présidente qui ne sut plus où se mettre pendant quelques instants mais finit par se reprendre.

« Tu…Tu es prêt à oublier tout de nous…Vraiment ?

-Non…mais je suis encore moins prêt à mourir. Je suis peut être un bon à rien mais je ne suis pas suicidaire pour autant !

-Je savais que je n’aurais jamais dû accepter ta venue dans ce club, tu me causes bien trop de soucis ; soupira Yuki. Mais soit, demain, je te donne rendez-vous au gymnase après les cours. Tâche d’être à l’heure. «

Sur ces belles paroles, la rouquine tourna les talons et clôtura nos activités pour la journée. Lorsqu’elle fut enfin hors de vue, Daichi tomba à genoux, livide et tremblant de tous ses membres.

« Dans quoi je me suis embarqué moi…je vais me faire embrocher…Je suis totalement suicidaire…

-Bonne chance pour demain mon pote ! M’exclamai-je en lui donnant une grande tape dans le dos pour détendre l’atmosphère. Je ramènerai le kit de premier secours !

-Les techniques de Yuki sont pourtant assez basiques. Tu pourrais les reproduire facilement tu sais ; lança soudain Hoshino en haussant les épaules. »

Cette phrase capta l’attention du blondinet qui se remit aussitôt debout et attrapa la jeune fille par les épaules.

« Vraiment ? Apprends-moi s’il te plait ! Je ne veux pas me faire effacer la mémoire, pitié !

-Ça te coutera une nuit avec Tetsu pour que je puisse squatter ta chambre !

-Tout ce que tu veux ! »

Je baillai et tournai les talons à mon tour, laissant ces deux boules d’énergie régler leurs comptes tandis que je me mis en tête de trouver un moyen de faire changer Yuki d’avis sur le chemin du retour.

Cependant, plus je cherchais et plus je trouvais que la rouquine avait raison dans son raisonnement. Le monde des Espers et des familiers n’était pas un simple mythe ou un jeu. C’était un fait bien réel et on ne pouvait pas laisser de simples sentiments prendre le dessus sur la prudence. Si Daichi risquait réellement sa vie, alors j’étais prêt à sacrifier quelques mois de souvenirs avec lui afin de lui laisser la possibilité d’en faire de nouveaux à l’avenir.

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes le lendemain à dix-sept heures pile dans le gymnase de l’école pour assister au duel entre Yuki et Daichi. Evidemment, personne à part nous n’était venu voir un combat aussi stupide et nous n’étions donc que deux dans les gradins : Hoshino et moi.

« Alors, est-ce qu’il est prêt ? Demandai-je à la blonde.

-Absolument pas ; me répondit-elle avec un sourire.

-Et…tu t’en réjouis ? Tu le détestes à ce point ?…

-Pas vraiment…C’est juste que ce type n’est pas un aussi gros boulet que Yuki le pense…même s’il n’est pas très dégourdi non plus question combat !

-Tu peux préciser ta pensée ?

-Regarde plutôt par toi-même. »


https://www.youtube.com/watch?v=hJk78L53JA4


Hoshino pointa du doigt le terrain et les deux combattants apparurent au même moment. A gauche, Yuki n’avait même pas pris la peine de se changer et avait gardé son uniforme scolaire. Dans sa main brillait une fine épée utilisée par le club d’escrime à la place de sa lame habituelle. Certainement ne voulait-elle pas prendre le risque de transpercer Daichi…

Celui-ci entra par l’autre porte, les jambes tremblantes et le corps entièrement recouvert de protections normalement réservées aux débutants, ainsi qu’un casque et…Une épée en bois…Une épée de Kendo…

En voyant cela, je lâchai un soupir et me pris la tête dans les bras, dépité. Il n’avait aucune chance de l’emporter…

Cependant, même devant une erreur aussi grossière, Hoshino continuait à sourire d’un air confiant. Yuki, quant à elle, ne releva même pas et se plaça devant son adversaire sans dire un mot, le visage impassible.

Gauchement, le garçon fit de même et tenta de se mettre en position, prenant son épée à deux mains et en la brandissant devant lui…Il n’avait décidément pas l’air d’avoir compris que le Kendo était différent de l’escrime…

La rouquine se plaça de trois-quarts, plaçant son épée à la verticale devant son visage, le pied droit en avant.

Les deux adversaires allaient visiblement s’affronter dans deux styles totalement différents mais, même si l’arme de Daichi semblait plus puissante, je savais aussi que Yuki maniait l’épée comme personne.

« Ne m’en veux pas, Daichi ; déclara la jeune fille d’une voix glaciale.

-Ne…ne crie pas victoire trop v… »


https://www.youtube.com/watch?v=4Dy_EsPsOoM


Le blondinet n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que la rouquine s’élança vers lui sans crier gare. Mon colocataire esquiva de justesse la lame en tombant à la renverse sous l’effet de surprise mais la chasseuse n’en resta pas là et changea de trajectoire pour viser directement la tête.

Avec un cri de terreur, Daichi roula sur le côté mais se heurta rapidement aux limites du terrain.

Il ne pouvait plus reculer et Yuki, toujours impassible, avançait lentement vers lui sans dire un mot…Exactement comme l’aurait fait un familier…

« A…Attends, Fuyuku, pouce ! Je n’ai pas encore… »

Le garçon poussa un nouveau cri lorsque la jeune fille bondit pour fendre en piqué sur lui. Cependant, contre toute attente, Daichi para le coup avec son bras et la lame de Yuki rebondit sur ses protections, la déstabilisant dans son attaque.

La chasseuse, d’un salto arrière, reprit ses distances pour se remettre en position tandis que le jeune garçon peinait à réaliser qu’il venait de repousser son adversaire.

« Qu’est-ce que tu attends espèce de boulet, contre-attaque ! M’exclamai-je machinalement en me levant. »

Mon ami, comme réveillé par ma voix, se leva d’un bond et fonça sur Yuki. Sans aucune difficulté, l’Esper para le coup de Daichi mais ce-dernier ne se laissa pas démonter. Retourna son arme et la faisant pivoter tout autour de la lame de la jeune fille, Daichi réussit à passer sous la défense de la jeune fille et l’obligea à reculer pour ne pas se faire toucher.

A côté de moi, Hoshino émit un petit rire amusé tandis que l’expression de Yuki changea enfin et un léger sourire se dessina sur son visage.

« Je vois. Tu possèdes un niveau suffisant pour affronter une humaine ; déclara-t-elle en fermant les yeux.

-O…On dirait bien que moi ! répondit fièrement le garçon en se tapant le torse.

-Cependant…Nous n’affrontons pas des humains…Mais des monstres ! »


https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM


Une violente bourrasque souffla dans le gymnase alors que toutes les portes étaient fermées et il ne m’en fallut pas plus pour comprendre. Mon cœur rata un battement, mes yeux s’écarquillèrent de stupeur et je serrai les dents en réalisant que ce que Yuki allait faire lorsque ses pupilles virèrent au doré.

Le sourire d’Hoshino avait également disparu et la jeune fille fronçait les sourcils, perplexe.

En une fraction de seconde, Yuki franchit la distance qui la séparait de son adversaire et lui asséna un violent coup de pied. Le pauvre garçon vola à l’autre bout de la salle et heurta violemment les gradins.

Puis, sans même lui laisser le temps de se relever, la rouquine sauta pour réatterrir sur le torse de Daichi. Un craquement se fit entendre, suivit d’un gémissement de douleur alors que Yuki saisit son adversaire par le cou pour le soulever quelques centimètres au-dessus du sol.

Le blondinet tenta tant bien que mal de se libérer mais sa prise était bien trop forte. Il ne pouvait que gigoter et agiter les pieds, impuissant. Une goutte de sueur perla du front de mon colocataire et lentement, son visage virait au bleu…

Par réflexe, je me levai d’un bond, prêt à aller l’aider mais Hoshino me retint et m’ordonna de rester tranquille.

A contrecœur, je m’exécutai et me rassis. Je savais bien que Yuki savait ce qu’elle faisait mais je ne supportais pas de voir mon ami se faire maltraiter ainsi sans agir…

« Nous, Espers, combattons des monstres à longueur de journée et sommes considérés comme tel par les humains. Tel est notre quotidien. Si j’avais été un de ces monstres sanguinaires, je t’aurais déjà tué au moins neuf fois. Comprends-tu à quel point ce monde t’est inaccessible si tu peines déjà à me tenir tête sans mes pouvoirs ? Déclara la chasseuse d’une voix lente et grave.

-Inaccessible…tu dis…Murmura-t-il en baissant les yeux. J’ai entendu cela tellement de fois…Mais ce n’est pas parce que les gens le pensent que je ne peux pas y arriver ! »

Comme mu par une force nouvelle, Daichi se débattit de plus belle et frappa le ventre de son adversaire de son pied.

Yuki grimaça et lâcha prise, interloquée par ce retournement de situation. Vif comme l’éclair, le garçon ramassa son arme et attaqua la jeune fille à la tête. Celle-ci tenta de parer mais tomba dans le piège.

Alors que l’épée de la rouquine était levée, mon ami se baissa et la frappa de toutes ses forces dans les côtes. Yuki tituba en grimaçant mais ne fut pas assez rapide pour esquiver le croche-pied de son adversaire et elle tomba à la renverse.

Pensant sa victoire déjà assurée, mon colocataire abattit son arme sur le visage de la chasseuse. L’espace d’un instant, je crus également à sa victoire et me levai de mon siège, plein d’espoir.

Néanmoins, c’était sans compter sur tous les atouts que possédait notre présidente. Profitant de l’assaut à l’aveugle de Daichi, elle en avait profité pour matérialiser sa véritable épée d’or.

Au contact de cette lame maudite, l’épée de bois du garçon fut purement tranchée en deux comme une vulgaire brindille devant ses yeux ébahis.

D’un bond, Yuki se releva et remit Daichi à terre d’un coup de pied dans l’estomac. Puis, d’un coup fulgurant et silencieux, elle trancha le casque protégeant le visage du garçon, signant ainsi sa défaite cuisante.

« Et de dix. Dix fois tu as échappé à la mort en cinq minutes, Daichi. Tu tiens vraiment à continuer ou alors tu en as eu assez ? »


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


Le jeune garçon ne répondit rien et se contenta de baisser les yeux au sol pour contempler les restes de son équipement.

Me sentant mal pour mon ami, j’allai les rejoindre rapidement tandis que Yuki désactiva ses pouvoirs et que ses yeux redevinrent bleu azur.

« Je suis désolée, Daichi, mais avec ton niveau, tu ne seras qu’un danger autant pour nous que pour toi ; déclara-t-elle avec une pointe de regrets dans la voix.

-Non…C’est moi qui suis désolé de ne pas pouvoir vous être plus utile ; soupira mon ami en souriant malgré sa défaite.

-Daichi…Murmurai-je, réalisant qu’il s’agissait peut-être de notre dernière conversation.

