Bienvenue visiteur, pour poster sur ce forum vous devez vous enregistrer.
Présentations Flux RSS Recherche
Pages : 1 2 3 4 5
[Fic]L\'Avènement des Dieux, Rebirth
heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [27/05/2019] à 01:23

YOSH! Il y a 6 ans, j'ai écrit ma fiction "l'avènement des dieux" sur ce forum et j'étais le 2eme après enbuoo à faire ça du coup tout le monde m'est tombé dessus :3 Mais maintenant que la fiction arrive à son terme, j'ai décidé de tout reprendre et d'enlever tout ce qui concerne Yugioh dedans afin d'en faire une véritable histoire à part entière, réécrite et surtout, améliorée! Du coup, exit les incohérences, les trucs wtf et les références bidons. Je vous présente L'avènement des dieux, version 2019 tavu !



Prologue: Un destin tragique



Spoiler :



Qu’est-ce que le destin ? Une force surnaturelle à laquelle tout être est soumise ? Un concept purement intellectuel créé par les hommes pour trouver un sens à leur existence ? Une volonté supérieure mais non absolue ?

De tous temps l’humanité a cherché à dominer le temps, prévoir l’avenir, remonter dans le passé, effacer ses erreurs, modifier le cours des choses, contrôler ce qu’elle appelle « destin » mais aucun homme n’a jamais trouvé de réponse exacte à cette question, pourtant simple et banale : « que se serait-il passé si… ».

Et pourtant, nombre sont ceux qui se sont opposés au destin, qui l’ont refusé et même combattu, quitte à mettre en péril l’équilibre fragile d’un monde déjà instable. Était-ce de la folie ? De l’inconscience ? Ou un simple espoir ?

Je l’ignore. Mais les conséquences résultant de ces actions prouvèrent une chose : que nul ne peut se prétendre maitre du destin, ni même le contrôler parfaitement.

Nous ne pouvons qu’influer dessus, comme une rivière que l’on détournerait pour l’utiliser à notre avantage. Cependant, la moindre crue nous serait fatale et tous nos efforts seraient réduits à néant. Car oui, ceux qui tentent de modifier l’histoire…doivent être supprimés de l’histoire. Et cela, je l’ai appris à mes dépends.

Mon nom est Drago Mio, et cette histoire est celle d’une bataille pour un monde, pour une époque, pour un homme, pour un souhait, pour un rêve, pour une lueur d’espoir.


Une longue journée de cours se terminait. Comme chaque jour, je rangeais mes affaires pour rentrer chez moi, par le même chemin, en croisant les mêmes personnes. La vie quotidienne aurait pu continuer ainsi éternellement, jamais je n’aurais vu le monde changer autour de moi. Les lendemains étaient identiques aux aujourd’hui : les cours, les amis, la maison…Et tout cela dans un cycle éternel.

J’étais président du club d’Astronomie du lycée. J’étais incapable de dire comment je m’étais retrouvé embarqué dans cette histoire, moi qui n’aspirais qu’à m’éloigner des autres, mais les faits étaient là. Avec nos deux délégués, Kagari et Ichigo, ainsi que mon amie d’enfance, nous étions en quelque sorte les paria de la classe, ceux que tout le monde évitait et ceux qui évitaient tout le monde. Mais pourtant, il fut un temps où les choses n’étaient pas ainsi, un temps qui me paraissait bien loin désormais, comme une lumière perdue dans la brume.

-Drago ! M’interpella une voix féminine alors que je franchissais la porte de la salle de classe.

Je me retournai et vis une fille aux yeux vairons – bleu et vert – aux cheveux tellement noirs qu’ils en paraissaient bleus et à la peau incroyablement pâle, accourir vers moi, un grand sourire aux lèvres. Il s’agissait de mon amie d’enfance, Hoshino Asuna.

C’était une fille assez dynamique, toujours prête à se lancer vers l’inconnu, ce qui lui valait parfois de se mettre elle-même en grand danger sans même s’en rendre compte. Depuis le début du lycée, elle se coiffait en laissant un trou sur le côté droit de sa frange irrégulière, certainement pour mettre en valeur la dissymétrie de ses yeux mais cela allait assez bien avec son visage enfantin et encore légèrement arrondi.

Je m’arrêtai quelques instants pour l’attendre, déjà fatigué par son humeur enjouée.

« Asuna, que se passe-t-il ? Demandai-je d’un ton neutre. »

La jeune fille rougit et commença à se dandiner d’un pied sur l’autre. Que voulait-elle encore ? Quand elle prenait ce genre de pose, c’était toujours mauvais signe en général, et comme elle était ma meilleure amie, je ne pouvais rien lui refuser…

« Dis…Je me disais…j’organise une fête ce soir…et tu pourrais peut-être…tu sais…

-Tu veux que je vienne, c’est ça ? La coupai-je.

-Tout à fait ! Alors, tu en dis quoi ? Me demanda-t-elle avec un grand sourire.

Je soupirai.

-Dis, nous serons combien exactement ?

-En comptant le chien…trois ! »

Je lâchai un long soupir.

« Je n’ai pas le choix j’imagine…

-Parfait ! Ça commence à vingt-heures, tâche de ne pas être en retard ! »

Mon amie me donna une enveloppe avant de partir joyeusement à travers les couloirs de l’école. Je ne l’ouvris même pas, connaissant déjà le contenu à l’avance. Pourquoi se compliquait-elle la vie avec des choses aussi formelles que celles-là alors que nous nous connaissions depuis le primaire ?

Je me contentai de ranger son invitation dans mon sac et je repris mon chemin pour rentrer…et me préparer pour cette fête improvisée. Même si je n’avais aucune envie de rejouer ce qu’il s’était passé quelques années plus tôt, je ne voulais pas non plus lui faire de peine…

Alors que je marchai comme tous les jours sur le long chemin qui me ramenait chez moi, je sentis quelque chose de différent dans l’air. Je regardai furtivement autour de moi, mais tout était identique à d’habitude : une longue route de bitume droite, avec au loin la fumée du centre de recherches où travaillait mon père. Il était ingénieur dans l’aérospatial. Son rêve était de trouver une nouvelle sorte d’énergie qui révolutionnerait le monde. Un beau rêve en soi, mais presque irréalisable malheureusement, et ce, même avec l’aide de son assistant, un brillant scientifique du nom de Fuji Makoto.

Un détail me frappa alors : il n’y avait presque personne sur cette route si animée d’ordinaire. Ce n’est pas que la solitude me pesait, au contraire j’aimais le calme, mais ce silence-là avait quelque chose d’oppressant, presque terrifiant. Il n’y avait pas un seul chant d’oiseau. Les rires des enfants sortant de cours s’étaient tus. Le vrombissement incessant des voitures s’en était allé. Et même le vent semblait avoir disparu.

Je me mis alors à accélérer le pas, peu rassuré. Tout ressemblait bien trop à ce jour funeste où Asuna avait payé cher par ma faute…Il fallait que je rentre au plus vite.

Lorsque j’arrivai chez moi, je vis la porte de la maison grande ouverte. Normalement, ma mère prenait toujours soin de la fermer à double tour avant de sortir, ce qui devait signifier qu’elle était encore là.

A peine entré, je l’appelai, mais aucune réponse ne me parvint et mon cœur s’accéléra davantage. Je me mis à regarder frénétiquement dans toutes les pièces de la maison dans l’espoir de trouver quelqu’un, mais il n’y avait plus âme qui vive dans cette demeure, pas même ma sœur qui passait plus de temps chez nous qu’en cours…

J’entendis alors des pas dans le jardin. Je me précipitai à l’extérieur, pensant qu’il s’agissait là de ma mère et qu’elle pourrait m’expliquer ce qu’il se passait, mais à la place, je trouvai un homme en blouse blanche que j’aurais préféré ne pas voir ici.

Il s’agissait de l’associé de mon père, un grand gaillard avoisinant le mètre quatre-vingt-dix, au menton carré et à la barbe grisonnante. Malgré son âge peu avancé, des rides creusaient déjà ses joues et de larges cernes pendaient sous ses yeux d’un gris si pâle qu’ils semblaient sans vie derrière ses petites lunettes carrées posées sur son long nez grec.

« Drago…Murmura-t-il d’une voix teintée par le chagrin et le désespoir. »

Je me raidis. Je savais qu’il s’apprêtait à m’annoncer une nouvelle que je ne voulais pas apprendre…mais, même si je voulais fuir au loin pour ne pas à avoir à affronter la terrible réalité, mes jambes refusaient de m’obéir et je me contentai de fixer l’homme.

Sans me prévenir, Fuji Makoto me prit dans ses bras dans un geste paternel et se mit à pleurer.

« Je suis désolé mon enfant…J’ai échoué…Je n’ai pas pu le protéger…Sanglota-t-il tout en me serrant fort contre sa poitrine.

-Le…Protéger ? Répétai-je, tremblant et feignant l’incompréhension dans l’espoir de me tromper. »

Essuyant son visage trempé par l’émotion, le vieil homme desserra son emprise et plongea son regard dans le mien et je pus y lire une compassion immense, comme s’il partageait la douleur qu’il allait m’infliger en me révélant la terrible vérité.

« Ecoute-moi bien Drago…Il…Il y a eu un accident au laboratoire…

-Un…accident ? Repris-je d’une voix vide de vie.

-Oui…Un accident.

-Dites…Fuji…Où est ma famille maintenant ? Pourquoi est-ce que ce n’est pas elle qui me l’annonce ? Pourquoi…Avez-vous une trace brûlure sur la main ? »

L’associé de mon père regarda son membre détérioré et fut saisi de spasmes incontrôlables.

« Crois-moi, ce n’est pas facile à vivre mais tu dois savoir que…L’expérience d’aujourd’hui a été un échec.

-Un…échec ? »

Voyant que je continuais à feindre l’ignorance et que je le forçais à tout me dévoiler, l’homme détourna le regard et mit sa main sur son cœur en signe de deuil.

« Nous sommes dans le même bateau désormais, Drago…Nous avons tous les deux perdus ceux à qui nous tenions… »

Sans en écouter davantage, je me dégageai de son étreinte et je me mis à courir aussi vite que mes jambes me le permettaient pour me réfugier…où ça ? Je n’en avais pas la moindre idée…Mais je voulais simplement m’éloigner de cet homme qui venait de détruire ma vie en une seule phrase.

« Attends Drago, tu ne dois pas… »

Je l’ignorais et je claquais la porte de ma maison pour m’enfermer seul à l’intérieur. Là, je m’écroulais simplement dans mon couloir d’entrée et je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps, incapable de faire autre chose.

Fuji sonna longuement et tenta de me ramener à la raison pendant plusieurs heures mais c’était inutile. Une fois de plus…une fois de plus, ceux que j’aimais souffraient et j’avais été impuissant à faire quoique ce soit pour les sauver.

Je restai là, recroquevillé sur le sol, des heures durant. Seul le désespoir habitait mon esprit à présent.

Pourquoi ? Pourquoi étaient-ils tous partis ? Pourquoi devais-je être le seul à me tenir encore debout ici alors qu’eux n’étaient plus ? Pourquoi devais-je endure cela alors que j’avais tout fait pour m’éloigner de tout le monde afin de ne plus jamais pleurer ?…

Au bout de plusieurs heures, alors que j’étais totalement déshydraté et affamé, je levai légèrement la tête vers la cuisine et y vis un long couteau trainer sur la table, à couteau d’un morceau de rôti sortant encore du four. Le dîner était déjà prêt, la télévision allumée et une agréable odeur de gâteau au chocolat flottait dans les airs. Mais tout était silencieux…tout était mort dans cette maison.

Si je n’avais rien su, j’aurais pensé que ma famille était simplement sortie et qu’elle reviendrait bientôt, mais je connaissais la réalité. J’étais seul et personne ne viendrait plus à mon secours. Même Asuna aurait été impuissante à me sortir de cette épreuve…

Je me relevai lentement et montai les marches de l’escalier. Mes jambes semblaient de plomb et chaque pas était un supplice.

Je passai devant la chambre de ma sœur, et je vis la porte entrouverte. Devais-je entrer ? Si elle avait été là, elle aurait certainement hurlé, elle qui tenait à son intimité plus que tout. Elle me cachait tellement de choses depuis des années que j’avais même abandonné l’idée de tout découvrir.

Je me permis cependant de passer le nez à l’intérieur. De toute façon, elle n’était plus là pour me faire des reproches…

La pièce était identique à elle-même, toujours en désordre, des livres éparpillés partout et le lit non fait. Je déplaçais légèrement les affaires de son bureau pour les remettre un peu en ordre, lorsque je vis une lettre au nom de « Drago ».

Mon cœur se mit à battre plus fort. Non, c’était impossible qu’elle ait su cela avant que ça n’arrive ! Ce n’était…même pas rationnel…Et pourtant, mes mains bougèrent toutes seules.

Je sortis le papier de l’enveloppe et je commençai à lire :

« A mon frère Drago,

Il y a beaucoup de choses que l’on ne peut se dire en face à face…et ce dont je vais te parler ici en fait partie, alors s’il te plait, lis attentivement ce message avant de tenter quoique ce soit.

Si tu lis cette lettre, c’est que le pire est arrivé pour moi et pour nos parents. Mais ne t’inquiète, même le pire des scénarios a été envisagé. Tout ce qu’il se passe n’est qu’une suite logique d’événements dont tu saisiras bientôt le sens. Je sais que tu vas tenter de nous rejoindre, mais il y a quelque chose que tu dois savoir : notre mission ici n’est pas terminée, et tu es à présent le seul à pouvoir l’accomplir. C’est pourquoi, il faut que tu restes en vie. Je sais que pour toi, ce monde peut te paraitre injuste, cruel et dénué de sens, mais je peux te promettre que même si nous ne sommes plus physiquement à tes côtés, ta vie ne fait que commencer. A partir de maintenant, tu verras des choses dont tu n’avais même pas idée. Tu rencontreras des personnes toutes plus incroyables les unes que les autres. Tu accompliras des miracles dont tu ne pouvais même pas rêver. Telle est la promesse qu’Il nous a faite.

Quoiqu’il en soit, nous te souhaitons une merveilleuse vie et nous serons toujours à tes côtés, quoi qu’il arrive. N’oublie jamais que le désespoir est ton ennemi. Nul ne peut changer le passé mais n’importe qui peut forger son avenir. Nous nous reverrons.

Ta sœur, Théa »

Alors que j’arrivai au terme de la lettre, une pierre tomba de l’enveloppe et se mit à rouler sur la table. Lorsque je la pris entre mes doigts, une sensation étrange m’envahit. Cette pierre était singulière. Non seulement, elle était bicolore, comme une fusion de perle nacrée et d’opale sombre, mais dégageait également de la chaleur…C’était étrange…

Mais ce caillou était bien le dernier de mes soucis. Je ne comprenais rien aux derniers mots de ma sœur. J’avais l’impression qu’elle parlait quelqu’un d’autre mais moi…Mais peut-être la fatigue et le désespoir me jouaient-ils des tours et embrouillaient mon esprit déjà embrumé.

Finalement, alors que des milliers de question fourmillaient dans ma tête, l’épuisement eut raison de moi et j’endormis sur ce bureau, serrant fort cette étrange pierre dans ma main, ce dernier cadeau légué par ma sœur avant de mourir…



Chapitre 1 : Confusion



Spoiler :


Un rêve…Tout était sombre autour de moi. Mon corps, translucide, flottait simplement au milieu du néant. Au loin, il n’y avait rien. Rien d’autre que les ténèbres, comme si tout ce qui existait avait disparu. Je n’entendais rien. Je ne voyais rien. Je ne sentais rien. Je ne touchais rien. J’étais seul, perdu dans l’infini d’un univers mort.

Soudain, une faible lueur luisit sous mes pieds et, sortant du néant, je vis des centaines de lignes blanches apparaitre et se répandre tout autour de moi, se perdant au loin dans l’horizon sombre et glacial.

En regardant plus attentivement, j’eus l’impression de reconnaitre une sorte de carte mère géante, comme si toutes ces lignes n’étaient rien d’autre que des circuits électriques dans lequel des centaines de milliers de données, ici de minuscules points blancs filant à grande vitesse, se déplaçaient.

Soudain, toutes les lignes se mélangèrent entre elles, comme des bouts de ficelle et, en s’entrecroisant, finirent par donner naissance à une créature immense. Il s’agissait d’une créature mythologique, un dragon, lumineux du côté droit, sombre du gauche, et dont les deux yeux rouge et jaune me fixaient intensément.

Lentement, la terrifiante créature avança sa main de lumière vers moi comme pour m’attraper. Mais alors que j’aurais dû trembler de peur et m’enfuir à toutes jambes, ma propre main s’avança également vers le monstre, comme guidée par une force supérieure.

Lorsque nous nous touchâmes, un frisson me parcourut tout le corps tandis que le dragon rayonna de plus belle. La lueur devint si forte qu’elle m’aveugla complètement, me plongeant dans un océan de lumière blanche, chaude, rassurante…et réconfortante…

En recouvrant la vue, l’univers sombre et froid dans lequel j’étais plongé quelques instants plus tôt s’était métamorphosé. Désormais, des centaines de milliers d’étoiles brillaient faiblement au loin et une planète bleue en tout point semblable à la terre gravitait autour de son soleil. C’était comme si cette explosion avait suffi à redonner vie à cet univers déchu.

Cependant, je n’étais plus seul. Quelqu’un me faisait face. De dos, je ne pouvais distinguer de qui il s’agissait, mais cette personne portait une longue cape blanche et noire, ainsi qu’une armure d’or et d’opale. L’homme – puisqu’il s’agissait vraisemblablement d’un homme – possédaient de longs cheveux tombant sur sa nuque de façon désordonnée tandis qu’il regardait fixement cette terre alternative, les bras croisés sur son torse.

-Cela faisait bien longtemps que nous ne nous étions pas vus, Drago ; déclara-t-il d’une voix lente, grave et solennelle, tel un roi s’adressant à un sujet.

-Nous…nous connaissons ? Lui demandai-je aussi confus que perdu.

-Non…tu ne m’as jamais rencontré…

-Alors pourquoi… »

L’homme me coupa la parole d’un signe de la main puis pointa la planète. Là, je vis que d’épais nuages sombres commençaient à la recouvrir entièrement, et bientôt elle disparut sous ce voile de ténèbres infranchissable pour la lumière du soleil.

« Les rouges du destin se sont déjà mis en marche il semblerait ; continua l’homme dans un murmure. Il ne nous reste que peu de temps… »

Le chevalier en armure tourna très légèrement la tête vers moi et je pus distinguer son œil rouge comme le sang luire dans l’obscurité, me regardant, comme attendant quelque chose de moi.

« Si je veux que mon monde voie le jour…Je n’ai pas d’autre choix. »

Sans ajouter un seul mot, l’homme claqua des doigts et aussitôt, je me sentis lourd… et épuisé. Juste avant de sombrer dans l’inconscience, je crus voir un second homme s’approcher du premier mais je ne pus distinguer que le bas de ses vêtements, une sorte de long manteau blanc descendant jusqu’à ses genoux, puis tous mes sens m’abandonnèrent de nouveau.

Le réveil fut brutal. Je me trouvais dans une petite ruelle sombre où la lumière ne passait que via les fenêtres sales des derniers étages des immeubles autour. Il n’y avait personne, tout semblait abandonné depuis longtemps, même les chats avaient déserté cet endroit. Tout proche de moi, je pouvais entendre de puissants bruits de moteurs d’avion, me faisant penser que je devais être proche d’un aéroport.

Il m'était impossible de me rappeler comment j'étais arrivé là. La dernière chose dont j'étais sûr c'était que je m'étais endormi sur le bureau de ma sœur… Et puis ce rêve étrange… Mais après le trou noir.

Après plusieurs secondes à fouiller dans ma mémoire, je pris soudainement conscience de ma position…Allongé dans une benne à ordures malodorante où s’entassaient toutes sortes de déchets plus suspects les uns que les autres ainsi qu’une carte d’anniversaire où était marqué : Joyeux dixième anniversaire Hiroki, de la part d’Hiroki…

Je sortis de là en vitesse, pestant et jurant contre la personne qui m’avait fait cette mauvaise blague. Mais je me calmais rapidement. Ce n’était pas mon problème. Si j’avais atterri ici, c’était forcément que quelqu’un s’était introduit chez moi et m’avait enlevé avant de m’abandonner ici sans aucune raison apparente…

A ce moment-là, je voulus sortir mon portable et appeler quelqu’un…mais son nom m’échappa…de même que son visage. J’étais pourtant persuadé qu’en cas de problème, j’avais un ou une amie sur qui je pouvais toujours compter…mais c’était comme si cette personne avait disparu de ma mémoire…

Cela n’allait vraiment pas m’avancer si en plus j’étais atteint d’Alzheimer. Déjà que je devais avoir l’air d’un clochard, sans affaire et sortant d’une poubelle au sens propre…Mais en plus, tout ce que j’avais sur moi étaient les vêtements que je portais, ainsi que cette mystérieuse pierre chaude et bicolore.

Cela ne m’avançait à rien de ruminer seul dans cette ruelle. Tout d’abord, je devais savoir où je me trouvais et ensuite me rendre au poste de police le plus proche pour pouvoir enfin rentrer chez moi…Et après ? Quel était le sens de tout cela alors que plus personne ne m’attendait et ne m’attendrait plus jamais ?

Je lâchai un long soupir avant de sortir de cette ruelle nauséabonde, les mains dans les poches et la tête basse.

La ville dans laquelle je me trouvais me semblait assez ancienne, peut-être datant des années 1800 et les bâtiments me rappelaient vaguement les immeubles haussmanniens parisiens que j’avais souvent vus en photo.

J’avais débarqué dans une large avenue passante, bondée de monde. Partout, des magasins de souvenirs – qui me confirmèrent que je me trouvais bel et bien à Paris – attiraient touristes et badauds par milliers. J’avais l’impression de me trouver dans une fourmilière géante, moi qui avais toujours vécu dans une petite ville de campagne du Japon…

La première question qui me vint à l’esprit en découvrant ma position fut bien évidemment comment je m’étais retrouvée aussi loin de chez moi…mais une seconde interrogation me taraudait : combien de temps s’était écoulé depuis l’accident ?

Je m’arrêtai devant le premier kiosque que je vis et me mis à observer attentivement les journaux. C’était étrange. Selon eux, nous étions le 16 mars 2013…soit le lendemain de l’explosion…Comment était-ce possible qu’en moins d’une journée, je me sois retrouvé aussi loin de chez moi ?

Alors que je ruminais cette question dans un coin de mon esprit, j’en profitai pour lire les gros titres. Même si je n’avais jamais appris à lire l’alphabet latin, je comprenais parfaitement tout ce qui était écrit comme du Japonais. Apparemment, il y avait eu une autre explosion la veille près de Genève, au CERN et un éminent professeur, un certain Ryoko Seiu, était actuellement porté disparu.

Tout cela n’avait aucun sens. Depuis mon réveil, j’avais l’impression d’enchainer une cascade d’incohérences et d’actions impossibles que cela en devenait presque ridicule…

Mais alors que je pensais cela, je n’avais pas encore remarqué qu’à quelques mètres de moi, deux hommes m’observaient. Ils portaient des costumes noirs ainsi que d’épaisses lunettes de soleil pour cacher leurs yeux, comme des agents secrets, et leurs carrures me fit déglutir.

Faisant mine de rien, j’achetai le journal que j’avais commencé avec mes quelques yens, ce qui ne sembla pas gêner le buraliste, et m’éloignai au plus vite de cet endroit.

Cependant, à peine eussé-je bougé que les deux hommes en noir se mirent également en mouvement, prenant la même direction que moi. Progressivement, j’accélérai le pas, me contentant d’abord de marcher vite…puis de courir lentement…pour finalement sprinter au milieu d’une foule de passant s’offusquant que je les bouscule mais je m’en fichais. Je voulais simplement semer mes assaillants à tout prix.

Après dix minutes de crouse effrénée, la fatigue eut raison de moi et je m’arrêtai, à bout de souffle au milieu d’un quai longeant la seine. Au loin, je pouvais entrevoir le sommet de la tour Eiffel, symbole de la ville et sur l’eau naviguaient quelques péniches tandis que des rares passants se baladaient nonchalamment le long du fleuve.

Génial. Cette journée était vraiment géniale, je n’avais pas d’autre mot qui me venait en tête. D’abord je me réveillais dans une poubelle, puis je me retrouvais à l’autre bout du monde et maintenant j’étais pourchassé…je ne savais même pas pourquoi !

Je sortis à nouveau la pierre noire et nacrée de ma poche en fronçant les sourcils. C’était le seul objet qui pouvait posséder un quelconque intérêt que je possédais sur moi…Se pouvait-il que ces hommes soient à ma poursuite à cause de ce caillou ? Je ne voyais pas d’autre explication…

Je me mis à regarder plus attentivement la pierre précieuse et je pus voir à l’intérieur comme une sorte de scintillement. J’avais l’impression de voir une réplique miniature d’un univers…et c’était plutôt joli mais je ne voyais rien d’autre.

A ce moment-là, j’eus envie de jeter dans le fleuve cette stupide babiole mais lorsque les mots dans la lettre de ma sœur me revinrent en mémoire, je m’arrêtai dans mon geste, incapable de me débarrasser de ce dernier souvenir qu’il me restait d’elle.

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ce truc, Théa…Murmurai-je dans un long soupir. »

Je n’eus pas le temps de reprendre mon souffle plus longtemps car de l’autre côté de la rive, je pus voir que les deux hommes suspects avaient appelé du renfort et qu’ils étaient désormais au moins une dizaine…

Sans me faire prier, je m’enfuis dans la direction opposée, sans même savoir où je me dirigeais. Je slalomais dans les petites ruelles, faisant le plus de détours possibles dans l’espoir de les semer mais il n’y avait rien à faire. Dès que je m’arrêtais ne serait-ce qu’une minute pour reprendre mon souffle, je voyais mes poursuivants toujours à mes trousses.

Je finis ma course sur le parvis du sacré cœur, juste devant la basilique de Montmartre et là, je fus finalement acculé. Derrière moi, il n’y avait rien d’autre qu’un flanc de colline abrupte sur lequel je ne pouvais me risquer de courir sans me briser le cou.

En voyant mes assaillants arriver, tous les touristes, effrayés, s’enfuirent et je me retrouvai seul contre une armée d’homme en noir, l’air tous plus agressifs les uns que les autres. Par réflexe, je reculai mais je me heurtai à la balustrade me protégeant du vide…

Alors que je pensais être au bout de mes surprises et avoir tout vu dans cette journée infernale, les hommes s’écartèrent pour former comme une haie d’honneur et s’agenouillèrent tous comme un seul être tandis qu’un homme se rapprochait de moi.

« Seigneur Hélios, nous avons le garçon, dit l’un des hommes en noir d’un ton respectueux. »

Le nouveau venu était grand, peut-être atteignant le mètre quatre-vingt-dix, et avait une carrure bien plus imposante que n’importe quel sportif. Sur son visage mat d’homme ayant passé la trentaine se dessinait une courte barbe. Ses cheveux, très volumineux, tombaient en pic de chaque côté de son visage tandis que sur son front était posé une couronne incrustée de joyaux scintillants. Ses petits yeux, rouges comme le sang, me fixaient et je pouvais y lire une haine incommensurable tandis qu’un rictus mauvais déformait ses lèvres.

Mais le plus bizarre chez lui était peut-être sa tenue : une épaisse armure dorée comme le soleil recouvrant son torse et ses membres, le tout par-dessus une tunique pourpre de style renaissance. Enfin dans son dos flottait une longue cape blanche, ornée d’un motif pourpre pour le moins particulier. On aurait dit une sorte de pupille de reptile à l’intérieur d’un œil formé par deux griffes de tailles différentes.

Qu’est-ce que c’était encore que ce guignol ? Les gens en France étaient-ils si ancrés dans les traditions que des gens s’habillaient encore comme au dix-huitième siècle ? Était-ce le Kimono de ce pays ? Ou alors avais-je juste à faire à un détraqué ?

Je l’ignorais. Mais le regard qu’il me lançait suffisait à me faire trembler comme une feuille. Et cela ne s’arrangea pas lorsqu’il prit la parole d’une voix grave et puissante qui imposait le respect, même à moi qui ignorait tout de ce qui se jouait sous mes yeux.

« Je te souhaite un bon retour dans notre monde, Drago, déclara-t-il très calmement. Je ne pensais pas que ce cher Solaris aurait le courage de réaliser la prophétie finalement.

-La…Prophétie ? Vous connaissez mon père ? Et qu’entendez-vous par « notre monde » ? Répétai-je, aussi choqué que perdu. »

L’homme émit un léger ricanement amusé avant de reprendre, toujours avec ce sourire cruel et malicieux.

« Allons bon, je ne peux pas croire qu’il t’ait abandonné en pleine nature sans même te révéler qui tu es, cela ne lui ressemble pas…Enfin, j’imagine que cela sera plus simple pour moi. N’y vois en aucun cas quelque chose de personnel mon garçon, je ne fais qu’accomplir mon destin. »

Sans ajouter un mot de plus, l’homme fronça les sourcils tandis que son sourire s’élargit en même temps que ses yeux luisaient d’un éclat de plus en plus inquiétant. Le vent se leva subitement derrière l’homme et d’épais nuages d’orage recouvrirent le ciel de Paris, une seconde plus tôt d’un bleu total.

Une vive lueur émana du cristal incrusté dans la couronne de l’homme et une forme lumineuse se dessina derrière lui.

Je retins mon souffle et écarquilla les yeux de stupeur. Mon cœur battait à cent à l’heure tellement j’étais terrifié et de grosses gouttes de sueur perlaient de mon front à la vue de la créature qui étaient en train de se former juste devant moi, en plein Paris, à la vue de tout le monde.

Deux ailes de lumière se déployèrent, puis deux pattes griffues, une longue queue écailleuse, un corps couleur saphir et étrangement humanoïde et pour finir un long cou terminé par une tête reptilienne…Une tête de Dragon.

Oui. Je ne rêvais pas. L’homme…venait d’appeler un dragon de cinq mètres de haut, se tenant sur ses pattes arrière, recouvert d’une épaisse armure dorée et brillant aussi fort que le soleil lui-même.

« Finissons-en rapidement, Atoum : Solar Shine ! »

Le monstre rayonna de plus belle et un large faisceau de lumière blanche s’échappa de sa gueule pour fuser dans ma direction.

Me sachant condamné, je ne tentai même pas de fuir en voyant que même le sol de pierre de résistait pas à cette déferlante d’énergie et je me contentai de fermer les yeux en tendant les bras devant moi dans un geste désespéré pour ne pas souffrir trop…Après tout, je me fichais bien de survivre…Je n’avais aucune idée de ce qui me tombait dessus mais cela m’importait peu. Je n’avais rien à perdre en mourant maintenant…

Cependant, alors que je pensais finir carbonisé en une fraction de seconde, je ne ressentis aucune douleur, comme si l’attaque ne m’avait jamais atteint…et c’était le cas. En effet, dans ma main droite, j’avais gardé la pierre bicolore et celle-ci semblait absorber l’attaque, tel un trou noir dévorant la lumière.

L’homme fronça les sourcils devant ma résistance, comme ne s’attendant pas à ce que je survive plus de cinq secondes. Néanmoins, plus cette pierre absorbait de l’énergie et plus elle devenait brûlante et elle devint bientôt si chaude que je ne pus la garder dans ma main.

Dans un mouvement de panique, je lâchai mon rocher. Aussitôt, la déferlante de l’attaque me projeta en arrière et je passai par-dessus la balustrade.

Je roulais sur la pente, incapable de m’arrêter, mangeant littéralement la poussière et sentant les graviers pénétrer dans ma chair.

Après une chute qui me parut interminable, je finis par m’écraser sur le bitume de la rue en contrebas avec un désagréable gout de sang dans la bouche tandis que tout mon corps était en feu. Mes habits n’avaient pas survécu à cette cascade, me laissant entrevoir les nombreuses entailles qui parsemaient ma peau.

Je levai la tête vers la basilique, terrifié et interdit. Dans la pénombre, le dragon ressemblait réellement à un soleil vivant, tout aussi majestueux et dangereux que notre étoile…

La créature mythologique chargea un nouveau rayon de lumière qui fusa dans ma direction, annihilant une fois de plus tout ce qu’elle trouvait sur son passage.

« Finissons-en rapidement…Murmurai-je à bout de force, alors que j’étais au bord de l’évanouissement. »

A ce moment-là, une ombre furtive passa devant moi pour s’interposer entre cette attaque destructrice et moi.

« Light Barrier ! »

A peine la personne eut-elle crié cette incantation qu’un écran lumineux se créa dans les airs, stoppant net les flammes blanches du reptile.

Elle se retourna ensuite vers moi et je pus voir le visage d’une jeune fille blonde aux yeux azurés qui devait avoir à peu près mon âge.

Sans ajouter un seul mot, elle m’attrapa par le col avant de me forcer à la suivre tandis que derrière nous, une explosion retentit au loin et qu’un épais nuage de fumée noirâtre ne nous permette de prendre la fuite…




Chapitre 2 : la prophétie



Spoiler :



La jeune fille m’entraina à sa suite à travers les rues de Paris, ignorant les passants qui nous dévisageaient avec stupéfaction. Il fallait dire que nous devions avoir l’air bien étranges : deux adolescents, dont l’un vêtu d’habits à moitié carbonisés, courant au milieu des rues de Paris en bousculant tout le monde…

Mais même si je faisais tout mon possible pour tenir la cadence et la suivre, mes blessures finirent par avoir raison de moi et je m’écroulai sur le sol d’une grande place carrée.

Immédiatement, tous les regards se tournèrent vers nous mais la jeune fille réussit à détourner l’attention de manière plus ou moins subtile…

« Eh, regardez là-bas, un panda géant ! S’écria-t-elle en montrant du doigt la basilique. »

Si j’avais été en mesure de le faire, je me serais volontiers frappé le front de la paume de ma main en voyant que tout le monde regardait effectivement dans cette direction…

La blonde me prit ensuite par le bras et me prêta son épaule pour que j’y prenne appui.

« Allez toi, ce n’est pas le moment de flancher, on y est presque, dit-elle en grimaçant sous mon poids. »

Péniblement, elle me traina jusqu’à l’un des immeubles de la place puis s’arrêta devant l’une des portes et rentra à l’intérieur de l’appartement. Là, après avoir passé un long couloir, elle m’allongea sur le canapé du salon avant de m’apporter un torchon humide qu’elle posa sur mon front…

Je poussai un cri de douleur lorsque la serviette toucha ma peau. Elle était brûlante !

« Oups…Dé…désolée, je ne voulais pas…S’affola la jeune fille en me retirant précipitamment cette bouillote. »

Je n’avais même pas la force de protester et je laissai tout simplement passer, voyant qu’elle ne cherchait qu’à bien faire.

Lorsqu’elle tenta de m’apporter un second torchon, je levai péniblement la main pour lui faire comprendre que ce n’était pas la peine.

Alors que mon esprit redevenait peu à peu lucide, je pus enfin voir distinctement à qui j’avais à faire. Il s’agissait d’une lycéenne aux grands yeux bleus et aux longs cheveux blonds. Une frange irrégulière tombait sur son front tandis que de chaque côté de son visage pendaient deux longues mèches ne s’arrêtant qu’à ses épaules. Son nez fin et ses lèvres retroussées me laissant entrevoir un sourire éclatant, le tout se dessinant dans un visage effilé lui donnait un air innocent, comme une gamine trouvant un animal bizarre dans jardin…ce que j’avais l’impression d’être à en juger par la façon dont elle me dévisageait.

La jeune fille était simplement vêtue d’une veste beige, d’un T-shirt en V et d’un jean clair mettant en valeur ses formes.

Je finis par détourner les yeux, gêné qu’elle me fixe de la sorte et, comme se rendant compte de ce qu’elle faisait, elle détourna le regard également.

« Je…Je suis contente qu’il ne te soit rien arrivé, bégaya-t-elle en tentant de paraitre assurée. Ce type est une vraie plaie, mais tu dois être aussi stupide que moi pour oser l’affronter !

-Ce…type ? Tu le connais ? M’étranglai-je, interdit.

-Malheureusement ; soupira-t-elle. Tu as de la chance que je sois passée dans le coin sinon tu aurais fini en rôti ! June a bien fait de m’apprendre au moins ce sort…

-Attends une minute, je ne comprends rien moi ! Ce type avait un dragon et tu n’es même pas étonnée ?! Tu es une sorte de sorcière ou quoi ?! »

La jeune fille s’arrêta net pour me dévisager avec des yeux ronds…puis éclata de rire à tel point que des larmes se mirent à couler de ses yeux.

« Oui, c’est ça, je suis une sorcière et toi un voyageur dimensionnel ! Sérieusement, tu es impressionné par un si petit tour de passe-passe ? D’où est-ce que tu sors toi ?

-Ne te moque pas de moi, je suis sérieux ! Qui était ce type ? Pourquoi personne n’a réagi en voyant ce dragon ? Comment se fait-il que tu aies pu créer cette barrière d’énergie ? Comment fais-tu pour me comprendre alors que je ne parle pas un mot de français ? Qui es-tu à la fin ?! »

Le sourire de la jeune fille s’effaça aussitôt de son visage qui s’assombrit tandis qu’elle fronça les sourcils d’un air contrarié.

« Tu…Tu es vraiment sérieux quand tu dis que tu n’as jamais vu de dragon ? Murmura-t-elle, comme si elle ne pouvait pas y croire elle-même.

-Puisque je te le dis ! Depuis ce matin, j’ai l’impression que rien n’est logique et ce que tu dis n’as pas plus de sens que si tu m’annonçais que j’avais voyagé dans le temps ! »

La blonde se leva alors et se mit à faire les quatre cents pas dans le salon, comme cherchant une solution à mon problème tandis que je commençais à m’impatienter. Certes, je lui étais redevable pour m’avoir sauvé mais l’impasse dans laquelle je me trouvais depuis plusieurs heures commençait vraiment à m’agacer.

Lorsque la jeune fille finit enfin de tourner en rond sans but, elle me lança un nouveau sourire, moqueur cette fois-ci, comme une enfant ayant trouvé une bêtise à faire.

« Commençons par le commencement, monsieur le garçon bizarre. Je me présente, je m’appelle Angéla Hopper. Je suis…enfin plutôt, j’étais lycéenne jusqu’à il y a trois jours quand j’ai été virée, lança-t-elle en riant fort. »

Je grimaçai. J’étais tombé sur un drôle de numéro encore…Mais bon, cette fille était la personne la plus normale que j’avais rencontrée depuis ce matin…

« Je m’appelle Drago Mio et je suis…

-Perdu ? Me coupa-t-elle, ce qui eut le don de m’agacer. Oui, ça c’est sûr que tu as l’air paumé mon pauvre.