-Vous savez, vous êtes les premiers à m’avoir accepté parmi vous dans un club. Personne ne m’avait encore jamais proposé auparavant. Surement parce que je suis beaucoup trop empoté pour pouvoir suivre ou que je n’étais qu’un boulet tout juste bon à amuser la galerie ; rit-il légèrement en se frottant la nuque d’un air gêné. »

Yuki détourna le regard, gênée elle aussi en se rappelant qu’elle l’avait d’abord refusé exactement pour cette raison.

« Mais c’est pour cela que j’avais réellement envie de me joindre à vous et de m’impliquer dans vos histoires de détective. Peut-être me suis-je un peu trop emporté en fin de compte…

-Je…Non, c’est moi qui ai été stupide ; lui répondis notre présidente en bégayant. Je savais que je prenais un risque et maintenant, je suis incapable d’assumer…

-Précisément ; déclara soudain Hoshino d’une voix enjouée en nous rejoignant. Yuki, si je me rappelle bien, quand tu as rendu visite à mon père, tu étais accompagnée, n’est-ce pas ?

-O…Oui…Mais…

-Même cinq ans plus tard, tu continues à t’en vouloir, je me trompe ? Continua la blonde en croisant les bras dans son dos. Tu crains réellement que Daichi suive le même chemin que ton amie ?

-E…évidemment ! Kazumi aurait pu mourir dans cette expédition et cela aurait été entièrement ma faute !

-Sauf que cette personne, tu ne l’avais jamais prévenue du Danger qui l’attendait, me trompé-je ?

-Jamais…non… »

A ces mots, le visage de la cadette s’illumina et elle vint se placer à côté du blondinet, encore sonné par les coups de Yuki.

« A l’époque, tu étais responsable d’elle car tu l’emmenais contre son gré à la mort. Mais aujourd’hui, pourquoi te sentirais-tu responsable s’il arrivait malheur à Daichi ? Parce que tu possèdes des pouvoirs et lui non ? Cela me semble assez présomptueux comme raisonnement ; poursuivit Hoshino sans cesser de sourire.

-Mais je suis responsable de lui, de toi et même d’Hinata ! La seule différence est que vos chances de survie sont bien plus élevées alors je ne m’inquiète pas ! »

Hoshino, pour toute réponse, secoua la tête négativement et ferma les yeux.

« Yuki. Sois honnête avec toi-même. Les familiers et les Espers représentent presque un dixième de la population mondiale. Crois-tu réellement que, sans toi, Daichi ne serait jamais tombé face à l’un d’entre eux ?

-Les chances auraient été moindres qu’en allant chasser dans la forêt ! Rétorqua la rouquine.

-De même que ses chances de survie ; conclut enfin Hoshino. Daichi a une chance que de nombreux humains ne possèdent pas : il connait l’existence de ces créatures et il est prêt à y faire face, là où ton amie ne l’a jamais été et ne le sera jamais et ton intervention n’y change rien.

-Où veux-tu en venir…Miki ? Demanda l’Esper d’une petite voix.

-Si nous effaçons la mémoire de Daichi, la prochaine fois qu’il tombera nez à nez avec un familier – car il finira bien par en rencontrer- il mourra à coup sûr. Alors, au lieu de prendre ce risque, entrainons-le comme vous, Espers, êtes entrainés.

-Je…Je suis un boulet je te rappelle ; objecta l’intéressé, aussi interdit que Yuki.

-J’ai connu des boulets bien pire que toi chez Savior et malheureusement, ils sont encore en vie ; gloussa la blonde. »

Une longue minute de silence suivit l’argumentaire d’Hoshino, minute pendant laquelle Yuki croisa les bras sur sa poitrine et se mit à faire les cents pas, comme à chaque fois qu’elle se plongeait dans ses pensées.

Pendant ce temps-là, j’aidais mon colocataire à se remettre debout. Il possédait de nombreux bleus sur le corps mais aucune blessure, même superficielle malgré la violence des coups de la rouquine. Ses protections avaient été drôlement efficaces.

Finalement, notre présidente lâcha un soupir et se planta devant Daichi pour le fixer droit dans les yeux.

« Je te préviens, à la moindre faiblesse, je te fais effacer la mémoire, c’est bien compris ?

-Est-ce que ça veut dire…

-Tu es un boulet mais Miki a raison. Tu n’es pas Kazumi. Je vais donc te donner une chance, tâche d’être à la hauteur.

-Compris, Fuyuku-san ! Je ne vous décevrai pas ! S’exclama le blondinet en se mettant au garde à vous. »

Malgré la situation, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire devant le ridicule de mon ami et l’expression déconcertée de l’Esper.

« Ne…ne crois pas que ça sera facile, j’ai failli y rester moi-même ! Rétorqua la rouquine, refusant de perdre la face.

-Pourtant, au vu de certains boulets que mon père a affronté pendant la guerre, j’ai de sérieux doutes…ou alors tu étais une sacrée mauvaise élève ; railla Hoshino d’un air moqueur.

-Je…je ne t’ai pas demandé ton avis Miki !

-Je suis persuadée que si Daichi voulait devenir invocateur, il aurait plus de chances d’y rester qu’avec votre entrainement. Après tout, quand un Esper retourne ses propres pouvoirs contre lui…

-Et vous alors ! L’interrompit Yuki avant de se faire ridiculiser. Je me souviens de votre Kasaï Rex, c’était un des plus mauvais familiers que j’ai jamais vus !

-Que veux-tu, les familiers, c’est comme la cuisine, on ne réussit pas leur confection à chaque fois mais il faut savoir distinguer ce qui est utilisable du reste ; se contenta de répondre la blonde en haussant les épaules. »

Daichi tenta tant bien que mal de calmer les deux filles mais finit par être la cible de tous les reproches pendant que je m’étouffais dans mon fou rire en le regardant de loin.

A ce moment-là, je me dis que, sans le jeune garçon, notre club aurait sans doute été bien vide et que j’étais vraiment content de l’avoir à mes côtés finalement.

Néanmoins…à l’intérieur de moi, je sentais comme un poids sur mon cœur. J’avais l’impression d’avoir déjà vécu une situation similaire, longtemps auparavant, durant ma vie humaine…mais j’étais incapable de m’en souvenir précisément et aucun vertige ne vint me déconnecter de la réalité…

J’étais vraiment impatient que Ryuga revinsse pour qu’il m’explique enfin le fin mot de l’histoire…


Finalement, après dix minutes de chamailleries stériles, Hoshino abandonna la bataille et donna raison à Yuki avant de lâcher une nouvelle qui nouvelle qui nous fit totalement oublier le problème de Daichi.

« Sinon, maintenant que ce problème est réglé, je crois que mon père est revenu à la charge. J’ai vu un de ses hommes en venant ce matin.

-Sérieusement ? S’étrangla notre présidente. Tu aurais pu nous le dire avant !

-J’avais envie de mettre au clair cette histoire avant. Surtout que ce n’est pas si grave. Sans Slender Man, ses sbires ne sont pas très dangereux.

-Dis ça au Lindorm…grommelai-je en me souvenant de la raclée qu’il m’avait mise.

-Peut-être…Qu’il faudrait que tu vives avec quelqu’un ; hasarda notre boulet.

-Chez quelqu’un…Pas dans votre dortoir puant j’espère ; rétorqua Yuki.

-Pourquoi pas chez toi alors ? Proposai-je.

-Je…je t’ai déjà dit que je n’avais pas la place, le monstre ! Bégaya-t-elle en rougissant.

-Parfait, je savais que tu accepterais !

-Tu sais, je ne prends pas beaucoup de place, je pourrais même dormir sur un canapé ; rajouta Miki qui, voyant clairement qu’il s’agissait simplement d’une excuse, décida de jouer dessus.

-Je…je n’ai pas de canapé ! Et puis…Ce n’est pas le problème !

-Tu préfères donc laisser cette pauvre Hoshino prendre le risque de se faire enlever chaque matin ? Lançai-je d’une voix peinée.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit !

-Parfait, Hoshino, demain tu emménages chez Yuki !

-Q…Quoi ? Demain ?! S’étrangla la rouquine en écarquillant les yeux.

-Oui, il faut bien la mettre à l’abri le plus vite possible, non ?

-On pourrait installer notre base chez toi aussi ! Suggéra Daichi qui ne se rendait pas compte que Yuki était sur le point d’exploser.

-Bonne idée, j’approuve ! Renchérit Hoshino.»

Notre présidente serra les dents mais, devant l’enthousiasme général à cette idée, celle-ci céda, les épaules basses.

« J’abandonne, je pourrais vous dire qu’il y a un rat de deux mètre devant l’entrée, vous viendriez quand même, je me trompe ? »

Nous hochâmes tous les trois la tête comme un seul et Yuki soupira, lassée.

C’est ainsi que nos activités de club se déplacèrent du lycée à la résidence de Yuki sous prétexte de protéger Hoshino pour une durée indéterminée.






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[Fic]Le Dernier Esper posté le [27/03/2020] à 17:33

Épilogue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4

« La paix. Quelle utopie. »

Au sommet de la plus haute tour du monde, la Savior Tower de Washington, située en face de la maison blanche, une femme contemplait l’immense fourmilière qui s’étendait à ses pieds à travers l’imposante baie vitrée de son bureau.

En dépit de son jeune âge — elle venait tout juste de fêter ses vingt-neuf ans —, elle avait connu une ascension fulgurante au sein de la plus puissante organisation sur Terre. Pourtant, malgré son apparence frêle et ses traits doux, dans ses yeux brûlait un désir qui la rongeait depuis bientôt dix-sept ans. Celui de changer la face du monde.

Elle avait tout fait pour y parvenir, mais tous ses efforts s’étaient soldés par des échecs. Même la guerre contre la fondation ESP de 2009 ne lui avait pas apporté ce qu’elle souhaitait. Ilios Erbe, le président rival, était resté sourd à ses revendications. Tant de morts pour rien.

Toutefois, elle ne perdait pas espoir. Son dernier projet, le familier libre, s’était avéré fructueux. Et, même si le sujet avait disparu dans la nature, seuls les travaux pour le créer l’intéressaient.

Une sonnerie de téléphone la tira soudain de ses pensées.

La femme soupira, mais se força à répondre malgré la fatigue qui s’accumulait sur ses épaules. Le visage d’un homme aux longs cheveux plaqués vers l’arrière apparut sur l’écran.

— Il y a un problème, Anckerman ? demanda-t-elle d’une voix lasse.

— Présidente Hérédis, nous l’avons retrouvé ! Le familier libre ! s’écria l’interlocuteur à l’autre bout du fil.

Lusina écarquilla les yeux et un sourire se dessina sur ses lèvres rosées, le premier depuis bien longtemps.

— Est-ce que vous pourriez développer davantage ? reprit-elle, tout en essayant de contenir son excitation.

— Comme les rapports du professeur le suggéraient, il manque encore d’expérience. Mais il est bien vivant et possède un esprit humain, autant que vous et moi.

— Fort bien. Bien qu’il ne soit pas sous notre contrôle, son existence même devrait suffire à l’arrêter.

Sans perdre une seconde de plus, la présidente s’assit à son bureau et se mit à taper frénétiquement sur son clavier. Tout était fin prêt pour lancer la seconde phase de sa révolution.

Le cœur de la plus puissante des invocatrices battait la chamade. Jamais elle n’avait été aussi proche de réaliser son rêve. Avec l’existence de ce familier, il ne restait plus qu’un obstacle entre elle et son idéal : la fondation ESP.

Mais pour elle, ce n’était qu’un détail, un détail qu’elle comptait régler au plus vite.

L’ambassadeur de Savior, après un long moment de silence pendant lequel seul le bruit des touches de l’ordinateur résonnait dans l’immense bureau, reprit la parole, troublé.

— Il faut que je vous dise autre chose, présidente. Le familier…, il est allié avec la chasseuse d’ESP, Yuki Fuyuku.

Lusina s’arrêta net et fronça les sourcils. Elle se mit à entortiller l’une de ses mèches de cheveux autour de son index, comme à chaque fois qu’elle était ennuyée.

— La chasseuse, tu dis ? C’est vrai que c’est un problème. Elle a décimé une grande partie de nos forces de frappe après tout. Cependant, une fois que le Crimson Requiem aura débuté, même elle ne sera qu’une adolescente fragile parmi tant d’autres au milieu du typhon.

Un nuage obscurcit le ciel de Washington. Dans la pénombre, le regard de la présidente se mit à luire d’un sinistre éclat de saphir. Elle prit dans sa main gauche le pendentif en forme de lance double, accroché autour de son cou et commença à le faire tourner entre ses doigts.

En quelques secondes, un orage avait éclaté dans la capitale. La pluie inondait les rues et les passants affolés cherchaient désespérément à s’abriter.

Un éclair aveuglant déchira les cieux et, dans l’ombre de la présidente se dessina une silhouette sinistre : un dragon de jais recouvert d’une armure d’opale aux reflets d’émeraude. Le plus puissant des familiers.

Anckerman déglutit. Cette femme l’avait toujours mis mal à l’aise.

— Profitez de vos derniers instants de tranquillité pour récupérer votre fille, Marlo, et dites-lui ce que vous avez toujours voulu lui dire. Je vous enverrai des renforts supplémentaires, si besoin. C’est le moment ou jamais, après tout. Il n’y a pas de temps plus calme que celui qui précède un cyclone.

— Je… Merci, présidente Hérédis, bégaya l’homme, déconcerté.

— Oui, un cyclone du nom d’Arthus va s’abattre sur le monde, reprit-elle d’une voix lente et dénuée de joie. Cependant, ce cyclone, pour unifier à nouveau le monde, balaiera tout sur son passage. Y compris toi, Chaos.




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[Fic]Le Dernier Esper posté le [27/03/2020] à 17:36

Prologue : Une guerre sans merci



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=XiGKLBcoesE


Un hurlement strident déchira la plaine de la Toungouska. Cent ans plus tard, le même phénomène était en train de se reproduire.

Dans un brouillard plus épais que l’obscurité d’une nuit sans Lune, seuls quelques éclats de lumières et des cris d’agonies parvenaient à s’échapper avant de s’éteindre dans l’indifférence la plus complète.

La Terre elle-même tremblait sous les bottes des centaines de milliers de combattants réunis en ce lieu. Certains étaient enveloppés de halos lumineux, d’autres accompagnés de créatures tout droit sorties de cauchemars, d’autres encore gisaient au sol, baignant dans une mer pourpre qui happaient les pauvres soldats sans aucune distinction.

Il n’y avait pas d’alliés ni d’ennemis ici. Pas plus que de bien ni de mal. Seulement deux idéologies, deux camps, deux rivaux ancestraux luttant pour la même cause, mais par des moyens antinomiques.

Au milieu du chaos, deux humains se faisaient face. L’un était un homme, l’autre une femme. L’une était invocatrice, l’autre Esper. L’un désirait sauver le monde, l’autre le préserver. L’un était le direct de Savior, l’autre d’ESP. L’une était la cadette, l’autre l’ainé.

— Lusina ! Combien de fois devrais-je te le répéter : renonce à ce projet, c’est de la folie pure ! s’égosilla l’homme blond comme le Soleil, seule touche de couleur dans ce tableau monochrome et effrayant.

La jeune femme, vêtue d’un manteau aussi sombre que son regard au-dessus d’une jupe courte et surmontée d’une armure protégeant ses épaules et ses jambes, essuya d’un revers de la main le sang qui s’échappait d’une profonde entaille dans sa joue. Elle était à bout de souffle. Elle ne tenait debout que grâce à l’appui de son épée de fer noir plantée dans le sol.

— Ilios, haleta-t-elle non sans grimacer à chaque mot. C’est quelque chose que je dois accomplir. Tu le sais aussi bien que moi. La paix est impossible entre nos deux camps. Pas tant qu’il existera.

Un rictus déforma le visage de l’homme. Lui non plus n’avait pas été épargné par la bataille. Sa cape pourpre était en lambeau, de même que sa tunique d’or. Tout son corps était parsemé d’entailles d’où suintait un liquide rouge sombre. Toutefois, il refusait d’abandonner. Ce combat déchirait son cœur et son âme, mais il ne pouvait laisser sa sœur arriver à ses fins. Il devait protéger le monde, et, pour cela, il était prêt à employer tous les moyens.

Avec un cri de rage, Ilios réactiva ses pouvoirs d’Esper. En un instant, un colossal dragon de dix mètres de haut se dressa face à la frêle jeune femme. Au cœur de la brume, elle ne pouvait distinguer que sa silhouette, ainsi qu’une minuscule paire d’yeux luisant à travers les ténèbres.

Un sourire malsain se dessina alors sur ses lèvres. Puisant dans ses dernières forces, elle se remit debout, puis arracha le pendentif en forme de lance qui pendait à son coup pour le brandir au-dessus de sa tête.

La foudre s’abattit sur elle, illuminant la plaine d’une lumière aveuglante. Tous les combats cessèrent aussitôt et les deux camps se tournèrent vers leurs leaders, effarés. Invocateurs et Espers, oubliant leurs différends, reculèrent prudemment face à la créature qui avait surgi sur le champ de bataille.

Lusina, à présent enveloppée d’un halo sombre, dominait la Toungouska depuis l’épaule d’un second dragon recouvert d’une armure d’ébène, le plus puissant des Familiers, qui faisait face au meilleur Esper de la fondation.

— Ilios Erbe ! Que tu le veuilles ou non, j’unirai ce monde et ferai résonner le Crimson Requiem sur la Terre !

— Il est hors de question que je te laisse accomplir une telle folie ! Il est temps de te réveiller de ton rêve utopique, Lusina Hérédis !

Les deux reptiles se jetèrent l’un sur l’autre, bien décidés à en finir une bonne fois pour toutes. Toutefois, jamais ils ne s’atteignirent. Un nouvel éclair, écarlate cette fois-ci, foudroya la plaine, pile entre les deux dirigeants qui furent repoussés comme de vulgaires brindilles, et ce, malgré la taille colossale des deux créatures.

— Qui…

Lusina ne put terminer sa phrase. La minuscule silhouette qui s’était interposée entre elle et son ennemi frappa le sol de sa main et une explosion lumineuse happa tous les combattants. Tous, sans exception, furent vaincus en une fraction de seconde.

Au bord de l’inconscience, Ilios trouva le courage d’ouvrir à nouveau les yeux pour distinguer une ombre pourpre qui se volatilisa aussitôt dans une trainée d’étoiles scintillantes.

Le président de Savior, dans un dernier effort, leva le bras pour attraper l’une de ces particules avant qu’elle ne disparaisse puis lança dans un murmure inaudible :

— Alors… Ce n’est pas une légende… Il existe réellement… Le nouveau Chaos.

Puis l’homme sombra dans le néant. Et ainsi se termina la Grande Guerre entre Savior et ESP, sans qu’aucun des deux camps ne parvînt à triompher de l’autre. Encore.





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[Fic]Le Dernier Esper posté le [12/07/2020] à 16:10

Chaos : Le dernier Agarthe




Chapitre 1 : Étrange rencontre



Spoiler :


Qu’est-ce qu’être humain ? Telle est la question qu’un être aux pouvoirs extraordinaires s’est posé. Lui qui était né du néant, familier de la Terre, et voué à répandre mort et destruction, n’avait pourtant qu’un seul but : comprendre qui il était. Il ne pouvait pas accepter l’idée que l’unique raison de son existence n’ait été que supprimer des milliers d’âmes innocentes, en tout point identiques à la sienne. Alors, il s’est mis en quête de trouver des réponses, en vain. Cet être tout puissant devait se rendre à l’évidence : il avait été créé pour détruire, car c’était ainsi que le monde l’avait conçu.

Son nom était Chaos, le dernier Agarthe.


**

Lorsque Chaos ouvrit les yeux, ce qu’il découvrit le déconcerta. Rien de ce qui l’entourait ne lui était familier. Il se trouvait allongé sur un lit de fortune, dans ce qui ressemblait à une modeste chaumière au toit de paille et aux murs de bois. Il n’y avait presque rien à l’intérieur de la pièce, uniquement le strict nécessaire pour vivre. Dans la cheminée crépitaient les flammes d’un feu mourant, tout juste suffisant pour éclairer faiblement la petite chambre plongée dans la semi-obscurité du crépuscule.

Chaos tenta de s’asseoir. Il vacilla et se rallongea presque aussitôt. Son esprit était embrumé. Il ne se souvenait de rien, pas même d’avoir déjà existé un jour. Et pourtant, il n’était pas comme un nouveau-né, il pouvait nommer tout ce qu’il voyant. Ses seuls souvenirs étaient son nom, ainsi que d’une mission qui lui avait été confiée : se rendre au mont Olympe.

Alors qu’il essayait vainement de retrouver la mémoire, la porte de la chaumière s’ouvrit en grinçant. Une femme entra dans la pièce. Elle était assez jeune à en juger par son visage très rond. Ses cheveux mi-longs, aussi blancs que de la poudreuse, s’accordant parfaitement avec la clarté de sa peau, tombaient délicatement sur ses frêles épaules dénudées. Son nez était droit, légèrement pointu et très court. Ses yeux bicolores d’un rouge vif d’un côté, presque surnaturel, et bleu comme l’azur de l’autre, pétillaient de malice et observaient l’homme avec intérêt tandis qu’un sourire discret fendait ses lèvres fines. Elle portait une simple robe beige sans artifice, le plus basique des habits. Pourtant, l’allure générale de cette personne dégageait une certaine majesté et fierté. Peut-être était-ce sa posture qui donnait à Chaos cette impression.

— Tiens, tu es réveillé, je suis contente de voir que tu vas bien, déclara l’inconnue d’une voix claire et cristalline.