-Je ne te permets pas de…

-Après tout, qui ne serait pas perdu en arrivant dans un nouveau monde ? »

Je restais pendant plusieurs secondes la bouche ouverte sans qu’aucun son n’en sorte tellement j’étais abasourdi par une telle absurdité. Je crus tout d’abord que la dénommée Angéla se fichait de moi mais elle semblait incroyablement sérieuse derrière son sourire idiot.

Je voulus me lever et quitter cet endroit, pensant que je n’apprendrai rien de plus mais mes blessures se firent à nouveau sentir et je fus obligé de me rasseoir.

« Très bien, j’ai compris. Qu’est-ce qui te fait penser une telle chose ? Grommelai-je, tentant au moins de trouver une logique dans l’illogique.

-C’est la première fois que tu vois un Dragon de ta vie je me trompe ? Pareil pour ma barrière d’énergie ?

-Evidemment ! M’énervai-je. Les dragons ça n’existe…

-Que dans notre monde, oui, compléta-t-elle, une lueur malicieuse brillant dans ses yeux. »

Sans me laisser plus de temps, la blonde alluma la télévision et mit une chaine d’informations. Au début, tout semblait normal, le présentateur parlait de crise mondiale et d’autres événements que j’aurais pu voir également au Japon…jusqu’à ce que des images montrant l’armée combattant d’étranges créatures tout droit sorties d’un monde de fantasy passent à l’écran tandis que le présentateur continuait à parler sans relever davantage.

Je m’effondrai dans le canapé, abasourdi. C’était impossible, inconcevable, irréaliste, illogique et irrationnel…mais rien ne pouvait expliquer cela…mis à part que je ne me trouvais plus dans mon monde…mais dans une sorte de terre parallèle… Etais-je mort de chagrin après avoir lu la lettre de ma sœur et je me trouvais désormais dans une sorte de paradis ? Ou bien m’étais-je tellement déshydraté que je délirais dans mon sommeil ?

Angéla me ramener à la réalité en attrapant mon bras pour mettre un pansement sur une de mes blessures qui avait recommencé à saigner.

« Je disais donc avant de me faire interrompre…

-Tu t’es interrompue toute seule…chuchotai-je assez bas pour qu’elle ne puisse pas m’entendre.

-Je ne sais pas trop d’où tu viens mais nous sommes ici sur terre, dans un pays qui s’appelle…

-La France oui, je sais ; râlai-je qu’elle m’explique quelque chose d’aussi évident.

-Eh, ce n’est pas forcément évident pour tout le monde ! Se défendit-elle en gonflant les joues. La plupart des Spirituals n’ont aucune idée du monde qui les entoure !

-Les quoi ? Répétai-je.

-Tu vois qu’aucune information n’est inutile ! Rétorqua la jeune fille, contente de pouvoir me contredire.

-Très bien, très bien, je te laisse continuer…Cédai-je en comprenant que je ne pouvais y couper.

-Mais puisque tu as l’air familier avec notre planète en elle-même, cela me prouve bien que tu viens d’une autre dimension.

-Tu es bien hâtive dans tes conclusions, je pourrais être tout simplement amnésique…

-C’est vrai, mais tu ne l’es pas apparemment ! Et pour en revenir à ce qui nous intéresse, ce dragon que tu as affronté, ainsi que ma barrière d’énergie peuvent exister ici grâce aux Spirituals. Il s’agit de créatures vivant dans un monde que nous appelons Izrath mais que nous pouvons convoquer sur terre à l’aide d’Artéfacts. »

Angéla me tendit son bras et me montra le bracelet qu’elle portait. Il était banal, un simple bout de ficelle sur lequel était accroché une petite chouette blanche mais dont les yeux semblaient avoir été fait avec deux pierres bien plus précieuses que de simples cristaux artificiels.

« Vois-tu, grâce à ce bracelet, je peux convoquer, en théorie, un Spiritual du nom d’Athéna.

-En théorie ?

-O…Oui ! Ce n’est pas aussi évident que ça en a l’air ! Bafouilla-t-elle en s’empourprant, gênée. Il faut des années souvent avant de pouvoir matérialiser un Spiritual sous sa forme physique dans notre monde. Souvent, on ne peut user que d’une partie de leurs pouvoirs et cela nous coute beaucoup d’énergie…

-Donc si je comprends bien…Ce guignol en armure tout à l’heure…Possédait lui aussi un Spiritual ? Sais-tu de qui il s’agissait et pourquoi il s’en est pris à moi de la sorte ? »

La jeune fille se mordit la lèvre inférieure avant de me répondre.

« Ce guignol comme tu l’appelles…Se nomme Hélios. Je ne sais pas trop ce qu’il veut mais j’ai déjà eu à faire à lui…et je peux t’assurer que tout le monde n’a pas la chance que tu as eu aujourd’hui en t’en sortant uniquement avec quelques plaies…Le Spiritual qui t’accompagne doit être drôlement puissant pour avoir encaissé une telle attaque.

-Mon…spiritual ? »

Je penchai la tête sur le côté, perplexe. Angéla me désigna alors ma poche de laquelle une faible lueur émanait. J’écarquillai les yeux lorsqu’en y mettant la main, j’y trouvais la pierre bicolore. Comment était-ce possible ? Je l’avais lâchée en plein combat avant de dévaler une pente de plusieurs dizaines de mètres…Comment s’était-elle retrouvée là ?

Devant mon incompréhension, la blonde émit un gloussement amusé.

« Heureusement, nous ne pouvons pas perdre nos artéfacts. Lorsque nous sommes liés à un Spiritual, celui-ci reviendra toujours vers son hôte, quelle que soit la distance que les sépare. Je suis d’ailleurs étonnée, c’est la première fois que je vois un tel artéfact…

-Vraiment ? C’est un caillou tout ce qu’il y a de plus banal pourtant…

-Justement. Normalement, l’artéfact doit représenter un attribut qui lui est propre, comme ma chouette. Mais tout comme le dragon d’Hélios…le tien semble avoir canalisé son énergie dans une simple pierre…Comme s’il n’avait rien trouvé d’autre pour se lier à notre monde… »

Mon interlocutrice plissa les yeux et murmura un « non, je dois me tromper… » à peine audible que je ne relevai pas sur le moment, ayant déjà bien trop d’interrogations en tête.

Cependant, alors que je pensais que ma sauveuse allait continuer ses explications, elle regarda sa montre avant d’écarquiller les yeux, l’air affolée.

« Ah non, ce n’est pas vrai, je n’avais pas vu l’heure passer ! Désolée mais la suite de l’histoire devra attendre, nous devons partir !

-Partir ? Est-ce que Hélios…M’inquiétai-je déjà à l’idée de réaffronter cet homme.

-Quoi ? Non, avant de te sauver la peau, j’étais en train de me préparer parce qu’on doit venir me chercher. Nous ne sommes pas vraiment chez moi ici mais chez une amie…et pour faire simple, je dois passer quelques jours hors de chez moi… »

Cherchant ses mots mais ne les trouvant visiblement pas, la blonde m’attrapa le bras et me força à la suivre à nouveau sans que je n’aie mon mot à dire. De toute façon, je savais qu’elle ne m’écouterait pas et j’étais bien trop faible pour résister.

Au bas de la rue, une voiture noire et aux vitres teintées, une limousine pour être exact, l’attendait. La jeune fille s’inclina respectueusement pour s’excuser avant de monter dans ce singulier véhicule. J’hésitai un instant à la suivre, ne sachant absolument pas où elle allait encore m’entrainer…mais même si je la trouvais légèrement agaçante sur les bords, elle était la seule personne que je connaissais actuellement…et j’étais bien trop terrifié par Hélios pour rester sans personne. Ainsi, je pris place à ses côtés et la voiture démarra.

« Vraiment désolée pour le retard, Elwood, mais j’ai eu un petit contretemps avec vous savez-qui, lança Angéla d’une voix légère.

-Je vois. Le principal, c’est que vous soyez saine et sauve mademoiselle. Madame Violet sera rassurée de cette bonne nouvelle, répondit le chauffeur d’un ton très professionnel, à la manière d’un majordome. »

Je ne pouvais voir que le reflet de son visage dans le rétroviseur mais je remarquai néanmoins sa carrure imposante dépassant du siège malgré son crâne dégarni et les nombreuses rides qui parcouraient son front, témoins de son âge déjà avancé.

« Et qui est donc cette personne à vos côtés ? Reprit l’homme, nullement étonné.

-Je vous présente Drago. Lui aussi a été attaqué par l’autre dégénéré et donc je me suis dit qu’il pourrait bénéficier de votre protection également…Si vous le voulez bien évidemment !

-Cela ne devrait pas poser de problèmes à Madame Violet. »

Je me rapprochai de la blonde pour lui murmurer à l’oreille une question qui me taraudait depuis notre départ.

« C’est qui exactement cette Violet ?

-Ah, évidemment tu ne la connais pas ; s’amusa Angéla. Violet Leblanc. Il s’agit d’une des personnes les plus influentes de France. Elle possède entre autres de nombreuses fondations humanitaires et est présidente de la fédération Ether.

-La fédération…Ether ? Quel étrange nom…

-Pour un concept pourtant basique : contrôler et maitriser l’utilisation des Spirituals dans notre monde. C’est une sorte de super police pour être simple.

-Oui, j’imagine qu’avoir des pouvoirs aussi puissants nécessites des réglementations strictes…Et dans ce cas, pourquoi personne ne s’est occupé du cas de cet Hélios ? Ce type a bien failli me tuer !

-Nous avions essayé ; intervint notre chauffeur d’une voix trahissant sa frustration. Malheureusement aucun de nos agents n’a réussi à lui mettre la main dessus ni à le vaincre. C’est la première fois que je vois ça en plus de cinquante ans d’existence de la fédération… »

Je serrai les dents. J’étais tombé non seulement sur un fou…mais sur un fou possédant un pouvoir que même les plus hautes autorités de ce monde n’arrivaient pas à maitriser ! C’était bien ma veine…

Le reste du trajet se fit en silence. Angéla était tout aussi épuisée que moi après une telle journée et le dénommé Elwood ne semblait pas bien bavard.

En sortant de l’autoroute sur laquelle nous nous étions engagés, nous nous retrouvâmes rapidement sur un petit chemin de campagne non goudronné. Celui-ci était entouré de champs à pertes de vue et bordé d’une allée d’arbres offrant une perspective digne des plus grands tableaux.

Au bout de cette route se trouvait un grand château blanc et un panneau marqué « propriété privée » m’indiqua que nous étions certainement arrivés à destination.

Nous entrâmes donc dans la résidence de Violet par un immense portail doré, surplombé par deux statues représentant certainement des Spirituals à en juger par leurs allures guerrières.

Nous passâmes ensuite dans un vaste parc entouré d’une grande forêt et d’arbres en tous genres et au milieu se trouvait une belle fontaine de marbre sculpté.

Le château quant à lui, était vraiment imposant à présent que je me trouvai tout près, avec ses quatre tours pointues et ses hauts murs. La façade principale était ornée de sculptures de créatures en tous genres, autant de chevaliers que de bêtes ailées ou écailleuses.

Tout le château était peint en un blanc pur et quelques rayures dorées venaient parfois briser cette harmonie. La résidence devait bien comporter plus d’une trentaine de pièces à en juger par les immenses fenêtres et les nombreux balcons.

Elwood s’arrêta sur le parvis du château qui, comme ceux des églises, était un peu surélevé. Une femme nous attendait là, blonde comme le soleil et aux grands yeux verts en partie cachés par les mèches de cheveux tombant sur son visage respirant la bienveillance. Elle devait avoir aux alentours de la quarantaine et portait un élégant costume blanc composé d’une veste et une jupe serrée ainsi que des chaussures à talons hauts.

-Bienvenue Angéla, je m’appelle Violet Leblanc, je suis la propriétaire de ce château. May m’a prévenue de ton arrivée ; déclara la femme d’une voix douce.

-Enchantée Violet ! Désolée pour le retard, je suis tombée sur un guignol en armure sur le chemin mais tout s’est bien terminé !

-Oh mais on ne m’avait pas dit que tu serais accompagné ; dit-elle en remarquant alors ma présence.

Dès qu’elle posa les yeux sur moi, je me sentis immédiatement mal à l’aise. Cette femme possédait un charisme certain, écrasant même. Je n’aurais su dire pourquoi, mais je me sentais vraiment faible et lamentable en face d’une personne aussi éminente d’après les dire de la jeune fille.

-Je…Je ne fais que passer…Désolé pour le dérangement ! Bégayai-je, perdant à nouveau tous mes moyens.

-je suis désolé mademoiselle Violet, je n’ai pas eu le temps de vous avertir que nous aurions une invitée supplémentaire en la personne de mademoiselle monsieur Drago ; dit Elwood en s’inclinant. Mais nous avons eu un léger contretemps…

Violet fronça les sourcils, intriguée mais voyant mon air fatigué et l’état de mes vêtements, elle jugea bon de parler de cela plus tard. Elle nous fit donc entrer à l’intérieur du château et, à peine eussé-je posé le pied dans le hall d’entrée que je crus que j’étais entré dans un musée tant la demeure était luxueuse.

De hautes colonnes de marbre noir soutenaient le haut plafond du château, plafond entièrement peint comme celui de la chapelle sixtine. Le sol était recouvert d’un grand tapis rouge qui couvrait toute la pièce et s’étendait visiblement dans les autres également. Les murs, eux étaient tapissés de peintures toutes plus extraordinaires les unes que les autres, représentant le plus souvent de magnifiques paysages marins, sylvestres ou même champêtres.

Les meubles n’étaient pas en reste puisque toutes les commodes, chaises et fauteuils semblaient tout droit sortis d’un autre siècle. Nous étions loin des meubles Ikéa que nous avions à la maison…

« Angéla, ta chambre se trouve à l’étage, nous te l’avons préparée avant ton arrivée. Et toi Drago…

-Vraiment, je ne vais pas m’imposer, je ne veux surtout pas déranger ! Lançai-je en vitesse, toujours écrasé par son charisme.

-Cela ne nous dérange pas que tu restes. Il va bientôt faire nuit et ce château est toujours si vide, un peu d’animation ne fera pas de mal ; me répondit Violet en souriant.

-Si…Si vous insistez !

La propriétaire nous mena à l’étage et nous nous retrouvâmes dans un long couloir tout aussi somptueux que le rez-de-chaussée. Violet s’arrêta à la deuxième porte et, lorsqu’elle l’ouvrit, je me demandais une nouvelle fois si je ne m’étais pas trompé d’endroit et que j’avais atterri par erreur dans un musée…

La chambre était exactement comme j’aurais pu l’imaginer dans un château de la renaissance française avec son lit à baldaquin, ses longs rideaux blancs ondulant paisiblement au gré du vent s’infiltrant par la porte-fenêtre ouverte et donnant sur le balcon. Le mobilier se composait quant à lui d’une imposante armoire en bois massif, entièrement sculptée, ainsi qu’une table de chevet dans le même style, deux fauteuils louis XIV et une magnifique cheminée en marbre blanc ornait un coin de la pièce. Enfin, au sol, un tapis de velours protégeait le parquet soigneusement ciré.

Il y avait même une salle de bain privée et des habits propres posés sur la commode de celle-ci.

Je restai bouche bée plusieurs seconde devant cette pièce, ne réalisant toujours pas que c’était ici que j’allais dormir…Ce fut un cri de surprise d’Angéla lorsqu’elle découvrit sa propre chambre qui me tira de ma torpeur.

Amusée, Violet s’excusa et redescendit au rez-de-chaussée pour s’entretenir avec Elwood, nous laissant seuls à l’étage.

« Je n’y crois pas…Je dois être en train de rêver ! S’exclama Angéla en revenant près de moi. Je suis vraiment chez Violet Leblanc mais en plus j’ai le droit à ma propre chambre pour la nuit…Lorsque June apprendra ça !

-Je ne suis pas sûr qu’on ait vraiment l’occasion d’en profiter avec Hélios qui traine et…

-Quel rabat-joie celui-là ! Me coupa-t-elle en me donnant une grande tape dans le dos qui me coupa la respiration. Ce n’est pas en te morfondant dans ton coin et en t’inquiétant en permanence que tu avanceras, crois-moi, je tiens ce conseil d’une source sûre ! »

J’étais à la fois agacé et rassuré par les familiarités de la jeune fille. Nous venions à peine de nous rencontrer une heure plus tôt et elle se comportait avec moi comme si elle me connaissait depuis des mois.

Je n’aimais pas vraiment la sociabilité pour être franc. Je préférais rester dans mon coin pour éviter les problèmes depuis…depuis quand exactement ? Alors que j’essayais de me remémorer ce qui m’avait poussé à me comporter de la sorte, seul un grand vide me vint à l’esprit. J’avais beau retourner toute ma mémoire, il m’était impossible de mettre le doigt sur cet événement…

Je finis par abandonner, bien trop fatigué pour me torturer le cerveau. Tout cela me reviendrait naturellement à un moment ou un autre, pensais-je.

« Sinon Drago, il y a quelque chose qui me préoccupe depuis que nous nous sommes rencontrés tout à l’heure, déclara Angéla en posant un doigt sur ses lèvres.

-Il n’y a qu’une seule chose qui te préoccupe alors que je ne viens pas de ce monde ? Raillai-je, déconcerté par son manque de surprise.

-Tu m’as dit que tu ne venais pas de notre monde, n’est-ce pas ?

-Ne dis pas ça comme si c’était normal s’il te plait…Soupirai-je.

-Bah pourquoi ça ? Les Spiritual viennent bien d’un autre monde et personne ne s’en préoccupe plus que ça, me répondit la blonde en haussant naturellement les épaules.

-Très bien, très bien, j’ai compris. Et donc, qu’est-ce qui te préoccupe tant que ça ? »

Son visage s’assombrit alors de nouveau et elle croisa les bras sur sa poitrine avant de me répondre.

« J’ai beaucoup réfléchi sur le trajet tu sais… et je ne pense pas que tout ce qu’il t’arrive depuis ce matin ne soit qu’une série de coïncidences hasardeuses.

-Merci pour cette déduction pertinente. Il serait illogique de penser qu’autant d’événements improbables arrivent par pur hasard à une seule personne, ironisai-je.

-Très justement. Et c’est parce que c’est illogique que cela devient logique. »

J’eus un instant d’arrêt, ayant du mal à saisir cette phrase, justement dénuée de sens mais elle reprit avec le plus grand des sérieux.

« Je me suis souvenue d’un truc stupide sur le chemin qui pourrait concerner Hélios… mais toi également.

-Allons bon, tu vas me sortir une prophétie ou quelque chose du…

-Lorsque la lune deviendra le soleil, elle déploiera ses ailes mortelles. Le monde plongera alors dans un nouvel âge de ténèbres. Le roi des ombres renaitra de ses cendres et étendra son voile de terreur sur la terre. Tous les peuples n’auront d’autre choix que de se soumettre et il règnera pour l’éternité… Cependant lorsque la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, l’exilé reviendra. Il rétablira l’équilibre des pouvoirs et reprendra la place de souverain qui lui est due, mettant un terme à ce règne de terreur et de destruction… »




Chapitre 3 : Nouveaux Amis, Nouvelle Vie



Spoiler :



Je ne savais ni quoi répondre, ni quoi penser de cette « prophétie ». D’un côté, je trouvais tout cela ridicule et d’une superstition presque grotesque de croire à des âneries pareilles… Mais d’un autre, tout ce que j’avais vu depuis mon réveil défiait la logique et le rationnel. Alors que cette prophétie fût vraie ne m’aurait même pas étonné.

Cependant, quelque chose me troublait dans les mots d’Angéla. Je ne pouvais expliquer cela de manière claire… Mais mon cœur s’était mis à battre la chamade dans ma poitrine, comme si ce n’était pas la première fois que j’entendais ces mots.

Voyant que j’étais perdu dans mes pensées, la blonde finit par éclater de rire, me tirant de mes rêveries.

-Allons, tu ne vas pas me dire que tu accordes de l’importance à ce truc ? Je te l’ai simplement raconté comme ça à titre informatif !

-N…Non, évidemment que non, quelle idée ! Mais je me demandais quand même, quel est le rôle d’Hélios dans cette prophétie ?

-Certainement celui du roi maléfique et tout ça…Quoique ça lui irait bien vu son costume de carnaval ; me répondit Angéla en haussant les sourcils. Mais bon, on ne va pas épiloguer là-dessus. Tout ce qui m’importe, c’est d’exploser cet abruti le plus vite possible !

Ma partenaire d’infortune semblait avoir une dent personnelle contre ce type mais je n’osais pas lui demander pourquoi, de peur de paraitre indiscret… et d’obtenir une réponse encore plus incompréhensible que ma question. Et pour l’heure, mon cerveau suffisamment surchauffé pour cette journée, je n’avais pas besoin d’en rajouter davantage.

La jeune fille me laissa sur ces belles paroles et je pus enfin retirer ces vêtements bons pour la poubelle. Je pris donc une douche rapide qui me permit de me vider l’esprit et me rhabillait avec les habits mis à ma disposition par la propriétaire du château, un simple jean noir et une chemise blanche, avant de descendre pour le dîner.

Là, nous discutâmes de toutes sortes de choses banales du quotidien tout en évitant soigneusement le sujet d’Hélios. Je ne savais pas si c’était parce qu’Elwood n’avait rien dit ou si elle voulait nous épargner ça, mais je finis moi-même par oublier ces histoires et me perdre dans la conversation, discutant comme si ces dernières vingt-quatre heures n’avaient jamais existé.

C’était amusant. Pourquoi me sentais-je aussi détendu auprès de ces gens que je ne connaissais que depuis quelques heures ? J’aurais dû me morfondre dans mon coin, pleurant la disparition de ma famille ou m’inquiétant d’être aussi loin de chez moi, dans un monde qui m’était entièrement inconnu… Mais je n’y arrivais pas. A chaque fois que je commençais à décrocher de la conversation, soit Angéla, soit Violet me ramenaient dedans, m’empêchant ainsi de penser à autre chose que l’instant présent.

Je compris de cette façon un peu mieux le rôle de la présidente de la fédération. Apparemment, dans ce monde, posséder un Spiritual n’était pas chose commune mais n’était pas si rare non plus. De plus, les niveaux de puissance de ces esprits étaient très variables, pouvant aller de la simple boule de poils inutile au dragon destructeur tel que celui d’Hélios.

C’est pourquoi, la mission première de la fédération Ether était de protéger la population, mais également de former de jeunes recrues afin que des personnes manquant d’expérience ne produisent d’accidents irréparables.

Car oui, il pouvait arriver dans certains cas rares de maitrise insuffisante, que le Spiritual prenne le dessus sur son hôte et cela résultat le plus souvent en des dégâts considérables, autant matériels qu’humain.

« Si j’ai créé la fondation Ether, c’est avant tout pour que plus jamais des hommes pris de folie à cause de leur Spiritual ne détruisent des villes entières, comme ce fut le cas à Tokyo il y a quelques années…Déclara tristement Violet.

-Tokyo…a été détruite ? M’étonnai-je.

-Coupée en deux pour être plus exacte, me répondit Angéla. Il y a une vingtaine d’années, il y a eu une catastrophe nucléaire près de Tokyo. Beaucoup pensent qu’il s’agit d’un simple accident mais les rumeurs disent qu’il s’agissait en réalité d’un Spiritual…

-Et c’est effectivement le cas, affirma la présidente. Nous avons mené notre enquête et envoyé plusieurs agents sur le terrain dans les années qui suivirent. Tous sont catégoriques : des traces importantes de Kvantiki ont été retrouvées, disséminées un peu partout près de la zone d’explosion.

-De…Kvantiki ? Répétai-je, perdu.

-C’est ainsi que nous avons appelé l’énergie qui permet aux Spirituals de se manifester dans notre monde, reprit Elwood. D’ailleurs, nous devrions envoyer des Agents à Montmartre le plus vite possible pour tenter de retrouver la trace d’Hélios avant que les rumeurs ne se répandent.

-Effectivement. Je suis désolée les enfants, je vais devoir couper court à notre petite discussion, j’ai encore beaucoup de travail qui m’attend pour ce soir. Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à appeler Elwood. »

Sur ces mots, Violet se leva et nous laissa seuls, Angéla et moi pour finir le dîner. Cependant, nous ne nous attardâmes pas beaucoup plus, étant tous les deux épuisés et nous remontâmes dans nos chambres.

Pour la première fois depuis le funeste accidents, je me retrouvai seul et aussitôt mes tourments et inquiétudes revinrent violemment… de même que mes pleurs.

Oui. Je pleurais sans pouvoir m’en empêcher. Tout cela n’avait aucun sens. Pourquoi faisais-je tout cela alors que ce monde n’était pas le mien et que je ne pouvais plus compter sur personne ? Et pourquoi ma sœur m’avait-elle laissé une lettre aussi incompréhensible ? Si elle avait prévu sa propre mort, pourquoi ne m’avait-elle pas expliqué ce qu’il se passait ? Pourquoi n’avait-elle-même pas essayé d’y échapper ? Pourquoi tout ce qu’elle m’avait laissé était cette pierre ?

Tout en pensant cela, je la sortis de ma poche et, pris d’un accès de colère, je la jetai de toutes mes forces contre le mur, dans l’espoir qu’elle se brise… mais rien, pas même une égratignure.

« Y-a-t-il seulement un sens à tout ça, Théa ! M’écriai-je, ayant l’impression de perdre l’esprit. »

Ce que je vis un instant plus tard ne fit que me confirmer davantage dans cette idée. En effet, lorsque je tournai mon regard vers le miroir de la chambre, je vis une forme brumeuse sur l’un des fauteuils près de mon lit et je tombai à la renverse, interdit… et effrayé.

Mon cœur s’accéléra dans ma poitrine, j’écarquillai les yeux de surprise, ma respiration devint saccadée et je me mis à reculer rapidement dans la direction opposée.

« T…Théa ? Bégayai-je d’une voix à demi éteinte. »

Oui… Dans le miroir, à moitié camouflée derrière une étrange brume blanche, je discernai le visage translucide de ma sœur qui m’observait.

Il n’y avait aucun doute. J’aurais pu reconnaitre son visage entre mille. Ses grands yeux vert émeraude pétillant de malice, ses joues roses à cause de l’excès de maquillage qu’elle mettait en permanence, ce nez droit et ces lèvres fines légèrement rouges, le tout surmonté de longs cheveux blonds comme les miens lui tombant sur le côté droit du visage…

Cependant, lorsque je détachai mon regard du miroir pour regarder le véritable siège, je n’y vis personne… Et lorsque je tentai de l’apercevoir à nouveau, je ne vis rien d’autre que le reflet du fauteuil… vide.

« Ce monde est en train de me rendre fou…Murmurai-je en me prenant la tête dans les bras, persuadé d’avoir déliré. »

Mais même en tentant de me persuader que je délirai, une part de moi voulait croire que cette apparition était réelle et que ma sœur avait survécu d’une façon ou d’une autre…


Je me réveillai le lendemain après une nuit peu reposante. Il fallait dire que même si les lits étaient les plus confortables dans lesquels je n’avais jamais dormi, mes angoisses m’avaient maintenu éveillé un long moment et réveillé plusieurs fois alors que je revoyais en boucle ce jour tragique où Fuji Makoto avait détruit ma vie.

Après avoir pris une douche pour tenter de me réveiller complètement et remis les habits que Violet m’avait prêté la veille, je descendis au rez-de-chaussée. Une fois dans la cuisine, je trouvai Angéla à moitié endormie sur ses croissants.

-B…Bonjour Angéla…murmurai-je, ne sachant pas si je devais la réveiller ou la laisser dans cet état de demi sommeil.

-‘jour ‘go ; me répondit-elle avant de s’étaler sur la table pour terminer sa nuit.

Je ne savais pas trop comment réagir face à cela mais je jugeai que la meilleure solution était peut-être de ne rien faire et d’agir comme si elle n’était pas là. Je n’avais de toute façon par l’énergie nécessaire pour supporter sa bonne humeur permanente.

Je me servis donc de ce qu’il y avait sur la table, à savoir une tartine et de la confiture et j’attendis que Violet et Elwood arrivent, ce qu’ils ne tardèrent pas à faire.

« Bonjour Drago, Angéla, lança joyeusement la propriétaire. Bien dormi j’espère ?

-Parfait ; répondis-je poliment. Mais elle…Je ne sais pas…

-Elle finira bien par se réveiller, laissons-là, s’amusa la présidente en se servant à son tour. »

Le petit déjeuner fut assez silencieux et tant mieux, je n’aimais pas vraiment discuter dès le matin, surtout pas dans mon état. Au bout d’une bonne heure, Angéla finit par se rendre compte qu’elle s’était endormie sur la table et se réveilla en sursaut, s’excusant mille fois aux propriétaires qui, visiblement, étaient plus amusés que mécontent de ce manque de respect.

Finalement, vers dix-heures du matin, nous fûmes tous pleinement réveillés et parés pour la journée.

-Bien, j’ai pu m’entretenir avec Elwood hier et nous avons réussi à obtenir quelques informations concernant son identité, déclara Violet une fois le petit déjeuner rangé.

-Vraiment ? Vous savez c’est quoi son problème à ce type ? Lança la blonde d’un air intéressé. »

Notre hôte prit soudain un air sérieux et croisa ses mains sous son menton pour entamer son récit.

« Angéla, tu m’as bien dit que le Spiritual d’Hélios s’appelait Atoum, n’est-ce pas ?

-Oui. Enfin, c’est ce qu’il a dit.

-Dans ce cas, la situation est plus critique que nous le pensions, dit-elle gravement.

-Pourquoi donc ? Ce n’est pas juste un dégénéré qui profite de son pouvoir ? M’étonnai-je.

-Si seulement, soupira Violet. Voyez-vous, il y a cinq-mille ans, en Egypte existait un royaume florissant du nom d’Héliopolis. Cependant celui-ci a disparu du jour au lendemain sans laisser de trace, de même que son souverain qui se serait comme volatilisé. De plus, ce royaume avait un gardien…un dragon nommé Atoum…

-Attendez…vous ne voulez quand même pas dire que…

-C’est exact Angéla. Nous pensons que ce souverain…n’était nul autre qu’Hélios.

-A…Attendez ! M’étranglai-je en frappant la table de mon poing. C’est ridicule ! Comment voulez-vous que ce type ait survécu autant d’années ! Je veux bien que les Dragons existent, de même que les barrières d’énergie ou je ne sais quoi, mais là, ça dépasse même la logique !

-Selon nos sources, Hélios, avant de disparaitre, était plongé dans une folie meurtrière inexpliquée. De plus, à cette époque, les liens entre Izrath et la terre étaient bien plus étroit que maintenant, me répondit très calmement le majordome. Il ne serait pas étonnant que cet homme ait usé des pouvoirs d’Izrath pour traverser les âges. »

Je serrai les dents. Pourquoi est-ce que dès que je pensais que ce monde ne pouvait pas être plus illogique, il creusait encore dans l’impossible ?

« Ce qui voudrait dire que la prophétie serait vraie ? Murmura Angéla, réfléchissant dans son coin. C’est ridicule…

-Après une nuit de recherche, nous sommes arrivés à cette théorie, reprit Violet très calmement. La folie d’Hélios ne l’a pas quitté depuis toutes ces années et il croit dur comme fer à la prophétie qui, il le pense, le concerne. C’est pourquoi, il désire éliminer les menaces qui pourraient s’opposer à lui pour que cette prophétie disparaisse des mémoires et que personne n’ose se dresser contre lui.

-ça me parait logique, sinon je ne vois vraiment pas pourquoi il m’aurait attaquée…

-Une minute ! Les interrompis-je. Je ne sais rien de tout ça moi ! Hier encore je ne savais même pas que ce monde existait je vous signale ! »

Violet et Elwood me dévisagèrent bizarrement et je compris que je venais de lâcher une information que n’importe qui, autre qu’Angéla, ne pouvait pas accepter aussi facilement. Heureusement, la blonde vint à mon secours…bien que de façon très maladroite.

« Ce que Drago veut dire c’est qu’il vient d’un village tellement paumé que personne n’avait de Spiritual en sa possession ! Et hier c’était la première fois qu’il s’aventurait hors de sa grotte ! S’exclama-t-elle avec un rire clairement forcé. »

Nos hôtes n’eurent pas l’air totalement convaincus mais ne relevèrent pas davantage.

« Quoiqu’il en soit, Drago, si Hélios t’a attaqué, c’est qu’il y a une raison. Peut-être possèdes-tu un Spiritual suffisamment puissant pour contrecarrer ses plans, ou bien peut-être a-t-il vu en toi quelqu’un d’autre. »

Non. Ce n’était ni une erreur, ni une question de Spiritual. Hélios me connaissait très clairement. Pire, il connaissait ma famille et semblait avoir une dent contre elle. Et ces mots de ma sœur qui continuaient à me tourmenter « A partir de maintenant, tu verras des choses dont tu n’avais même pas idée. Tu rencontreras des personnes toutes plus incroyables les unes que les autres. Tu accompliras des miracles dont tu ne pouvais même pas rêver. ».

Je ne pouvais pas m’y tromper. J’en étais persuadé désormais. Théa connaissait l’existence de ce monde et y était peut-être même liée directement.

Oui… Je devais élucider ce mystère. Qui étais-je réellement ? Et quel était mon lien avec ce monde ? Je ne pouvais pas simplement me laisser mourir de chagrin sans connaitre la vérité sur moi, sur ma sœur et sur mes parents qu’Hélios semblait tant haïr au point de vouloir me tuer.

Violet m’interrompit à nouveau dans mes réflexions en reprenant la parole.

« Dans tous les cas, Roi fou d’un ancien temps ou non, la fondation Ether ne peut pas se permettre de le laisser en liberté. Qui sait combien d’autres personnes connaissent cette prophétie et courent le même danger que toi Angéla.

-Je suis quasiment certaine que personne d’autre ne la connait vu que personne n’est aussi cinglé que le père de June…Marmonna-t-elle suffisamment bas pour que la femme de l’entende pas.

-Je vais devoir m’absenter pour la journée. Je pense que vous devriez être en sécurité ici mais ne faites pas d’imprudences et surtout, s’il y a un problème, contactez Elwood ou moi-même, c’est bien compris ?

-Compris ! S’exclama Angéla d’une voix assurée.

-Je l’espère bien. S’il t’arrivait quoique ce soit, May me tuerait pour de bon… »

Sur ces sages paroles, Violet prit congé de nous, toujours escortée par son majordome et nous laissant seuls dans la grande bâtisse, Angéla et moi.

Ce ne fut qu’une fois que leur voiture eut disparu à l’horizon que je vis dans les yeux de la jeune fille briller une lueur de malice qui ne me disait rien de bon.

« Bien Drago, puisqu’apparemment tu es totalement paumé avec notre monde…

-Merci de me le rappeler, grognai-je.

-Je vais t’apprendre à quelques techniques de base. Estime toi heureux, je ne partage pas mes techniques secrètes avec tout le monde !

-Parce que tu as des techniques se… »

Je n’eus même pas le temps de terminer ma phrase qu’un écran lumineux me frappa en pleine figure, me faisant tomber à la renverse. Je frottai mon nez endolori, prêt à insulter Angéla mais je la vis en position de combat, le corps légèrement tourné vers le côté, une jambe tendue à l’arrière et me faisant signe d’approcher en agitant ses doigts, un sourire malicieux fendant son visage.

Refusant de lui laisser croire qu’elle avait déjà gagné, je me remis debout aussitôt. Mais à peine eus-je posé les pieds au sol qu’un éclair aveuglant s’échappa de la paume d’Angéla. Je fus obligé de fermer les yeux et ce moment d’inattention me fut fatale. Un instant plus tard, je sentis la semelle de la botte de mon adversaire percuter violemment mon abdomen. Je m’envolai en arrière et roulai sur plusieurs mètres avant de pouvoir enfin d’arrêter, de la terre plein la bouche.

« Ce n’est pas juste ! Protestai-je vivement. Ce ne sont pas des techniques secrète mais de vulgaires diversions !

-Peut-être mais c’est avec ces techniques que j’ai été élue…enfin que j’aurais pu être élue championne de mon école ! Alors relève toi et montre-moi le pouvoir de ton caillou ! »

Je grognai, frustrée qu’elle joue de la sorte avec moi et me remis sur mes jambes avant de sortir la pierre blanche et noire de ma poche.

« Je vais t’apprendre quelque chose maintenant, Drago, reprit-t-elle en me montrant son bracelet. La clé pour maitriser les pouvoirs de son Spiritual, c’est de visualiser parfaitement les pouvoirs qu’il possède. Par exemple, dans mon cas, j’essaie de me représenter le bouclier d’Athéna ou bien son sceptre et cela me suffit pour créer ces barrières ou ces rayons de lumière.

-Sauf que je ne sais même pas quel genre de créature renferme cette pierre et… »

Au même moment, mon cœur eut un battement bien plus fort que les autres et je fus pris de vertiges. Là, brillant sur la surface lisse de la pierre, je crus voir deux minuscules yeux appaitre, l’un rouge et l’autre doré, avant qu’ils ne disparaissent tout aussi vite.

Avais-je rêvé ? Ou bien était-ce ce dont Angéla me parlait ? Je n’en avais aucune idée mais tout mon corps tremblait sans que je ne puisse le contrôler. C’était étrange. Je n’avais ni peur ni froid et pourtant la vue de cette paire d’yeux suffisait à me donner de frissons…

« Eh Drago, je t’ai dit de visualiser ton pouvoir, pas de dormir les yeux ouverts ! S’exclama la jeune fille en me ramenant à la réalité.

-Hein…je…

-Bon, voyons ce si tu peux encaisser ça : Athéna’s Light !

-A…Attends, non, Angéla, je n’ai pas… ! »

Trop tard. Un rayon de lumière fusait déjà dans ma direction et il m’était impossible de l’éviter. Cependant, alors que je pensais qu’il allait me percuter de plein fouet, une forme brumeuse se matérialisa devant moi et encaissa l’attaque à ma place.

Lorsque la lumière se dissipa, Angéla écarquilla les yeux de surprise. En effet, devant moi, le bras encore levé devant elle pour arrêter l’attaque, se tenait la silhouette à moitié transparente d’une jeune fille…la silhouette de Théa.

Cette fois-ci, la brume qui l’entourait avait disparu et me laissait voir qu’elle portait une longue robe médiévale blanche et assez ample. Ses bras et ses épaules étaient entièrement découverts tandis que dans ses yeux brillait une lueur dorée comme le soleil.

Ma sœur tourna simplement le regard vers moi avant de s’évaporer dans une pluie d’étincelle tandis que je tombai à la renverse, soudain vidé de toutes mes forces.