Chaos tenta d’ouvrir la bouche pour émettre un son, mais seul un râle rauque sortit de sa gorge. La femme aux cheveux d’argent fronça les sourcils d’un air ennuyé.

— N’en fais pas trop. Tu étais au bord de la mort quand je t’ai trouvé près de la rivière. Attends-moi quelques secondes, je vais te rapporter de quoi t’hydrater ! Tu dois être assoiffé, ça fait deux jours que tu dors !

Lorsque la mystérieuse femme dit cela, Chaos se rendit compte que sa gorge sèche le brûlait et qu’il était affamé. L’inconnue ressortit de la maison, tandis que, déjà, des dizaines d’interrogations trottaient dans la tête de l’homme.

Il n’eut toutefois pas le temps de les ruminer, car celle qui devait certainement être la propriétaire des lieux revint quelques secondes plus tard, les bras chargés de pack d’eaux. Elle posa une bouteille sur la table de chevet et prit une chaise à l’envers pour s’asseoir près de son invité.

Après que Chaos ait englouti d’une traite le précieux liquide, il sentit sa voix revenir et put enfin parler.

— M… Merci.

Son interlocutrice émit un gloussement amusé.

— Mais je me rends compte que je n’ai toujours pas fait les présentations, quelle impolie je fais : mon nom est Miden. Je suis une demi-Agarthe.

— Une… demi-Agarthe ? répéta l’homme, perdu.

— Oui ! Mon père est humain, et ma mère, la souveraine des Agarthes, Tiamat !

À l’évocation de ce nom, le cœur du blessé s’accéléra. Il ressentait une profonde rancœur à l’encontre de la reine, sans savoir d’où ce sentiment pouvait provenir. Il était cependant certain d’une chose : s’il lui avait fait face à ce moment-là, il l’aurait tué, sans hésitation.

Miden pencha la tête sur le côté, surprise de la réaction de son invité.

— Et toi, tu es ?

— C… Chaos.

— Oh… Je vois… Je comprends mieux !

Un large sourire illumina le visage de la jeune fille.

Soudain, trois coups fermes retentirent sur la porte de bois de la chaumière. La femme se figea. Elle ordonna au blessé de ne faire aucun bruit et le dissimula sous une épaisse couche de couvertures. Néanmoins, Chaos pouvait discerner à travers une petite ouverture qu’à l’extérieur, trois hommes, des gardes royaux à en juger par leur apparence, dévisageaient l’inconnue avec méfiance.

— Toujours aucun signe du fugitif, déclara l’un d’eux. Princesse Miden, vous devriez rentrer au château, les environs ne sont pas sûrs.

— Merci, mais non merci. Je vous ai déjà dit que je ne retournerai pas à l’Olympe. Ma place est ici, parmi les humains, que vous le vouliez ou non.

Le plus grand des trois gardes tiqua. Toutefois, il s’inclina respectueusement.

— Si tel est votre désir, majesté. Cependant, si vous voyez la moindre trace de ce Chaos, prévenez-nous immédiatement, et surtout, ne faites rien d’imprudent. N’oubliez pas qu’il serait capable de vous désintégrer rien qu’en claquant des doigts.

Chaos écarquilla les yeux. Avait-il bien entendu ? Non seulement il était recherché, mais, en plus, il était un meurtrier ? Il ne pouvait pas le croire. C’était tout bonnement impossible.

— Je le sais. Mais ma mère ne laissera pas la prophétie se réaliser, n’est-ce pas ?

— Évidemment. Jamais la reine ne laissera notre peuple s’éteindre. Les Agarthes sont éternels ! s’exclama le second garde.

Le visage de Miden s’assombrit. Elle baissa le regard et déclara d’une voix, soudain bien plus lente et grave :

— Ne soyez pas trop prétentieux. Nul n’est éternel, pas même elle ni moi. C’est ce genre de raisonnement qui, un jour, provoquera notre perte.

Sans ajouter un mot de plus, la jeune femme referma la porte d’un coup sec et revint auprès de son « patient », toujours caché sous les couvertures. En un instant, Miden retrouva une expression douce et souriante.

— C’est bon, ils sont partis, tu peux sortir maintenant.

Timidement, Chaos s’extirpa des draps et s’assit sur le lit. Il était perdu. Complètement perdu. Si son esprit était déjà brumeux à son réveil, la discussion de sa sauveuse avec les gardes avait jeté un voile de brouillard impénétrable sur ses pensées.

C’est alors que l’homme notifia un détail qui lui avait échappé jusqu’ici. Les paumes de celle que les soldats avaient appelée « princesse » étaient recouvertes de bandages imbibés de sang séché. Lorsque Miden remarqua que son invité la fixait ainsi, elle croisa aussitôt les bras dans son dos pour détourner l’attention.

— Ce n’est rien ! Je me suis juste coupée en ramassant des herbes dans la forêt, ça cicatrisera très vite ! lança-t-elle précipitamment. Et si je faisais plutôt à manger ? Tu dois être affamé !

Les gargouillis du ventre de Chaos répondirent à sa place. En riant, la jeune femme s’éclipsa et ramena quelques légumes frais, ainsi qu’une cuisse de poulet.

La soirée se passa en silence. Chaos était bien trop épuisé pour tenir une conversation. C’est pourquoi son hôtesse parlait seule, ce qui ne semblait pas la déranger. Elle racontait simplement son quotidien de fermière et comment elle aidait son vieux père à subvenir à ses besoins. Sa vie n’avait rien de bien original : elle semait les graines, s’occupait des plantations, nourrissait les bêtes et allait parfois les vendre au marché du village. Toutefois, jamais la fille aux cheveux d’argent n’évoqua les gardes, ni son appartenance à la famille royale, ni de sa mère.

Chaos, au cours du repas, remarqua que, à côté d’éléments très rudimentaires se cachaient quelques objets qui contrastaient de manière drastique avec le niveau de vie de cette femme : les roues et les fourches côtoyaient ce qui paraissait être un poste de radio, à côté du feu se trouvait les packs d’eau en plastique, tandis que le toit avait beau être fait de paille, des lampes à pétrole éclairaient les recoins les plus sombres de la petite maison. C’était comme si deux époques incompatibles se rencontraient ici.

Lorsque le dîner se termina enfin, après avoir rangé, Miden s’assit en tailleur sur le sol et entama une nouvelle conversation, pour le moins étrange.

— Dis-moi, Chaos. Maintenant que tu es à nouveau sur pieds, j’avais une question à te poser.

— Je t’écoute.

— Tu… Tu n’as vraiment aucun souvenir de ce qu’il t’est arrivé avant de te réveiller ?

— Non… Aucun. J’ai l’impression que c’est même ma première journée sur Terre…

La jeune femme détourna le regard et un sourire triste assombrit son visage angélique.

— Je vois… Je ne vais pas t’embêter plus longtemps alors. Passe une bonne nuit. Demain, si tu es en forme, on essaiera d’en savoir plus sur toi, qu’est-ce que tu en dis ?

— Je…

Sans laisser le temps à son interlocuteur de répondre, Miden se releva. Elle s’apprêtait à prendre la direction de la porte, lorsque Chaos attrapa son bras pour la retenir.

À ce moment-là, les yeux de Miden s’écarquillèrent. Une lueur de peur se dessina dans ses iris à mesure que sa peau, au contact de la main de Chaos, noircissait à vue d’œil, jusqu’à bientôt disparaître tandis qu’à ses pieds s’était formée une large flaque de sang pourpre.





Chapitre 2 : Un pouvoir destructeur



Spoiler :



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Le plic-ploc macabre des gouttes de sang s’écoulant de la blessure de Miden résonnèrent dans la nuit sans Lune. Chaos, abasourdi, retira précipitamment sa main, mais le mal était déjà fait. Le bras de Miden n’était plus qu’un tas de muscles sanglants sous lesquels il était presque possible de discerner les os.

— Je… Je…, bégaya Chaos, interdit, et affolé.

Toutefois, malgré cette blessure qui aurait été fatale à n’importe qui, Miden restait incroyablement sereine. Elle ne semblait pas ressentir la douleur. Après tout, tous ses nerfs avaient été annihilés.

Avec un calme surhumain, la jeune femme toucha la partie de son corps mutilé de son autre main. Une faible lueur dorée s’en échappa. Aussitôt, les saignements cessèrent, les muscles se reformèrent, la peau repoussa par-dessus.

Chaos n’en croyait pas ses yeux. Il ne savait pas s’il était davantage choqué par ce qu’il s’était passé lorsqu’il avait effleuré Miden, ou par la vitesse de régénération de la fermière qui n’avait même pas gardé de cicatrice.

— Qu’est-ce que…

Miden interrompit son invité d’un geste de la main. Elle prit l’une des couvertures qui trainaient au pied du lit, l’humidifia légèrement, et se contenta de recouvrir la flaque rougeâtre pour dissimuler l’odeur nauséabonde qui s’en dégageait.

— Demi Agarthe de la guérison, déclara-t-elle soudain.

— Comment ?

— C’est le pouvoir que ma mère m’a légué. C’est pour cela que j’ai pu te porter jusqu’ici sans mourir, familier de la Terre, Chaos, l’émissaire de la destruction.

L’homme, interloqué, recula. Malgré la fatigue due à la perte de sang, Miden se força à sourire, puis s’assit sur le matelas. Elle plongea alors ses yeux vairons dans ceux de Chaos, une lueur nouvelle brillant à l’intérieur.

— E… Émissaire de la destruction ? répéta l’intéressé, sans comprendre.

— Oui. Autrefois, des écrits prédisaient que, lorsque les Agarthes auraient oublié leurs propres origines, la Terre enverrait un émissaire afin de le leur rappeler. Cet émissaire, selon la légende, apparaitrait sous la forme d’un humain, et sèmerait la destruction partout où il passerait. C’est pourquoi ma mère, la reine Tiamat, a, pendant des millénaires, fait la chasse aux Agarthes aux pouvoirs destructeurs. Un véritable massacre. Des milliers d’innocents ont péri, autant chez les Hommes, que chez mon peuple. Tout ça, car la vanité des Agarthes était si grande que nous nous sommes pris pour des dieux et avons perdu de vue que, comme toutes les espèces de cette planète, nous ne sommes rien.

Miden rapprocha son visage de celui de Chaos, jusqu’à ce que l’homme puisse sentir le souffle chaud, et légèrement vanillé de la jeune femme sur sa figure. À présent, les iris de la princesse scintillaient d’une lueur mauvaise et sadique.

— Mais à présent que je t’ai trouvé, émissaire Chaos, j’aimerais que tu m’accordes une faveur…

Chaos déglutit. Il ne saisissait pas le sens des paroles de sa sauveuse et pensait que la visite des gardes l’avait rendue folle.

— Tu veux… Tu veux que je détruise ton peuple ? articula-t-il avec difficulté.

Miden se détendit, puis elle recula et se releva d’un bond, à nouveau souriante.