Angéla se précipita sur moi, encore sous le choc de ce qu’il venait de se passer mais contrairement à moi, elle semblait bien plus enthousiaste que surprise.

« Et bien, tu n’es pas si nul que ça finalement Drago ! S’exclama-t-elle en me donnant une grande tape dans le dos qui me fit toussoter longuement. Je crois que c’est la première fois que je vois quelqu’un capable de matérialiser un Spiritual du premier coup !

-Un…spiritual ? Répétai-je, toujours interdit.

-Oui, je ne sais pas comment tu as fait mais c’était impressionnant ! Je pense qu’avec un peu d’entrainement tu devrais être en mesure de l’invoquer sans qu’il te draine tout ton énergie !

-Non…ce…ce n’était pas ça…Murmurai-je à bout de souffle.

-Que veux-tu dire ? Qu’est-ce que tu veux que ça soit d’autre ? Un fantôme ? »

Je n’osai pas lui répondre que oui. Même si ce monde semblait dégénéré, la façon dont Angéla avait prononcé ce terme suffisait à me confirmer que même ici, les fantômes n’existaient pas.

Et pourtant, je n’avais aucune autre explication. La pierre que je tenais toujours dans les mains n’avait nullement réagi à l’apparition de ma sœur, la où les yeux de la chouette d’Angéla brillaient en permanence pendant qu’elle se battait. Et ces yeux qui étaient apparus…Il n’étaient pas humain…

Même si ma sœur m’avait légué cette cet artéfact, j’étais persuadé que son apparition n’y était en aucun cas lié.

Pendant le reste de la journée, je m’entrainai avec Angéla mais je fus incapable de reproduire mon exploit, si bien que je finis avec encore plus de bleus que j’en avais la veille.

Alors que je me reposai sur les marches du château, récupérant lentement de cette journée intensive, Angéla arriva derrière moi et me lança une bouteille d’eau. Apparemment, elle avait déjà eu le temps de se changer et d’enfiler un simple sweet à capuche ainsi qu’un jogging tandis que ses cheveux encore mouillés étaient retenus par une serviette formant une sorte de grand chignon sur sa tête.

« Une bonne journée de travail ça ! Tu progresses plutôt vite.

-Tu parles, je me suis pris des coups en boucle sans rien pouvoir faire en retour, grommelai-je en grimaçant.

-C’est déjà pas mal que tu sois encore conscient. Mon Ex avait moins de résistance que toi, me lança-t-elle en riant légèrement. »

Là, elle s’assit à côté de moi et lâcha simplement un long soupir avant de regarder au loin.

« Je suis contente de voir que tu t’habitues vite à notre monde, commença-t-elle sans me regarder.

-Je n’ai pas le choix. Je ne sais même pas comment rentrer chez moi actuellement et votre monde marche sur la tête.

-C’est vrai que beaucoup de choses qui nous sont naturelles peuvent peut-être te paraitre incroyables… et encore, tu n’as vu que la partie émergée du tronc d’arbre, s’amusa la blonde.

-Je ne sais pas si cela diffère entre nos mondes mais chez nous on dit la partie émergée de l’iceberg… La corrigeai-je prudemment. Ou alors je ne saisis pas la métaphore…

-N…non évidemment qu’on ne dit pas ça ici, je voulais simplement voir si vous aviez les mêmes expressions chez vous ! Bégaya Angéla en rougissant et détournant le regard. »

Je ne pus m’empêcher de rire légèrement devant une réaction aussi spontanée et là, je pus voir que la jeune fille me souriait d’un air bienveillant.

« Alors tu as enfin souri…

-Comment ? M’étonnai-je.

-En fait…hier, quand je suis passée devant ta chambre… je t’ai vu… et tu n’avais pas l’air dans ton assiette, du coup je me suis dit… enfin j’ai pensé que peut-être… tu aurais besoin de te changer les idées aujourd’hui… Je…Je ne veux surtout pas me mêler de ce qui ne me regarde pas ! Seulement… Je supporte assez mal de voir quelqu’un pleurer… »

Je soupirai. Finalement, peut-être avais-je jugé un peu trop vite la jeune fille. Même si elle était vraiment maladroite et bruyante, elle ne pensait pas à mal après tout. Peut-être devais-je arrêter d’être autant sur la défensive et faire quelques efforts pour m’ouvrir à elle également. C’était le moins que je pouvais faire pour la remercier…

Le lendemain, dans cet effort de sociabilisation, j’acceptai qu’Angéla m’emmène en centre-ville pour faire quelques courses pour agrandir ma garde-robe qui s’élevait actuellement…à une chemise en lambeau et un pantalon troué…

Cependant, au moment de payer, je me rendis compte que ma nouvelle amie avait réellement dépensé sans compter…et que non seulement je n’avais pas de vêtement à moi mais pas d’argent non plus !

-Si ce n’est que ça, tu me rembourseras une fois qu’on aura vaincu Hélios ! Me lança Angéla en sortant sa carte de crédit.

-Tu es au courant que tu m’as fait prendre les articles les plus chers du magasin ?

-Ah oui vraiment ? Je fais rarement les courses, je ne m’en étais pas rendue compte !

Je soupirai une nouvelle fois et nous sortîmes de la boutique, les bras chargés de sacs en tout genre. Je savais que Paris était réputé pour être la ville de la mode mais il y avait des limites ! Jamais dans ma petite ville je n’avais acheté plus d’un article à la fois alors que là, j’avais entièrement refait ma garde-robe en l’espace de vingt minutes…

Ayant encore un peu de temps devant nous, Angéla acheta une gaufre et nous nous assîmes sur un banc près de l’entrée d’un grand parc en face pour surveiller le retour de Violet et Elwood.

Le jardin en lui-même était très joli, ombragé par une grande allée de marronniers, parsemé de pelouse sur laquelle de nombreux touristes profitaient du soleil et au loin se dessinaient les contours d’un bâtiment officiel à en juger par les drapeaux.

« C’est le sénat ; me lança Angéla tout en dégustant sa gaufre. Pas mal hein ? Ça doit être sympa de travailler ici et d’avoir un parc à portée de main entre les séances parlementaires.

-Tu m’as l’air de bien connaitre le quartier, fis-je remarquer. Tu habites dans le coin ?

-Plus ou moins oui. Disons que mon lycée est à peu près à vingt minutes d’ici et que je venais parfois avec mes amies à l’heure du déjeuner, me répondit-elle en regardant le parc d’un air nostalgique. »

Sentant que je venais de toucher un point sensible, je décidai de changer aussitôt le sujet de conversation.

« Mais dis-moi, pourquoi est-ce que ça ne t’étonne vraiment pas que je vienne d’un autre monde ? Je veux dire, tu n’as même pas eu l’air surprise alors que tu as tout fait pour le cacher à Violet…

-Ah ça…J’ai vu des choses bien plus étranges qu’un simple voyage entre dimensions ces derniers temps, déclara Angéla en regardant une fontaine au loin. Il parait même que certains humains se sont déjà rendus sur Izrath et que des Spirituals ont réussi à élire domicile parmi les humains.

-Sérieusement ? Je ne sais pas si je devrais être rassuré ou non que mon cas ne soit pas isolé alors… »

Notre conversation fut interrompue brutalement par un coup de klaxon et nous vîmes que Violet était de retour. Cependant, son air nonchalant et joyeux avait disparu et elle n’affichait plus qu’un visage contrarié et angoissé.

« Ah…Désolé Violet pour les sacs, je crois que je me suis un peu emportée…S’excusa la jeune fille tout en montant dans la voiture.

-Ce n’est pas ça. Hélios est repassé à l’action, et il est tout proche. »

Mon cœur rata un battement et Angéla fronça les sourcils à son tour en entendant cela.

« Et où se trouve cette ordure ? Demanda-t-elle en serrant le poing.

-Au Louvre et apparemment, il n’y va pas de main morte. Tout le personnel a été pris en otage et les forces de police sont dépassées par des esprits de duels…Répondit Elwood en lisant un article sur son téléphone.

-Et qu’est-ce qu’on attend alors ? Allons lui régler son compte ! S’exclama mon amie en frappant le siège avec colère.

-Nous avons déjà envoyé quelques membres mais même eux rencontrent des difficultés. Tu sais bien que May t’a confiée à moi, je n’ai pas le droit de vous mettre en danger inutilement… »

Dans un moment pareil, mon instinct de survie me hurlait de ne surtout pas contredire la présidente de la fédération et de m’éloigner le plus possible de ce fou dangereux. Je portais encore les marques des blessures qu’il m’avait infligées deux jours plus tôt après tout…

Oui, j’étais terrifié. Mes mains tremblaient rien qu’à l’idée de revoir le visage de cet homme et son dragon de lumière…Mais je voulais aussi connaitre la vérité. Savoir pourquoi j’étais dans ce monde. Qui j’étais réellement. Et ce qui se cachait derrière la mort de ma famille.

Prenant mon courage à deux mains… ou devenant complètement fou ; l’un des deux, je sortis la pierre noire et nacre de ma poche et murmurai :

« S’il y a vraiment un Spiritual là-dedans qui veille sur moi…Alors ça sera le moment de te manifester… qui que tu sois… »

Puis je relevai la tête et m’adressai à Violet en prononçant un discours pseudo héroïque dans l’espoir de la convaincre.

« C’est moi qu’il veut, je l’ai bien vu il y a deux jours. Je ne veux pas que des innocents soient impliqués dans cette affaire si elle peut se régler par ma simple présence, déclarai-je en essayant de paraitre confiant alors qu’à chaque mot que je prononçai, je sentais mon cœur s’arrêter.

-Bon…Soit, nous n’avons pas le temps de tergiverser de toute façon mais ne faites rien d’imprudent les enfants.

Sur ces mots, Elwood appuya sur l’accélérateur et nous filâmes à travers les rues de Paris en direction du plus grand musée du monde, le cœur battant à tout rompre, ne sachant absolument pas à quoi nous attendre…




Chapitre 4 : un allié inattendu



Spoiler :



Vingt minutes après, nous étions arrivés au Louvre. Ce n’était pas ainsi que j’imaginais ma première visite du musée abritant les plus belles œuvres de l’humanité – dans mon monde du moins – mais j’étais bien trop tourmenté par l’idée d’affronter à nouveau Hélios et ses hommes pour me préoccuper de cela. Je me demandai comment il allait réagir en me voyant, étant donné que je lui avais faussé compagnie la dernière fois que nous nous étions rencontrés.

Plus nous nous rapprochions du musée et plus j’avais envie d’ouvrir la portière et prendre mes jambes à mon cou pour sauver ma peau. Si j’étais encore en vie à ce moment, c’était uniquement par un étrange coup du destin qui avait mis Angéla sur ma route mais je doutais qu’une autre intervention divine vienne me sauver cette fois-ci.

La voiture s’arrêta brutalement et je fus projeté en avant. Lorsque je relevai la tête, je vis trois monstres, au sens littéral du terme, surgir juste devant nous, suivis de près par les hommes d’Hélios que je reconnaissais à leur cape pourpre. Elwood eut tout juste le temps de nous ordonner de bondir hors de la voiture car une seconde après, les griffes de ces créatures transperçaient la carrosserie comme de vulgaires feuilles de papier.

« Notre maitre Hélios nous a ordonné de stopper tous les gêneurs, et c’est aussi valable pour vous, lança l’un des hommes.

-Mademoiselle Violet, allez-y, je couvre vos arrières.

-Tu es sûr que tout ira bien Elwood ?

Pour toute réponse, le majordome invoqua sortit de sa poche une minuscule dague de fer qui rayonna d’une vive lueur argentée. Un instant plus tard, un grand guerrier en armure blanche et portant une épée dans chaque main se tint devant Elwood et chargea sans autre sommation les hideuses créatures, nous permettant ainsi de nous éclipser.

Nous laissâmes donc Elwood derrière nous à contre cœur. J’ignorais s’il pouvait faire face à deux adversaires en même temps. Cependant Violet nous assura que nous n’avions aucun souci à nous faire, bien que son visage n’exprimât pas une aussi grande confiance en son majordome qu’elle voulait le laisser paraitre.

« Les renforts ne vont pas tarder à arriver, dit-elle plus pour elle-même que pour nous. Tout ira bien pour lui. »

Je n’étais toujours pas complètement rassuré néanmoins je continuais à courir en direction du Louvre. Nous aperçûmes droit devant nous la grande pyramide de verre. Quand nous y arrivâmes, l’endroit était désert. Des voitures sans conducteurs étaient entassées sur la chaussée et des sacs étaient éparpillés un peu partout, comme si les touristes avaient dû quitter l’endroit précipitamment, ce qui était sûrement le cas.

Nous entrâmes dans la pyramide. Toujours personne pour garder l’entrée.

Quelque chose ne tournait pas rond…

Angéla ne semblait pas vouloir attendre davantage pour s’assurer que nous étions bel et bien seul et descendit les escaliers roulants immobiles et nous la suivîmes.

Une fois en bas, je regardai de tous les côtés mais il n’y avait pas un chat, l’endroit était aussi désert que l’extérieur…

Soudain, des bruits de pas retentirent.

Immédiatement, nous nous cachâmes derrière un comptoir et deux hommes masqués apparurent, l’air satisfaits d’eux-mêmes à en juger par leur intonation. Ils ne semblaient pas nous avoir vus et continuèrent de parler :

« Quelle plaie d’être de corvée à la surveillance. Moi aussi j’aurais bien aimé voir la finalisation du grand projet d’Hélios, grogna le premier.

-Nous le verrons bien assez tôt. Tout se déroule à merveille et personne n’est en mesure de nous arrêter, pas même ces bouffons de la fédération Ether, ricana le second. Ce n’est plus qu’une question de minutes avant que le monde ne plie devant nous. »

Sur ces mots, les deux hommes partirent en direction de la section sur l’Egypte. Nous restâmes cachés encore quelques secondes, puis Violet regarda par-dessus le comptoir pour être sûre qu’il n’y avait plus personne et nous fit signe de sortir.

En regardant dans la direction où les deux hommes étaient partis, nous vîmes une inquiétante lumière mauve dont les ombres dansaient sur les murs tels des fantômes.

Nous nous regardâmes, inquiets, autant à cause des paroles de ces hommes que de ces lueurs…

-Tout cela ne présage rien de bon… Marmonna Violet. Ne perdons pas de temps, à partir de maintenant chaque seconde compte ainsi que chacun de nos gestes. Faites donc le moins de bruit possible.

-Compris, dis-je.

-Ce n’est pas mon genre de me faire remarquer ! Ajouta Angéla en se faisant justement trop remarquer à mon gout. »

Heureusement que nous étions seuls dans la pièce car j’étais persuadé que la blonde nous aurait fait repérer en moins de quelques minutes si nous avions dû nous faire encore plus discrets.

Nous partîmes donc à la suite des deux hommes et nous nous enfonçâmes dans la lumière mauve. Après avoir traversé un long couloir, où nous pûmes voir les restes de ce qui était autrefois le palais royal selon Violet, nous nous attendions à tomber nez à nez avec Hélios.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous vîmes, non pas le roi…Mais un scientifique en blouse blanche, totalement encerclé par quatre hommes et leurs spirituals, tous plus hideux les uns que les autres, sortes de croisement entre des chauve-souris, des amphibiens et lézard…J’avais vraiment envie de vomir rien qu’en les regardant.

« Professeur Ryoko ! S’exclama soudain Violet. »

Immédiatement, tous les regards convergèrent dans notre direction et la présidente fit un pas en arrière, consciente de sa propre bêtise tandis qu’Angéla lui lançait un regard bourré de reproches.

« Ce…ce n’était peut-être pas le moment de crier…Hasarda la jeune fille en serrant les dents.

-Qui va là ? S’écria l’un des quatre. »

Les hommes d’Hélios semblaient furieux mais écarquillèrent les yeux lorsqu’ils me virent, moi qui avais échappé à leur maitre et qui revenait de lui-même se jeter dans la gueule du loup.

« Violet, commença le scientifique sans se laisser déconcerter. Ne reste pas là et va dans la salle du livres des morts ! Il faut que tu arrêtes Hélios à tout prix !

-Et…et vous professeur ? Bégaya-t-elle, ne sachant visiblement plus quoi faire.

-Ce n’est pas parce que je n’ai plus ton âge que je ne sais plus me battre. On se retrouve à la sortie, j’ai réussi à obtenir des informations qui vont te plaire je crois. »

L’homme lança un large sourire à Violet tandis que les monstres se jetèrent sur lui. Mais contre toute attente, je vis ses yeux briller d’un éclat bleuté avant que le dénommé Ryoko n’esquive les attaques avec une agilité surhumaine, et encore plus impressionnante en considérant ses cheveux grisonnants et ses rides nettement visibles.

Je ne comprenais pas vraiment ce qu’il se passait mais l’homme semblait en mesure de se défendre seul et nous suivîmes donc ses instructions. Plus je me rapprochais de la source lumineuse, plus je sentais son effet destructeur. Angéla ne semblait pas plus rassurée que moi, mais elle continuait à avancer vaillamment, sans hésiter. Je ne savais pas ce qui la motivait réellement mais elle devait avoir une sacrée dent contre ce type et être aveuglée par la colère ou par un quelconque sentiment négatif pour foncer vers le danger.

Après avoir passé trois ou quatre portes, je vis enfin celui que nous étions venus affronter : Hélios. Le roi fou se tenait debout devant un morceau de papyrus qui devait être le livre des morts selon moi et qui était la source de la lumière maléfique.

C’est alors que la couleur du parchemin changea et il se mit à briller d’une lueur noire. Le livre des morts commença à rétrécir jusqu’à avoir la forme d’un bracelet en forme de serpent qui s’enroulait sur lui-même.

Un sourire mauvais passa sur les lèvres du roi en contemplant sa nouvelle possession. Hélios leva alors la tête et nous vit

« Encore vous ? dit-il en se grattant la barbe d’un air confus. Vous me faussez compagnie à Montmartre et vous venez vous faire tuer de votre propre volonté ? Moi qui pensais que vous teniez à la vie… J’ai bien du mal à comprendre les gens de cette époque… »

Je prenais vraiment sur moi-même à ce moment-là pour ne pas que mes jambes ne lâchent. J’étais à deux doigts de perdre connaissance tant j’étais terrifié en revoyant encore l’attaque du dragon qui aurait pu me tuer en un seul coup. Mais je ne pouvais pas faire marcher arrière. Il me fallait des réponses. Je ne pouvais pas simplement continuer à subir les événements sans les comprendre.

« Espèce d’enflure ! S’exclama Angéla en serrant le poing. Vous avez de la chance que les deux dernières fois j’aie été dans l’incapacité de me battre pleinement mais aujourd’hui, vous allez payer pour ce que vous avez fait à Ambre et Maya !

Sans aucune autre sommation, la jeune fille se jeta sur le roi. Son bracelet s’était illuminé et elle décocha un vif rayon de lumière vers l’homme qui ne bougea pas d’un poil. Pire, il se contenta de fermer les yeux et croiser les bras sur son torse. Lorsque l’attaque le toucha, elle ne sembla même pas lui faire le moindre dégât tandis qu’Angéla jura, toujours hors d’elle.

« Pendant un moment, j’ai cru que tu serais une menace pour mes plans, ma très chère Angéla. Mais maintenant que j’ai vu de quoi tu étais capable, tu ne m’intéresses plus, déclara Hélios très calmement et d’une voix teintée d’ironie.

-Comment ?! Je me fiche bien d ce que vous pensez ! Je vais vous obliger à m’affronter et je vous vaincrai pour ce que vous leur avez fait…Pour ce que vous nous avez fait avec votre sous fifre et ce cinglé aux singes !

-Tu me fais bien rire. Cependant, j’ai toujours un compte à régler avec toi Drago. Tu ne m’échapperas pas cette fois-ci. »

Je déglutis. Oui. J’étais tétanisé par la peur…Mais je ne pouvais pas reculer. Plus maintenant que les réponses se trouvaient à quelques mètres de moi. C’est pourquoi, prenant mon courage à deux mains, je m’avançai d’un pas et, dépassant Angéla, je fis face au roi.

Certes, je tremblais comme une feuille et de grosses gouttes de sueurs perlaient de mon front mais ce n’était pas en restant caché derrière les autres que j’allais obtenir des réponses.

« Hé…Hélios ! Bégayai-je en tentant de cacher ma peur. Que me voulez-vous à la fin ? Puisque vous allez me tuer… Vous pouvez bien m’expliquer pourquoi tout de même, non ? »

L’homme lâcha un long soupir avant de plonger son regard dans le mien et là, je vis un détail qui jusque là ne m’avait pas frappé. Sa pupille gauche…était légèrement allongée, à la façon de celle d’un chat… ou d’un reptile.

Était-ce normal dans ce monde, comme un simple effet secondaire de la connexion avec les Spiritual ? Je n’en avais pas l’impression. Cela venait de quelque chose d’autre… mais quoi ?

« Si vous ne vous étiez pas enfuis, les choses auraient été beaucoup plus simple…

-Pas… enfuis ? Répétai-je, perdu.

-Je n’ai pas le temps de m’occuper de ton éducation mon garçon. Si Solaris ne l’a pas fait, je n’ai aucune raison de le faire non plus. Alors sois gentil… et disparais de ma vue ! »

Le roi ouvrit la paume de sa main et des flammes blanches en surgirent pour déferler vers moi comme un véritable tsunami. Cependant, Violet qui semblait avoir anticipé cette action, s’interposa et réussit à repousser le torrent de feu d’un simple revers de la main.

A ce moment, je remarquai que la bague qu’elle portait au doigt s’était mise à luire d’une intense lumière blanche. Ses yeux brillèrent à leur tour de la même lumière tandis que ses cheveux se mirent à virevolter dans son dos alors qu’un vent violent s’était levé dans la salle.

« Désolée Hélios, mais ces enfants sont sous ma responsabilité donc vous devrez me passer sur le corps si vous voulez les atteindre ! S’exclama la femme d’une voix forte et autoritaire.

-Et a qui ai-je l’honneur exactement ?

-Je suis Violet Leblanc, présidente et fondatrice de la fédération Ether et également la personne qui mettra un terme à vos agissements ! »

Le roi grimaça légèrement lorsqu’elle se présenta mais ne se laissa pas impressionner pour autant. Il tira une seconde rafale de flammes dans sa direction mais cette fois-ci, Violet les attrapa dans sa main avant de les renvoyer sur Hélios comme une simple balle de tennis.

Ce dernier les dissipa aisément d’un claquement de doigt mais je vis que cette simple résistance avait réussi à l’agacer.

« La fondation Ether tu dis ? Reprit-il d’une voix toujours aussi calme bien que son visage trahissait son énervement. Comme si je n’avais déjà pas assez de problèmes avec Shadow, je n’ai vraiment pas besoin que d’autres empêcheurs de tourner en rond viennent se mêler de ce qui ne les regarde pas.

-Hélios. Ce que vous faites actuellement est contraire aux traités signés par les nations concernant l’utilisation de Spirituals. C’est pourquoi si vous refusez de coopérer et de vous rendre, je serai obligée d’user de la force.

-Essayez donc de me faire plier pour voir, s’amusa le roi, soudain intéressé.

-Vous l’aurez voulu ! Brûle tout sur ton passage, Kitshono ! »

Comme réagissant à l’appel de la femme, la bague qu’elle portait au doigt s’enflamma et un torrent de feu bleuté s’en échappa. Rapidement, les flammes s’assemblèrent de façon ordonnée pour former une silhouette de renard. Lentement, le brasier se dissipa pour me laisser constater qu’effectivement, un renard de couleur bleue glacée venait d’apparaitre sous nos yeux.

L’animal devait mesurer la taille d’un cheval et sur ses pattes ainsi que sa queue continuaient de brûler les flammes de glace. La bête poussa un long hurlement à la façon d’un loup avant de montrer les crocs, prêts à se jeter sur Hélios au moindre ordre de Violet.

Angéla était bouche bée devant cette créature, à la fois fascinée et impressionnée. Hélios ne s’attendait visiblement pas non plus à ce que Violet ait été capable d’invoquer un Spiritual et il pencha la tête sur le côté.

« Je dois admettre que je suis un peu surpris. Après tout, d’après ce que j’ai pu voir, peu de monde dans cette époque est capable de matérialiser un Spiritual sous sa forme physique, déclara l’homme.

-Vous nous sous-estimez je pense ; rétorqua Violet d’un ton tranchant.

-Vraiment ? Dans ce cas, montre-moi de quoi tu es capable, Violet Leblanc. »

La femme n’attendit pas une autre invitation et ordonna à son Spiritual d’attaquer. Dans un grognement furieux, le renard de feu bondit vers Hélios mais celui-ci ne bougea toujours pas. Je le crus d’abord inconscient mais au dernier instant, l’homme leva la main et fit un signe à l’un de ses hommes qui s’interposa et arrêta à mains nues l’attaque du monstre.

« Je vous présente Darksky, l’une de mes meilleures recrues. C’est lui qui va se battre contre vous aujourd’hui. Je n’ai pas la force ni la motivation de le faire. »

La personne désignée était un garçon qui devait avoir à peu près mon âge, aux cheveux noirs formant un pic sur le côté droit de sa tête et tombant sur ses yeux tout aussi sombres. Il n’était pas spécialement grand ni spécialement musclé et avait un étrange pendentif en forme de plume autour du cou. Il n’avait pas du tout le profil d’un homme de main, alors que faisait-il ici, au service d’Hélios ?

« Heureusement que quelqu’un est là pour surveiller vos arrières… Grommela le garçon. »

D’un coup de poing, il repoussa le renard de feu. Mais contrairement au Spiritual qui ne semblait avoir pris aucun dégât, le sous-fifre d’Hélios avait utilisé beaucoup d’énergie pour contenir l’attaque et cela se voyait sur son visage.

Néanmoins ce-dernier se jeta sur l’animal, son bras s’étant changé en une sorte de serre de rapace. Il sauta sur le dos du Spiritual et tenta de planter ses griffes dans sa chair mais au-même moment, Violet claqua des doigts et le pelage de la bête s’enflamma.

Le dénommé Darksky recula vivement en jurant, manquant de se faire carboniser le bras. Je compris à ce moment-là ce qu’Angéla évoquait en parlant de différence de puissance. Même si ce garçon avait l’air bien plus fort qu’un humain normal, il ne semblait pas en mesure de rivaliser avec un Spiritual sous sa forme physique et Hélios le savait également.

C’est pourquoi, à ce moment-là, son visage si calme et détendu se crispa. Ses yeux s’assombrirent et se mirent à rougeoyer comme des rubis tandis qu’un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres.

« Vous me faites perdre mon temps, j’ai vu de quoi vous étiez capables, tous autant que vous êtes, s’exclama Hélios en décroisant finalement les bras et lançant un regard chargé en reproche à son sous-fifre.

-Puisque vous êtes si malin, allez-y, je vous laisse, grogna Darksky, n’appréciant visiblement pas l’attitude de son maitre. »

Le roi ouvrit à nouveau la paume de sa main et une sphère lumineuse apparut à l’intérieur. Tout d’abord je crus qu’il allait viser le renard de feu et Violet s’y attendait également, ordonnant à sa créature d’ériger un mur de flammes tout autour d’elle. Mais au dernier instant, Hélios dévia son attaque et tira un laser de lumière vers moi sans que je ne m’y attende et Angéla poussa un cri de frayeur.

Quant à moi, je n’eus même pas le temps de réaliser ce qu’il se passait que ce rayon fut arrêté net dans sa course par cette même forme brumeuse qui m’avait déjà protégé lors de mon entrainement.

Le roi fronça les sourcils, ne s’attendant visiblement par à une intervention extérieure. La brume quant à elle, en la personne de ma sœur, s’adressa pour la première fois à moi et sa voix me confirma ce que je pensais.

« Sérieusement, tu as le don pour te mettre dans le pétrin, Drago ; grommela la forme brumeuse.

-Théa ! Est-ce que c’est vraiment toi ?!

-Plus tard les explications. Pour l’heure, prends ceci et sers-t’en pour survivre au moins cinq minutes. »

Le corps de ma sœur disparut pour se transformer en une épée à la lame bicolore, blanche comme la neige d’un côté et noire comme la nuit de l’autre. Le pommeau ressemblait à une paire d’aile possédant les couleurs inverses de la lame et dessus était gravé un signe : une fleur de lys dorée…

A la vue de cette épée, Hélios pour la première fois prit un air réellement contrarié et lança un nouveau rayon dans ma direction avant que je n’aie pu me servir de mon arme.

Angéla, vive comme l’éclair, me protégea d’un bouclier de lumière, ce qui rendit l’homme encore plus fou de rage qu’il ne l’était déjà.

Derrière notre ennemi, une aura sombre s’éleva et prit peu à peu forme. Une grande ombre se détacha du corps d’Hélios puis deux yeux rouges comme le sang apparurent. Je reculai d’un pas, effrayé…Non, ce n’était pas le dragon d’Atum…C’était…quelque chose d’autre…Mais quoi ?

La chose se dissipa aussi vite qu’elle était apparue et fit place au vrai Spiritual du roi. Ce grand dragon doré rayonnant comme le soleil…

Maitrisant mes émotions, je resserrai ma prise sur mon épée et la brandit devant moi. Lorsque la créature fantastique cracha une rafale de flammes, ma lame s’illumina et dévia le torrent ardent.

Je fus repoussé de quelques centimètres sous la force de l’impact mais je tins bon, devant les regards abasourdis de mes alliés et de nos ennemis.

« Darksky, occupe-toi de ces misérables ! Ordonna Hélios, perdant le peu de sang-froid qu’il lui restait.

-Désolé maitre, je ne veux pas vous faire perdre davantage de temps, je vous laisse vous en occuper, répondit le garçon en détournant le regard. »

Tandis que l’homme en armure fulminait de rage, il ne vit pas que Violet avait profité de ce temps mort pour ordonner à Kitshono de riposter. Le renard géant s’était jeté sur Hélios, toutes griffes dehors.

« Finissons-en ! S’écria-t-elle. »

Un déluge de flammes bleues s’échappa de la gueule de l’animal. Mais juste avant l’impact, je crus revoir l’ombre sinistre s’élever du corps de notre ennemi et s’interposer pour repousser l’attaque sur Darksky qui ne vit rien venir et hurla de douleur en la recevant.

L’explosion le projeta violemment contre le mur et fit trembler les fondations. Le garçon grimaça et tenta de se relever avant de retomber aussitôt.

-Merci, je te revaudrai ça mon cher. Nous n’avons plus rien à faire ici, reprit Hélios dont les yeux avaient retrouvé leur couleur d’origine. Il est temps de partir. Drago, Angela, au plaisir de ne pas vous revoir !

-Hélios, attendez une minute, vous aviez promis ! S’écria Darksky, toujours furieux.

Le roi se retourna quelques instants, regarda son sous fifre à terre, puis se détourna et sauta dans le portail qu’il venait d’ouvrir sans ajouter un mot.

Après quoi, Darksky, blessé et à bout de forces, perdit connaissance.

Violet alla immédiatement lui porter de l’aide. Même s’il était notre ennemi, elle ne pouvait pas le laisser là alors qu’il était mal en point, et Angéla semblait du même avis, même si elle regardait dans la direction où le portail s’était refermé en fronçant les sourcils. Quant à moi, ma lame disparut simplement dans une trainée de poussière d’étoile et je tombai à genoux, à bout de forces.

Nous vîmes arriver quelques secondes plus tard Elwood, suivi du fameux professeur. Ils avaient tous l’air épuisés mais sains et saufs. Ils se réjouirent que nous le fussions nous aussi et nous félicitèrent pour notre victoire. Maintenant, un autre grand problème vint se poser à nous : que devions nous faire de Darksky ?

A l’unanimité, nous décidâmes de l’emporter chez Violet pour le soigner et d’aviser ensuite.

Nous sortîmes de la section des pharaons et nous vîmes devant la grande pyramide du Louvre toute une série de voitures de police, ainsi que de nombreux hommes en blanc portant le même insigne sur leurs vestes que celui de Violet.

Nous embarquâmes Darksky toujours inconscient dans la voiture…en piteux état mais qui roulait encore apparemment. Comme il n’y avait pas assez de place, Elwood proposa de rester à Paris pour faire un rapport plus détaillé au maire et s’occuper de ses troupes mal en point. Nous retournâmes donc vers le château sans lui.

Nous parlâmes peu sur le chemin. Nous étions tous épuisés par ce combat et si j’avais engagé la conversation avec Angéla, j’aurais eu bien trop de questions à lui poser. De toute façon, j’étais beaucoup trop préoccupé par ces apparitions de Théa pour discuter d’autre chose.

Non seulement cette aventure avait bien failli me couter la vie mais en plus je repartais avec encore plus d’interrogations que je n’en avais au départ.

Le combat avait beau être terminé depuis longtemps, mon cœur battait encore la chamade et l’adrénaline n’était pas encore entièrement retombée. J’espérais simplement que notre otage eût des informations utiles me concernant… Au moins je n’aurais pas risqué ma vie stupidement pour rien…

En arrivant, la première chose que nous fîmes fut d’envoyer Darksky dans la salle de soins, puis nous nous installâmes dans le salon, le fameux professeur Ryoko veillant sur lui aux côtés de Violet.

Là, Angéla et moi nous nous retrouvâmes seuls dans le salon et la jeune fille s’affala immédiatement sur l’un des fauteuils en poussant un long soupir.

« Encore raté… Se lamenta-t-elle. Ce type m’échappe à chaque fois…

-J’imagine qu’on aura l’occasion de le revoir malheureusement… Lui répondis-je en espérant le contraire.

-Oui, et la prochaine fois je lui ferai la peau à ce malade ! Il va regretter d’avoir… »

Mon amie s’arrêta net dans sa phrase avant de se tourner vers moi et de détourner la conversation.

« Et sérieusement, c’était quoi cette épée, Drago ? Me demanda-t-elle impressionnée. Tu sais que matérialiser des objets physiques est encore plus dur que matérialiser des Spirituals ?!

-V…vraiment ? Bégayai-je, ne sachant pas quoi répondre.

-Mais oui ! Je suis certaine que même Violet ne sait pas faire ça ! Allez, dis-moi, c’est quoi ton secret ? Tu viens directement d’Izrath c’est ça hein ? Mieux tu es Spiritual toi-même et tu as une mission dans ce monde ? J’ai raison ?! »

Je grimaçai, gêné. Angéla tirait vraiment des conclusions trop hâtives et totalement farfelues. J’avais l’impression que moins ses théories étaient crédibles et plus elle y croyait…

Heureusement, Violet vint me sauver de cette mauvaise

Nous nous levâmes donc et nous allâmes vers la salle de soins. Là, Darksky était allongé sur le lit et solidement ligoté. Il reprenait peu à peu ses esprits.

« Doucement, lui dit Violet, tu es encore très faible.

-Où…Où suis-je ?

-Tu es en sécurité. »

Les yeux de Darksky s’agrandirent immédiatement et il tenta de se relever mais fut aussitôt retenu par les liens qui l’attachaient solidement.

« Hélios ? Ou est-il ? Dites-le-moi ! Je n’en ai pas fini avec lui ! S’écria-t-il en se débattant furieusement.

-Ton maître t’a lâchement abandonné, railla Angéla. »

L’ancien sous fifre cessa immédiatement de bouger et son regard se voila tandis qu’un sourire triste fendit sa figure.

« Alors elle avait raison…Je ne suis qu’un idiot de ne pas l’avoir écoutée…Murmura notre prisonnier. Hélios…vous aviez promis…vous aviez…promis… répéta-t-il à voix basse. »

Voyant le malaise de tout le monde face à sa réaction, je tentai de reprendre le dialogue.

« Mais au fait, nous ne nous sommes toujours pas présentés : je m’appelle Drago Moi et voici Angela Hopper, Violet Leblanc et…

-Ryoko Seiu. Termina le professeur. Nous avons de nombreuses questions à te poser jeune homme.

-Mon nom est Michael, Michael Duroi, mais on m’appelle Darksky.

-Drôle de surnom…s’amusa la blonde que je fis taire d’un coup de coude dans les côtes.

-Vous allez me laisser partir maintenant ? J’ai des comptes à régler avec cette ordure de roi de pacotille !

-Peut-être, peut-être pas…

-Ce qu’Angéla essaie de te dire, c’est qu’il faudrait que tu nous expliques pourquoi tu sers Hélios et quel sont ses plans ; l’interrompit le professeur avant qu’il ne s’énerve.

-Je vous dirais tout ce que vous voudrez savoir tant que vous me laissez aller lui dire deux mots après !

-Dans ce cas, commence par nous parler de toi. Que faisais-tu à ses côtés ?

-Je vous l’ai dit, je m’appelle Michael. Je faisais partie des « soldats » d’Hélios comme on pourrait l’appeler, enfin je l’étais… Il m’avait promis…Quelque chose en échange de mon aide…

-Il t’a pourtant abandonné lâchement après sa défaite, fit remarquer Violet.

-Oui, mais quand je l’ai rencontré, il m’a dit qu’il détenait une information dont j’avais besoin…et je l’ai cru…Comme un idiot…je l’ai cru

-Darksky, je suis désolé de te le dire, mais Hélios t’a menti, continua Ryoko d’une voix plus tendre.

-Merci…je pouvais m’en rendre compte seul je pense…

-Et qu’étiez-vous venus chercher au Louvre ?

-Je ne suis qu’un sous fifre, on ne me disait pas grand-chose, j’ai simplement assisté à la réunion comme tout le monde. Cependant je sais que nous devions retrouver le livre des morts pour libérer quelque chose.

-Cette chose, c’était l’artéfact que nous avons vu Drago, Violet et moi ? »

Darksky se mordit la lèvre et croisa les doigts, tremblant.

« Je… ce n’est qu’une déduction qu’une amie a faite… Mais nous pensons qu’Hélios essaie de récolter des artéfact légendaires, divins comme les anciens les appelait…

-Des artéfact… divins ? Répétai-je, confus.

-Oui, me répondit gravement Angéla. Peu de gens sont au courant mais certains historiens affirment que les divinités des religions disparues telles que dans le panthéon grec ou la mythologie égyptienne, n’étaient autre que des Spirituals incroyablement puissants. Athéna avec qui je possède un lien fait peut-être même partie de ceux-là selon le père d’une amie.

-Et Hélios viens de mettre la main sur l’un d’eux n’est-ce pas ? Demanda Ryoko, le teint blême.

-En effet, et pas sur le plus inoffensifs. Il s’agissait là du dieu du chaos, Apopis, le serpent divin.

Apopis. Ce nom éveillait quelque chose en moi. Je n’étais pas le seul à avoir l’air mal à l’aise après avoir entendu cela. Même Violet semblait nerveux. Mais il n’y avait pas qu’Apopis, il y avait aussi cette présence que j’avais ressentie pendant le duel…Qu’était-ce ? Elle ne dégageait pas la même aura qu’un simple Spiritual comme Kitshono ou Atoum, et pas non plus celle d’Apopis, c’était…autre chose, plus puissant, plus maléfique et plus destructeur…

« Pour l’instant, repris Darksky, le dieu maléfique n’est pas encore totalement réveillé. Cependant, si Hélios met la main sur les autres dieux avant la prochaine éclipse, le monde plongera dans le chaos.

-Et tu l’as aidé en sachant tout ça ? S’écria mon amie qui paraissait prête à le frapper.

-Je n’avais pas le choix… se lamenta le garçon. »

Les paroles de Darksky me troublaient. J’avais beau ne pas être familier avec ce monde, ni même n’y avoir aucune attache, savoir qu’il risquait la destruction me mettait mal à l’aise. De plus, j’avais maintenant la certitude que Théa vivait toujours dans ce monde, d’une façon ou d’une autre. Je ne pouvais pas abandonner ma sœur à son sort alors qu’elle était tout ce qui me restait de mon ancienne vie.

Par ailleurs, j’en étais désormais persuadé… Mais Hélios était responsable d’une façon ou d’une autre de la mort de ma famille.

« Darksky, tu n’as pas l’air d’apprécier Hélios plus que nous et te objectifs semblent coïncider avec les nôtres. Que dirais-tu de te joindre à nous ? Déclara soudain Violet.

– Me joindre à vous ?

– Oui, tu es un combattant puissant. Tu n’as pas besoin de rester sous les ordres de quelqu’un comme Hélios et nous cherchons désormais tous à vaincre Hélios. Alors qu’en dis-tu ?

-Et vous m’aideriez à faire ce qu’Hélios n’a pas fait ?

-Bien sûr, nous ferons notre possible pour te venir en aide si tu en as besoin ; lui dit Ryoko.

-Dans ce cas j’accepte. Hélios…va payer pour ce qu’il a fait… »

Violet détacha les liens qui emprisonnait notre nouveau compagnon et serra la main que le professeur lui tendait.

Tandis que cette alliance inattendue prenait forme, j’avais pris ma décision. J’allais rester dans ce monde et les aider à combattre Hélios. J’allais m’entrainer jour et nuit pour maitriser le pouvoir contenu dans ma pierre s’il le fallait… mais j’allais obtenir des réponses et prendre ma vengeance pour ce que j’avais dû endurer par la faute de ce tyran fou. J’en faisais le serment.




Chapitre 5 : Osiris



Spoiler :


Cela faisait maintenant une semaine que Darksky nous avait rejoint. Il se rétablissait peu à peu mais demeurait cependant toujours très faible. Tout le monde le traitait comme s’il avait toujours été l’un des nôtres en faisant abstraction de son ancienne appartenance aux hommes d’Hélios.

Cependant, il nous était impossible de savoir ce que le roi lui avait promis. Chaque fois que nous abordions le sujet, il se taisait si bien que nous avons fini par abandonner.

Il n’était d’ailleurs pas bien bavard tout court, comme si quelque chose le tourmentait en permanence. Même Angéla avait du mal à briser les barrières mentales de notre nouvel allié.

Le professeur Ryoko, qui était l’homme ayant formé Violet par le passé, s’installa avec nous afin de nous aider à arrêter Hélios. Nous ne le voyions cependant que peu tellement il était absorbé par ses recherches.

Car en effet, nous nous étions mis en tête de trouver les artéfacts potentiellement convoités par Hélios avant lui. Violet avait pour cela déployé toutes les unités de la fondation Ether tout autour du monde dans l’espoir d’en dénicher au moins une.

En attendant que les recherches progressent, je continuai à m’entrainer avec Angéla chaque jour. Même si je ne progressai pas d’un pouce quant à la maitrise du Spiritual enfermé dans la pierre bicolore, j’avais tout de même l’impression d’être meilleur combattant. Désormais je ne me faisais plus vaincre en un seul coup mais seulement lors d’enchainements inhumains uniquement possibles grâce aux pouvoirs d’Athéna.

J’étais néanmoins préoccupé par une chose. Théa ne s’était plus manifestée depuis notre combat contre Hélios. Avais-je réellement rêvé ? Ou bien avait-elle une raison de n’apparaitre qu’aux moments cruciaux ? Je ne le savais et cela me frustrait au plus haut point.

Je voulais juste savoir si ma sœur, le dernier membre de ma famille encore « en vie » se portait bien. Était-ce trop demandé ?


Pendant mon temps libre, j’aimais déambuler dans la grande bibliothèque du château. C’était une vaste pièce entièrement remplie de livres du sol au plafond, au sens propre du terme. Il y avait tant d’étagères ici que je me demandais combien de générations il avait fallu pour réunir autant d’ouvrages…

Cela, combiné à la faible luminosité de la pièce, ne m’aidait vraiment pas dans mes propres recherches, à savoir trouver des informations sur Hélios, et plus important, sur un quelconque document évoquant les voyages dimensionnels.

C’était bien gentil de m’entrainer ici pour vaincre Hélios, mais si nous réussissions et si je découvrais la vérité sur mes origines, il allait bien falloir que trouve un moyen de rentrer chez moi. Car oui, je n’avais non seulement aucune idée de ce que je faisais ici, mais j’avais encore moins d’imagination lorsqu’il s’agissait de trouver comment j’avais atterri dans cette poubelle…Mais pour l’instant, en une semaine de recherche, je n’étais toujours pas plus avancé.


Ce jour-là, j’étais tant absorbé par mes recherches que je n’entendis même pas les pas à côté de moi et continuai simplement mes lectures, perdu dans mes pensées.

« Drago, j’ai une super nouvelle pour toi ! »

Je tombai du petit tabouret sur lequel j’étais assis, frôlant de peu la crise cardiaque et jetai un regard noir à Angéla qui me dévisageait, un grand sourire niais illuminant son visage. J’étais déjà prêt à l’insulter de tous les noms lorsque je vis qu’elle était suivie de Violet, Elwood et Ryoko et que notre hôte tenait dans ses bras un petit coffret scellé par un sceau en forme de griffe.

« Il y a un problème ? Maugréai-je en me frottant la tête, souffrant encore de ma chute.

-Non, aucun problème, juste des bonnes nouvelles, s’enjailla Violet. Vois-tu, l’une de nos divisions en Egypte revient directement du Caire et nous a rapporté ceci. »

La propriétaire du château, posant le coffre sur l’une des étagères, l’ouvrit en brisant le sceau et en sortit un minuscule objet ressemblant à un bateau de berger miniature accroché au bout d’un long morceau de ficelle dorée.

« Voici un sceptre Héqa. Cette relique très ancienne était conservée dans un musée, tout comme le livre des morts. C’est pourquoi nous avons toutes les raisons de penser que, comme lui, cet artéfact pourrait renfermer un Spiritual divin, reprit Elwood très calmement.

-Vous…pensez ? Répétai-je, étonné. Personne n’a essayé d’établir un contact avec lui ?

-Ce n’est pas aussi simple que cela, déclara alors Angéla. Autant pour de simples Spirituals, les contrats peuvent s’effectuer automatiquement et sans grande difficulté, autant pour les reliques anciennes…

-Elles ne peuvent réagir que si elles reconnaissent un propriétaire digne de contrôler leurs pouvoirs, termina Ryoko d’un air contrarié. Nous avons tous essayé mais il n’y a rien à faire. Même nos propres Spirituals n’arrivent pas à établir un contact.

-Peut-être qu’il s’agit juste d’un bijou comme un autre dans ce cas, hasardai-je. »

Tous les regards se tournèrent en même temps sur moi et je me sentis tout à coup vraiment mal à l’aise. Sérieusement, qu’attendaient-ils de moi exactement ? Ils pensaient que j’étais un élu ou une bêtise du genre ? Restons sérieux cinq minutes. Je ne savais même pas ce que je faisais ici et j’étais incapable de créer la moindre étincelle avec la pierre chaude.

Cependant, devant leurs regards insistants, je soupirai et baissai les armes, vaincu.

« Bon j’ai compris. Hélios m’attaque sans raison donc je suis forcément spécial, c’est ça ? Donnez-moi ça que je vous prouve qu’il n’en ri… »

Je n’eus même pas le temps de terminer ma phrase que l’artéfact se mit à luire d’une vive lueur vert émeraude. Tout autour de moi commença alors à vaciller et je crus m’évanouir.

Lorsque je rouvris les yeux, mon cœur rata un battement lorsqu’en face de moi, un immense dragon noir et vert me dévisageait. Il portait sur son torse une armure colorée, semblable aux parures montrées sur les fresques égyptiennes tandis que sur son crâne luisait une sphère pourpre maintenu entre ses deux cornes.

Comme par réflexe, ma main s’approcha de la créature écailleuse mais je m’arrêtai net à quelques centimètres de son museau, abasourdi. Aux côtés du dragon, trois formes translucides se tenaient, formes que je reconnus immédiatement.

Je voulus crier, hurler ou même bouger ne serait-ce que le petit doigt mais j’étais comme paralysé alors qu’en face de moi se trouvaient mes parents, ainsi que Théa, tous trois vêtus de magnifiques tuniques dorées semblables à celles portées par les anciens Egyptiens…

Les quatre corps se changèrent alors en sphère lumineuses qui vinrent tourner tout autour de moi… Avant de m’envelopper de leurs lumière chaude et apaisante. Immédiatement, mes peurs et mes angoisses disparurent pour ne laisser en moi qu’une infinie quiétude et un seul nom résonna dans mon esprit : Osiris.

Ma vision se brouilla à nouveau, comme sombrant dans un profond sommeil.

Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvais à nouveau dans la bibliothèque du château, au moment même où je l’avais quittée. Tout était identique, à l’exception d’un détail : sur le dos de ma main était dessinée une marque dorée, la moitié d’une Ankh Egyptienne.

A côté de moi, Angéla écarquillait les yeux de surprise tandis que le professeur regardait ce symbole avec appréhension.

« C’est bien la première fois que je vois une relique réagir de la sorte… Marmonna ce-dernier.

-Effectivement, mais au moins nous comprenons un peu mieux pourquoi Hélios veut tant s’en prendre à Drago, continua Violet, tout aussi perplexe.

-V…Vraiment ? Balbutiai-je, encore choqué par ma vision.

-Tu n’as jamais fait attention à ce détail ? S’étonna la femme. Hélios possède également cette marque sur la main. »

Je faillis m’étrangler avec ma propre salive en entendant cela. J’avais été si préoccupé à sauver ma peau et à comprendre ce qu’il m’arrivait que je n’avais pas accordé une grande importance à l’apparence physique du souverain…

Alors que tout le monde était en train de spéculer sur l’origine réelle de cette marque, Darksky entra avec grand fracas dans la pièce, ayant l’air d’avoir suivi toute notre conversation.

« Il s’agit de la marque du Pharaon, déclara-t-il d’une voix forte. »

Cela jeta un froid et tout le monde se tut pour le laisser continuer. Le garçon lâcha un long soupir et se prit la tête dans les bras d’un air las.

« Il faut vraiment tout vous expliquer, grommela Darksky. Si Hélios possède également cette marque, c’est parce qu’il n’a jamais été un pharaon légitime. Le trône qu’il occupait ne lui était que prêté par le véritable pharaon en place… »

Je déglutis et me mis à revoir mes parents, ainsi que ma sœur dans ma vision. Une pensée aussi folle qu’incohérente me traversa l’esprit… Mais quelque chose au fond de moi me disais que je détenais la vérité. Après tout, depuis mon arrivée ici, plus une chose était incohérente, plus elle était probable et ce, je l’avais appris à mes dépends.

C’est pourquoi, redoutant la réponse de Darksky mais voulant connaitre la vérité, je pris mon courage à deux mains et lui posai cette question qui me brûlait les lèvres.

« Dis-moi… Saurais-tu… Connaitrais-tu le nom de son prédécesseur ? Lui demandai-je d’une voix tremblante.

-Solaris. Hélios est monté sur le trône à la place de son héritière, Théa. »

Evidemment, ce nom n’évoqua rien à personne dans cette pièce. Mais moi, je dus retenir des spasmes qui parcouraient mon corps tout entier. Certes, j’en étais à un point où plus rien n’aurait dû m’étonner dans ce monde de cinglés… Mais il fallait croire que la part de rationnel qu’il restait en moi ne pouvait tout simplement pas accepter une telle vérité… Alors qu’elle était peut-être la chose la plus logique que j’avais entendue depuis mon arrivée.

Je restai silencieux pendant tout le reste de la conversation pendant laquelle tout le monde s’affaira à débattre sur la suite des événements. Mais moi, j’en avais assez entendu pour la journée et je m’éclipsai. J’avais vraiment besoin de prendre l’air.

Comme pour me rassurer moi-même, dans le parc, je tentai d’invoquer le Spiritual que j’avais vu en rêve mais j’avais beau me concentrer et suivre tous les conseils d’Angéla, il n’y avait rien à faire…

Dépité, je finis par abandonner. Toutes ces histoires n’avaient ni queue ni tête. Si mon père avait réellement été le prédécesseur d’Hélios, pourquoi m’avait-il, pourquoi m’avaient-ils tous caché une vérité aussi importante ? Théa était certainement au courant depuis bien longtemps et savait ce qui allait arriver, et pourtant, personne n’avait jugé bon de me mettre au courant de quoique ce soit ! Ils m’avaient juste laissé en pleine nature, espérant que je ne découvre jamais mes origines… Pourquoi ?!

Me pensaient-ils trop faibles pour assumer mon rôle ? Pensaient-ils que je n’avais pas les épaules pour cela ?

En y repensant, toute ma vie avait été voilée par un épais nuage brumeux. Mes parents et ma sœur avaient toujours eu leurs petits secrets et souvent, je m’étais senti mis à l’écart. A présent, je comprenais pourquoi… Et cela me mettait dans une colère noire.

J’étais sur les nerfs. Il fallait que je me défoule sur quelque chose. Alors, lorsque j’entendis des pas derrière moi, ma rage fut plus forte et je tentai de donner un coup de poing à l’aveugle.

Cependant, je me heurtais simplement à un mur de lumière qui me repoussa violemment tandis que j’entendis un petit rire amusé.

« Alors Pharaon, que se passe-t-il ? On se fait mettre à terre par une simple fillette de quinze ans ? Ricana Angéla, les bras croisés sur sa poitrine, me dévisageant avec ses yeux pétillant de malice. »

Maugréant, je me relevai et essuyait mes vêtements à présent couverts de terre puis tournai simplement le dos à la jeune fille. Cependant, elle fit apparaitre un nouvel écran lumineux devant moi pour m’empêcher de passer.

« Attends une minute ! Reste-là, j’ai encore des choses à te dire.

-Si tu veux me parler de mes parents, je n’ai rien à dire sur eux, répondis-je sèchement.

-Qu’est-ce que tu peux être tête de bœuf quand tu t’es mets-toi ! Râla la blonde en gonflant les joues comme une gamine.

-On dit tête de mule premièrement. Et deuxièmement, j’ai le droit de vouloir rester un peu seul. Qu’est-ce que tu veux encore ?

-J’étais simplement venue discuter un peu pour te changer les idées mais puisque monsieur veut rester seul avec ses pensées noires, alors fais comme tu veux. »

La jeune fille fit mine de partir et je soupirai. Comme d’habitude, elle était vraiment maladroite dans ses expressions mais je ne pouvais pas lui en vouloir au fond. Elle ne pensait pas à mal…

« Désolé… Mais toutes ces histoires… Je crois que je suis en train de devenir fou…

-Ne t’inquiète pas, on se fait rapidement à la folie, tenta de me rassurer mon amie en retrouvant son sourire. Et puis tu as de la chance, tu n’as pas encore atteint le point de non-retour dans l’irrationnel !

-Vraiment ? Pourtant je crois qu’on est assez haut placé avec ce qu’il m’arrive la… Rétorquai-je, sceptique.

-Tu rediras ça quand tu te feras attaquer par une horde de singes magiciens. »

Je restai un instant sans réponse, les yeux ronds d’incompréhension, ne sachant pas si Angéla blaguait ou si elle était sérieuse. Cependant, elle éclata de rire un instant plus tard et me donna une grande tape dans le dos qui me coupa la respiration pendant plusieurs secondes.

« Allez, arrête de te faire du soucis Drago ! Vois le bon côté des choses ! Il y a encore une semaine, tu n’étais qu’un mec paumé et sans abri qui se faisait pourchasser alors que maintenant tu te retrouves héritier du trône avec un cinglé qui veut te faire la peau pour récupérer sa place !

-Est-ce que tu peux m’expliquer ce qu’il y a de bien là-dedans ?! M’étranglai-je. Les deux situations sont aussi mauvaises l’une que l’autre !

-Mais au moins maintenant tu sais pourquoi ce type t’a attaqué alors que moi je ne sais toujours pas donc arrête de te plaindre et profites-en ! »

Je ne pus m’empêcher de sourire en entendant les mots de la jeune. Elle était tellement simpliste dans ses raisonnements…

Mais elle n’avait pas tort, être en colère contre des actions passées n’allaient me mener à rien. Si mes parents avaient fait cela, ils devaient certainement avoir une bonne raison… Même si j’étais frustré d’avoir été exclu ainsi, en voyant ce monde dégénéré dans lequel j’avais atterri, j’aurais peut-être préféré rester dans l’ignorance et continuer ma vie tranquille tout compte fait…

Mais ma vie était-elle si tranquille que cela en y repensant ? J’avais beau fouiller dans ma mémoire, j’avais l’impression qu’une partie de ma vie avait été effacée, comme masquée par un épais brouillard. Et lorsque j’essayais de me souvenir, seuls deux yeux vairons, vert et bleu, me revenaient en tête.

« Eh, Drago, tu dors encore les yeux ouverts ? Me dit Angéla en me ramenant à la réalité.

-N…non, je repensais juste à… »

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase qu’une bourrasque de vent ébouriffa mes cheveux et projeta dans mes yeux de fines particules de poussières qui m’aveuglèrent momentanément.

Lorsque je recouvrai la vue, je lâchai un cri de stupéfaction en voyant Darksky devant nous, nous tournant le dos. Il avait activé ses pouvoirs et ses deux mains s’étaient changées en serre d’aigles acérées.

Je ne comprenais pas vraiment ce qu’il se passait, d’autant plus qu’il n’y avait aucun ennemi à l’horizon. Cependant, je remarquai qu’à quelques mètres de nous, deux plumes noires étaient plantées dans le sol, encore fumantes.

« Darksky, qu’est-ce qu’il…Commença Angéla avant de se faire interrompre.

-Vous n’osez même pas vous montrer ? Il faut dire qu’avec la raclée qu’on vous a mise la dernière fois, je peux vous comprendre. »

Nous regardâmes le garçon comme s’il délirait mais un instant plus tard, sortant des buissons comme des ombres furtives, un homme apparut.

La personne qui se tenait devant nous était un grand gaillard, baraqué, d’au moins un mètre quatre-vingt, la figure cachée par une capuche de couleur noir et un masque de la même couleur.

Il était accompagné d’un monstre hideux ressemblant à un mille pattes géant de deux mètres de haut et entièrement recouvert d’une épaisse armure de fer noir. Je pouvais voir d’ici ses mandibules remuer et ses minuscules yeux rouges me fixer avec haine.

« C’est qui encore ce guignol ? Un autre sous-fifre d’Hélios ? S’exclama Angéla, prête à riposter au moindre geste brusque.

-Ne me compare pas à ces stupides sous fifres et encore moins à Hélios ! Cracha-t-il, furieux.

-Pourtant tu es aussi ridicule qu’eux ; railla la blonde en haussant les épaules.

-Arrête des les provoquer s’il te plait, grommela Darksky, tendu. Ils n’ont déjà pas beaucoup d’humour…

-Parce que tu connais ces bouffons ? Et bien, je ne te félicite pas pour tes fréquentations…

-Comment ça, bouffons ? Nous sommes les disciples de maitre Shadow. Ensembles nous allons bâtir un monde nouveau et nous en serons les maitres ! S’exclama l’homme masqué, ayant visiblement mal pris cette appellation. »

Je ne savais pas si je devais avoir peur ou rire de ce type. Il sortait tellement d’inepties à la seconde que cela en devenait risible. Cependant… Il possédait un Spiritual sous forme physique. Alors idiot ou non, il n’était pas à prendre à la légère…

Du moins, c’était ce que je pensais jusqu’à ce que Darksky s’élance sans hésiter une seconde vers l’arthropode.

L’insecte vola sur plusieurs mètres avant de terminer sa course dans un arbre, sous les yeux effarés de son maitre…et sous les nôtres également.

Notre allié, lui, se contenta de souffler sur son poing encore fumant d’un air las.

« Tiens, apparemment, tu n’es pas la seule à pouvoir les vaincre en un coup…Murmura-t-il, perdu dans ses pensées. »

L’homme, fou de rage, tenta de s’en prendre directement à Darksky mais Angéla s’interposa et il se heurta à un épais miroir de lumière qui le repoussa violemment.

Je m’apprêtai déjà à le bombarder de question mais notre ennemi, fou de rage, claqua des doigts et disparut dans une épaisse brume noire.

« Qu’est-ce que…

-Oubliez juste ce que vous venez de voir, cela vaut mieux pour vous, se contenta de répondre le garçon en passant à côté de moi, les mains dans les poches, sans même me regarder. »

Je l’attrapai par l’épaule pour l’arrêter et le dévisageai d’un air sévère, refusant de me contenter d’une réponse aussi vague.

« Tu sais ce qu’ils nous voulaient, n’est-ce pas ? Lui demandai-je fermement.

-Vous tuer ? Détruire le monde ? Elever des canards ? Je n’en sais pas plus que toi tu sais.

-Pourtant, ce n’est pas la première fois que tu les rencontres j’ai l’impression.

-Et alors ? Ce n’est pas parce que je leur ai déjà roulé dessus que je sais ce qu’ils veulent. De toute façon, cela ne m’intéresse pas. »

D’un mouvement brusque, Darksky se dégagea et rentra au château, me laissant avec Angéla dans le désarroi le plus total.

« En voilà encore un avec un caractère de mule ! Râla-t-elle en gonflant à nouveau les joues.

-Un caractère de cochon plutôt… Rectifiai-je naturellement. Mais j’imagine que nous avons tous nos secrets…

-Ouais, et bien ce n’est pas une raison pour se comporter comme ça ! Je ne rejette pas ma frustration sur les autres quand je déprime moi ! »

Ne sachant plus quoi penser, je lâchai un soupir et me contentai de rentrer à mon tour au château afin de terminer au plus vite cette journée qui n’avait été que trop longue à mon goût.

Cependant… C’était ce que j’aurais souhaité, mais j’étais encore loin d’être au bout de mes peines.

Après un long dîner silencieux pendant lequel ni Darksky, ni Angéla ne parlèrent de notre mésaventure, je retournai dans ma chambre et me mis au balcon pour observer les étoiles.

Regarder le ciel m’avait toujours apaisé. Au lycée, j’aimais passer mes soirées sur le toit pour les contempler en toute tranquillité. Lorsque je plongeai mon regard dans l’immensité sombre et que je voyais ces minuscules points lumineux scintiller, j’avais l’impression d’être transporté dans un océan calme et paisible, là où tous mes soucis s’étaient envolés pour ne laisser place qu’au vide intersidéral de l’espace.

Alors que je pensais cela, je revis cette paire d’yeux vairons dans mon esprit. Oui… A côté de moi, sur le toit du lycée, se tenait quelqu’un mais il m’était impossible de reconstituer son visage ou de lui donner un nom. Je ne voyais que ses pupilles colorées brillant dans l’obscurité et me regardant avec bienveillance…

Tout à coup, l’air à côté de moi se mit à tourbillonner mais je ne sursautai pas cette fois-ci. Je commençais à avoir l’habitude désormais.

Dans une trainée scintillante, le corps translucide de ma sœur apparut sur le balcon et je me contentai de lui sourire, content malgré tout de la revoir, et ce, même si elle m’avait caché de nombreuses choses pendant toute ma courte vie.

« Bonsoir Théa. Cela faisait un moment. Je commençais vraiment à m’inquiéter, déclarai-je d’une voix claire. »

Ma sœur émit un petit gloussement amusé devant mon calme.

« Je vois que tu t’es vite habitué à ce monde, Drago, me répondit-elle en riant.

-Quand chaque jour est plus incohérent que le précédent, voir le fantôme de ma sœur me parait presque logique, lançai-je en haussant les épaules. Et donc, que me vaut l’honneur de ta visite ce soir ? »

Pour toute réponse, ma sœur pointa du doigt la maque que j’avais sur la main et son sourire disparut de son visage.

« Je crois que je te dois quelques explications, mon cher frère. »




Chapitre 6 : Révélations



Spoiler :



Je fronçais les sourcils. Alors je ne m’étais pas trompé. Théa et mes parents m’avaient réellement menti toute ma vie et tenu éloigné de leurs petits secrets. Je me serais volontiers énervé mais j’avais besoin de réponses plus que tout. Je gardai donc tant bien que mal mon calme et repris.

« Effectivement, quelques explications ne seraient pas de refus, me forçai-je à rire. Parce que je veux bien qu’un guignol en armure me pourchasse mais si je pouvais savoir exactement ce qu’il me veut et comment nous en sommes arrivés là, ça serait mieux… »

Ma sœur se mordit la lèvre.

« J’imagine bien que tu dois avoir des tas de questions…Mais par où commencer…

-Par le début peut-être ? Hasardai-je. Qui sommes-nous réellement ?

-Sur ce point-là, tu as déjà ta réponse. Notre père était le prédécesseur d’Hélios sur le trône d’Héliopolis. Quant à moi, j’étais son héritière.

-Très bien. Ce qui nous amène à ma seconde question : que s’est-il passé pour que nous nous retrouvions, non seulement 5000 ans dans le futur… Mais en plus dans une autre dimension !

-Lors du règne de notre père, il y a eu une guerre en Egypte. Des soldats corrompus par le désespoir ont surgi de nulle part et ont tenté d’envahir notre territoire. A cette époque, Hélios n’était que le conseiller du roi. Mais il s’est passé… Quelque chose. »

Théa détourna alors le regard et serra le poing, come si elle se remémorait des souvenirs douloureux.

« Papa… a eu vent d’une prophétie condamnant le monde tout entier… Alors, dans l’espoir d’en empêcher sa réalisation, avec l’aide du grand prêtre Amon, il s’est enfui dans le futur. A cette époque, tu n’avais que quatre ans, c’est pourquoi, tu as certainement tout oublié depuis le temps…

-Je vois…Murmurai-je en croisant les bras, tentant tant bien que mal d’assimiler cette vérité. Dans ce cas, pourquoi est-ce que moi, je me retrouve ici ? Nous aurions pu simplement rester à l’abri dans notre monde et ne jamais revoir Hélios, n’est-ce pas ?

-Oui. C’est ce que Maman pensait également… mais il y a eu quelques complications dans nos projets…

-C’est-à-dire ?

-Il y a exactement deux semaines, une femme est venue frapper à notre porte. Je ne me souviens ni de son nom, ni de son visage, mais ses paroles résonnent encore dans mon esprits… »

Je déglutis. Le regard de ma sœur se voila et elle leva les yeux vers le ciel, pensive.

« Nul ne peut échapper à son destin, pas même vous, l’ombre éternelle vous rattrapera, où que vous soyez. » Voilà quels étaient ses mots. »

Un frisson me parcourut l’échine. Cette femme connaissait non seulement l’identité de mon père… Mais avait également connaissance de la prophétie. Comment se faisait-il qu’elle ait réussi à convaincre mon père de rentrer alors qu’il avait tout fait pour y échapper ? Était-ce une sbire d’Hélios ? Ou bien quelqu’un nous manipulait-il dans l’ombre depuis le début ? Rien que de penser à cela me donnait la chair de poule…

« Je ne sais pas comment il a convaincu papa, reprit ma sœur, mais, dans la panique, il a essayé de retourner ici en utilisant des noyaux de crypton pour ouvrir un passage…Et tu connais la suite… »

Je sentis monter en moi une haine contre cette femme. Alors c’était à cause d’elle si nous nous étions retrouvés dans cette situation ? Si seulement elle n’était pas venue…mes parents et Théa auraient été encore en vie et je ne me serais pas retrouvé à sauver ma peau dans un monde de cinglé et à combattre un roi fou !

Mais au fond de moi, je n’arrivais pas à la détester. Grace à elle, j’avais pu apprendre une vérité qui serait restée enfouie à jamais sans cet incident. Jamais je n’aurais connu mes origines et cela aurait pu me porter préjudice un jour où l’autre…

C’est alors qu’un détail de ma vie me revint en mémoire. Cinq ans plus tôt, je m’étais fait attaquer sans aucune raison. A l’époque, je n’avais pas compris les motivations de l’homme qui ne m’avait rien dérobé… Mais s’il était au service d’Hélios, alors cela prenait peut-être son sens…

« Mais comment t’es-tu retrouvée comme ça ? Continuai-je, ayant toujours une tonne de questions. Je veux dire, un fantôme…

-C’est encore plus compliqué ça, rit-elle en retrouvant sa bonne humeur. Je peux simplement remercier papa de m’avoir donné un peu de force. Son pouvoir a interféré avec Izrath, ce qui a permis ma transformation.

-C’est…assez dur à croire, mais bon, pas plus qu’un voyage inter dimensionnel…Marmonnai-je, déconcerté. Et moi, quel est mon rôle exactement ? Je sais que je dois vaincre Hélios et tout ça maintenant, mais est-ce tout ?

-Normalement, j’aurais dû te protéger et t’éviter tout ça. C’est pour cela que personne ne t’a rien dit à ce sujet. Nous voulions juste que tu puisses vivre normalement… Cependant, comme tu as pu le constater, je ne suis plus en Etat pour le faire. C’est pourquoi c’est à toi qu’est revenue la tache de vaincre Hélios. J’aurais vraiment préféré te garder très loin de ces problèmes.

-N…Non…Inutile de t’excuser, balbutiai-je précipitamment. Il est vrai que ma vie antérieure était bien plus agréable et reposante que maintenant… Mais je m’habituerai vite je pense ! Regarde, je parle déjà à un fantôme comme si c’était naturel ! »

Ma sœur éclata de rire en entendant ma remarque et je souris. Fantôme ou non, monde nouveau ou non, mensonge ou non, elle et moi étions toujours aussi complices.

« Si tu veux un objectif plus précis, dis-toi que sauver le monde est ta mission, finit-elle en souriant légèrement. Je sais que tu n’as aucune attache pour le moment, ni avec Izrath, ni avec ce monde… Mais je peux t’assurer que vivre ici… Est une expérience fabuleuse. »

Elle détourna le regard en direction du ciel noir, comme pour éviter d’affronter le mien. Alors que moi aussi je regardais vers le ciel, je vis une étoile filante traverser le ciel et je pensais une chose.

Ce monde était si proche du mien. Le même ciel se trouvait au-dessus de nos têtes, la même lune, les mêmes étoiles, le même soleil brillaient et pourtant, la réalité était différente. Je ne pouvais pas dire si elle était mieux ou pire que dans mon monde, mais il s’agissait de ma réalité à présent et je devais faire avec…

« Par contre Drago, je dois te dire une chose, reprit ma sœur solennellement.

-Qu’y a-t-il ? Tu viens de te souvenir d’un détail important ?

-Non…Simplement que tu dois être le pire Summoner que je n’ai jamais rencontré ! Pouffa-t-elle.

-Q…Quoi ? M’étranglai-je, interdit.

-Sérieusement, j’ai parlé avec ton Spiritual, j’ai l’impression qu’il va devenir fou à force de te côtoyer ! »

Je voulus l’attraper et lui passer un savon mais mes mains passèrent simplement à travers sa silhouette translucide. Ma sœur, sans cesser de rire aux éclats, disparut dans une trainée d’étoile scintillantes, me laissant seul et affreusement frustré.

« Tu vas voir qui est nul ! Dès demain, j’irai régler son compte à Hélios et tu retireras ça directement ! »

Seul le silence me répondit, bien que je fusse persuadé que Théa avait entendu et continuait à rire comme une idiote de là où elle était.

Je lâchai un long soupir las et allais simplement me coucher en réfléchissant à ce que je venais d’entendre.

Même si tout cela paraissait incroyable, c’était la vérité et j’en étais la preuve vivante. C’était ironique en un sens que mes parents et Théa aient su depuis le début ces histoires et qu’à présent, c’était moi qui me retrouvais à sauver le monde à leur place alors que j’avais été tenu éloigné de ces choses toute ma vie…

Le destin était décidément bien étrange…


Le lendemain, je fus une fois de plus le premier levé, si on exceptait notre somnambule qui trempait ses céréales dans de la confiture d’orange. Je me sentais mal pour Angéla en pensant au gout infect que cela devait avoir…

Cependant, ce jour-là, Violet, d’ordinaire de si bonne humeur le matin, débarqua dans la salle à manger, l’air contrariée et tenant une longue lettre dans la main.

« Tout cela est ridicule, grommela-t-elle en passant à côté de moi sans me voir.

-B…Bonjour Violet, lui lançai-je. »

Elle m’ignora et continua sa route sans lever les yeux de son papier qui semblait être vraiment important.

Je crus qu’elle s’était simplement levée du mauvais pied mais lorsqu’Elwood et Ryoko débarquèrent dans la pièce en m’ignorant, avec le même air préoccupé, je compris que quelque chose n’allait pas.

« Dites, il y a un problème ? Déclarai-je, brisant le silence pesant. »

Pour toute réponse, Violet me tendit la lettre avec un soupir las.

Je lus rapidement et compris assez vite qu’il s’agissait d’une liste de participants pour un grand événement que la propriétaire organisait.

« L’SCC ? Qu’est-ce que cela signifie ?

-Le Summoner Carnival Championship, me répondit Violet. C’est un événement que nous organisons chaque année dans le but de dénicher de nouveau talents et de recruter de nouveaux membres. Mais c’est avant tout une compétition sportive où n’importe qui peut venir tenter de gagner le titre de Summoner de l’année. »

Lorsque la femme prononça ces mots, Angéla se réveilla d’un seul coup et recracha ses céréales à la confiture directement sur le visage d’Elwood. Heureusement, ce dernier eut le réflexe de se baisser pour laisser le pauvre professeur dans la ligne de mire.

« Summoner de l’année ? S’exclama la blonde, les yeux ronds. On peut participer ?!

-Angéla je ne suis pas sûr que…

-Non, pas cette année, je suis navrée, me coupa Elwood. Voyez-vous, nous avons des candidatures quelque peu exotiques. Voyez par vous-mêmes. »

Je replongeai mon regard vers la lettre et me mis à passer en revue les noms de tous les participants. Apparemment, les inscriptions se faisaient par équipes de trois et chaque équipe était la finaliste d’une pré-sélection se déroulant dans chaque pays.

J’arrivai en bas de la liste sans rien voir d’alarmant jusqu’à ce que les deux dernières équipes inscrites me fassent tomber de ma chaise, au sens propre.

« Hé…Hélios ? Balbutiai-je, interdit. »

Angéla se raidit immédiatement tandis que Violet lâcha un nouveau soupir.

« Sa candidature est légitime, nous n’avons aucun droit de l’empêcher de participer, dit-elle d’un ton las.

-Qu’est-ce que ce cinglé vient faire dans un tournoi pareil encore ! S’exclama Angéla, tout aussi effarée que moi.

-Si seulement nous le savions… Mais nous ne pouvons pas annuler le tournoi non plus. Annuler la coupe du monde de football serait plus simple que de faire cela. Nous sommes dans une belle galère encore. »

Se prenant la tête dans les bras, Violet se leva et sortit de la pièce, suivie de près par Elwood. Nous restâmes seuls avec le professeur Ryoko qui s’essuyait péniblement le visage.

« Cette chère Violet est toujours aussi angoissée à ce que je vois. Elle n’a pas changé depuis l’université, s’amusa-t-il, faisant totalement abstraction du fait que mon amie ne s’était même pas excusée.

-Vous étiez son professeur à l’époque, c’est cela ? Lui demandai-je, histoire de ne pas parler que de choses négatives dès le matin.

-Tout à fait. Elle était ma meilleure élève à l’académie de sciences Rikoukei de Tokyo. Je me souviens encore qu’à l’époque elle et un garçon du nom de Soichiro étaient en rivalité pour sortir premier de leur promotion, s’amusa-t-il d’une voix nostalgique. Tous deux ont commencé une carrière en tant que scientifiques dans la centrale rattachée à l’université et étaient promis à un brillant avenir… Jusqu’au jour où la centrale a tout détruit… »

Le professeur regarda tristement sa tasse de café et sourit en repensant au passé.

« Evidemment, tous deux ont été accusés mais Soichiro a pris l’entièreté de la faute sur ses épaules pour laver le nom de Violet. Et c’est ainsi qu’est née la fédération Ether. Le seul but de mon ancienne élève… est tout simplement d’élucider le mystère entourant l’explosion de cette centrale pour payer sa dette envers Soichiro.

-Mais… vous connaissez la vérité maintenant alors pourquoi ne pas simplement la révéler au monde ?

-Tu sais Drago, parfois, il est plus simple de croire un mensonge que de reconnaitre ses torts. Violet et Elwood se sont battus pendant des années pour faire éclater la vérité au grand jour mais nul n’a pris au sérieux ses déclarations. Tant que nous n’aurons aucune preuve réelle, les autorités continueront à nier les faits. Déjà à l’époque, Violet avait vu des signes précurseurs de la catastrophe mais son supérieur, un certain Ricky Sawyer, a refusé de l’écouter et a péri lui-même dans la catastrophe, laissant un fils orphelin derrière lui. En vérité, nous avons découvert qu’il était à l’origine de cet incident mais ça, nul ne veut l’accepter.

-J’imagine donc qu’avec Hélios dans ce tournoi, Violet a peur que la catastrophe qui s’est produite il y a des années se répète, je me trompe ?

-Oui. Sauf que cette fois-ci, si les choses tournent mal, elle sera réellement responsable et la fédération Ether sera démantelée. Et tous les avertissements qu’elle pourra lancer ne serviront à rien. Elle se trouve actuellement dans une impasse et doit choisir entre l’annulation d’un événement mondial pour protéger les citoyens, quitte à perdre tous ses revenus… et courir le risque qu’Hélios ne sabote le tournoi et perdre ainsi son seul moyen de payer sa dette. »

Je me sentais mal pour notre hôtesse. Je me sentais proche d’elle. Tous les deux, nous avions souffert à cause d’un « accident » et nous été ainsi séparés de ceux que nous aimions. Cependant, contrairement à elle, je n’avais aucun moyen de l’aider à surmonter cette épreuve…

« Nous nous occuperons d’Hélios, affirma soudain Angéla qui suivait la conversation sans rien dire.