— Oh, non, je n’ai pas de telles intentions. Contrairement à ma mère, je ne suis pas sanguinaire à ce point. J’aimerais simplement que tu rappelles à ces vieux croulants que, comme les humains qu’ils méprisent, ils sont mortels, eux aussi. Que tu leur fasses peur, en gros. C’est ton rôle, de toute façon, en tant qu’émissaire de la Terre. Qu’est-ce que tu en dis ?

— Qui… Qui es-tu réellement, Miden ? demanda Chaos, écrasé par le charisme soudain que dégageait la fermière.


https://www.youtube.com/watch?v=9QedNMpLIOI


La jeune femme réfléchit quelques instants, puis se redressa complètement, ce qui la grandit de quelques centimètres, serra les jambes et tendit la main vers son invité. D’un seul coup, son visage, si enfantin jusque-là, gagna en maturité, lui donnant l’allure d’une véritable souveraine malgré les haillons qu’elle portait. Son œil rouge scintilla d’un vif éclat tandis qu’un symbole se dessina dans sa pupille, comme un Soleil miniature entouré de deux demi-lunes.

— Faisons les présentations dans les formes, veux-tu. Mon nom est Miden d’Agartha, fille de la reine Tiamat, demi-Agarthe de la guérison, héritière du trône de l’Olympe, princesse déchue du continent perdu, fer de lance de l’humanité… et future destructrice de la civilisation agarthe.





Chapitre 3 : Les ambitions de Miden



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Ainsi, Chaos accepta la proposition de sa sauveuse. De toute façon, que pouvait-il faire d’autre ? S’il était réellement, comme Miden l’affirmait, l’émissaire de la destruction, il ne faisait qu’accomplir son rôle.

Toutefois, dans l’attente d’être complètement rétabli, il accompagna la jeune femme aux champs et à la ferme. Entre les mottes de foin et le caquètement des canards, l’homme reprenait peu à peu des forces.

Plusieurs fois, sa nature surhumaine se révéla, notamment lorsqu’il réussit à soulever des charges que même les bœufs ne pouvaient tirer. C’est ainsi qu’il devint une petite célébrité au village d’à côté. Il aidait les villageois, était rémunéré comme n’importe quel habitant, et était plutôt apprécié à la taverne lorsqu’il allait y prendre un verre, après de longues journées de travail. Il faisait également très attention à ne jamais entrer en contact physique avec personne. C’est pourquoi il portait sans cesse des gants et d’épais vêtements pour dissimuler ses pouvoirs.

Parfois, des gardes royaux venaient pour faire leur rapport sur l’avancée de l’enquête de la reine à sa fille, mais aucun d’eux ne discerna la véritable identité de l’homme qui se présentait simplement comme l’amant de la princesse.

Les jours passèrent ainsi dans la banalité la plus totale. Chaos n’usait de ses pouvoirs que pour la chasse. C’est en poursuivant cerfs et sangliers qu’il réussit, petit à petit, à comprendre quelle était la vraie nature de son don. Il absorbait l’énergie vitale des êtres pour se l’approprier au prix de la vie de sa victime.

Ce pouvoir effrayait Chaos autant qu’il le fascinait. Chez les humains, personne ne possédait de faculté surhumaine. C’était un « privilège » réservé aux Agarthes, quelque chose d’ancré dans leur patrimoine génétique. Cette injustice révoltait par ailleurs Miden. Les Agarthes, à cause de ce don, méprisaient les humains, et n’hésitaient pas à les dominer dans certaines parties du monde. Elle qui était à moitié humaine ne pouvait tolérer une telle chose. C’était pour cela qu’elle avait fui le royaume et avait trouvé refuge auprès de son père, un simple fermier séduit par Tiamat lors d’une de ses aventures.


Un jour, lors de la moisson d’automne, Chaos avait évoqué ce point. La réponse de la jeune femme — qui avait en réalité près de cinquante ans malgré son apparence — avait convaincu l’émissaire qu’il avait fait le bon choix.

— Les Agarthes existent depuis bien plus longtemps que toute autre civilisation, avait-elle répondu d’une voix mélancolique. Au départ, nous étions comme eux, puis, lorsque nos pouvoirs se sont développés, la prétention et la vanité sont venues avec. Je suis consciente que si les Agarthes disparaissent, les hommes prendront leur place, et suivront certainement le même chemin.

Miden s’était appuyée sur sa fourche et avait levé les yeux au ciel avec un soupir.

— Je sais que ma position est discutable, et que tu ne seras sûrement pas d’accord avec moi, mais… Je pense que les humains auront besoin d’être guidés à l’avenir.

Chaos avait dévisagé son amie, surpris. Cette dernière avait esquissé un sourire amusé. Elle aimait toujours les réactions spontanées de celui qu’elle avait recueilli qui était incapable de comprendre les sous-entendus.

— Tu es l’émissaire de la destruction du peuple agarthe. Mais je crois que tu es bien plus que ça. Tu es le familier de la Terre. Ton rôle ne se cantonne pas à une simple élimination. Tu devras également servir de guide aux nouveaux maîtres de la planète.

Miden avait rapproché son visage de celui du familier et, sans aucune précaution, l’avait pris dans ses mains. Aussitôt, sa peau s’était mise à brûler au contact des pouvoirs de l’homme, paniqué. Mais la princesse n’avait pas vacillé. Elle s’était contentée d’activer ses propres pouvoirs pour contrer la « malédiction ». Puis, dans un geste tendre, ignorant la douleur, elle avait posé ses lèvres sur celles de Chaos qui, interdit, s’était laissé porter par le parfum de lavande de sa sauveuse et sa protectrice.

Ce jour-là, Chaos avait ressenti pour la première fois la chaleur humaine au plus profond de son âme. Et pour la première, Miden avait aimé quelqu’un. Elle qui n’avait toujours vécu que pour renverser sa mère, elle se sentait apaisée auprès de cet homme qu’elle avait trouvé au bord de la mort, près d’une rivière, et qui partageait les mêmes objectifs que lui.

L’avait-elle manipulé ? Dupé ? Trompé ? Fait miroiter des rêves qui n’étaient pas les siens ? Profité de lui alors qu’il était amnésique ? Peut-être bien. Mais ce dont elle était certaine, c’était que les intentions de Chaos étaient désormais aussi sincères que les siennes.





Chapitre 4 : La reine Tiamat



Spoiler :


Le jour tant attendu était finalement arrivé. Après deux longues années, le temps était enfin venu pour Chaos et Miden se réaliser leurs objectifs. Les deux généraux de l’armée humaine se trouvaient devant la grande porte du palais impérial : le mont Olympe.

Au cours de ces deux années, la princesse déchue et l’émissaire de la destruction avaient peaufiné leur plan jusque dans les moindres détails. D’abord, ils avaient demandé audience avec Tiamat, et le conseil des Agarthes, dans le but de parler. Mais Miden doutait fortement que les mots allaient avoir un quelconque effet sur la famille royale et ses chiens de gardes. Elle ne faisait ça que pour se donner bonne conscience et dire qu’au moins, elle aurait essayé.

Le couple avait par ailleurs donné naissance à une fille, Gaia. Malheureusement, celle-ci ne possédait aucun des pouvoirs. Elle ne pouvait, par conséquent, pas prétendre prendre la succession de Chaos pour guider l’humanité. Mais ce n’était pas pour cela que les deux parents la délaissaient. Au contraire, ils l’aimaient plus que n’importe qui. Ils étaient prêts à donner leur vie pour lui offrir un meilleur avenir, dans un monde non gouverné par l’arrogance et la vanité des anciens.

Les deux amants avançaient lentement dans les longs couloirs du palais. Ici, la sobriété n’était pas admise. Les murs, les sols, le plafond, et même les meubles étaient recouverts d’un métal émeraude, bien plus précieux que l’or : l’orichalque, un élément tout droit venu d’Atlantide, si rare que toutes les ressources de la Terre ne valaient pas, ne serait-ce qu’un vase en cette matière.

Miden n’aimait pas cet endroit. Il lui rappelait bien trop de mauvais souvenirs liés à son enfance houleuse. Elle se souvenait avoir échappé, dans ce même couloir, aux gardes qui essayaient de la rattraper pour la ramener de force dans sa chambre alors qu’elle tentait de fuir pour retrouver son père, en Grèce.

La princesse, qui avait revêtu ses habits royaux pour la première fois depuis une éternité, se blottit contre le bras de son mari. Avec le temps, il avait réussi à maîtriser ses pouvoirs et ne désintégrait plus toute surface qu’il touchait. Heureusement pour lui, tout le monde ignorait sa véritable identité ici. Pourtant, des mandats d’arrêt à son nom avaient été placardés dans toute la cité de Shamballa.

En sentant sa compagne trembler, Chaos prit sa main dans la sienne et lui lança un regard encourageant. Lui non plus n’aimait pas l’ambiance froide qui régnait dans le palais. Cependant, contrairement à son épouse, il pensait réellement pouvoir trouver un terrain d’entente avec la reine.


https://www.youtube.com/watch?v=oXsSaogoNzc


Finalement, le couple fit son entrée dans la salle d’audience. Il s’agissait d’une immense pièce circulaire, elle aussi, couverte d’orichalque sur tous les murs. Cinq trônes surélevés d’une dizaine de marches chacun étaient disposés en arc de cercle autour d’un sixième, bien plus haut et bien plus majestueux sur lequel était assise une femme aux cheveux d’argent. Son visage était en tout point identique à celui de Miden, à l’exception que ses deux yeux luisaient d’un vif éclat pourpre. Elle accueillit ses invités, accoudée à son siège, une pointe d’amusement dans le regard. La souveraine portait une élégante robe de satin blanche, ornée de bijoux émeraude. Sur sa poitrine reposait un pendentif en forme de Soleil, entouré de demi-lune tandis que, dans sa main gauche, la reine tenait un imposant sceptre d’or. Le dossier de son trône formait une sorte d’auréole au niveau de sa tête, lui donnant un air quasiment divin pour les deux visiteurs.

Chaos et Miden s’arrêtèrent au centre de l’hémicycle et la jeune femme fit, pour la première fois en vingt ans, face à sa mère.

— Que vois-je ? déclara Tiamat d’une voix mielleuse. Ma fille vient me rendre visite après toutes ces années. Je suis honorée que tu me fasses l’honneur de ta présence, Miden.

La demi-Agarthe serra le poing. Rien qu’entendre cette voix lui donnait envie de faire demi-tour. Mais elle se contint et prit sur elle-même afin de ne pas laisser éclater sa colère. Ainsi, comme l’imposait le code, elle s’inclina respectueusement.

— Bonjour, mère. Je suis heureuse de vous revoir.

— Ton visage me dit pourtant le contraire, ricana la souveraine. Tu ne manques pas de culot pour oser remettre les pieds ici alors que tu as tout fait pour t’échapper du palais.