-Violet ne voudrait surtout pas que…

-Je m’en fiche ! Elle a accepté de m’accueillir chez elle, alors si je peux sauver son tournoi et sa fondation, alors je le ferai.

-Et comment comptes-tu faire exactement ? Lui demandai-je, sceptique.

-En nous inscrivant évidemment ! Nous allons arriver en finale et nous assurer qu’Hélios ne causera aucun trouble !

-Nous ? Répétai-je. Je te rappelle que je n’arrive même pas à matérialiser quoique ce soit, que même si tu es plus forte que moi, tu es loin du niveau de Violet et que Darksky ne voudra certainement pas…

-J’accepte. »

Je sursautai lorsqu’à côté de moi, l’ancien sous-fifre d’Hélios prit la parole tout en m’arrachant la lettre des mains d’un air contrarié.

« Tu…acceptes ? Mais pourquoi ?

-J’ai mes raisons. Et si vous saviez lire, Shadow sera également de la partie et… »

Le garçon s’arrêta net dans sa lecture et je vis son visage blêmir instantanément. Ses mains se mirent à trembler et une goutte de sueur perla de son front. Lui qui d’ordinaire était si froid et distant, cette réaction m’interpela… bien qu’Angéla, sur son nuage, ne le remarqua même pas.

« Préparez-vous simplement à souffrir autant mentalement que physiquement. Ces types ont peut-être des allures de bouffons… Mais ils savent frapper où ça fait mal… »

Sans ajouter un mot de plus, le garçon s’éclipsa aussi vite qu’il était arrivé.

Je repris la liste des participants, me demandant toujours ce qui avait pu le mettre dans cet état et me rendit directement sous les noms d’Hélios et de Shadow. La première équipe était composé du guignol en armure, ainsi que d’un homme du nom de Sawyer, certainement l’homme dont nous parlait Ryoko plus tôt, et d’un certain Apo de Pise…

Quant à la seconde, Shadow était capitaine d’Angleterre et ses deux coéquipiers se nommaient Aymeric Muller et Laura Garden…

Lorsque je demandai à Angéla si l’une de ces personnes étaie connues, elle me répondit négativement mais elle était tellement occupée par l’élaboration d’un plan soi-disant infaillible que je n’avais que peu confiance en sa parole.

Ryoko, lui, s’attarda un peu plus sur le nom de Sawyer mais ne releva pas davantage.

Je finis par abandonner mes recherches, comprenant que les motivations du garçon ne pourraient pas simplement se deviner avec de simples noms inconnus pour moi.

Par la suite, Ryoko exposa le « plan » d’Angéla à Violet qui, étant bien trop absorbée par ses préoccupations, accepta sans rechigner cette fois-ci et nous fûmes officiellement inscrits. Selon moi, nos chances de victoires étaient totalement nulles… Mais peut-être qu’avec un miracle, nous allions passer le premier tour…


Le reste de la journée, Angéla se mit en tête de jouer au coach sportif avec moi et me fit un long exposé sur le tournoi duquel je ne retins qu’une seule chose : Le tournoi devait se dérouler par équipe de trois combattant. Lorsqu’un match se terminait, on enchainait immédiatement avec le suivant après avoir changé de participant. Pour battre une équipe adverse, il fallait vaincre au moins deux Summoner sur trois.

C’est pourquoi, pour éviter de nous faire sortir directement, Angéla jugea judicieux de toujours placer Darksky en seconde position.

Enfin… Ce choix était peut-être la seule stratégie réalisable de la jeune fille. Toutes les autres impliquaient des actions plus farfelues les unes que les autres.

« Et si nous mettions de l’Arsenic dans le café d’Hélios peut-être que…

-Tu le trouveras toi-même ton arsenic en quelques jours, à moins que tu en aies déjà chez toi.

-Bon très bien… Alors que penses-tu de l’attaquer par surprise avant le début du tournoi et…

-Et de finir au cimetière ? Très bonne idée, raillai-je.

-Sinon on peut toujours lui voler son Spiritual et te le donner ! Comme ça, tu auras une chance contre lui !

-Tu es en tain de dire que même sans Spiritual, il pourrait me vaincre là… »

C’est ainsi que nous perdîmes une après-midi entière à débattre dans le vent pendant que je voyais Darksky s’entrainer à l’extérieur, brisant les troncs de nombreux arbres d’un simple coup de poing.

« Si tous les combattants du tournoi ont ce niveau, ce n’est pas un miracle qu’il nous faudra pour gagner un seul match mais tricher… pensai-je alors. »


Nous nous entrainâmes toute la semaine qui suivit et peu à peu, je finissais par développer de vrais réflexes de combattants. Elwood avait accepté de prendre la relève d’Angéla et les techniques d’art martial qu’il m’enseignait étaient tout simplement épatantes. Grâce à elles, je réussis à mettre la blonde au tapis une fois alors qu’elle ne se privait pas d’utiliser ses pouvoirs contre moi.

Cela la mit dans une colère telle qu’elle me maitrisa en moins de dix secondes lors du match retour… mais au moins, j’avais réussi à lui arracher une victoire.

Je reprenais un peu confiance dans nos capacités à remporter un match mais la finale du tournoi me semblait toujours aussi inaccessible, même avec toute la volonté du monde.


Enfin, après de longues journées d’entrainement intensif, le jour de l’ouverture arriva. Nous étions tous partis très tôt du château de Violet afin de ne pas être bloqués dans les embouteillages…mais cela n’eut pas un grand effet car nous mîmes tout de même presque une heure à arriver dans la ville.

Ce jour-là, toutes les rues de la capitale étaient bondées de touristes venus assister au spectacle. Après tout, ce n’était pas tous les jours qu’un événement d’envergure mondiale se tenait en France et les spectateurs en profitaient un maximum pour visiter la ville. Nous aurions bien aimé faire de même mais le temps nous manquait.

Nous arrivâmes cependant en avance au stade et nous pûmes nous renseigner un peu sur le déroulement de cette journée.

Le match d’ouverture allait être livré par les favoris du tournoi, l’équipe Américaine et leurs adversaires n’étaient autres que l’équipe Allemande, une grande équipe également d’après les dires d’Angéla qui semblait suivre de près l’actualité.

Une fois dans les stands, je levai la tête et un frisson me parcourut l’échine. Le stade était rempli à ras bord. Il n’y avait pas une seule place de libre sur les 80 000 et des gens étaient mêmes assis sur les marches des escaliers. C’était vraiment impressionnant de se retrouver sous le regard de ces milliers de spectateurs…

Au-dessus de nous, un immense dôme à ciel ouvert culminant à 35 mètres de haut nous bombardait d’éclairages tous plus aveuglants les uns que les autres tandis que devant nous s’étalait une immense pelouse de 119 mètres sur 75… Et pour être franc, je n’avais vraiment aucune envie de me ridiculiser devant autant de gens.

D’autant plus que j’étais persuadé que tout le monde s’attendait à voir des matchs de haut niveau alors que moi, je ne connaissais que quelques misérables prises utiles contre Angéla mais certainement peu efficaces en combat réel…

L’endroit était incroyablement bruyant, entre les cris des spectateurs qui se croyaient à un match de foot et la musique bien trop forte qui me vrillait les tympans, je commençai à être pris d’un sérieux mal de crâne.

Mais toute cette agitation ne semblait pas gêner mes deux coéquipiers, perdus dans leurs pensées.

« Allez Angéla, c’est le moment de leur montrer qui est la meilleure, c’est ce dont tu as toujours rêvé, ne gâche pas cette occasion ! S’exclama mon entraineuse, les yeux brillants. Regardez-moi Ambre, Maya, je vais vous prouver que je suis capable de vous sauver !

-J’en connais une qui aimerait ça, pouvoir faire le pitre devant des milliers de gens, murmura Darksky en souriant légèrement. »

Tout à coup, la musique se tut, les lumières s’éteignirent et un immense écran apparut au milieu de la pelouse tandis que la minuscule silhouette de Violet sortit de terre sous les ovations du public.

L’événement commençait maintenant.




Chapitre 7 : Summoner Carnival



Spoiler :



Violet était réellement somptueuse dans sa robe blanche de satin, légèrement ouverte sur le côté pour laisser entrevoir ses jambes. Pour cette occasion, la présidente de la fédération avait attaché ses longs cheveux blonds derrière elle en un élégant chignon retenu par une broche dorée en forme de papillon. A ses oreilles pendaient deux magnifiques boucles d’oreille de cristal dont l’éclat parvenait à m’aveugler malgré la distance. J’ignorais si elle s’était préparée pour faire l’ouverture de la cérémonie ou directement pour le gala de clôture mais l’effet sembla au rendez-vous à en juger par le tonnerre d’applaudissement du public en liesse.

Il fallait dire que notre hôtesse dégageait un charisme certain. Elle saluait tout le stade avec un sourire rayonnant sur les lèvres, ne laissant aucun recoin dans l’oubli.

Cependant, ce sourire et cette attention particulière cachaient quelque chose. J’étais persuadé que Violet recherchait en réalité Hélios et Shadow parmi cette foule immense.

Tout à coup, la musique s’arrêta, les lumières se dissipèrent et il ne fallut qu’un seul geste de la main à Violet pour que le public ne se taise, ne laissant planer qu’un silence de mort sur le stade gigantesque.

Lentement, la présidente s’avança vers le micro au centre de la pelouse et prit la parole d’une voix lente mais enthousiaste.

« Chers amis Summoners et spectateurs, c’est avec une grande joie, mais également une grande émotion que je vous accueille aujourd’hui dans ce magnifique stade de France pour la vingtième édition du Summoner Carnival. »

Les projecteurs se braquèrent sur la jeune femme qui apparut en gros à l’écran et elle fut accueillie par un tonnerre d’applaudissements. Elle semblait non seulement très connue dans le monde entier, mais également très appréciée, de même que sa fédération.

« Comme chaque année, et depuis vingt ans désormais, nous, à la fédération Ether, nous avons pour but de découvrir et faire naitre de nouveaux jeunes talents. Comme vous le savez, il y deux décennies, une catastrophe liée au Kvantiki, l’énergie des Spiritual, a dévasté Tokyo. Notre but en tant que membres de la fédération Ether n’est pas de former des Summoners ni des guerriers, mais des protecteurs. Des protecteurs capables de maitriser le Kvantiki afin que plus jamais un tel drame ne se reproduise. L’année passée, nous avons eu plus d’un millier de candidatures et cela m’a ravi de voir autant de volonté de préserver ce monde qu’est le nôtre. Alors, cette année encore, j’espère que notre monde sera protégé des menaces qui le guettent grâce, non pas aux efforts de la fédération Ether, non pas grâce à mes efforts, mais grâce aux efforts de chaque personne qui s’efforce aujourd’hui de préserver demain. Cependant, ce n’est pas parce que nous formons des gardiens que non n’aimons pas le spectacle ! Je vous promets donc encore une fois des combats plus époustouflants les uns que les autres, ici, au Summoner Carnival que je déclare désormais ouvert ! »

Sous les ovations du public, un écran géant s’illumina et afficha les différentes poules du tournoi. Lorsque je vis notre nom, un frisson d’angoisse me parcourut l’échine, mais ce ne fut rien comparé au sentiment de peur qui m’envahit lorsque je repérai les noms d’Hélios et de Shadow…

Ceux-ci représentaient respectivement les équipes d’Héliopolis et Anglais et se trouvaient dans une autre poule que la nôtre, ce qui signifiait que si nous voulions les affronter, nous devions arriver en finale.

Nos premiers adversaires étaient d’autres étudiants français, une certaine team UWS, inconnue d’Angéla et de Darksky. Cette information me rassura un peu mais fut loin d’être suffisante pour dissiper le trac qui me paralysait littéralement sur le banc des stands.

Heureusement pour mon rythme cardiaque, nous n’étions pas dans le match d’ouverture. Cette corvée avait été confiée à une équipe allemande. Celle-ci affrontait une équipe japonaise qui, d’après les dires d’Angéla, s’était forgé un petit nom. En effet, l’équipe « Rising Hope », composée des frères Yamada, Reisuke et Hiroki, ainsi que de Namatame Hakaze, s’était toujours démarquée lors du Summoner Carnival mais n’avait malheureusement jamais remporté le tournoi…ou bien n’avait jamais voulu le remporter.

« Pauvres Allemands, ricana Angéla, un sourire moqueur aux lèvres. Je ne sais pas qui sont ces rigolos mais ils n’ont aucune chance.

– Leon Freud, Günter Hoffmann et Hanna Muller… Murmura Darksky. Je n’ai absolument jamais entendu parler d’eux…

-Personne n’a jamais entendu parler de toi non plus je te signale, railla la blonde, l’œil brillant.

-Et de toi non plus aux dernières nouvelles, grogna le garçon avec sa bonne humeur habituelle.

-Pour l’instant ! Une fois que nous aurons remporté ce tournoi, tout le monde me connaitra ! »

Je lâchai un long soupir. Les gradins n’étaient déjà pas assez bruyants qu’Angéla venait en rajouter une couche. J’appréciais beaucoup sa compagnie mais elle avait le don pour me mettre la pression au pire moment…

Je reportai mon attention sur le stade, tentant d’ignorer les remarques d’Angéla. Les six combattants s’avançaient fièrement sur la pelouse. Tous avaient l’air confiants en leur victoire, surtout les allemands. L’équipe japonaise, elle, semblait aussi organisée que la nôtre…

Alors qu’ils arrivaient au centre du stade, l’ainé des Yamada, Hiroki toujours selon Angéla, poussa en avant son frère dans un geste encourageant. Ce dernier, ne s’y attendant visiblement pas, trébucha et s’étala le nez dans le gazon aux pieds du podium tandis que je fille la jeune femme, Hakaze, détourner le regard, honteuse.

Violet se força à rire mais la gêne se lisait également sur son visage. Les allemands, quant à eux, s’amusaient de cette situation et leur confiance en eux ne fit que décupler devant cette scène ridicule.

« Quelle bande de bouffons, ils ne nous poseront aucun problème ! Ricana un grand homme blond que je devinais être Leon Freud.

-Ce sont eux les bouffons, je ne participe avec eux que car j’y suis contrainte, lui répondit Hakaze en haussant les épaules.

-Dans tous les cas, cette année, votre parcours s’arrêtera dès le premier tour car nous comptons bien nous emparer de votre titre ! S’exclama certainement Hannah Muller. »

Après cette brève salutation, Leon Freud ainsi qu’Hakaze se détachèrent du reste et prirent place au centre du stade.

L’homme, devant avoisiner la trentaine, était l’image typique que je me faisais des européens. Blond aux yeux bleus, mesurant près d’un mètre quatre-vingt-cinq et coiffé à la perfection. Hakaze, elle, était bien moins flamboyante mais non pas moins remarquable. La jeune femme portait une épaisse combinaison de cuir noir, à la façon des motards. Quelques mèches de cheveux bruns tombaient sur le milieu de son front et son visage fin était souligné par de magnifiques yeux vert émeraude.

Alors qu’un compte à rebours était lancé, Leon Freud fut entouré d’une légère aura dorée. Autour de ses mains apparurent comme des pattes griffues de lézards. Je compris à ce moment que l’homme était assez expérimenté pour convoquer un Spiritual dans sa forme physique.

Mais cela ne sembla pas impressionner Hakaze. Celle-ci se contenta de sortir de mettre la main dans sa veste et d’en ressortir un magnifique pendentif représentant un soleil. Aussitôt, une bourrasque de vent souffla sur le stade et ses yeux virèrent au rouge.

A peine le compte à rebours eut-il atteint zéro que Leon Freud se jeta sur son adversaire. Il tenta de lui asséner un coup de griffe dévastateur mais la brune se contenta de se décaler sur le côté pour esquiver l’attaque.

J’étais impressionné. A cette vitesse, personne n’aurait pu échapper à un coup pareil et l’incompréhension du combattant se lisait dans ses yeux.

Ce-dernier, croyant certainement à la chance, retenta la même attaque. Une fois de plus, ses griffes ne fendirent que de l’air.

Tout le monde s’était tut dans les gradins. Même Angéla avait enfin mis la sourdine et regardait le match avec intérêt. Des étoiles d’excitation dansaient dans ses yeux.

« Je suis désolée pour toi, mais la vitesse ne te sauvera pas dans un combat contre Zephyra, déclara calmement la jeune femme. »

Sans prendre le temps de lui répondre, Leon fit volte-face et tenta de la percuter d’un coup de pied. Hakaze se contenta de se pencher en arrière avec un soupir puis riposta d’un vif mouvement de la main qui envoya son adversaire dans le décor.

J’étais bouche bée devant sa force et Darksky, qui jusque là regardait du coin de l’œil, eut enfin l’air intéressé. Il fallait dire que le geste qu’elle avait exécuté était exactement le même que celui servant à chasser une mouche agaçante…

Fou de rage, son adversaire se releva et l’aura dorée qui l’entourait s’intensifia. Lorsqu’un long serpent noir et or apparut derrière lui, la foule l’acclama et un sourire confiant se dessina sur son visage.

« Je dois avouer que tu m’as surpris. Mais maintenant, fini de jouer ! Il est temps de te montrer la puissance de mon…

-Zephyra’s Light. »

Coupant la parole à son adversaire, Hakaze fut surgir de la paume de sa main un rayon lumineux semblable à ceux d’Angéla. L’attaque enveloppa entièrement le serpent géant et, lorsqu’il se dissipa, il ne restait de lui qu’un corps sans tête.

Leon Freud s’étrangla tandis que son monstre disparaissait dans un long nuage de poussière.

Sans même attendre le verdict du combat, la jeune femme tourna les talons et retourna s’asseoir dans les stands.

« Eh bien, eh bien, que de surprises cette année ! S’enthousiasma Violet au micro. Hakaze Namatame vient une fois de plus de nous prouver de manière magistrale que son équipe n’est pas à prendre à la légère !

-Quelle victoire, c’était qui ce guignol ? On aurait dit Aymeric… non, même lui est meilleur que ce représentant de l’Allemagne ! Ils n’avaient rien de mieux là-bas ?! S’étrangla Angéla.

-Il faut croire que non…ou alors il n’était pas en forme, qui sait, lui répondit Darksky en haussant les épaules. Même si je dois avouer que cette Hakaze n’était pas mauvaise non plus.

-Pas mauvaise ? Avoue que tu n’aurais pas tenu vingt secondes face à elle, s’amusa la jeune fille. »

Darksky ne releva pas et se concentra sur le nouveau match qui allait prendre place.

Bien que mes deux amis n’aient pas été impressionnés par cette prestation, j’étais toujours aussi angoissé. Même si Leon était mauvais d’après eux, je ne valais certainement pas mieux en combattant seul…

Quelle idée stupide avait eut Angéla en m’inscrivant à ce tournoi ? J’étais déjà incapable d’utiliser le moindre pouvoir et un concurrent capable de matérialiser un Spiritual venait de se faire vaincre en un seul coup !

Il était hors de question que je me ridiculise de la sorte en public…


Dix minutes plus tard, alors que je tournai en rond dans notre minuscule loge pour tenter d’évacuer le stress, le deuxième duel.

Cependant, alors que les deux nouveaux joueurs venaient d’entrer sur le terrain, à savoir Yamada Hiroki et Hannah Muller, mon regard fut attiré par deux hommes portant de longs manteaux rouges de l’autre côté du stade.

Mon sang se glaça. Il était là, assis au milieu de ses subordonnés, le roi fou, Hélios. Il regardait les matchs distraitement, et son regard était creux, comme si, mentalement, il était ailleurs, ce qui le rendait d’autant plus effrayant.

A ses côtés se tenait un homme qui se démarquait du reste. Sa coiffure était vraiment spéciale, c’était comme s’il avait tenté de se faire une coiffure banane mais que l’expérience avait raté et que désormais, sa longue mèche lui tombait lamentablement sur l’œil droit. Il portait également un long manteau marron qui se voyait de loin au milieu de la marée de manteaux pourpres.

« Ce type…Je ne penserai pas qu’il aurait le courage de revenir, marmonna Darksky.

-Tu le connais ? Lui demandai-je, intrigué.

-Oui, c’est le général de l’armée d’Hélios, le fameux Sawyer dont Ryoko vous a parlé. Il faut faire attention à lui, il est vraiment dangereux contrairement à tous ses sbires…

-Certainement, mais bon, ils n’ont pas l’air très doué dans leur famille. Si son père a été tué dans sa propre explosion, c’est qu’ils ne sont pas si dangereux que ça, lui répondit Angéla en haussant les épaules. »

Alors que le match était sur le point de commencer et que les combattants prenaient place à leur tour, je vis Darksky s’éclipser discrètement.

Angéla ne remarqua pas sa disparition. Elle était trop occupée à critiquer Hiroki qui se battait à mais nues et sans aucun pouvoir autre qu’une épée qu’il n’arrivait même pas à manier.

Cependant, j’avais le pressentiment que Darksky n’était pas parti simplement pour acheter quelque chose à boire. C’est pourquoi, je décidai de le prendre en filature.

Ce dernier sortit du stade et prit la direction d’une ruelle sombre adjacente, regardant furtivement de tous les côtés d’un air inquiet et préoccupé.

Que fabriquait-il ? Son comportant était plus que suspect…

Je me cachai derrière un mur et je passai la tête dans la rue que notre partenaire avait empruntée et je réprimai un hoquet de surprise.

Là, se tenaient deux hommes d’Hélios face à Darksky, le dévisageant avec un sourire cruel aux lèvres, deux monstres hideux semblables à ceux du Louvre se tenant derrière eux tandis que mon ami leur faisait face, serein.

« Alors Darksky, tu es venu finalement ? Je ne pensais pas que tu en aurais le courage, dit le premier.

-Oui je suis venu, mais si vous ne me dîtes pas pourquoi vous m’avez dérangé, je repars après vous avoir battu rapidement pour m’échauffer avant mon match.

-Du calme Darksky, maitre Hélios nous a dit de te dire que si tu ne revenais pas, il ne pourrait rien te promettre sur le sort de Marie ! »

Darksky recula et devint subitement livide. Ses mains se mirent à trembler et son regard s’agrandit sous le coup de la surprise et de l’incompréhension.

« Co…Comment ça ? Bégaya-t-il.

– Tu n’as toujours pas compris ?

– Insinuerais-tu que…

– Et oui ! C’est lui qui l’a enlevé. Comme ça, il pouvait te faire croire qu’il la sauverait. Il voulait garder un œil sur toi et tu es tombé dans le piège ! »

Le visage de mon ami se crispa et il serra le poing tandis qu’il continuait à regarder le sol. Je sentais une immense colère et une rage incontrôlable monter en lui.

« Vous…Bande d’ordures…Vous allez regretter ce que vous avez fait à Marie ! Rugit Darksky en activant ses pouvoirs, l’air déterminé à détruire tout ce qui se trouvait sur son chemin.

– Essaie un peu pour voir ! Nous t’attendons ! Ricana l’un des hommes en lui tenant tête. »

Je sortis alors de ma cachette à ce moment-là, prêt à l’arrêter s’il le fallait. Il était peut-être fort, à deux contre un, le duel semblait ne pas pencher en sa faveur… Enfin, compte tenu de mon niveau, mon seul espoir était de faire croire à ces ennemis que nous nous battions à armes égales…

Mon interruption soudaine sembla déstabiliser les hommes d’Hélios qui ne s’attendait visiblement pas à ce qu’il soit accompagné. Darksky resta néanmoins de marbre et continua à dévisager ses adversaires avec haine et mépris.

« Tu avais un complice ?

– Reste en dehors de tout ça Drago ! C’est une histoire entre eux et moi ! M’ordonna-t-il. Ils vont payer pour toutes ces années !

-Mais Darksky…Tentai-je.

-Ne t’en mêle pas je t’ai dit, tout cela ne te regarde pas ! »

Je reculai, choqué d’autant d’agressivité dans sa voix. Il n’était décidément pas dans son état normal. Cette révélation avait réveillé en lui une colère si grande que je ne pouvais rien faire pour l’arrêter. Je ne pouvais qu’attendre qu’elle cesse ou qu’il soit vaincu…

« Comme c’est touchant. Tu penses vraiment pouvoir nous battre tous les deux à toi tout seul ! Tu rêves ! »

Les deux horribles créatures se jetèrent sur mon coéquipier, toutes griffes dehors. Malgré son avertissement, je voulus le rejoindre mais je fus soudainement repoussé par une violente bourraque. Darksky sortit de son t-shirt un magnifique pendentif turquoise de forme ovale et scintillant comme un saphir.

L’atmosphère se refroidit d’un seul coup tandis qu’une épaisse brume se forma autour du garçon. Ses deux adversaires regardèrent autour d’eux, inquiet quand soudain, six yeux apparurent dans le brouillard, puis je vis un éclat de glace transpercer le monstre des hommes d’Hélios ainsi que les artéfacts qu’ils possédaient dans leur main, sous leurs regards d’incompréhension.

« Trichiona, Absolute Zéro ! »

Un rugissement assourdissant déchira la terre, le sol se mit à trembler et de la glace commença à se former sur le sol.

Un grand dragon de glace à trois têtes fit son apparition sur le terrain aux côtés de Darksky et poussa un rugissement déchirant les cieux. Il était à la fois magnifique, et terrifiant, une véritable beauté glaciale… et mortelle. L’armure qu’il portait reflétait comme un miroir les visages apeurés des deux hommes qui voyaient leur défaite arriver, inévitable.

« Ce n’est pas bon pour nous tout ça…On peut peut-être discuter Darksky…tu ne penses pas ?

-Hors de question, plus jamais je ne discuterai avec Hélios ou ses hommes ! »

Dans un souffle glacé, les deux hommes furent balayés se retrouvèrent face contre terre tandis que Darksky était toujours debout et son dragon ne disparaissait pas, de même que sa haine, il semblait même presque prêt à les tuer pour de bon.

« C’est terminé…

-Darksky ! »

Le jeune garçon se retourna vers moi et les deux guignols profitèrent de cette occasion pour prendre la poudre d’escampette sans demander leur reste.

Mon partenaire soupira puis désactiva ses pouvoirs. Tout sa rage semblait s’en être allée en même temps que les deux hommes.

Il sortit alors de sa poche un petit pendentif en forme d’aigle qui contenait une photo d’une jeune fille qui devait avoir près de dix ans à en juger par son visage rond et ses grands yeux brillants. Elle ressemblait beaucoup à Darksky, en plus jeune et en plus féminin, même si ses cheveux noirs étaient assez courts.

« Ils m’avaient promis de la sauver…Mais c’était des mensonges, murmura-t-il tristement.

-Que veux-tu dire ?

-Rien du tout, retournons plutôt au stade, les autres doivent nous attendre. Je n’aurais pas dû venir ici… »

Alors qu’il passait à côté de moi, j’agrippai sa manche et je le regardai dans les yeux. Il me rendit un regard bien plus vide que ce à quoi je m’attendais.

« Darksky.

-Je t’expliquerai plus tard, pour le moment, Angéla va finir par s’inquiéter si on ne rentre pas. »

Je ne tentai pas d’en savoir plus. A en juger par son expression et sa colère récente, il ne devait vraiment pas vouloir en parler pour le moment et je le laissai donc tranquille. Je savais par expérience que, dans cet état, il était impossible de faire entendre raison à quelqu’un.

En revenant au stade, Angéla n’avait pas bougé et continuait à râler contre le match. Heureusement, elle n’avait pas notifié notre absence.

Tout ce que je pus voir du match qui se déroulait fut la défaite d’Hannah Muller alors que son Spiritual, une sorte de griffon doré, se faisait trancher en deux par l’épée d’un chevalier blond en armure et aux airs assez ahuris…

« Je savais que je pouvais compter sur toi mon cher Medrawt ! S’exclama Hiroki.

-Que cette gueuse retienne la leçon. Nul ne peut s’amouracher de Messire Hiroki sans mon consentement ! Que trépasse le mal sous la lame de la justice ! »

Alors que le jeune homme fêtait sa victoire avec son chevalier étrange, je pus voir Hakaze dans les stands se frapper le visage de la paume de sa main d’un air dépité.

-Sérieux, il n’arrivait même pas à lever son épée il y a cinq minutes ! Ils sortent d’où ces concurrents ? d’une pochette surprise ? S’écria la jeune fille.

Sur la victoire éclatante de l’équipe Japonaise, Violet rendit l’antenne et le stade se vida rapidement. Nous avions peut-être raté le duel, mais selon Angéla, il ne valait pas le coup. On pouvait même voir mieux dans les tournois de son école qui n’était pas réputée la meilleure dans ce domaine.

Mais c’est alors qu’elle enchaina avec la question qu’il ne fallait pas aborder :

« Et sinon vous deux, où étiez-vous passés ? »

Darksky grimaça. Je voulais lui raconter ce qu’il s’était passé mais mon ami me coupa la parole avant que je n’en aie eu l’occasion.

« Le duel était tellement ennuyeux que j’ai préféré sortir prendre l’air et Drago avait l’air du même avis, rien de plus, déclara-t-il d’un air naturel. »

Angéla fronça les sourcils, visiblement peu convaincue par cette réponse mais elle n’eut pas l’occasion d’en demander davantage. Violet nous rejoignit rapidement, suivie d’Elwood et Ryoko. Tous trois avaient l’air épuisés par cette première journée. C’est pourquoi, nous ne parlâmes que très peu sur le chemin du retour, d’autant plus que les embouteillages interminables semblaient avoir mis Elwood sur les nerfs…

La soirée fut tellement chargée à cause de nos entrainements de dernière minute que je finis par oublier totalement l’histoire avec Darksky. Il fallait dire que chaque seconde qui passait me rapprochait potentiellement d’une humiliation mondiale et en directe. Je ne pouvais que prier pour que mes partenaires réussissent à vaincre leurs adversaires aisément…

Mais le lendemain, à peine étions-nous de retour dans les stands que je sentis que quelque chose clochait. Angéla avait perdu sa fougue et son ironie habituelle, comme si elle s’était enfin rendue compte des enjeux. Quant à Darksky, il semblait totalement ailleurs et ne se concentrait pas le moins du monde sur le match à venir.

Et moi… Je perdais tellement de litre d’eau à cause de la sueur que j’étais persuadé que j’allais finir déshydraté avant le début des combats. C’était de la folie pure et dure. J’en venais même à espérer que mes deux coéquipiers perdent rapidement pour qu’on en finisse au plus vite.

« C’est n’importe quoi… C’est de la folie… C’est du suicide… Répétai-je en boucle tout en tournant en rond. »

Angéla m’arrêta brutalement en se plaçant devant moi. Je tombai à la renverse, pestant contre tout et n’importe quoi.

« Du calme, tout va bien se passer ! Me lança-t-elle avec un sourire radieux. Darksky et moi on va leur montrer de quel bois on se chauffe ! Pas vrai Dark… »

A ce moment-là, nous remarquâmes tous les deux que le garçon manquait à l’appel. Mon cœur, qui battait déjà la chamade, s’emballa et je frôlai la crise cardiaque de peu. Angéla, comprenant subitement dans quelle galère nous nous trouvions, blêmit et m’attrapa fermement par les épaules.

« Drago, je compte sur toi pour gagner le match après moi ! S’exclama-t-elle, affolée.

-Mais ça ne va pas ?! M’étranglai-je. J’en suis incapable ! Je suis uniquement là en tant que troisième membre !

-On n’a pas le choix ! Les matchs commencent dans cinq minutes et…

-Fais durer le match aussi longtemps que possible, la coupai-je en me dégageant.

-Q…Quoi ? Qu’est-ce que…

-Je vais retrouver Darksky ! »

Sans en dire plus, je m’éloignai et laissai ma partenaire seule dans les stands, me traitant de tous les noms d’oiseaux existants.

Il ne me fallut pas beaucoup de temps avant de retrouver celui que nous cherchions. Il se trouvait simplement à l’intérieur du stade, devant un grand écran diffusant un match qui se déroulait en parallèle.

« Laura…Murmura-t-il, perdu dans ses pensées. »

Je serrai les dents lorsque je compris qu’il s’agissait de l’équipe de Shadow. Une jeune fille livrait un match contre un membre de l’équipe brésilienne. Aux premiers abords, elle ne semblait rien avoir de particulier. Elle devait avoir notre âge. Ses longs cheveux châtains étaient impeccablement coiffés à l’exception d’une longue mèche tombant entre ses deux yeux, verts comme le plus pur des émeraudes. Son visage possédait des traits doux mais son expression était dure… Implacable même.

J’avais l’impression de voir un animal sauvage, prêt à bondir sur sa proie et le déchiqueter sans aucune pitié.

Et pour le pauvre adversaire, c’était peut-être bel et bien le cas.

Ses vêtements étaient déchirés, il avait des bleus partout sur le corps et sa respiration était haletante, comme s’il luttait vraiment pour sa survie lors de ce combat. La peur se lisait dans ses yeux.

« S’il te plait, arrête, j’abandonne, je… »

La jeune fille n’écouta pas les supplications de l’homme et des éclats de glace noire fusèrent vers lui.

L’attaque toucha de plein fouet le joueur brésilien qui fut repoussé contre le mur du stade avant de tomber à terre, inconscient, devant les regards effarés des spectateurs, et du mien.

Alors voilà… Voilà quels allaient être nos adversaires… Nous n’avions réellement aucune chance, non seulement de victoire… mais aussi aucune chance de survie…

« Darksky, tu…

-Drago, prends ma place. »

J’écarquillai les yeux, interdit et tentai de le rappeler mais il était trop tard. Darksky avait déjà disparu, me laissant seul au milieu du couloir, désemparé et terrifié.






http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [27/05/2019] à 16:10

Darksky, à la recherche de l’amitié disparue


Prologue



Spoiler :



L’amitié… Quel étrange sentiment. Irrationnel. Inexplicable. Incompréhensible. Elle nait au milieu des ténèbres, illumine nos vies et réchauffe nos cœur… Puis s’éteint, ne laissant derrière elle qu’un vide encore glacial que le néant où elle est née.

Oui. L’amitié est une étoile. Comme elle, elle prend naissance à partir de larmes, les condense et les efface pour former une entité perçant à travers la noirceur de la nuit. Tant qu’elle brille, nul ne craint les ténèbres. Et autour de cette unique source de lumière réconfortante s’agglomèrent des corps célestes qui sortent l’astre de sa solitude éternelle.

Cependant, tout comme une étoile, l’amitié n’est pas éternelle. Et lorsqu’elle meurt, celle-ci emporte avec elle tout ce qu’elle a créé dans une explosion de tristesse et de larmes, ces mêmes larmes qui lui avaient donné naissance.

Puis ces larmes, lorsqu’elles en rencontrent de nouvelle, reforment une nouvelle étoile, plus éclatante que la précédente mais aussi plus fragile. Tout cela dans un cycle presque éternel qui ne peut s’arrêter qu’une fois que toutes les larmes auront été consommées et qu’il ne reste plus qu’une coquille vide, dénuée de vie, dérivant sans but dans un univers infini, attendant simplement que la mort ne vienne la délivrer.

Penser connaitre le bonheur. Voir son monde s’effondrer. Retrouver l’espoir dans les yeux d’un être cher. Se le faire arracher. Sombrer dans le désespoir. Entrevoir une nouvelle lumière. Se raccrocher à elle. Puis la voir s’éteindre elle aussi. Et finalement s’enfermer dans un nuage de pensées noires pour ne plus succomber à ces lueurs si attrayantes et en même temps si destructrices.

Telle était la conclusion à laquelle j’étais finalement arrivé. Je n’étais plus qu’un nuage de poussière dérivant dans l’espace, les restes d’une étoile brillante autrefois plus fort que toutes les autres. Mais un nuage de gaz contentant encore en lui les souvenirs de l’astre qu’il avait été autrefois. Un nuage de gaz cherchant désespérément à retrouver ce qu’il avait perdu.

« Je te retrouverai, Marie. Même si je dois chercher pour l’éternité, même si je dois détruire mon corps et mon esprit, même si je dois vaincre la mort, je te ramènerai auprès de moi et t’extirperai de ce trou noir qui te retient prisonnière. Car c’est le serment que je LUI ai fait. »


Darksky : L’étincelle de lumière



Spoiler :


Dis Saya, je sais que tu ne peux pas m’entendre de là où tu es, mais je me demandais, je sais tout de toi, mais est-ce que je t’ai déjà parlé de moi ? Il ne me semble pas. Commençons donc par le début…

Mon véritable nom est Michael Duroi, même si tu m’as toujours appelé Darksky. Je sais, c’est étrange mais je garde ce nom en mémoire d’une personne qui a changé ma vie par le passé…

Mes parents étaient ornithologues, spécialisés dans les rapaces. Cependant, alors que je n’avais que dix ans, ces derniers sont partis en voyage au Pérou pour leurs recherches et ne sont jamais revenu.

Selon les autorités, ils avaient fait une chute mortelle du haut d’une cascade mais je savais que cela n’était pas vrai. Néanmoins, je n’avais pas le loisir d’élucider ce mystère.

En effet, depuis ce jour-là, je devais m’occuper de ma sœur de sept ans, Marie. Dans un premier temps, nous sommes allés habiter chez notre grand-mère mais cette dernière n’avait que très peu de moyens et j’ai donc préféré revenir à la maison lorsque j’eus onze ans.

Vivre seul n’était pas facile, surtout à cet âge, mais je me débrouillai, je n’avais pas le choix si je voulais nous faire vivre et ne pas peser sur le dos de Grand-mère qui avait déjà du mal à s’en sortir seule. A l’école, je faisais semblant de vivre normalement, prétendant que mes parents étaient souvent en voyage pour masquer le fait que nous n’avions plus personne.

Au début, tout allait bien, mais rapidement, le manque de revenu se fit ressentir. Il fallait que je trouve de quoi faire rentrer les fonds, et vite car, malgré la fortune de nos parents, elle n’était inépuisable, loin de là.

C’est alors que la providence mit sur ma route une annonce dans un journal dans laquelle un tournoi local organisé par la fédération Ether se déroulait dans ma ville natale, à Ronchin-sur-mer. La récompense était un artéfact contenant un puissant Spiritual, ainsi qu’une somme d’argent conséquente.

A cette époque, je n’avais aucune expérience ni en combat, ni en art martial. Je me souvenais simplement d’avoir déjà vu ma mère s’entrainer dans la réserve avec mon père. Tous deux avaient été de grands combattants dans leurs jeunesses. J’espérais donc que le spiritual qu’ils m’avaient légué serait suffisamment fort pour combler mes faiblesses.

Mes premiers essais ne furent pas glorieux. J’arrivais tout juste à matérialiser des lames d’airs, incapable de couper une feuille de papier. Mais à force d’acharnement et de volonté, je finis par maitriser plus ou moins ces pouvoirs, et ce, juste à temps pour le début du tournoi.


Le grand jour arrivé, je me rendis au terrain vague qui allait servir de stade pour nos combats puisque nous n’avions rien de tel dans notre petite ville.

Du monde était rassemblé, et il y avait tous les âges, des enfants comme moi aux vieillards en passant par les lycéens et les adultes. Je me sentis un peu ridicule tout à coup de penser que je pouvais remporter un tel tournoi avec à peine quelques jours d’entrainement alors que ces personnes combattaient peut-être depuis leur naissance…

Tandis que j’observai tous les concurrents, un peu intimidé, je fus bousculé par un garçon qui devait être un peu plus âgé que moi et je tombai sur l’herbe. Heureusement, je ne m’étais pas fait mal, mais j’étais très remonté contre lui à présent. Je m’apprêtai déjà à lui lancer une remarque cinglante, mais je n’en eus pas l’occasion. Une jeune fille aux cheveux rouges comme les flammes s’approcha de moi, l’air bienveillant et me tendit une main chaleureuse.

« J’espère que tu n’as rien de cassé, me dit-elle avec une grande douceur dans sa voix.

-Je…je ne crois pas, lui répondis-je en me remettant debout.

-Bien, c’est déjà ça. Je suis désolée pour Dan, ce type se croit le roi du monde.

-Comment ça le roi du monde ? Tu es juste jalouse de moi Miyako ! »

La dénommée Miyako soupira et se mit à courir après l’autre garçon en l’insultant et le menaçant.

Je continuai à regarder dans la direction dans laquelle ils étaient partis pendant quelques secondes, intrigués. Ils semblaient vraiment bien s’entendre, je les enviais au fond de moi puisque depuis la mort de mes parents, je ne pouvais plus être aussi insouciant…

Je n’eus pas le temps de souffler après cet incident car le tournoi commença immédiatement et je fus obligé de me prendre place pour ne pas être éliminé d’office.


Les combats s’enchainèrent rapidement, le niveau n’était pas très élevé. Après tout, cela aurait été étrange de voir un combattant professionnel dans une ville comme la nôtre. La fille aux cheveux rouges ne se débrouillait cependant pas si mal et avait même sorti le garçon arrogant qui, après sa défaite, alla râler auprès d’un autre, un peu plus âgé qui boudait dans son coin. Certainement son frère à en juger par leur ressemblance.

Cette dernière ne se retrouva cependant pas en finale car elle fut vaincue juste avant par une autre fille de mon âge du nom de Laura Garden.

Quant à moi, j’eus énormément de chance de ne tomber que sur des adversaires assez faibles, comme ce Denys Syracuse qui fonçait droit dans les premiers pièges tendus… Si bien que je réussis à atteindre la finale sans grande difficulté. Mais je savais que le plus dur restait à venir.

Je pris place face à mon adversaire, cette jeune fille brune, coiffée impeccablement à l’exception de cette petite mèche de cheveux lui tombant entre ses deux yeux verts comme des émeraudes et brillant comme tel. Elle était assez grande, même pour son âge, bien plus que moi et un grand sourire illuminait sa figure angélique. Mais je ne devais pas me laisser déconcentrer, je devais gagner ce tournoi coute que coute.

« Alors comme ça, tu es mon adversaire ? Je sens qu’on va s’amuser ! Miyako était vraiment très forte, j’espère que tu sauras me donner autant de fil à retordre qu’elle ! S’exclama-t-elle avec entrain.

-Vas-y Laura, on croit en toi ! S’écria un garçon dans l’assistance qui devait être son frère. »

Cependant, son manque de sérieux dans ce duel et son air décontracté me fit bouillonner. Elle n’avait aucune idée de pourquoi j’étais là, elle faisait simplement ce tournoi pour s’amuser…

« Je ne suis pas là pour m’amuser, je dois gagner ce tournoi ! Répliquai-je durement.

-Tu devrais te détendre un peu, le sort du monde n’est pas en jeu après tout, me répondit-elle en haussant les épaules.

-ça tu n’en as aucune idée…

-Très bien, puisque tu n’as pas l’air du genre sympathique, j’arrête, mais ne viens pas te plaindre quand tu auras perdu. »

Le présentateur eut à peine le temps de donner le top départ que Laura fonça sur moi avec une vitesse surhumaine. Je n’avais même pas encore activé mon médaillon que je reçus la chaussure de la jeune fille en plein dans la figure.

Je fis un vol plané en arrière mais réussit à retomber sur mes jambes grâce à mes pouvoirs. Laura poussa une exclamation de surprise en me voyant planer à quelques centimètres du sol.

Cependant, même si je me tenais debout, cette simple attaque m’avait bien amoché. Je devais rester extrêmement prudent si je ne voulais pas finir…

Je fus interrompu dans mes pensées par un vent violent et froid émanant de la main de mon adversaire. Lentement, je voyais du gel se former autour de mes habits…

Je resserrai immédiatement ma prise sur mon pendentif en forme d’aigle. Une puissante chaleur se dégagea de mon corps, me libérant de l’emprise de la glace et je contrattaquai.

Dans mes mains se forma une lame composée entièrement d’air que je brandis devant moi.

« Tu deviens sérieux ? Tant mieux, moi aussi ! S’exclama la brune, de plus en plus excitée par ce combat. »

Avec un cri de rage, je me jetai sur mon adversaire, bien décidé à la faire sortir du stade pour remporter la victoire en un seul coup.

Mais, alors que je ne me trouvai plus qu’à quelques centimètres d’elle, un large sourire fendit sa figure. Je ne compris que trop tard que j’étais tombé tout droit dans son piège.

Derrière elle s’éleva la forme d’un immense dragon de glace à trois têtes, entièrement recouvert d’une armure scintillante.

Dans la foule, des cris d’admiration et d’étonnement s’élevèrent tandis que, incapable de me rapprocher davantage, la créature m’asséna un violent coup de queue.

Je fus incapable d’encaisser l’attaque et fus projeté loin en dehors de l’arène.

« Un…Un spiritual…sous forme physique…M’étranglai-je juste avant de manger la poussière. »

J’avais perdu. C’était fini. Sans cette récompense, nous n’allions pas pouvoir nous débrouiller par nous-même… Il allait falloir que nous partions vivre ailleurs, sous la tutelle de quelqu’un…Cette défaite m’avait vraiment tout pris.

Cependant, je ne pouvais pas en vouloir à Laura, elle ne pouvait pas savoir. J’étais simplement en colère contre moi-même. J’avais été prétentieux de penser que je pouvais remporter ce tournoi. Jamais je n’aurais du tout misé là-dessus.

Lentement, je me relevai, la tête basse et je m’apprêtai à quitter le stade, cherchant un moyen d’annoncer à Marie la terrible nouvelle, lorsque j’entendis une voix appeler mon nom. Je me retournai et mon cœur rata un battement lorsque je vis Laura accourir vers moi, les bras chargés des récompenses du tournoi.

Que voulait-elle encore ? M’humilier encore plus alors que je n’avais plus rien ? Je ne savais pas ce qui me retenait de l’ignorer et partir en courant, mais je restai là et j’attendis qu’elle fût à ma hauteur.

« Que veux-tu ? Gagner ne te suffit pas, il faut en plus que tu viennes me narguer ?

-Et bien en fait, j’étais venue te donner ça. »

La jeune fille me tendit les deux récompenses qu’elle avait dans les bras avec un sourire. Trop choqué pour réagir, je me contentai de la dévisager.

« J’ai cru comprendre que tu en avais besoin mais si tu n’en veux pas, je les reprends.

-Pourquoi…fais-tu cela pour moi ?

-Je te l’ai dit, je participais à ce tournoi pour m’amuser, je me fiche de la récompense. Vas-y, prend les. On va dire que c’est un cadeau pour avoir livré un combat aussi amusant, cela faisait longtemps que je n’avais pas été obligée de recourir à Trichiona ! »

Tremblant, et craignant qu’elle ne reprenne son cadeau, j’attrapai l’artéfact de récompense ainsi que le chèque qui allait nous sauver et quelques larmes s’échappèrent de mes yeux.

« Merci…Merci Laura… Dis-je en la serrant dans mes bras. Tu viens de me sauver la vie, je ne l’oublierai jamais…

-Ce n’est rien, vraiment, dit-elle en rougissant.

-Voyez-vous ça, Laura qui fait ami-ami avec son adversaire, ma fille me surprendra toujours, déclara un grand homme aux cheveux noirs et en bataille.

-Papa, arrête ça, tu me fais honte ! Je suis certaine que tu n’as même pas regardé mon match !

-Désolé Laura, j’ai fait aussi vite que j’ai pu…Mais j’ai pu voir ta victoire…

-Je m’ne fiche ! Et dépêche-toi, maman ne va pas être contente si tu traines trop ! Lui répondit-elle en s’éloignant déjà. »

Avec un sourire moqueur, le père de ma nouvelle amie prit la suite de sa fille et me laissa seul. J’étais un peu triste de la voir s’éloigner de la sorte, au fond de moi, son geste m’avait vraiment touché.

Je me t’attardai cependant pas d’avantage ici pour aller annoncer la bonne nouvelle à ma sœur. Je trouvai cette dernière dans le parc, à jouer avec le chien des voisins comme à son habitude, et elle me lança un grand sourire en me voyant rentrer.

Je ne tournai pas autour du pot et je lui dis tout de suite et son visage s’illumina.

« Donc ça veut dire que tu as gagné le combat ? Me demanda-t-elle.

-Non pas vraiment, répondis-je un peu gêné, Laura qui me l’a donné après le tournoi.

-Qui est Laura ? C’est ta petite copine ?

-Non ! Pas du tout ! Me défendis-je. »

Je dus rougir en disant cela car Marie me regarda fixement avec ses yeux plein de malice.

« Ce n’est pas bien de mentir ! Lança ma sœur en riant.

-Mais arrête, c’est juste une amie ! »

J’étais surement devenu encore plus rouge qu’avant car elle se mit à rire de plus belle.

« Il est amoureux !

-Non ce n’est pas vrai !

-Si, si !

-Tu vas voir si je t’attrape ! »

Je courus après elle tout le reste de la journée, jusqu’à ce qu’elle s’endorme le soir, trop fatiguée pour continuer. Après l’avoir mise au lit, je redescendis dans la cuisine prendre mon diner et je repensai alors aux événements de cette journée.

J’avais encore du mal à croire que j’avais réussi…enfin, presque. Grâce à cette Laura, nous étions maintenant sortis d’affaire pour quelque temps, ce qui allait me permettre de souffler un peu. J’étais profondément reconnaissant envers la jeune fille et je voulais la revoir pour la remercier…mais je n’avais aucune idée de comment faire. Je ne savais rien d’elle à part son nom.

Je sortis alors son deuxième cadeau. Un pendentif ayant la forme de deux ailes sombres repliées l’une sur l’autre. J’ignorais de quoi était capable le Spiritual qu’il contenait mais je comptais bien le découvrir au plus vite.


Ainsi, je me levai de bonne heure le lendemain pour partir m’entrainer au parc de la ville. Ce parc était le point de rendez-vous de tous les combattant. J’avais l’habitude d’y aller souvent par le passé pour observer les matchs qui s’y déroulaient, mais, à la mort de nos parents, j’avais arrêté toutes ces activités.

Je trouvai un banc sur un côté et je me mis à regarder à nouveau mon pendentif. J’avais l’impression de posséder un trésor entre mes mains, et pas seulement parce que Laura me l’avait donné…

Cependant, alors que j’étais occupé à m’extasier devant ma nouvelle acquisition, deux garçons se placèrent juste devant moi et me dévisagèrent d’un air menaçant. Ils étaient tous les deux assez grands et musclés et m’intimidaient à me fixer de la sorte.

« Dis donc gamin, c’est un joli pendentif que tu as là. Tu l’as dérobé à qui ? Ricana le plus grand des deux.

-Dans tous les cas on s’en fiche, donne-le-nous et plus vite que ça ! A moins que tu ne veuilles nous montrer que tu peux nous battre en deux contre un ?

-Vous ne me faites pas peur…Grimaçai-je en repensant au combat contre Laura. »

C’était vrai. Je sortais d’un tournoi et ces deux là n’y avaient pas participé. Je n’avais aucune raison de les craindre alors que j’étais arrivé en finale…

« Il est courageux celui-là !

-Ou peut-être tout simplement stupide, on va voir ça tout de suite »

Alors que les deux garçons se mettaient en position pour se battre, une voix retentit dans le parc et tous les regards se tournèrent dans la direction d’où elle provenait.

« Vous n’apprendrez donc jamais, lança la nouvelle venue. Combien de fois devrai-je vous mettre au tapis pour que vous compreniez que vous vous battez aussi bien que des poulpes morts ? »

Je reconnus immédiatement cette voix et j’écarquillai les yeux, à la fois heureux et tendu.

Laura surgit d’une allée voisine, la démarche lente et élégante, les cheveux volant au vent qu’elle créait elle-même, ses yeux brillant dans la pénombre matinale.

« Vous ne semblez vraiment pas retenir la leçon alors peut-être que cette fois-ci, je devrais vous transformer vraiment en poulpe surgelé !

-Non, c’est inutile. Courage, Fuyons ! »

Sans demander leur reste, mes agresseurs désactivèrent leur pouvoir et prirent leur jambe à leur cou devant mon regard ébahi.

« Et dites à Dan que je l’attends s’il s’obstine à agresser les joueurs sans défense ! »

Je n’avais pas les mots. Visiblement Laura était connue dans ce parc, et particulièrement des voyous qui avaient l’air de la craindre.

Elle n’était pas seulement belle mais également très forte…Une minute, à quoi est-ce que je pensais moi ? Les discours de Marie ne pouvaient tout de même pas m’avoir convaincu…

« Ça ne va pas ? Tu as l’air bizarre.

-Non, non tout va bien… Balbutiai-je

-Tu me rassures, j’ai cru qu’ils t’avaient fait mal.

-Non, tu es arrivée juste à temps. Mais dis-moi, qui sont-ils ? Et comment se fait-il qu’ils aient peur de toi ?

-C’est une longue histoire…

-Vas-y, j’ai tout mon temps. »

Je n’osais pas lui avouer que je craignais qu’elle ne reparte aussitôt et que j’appréciais réellement sa compagnie. Rester à ses côtés était bien plus enrichissant que de tester simplement mon nouveau pouvoir avec des inconnus.

La jeune fille me sourit et sauta sur le banc pour s’asseoir à côté de moi.

« Ces deux abrutis s’appellent Brutus et Auguste. Ce sont les larbins d’un type peu recommandable qui s’appelle Daniel Yami. Je les vois souvent s’en prendre aux plus faibles pour les dépouiller de leur Spiritual et comme je n’ai rien de mieux à faire et que je déteste les injustices, je m’amuse à les remettre à leur place ! Depuis que j’ai congelé le poulpe que leur sert d’esprit, ils s’enfuient en courant dès qu’ils me voient !

-C’est tout ?

-Ce n’est déjà pas mal ; rétorqua-t-elle en gonflant les joues. Mais tu sais, tu aurais pu les battre toi aussi avec l’artéfact que je t’ai donné. Ils aboient beaucoup mais mordent peu.

-Tu…Tu le penses ?

-Evidemment ! Est-ce que tu sais au moins ce que tu as entre les mains ?

-Euh…

-C’est une relique antique, Ethon, l’aigle qui dévorait le foie de prométhée tous les jours selon la légende !

-Co…Comment ?! M’étranglai-je, abasourdi par cette révélation. Et tu me l’as donnée en sachant cela ? Mais… Pourquoi ?

-Comme tu as pu le voir, j’ai déjà Trichiona en ma possession. Je n’ai pas besoin d’un second Spiritual, me dit-elle en haussant les épaules. Mais d’après ce que j’ai vu, toi, ça ne te ferait pas de mal, Darksky !

-Darksky ? Répétai-je étonné.

-Eh bien oui, ce surnom va bien avec ton amulette je trouve. Tu n’aimes pas ?

-Si, c’est très bien, j’aime beaucoup…

-Bon et bien à partir de maintenant, je t’appellerai Darksky. Je dois rentrer maintenant, tâche de revenir demain, on s’amusera bien encore une fois !

Elle me donna une grande tape dans le dos puis s’en alla, me laissant planté au milieu du parc. Je n’arrivai toujours pas à comprendre ce qui se passait. C’est comme si l’arrivée de Laura dans ma vie avait en partie comblé le vide qui existait en moi depuis la disparition de nos parents. Laura était peut-être ce qui m’avait manqué pendant ces derniers mois : une vraie amie.

Je mis du temps à rentrer chez moi, flânant en ville, faisant de grands détours avant d’arriver enfin chez moi. Marie dormait toujours, je ne voulais pas la réveiller alors je pris la direction du bureau de mon père.

Il n’avait pas changé depuis leur disparition. Je n’avais voulu toucher à rien, comme si au fond de moi, j’espérais que mon père revienne et retrouve son bureau dans le même état qu’il l’avait laissé, dans le plus grand des désordres.

Cependant, j’aimais bien venir ici lorsque je voulais réfléchir. La pièce était calme, lumineuse et avait une magnifique vue sur notre jardin. C’était l’endroit idéal pour être au calme, loin de l’agitation de la ville.

Pour la première fois depuis des années, je repensai à la disparition de mes parents. Je sortis donc d’un tiroir tous les papiers de la police concernant l’affaire.

Evidemment, il n’y avait rien de bien intéressant selon les dires officiels. Mais j’avais toujours eu cette sensation que nous étions épiés, suivis même.

Je me souvenais parfaitement que ma mère n’était jamais sereine lorsqu’elle sortait dans la rue. Jusque-là, j’avais toujours pensé qu’elle s’inquiétait uniquement pour notre sécurité comme n’importe quel parent, mais son inquiétude était bien plus poussée que cela.

Elle était constamment sur ses gardes, tendue et sursautant au moindre geste brusque… Et en repensant, les entrainements de mes parents ne ressemblaient pas à de simples exercices de remise en forme. Il s’agissait plutôt de combats violents, comme s’ils se préparaient à affronter un ennemi très puissant…

Malheureusement, je n’avais absolument aucune preuve de ce que j’avançai à part des souvenirs d’enfance brumeux et flous. Il n’y avait aucun indice dans cette immense bâtisse qui aurait pu m’orienter vers la piste du meurtre plutôt que de l’accident…

Et puis, si cela était réellement un meurtre… Pourquoi eux ? Nous n’étions que de simples habitants d’une ville totalement perdue et sans histoire. Et lorsque j’avais demandé à ma grand-mère, elle n’avait aucun souvenir d’une quelconque personne qui aurait pu nous en vouloir…

« Je perds vraiment mon temps à réfléchir à de telles sottises, soupirai-je. »

Vers midi, je décidai d’aller réveiller ma sœur mais visiblement, elle n’avait pas eu besoin de moi car elle m’attendait déjà dans la cuisine, une tartine à la main.

« Tiens, toi tu as revu cette Laura ce matin, je me trompe ? Me lança-t-elle en guise de bonjour.

-Mais comment le sais-tu ? Demandai-je intrigué.

-Ça se voit sur ton visage. Tu as l’air plus heureux que d’habitude, comme hier.

-Si tu le dis…

La journée passa assez rapidement. Je jouais avec ma sœur pendant des heures sans voir le temps passer. Il fallait dire que j’étais tellement absorbé par nos problèmes du quotidien que ces moments passés en sa compagnies se faisaient de plus en plus rares. Alors je profitais au maximum de ces moments d’insouciance en sa compagnie qui me rappelaient des jours plus doux. Contrairement à moi, Marie avait su garder sa bonne humeur et sa joie de vivre après la disparition de nos parents et c’était ce qui me permettait en grande partie de tenir le choc chaque jour.


Le lendemain, je retournai au parc dans l’espoir de retrouver Laura. Sans grande surprise, Elle était là, en train de disputer un match. Mais à peine me vit-elle qu’elle interrompit son combat et planta son adversaire au milieu de la pelouse pour me rejoindre.

« Parfait, tu es là !

-B…Bonjour toi aussi, Laura…

-Plus tard les salutations, j’ai quelque chose d’incroyable à te montrer ! Suis-moi.

Sans me laisser protester, la jeune fille me prit par le bras et m’entraina à sa suite en courant dans les rues. Je ne comprenais pas où elle voulait en venir mais je me laissai simplement faire.

Elle m’entraina tout d’abord vers la plage. Cependant, elle ne s’arrêta pas là où tous les touristes venaient passer leurs vacances mais continua sa route sur un petit sentier non goudronné. Là, mon amie s’engouffra entre les branches des arbustes et je fis de même.

Les branchages et les feuillages craquèrent sous mes pas et la pente était raide. Mais Laura semblait monter sans aucune difficulté.

Une fois au sommet, je fuis ébloui par le paysage qui se tenait sous mes pieds. Je me trouvais sur la falaise qui surplombait la ville. Elle était visible de n’importe où mais c’était la première fois que je venais ici, j’avais toujours pensé que l’endroit était interdit au public…

L’endroit était resté très sauvage malgré la proximité avec les habitations. Les plantes, les arbres et les fleurs envahissaient l’endroit tandis qu’aucun bruit de moteur ne parvenait jusqu’ici.

Vue de cette hauteur, la ville ressemblait vraiment à une maison de poupée. En contrebas, la mer se fracassait avec violence contre les rochers, tandis qu’au loin, je pouvais voir le soleil briller haut dans le ciel et se refléter sur une mer d’huile, la faisant scintiller comme un joyau.

J’inspirai un grand coup et une odeur de sel et de poisson m’arriva dans les narines, odeur qu’il n’y avait pas sur la plage.

Le vent soufflait fort également et faisait danser les cheveux soyeux de Laura. Elle était vraiment belle, encore plus d’habitude si c’était possible. Dans cet environnement, elle semblait s’épanouir bien plus qu’en ville, comme une fleur sauvage.

« C’est ici que tout a commencé… Commença-t-elle d’une voix mélancolique. »

Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire, mais je n’osais pas l’interrompre.

« Il y a quelques temps, j’étais venue ici pour passer le temps comme je le faisais souvent… J’avais simplement besoin de m’éloigner de la pression et du stress du quotidien. Je dois t’avouer que je n’aime vraiment pas les ambiances froides des compétitions et ce genre de choses, alors je préfère m’en tenir éloignée la plupart du temps…

-Vraiment ? Pourtant tu avais l’air totalement dans ton élément au tournoi…

-C’est vrai, s’amusa-t-elle en riant légèrement. Mais cela n’a changé que très récemment… Lorsque je l’ai trouvé. »

Laura sortit de son col le petit pendentif de saphir et le leva face au soleil couchant. La pierre précieuse se mit à flamboyer comme un véritable joyau.

« J’ai trouvé cette pierre sur cette même falaise il y a quelques temps. Elle était simplement dissimulée sous un buisson. Je l’ai prise et ma vie a changé du tout au tout. Le lien entre Trichiona et moi s’est immédiatement établi et je suis rapidement devenue la meilleure Summoner de mon quartier. »

Mon amie tourna alors son regard vers moi et me lança un sourire rempli de tendresse… et de joie.

« Nous sommes vraiment similaires j’ai l’impression. Ces deux artéfacts que nous possédons…Ils représentent tous deux la même chose, notre espoir. Le mien était de trouver un but et une passion. Le tien était d’aider ta sœur.

-Laura…

-Enfin, je n’aime pas vraiment repenser à cette époque, je suis heureuse maintenant, c’est tout ce qui compte !

-Oui, je te comprends, moi non plus, je n’aime pas repenser aux dernières années où j’ai dû me débrouiller seul… »

Je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour. Oui. Laura et moi étions similaires même si un monde nous séparait. Nous nous comprenions mutuellement, et ce, même sans nous connaitre réellement. Après tout, nous ne nous étions rencontrés moins d’une semaine auparavant mais j’avais l’impression que nous nous étions toujours connus… Comme si nous nous étions croisés de nombreuses fois sans jamais nous parler…

« Par contre, ça n’a aucun rapport avec tout ça, mais j’ai une question qui me brûle les lèvres depuis deux jours Darksky. Ton école, c’est bien l’école Chéparde ? Reprit-elle en me tirant de mes pensées.

-Oui, pourquoi ? Et comment tu sais ça toi ? Demandai-je étonné.

-Bah, il se trouve que j’y suis aussi. »

L’information mit plusieurs secondes à arriver au cerveau, si bien que je fixai mon amie avec un air stupide qui la fit rire aux éclats.

« Nous ne sommes pas dans la même classe non plus, mais j’ai vu ça hier sur l’annuaire de l’école, je voulais simplement m’assurer qu’il s’agissait bien de toi. »

Je ne savais même pas pourquoi j’étais étonné. Cela n’avait rien de surprenant, il n’y avait que deux écoles en ville, la probabilité que Laura fût dans la même que la mienne était donc très grande…mais quand même, c’était étrange de penser que je l’avais peut-être réellement croisée des dizaines de fois sans la remarquer alors que désormais, elle était la première personne que je voyais dès que j’allais au parc…

« Eh, Darksky, tu es toujours là ?

-O…Oui, je me disais simplement…c’est amusant qu’on soit dans la même école.

-Tu l’as dit, on va pouvoir se voir tous les jours maintenant ! »

Je rougis lorsqu’elle prononça ces mots. Elle avait raison, j’allais pouvoir passer mes journées avec elle plutôt que de rester seul dans mon coin pendant les heures de pause…

Nous restâmes sur cette falaise toute la journée à nous moquer de nos professeurs, de la cantine et de nous-mêmes en cours.

Nous nous séparâmes assez tard ce soir-là, bien après la tombée de la nuit. Cependant, nous nous étions donnés rendez-vous le lendemain devant l’entrée de l’école.

La première chose que je fis en arrivant à la maison fut d’écrire. Je ne sais pas ce qui m’avait pris ce soir-là, mais les mots venaient tout seuls, je n’avais pas besoin de réfléchir. Evidemment, lorsque Marie passa dans ma chambre pour regarder ce que je faisais, elle ne manqua pas l’occasion pour se moquer, mais je l’ignorai, trop concentré sur mon poème.

Je dus finir par m’endormir sur le poème car, le lendemain, lorsque le réveil sonna, j’étais toujours à ma table de travail, la lumière allumée et le style ouvert.

Malgré la fatigue, je me remis debout en une seconde, je pris une douche en vitesse, passai réveiller Marie, puis nous partîmes tous les deux pour l’école. Une fois arrivés devant le portail, ma sœur rejoignit ses amies tandis que je m’installai pour attendre Laura.

Je reçus soudain une tape amicale dans le dos et, en me retournant, je la vis, dans l’uniforme de l’école, une barrette tenant ses cheveux soigneusement coiffés. Elle m’adressait un sourire chaleureux et je lui rendis.

« Salut Darksky ! Lança-t-elle immédiatement.

-Bonjour Laura, lui répondis-je, heureux de la voir.

La cloche sonna au même moment et Laura regarda l’heure, affolée. »

« Quoi, tu es arrivé aussi tard ? Tu crains tu sais !

-Hein, mais je…

-Pas le temps de parler, il faut se dépêcher, je ne tiens pas à passer le cours dehors ! S’exclama-t-elle en m’agrippant la manche et m’entrainant à sa suite. »

Et c’est ainsi que commença ma nouvelle vie aux côtés de Laura, Saya. J’aurais tant aimé que cette vie dure éternellement…




Darksky : La lumière d’une étoile



Spoiler :



Comme tous les jours, j’attendais Laura à la sortie des cours. Elle était plutôt populaire auprès des filles et des garçons de sa classe, si bien que j’en étais un peu jaloux parfois. Mais, lorsque je la voyais leur dire au revoir pour venir me rejoindre, mes craintes se dissipaient et je l’accueillais avec un grand sourire, qu’elle me rendrait.

« Tu n’es jamais en cours toi ? Me lança-t-elle en riant.

-C’est toi, tu traines tellement que j’aurais le temps d’aller au parc faire un duel et revenir que tu ne serais pas encore sortie, rétorquai-je.

-Voilà qu’il fait sa crise de jalousie, si c’est comme ça, je rentre moi ! »

Faisant mine de bouder, Laura commença à me tourner le dos et partir sans m’attendre. Pour toute réponse, je partis dans l’autre direction.

Au bout de dix secondes, j’entendis des pas rapides dans ma direction et je me retournais en souriant pour voir Laura me regarder, les joues gonflées comme elle le faisait quand elle mécontente. Elle ne gagnait jamais quand elle faisait ça.

« Tu n’es pas drôle tu sais ! Râla-t-elle. Tu étais censé me courir après et me supplier de te pardonner !

-Est-ce que tu me vois vraiment faire ça ?

-En fait non, ne le fais pas, je penserais que tu serais devenu fou.

-Ce n’est pas très sympa ça ! Protestai-je. »

Laura me tira la langue puis, après m’avoir donné une petite tape sur l’épaule, elle m’entraina à sa suite au parc comme chaque jour.

Là-bas, nous retrouvâmes nos deux amis Brutus et Auguste mais ces derniers ne fuirent pas à notre arrivée pour une fois mais se contentèrent de se cacher derrière un grand garçon que je reconnus aussitôt. C’était ce type qui m’avait bousculé à ce tournoi !

Ce dernier nous dévisagea durement en nous voyant et sembla nous examiner, mais Laura lui rendit son regard froid et impitoyable, ce qui le surprit. Il ne devait pas avoir l’habitude qu’on lui tienne tête. Mais il n’avait jamais rencontré Laura non plus et je savais à quel point elle pouvait être terrifiante quand elle était en colère contre ces voyous.

« C’est donc toi la fameuse Laura qui a vaincu ces deux incapables des dizaines de fois ? Lança-t-il d’un ton glacial.

-Oh, c’est donc toi le fameux Dan qui sait qu’il utilise des incapables pour parvenir à ses fins ? Rétorqua Laura sur le même ton.

Le dénommé Dan écarquilla les yeux de surprise et Laura afficha un petit sourire satisfait. Son sang-froid m’impressionnait. Ce type était la terreur du parc, mais elle lui faisait face comme à n’importe qui, elle ne semblait nullement inquiète ou en colère. Elle le traitait comme n’importe quel voyou de bas étage.

En vérité, il n’était pas si terrifiant que ça. Même si sa carrure était assez imposante, il devait avoir à peine un an de plus que nous mais ne dépassait mon amie que de quelques centimètres. Son visage, bien que durci par ses traits, était celui d’un enfant plutôt rondouillet et sa coiffure, celle des beaux quartiers. Ses habits trahissaient également qu’il n’était pas la terreur des bacs à sable qu’il prétendait être.

« J’aime ton audace, tu dois être la seule personne qui ose me tenir tête et…

-Daniel ! »

Le nom de notre adversaire retentit dans le parc et ce dernier grimaça. Un instant plus tard, un grand garçon un peu plus âgé que lui, aux cheveux noir ébène tombant sur ses yeux tout aussi sombres débarqua. Il avait un physique assez similaire à celui de la prétendue brute et à en juger par son uniforme, il devait être au collège.

Il se planta entre Dan et nous et resta là, les bras croisés, à dévisager l’autre garçon qui essayait de s’enfuir.

« Qu’est-ce que tu fabriques encore toi ? Tu t’amuses à terroriser les plus jeunes ?

-No…Non, pas du tout ! Ce sont eux qui sont venus embêter Brutus et Auguste, je voulais juste…

-Arrête, ça ne prend pas avec moi ! L’interrompit le garçon. Tu vas me faire le plaisir de rentrer à la maison et faire tes devoirs !

-Mais…

-Pas de mais, tu y vas et on en reparlera après ! »

Dan jura mais se plia à l’ordre du garçon qui continua à le fixer avec son regard menaçant jusqu’à ce qu’il soit hors de vue puis ce dernier reporta son attention sur Brutus et Auguste qui ne demandèrent pas leur reste et s’enfuirent en courant.

Il se détendit ensuite et soupira longuement.

« Tu es irrécupérable Dan, tu devrais écouter ce que te dis Miyako, elle a raison…

-Euh…Excuse-moi, mais à qui ai-je l’honneur ? Demanda alors Laura, frustrée qu’on ait fait son travail à sa place.

-Oh, je ne me suis pas présenté. Je suis le frère de Daniel, Hiroki Yami. Je suis sincèrement désolé pour les ennuis qu’il cause…

-Non…Vraiment, ce n’est rien, ça nous occupe de remettre ces guignols à leur place

-Tant mieux, au moins mon bon à rien de frère divertit quelques personnes, répondit-il avec un léger sourire. Enfin, je ne vous embête pas plus que Daniel ne l’a déjà fait, passez une bonne journée tous les deux, et au plaisir de vous revoir. »

Le grand garçon s’en alla à son tour, nous laissant seuls, tous les deux. Laura ne semblait pas ravie de ne pas avoir pu mettre leur raclée quotidienne à ces deux brutes et gonflait les joues en croisant les bras et fronçant les sourcils. La voir ainsi me faisait toujours rire, autant par son expression que par l’exagération qu’elle faisait des choses.

« Si c’est comme ça, qu’ils se débrouillent tout seuls, moi je m’en vais ! S’exclama Laura en tournant le dos au parc.

-Ils se débrouillent déjà tout seuls, Laura…

-Tu es de leur côté en plus ? Très bien, pour la peine tu vas devoir venir avec moi faire un peu de Shopping !

-Quoi ? Tu n’as rien de plus amusant à faire ? Rétorquai-je, craignant déjà ce qui allait m’arriver.

-Si, mais tu n’avais qu’à pas me chercher ! Répliqua-t-elle.

-Bah, si c’est comme ça, je rentre moi ! »

Je commençai déjà à tourner les talons, lorsque, ne pouvant plus se retenir, Laura éclata de rire, m’entrainant avec elle.

Nous nous esclaffâmes ainsi pendant plusieurs minutes, incapables de nous calmer et de retrouver notre sérieux. Ce fut finalement le manque d’air qui nous obligea à arrêter.

« Tu es vraiment stupide Darksky, tu sais ça ? Me lança Laura joyeusement.

-Tu n’es pas mieux que moi je te signale !

-Oui, j’imagine, au moins on se complète bien comme ça ! »

Finalement, nous finîmes simplement par aller acheter une glace pour la savourer sur la falaise. C’était notre base secrète, un endroit rien qu’à nous, où nous pouvions nous amuser sans être dérangés. J’avais d’ailleurs souvent demandé à Laura pourquoi personne ne venait ici, mais elle n’avait pas non plus de réponse.

Les gens ne savaient décidemment pas ce qu’ils rataient. La vue était magnifique comme toujours depuis notre belvédère. Je voyais le même spectacle chaque jour et pourtant, je ne m’en lassai jamais. Au crépuscule, l’astre de feu plongeait dans une mer rougeoyante et embrasait les vagues de sa chaleur tendre et réconfortante.

La falaise elle-même semblait se métamorphoser à la tombée du jour. Alors que des ombres inquiétantes s’allongeaient lentement, la pierre de granit scintillait de mille feux comme un véritable joyau.

Un vent chaud et salé caressait avec douceur ma peau et m’apportait toutes les odeurs de l’océan, éloignant les fumées de pot d’échappement et la pollution de la ville.

Tout était calme. Seul le fracas des vagues s’écrasant violemment contre la paroi venait briser le silence majestueux qui régnait en ce lieu magique.

« Tu sais Darksky, je suis vraiment heureuse de t’avoir rencontré ; déclara soudainement Laura en me tirant de mes rêveries. »

Je faillis m’étrangler avec ma glace sous le coup de la surprise. Mon amie gloussa devant ma réaction.

« Même si j’ai beaucoup d’amis à l’école, je n’ai jamais trouvé le courage de leur proposer de m’accompagner ici.

-Vraiment ? Pourtant, je viens ici depuis le début…

-Tu es le premier à poser les pieds sur cette falaise à part moi. Avant, c’était mon coin secret, le lieu où je pouvais venir lorsque j’étais triste ou angoissée. Mais à présent que tu es là, je crois que tout cela est compromis désormais, me dit-elle en souriant.

-Je dois t’avouer que sans toi, je ne sais pas où j’en serais actuellement, répondis-je sincèrement. J’aurais sûrement continué à vivre ma vie, loin des autres, dans mon coin…

-Dans ce cas-là, nous sommes quittes ! Affirma-t-elle. »

Nous restâmes sur la falaise jusqu’au coucher du soleil à parler de tout et de rien comme chaque jour. Nous étions simplement heureux d’être tous les deux, seuls dans notre base secrète.

Puis je raccompagnai Laura jusqu’à l’école, et de là, nous prîmes chacun un chemin séparé. En vérité, je n’étais jamais allé chez elle, et elle n’était jamais allée chez moi, mais nous savions tous les deux où l’autre habitait.

En rentrant chez moi, je retrouvai Marie qui avait déjà préparé le diner et elle m’embêta comme toujours avec Laura.

Et ainsi passèrent les jours, puis les semaines et les mois. Tout était parfait, j’étais heureux de passer autant de temps avec ma seule amie, sur la falaise ou au parc. Notre quotidien, bien que répétitif, devenait rapidement unique avec la présence de Laura pour égayer chaque journée. Cependant, ma vie bascula radicalement en un seul jour, un jour resté gravé dans ma mémoire…


C’était une journée comme les autres. Je sortais de cours et je m’apprêtais à aller chercher Laura devant sa classe lorsqu’une fille aux longs cheveux noirs que je ne connaissais pas entra dans ma salle et demanda à la déléguée de me voir. Elle semblait assez inquiète et son regard s’éclaira légèrement lorsqu’elle arriva à ma hauteur.

« Tu es bien Michael Duroi ? Me demanda-t-elle immédiatement.

-Oui, c’est bien moi, il y a un problème ?

-En fait…je me demandais…est-ce que tu saurais où se trouve Laura ?

-Laura ? J’allais justement passer la prendre et…

-Elle n’est pas venue en cours aujourd’hui… M’interrompit-elle, l’air effrayée.

-Vraiment ? Elle doit simplement être malade ou alors…

-Non ! Nous avons déjà essayé de la joindre pendant la pause, mais personne ne répond chez elle ! Et surtout, quand le professeur a fait l’appel, il a notifié son absence mais n’a rien demandé de plus ! »

Je lâchai mon cartable et mon sang se glaça tandis que je pensais déjà au pire. Mes mains se mirent à trembler et quelques gouttes de sueur perlèrent de mon front.

Ce n’était pas normal, Laura venait toujours à l’école, même en étant malade avec trente-huit de de fièvre, ce n’était pas son genre de disparaitre ainsi…

« Michael, je suis inquiète, tu es son meilleur ami ? Tu devrais savoir où elle se trouve ?