— Il est vrai. Cependant, je suis venue en ce lieu pour faire amende honorable.

— Parle, je t’écoute. Mais n’espère rien de moi. Tu as été déchue de ton titre. Tu n’es plus qu’une Agarthe parmi tant d’autres, désormais… Non, pire, tu es une humaine, puisque c’est la voie que tu as choisie. Et tu seras traitée comme telle.

Un sourire sadique illumina le visage de Tiamat. Sa déclaration fut aussitôt suivie du ricanement de hyène des cinq membres du conseil qui n’avaient, pour l’instant, pas dit un mot.

Chaos grimaça. Si sa femme ne lui avait pas ordonné de se tenir tranquille dans un premier temps, il aurait déjà sauté à la gorge de la souveraine pour lui faire ravaler ses paroles. Jusque-là, il avait fait confiance à Miden quant à l’arrogance de son peuple, mais, à présent, il comprenait d’où provenait la haine de la princesse.

— Ma requête est très simple, ma reine, reprit l’héritière d’une voix plus lente. Je veux que vous abdiquiez, ici et maintenant.

Silence dans la salle du trône. Le conseil ignorait si la demi-Agarthe était sérieuse, ou s’il ne s’agissait que d’une blague de mauvais goût. Toutefois, Tiamat, incapable de se retenir davantage, partit dans un fou rire incontrôlable qui résonna longuement dans l’immense pièce.

Chaos, excédé, fit un pas en avant, mais fut arrêté par sa compagne, qui puisait dans toutes ses ressources pour ne pas perdre patience. Miden refusait d’attaquer en premier. Elle voulait laisser l’honneur à sa mère, afin que son nom soit souillé à jamais.

Finalement, la reine se calma et essuya les larmes qui avaient coulé sur ses joues tant elle avait ri. En une fraction de seconde, le visage de Tiamat s’assombrit et ses yeux rougeoyèrent dans la pénombre, comme deux minuscules flammes. Elle frappa l’accoudoir de son poing si fort que la pierre se fissura sous l’impact.

— Je te trouve bien ingrate, demi-agarthe. Tu avais la possibilité de monter sur le trône, et tu as tout rejeté. Et maintenant, tu me demandes d’abdiquer ? Je crois que j’ai bien fait de te bannir du royaume !

— Mère, reprit Miden très calmement. Vous ne semblez pas prendre conscience que vous n’êtes pas en position de négocier.

Tiamat fronça les sourcils, sceptique.

— Quelle fille indigne je fais. Je ne vous ai pas présenté mon mari. Mère, voici l’homme que j’ai épousé sans votre consentement, Chaos, l’émissaire de la destruction du peuple agarthe.

Tous les regards se tournèrent aussitôt vers l’intéressé et des murmures s’élevèrent parmi le conseil. Même la souveraine fut ébranlée par cette nouvelle, mais cette dernière se ressaisit. Toute empathie et toute joie avaient disparu de son visage pour ne laisser place qu’à la haine et la colère la plus pure.


https://www.youtube.com/watch?v=uRvSaCjZ2w4


— Je vois. J’aurais dû me méfier davantage de toi, petite peste. L’émissaire de la destruction, tu dis ? Foutaises ! Je suis la reine des Agarthe, le peuple qui a soumis la Terre elle-même ! Un simple familier aurait le pouvoir de me faire plier ? Laisse-moi rire ! Je vais vous montrer le véritable sens du mot « destruction » !

D’un bond, Tiamat se leva de son trône et se jeta sur Chaos. L’homme, conformément aux plans de Miden, se mit en position. Il espérait ainsi vaincre d’un seul coup la souveraine. Toutefois, tout ne se déroula pas comme il l’avait prévu. En effet, lorsque Chaos attrapa le sceptre de Tiamat dans sa main gauche, et toucha son visage de la main droite, seule une fumée noirâtre s’en échappa tandis qu’un sourire malsain déformait les lèvres de la femme.

Par réflexe, Chaos recula vivement tandis que son adversaire lui tenait tête. Ses pouvoirs de destruction avaient été inefficaces ! Mais comment ? La peau de la reine avait à peine été égratignée alors qu’il tuait des buffles à mains nues avec ces mêmes pouvoirs !

Pour la première fois, l’émissaire ressentit la peur. Cette femme qui lui faisait face… Qui était-elle réellement pour défier la toute-puissance de la Terre elle-même ?

Miden regarda sa mère, abasourdie. Elle non plus n’avait pas prévu cela.

Tiamat d’un geste dédaigneux, passa sa main dans ses cheveux d’argent et dévisagea le couple presque avec pitié.

— Pauvres petites choses. Pourquoi croyez-vous que je sois reine ? Je suis celle qui a engendré les Agarthes, la mère créatrice de la plus puissante espèce de cette planète. Et vous, qui êtes-vous face à moi ? Héritière du trône ? Familier de la Terre ? La belle affaire ! Ce ne sont que des titres sans valeur. Vous n’avez jamais rien prouvé. Alors que, moi, mon peuple est ma force. Et ce ne sont pas vos misérables humains qui suffiront à me faire tomber ! Alors, approchez, je vous attends. Essayez de me détrôner comme vous en aviez l’intention en venant ici !





Chapitre 5 : Tiamat l’immortelle



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=mNZTuzzU4SI


La reine des Agarthe était là, devant les yeux de Chaos. La Terre l’avait créé pour détruire cette espèce. Pourtant, ses pouvoirs avaient été impuissants. Il ne comprenait pas. Toutefois, il n’avait pas le temps de réfléchir. La souveraine se jeta à nouveau sur lui et tenta de l’embrocher du bout de son sceptre.

Chaos esquiva l’attaque pour asséner un puissant coup de poing dans la figure de son adversaire. Encore une fois, sans succès. Tiamat encaissa sans broncher et attrapa la tête du pauvre homme qu’elle plaqua au sol. L’impact fut si violent qu’un cratère se forma dans la pierre. Chaos cracha une gerbe de sang tandis que tout l’air de ses poumons fut expulsé d’un seul coup.

Miden, affolée, voulut porter secours à son mari, mais la garde royale, alertée par le bruit, surgit dans la salle du trône et lui barra la route. Ainsi, la jeune femme se retrouva l’épée sous la gorge, incapable de faire le moindre mouvement alors que celui en qui elle avait placé tous ses espoirs gisait là, dans son propre sang, au bord de l’inconscience.

Tiamat émit un gloussement amusé et posa le pied sur le torse de l’homme, triomphante.

— Alors, Terre, est-ce tout ce que tu as à me donner ? Est-ce le mieux que tu puisses faire pour m’arrêter ? Je suis déçue. Sincèrement. Comme quoi, cette planète est vraiment faible.

La reine appuya de tout son poids sur le talon de sa botte d’or qui s’enfonça profondément dans la chair de Chaos. L’émissaire poussa un hurlement de douleur. Il tenta de se dégager, en vain. Il avait beau y mettre toutes ses forces, Tiamat ne bougea pas d’un millimètre.

Soudain, un bras puissant le souleva par le cou. Son regard se retrouva bientôt à la hauteur de celui de son adversaire qui le dévisageait avec tout le mépris du monde.

— Sérieusement, comment ma fille a-t-elle pu s’amouracher de quelqu’un comme toi ? Peut-être est-ce sa partie humaine qui a eu pitié de toi face à tes capacités limitées.


https://www.youtube.com/watch?v=2FW6EGFm574


Chaos essaya à nouveau de s’extirper de son emprise, mais la poigne de Tiamat était bien trop forte. D’un seul mouvement, elle l’envoya violemment contre le mur, puis embrocha le familier de son sceptre. Un liquide rougeâtre s’écoula sur le sol alors que l’homme sentait sa vie lui échapper peu à peu, sous le regard impuissant de celle qu’il avait aimée.

— Miden…, murmura-t-il dans un souffle étouffé par son propre sang.

Chaos avait été créé pour détruire. Son unique vocation n’avait toujours été que de mettre un terme à la civilisation agarthe. Il s’en souvenait désormais. Telle était la mission que la Terre lui avait confiée lorsqu’elle l’avait conçu… Non, il était plus que ça. Cette planète n’était que le vecteur qui lui avait permis de prendre forme. Il n’était pas né de la volonté de la Terre. Son créateur… était l’univers lui-même. Le rassemblement de millions de consciences en une seule pour donner naissance à une entité qui réaliserait leur souhait : mettre fin à la tyrannie agarthe.

Pourtant, même un être engendré par la haine comme lui avait été capable d’aimer. Il avait connu ce que tout être vivant avait le droit de ressentir : le véritable amour. Grâce à Miden, Chaos s’était senti, l’espace de ces deux années passées auprès d’elle, humain.

Il ne voulait pas que cela se termine. Il voulait comprendre ce monde. Il voulait vivre parmi les hommes, les guider et leur montrer la voie à suivre. Il voulait faire tomber cette reine tyrannique et autoritaire. Et plus que tout, il voulait voir sa fille grandir.


https://www.youtube.com/watch?v=vVYCU2dhwIY


— C’est ton peuple qui est faible… Tiamat…

Tout à coup, le corps de Chaos se mit à luire d’une intense lueur noire, émanant de la plaie béante dans laquelle le sceptre royal était planté. Tiamat, aveuglée, recula. De la peau de l’émissaire de la destruction, des rivières d’énergie pure s’écoulèrent et de remontèrent jusqu’aux trônes des membres du conseil. L’un d’eux hurla de douleur lorsqu’il fut atteint par la première goutte de ce poison obscur. L’homme, effrayé, utilisa un pouvoir de flammes dans l’espoir d’annihiler ce serpent des ténèbres, en vain. En une fraction de seconde, son existence fut effacée.

Les autres membres du conseil, affolés, tentèrent de s’enfuir, sous les yeux ébahis de leur souveraine, impuissante. Les pauvres Agarthes subirent le même sort que leur congénère.

Folle de rage, Tiamat enfonça plus profondément son sceptre dans la cage thoracique de Chaos, dans l’espoir de toucher le cœur. Toutefois, une violente bourrasque la fit reculer. La reine fut forcée de lâcher prise lorsqu’une tornade de poussière brisa son arme en deux. Elle bondit vers l’arrière, prenant soudain conscience du danger que représentait son adversaire.

— Gardes ! Ne restez pas là ! Allez prévenir le peuple d’évacuer immédiatement ! Ce type est…

Une rafale de flammes surgissant de la paume de Chaos coupa Tiamat dans son discours. L’homme tapa du pied sur le sol et ouvrit une brèche béante sous la garde royale qui sombra dans les entrailles de la Terre.

— Chaos, tu…

Miden s’interrompit net dans sa phrase. Son mari, désormais entouré d’une sinistre aura noire, tomba à genoux. Le sang qui s’écoulait de sa plaie avait pris la même couleur que les rivières qui avaient annihilé le conseil et s’infiltraient dans toutes les fissures et tous les recoins des parois du palais impérial, véritable tsunami emportant tout sur son passage. La salle du trône fut bientôt recouverte d’un lac d’énergie obscure. Dans les pièces adjacentes, les cris de douleurs des nobles, happés par cette déferlante, résonnaient, tel un requiem.