-Je…je… »

Je ne savais pas…Laura était encore en pleine forme la veille, nous avions même donné une bonne raclée à ces brutes avant de passer sur la falaise comme chaque jour…si elle était mal, je l’aurais remarqué ! Non, elle n’était certainement pas simplement malade…

« Dé…désolé, je dois y aller ! »

Sans attendre davantage, je me précipitai hors de la salle de classe en courant. Si Laura n’était pas malade, mais qu’elle n’était pas chez elle non plus, il n’y avait pas trente-six endroits où elle pouvait se trouver et j’espérais sincèrement me tromper…

Après dix minutes de sprint à travers les rues de la ville, j’arrivai finalement au parc, essoufflé et je vis Dan assis dans son coin, les bras croisés, regardant le sol fixement. Ce dernier répétait en boucle le nom de Miyako, cette fille que nous avions rencontrée lors du tournoi.

Sans hésiter, je me précipitai sur lui et ce dernier réagit à peine lorsqu’il me vit.

« Oh, c’est toi Darksky, lança-t-il d’une voix monocorde. Je suis désolé, je ne suis pas d’humeur à me battre avec toi aujourd’hui…

-Je n’irai pas par quatre chemins, tu as fait du mal à Laura ? Lançai-je agressivement.

-Laura ? Répéta-t-il, comme perdu. Elle est bien passée tout à l’heure…

-Et où est-elle maintenant ? M’exclamai-je.

-Je ne sais pas, elle semblait perdue dans ses pensées et avait le regard vide. Elle n’a même pas pris la peine de nous remettre à notre place avant de repartir vers la plage.

-Vers…la plage tu dis ? »

Un déclic se fit à ce moment-là dans ma tête. Je devinais aisément où se trouvait Laura à présent. Je repartis donc aussitôt vers notre base secrète, notre coin à nous seuls, l’endroit où personne ne venait nous déranger, cette grande falaise surplombant la ville. Cependant, je n’étais pas plus serein. Jamais je n’avais vu Laura triste, elle avait toujours son sourire éclatant avec moi. Il fallait que je sache ce qu’il se passait…

Je gravis la petite pente menant au sommet, puis, après avoir slalomé entre les branches et les fougères, j’arrivai finalement en haut.

C’est là que je la vis. Laura était bien là, assise sur le rebord, fixant la vaste mer s’étendant à ses pieds devant un soleil rouge embrasant la mer de ses rayons crépusculaires.

Mon amie ne portait pas l’uniforme de l’école mais un simple tee-shirt blanc et une jupe courte. Ses cheveux châtains volaient librement au gré du vent mais elle ne prenait pas la peine de se recoiffer comme elle le faisait habituellement. Elle restait simplement là, immobile face à la mer, me tournant le dos.

« Laura… »

La jeune fille se retourna et ce que je vis me fit l’effet d’un poignard en plein cœur. Comme le disait Brutus, son regard, d’ordinaire si éclatant et rempli d’espoir, était vide, dénué de vie et d’émotion. Mais à côté de cela, ils étaient également rouges vifs comme si elle avait pleuré longtemps…

Ce fut un vrai choc de la voir dans cet état, elle que je n’avais connu que joyeuse ou en colère contre Brutus et Auguste, je n’arrivai pas à l’imaginer triste, mais maintenant que je la voyais ainsi, cela m’était d’autant plus pénible.

« Ah, Darksky, je me doutais bien que tu finirais par venir ici ; me répondit-elle en se forçant à sourire mais ne réussissant qu’à grimacer.

-Laura, dis-moi, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu n’es pas venue en cours aujourd’hui et maintenant, je te vois comme ça, est-ce qu’il s’est passé quelque chose ? Tu peux tout me dire, tu sais ! »

Mon amie baissa les yeux au sol sans dire un mot. Après un léger silence, elle serra le poing et déclara :

« Je crois bien…que c’est la dernière fois que nous nous voyons ici…

-Co…Comment ? Bégayai-je, abasourdi. Qu’est-ce que tu veux dire Laura ? Ai-je fait une erreur ? Est-ce que j’aurais…

-Non, ce n’est pas de ta faute Darksky…

-Alors pourquoi es-tu dans cet état Laura ? Dan t’aurait…

-Si seulement il s’agissait de Dan… »

Laura releva les yeux et me fixa avec son regard vert émeraude qui avait soudainement retrouvé de son intensité…ou alors ses pupilles étaient illuminés par l’éclat des larmes qu’elle retenait…

Elle inspira un grand coup et lâcha la terrible nouvelle :

« A la fin de la semaine, mes parents déménagent en Angleterre… »

A ces mots, je crus que le monde autour de moi s’effondrait, comme lors de la mort de mes parents. Peu à peu, ma vision se brouilla, la mer perdit de ses couleurs et le ciel s’assombrit avant qu’un déluge de larme ne coule de mes yeux sans que je ne puisse rien faire pour les retenir.

Laura s’approcha de moi et tenta de les essuyer en souriant du mieux qu’elle pouvait.

« Ne pleure pas Darksky, nous nous reverrons bientôt.

-Pourquoi…Murmurai-je dans un souffle à peine audible. Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé avant ?…

-Je…Je ne voulais pas y croire moi-même…Mais une fois que je serai majeure, je reviendrai ici et nous nous retrouverons, c’est une promesse, d’accord ? Déclara-t-elle en me tendant le petit doigt. »

Je savais que je devais l’attraper mais je ne pouvais pas, mes bras et mon corps refusaient tout simplement de bouger. J’avais peur qu’en acceptant cela, Laura ne s’en aille immédiatement. Je voulais qu’elle reste là, avec moi, sur cette falaise, le plus longtemps possible. Je voulais retarder le moment fatidique où elle me tournerait le dos pour ne plus jamais me regarder en face. Je savais qu’une fois partie, elle ne reviendrait jamais même en y mettant toute la volonté du monde…

Voyant mon hésitation, Laura fouilla dans sa poche et en sortit un minuscule pendentif bleu glacé. Avec un sourire teinté tristesse, elle me tendit son présent.

« Darksky, pourrais-tu me garder Trichiona en mon absence ? Il s’agit de la chose la plus précieuse que je possède… Il s’agit presque d’une partie de moi-même…

-Je…je ne peux pas…C’est ton Spiritual, je ne peux…

-Je reviendrai la chercher à mon retour, ne t’inquiète pas. On va dire que c’est un gage de ma promesse, hein ? »

Les yeux de Laura étincelèrent de plus belle et une minuscule larme commença à couler le long de ses joues roses. Une seule et unique perle qu’elle essuya immédiatement d’un revers de la manche tout en continuant à me sourire malgré tout.

« Je…Je… »

Pour toute réponse, je mis à mon tour ma main dans ma poche et je sentis une feuille froissée au fond. J’avais toujours su…J’avais toujours sur que ces jours étaient beaucoup trop beaux pour être éternels…Mais devais-je le lui donner maintenant ? Si je faisais ça, cela signifierait que j’accepterais son départ…

Cependant, devant le regard implorant de Laura, je ne pus résister davantage et je sortis cette vieille feuille de papier que j’avais sur moi depuis ce jour-là et je lui tendis à mon tour. Elle l’attrapa et je pris son pendentif de glace au creux de mes mains, le serrant le plus fort possible, comme si cela allait suffire à la retenir.

Son sourire s’élargit légèrement devant mon geste.

« Merci Darksky…J’en prendrai grand soin ; déclara Laura en serrant le poème contre son cœur, l’air bien plus heureuse et détendue que quelques secondes auparavant.

Pour une raison étrange, j’étais moi aussi plus apaisé maintenant que je tenais Trichiona dans mes mains, comme si ce simple échange de présents venait de sceller notre promesse et la rendre réelle.

La jeune fille fit s’avança vers moi jusqu’à ce nos visages se frôlent. Une fois de plus, je pus lire cette infinie tristesse dans ses yeux, mais également ce sentiment d’impuissance face à la situation et je ne pouvais rien faire…rien du tout…

« Tu dois être fort Michael, après tout, tu es Darksky, Summoner d’Ethon et désormais de Trichiona également, n’est-ce pas ? Et sache que je ne t’oublierai jamais, les jours que nous avons passés tous les deux resterons à jamais gravés dans ma mémoire…

-Pareil pour moi, Laura, tu es la plus belle chose qui a pu m’arriver depuis la mort de mes parents… »

Ma meilleure amie ferma les yeux, et j’eus presque l’impression de retrouver cette jeune fille souriante et joyeuse qui était mon inséparable partenaire de jeu.

Derrière elle, le soleil avait presque disparu et envoyait ses derniers rayons illuminant la jeune fille comme une déesse descendue sur terre, scintillant sous les feux du crépuscule, et s’éteignant avec lui…

Finalement, après un temps qui me parut interminable, Laura passa à côté de moi et lança sans me regarder d’une voix brisée par le chagrin et le regret.

« Prends soin de toi Darksky…Et adieu… »

La dernière image que j’eus de celle qui était autrefois ma partenaire de jeu, ma complice et ma confidente fut une mèche de cheveu bruns…Et puis plus rien.

Derrière moi, j’entendis ses pas s’accélérer avant de disparaitre au loin, ne laissant place qu’au fracas des vagues et au hurlement du vent.

Laura était partie sans se retourner, mais moi je restais là, planté sur ce bout de terre surplombant la mer, à regarder les derniers rayons du soleil se faire dévorer par cette immense et terrifiante étendue d’eau presque noire désormais, gardant près de mon cœur son dernier présent, tout en pleurant la perte de ma meilleure et unique amie…




Darksky : Nuage de souvenirs



Spoiler :



Finalement, après un long moment, je me mis à mon tour à prendre le chemin du retour. Je marchai lentement dans les rues, regardant le sol, ne faisant pas attention à la route et aux voitures. Je n’arrivais toujours pas à croire que Laura était réellement partie, que c’était la dernière fois que je voyais son visage, ses cheveux, son sourire, et que je n’avais rien fait pour la retenir…

Je passai devant le parc. Il était vide à cette heure, comme d’habitude, et pourtant, nous avions l’habitude de vérifier tout de même avec Laura, au cas où.

« Brutus a l’air d’avoir retenu la leçon ! », « Tiens, il n’y a plus personne, pourtant il n’est pas si tard ! », « Darksky, la prochaine fois, je te laisse botter les fesses d’Auguste, et après j’irai te ramasser à la petite cuillère ! », c’était les mots de Laura parmi tant d’autres, et pourtant, je la revoyais les prononcer à cet endroit même, pleine d’entrain et de joie de vivre…

Je repris mon chemin, ne pouvant en supporter davantage. Je passai également devant l’école, le marchant de glace, la papèterie, le supermarché, tous ces endroits où j’avais passé tant de temps avec Laura…

J’accélérai le pas. Je ne devais pas y penser, je devais rentrer, je devais prendre soin de Marie, continuer ma vie en attendant le retour de Laura, je devais devenir meilleur pour qu’elle soit fière de moi…

J’arrivai finalement chez moi après un trajet qui m’avait paru interminable. Lentement, je tournai la clé dans la serrure et cette dernière s’ouvrit en grinçant et à peine eussé-je posé un pied à l’intérieur que Marie se précipita à ma rencontre :

-Bah, qu’est-ce que tu as encore toi, tu t’es disputé avec Laura ou quoi ?

Je ne pouvais pas lui répondre. Je sentais que si j’ouvrais la bouche, je n’allais pas pouvoir me contenir davantage alors j’ignorai simplement sa question et je courus me réfugier dans ma chambre et je m’y enfermai tout le reste de la soirée.

Cependant, j’avais beau faire, je ne pouvais pas me sortir Laura de la tête. Elle occupait le moindre de mes gestes, la moindre de mes pensées, je la voyais dans mes cahiers de cours qu’elle m’avait passés, dans les objets et babioles que nous étions allés acheter ensemble, dans ce jeu qu’elle aimait tant qu’était le duel de monstre qui avait marqué le début de tout…

Jamais je n’avais autant pensé à Laura que depuis son départ et je comprenais à présent la fameuse expression « loin des yeux, près du cœur ». En voyant Laura chaque jour, je ne comprenais pas à quel point je tenais à elle, mais maintenant qu’elle n’était plus là, il ne restait plus qu’un grand vide à la place qu’elle occupait dans mon cœur…Et elle, pensait-elle également à moi autant que je pensais à elle ? Je l’espérais sincèrement…C’est avec cet espoir que je finis par m’endormir.


Une grotte. Du gel. Un froid mordant. Un vent glacial qui me brûlait la peau. Un gouffre sans fond. Tel était l’endroit dans lequel je me trouvais. En face de moi se tenait Laura, vêtue d’une tunique noire fendue sur son côté d’une raie rougeoyante. Derrière elle volait une longue cape tandis que dans sa main brillait une longue épée de glace sombre. Le visage de mon amie avait pris de l’âge, au moins quatre ans, et toute sa joie avait disparu pour ne laisser qu’une expression froide et dénuée de sentiment autre que la colère.

Sur le moment, je ne le remarquai pas et mon premier réflexe fut de me précipiter pour la serrer dans les bras. Cependant, mes pieds étaient comme collés au sol, m’empêchant totalement de bouger.

C’est alors que je le vis. Derrière la jeune fille se dressait l’ombre d’un dragon d’ébène à trois têtes, ressemblant en tout point à Trichiona…tout en étant différent, comme corrompu par les ténèbres.

« Je le détruirai… ce monde qui m’a tout pris… Et je commencerai par me débarrasser de toi qui depuis le début n’a fait que jouer avec moi…Déclara soudain Laura d’une voix lente et teintée par la haine. »

Tout en prononçant ces mots, Laura se précipita sur moi et planta sa lame glacée dans ma chair sans aucune pitié.

Je me réveillai en sursaut, la respiration haletante et en sueur, le cœur battant la chamade. Tous mes membres tremblaient et je vérifiai immédiatement mon ventre. Heureusement, tout cela n’était qu’un cauchemar…

Pourtant, il m’avait semblé si réel… Presque comme une vision d’un futur inévitable, un avertissement que me lançait le destin.

Je ne comprenais pas. Cette fille dans ma vision… Il s’agissait de Laura physiquement… Mais son attitude, son expression et ses paroles… J’avais l’impression que quelqu’un d’autre avait pris sa place. Jamais mon amie ne prononcerait de mots aussi sombres. Alors peut-être… essayait-elle de me prévenir d’un autre danger imminent ?

Ne trouvant pas de réponse à mes questions, je m’habillai lentement, encore assommé par le départ de ma meilleure amie, avant de descendre dans la salle à manger pour y prendre mon petit déjeuner, sans grande conviction.

Pour une fois, Marie était levée avant moi et avait déjà mangé. Quand je la vis, je la reliai immédiatement à l’avertissement. Et s’il ne me concernait pas moi mais elle ? Après tout, je n’ai rien de spécial mais elle par contre… Je ne pouvais pas l’expliquer, mais quand je lui parlais, j’avais l’impression qu’elle avait toujours une longueur d’avance sur moi, comme si elle devinait mes pensées.

Je décidai alors de faire quelque chose que j’aurais dû faire depuis longtemps. Je remontai dans ma chambre, et sortis d’un tiroir l’amulette de nos parents. Si elle voulait pouvoir se défendre, elle en aurait besoin, et de toute façon, je n’en avais plus besoin désormais. Il aurait été égoïste de ma part de garder trois spirituals pour moi seul.

« Tu tiens vraiment à me le donner ? Me demanda-t-elle avant même que j’eus le temps de le sortir.

-Oui. Il est grand temps pour toi de posséder ton propre Spiritual. On ne sait jamais ce qui peut nous tomber dessus à tout moment, je préfère que tu sois prête à faire face à n’importe quelle situation. »

Elle se jeta dans mes bras pour m’embrasser. Marie était toujours de bonne humeur. C’est sûrement grâce à elle que je n’ai pas sombré dans la folie après le départ de Laura. Elle était toujours là pour me remonter le moral, quel que soit la situation.

A partir de ce moment-là, nous nous entrainâmes presque chaque jour après l’école. Au début, je la battais facilement mais elle s’améliorait rapidement. La voir ainsi me rappelait les moments que nous avions passés avec Laura. Elle m’entrainait, et continuait de s’amuser.

J’avais l’impression que désormais les rôles avaient changé : j’étais Laura qui m’entrainait. Cependant, mes motivations étaient différentes. Je devais protéger Marie, à tout prix… Car elle était la dernière personne à qui je tenais qu’il me restait désormais.


Les années passèrent tranquillement dans notre ville. Aucun problème ne pointait le bout de son nez. J’allais à l’école le matin, revenais le soir et entrainais Marie au duel de monstres.

J’avais finalement réussi à surmonter le départ de Laura grâce à elle, même s’il m’arrivait souvent de repenser à ma meilleure amie de temps en temps et à pleurer dans mon coin, loin des regards.

Un jour, trois ans après notre séparation, alors que je revenais du parc après avoir vaincu Brutus et Auguste qui agissaient de leur propre chef à présent d’après leurs dires, le soleil d’été me donna l’envie d’aller faire un tour du côté de la plage. Je revis alors au loin, perdue dans le ciel d’azur, cette falaise où tout avait commencé.

En vérité, j’évitai de retourner là-bas, bien trop de souvenirs, bons comme mauvais y étaient associés. C’est pourquoi, inconsciemment, je passai à côté, mais ce jour-là, la nostalgie me poussa à m’y rendre.

Le chemin menant au sommet était parsemé de branches et de feuilles mortes. L’herbe avait poussé et le sentier avait presque disparut. Cela se voyait que personne n’était passé ici depuis longtemps. J’écartai donc les branchages et les arbustes se trouvant devant moi pour finalement arriver à cet endroit que je chérissais tant.

Ici, rien n’avait changé. Tout était tel que dans mes souvenirs. Les vagues se fracassaient toujours aussi violemment en contrebas tandis que le soleil couchant scintillait sur une mer rouge sang. Au loin, la plage grouillait encore de touristes profitant des derniers rayons du jour. Le vent soufflait fort, mais n’était pas désagréable. Au contraire, il rafraichissait cette soirée et berçait tendrement la végétation, faisant danser les feuilles et les fougères à son gré. Et cette odeur de sel et d’algues marines continuait à embaumer l’air de son parfum singulier.

Cependant, quelque chose était différent dans ce paysage familier…Non, ce n’était pas différent. Au contraire, tout était identique à ce jour unique, ce jour restant gravé dans ma mémoire, ce jour de ma première venue ici, sur cette falaise, avec Laura, trois ans auparavant.

Que faisait-elle à présent ? Pensait-elle encore à moi ? Elle avait dû commencer une nouvelle vie, avec de nouveaux amis, et je le lui souhaitais de tout mon cœur. Elle méritait bien mieux que de ressasser un passé révolu. Mais je gardais toutefois cet espoir qu’elle n’ait pas oublié notre promesse que nous avions faite à cet endroit même, trois ans plus tôt.

En y repensant, le destin était bien ironique. Si mes parents n’avaient pas disparu en nous laissant seuls, peut-être jamais n’aurais-je rencontrée ma meilleure amie. S’ils avaient été encore parmi nous, qui sait quel genre de personne je serais devenu. Peut-être une brute de la bande de Dan ? Ou bien aurais-je joué le rôle de Laura pour quelqu’un d’autre ? Et elle, aurait-elle pu partager son espoir avec un autre que moi si elle ne m’avait pas rencontré ?

Tout ce que nous avions vécu jusque-là… Le bonheur que j’avais connu… était né de mon malheur.

Une des phrases de Laura me revint soudain en tête : « Nous sommes vraiment similaires j’ai l’impression. Ces deux artéfacts que nous possédons…Ils représentent tous deux la même chose, notre espoir. Le mien était de trouver un but et une passion. Le tien était d’aider ta sœur. ».

Finalement, elle avait raison, c’était grâce à notre combat que j’avais pu connaitre l’amitié à ses côtés et le soutien dont j’avais tant besoin, et c’était toujours grâce à son pendentif que Laura restait auprès de moi à travers Trichiona.

Par ce simple match, j’avais pu commencer une nouvelle vie, heureuse… et désormais terminée…Laura était partie. Et malgré sa promesse, je savais que ce n’était qu’un rêve d’enfant, un espoir vain, une rêverie innocente… jamais elle ne reviendrait pour quelqu’un comme moi… Parce qu’elle était bien plus forte que je ne l’avais jamais été et que je ne le serais jamais.

Mes yeux me piquèrent et quelques larmes commencèrent à couler sur mes joues en pensant à tous ces souvenirs et cette vie qui n’était plus qu’une illusion disparaissant lentement dans les brumes de mon esprit…

« C’est donc ici que tu te cachais tout ce temps, dit une voix qui m’était familière. »

Je me retournais et je vis une ombre féminine qui venait dans ma direction.

« Laura ? Dis-je plein d’espoir.

-Pas de chance, ce n’est que moi, Marie, déclara ma sœur en arrivant à ma hauteur.

-Oh, Marie, Désolé, je n’ai pas vu le temps passer…j’étais sur le point de rentrer.

-Ce n’est pas grave, je sais ce que tu ressens. Tu as le droit d’être triste. La perte d’un être qui nous est cher n’est pas toujours facile à surmonter.

-Tu sais, c’est ici que tout avait commencé… »

Marie lâcha un long soupir tout en souriant d’un air amusé.

« Je le sais tout ça, tu me l’as raconté un nombre incalculable de fois… Mais je comprends pourquoi elle aimait tellement cette falaise, elle est vraiment magnifique… »

Ma sœur s’assit à côté de moi sur le bord du vide et nous restâmes en silence à observer le paysage féérique qui s’offrait à nous deux.

J’avais l’impression de revivre ce jour bénis où j’avais connu Laura, où elle s’était confiée à moi, où j’avais retrouvé un but dans ma vie, même si au fond de moi, je savais que ce jour était unique et que rien ne pourrait le remplacer.


Quelques jours plus tard, je me levai comme chaque jour puis je descendis prendre mon déjeuner au vu de l’heure tardive, presque midi. Je m’attendais à voir Marie me lancer une pique désagréable, mais personne ne m’accueillit.

Pensant qu’elle dormait encore, je me dirigeai vers sa chambre pour la secouer un peu, mais, en passant dans l’entrée, je remarquai alors que ses chaussures avaient disparu, de même que le pendentif de nos parents.

Elle était certainement partie jouer au parc, pensai-je. Je ne me dépêchai donc pas et je commençai à manger seul. Cependant, quinze heures passées, Marie n’était toujours pas revenue et je commençai sérieusement à m’inquiéter.

Ma première destination fut le parc, mais ni Brutus, ni Auguste ne semblaient l’avoir vue. Je fis un saut chez grand-mère au cas où, mais elle n’y était pas non plus.

Je me mis à paniquer et à courir dans toute la ville, cherchant dans les moindres recoins où ma sœur pouvait se retrouver, mais je ne trouvai rien.

Je me mis à suer à grosses gouttes tandis que les souvenirs de ce jour maudit me revinrent en mémoire… le jour où Laura m’avait quitté.

Plus les minutes passaient et plus mon rythme cardiaque s’accélérait. Je devins comme fou, criant son nom dans les rues, interrogeant des passants au hasard et cherchant dans des endroits aussi incongrus que des bennes à ordures ou des bouches d’égout. Mais rien. Ma sœur avait tout simplement disparu de la ville.

Il ne me restait plus que la falaise où je n’avais pas encore regardé. Je n’eus néanmoins pas à aller jusque-là car au loin, je vis la silhouette d’un grand dragon orange, armé d’une épée.

Je le reconnus immédiatement et je me précipitai là-bas. Mais, lorsque j’arrivai enfin à sa hauteur, il n’y avait personne. Le dragon était simplement figé dans les airs, incapable de bouger et il n’y avait aucune trace du pendentif ni de ma sœur.

« Marie !! Hurlai-je à m’en casser la voix. »

J’avais beau regarder de tous les côtés, je ne voyais aucun indice qui aurait pu m’indiquer sa présence, jusqu’à ce que je remarque par terre un bout de papier coincé entre deux rochers.

Mon sang se glaça lorsque je commençai à lire les premiers mots.

« Cher Aigle noir, ta sœur ayant perdu un duel contre nous, a été contrainte de s’absenter momentanément. N’essaie pas de la retrouver, elle te sera rendue en temps voulu. Shadow ».

Immédiatement, la blessure que Marie avait réussi à refermer après le départ de Laura se rouvrit, saignant plus que jamais.

Tout était de ma faute…Si j’étais arrivé plus tôt…En arrivant plus tôt…j’aurais peut-être pu la sauver…Mais je n’avais rien pu faire, j’étais impuissant à la sauver…

Je voulais hurler au désespoir, mais aucun son ne sortait de ma bouche sèche à force d’avoir crié toute la journée. Je voulais pleurer, mais aucune larme ne me vint. Je voulais m’enfuir, mais mes jambes ne me portaient plus…

« Laura…Aide-moi…s’il te plait…Murmurai-je, face contre terre, aux portes de la folie. »

C’est alors qu’un homme apparut, portant une armure d’or, une cape pourpre et une couronne incrustée de joyaux. Il était grand, blond, au visage carré, au teint mat, et il émanait une lumière brillant autant que le soleil.

Il s’approcha de moi et mit un genou à terre. Je relevai la tête pour faire face à l’étrange homme qui se tenait devant moi.

« Darksky, je sais ce que tu as vécu. Je sais aussi que la disparition des deux personnes auxquelles tu tenais le plus t’affecte bien plus que tu ne le pense. Mais moi, j’ai le pouvoir de t’aider. Je peux résoudre tous tes problèmes, il suffit que tu me rejoignes…

-Comment vous appelez vous ? Et comment savoir si je peux vous faire confiance ? J’ai déjà tout perdu, je ne peux pas en supporter davantage…

-Tu le peux Darksky, mon nom est Hélios, et je suis celui qui rétablira la justice dans ce monde.


Et c’est ainsi que je t’ai rencontrée Saya. Je me suis engagé dans l’armée d’Hélios et la suite, tu la connais. Même si maintenant, je sais qu’il m’a menti, je ne regrette pas les choix que j’ai fait. Malgré ce qu’il m’a fait, je pense que sans lui, je serais devenu fou de tristesse. Et puis, si je n’avais pas accepté, nous ne serions pas devenus amis, n’est-ce pas ?

Oui. Tout comme les étoiles les plus brillantes naissent au milieu du vide le plus obscur… C’est parce que je nageais seul dans la mer du désespoir que j’ai pu trouver cette lueur d’espoir que vous étiez.




Chapitre 8 : United we Stand, Ugo



Spoiler :



Lorsqu’Angéla apprit la disparition de Darksky, je crus qu’elle allait s’évanouir tant son teint était devenu livide. Elle me bombarda évidemment de questions mais je n’avais aucune réponse moi non plus. J’étais tout aussi perdu qu’elle.

« Sérieusement, on a perdu avant même d’avoir commencé à cause de lui ! Il aurait pu attendre pour disparaitre !

-Je vois que la confiance règne, cela fait plaisir, grommelai-je.

-Bon, je vais tenter de sauver l’honneur en finissant rapidement mon combat, reprit la blonde en se mordant la lèvre. Tâche juste de ne pas perdre trop vite, je n’ai pas envie d’être la risée du lycée…

-Merci pour les encouragements, raillai-je. »

Je savais toutefois qu’Angéla avait raison. Si j’étais là, c’était uniquement pour faire office de troisième membre mais nous savions tous que la défaite de Darksky signifiait la défaite de notre équipe.

Je souhaitais tout de même bonne chance à ma partenaire et elle me répondit par un simple pouce levé en l’air puis s’avança vers le centre du stade.

Sa démarche avait beau être assurée, je savais qu’au fond d’elle, mon amie appréhendait ce moment tout autant que moi.

En face d’elle s’avançait un garçon de notre âge, aux cheveux roux dressés en pic sur son crâne. Un sourire moqueur illuminait son visage et ses yeux pétillaient de malice, comme un enfant prêt à faire une mauvaise farce. Derrière lui, ses deux coéquipiers l’encourageaient en brandissant des panneaux sur lesquels était écrit en énorme « UWS plus skillé que le skill » et en criant le nom d’Ugo, tels des supporters de foot un peu trop agités.

Les deux adversaires s’arrêtèrent sur le cercle central tracé sur la pelouse. Angéla faisait face à son adversaire sans trembler. Son visage affiché à l’écran ne laissait paraitre aucune angoisse ni peur. L’excitation du combat devait avoir éliminé toutes ses autres pensées.

« Ohoh, je n’ai pas l’habitude d’affronter des jeunes filles mais ne crois pas que je me retiendrai d’abimer ce joli minois que tu as là, Ohoh, déclara le garçon avec assurance.

-Je te mets déjà au défi de me toucher une seule fois, rétorqua Angéla avec tout autant de confiance en elle. »

Lorsque Violet donna le top départ, la blonde fut la première à attaquer. Elle se précipita sur son adversaire qui ne bougea par un pouce jusqu’à ce qu’elle ne soit qu’à quelques centimètres de lui. Là, criant un « Ohoh quel skill », le garçon fut entouré d’un mur de flammes mauves qui força mon amie à bondir vers l’arrière pour ne pas être brûlée.

Après un salto, Angéla retomba sur ses jambes sans vaciller tandis que Ugo s’était mis en position, ses mains désormais enflammées et ses camarades l’acclamèrent de plus belle.

Heureusement, elle ne se laissa pas déconcerter pour si peu et repassa à l’attaque. Son adversaire fit exactement de même et se jeta vers la jeune fille, un sourire moqueur fendant son visage.

Je fronçais les sourcils. A quoi jouait-elle ? Elle n’avait même pas activé les pouvoirs de son spiritual et combattait à main nues contre un pyromane. Cette fille était-elle suicidaire à ce point ?

J’eus très rapidement ma réponse. En effet, alors qu’Ugo tenta d’asséner un violent coup de poing de feu dans le ventre d’Angéla, celle-ci fit apparaitre un mur de lumière derrière le garçon et le frappa ainsi dans le dos.

L’UWS, lâchant un « Ohoh » d’exclamation, fut projeté vers l’avant, tout droit sur la semelle de ma partenaire. Ugo voltigea dans les airs sur plusieurs mètres mais contre toute attente, deux ailes mauves se déployèrent dans son dos et lui permirent de retrouver l’équilibre.

Je lus sur les lèvres d’Angéla un juron lorsque le garçon se posa avec grâce sur la pelouse, la main posée sur sa hanche et les jambes croisées, un air confiant illuminant son visage.

« Ohoh, quelle surprise, je ne pensais pas trouver un adversaire avec du skill dans ce tournoi, ricana-t-il en s’essuyant la bouche d’un revers de la main. Cependant… »

Ugo leva soudain le doigt vers le ciel et déploya ses ailes enflammées autour de lui, projetant un tourbillon de plumes tout autour de lui. Au même moment, ses camarades se levèrent et se mirent à souffler dans une vuvuzela si fort que la sécurité du intervenir.

« Moi, Ugo Marcelo, fondateur du club Sunbird, héritier du pouvoir de l’oiseau cramoisi, premier membre des UWS et détenteur de l’amulette des flammes…

-Il s’est pris pour qui avec ces titres ridicules…Grommela Angéla, néanmoins sur ses gardes.

-Je vais te montrer le véritable pouvoir du Skill. »

Tout le corps du garçon fut englouti dans un torrent de flammes violettes et il s’envola haut dans le ciel. Ma partenaire leva les yeux mais fut très rapidement éblouie par la lumière du soleil et détourna le regard.

Mon cœur s’accéléra lorsque, tel une météorite, je vis Ugo fuser vers Angéla alors qu’elle ne le voyait même plus.

« Attention ! Au-dessus de toi Angéla ! M’écriai-je affolé.

-Meteoric…Crimson Impact ! »

Pendant un quart de seconde, la blonde eut l’air tout aussi pétrifiée par la peur que moi. Elle ne bougeait pas d’un cheveu alors que la comète vivante se rapprochait d’elle à grande vitesse. Si elle était touchée de plein fouet, je n’étais même pas certain qu’elle allait s’en sortir sans séquelle…

Toutefois, tout ne se passa pas comme je l’avais prévu. Au tout dernier instant, le visage de mon amie se fendit d’un sourire moqueur.

« Je plaisantais, rit-elle d’une voix débordant de confiance en elle. »

J’écarquillai les yeux en voyant que dans sa main, Angéla matérialisa un sceptre doré et flamboyant à la lumière du soleil, bien plus éblouissant que l’attaque d’Ugo. Elle le pointa vers la météorite et je pus voir une sphère lumineuse se former à la pointe de son arme.

« Tu croyais vraiment pouvoir m’aveugler ? Désolée mais la lumière est mon élément et je vais te le prouver tout de suite ! Athena’s Radiance !

Un rayon éclatant s’échappa du sceptre d’Angéla et alla frapper de plein fouet l’homme météore. Lorsque les deux puissances se rencontrèrent, une bourrasque de vent ébranla le stade tout entier et la température monta en flèche alors que les deux combattants luttaient de toutes leurs forces.

Néanmoins, Ugo ne lâcha rien et continua son attaque envers et contre tout, réussissant à repousser le rayon de lumière de ma partenaire.

Les sarcasmes et les sourires avaient disparu des visages des deux combattants. Chacun ne cherchait plus qu’à remporter la victoire en utilisant toutes les forces qu’ils pouvaient puiser au fond d’eux. La pelouse brûlait sous leurs pieds, la terre était arrachée par la tempête et Violet fut obligée de se protéger avec ses propres pouvoirs tant l’énergie dégagée par la rencontre de ces deux puissances était incontrôlable.

Je me mis à suer à grosses gouttes. Angéla pensait sérieusement que je pouvais tenir ne serait-ce qu’une seconde face à CA ?! Même elle avait du mal à contenir toute la puissance de son adversaire alors qu’elle utilisait des techniques que j’étais incapable de contrer ! Quelle mouche l’avait piquée en m’inscrivant à ce tournoi ? Et surtout, pourquoi Darksky avait-il décidé de nous fausser compagnie à un moment aussi crucial ?!

Tout à coup, je fus tiré de mes pensées par une baisse de luminosité dans le stade. La jeune fille arrêta subitement le flux d’énergie qui s’échappait de son sceptre et se contenta de faire un pas sur le côté en fermant les yeux.

Un instant plus tard, une puissante explosion retentit et souleva un épais nuage de poussière dans tout le stade qui nous empêcha de voir le résultat de cet affrontement acharné.

Mon cœur battait la chamade. Je criai le nom de ma partenaire mais elle ne me répondit pas. Avait-elle perdu ? Non. Elle avait volontairement désactivé ses pouvoirs…mais pourquoi ? Que comptait-elle faire ?

Je faillis tomber à la renverse lorsque la poussière se dissipa enfin et que je vis Ugo…la tête enfouie dans la terre, les jambes levées vers le ciel, tentant vainement de se dégager…

Violet eut l’air tout aussi déconcertée que moi car elle n’annonça le résultat du match qu’après un long temps d’arrêt.

Ce ne fut que lorsqu’Ugo arrêta complètement de bouger et que ses jambes tombèrent mollement au sol que la millionnaire annonça la victoire d’Angéla.

Alors que les camarades du pauvre garçon se précipitèrent pour déterrer leur ami et s’assurer qu’il était toujours en vie, mon amie salua le public sous un tonnerre d’applaudissements tandis que je lâchai un long soupir de soulagement.

Même si nous allions perdre par ma faute, j’étais tout de même content qu’Angéla ait remporté cette victoire. Elle semblait vraiment heureuse pour la première fois depuis que je l’avais rencontrée, comme si le simple fait d’être dans ce stade, acclamée par une foule en délire avait suffi à éloigner les tracas qui la rongeaient.

Alors qu’elle revenait joyeusement vers les stands, j’entendis son adversaire l’appeler et elle se retourna.

Le garçon était vraiment dans un sale état et ne pouvait même pas tenir debout sans l’aide de ses camarades. Mais néanmoins, il souriait face à la défaite.

« Tu as du skill, c’est indéniable. Mais ne crois pas avoir déjà gagné. Deux autres combattants bien plus forts que moi vous attendent encore. Soyez prêts à les affronter, Ohoh.

-Toi aussi tu as du skill, répondit-elle. Je te donne ta revanche quand tu veux ! »

Alors qu’Angéla revenait à côté de moi, je pris subitement conscience que c’était à mon tour de me jeter dans l’arène et je me mis à trembler à nouveau.

Lorsque ma partenaire me donna une grande claque dans le dos, j’étais tellement tendu que je fis un bond de deux mètres en avant, ce qui la fit exploser de rire.

« Allons, détends-toi Drago, tu ne me félicites même pas pour ma superbe victoire ? Lança-t-elle avec un large sourire.

-Oui, oui, félicitation, c’était un beau match et tout ça… Mais ce n’est pas toi qui vas te ridiculiser devant 80 000 personnes en direct ! M’exclamai-je. Comment tu pouvais être aussi détendue toi ?!

-Détendue ? J’étais morte de trouille qu’est-ce que tu crois ! Me répondit-elle en éclatant de rire à nouveau. Mais une fois que tu es dedans, tu oublies que 80 000 personnes te regardent et te jugent !

-Merci, tu me rassures beaucoup là…

-De rien, j’ai toujours été douée en encouragements ! »

Je lâchai un long soupir et, résigné, je pris la direction de la pelouse avec pour seul but d’en finir rapidement et de façon la moins ridicule possible.

Mais alors que j’allais quitter les stands, Angéla me rappela une dernière fois et j’eus à peine le temps de me retourner qu’elle me lança un petit objet que j’attrapai au vol.

Je fronçai les sourcils en voyant qu’il s’agissait d’une petite pierre noire et lisse réfléchissant parfaitement la lumière. Elle était étonnement légère et semblait extrêmement fragile aussi.

« C’est une Shungite, me dit-elle en voyant mon air perplexe. C’est une pierre qui renferme de l’énergie directement venue d’Izrath, normalement elle devrait t’aider à combattre !

-M…Merci mais où as-tu obtenu une telle chose ? M’étonnai-je

-Violet me l’a confiée tout à l’heure en pensant que ça pourrait nous servir.

-Ce n’est pas un peu…de la triche de se faire aider par l’organisatrice ?

-De la quoi ? Désolée, je ne connais pas ce mot en combat ! »

Je soupirai une nouvelle fois et, après avoir remercié ma partenaire, je me tournai vers la pelouse et m’avançai vers la défaite qui m’attendait à bras ouverts.




Chapitre 9 : UWS, Le Grec



Spoiler :



Pourquoi ?

Tel était la seule pensée qui parcourait mon esprit alors que je m’avançais vers une mort certaine et une humiliation mondiale. Mon seul réconfort était de penser que, dans ce monde, aucun de mes camarades de classe ou de mes voisins ne pouvait se moquer se moi puisque je n’en avais pas…

J’essayais de faire abstraction tant bien que mal des milliers d’yeux rivés sur moi mais finalement, le plus impressionnant n’était pas le public…mais bien mon adversaire.