— Cette… Cette énergie…, murmura la souveraine. Le pouvoir… d’absorber les pouvoirs… Alors c’est ça… Le châtiment qui m’est réservé ? Miden, était-ce réellement ce que tu voulais ?





Chapitre 6 : Les regrets de la princesse



Spoiler :


La jeune femme ne répondit rien. Elle se contentait de fixer celui qu’elle aimait, à la fois effrayée et fascinée. Ce n’était pas ainsi qu’elle avait imaginé le sauveur de la planète… Mais ce pouvoir était exactement ce qu’elle avait toujours recherché. Elle en était convaincue. Chaos était vraiment le seul à être en mesure de faire tomber sa mère de son piédestal.

Sans dire un mot de plus, la souveraine s’envola et traversa la voute pour échapper à l’océan mortel, avant de disparaître au loin. À présent qu’ils n’étaient plus que tous les deux, Miden se rapprocha de Chaos. Il semblait avoir perdu tout contrôle. Ses pouvoirs jaillissaient de sa plaie comme d’une fontaine. Si personne ne l’arrêtait, Agartha ne serait pas l’unique victime.

Ainsi, Miden activa sa faculté de guérison et plongea dans la mer sombre. Elle le sentait, ce pouvoir qui essayait de la consumer et de détruire son corps. Mais elle refusait de mourir. Pas maintenant. Elle avait encore une chose à accomplir.

Jamais elle n’avait utilisé ses pouvoirs de cette façon, en continu. Cela l’épuisait énormément. Chaque mètre était un supplice. Mais elle devait rejoindre l’autre côté de la salle du trône, là où son mari se trouvait, seul.

Lorsqu’enfin la jeune femme prit la main de l’homme qu’elle aimait, Chaos reprit ses esprits. D’un seul coup, le liquide noirâtre qui s’échappait de lui s’arrêta de couler, tandis que l’émissaire constata avec effroi ce qu’il avait fait.

— Miden… tu…

Son épouse se tenait devant lui. Ses nerfs étaient à vif. Ses cheveux étaient poisseux. Ses habits en lambeaux. Certaines parties de son corps n’avaient même pas terminé de cicatriser. Mais elle lui souriait. Un sourire pur, sincère, et doux à la fois.

Incapable de se contenir davantage, le familier éclata en sanglots dans les bras de sa bien-aimée.

— Qu… Qu’est-ce que j’ai fait ? lâcha-t-il. J’ai… j’ai tué… Nous devions ouvrir le dialogue… et je les ai tués…

— Non, Chaos, ce n’est pas ta faute. Tu n’as rien fait de mal. Tiamat a refusé de nous écouter. Le conseil n’a eu que ce qu’il méritait.

— Miden…

Soudain, le ciel visible à travers la voute brisée s’obscurcit. Chaos et Miden levèrent les yeux pour constater avec effroi que des centaines, non, des milliers d’hommes mécaniques avaient envahi l’espace aérien, attendant simplement l’ordre de leur concepteur pour tout détruire sur leur passage.

— Des homoncules…, murmura Miden. Des êtres artificiels créés pour le combat… Tiamat est vraiment déterminée à te supprimer…

— Et si… Et si elle avait raison ? Ces pouvoirs… Ce sont ceux d’un monstre…

— Oui. Mais seul un monstre peut en vaincre un autre, lui répondit fermement sa femme. Ma mère est la reine des monstres. Elle doit être éliminée. Il n’y a que toi qui puisses le faire. Pas parce que tu as été conçu dans ce but, mais parce que, tout comme moi, tu désires libérer le monde de son emprise, est-ce que j’ai tort ?

Face au regard insistant de sa compagne, l’homme baissa les armes et sourit faiblement malgré la douleur qui lui lacérait la poitrine.

— Non. Tu as raison. Pour Gaia, nous devons créer un monde sans Tiamat.

En chancelant, l’émissaire se releva pour faire face à l’armée d’homoncules qui planait au-dessus du palais impérial. Il avait obtenu les pouvoirs du conseil, ceux des quatre éléments. Cela aurait dû suffire à arrêter cette armée et permettre un repli stratégique. Toutefois, la blessure était trop profonde. À peine Chaos tenta-t-il de faire apparaitre une flamme dans sa main que tout vacilla autour de lui.

Il se rattrapa juste à temps, mais réalisa que c’était au-delà de ses forces. Son combat contre Tiamat l’avait bien trop salement amoché. Dans son état, c’était tout juste s’il pouvait se tenir debout. Alors, affronter une armée mécanique…


https://www.youtube.com/watch?v=RpnRhiInopA&t=1s


Miden l’avait compris elle aussi. Le cœur de la jeune femme se serra. Si elle voulait remporter ce combat, elle n’avait pas le choix.

Alors que les hommes de fer scrutaient l’intérieur de la salle du trône depuis les cieux, attendant le moment propice pour passer à l’attaque, Miden se releva à son tour, puis plongea ses yeux bicolores dans ceux de Chaos. Son mari avait changé depuis leur première rencontre. Elle se souvenait avoir recueilli chez elle ce qu’elle pensait être un vagabond. Mais à présent, celui qu’elle aimait le plus au monde avait des allures de véritable guerrier… non, de prince. Un prince capable de renverser la tyrannie et instaurer un nouveau système, où la vanité et l’arrogance n’auraient pas leur place. Où les Agarthes n’auraient pas leur place. Miden en était convaincue du plus profond de son âme.

— Chaos…, commença-t-elle d’une voix tremblante.

Il la regarda dans les yeux. Malgré ses blessures et la situation désespérée, la détermination qui animait son regard brûlait toujours dans ses pupilles.

— Nous allons nous en sortir. Dès qu’on sera sorti d’ici, fui avec Gaia et trouve refuge parmi les humains. Je me chargerai de Tiamat et…

Miden interrompit Chaos dans sa tirade d’un simple mouvement de tête. Délicatement, la princesse déchue prit les mains épaisses de l’homme dans les siennes. Celles-ci portaient encore les marques des travaux des champs, derniers témoins d’une époque désormais révolue.

— Chaos, je suis heureuse de t’avoir rencontré.

— Miden, tu…

La jeune femme, sans quitter l’émissaire des yeux, lâcha les mains de son amant et fit un pas en arrière, le visage illuminé d’un sourire rayonnant, mais également couvert de larmes cristallines.

— Toute ma vie… Toute ma vie, je n’ai désiré qu’une chose, reprit-elle faiblement. Et cette chose, toi seul peux me l’apporter.

Miden recula d’un autre pas, se rapprochant inexorablement de la mer obscure.

— Cette chose, c’était l’espoir de voir un jour ma mère tomber de son piédestal. Jamais de mon vivant je n’aurais cru, ne serait-ce qu’entrevoir la possibilité que cela n’arrive. Mais grâce à toi, je sais que ce rêve deviendra réalité.

— Miden ! Attends, non, tu ne peux pas…

Chaos tenta de se rendre auprès sa femme, mais la douleur l’empêcha de bouger. Il s’étala lourdement sur le sol tout en crachant une nouvelle gerbe de sang. Dans un ultime effort désespéré, il tendit sa main vers celle qu’il avait aimée tandis qu’il sentait la chaleur des larmes réchauffer légèrement sa peau glacée.

Avec un autre pas en arrière, Miden se retrouva sur le rivage de l’océan de pouvoirs qui ne demandait qu’à l’avaler.

La renégate croisa les mains au niveau de son cœur et ferma les yeux.

— Tu sais, il y a quelque chose que je voulais te dire depuis longtemps. Mais merci de m’avoir suivi dans ma folie. Merci d’avoir aimé une princesse égoïste comme moi. Merci d’avoir accepté de partager mes rêves. Merci de m’avoir donné la chance de connaître le bonheur d’être mère. Prendre mes repas avec toi me sortait de la solitude de mon exil. Labourer les champs avec toi rendait le labeur moins pénible. Aller en ville avec toi me donnait l’illusion d’être une humaine ordinaire. Élever Gaia avec toi était certainement la plus belle chose qui m’ait été permise de vivre dans ma courte existence d’Agarthe.

— Miden… Non… S’il te plait… Ne fais pas ça…, sanglota l’émissaire, incapable d’agir. J’ai encore besoin de toi…

— Mais je serai toujours avec toi. Mieux. Je deviendrai une partie intégrante de toi. Nous ne formerons plus qu’un, nos deux pouvoirs réunis en un seul corps. Et ensemble, nous ferons tomber la tyrannie de Tiamat afin que Gaia puisse grandir, libre, et humaine. N’oublie jamais cela, Chaos, l’émissaire de la destruction : tu es libre. Libre de faire tes propres choix. Libre de te révolter. Libre d’aimer. Libre de devenir humain si tu le désires. Libre de te transformer en monstre. Quelle que soit ta voie, je t’accompagnerai. Mon pouvoir et ma mémoire vivront à travers toi, désormais.

Miden recula à nouveau d’un pas. Sa jambe entra en contact avec le liquide obscur et commença à dégager une épaisse fumée noirâtre. Toutefois, cette fois-ci, elle ne se régénéra pas et laissa la mer sombre dévorer sa chair.

— T’avoir rencontré… suffit à me dire que mon existence, celle d’une princesse déchue et issue d’une union interdite, n’a pas été une erreur. Je n’ai… aucun regret.

Abandonnant toute résistance, la demi-Agarthe se laissa tomber en arrière, sombrant dans l’océan des pouvoirs de celui qui lui avait sauvé la vie.

— MIDEN !


https://www.youtube.com/watch?v=_QI8eRGWl_0


Tandis que la surface s’éloignait et que Miden était entrainée vers le fond, une lumière illumina les ténèbres dans lesquelles elle avait plongé.

Toujours, elle avait été seule, séparée des autres Agarthes à cause de son sang mêlé. Pour tous les nobles du palais, elle n’était qu’une erreur de la nature, un être indésirable. Plusieurs fois, elle avait tenté de mettre fin à ses jours, en vain. Elle n’en avait jamais trouvé le courage. Pas parce qu’elle avait peur de la mort, mais parce qu’elle avait peur de donner raison à ses détracteurs. Elle refusait de partir sans rien laisser derrière elle, sans que personne ne se souvienne d’elle, sans n’avoir rien accompli. Alors, dès qu’elle eut atteint l’âge de quitter l’Olympe, elle s’était exilée chez les humains, avec son père et avait renoncé au trône. Puis elle l’avait rencontré, ce vagabond au bord de la rivière. Au moment où elle l’avait pris dans ses bras, elle avait compris qu’il était différent. Au début, elle ne voyait en cet étrange individu facile à manipuler qu’un moyen de parvenir à ses fins. Pourtant, au fil des jours, des semaines, des mois, elle avait fini par sincèrement apprécier sa compagnie. Pour la première fois, elle avait fait la connaissance de quelqu’un qui ne la jugeait ni sur son statut particulier, ni sur son sang, ni sur ses ambitions. Chaos était réellement l’émissaire de la destruction. Il était arrivé dans la vie de la jeune femme, et avait anéanti les barrières qu’elle s’était créées pour se protéger du monde extérieur.

Alors que le corps de Miden se consumait lentement et qu’elle sentait la vie lui échapper, la princesse leva la main vers la surface, comme pour essayer d’attraper cette dernière lueur avant de s’abandonner pleinement à la mort. Elle n’avait qu’un seul regret : celui de ne pas pouvoir voir de ses propres yeux l’accomplissement de son combat. Mais elle savait que Chaos en était capable. Après tout, il était l’être le plus puissant sur cette planète, celui en qui l’univers avait placé ses espoirs, en qui elle avait placé ses espoirs.

— Vis, Chaos. Utilise mon pouvoir pour accomplir tes rêves. Marche là où je n’ai pu aller. Désolée… Désolée de ne pas pouvoir cheminer à tes côtés jusqu’à la fin. Et adieu, familier de la Terre.

Puis la vision de Miden se brouilla. Tous ses sens s’en allèrent. Son esprit s’éteignit. Et son corps disparut dans une traînée d’étoiles dorées, ne laissant derrière elle que son alliance, perdue au milieu de l’océan des larmes de celui qu'elle avait aimé.





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le bon temps…

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[Fic]Le Dernier Esper posté le [13/07/2020] à 01:56

Chapitre 7 : Le destin de l’émissaire



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=2Xsk2aVFujo


Le hurlement du vent se mêlait au fracas des vagues de l’océan contre les flancs de falaise. Une forte odeur de sol et de poisson flottait dans l’air, accompagnée d’une douce senteur de pins et de pelouse humide. Un Soleil de braise enflammait le sommet des collines et embrassait une mer de sang derrière l’horizon, tandis que l’obscurité gagnait du terrain sur le crépuscule de cette longue journée d’été. Au loin, le cri de quelques mouettes retentit.

Miden contemplait ce paysage, comme souvent, debout au bord de du ravin, les bras croisés dans son dos, face à l’immensité vermillon. La jeune femme était habillée d’une simple robe blanche sans aucun artifice, qui ondulait au gré de la brise.

Chaos se tenait à quelques pas derrière son épouse, les épaules chargées des herbes médicinales qu’ils avaient collectées durant l’après-midi pour soigner une épidémie de grippe qui s’était déclarée au village.

— Dis, Chaos, une fois que tu auras accompli ton rôle, qu’est-ce que tu feras ? demanda alors Miden en se retournant en tournant la tête vers son mari, un sourire triste illuminant sa figure angélique.

— Après ? Je… Je dois t’avouer que je n’y ai jamais réfléchi…

La demi-Agarthe s’empourpra et commença à se dandiner d’une jambe à l’autre, gênée. Elle baissa les yeux.

— Je me disais… Et si… et si nous oubliions cette guerre et élevions un enfant, tous les deux, comme de simples humains… Qu’est-ce que tu en dirais ?

Chaos hoqueta de surprise, puis rougit à son tour.

— Un… un enfant ? bégaya-t-il. Je… Je…

Miden émit un gloussement amusé, puis attrapa la main de son compagnon.

— Je plaisantais. Même si j’aimerais vraiment, ma mère doit tomber. Nous aurons tout le temps d’y réfléchir plus tard ! Je n’ai pas envie que ma fille, ou mon fils grandissent sous une tyrannie !

— Mais… et si jamais nous avions bien un enfant… Tu as déjà pensé à un nom ?

La femme aux yeux bicolore posa un doigt sur sa bouche en faisant semblant de chercher.

— Et pourquoi pas… Gaia ?

— Gaia ? s’étonna l’émissaire.

— Oui. Tu es le familier de la Terre, non ? Est-ce que ça ne serait pas le prénom parfait pour ton enfant ?

Le visage de Chaos, d’ordinaire si impassible, s’illumina d’un sourire discret.

— C’est décidé, nous l’appellerons Gaia. Et elle grandira dans un monde sans Tiamat, je te le promets, Miden.


**


https://www.youtube.com/watch?v=gt5mgScnP6g


Miden était partie, engloutie par cet océan obscur et nauséabond. Chaos était à terre, paralysé, tandis que les homoncules s’avançaient lentement à l’intérieur de la salle du trône, telle une colonie de fourmis prêtes à dévorer leur proie.

Pourquoi s’était-il battu jusqu’ici ? Quel intérêt avait-il à poursuivre son combat ? Miden, celle qui l’avait accompagné depuis son réveil, n’était plus. Émissaire de la destruction ? Il n’avait que faire de ce titre. Il ne se considérait ni comme un sauveur ni comme un destructeur. Son seul souhait au cours de ses deux années de vie avait été de pouvoir vivre aux côtés de sa femme, en tant qu’humain.

Alors que les hommes de fer n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui, Chaos serra le poing.

— Ce n’est pas ce que je voulais…, murmura-t-il. Je ne désirais que le bonheur de Miden… Et à cause de moi, elle n’existe plus… Si seulement… Si seulement Tiamat avait mis sa fierté de côté… Alors peut-être… Peut-être que Miden serait encore vivante…


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Le familier puisa dans ses dernières forces pour se remettre debout. Ses jambes étaient tremblantes. Un flot ininterrompu de sang s’écoulait de sa poitrine. Ses habits étaient en lambeaux. Ses cheveux étaient poisseux. Et son visage était trempé de larmes. Mais il faisait face à l’armée de la reine des Agarthes. Dans le regard de Chaos, toute émotion avait disparu pour ne laisser place qu’à la plus pure des haines. Son corps émana soudain une intense aura obscure et, dans son œil droit, un Soleil dévoré par deux demi-lunes se dessina. Aussitôt, les milliers d’homoncules se tournèrent vers lui et pointèrent leurs canons sur lui, prêts à faire feu.

— Tiamat… Ton arrogance sera ta perte. Ta propre fille a sacrifié sa vie pour te voir tomber… Mais je vais exaucer son ultime souhait… et accomplir la volonté de l’univers en éliminant ton peuple jusqu’au dernier individu !

Deux flammes noires se formèrent dans les paumes du familier. À ses pieds, le sol se fendit. Des entrailles de la Terre jaillirent des centaines de lances rocheuses qui transpercèrent les armures des hommes mécaniques. Comme un essaim d’abeilles, ceux-ci fondirent sur leur ennemi. Ce dernier érigea à partir de la mer sombre un véritable bouclier de glace entre lui et ses agresseurs.

— Si je suis réellement assez puissant pour détruire la race qui a conquis le monde… Alors anéantir ces machines ridicules sera un jeu d’enfant ! Je ne mourrai pas ! Pas avant d’avoir éradiqué le virus que les Agarthes représentent pour la Terre !

Au moment même où Chaos prononça ces mots, un éclair lumineux surgit de l’océan. Des milliers d’étoiles scintillantes fusèrent vers son corps et l’enveloppèrent dans une chaleur douce et réconfortante, comme une dernière étreinte de celle qui avait donné sa vie pour lui. Aussitôt, les blessures du familier se refermèrent, tandis que ses pouvoirs gagnèrent en puissance. Les minuscules flammes qui crépitaient dans ses mains se changèrent en véritables brasiers ardents qui brûlaient avec autant d’intensité que le Soleil lui-même. Ses habits se métamorphosèrent également. Ses haillons disparurent pour laisser place à une tunique sombre surmontée d’une longue cape d’ébène.

— Terminons ce combat ensemble, Miden !

La lumière salvatrice se dissipa. L’homme, aussi vif que le vent, se rendit à l’autre bout de la pièce pour prendre les homoncules à revers. Puis, relâchant toute sa puissance, il projeta un déluge de feu sur ses adversaires. Sans perdre une seconde, Chaos posa la main au sol pour faire surgir de nouveaux épieux qui transpercèrent toute une rangée d’ennemis. D’un mouvement du bras, il forma une véritable tornade de poussière, et de pouvoir. Des centaines de robots furent broyés par le cyclone.

Lorsque la seconde vague tira une pluie de laser, l’émissaire se déplaça aussi vite que l’éclair pour y échapper. Toutefois, la lumière des tirs le poursuivait. Il ne pouvait s’arrêter pour reprendre son souffle sous peine d’être touché. C’est pourquoi il prit appui sur le mur et plongea au milieu de l’essaim, le corps enveloppé d’un bouclier de flammes. Les homoncules furent détruits par leurs propres armes tandis que Chaos retomba avec élégance sur le sol.


https://www.youtube.com/watch?v=IngdqLS16DQ


Lorsqu’il releva la tête, il se mordit la lèvre. Il restait encore autant d’ennemis que d’étoiles dans la voute céleste. Cependant, le familier était loin d’avoir usé de tous les pouvoirs des membres du palais. Il déplaça légèrement sa jambe droite vers l’arrière, arqua son dos et leva la main gauche vers le ciel.

— Je sauverai la Terre… Pour que le sacrifice de Miden ne soit pas vain !

Dans sa paume se matérialisa une épée au pommeau d’or et à la lame d’orichalque orné, d’un côté d’un Soleil sombre et de l’autre, de deux croissants de Lune. Les milliers d’hommes mécaniques restants plongèrent comme une seule entité vers Chaos, certainement pour le submerger. Toutefois, l’émissaire esquissa un sourire alors que la lame de son arme presque divine s’illuminait d’un sinistre éclat.

— Contemplez, peuple d’Agartha, votre propre puissance qui causera votre perte ! Spathí Tis Ypóschesis Níkis !

Une spirale de lumière noire s’échappa de l’épée et irradia le palais tout entier. La déferlante fut si puissante que les murs, le sol, les homoncules, et même les nuages dans le ciel, tout fut pulvérisé. Tiamat, qui se trouvait déjà loin, assista avec effroi à l’anéantissement de l’Olympe, et de ses rêves. Oui, elle en était désormais persuadée : cette colonne lumineuse signifiait la fin de son règne, et la fin de la domination des Agarthes sur la planète.


https://www.youtube.com/watch?v=ksMM4h8OJbM


Tandis que la reine constatait cette amère vérité, une minuscule silhouette se dessina dans la fumée. Il se tenait là, debout sur les ruines de la plus haute tour de ce qui avait été autrefois le plus grand palais du monde, sa longue cape volant dans son dos comme une paire d’ailes obscure, ses yeux rougeoyants d’un éclat maléfique, un anneau d’or au doigt et une épée dans la main : Chaos, l’émissaire de la destruction du peuple agarthe.

L’homme écarta les bras et contempla la magnifique cité à ses pieds, un sourire carnassier sur les lèvres.

— Profitez, Agarthes, de vos derniers instants de paix. Car le règne de Chaos va bientôt commencer.





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