Kosta Le Grec, un colosse de plus d’un mètre quatre vingt dix, à la coupe et au visage militaire et à la carrure tout aussi imposante. Le nez droit, des yeux bleus glacé et une expression impénétrable. Tel était l’homme qui s’avançait face à moi d’une démarche assurée.

Je déglutis lorsque nous nous retrouvâmes face à face. Je fus même obligé de lever la tête pour le regarder droit dans les yeux et un frisson me parcourut l’échine lorsque nos regards se croisèrent.

C’était fichu. Je n’allais pas pouvoir tenir plus d’une seconde face à lui.

« Vous me paraissez bien ridicules dans votre équipe…Entama-t-il d’une voix lente, grave et puissante.

-Drago va te montrer qui est ridicule ici ! S’écria Angéla depuis les stands, ce qui me donna encore plus envie de disparaitre.

-Mais pour avoir vaincu Ugo, vous devez posséder un peu de Skill.

-M…Merci…Bégayai-je, livide.

-Cependant, votre série de victoire s’arrête ici. Moi, Le Grec, Leader des UWS, vais m’en assurer personnellement. »

La sonnerie annonçant le début de combat eut à peine retenti que je vis le poing colossal de mon adversaire fuser vers ma figure. Par réflexe, je fis un bond en arrière pour tenter d’esquiver.

Kosta l’anticipa. De son autre main, il m’agrippa la jambe et me plaqua violemment au sol.

Tout l’air dans mes poumons fut expulsé d’un seul coup. Mais je n’eus pas le temps de reprendre mon souffle que l’UWS sauta au-dessus de moi pour m’écraser.

Je roulais maladroitement sur la gauche tandis qu’un cratère se forma à l’endroit même ou je me trouvais un instant plus tôt.

Mon cœur, déjà sur le point d’exploser, s’arrêta de battre tant j’étais abasourdi par la puissance brute du garçon qui n’avait même pas utilisé de pouvoirs jusque-là.

« La Shungite Drago ! Utilise-là ! Me cria Angéla. »

Je ne pus même pas sortir la pierre de ma poche. Avec une vitesse ahurissante, Le Grec fonça sur moi et m’asséna un coup de poing en plein ventre. Je m’envolai et m’écrasai lourdement contre la barrière du terrain, sonné.

« Crimson Flame ! »

Un déluge de flammes s’échappa de la paume du colosse et s’abattit sur moi. J’eus tout juste le temps de brandir la pierre bicolore de ma sœur devant moi pour qu’elle absorbe l’attaque, exactement comme lors de mon combat contre Hélios.

Cela ne déstabilisa pas le moins du monde Kosta. Il chargea dans ma direction, comme un Rhinocéros enragé et propulsé par deux ailes mauves ayant poussé dans son dos.

Ne pouvant rien faire pour éviter le choc, je me contentai de fermer les yeux, préférant ne pas voir cette raclée.

Un craquement sourd se fit entendre lorsqu’il me percuta de tout son poids et je passai à travers la barrière comme s’il ne s’agissait que de papier mâché.

C’était terminé. Il m’avait sorti du terrain. Nous avions perdu…Sortis dès le premier tour par ma faute.

Je savais bien que nous n’avions aucune chance…que je n’avais aucune chance…et pourtant, encaisser une telle défaite me faisait mal à mon égo…et j’étais désolé pour Angéla. Elle qui semblait si heureuse de pouvoir participer, je venais de briser ses rêves en moins de cinq minutes…

J’attendis le moment où mon corps allait toucher le sol dur et froid du stade…Mais ce moment n’arriva jamais, pas plus que l’annonce du présentateur pour annoncer le vainqueur.

Timidement, j’ouvris un œil. Là, je vis que tout le public restait silencieux, les yeux rivés sur moi, tandis que Le Grec reculait prudemment. Même ma partenaire s’était tue et me regardait avec un mélange d’admiration et de surprise.

Je compris très rapidement pourquoi. Je lévitai à quelques centimètres du sol, baignant dans une vive lueur sombre…et à mes côtés se tenait une immense forme lumineuse, noire comme la nuit d’un côté et éclatante comme le soleil de l’autre. La créature possédait quatre membres, une longue queue ainsi qu’une paire d’aile mais je ne pouvais distinguer aucun autre élément précisément.

Au même moment, des éclats de pierre brisée tombèrent de ma poche. Je réalisai alors que l’attaque de Kosta avait été si puissante qu’elle avait détruit la Shungite et libéré tous ses pouvoirs. Avait-elle également permis de matérialiser mon Spiritual dans ce monde ? Je l’ignorais mais l’heure n’était pas à la réflexion. Je devais remporter ce combat avant tout.

Maladroitement, je revins dans l’aire de combat et me repositionnai face à mon adversaire, bien plus confiant qu’auparavant.

« Drago, tu étais un adversaire plus que pitoyable jusque-là…commença-t-il.

-Merci, pas besoin de me le faire remarquer, grognai-je.

-Je me doutais bien que tu ne faisais que tester ma force. Mais maintenant que les formalités sont passées, le vrai combat peut commencer. »

Je déglutis. J’avais beau être entouré de cette puissance étrange, si le Grec ne se battait pas avec toute sa force depuis le début, je préférais ne pas imaginer ce qu’il pouvait faire réellement.

Le colosse enleva sa veste et la jeta derrière lui d’un geste magistral avant de pousser un cri de fureur. Une onde de choc s’échappa de son corps et me fit vaciller tandis que derrière lui, une créature de flammes prenait forme.

Les autres UWS dans les stands se mirent au garde à vous alors qu’un immense oiseau mauve et pourpre venait de surgir dans le stade sous les ovations du public en délire.

C’était…étrange. La créature ressemblait à un énorme poulet de feu mais une certaine majesté s’en dégageait également. Il possédait aussi des ailes d’aigles et une queue de pie, comme une sorte d’hybride étrange et effrayant…

« Admire, la quintessence de ce monde, notre maitre à tous, l’Oiseau du Soleil en personne, Sunbird ! »

Le rugissement de l’oiseau fut si puissant que je dus m’accrocher pour ne pas être soufflé comme une vulgaire brindille.

Le spiritual, sans autre sommation, se jeta sur moi, ses serres en avant, prêtes à me déchirer la peau. Et alors que je pensais à un moyen de me défendre, la créature se tenant à mes côtés s’interposa entre nous et repoussa le volatile enflammé d’un coup de queue.

Intrigué, je visionnai un moyen d’attaquer directement le Grec… Et mon Spiritual asséna un violent coup de poing au colosse qui ne put résister et fut repoussé violemment vers les limites du ring.

Je souris. Alors comme ça, il suffisait de visionner l’attaque pour que l’esprit l’exécute ? Intéressant. J’allais pouvoir m’amuser un peu à mon tour.

L’oiseau de feu repassa à l’attaque aussitôt et, ne se laissant plus surprendre, visa directement la forme lumineuse. D’un battement d’aile, elle souleva une bourrasque telle que ma créature fut projetée au sol et maintenue fermement par les serres de l’animal.

« Ne baisse pas ta Garde, Drago ! me hurla Angéla. »

Alors que j’étais focalisé sur le combat des deux Spirituals, je n’avais pas remarqué que le Grec s’était jeté sur moi également.

Je protégeai en vitesse mon visage avec mes bras, me préparant à une douleur fulgurante mais il n’en fut rien. J’encaissai l’attaque aisément sans même broncher alors que le coup de poing de Kosta aurait été suffisant pour briser un mur de béton.

Profitant de la surprise de mon adversaire, je ripostai de toutes mes forces et envoyai valser le Grec à l’autre bout du stade. Celui-ci se reprit avant de toucher le sol et s’envola haut dans le ciel, suivi de son oiseau de malheur.

Tout comme Angéla, je voulu lever les yeux au ciel pour voir d’où venait l’attaque mais contrairement à elle, je fus aveuglé par l’éclat du soleil qui me brûlait la rétine.

Le garçon se plaça sur le dos de son oiseau, comme chevauchant son destrier et la créature déploya ses ailes de feu en poussant un cri strident.

« Tu t’es admirablement bien battu jusqu’ici Drago…Mais à présent, c’est terminé. Voici le Final Move de la team UWS : Meteoric Skill Crimson Impact ! »

L’oiseau et son maitre prirent feu, au sens propre du terme, exactement comme Ugo, les transformant en véritable météorite vivante.

Je les voyais, mes adversaires se rapprochant inexorablement de moi sans que je ne puisse rien faire pour les en empêcher. Mon Spiritual n’était qu’une forme lumineuse, j’ignorai totalement ses capacités et s’il était même capable d’arrêter une telle chose…

Tout à coup, la pierre bicolore que je portais autour de mon cou se mit à briller d’un éclat éblouissant et s’arracha d’elle-même pour s’incruster à l’intérieur de mon spiritual.

Un éclair de lumière inonda le stade tout entier. Un rugissement féroce déchira les cieux. Une explosion secoua la terre. Puis plus rien. Le silence total.

Lorsque la lumière se dissipa enfin, mon cœur rata un battement tandis que tout le public était sous le choc, muet et choqué par le spectacle qui se trouvait sous leurs yeux.

De la pelouse, il ne restait qu’un tas de terre brûlé. Les vitres protégeant les spectateurs avaient été brisées par l’onde de choc. Les murs s’étaient effondrés. Et Le Grec était à terre, sonné, les habits déchirés… et surtout dans les gradins se trouvant à plusieurs dizaines de mètres de là.

Était-ce moi…qui avait provoqué cela ?

Je cherchai du regard mon Spiritual mais il avait disparu, ne laissant derrière lui que cette minuscule pierre bicolore sur le sol, encore brûlante.

Avec prudence, je la ramassai mais il ne se passa rien de plus. Les pouvoirs que m’avait accordé la Shungite devait s’être dissipés à présent.

N’attendant même pas l’annonce du résultat, je retournai dans les stands, perdu dans mes pensées. Quel était ce pouvoir que j’avais ressenti dans mes veines ? Était-ce le prétendu pouvoir dont me parlait ma sœur ? Si oui, pourquoi était-ce cette pierre qui avait scintillé et non celle censée contenir Osiris ? Et pourquoi m’étais-je senti aussi à l’aise avec ce Spiritual alors que je l’invoquais pour la première fois ?

Pendant un court instant, j’avais ressenti une sorte de connexion avec lui. Mais le plus troublant était que cette sensation ne m’était pas inconnue…

Oui, j’avais déjà fait appel à ce Spiritual dans mon monde… Mais quand ? J’étais incapable de m’en rappeler alors qu’au fond de moi, ce pouvoir m’évoquait quelque chose… Un souvenir lointain, brumeux et…triste ?

« Bien joué Drago, tu l’as atomisé ! Je savais qu’on pouvait compter sur la technologie de la fédération Ether ! S’exclama Angéla en me donnant une grande claque dans le dos. »

La blonde me tira de mes pensées en expulsant d’un seul coup tout l’air de mes poumons et je toussai de longues secondes avant de pouvoir à nouveau respirer convenablement.

Pendant que Violet annonçait la clôture de cette journée et qu’Angéla savourait notre victoire avec une joie non dissimulée, je vis l’équipe UWS rentrer dans nos stands et je déglutis lorsque ma partenaire les nargua.

« Vous avez vu, on va a battus avec seulement deux membres ! A ce rythme, nous sommes bons pour la finale !

-Ohoh, quel skill, je dois le reconnaitre, lança Ugo sans aucune agressivité. Je ne m’attendais pas à me faire sortir dès le premier tour. Peut-être que si Môssieur avait été un peu plus prudent, nous aurions été à égalité.

-Je n’ai pas de leçon à recevoir de toi Ugo alors que tu as perdu tout seul, rétorqua Kosta froidement.

-Ohoh, je sens que quelqu’un est énervé par sa défaite. Tu n’avais pas assez de Skill c’est tout ! Mais c’était un beau combat. Vous avez le soutien de l’équipe UWS pour la suite, voyez cela comme un Honneur, Ohoh ! »

Ugo s’apprêtait déjà à partir mais Kosta continua à me dévisager avec une telle insistance que je finis par me demander si je n’avais pas quelque chose coincé entre les dents ou collé sur le front.

« Drago…Mio, c’est cela ? Me demanda-t-il.

-C…C’était un très beau match, j’ai simplement eu de la chance, tu méritais de gagner ! Lançai-je en vitesse.

-Comment ça ? Tu l’as explosé proprement, ne te rabaisse pas ! Protesta Angéla.

-Effectivement, j’ai perdu. Je suis le seul fautif de mon manque d’entrainement. Mais toi… Tu n’as pas même pas utilisé tes pouvoirs, je me trompe ?

-Co…Comment ? Evidemment que si, j’ai…

-Non, ce n’était pas… »

Il marqua un temps d’arrêt, fronça les sourcils puis reprit.

« Oublie ce que je viens de dire. Peut-être t’ai-je surestimé. »

Sans ajouter un mot, Le Grec tourna les talons et disparut avec son acolyte, me laissant dans l’incompréhension. Que voulait-il dire par là ? Certes, j’avais utilisé une Shungite…mais elle avait libéré mon propre potentiel… Je ne comprenais plus rien…

« En tout cas, c’était un sacré Spiritual que tu avais là Drago, reprit Angéla d’un ton toujours aussi enjoué. Même si je pense qu’il ne fait pas le poids face à Athéna, tu devrais pouvoir faire de grandes choses à ses côtés !

-En attendant, je ne connais même pas son nom…

-Tu l’apprendras quand tu auras maitrisé ses pouvoirs, ne t’inquiète pas.

-Tu dois avoir raison, soupirai-je, ressentant tout à coup toute la fatigue du combat.

-Sinon, Darksky n’est même pas venu voir nos matchs, il aurait pu faire un effort même s’il était occupé ! Ronchonna la blonde en gonflant les joues. »

Je me souvins tout à coup de son attitude étrange et je pris mon amie par le bras pour l’entrainer à ma suite. Nous nous précipitâmes à l’intérieur du stade et je nous entrainai directement devant la loge Anglaise. Le garçon avait eu cette réaction en observant le match de cette équipe, il ne pouvait pas se trouver ailleurs.

Et mon instinct ne me trompa pas. Nous le trouvâmes effectivement devant la porte. Mais ce dernier était à genoux par terre, seul, le regard rougi par les larmes, serrant contre son cœur le pendentif glacé contenant son Spiritual.


Chapitre 10 : Le spectre du passé



Spoiler :


Laura…Enfin je la retrouvais.

Cependant, quelque chose me dérangeait chez mon amie d’enfance. Son visage n’avait peut-être pas changé, mais son expression, elle, m’était inconnue. Celle qui m’avait sauvé n’avait plus ce sourire pur et sincère qu’elle arborait autrefois lors de ses duels. A la place, il n’y avait plus qu’une expression de satisfaction devant la terreur de son adversaire qui était sur le point…de perdre la vie dans ce combat, au sens propre du terme.

Ses vêtements étaient déchirés, il avait des bleus partout sur le corps et sa respiration était haletante, comme s’il luttait vraiment pour sa survie lors de ce combat. La peur se lisait dans ses yeux.

« S’il te plait, arrête, j’abandonne, je… »

Laura ignora les supplications de son pauvre adversaire tandis que des éclats de glace sombre le transpercèrent. L’homme fut repoussé contre la barrière du stade, inconscient…

Laura venait littéralement d’envoyer son adversaire aux urgences, mais elle ne bougeait pas, elle restait sur place, une satisfaction malsaine se lisant dans ses yeux émeraude.

Non, ce n’était pas Laura…Du moins, pas celle que je connaissais. Mon amie n’aurait jamais fait de mal à un adversaire consciemment. Il fallait que je la revoie, que je lui parle, que je sache ce qu’était devenue cette amie que j’aimais tant, que je sache où était passée la véritable Laura…

« Darksky, tu…

-Drago, prends ma place, le coupai-je. »

Dès que je vis mon ancienne amie quitter la scène sans se retourner, je courus jusqu’à la porte menant à la loge de l’équipe Anglaise, sachant que Laura serait obligée de passer par là et j’attendis.

J’étais bien plus anxieux à l’idée de découvrir une autre personne en face de moi que de revoir simplement le visage de Laura après tant d’années.

Qu’allais-je lui dire ? L’eau avait coulé sous les ponts depuis son départ. Marie avait été kidnappée, j’avais rejoint Hélios, exploré le monde aux côtés de ma partenaire de toujours, et à présent je me battais pour la fédération Ether aux côtés de Violet…

Mais elle… Nous avions promis de rester en contact et pourtant, je n’avais jamais eu de ses nouvelles pendant toutes ces années et je la retrouvais au service de Shadow…

J’étais conscient de ne pas avoir mené la vie la plus honorable et que j’étais bien mal placé pour donner des leçons…Mais Laura… Allait devoir s’expliquer.

Finalement, après une ou deux minutes d’attente, elle arriva. Elle avait conservé sa démarché élégante à laquelle venait se rajouter sa nouvelle carrure, accompagnée d’une prestance et d’une assurance nouvelles. Je me rendis également compte que je l’avais désormais dépassée en taille, de peu. Mais à part cela, je n’avais aucun mal à reconnaitre mon amie d’enfance…physiquement du moins.

Au fond de moi, j’espérais simplement me tromper, j’espérai revoir cette petite fille qui se jetterait dans mes bras à ma vue, qui rirait de nos retrouvailles, peut-être même pleurerait de joie…mais je ne me faisais que très peu d’illusion.

La personne qui arrivait dans ma direction n’était définitivement plus la même que celle que j’avais connue.

Laura pencha la tête sur le côté et l’espace d’un instant, ses yeux perdirent leur froideur pour retrouver leur éclat d’antan lorsqu’elle me vit. Un frisson me parcourut l’échine lorsque je croisais ce regard que j’aimais tant et je ne pus m’empêcher de sourire bêtement.

« Laura…

-Oh, mais que vois-je ? Darksky, qui aurait cru que nous nous retrouverions dans un endroit pareil…En fait, qui aurait cru que nous nous retrouverions tout court ? Railla Laura d’un ton sarcastique.

-J’y ai toujours cru moi, je savais que tu reviendrais, répondis-je avec assurance.

-Eh bien, l’espoir fait vivre, je suis heureuse pour toi ! Pour ma part, j’ai tourné la page, c’est pourquoi, j’ai été ravie de te revoir aujourd’hui, mais ce n’est qu’un adieu de plus. »

Lorsque Laura tenta de passer à côté de moi en m’ignorant, je lui attrapai le bras pour la forcer à m’écouter. Je ne savais pas ce qui clochait avec elle, mais je comptais bien faire revenir ma meilleure amie.

« Attends Laura, je crois que tu oublies quelque chose. »

Intriguée, elle s’arrêta et je sortis le pendentif de glace qu’elle m’avait offert quatre ans plus tôt et je le lui tendis. Une pointe de regret passa dans ses yeux, aussitôt effacé.

« Tiens, je dois te rendre ça comme promis.

-Tu…Tu as vraiment gardé cette vieillerie ? Murmura-t-elle. »

Laura baissa les yeux et lâcha un long soupir m’arrachant la pierre de glace des mains. Elle plongea son regard d’émeraude de longs instants dans la pierre bleutée et je crus sincèrement m’être trompée sur son compte, qu’elle n’avait pas changé dans le fond et qu’elle était restée la petite fille joyeuse et riante que j’avais connue par le passé…

Mais cette illusion se brisa…en même temps que la pierre de glace vola en éclat devant mes yeux. Laura…venait de détruire son propre Spiritual d’une

Je tombai à genoux, abasourdis alors que Laura jeta ce qu’il restait du pendentif à mes pieds avec dédain.

« Merci de me l’avoir rendu, je peux enfin m’en débarrasser grâce à toi.

-Qu’est-ce que…Pourquoi as-tu fait ça Laura ? Murmurai-je tristement. La personne que j’ai connue n’aurait jamais fait une chose pareille ! Où est passée cette petite fille que j’admirais tant !

-Cette petite fille a simplement grandi mon cher Darksky et elle s’est rendue compte d’une chose : tout ce en quoi elle croyait n’était que des rêves, des illusions, de faux espoirs, mais comme toutes ces chimères, elles finissent par mourir un jour !

-Tout…Même ce que tu m’as dit ce jour-là sur la falaise ? Je ne peux pas croire que ce n’était que des paroles en l’air Laura ! Répliquai-je en haussant le ton.

-Et pourtant…Je n’y croyais même pas moi-même… »

Lorsque Laura prononça cette phrase, elle détourna le regard mais je crus distinguer comme un voile de tristesse s’abattant devant ses yeux d’émeraude.

J’étais perdu. Totalement perdu. Et surtout brisé à l’intérieur. Comme si mon âme avait été éparpillée en un millier de fragments en même temps que le symbole de notre amitié.

Mon esprit était aussi confus que le jour où Marie m’avait été enlevée. J’avais du mal à aligner deux pensées cohérentes.

Était-ce vraiment Laura que j’avais en face de moi…Ou bien n’en avait-elle que l’apparence ?

Que lui était-il arrivé pendant ces quatre années pour qu’elle en soit venue à faire une telle chose ? Je ne pouvais pas croire une seule seconde que la petite fille souriante et joyeuse qui était mon amie m’ait menti tout ce temps. La menteuse dans cette histoire, c’était cette personne en face de moi qui prétendait être Laura mais qui refusait de l’admettre pour une raison qui m’échappait…

« Puisque nous serons amenés à nous revoir durant ce tournoi, tu devras t’y faire, Laura est morte il y a des années.

-Non, Laura est toujours là, juste devant… »

La jeune fille ayant l’apparence de mon amie m’interrompit et m’agrippa fermement par le col pour me soulever d’une seule main.

« Grandis un peu. Nous ne sommes plus des enfants. Il existe en ce monde des choses bien plus graves que la destruction d’un stupide caillou. Mais si tu es incapable de le réaliser, alors je te dis adieu ici. Evite de croiser à nouveau ma route, je ne serai pas aussi clémente qu’aujourd’hui, crois-moi. Si tu t’opposes à moi, je n’hésiterai pas à t’éliminer, ami d’enfance ou non, Michael. »

La jeune fille me relâcha en me plaquant contre le mur et tourna les talons. Je la vis s’éloigner de moi, sans se retourner, me laissant sur place, incapable de bouger tant j’étais choqué par son attitude.

J’étais en train de faire un cauchemar, j’allais me réveiller bientôt et Laura ne serait pas dans ce stade en train de combattre, mais en Angleterre en train de vivre des jours tranquilles et heureux…

J’avais beau essayer de me persuader, je fus obligé d’admettre la réalité, aussi dure fût-elle : Laura avait changé…

Lentement, je me mis à rassembler les morceaux de glace éparpillés sur le sol. Je n’arrivais plus à ressentir l’esprit de Trichiona désormais…

A chaque éclat que je prenais dans ma main, je me remémorais un souvenir particulier, un moment passé en compagnie de mon amie perdue…

« Pourquoi Laura…Que t’est-il arrivé…Murmurai-je en serrant tous les morceaux contre mon cœur. »

Tout à coup, une main se posa sur mes épaules et me sortit de mes tourments. Lorsque levai la tête, je pus apercevoir Drago, me lançant un regard compatissant, tandis que derrière lui, Angéla me regardait avec inquiétude.

« Darksky, tu…

-Je vais bien, l’interrompis-je en me relevant lentement. Désolé de ne pas avoir pu participer aujourd’hui…Je…Je me rattraperai…plus tard… »

Je ne voulais pas recevoir de leçon de morale, pas à ce moment-là. Mais alors que je tentais de m’éclipser, Drago resta obstinément devant moi.

Je n’étais pas d’humeur à lui déballer toute ma vie…Mais j’étais encore moins d’humeur à me fâcher avec les deux dernières personnes qui me considéraient encore comme un ami…non, comme un allié.

« Je venais de la retrouver…Et je l’ai perdue à nouveau…A tout jamais cette fois-ci…J’imagine que c’est mon châtiment pour m’être rallié à Hélios et laissé aveuglé par la haine…Lâchai-je sans conviction. »

Drago grimaça puis marqua un temps de silence, comme pour chercher ses mots et finit par déclarer d’une voix hésitante.

« Tu sais Darksky…Parfois, alors que l’on pense que certaines choses sont perdues à jamais…Elles réapparaissent au moment où l’on s’y attend le moins…Je ne peux pas te promettre que tu retrouveras ce que tu as perdu toi aussi…mais ne perds pas espoir comme je l’ai fait. Si tu crois à un miracle, alors il se produira… »

Le garçon, gêné, se mit à se gratter la joue et à me sourire bêtement en serrant les dents.

« Enfin, ce n’est pas aussi simple, sinon ça ne s’appellerait pas un miracle mais tu sais…enfin il y a des choses qui… »

D’un coup de pieds, Angéla dégagea le blond pour prendre sa place et m’attrapa le bras, comme pour m’entrainer à sa suite.

« Je ne comprends pas trop ce qu’il raconte mais il doit avoir raison ! Ça ne sert à rien de s’apitoyer sur son sort. Même quand la situation parait désespérée, il y a toujours un moyen de s’en sortir ! La preuve, je suis ici avec vous aujourd’hui !

-Merci de répéter ce que je viens de dire, grommela Drago. »

Je ne pus m’empêcher de sourire devant l’attitude de mes deux partenaires. Je voyais bien qu’ils étaient inquiets pour moi et qu’ils essayaient, maladroitement, de me remonter le moral.

Oui…J’avais peut-être perdu Laura, mais en contrepartie, j’avais gagné l’amitié de Drago et Angéla. Ensemble, nous allions vaincre Hélios et sauver Marie de ses griffes. Telle était la priorité que je m’étais fixée depuis toutes ces années. Je ne devais pas me laisser déborder par un torrent de sentiments.

Laura avait tout rejeté : son spiritual, son passé, et moi aussi, et cela, je devais m’y faire.

« Rentrons au château, finis-je par déclarer. Le tournoi ne fait que commencer, il serait ennuyeux de se faire sortir dès le deuxième tour par ma faute alors que vous avez passé le premier sans moi. »


Je passai la soirée à tenter de reconstituer le pendentif détruit, recollant tant bien que mal les morceaux entre eux. J’ignorais si Trichiona se trouvait encore à l’intérieur de ces éclats de glace, mais même s’il avait disparu dans les profondeurs d’Izrath, cette pierre était désormais le seul symbole que Laura et moi avions un jour été des amis inséparables. Il était hors de question de la laisser dans un état aussi déplorable.

Tout en effectuant ce travail d’orfèvre, les questions qui m’avaient rongé toute l’après-midi continuaient à me hanter l’esprit.

Et je repensais également au regard de mon ancienne amie…Il m’avait glacé le sang et me faisait penser à ce rêve que j’avais fait des années auparavant, juste après le départ de Laura. Elle avait cette même lueur froid et impitoyable dans ses prunelles, cette même soif de vengeance et cette même haine ardente qui brûlait dans ses pupilles d’émeraude.

« Et toi Saya, qu’en penses-tu ? Je t’avais parlé de Laura il y a longtemps, mais aurais-tu eu une idée, une piste qui expliquerait son comportement, toi qui avais toujours réponse à tout, toi pour qui le présent et le passé n’avaient pas de secret ? »

Seul le silence me répondit. Voilà que je me mettais à parler tout seul, j’avais vraiment besoin de m’aérer l’esprit pour ne pas devenir fou.

Laissant mon œuvre en suspens, je sortis donc dans le parc malgré l’heure tardive. Dehors, l’air était frais mais pas désagréable, et un vent léger soufflait dans les feuilles des arbres dont les branches, ondulant lentement, projetaient de grandes ombres mouvantes sur l’immense pelouse bordant le parc du château.

Il n’y avait que très peu d’étoiles dans le ciel. un fin croissant de lune éclairait faiblement le sombre sur lequel un fin nuage était resté accroché, seul au milieu de la nuit noire.

Il n’y avait pas un bruit, mais le silence n’était pas oppressant pour autant. C’était un silence doux, apaisant, normal pour une soirée de printemps.

Je restai là, assis sur le parvis du château pendant de longues minutes, l’esprit perdu dans mes souvenirs, le regard plongé dans l’horizon.

Des bruits de pas derrière moi finirent par me tirer de mes pensées et je me retrouvai nez à nez avec le professeur Ryoko.

« Oh, bonsoir Darksky, dis-moi, tu veilles tard pour quelqu’un qui a un match demain.

-Je ne suis pas le seul à veiller tard alors que j’ai des responsabilités, lui répondis-je avec un léger sourire.

-Tu n’as pas tort, je devrais montrer l’exemple en tant qu’adulte, s’amusa le professeur. »

Ryoko alluma une cigarette et vint s’asseoir à côté de moi, à ma plus grande surprise. Au début, il ne dit rien, se perdant tout comme moi dans l’obscurité de la nuit mais finit par reprendre la parole, d’une voix bien plus grave et sérieuse qu’auparavant.

« Darksky, j’ai une question à te poser : Est-ce que tu n’aurais pas une sœur du nom de Marie par hasard ?

-S…Si, comment le savez-vous ? M’étranglai-je avec ma propre salive. L’auriez-vous vue ? Si vous savez quelque chose, je vous en supplie, dites-le-moi !

-Oui, je l’ai croisée aux côtés d’Hélios alors qu’il me forçait à travailler pour lui pour obtenir le secret de la Shungite. Ne t’inquiète pas, elle ne semblait pas mal en point. A vrai dire, je me suis même demandé si elle n’était pas son alliée tant elle lui parlait familièrement…

-Ma…Ma sœur…Une alliée d’Hélios ? C’est tout bonnement impossible !

-Oui, je le sais bien, me rassura-t-il. Je voulais simplement te dire qu’elle ne court à priori aucun danger.

-Je…Je vois…Merci, ce que vous dîtes me rassure un peu. J’étais vraiment inquiet à son sujet…

-Quoi de plus normal que de s’inquiéter pour ses proches quand ceux-ci ont encore une chance de revenir? … »

Le professeur, après cela, lâcha un long soupir et un nuage de fumée s’échappa de sa bouche alors qu’il souriait tristement en regardant le sol.

« Dites…Je sais que c’est indiscret… mais pourquoi combattez-vous à nos côtés ? Je veux dire, vous ne faites pas cela uniquement pour votre ancienne élève, je me trompe ?

-Pourquoi ? Pour cette émotion impure qui nous force à commettre des choses stupides qu’est la vengeance j’imagine…

-La…vengeance ?

-Je ne combats pas Hélios comme vous. Celui que je vise…C’est son second, Éric Sawyer, le fils de l’homme qui m’a tout pris…Ma femme, ma fille sur le point de naitre, ma réputation, mes élèves, et même ma propre académie…Tout cela, balayé en une seule nuit par les ambitions démesurées d’un seul homme… Je pensais pouvoir tirer un trait dessus et reprendre ma vie en la consacrant aux autres victimes de la catastrophe, tout comme cette chère Violet l’a fait… Mais lorsque j’ai appris que le fils de cet assassin suivait le même chemin que son père… la rage a repris le dessus… »

Le poing de l’homme se serra et il mordit à pleine dent dans sa cigarette. Puis, lâchant soupir, il la jeta sur les marches et l’écrasa sous son pied avant de plonger son regard vers le bout de papier encore fumant et rougeoyant dans la pénombre de la nuit.

« C’est vrai, j’avais failli oublier… Tu n’aimais pas me voir fumer, Hakaze. »

Sur ces mots, le professeur se releva et ouvrit la porte du manoir pour rentrer se coucher en me laissant seul sur le parvis. Cependant, avant de disparaitre, il se retourna et s’adressa de nouveau à moi.

« Sauve ta sœur, Darksky. Car si tu échoues…tu finiras comme moi, rongé par la culpabilité et par le désir de vengeance. »

Oui. Je le savais. C’était exactement ces deux sentiments qui avaient guidé mes actions ces dernières années, alors que je combattais pour Hélios. Je ne cherchais pas à sauver ma sœur. Je ne cherchais qu’à devenir plus fort pour me venger de celui qui avait détruit nos vies. Si je n’avais pas rencontré ma partenaire en la personne de Saya, je n’aurais sans doute jamais ouvert les yeux et j’aurais continué dans cette voie sans issue jusqu’à la fin…


Pendant toute la journée du lendemain, mes yeux étaient rivés Laura qui écrasait ses adversaires un par un sans aucune pitié ni remords. Son équipe, l’équipe Anglaise, devait affronter celle d’Hélios à la fin de la journée si ceux-ci se qualifiaient, ce qui allait presque de soi.

Au fond de moi, je me sentais coupable pour les actions de mon ancienne amie, car je sentais que, si elle avait changé de la sorte, c’était à cause de moi, parce que je n’avais pas donné signe de vie après son départ…J’aurais pu garder le contact, prendre de ses nouvelles par mail ou même lui envoyer une lettre de temps à autre, ce n’étaient pas les moyens qui manquaient…mais je n’avais rien fait du tout, comme si je l’avais oubliée…

Les matchs s’enchainèrent, les favoris du tournoi sortirent sur un abandon d’Hiroki, dont le Spiritual refusait de se battre car « il ne voulait pas blesser cette donzelle au cœur pur qui faisait battre ce petit cœur de lui » selon ses propres mots.

Nous réussîmes quant à nous à nous qualifier sans trop de difficulté. Battre ces amateurs n’était qu’un jeu d’enfant comparé à l’entrainement que j’avais subi dans l’armée d’Hélios, si bien que nous nous hissâmes directement vers la finale.

Cependant, le match tant redouté qui allait opposer Hélios à Shadow arriva bien plus rapidement que prévu.

Avec une froideur et une force inimaginable, Laura écrasa son adversaire qui n’était autre que le général d’Hélios, Éric Sawyer.

Le Spiritual du général disparut dans un déluge de glace noire tandis que la version sombre de Trichiona se jeta sur ce dernier et le projeta violemment contre les parois du stade, qu’il traversa comme du papier, sous les regards abasourdi et effrayés de la foule silencieuse.

Personne ne semblait pouvoir arrêter la nouvelle Laura, cependant, je refusais de la laisser dans cet état, c’est pourquoi, je m’étais résolu à cette solution. Je devais l’arrêter moi-même, autant pour la sécurité de tous que pour mes propres convictions. Je refusais de laisser cette personne qui avait pris l’apparence de mon amie semer le chaos. Et pour cela, je comptais bien l’affronter…et la vaincre une bonne fois pour toute, amie d’enfance ou non.





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [28/05/2019] à 20:32

Chapitre 11 : Le réveil du titan



Spoiler :



Alors nous y étions. Dans quelques minutes à peine allait débuter le combat qui devait marquer le commencement de tout.

Pour être franc, j’étais anxieux. Non pas à l’idée de voir deux chefs de guerre se livrer un combat sans merci…mais l’image du dragon d’Hélios continuait à hanter mes souvenirs.

Certes, nous l’avions réaffronté au Louvre et nous étions sortis plus ou moins victorieux… Mais c’était Darksky qui s’était battu et non le roi fou.

Cette fois-ci, il n’y avait aucune alternative. Hélios allait se battre, devant les yeux de milliers de personnes, de milliers de victimes potentielles, de milliers de spectateurs inconscients du danger qui les attendait.

Violet elle-même redoutait tellement ce moment que le matin même, elle avait érigé à l’aide des membres de la fédération, une barrière protectrice tout autour du stade, mais je doutais sincèrement de son efficacité.

En cas de problème, nous avions promis de nous occuper d’Hélios et de protéger les spectateurs pour ne pas mettre en péril la réputation de la millionnaire… Mais pouvions-nous réellement faire quelque chose ?

C’était à peine si nous parvenions à vaincre nos adversaires qui n’étaient rien d’autre que des étudiants pour la plupart… Comment pouvions-nous réellement prétendre avoir la force de protéger plus de 80 000 personnes d’un roi fou possédant un pouvoir provenant du fond des âges ?

C’était de la folie. Ni plus ni moins. Alors pourquoi étais-je encore ici, dans ce stade où un drame imminent se préparait, si je pensais mourir ? Je ne le savais pas moi-même. Ma conscience m’interdisait simplement de prendre mes jambes à mon cou et de laisser Angéla et Darksky combattre seuls…

Afin d’évacuer la pression que je supportais sur mes épaules, j’avais décidé d’aller acheter quelque chose à boire au distributeur. Je fus assez surpris de voir tomber une cannette de coca identiques à celles que j’avais l’habitude d’acheter dans mon monde.

Je pris la boisson gazeuse avec un petit sourire aux lèvres. Décidément, tout semblait identique en tout point à mon monde, et pourtant, c’était comme si j’avais atterri dans un de ces mondes fantastiques décrits dans les livres, remplis de créatures plus étonnantes et dangereuses les unes que les autres. Peut-être était-ce cette similarité si troublante qui m’empêchait d’abandonner ce monde à son sort…

Cependant, alors que je buvais tranquillement cette boisson si familière, je reçus une grande claque dans le dos, si forte qu’elle me coupa la respiration et m’obligea à tout recracher avant de tousser pour tenter de reprendre un peu d’air.

Je me retournai, d’autant plus furieux lorsque je vis le visage joyeux et amusé d’Angéla, visiblement fière d’elle-même.

« Eh Drago, tu en tires une tête, tu es tombé amoureux de la ténébreuse Laura ? Me lança-t-elle malicieusement.

-Tiens, comment tu as deviné ? Lui répondis-je ironiquement.

-Mon cher Drago, sache qu’on m’appelait la reine de cœur à l’école !

-Sérieusement ? Demandai-je, désespéré.

-Evidemment que non, le ridicule ne tue pas mais y contribue beaucoup, répliqua Angéla, gardant cet éclat de malice dans ses yeux.

-Tu viens de mélanger deux expressions différentes, soupirai-je, oubliant mon énervement.

-La nouveauté Drago, les grands de ce monde sont ceux qui innovent ! Me répondit-elle avec un clin d’œil.

-Tu es vraiment comme ça tous les jours à l’école ? Tu me rappelles… »

Encore. Je bloquais encore sur ce nom qui pourtant aurait dû m’être si familier. C’était frustrant. Vraiment frustrant. Ce sentiment d’oublier quelque chose de très important, de capital même. Mais plus je me concentrai pour retrouver ce nom, plus mes souvenirs devenait brumeux et flous.

« Drago, tu es sûr que tu n’es pas tombé amoureux de Laura ? Reprit la blonde en claquant des doigts devant mes yeux.

-N…Non, ce n’est rien…Enfin je crois. Je viens simplement…de repenser à quelqu’un qui m’est cher…Une…amie…

-Une amie chère à tes yeux ? Répéta Angéla. »

Le visage de la jeune fille s’était soudain assombri et elle baissa la tête vers le sol en serrant le poing. Je ne compris évidemment pas sa réaction, même si je me doutais bien que je venais sans m’en apercevoir d’évoquer un point sensible chez ma partenaire.

« Dis…Angéla…Il serait peut-être temps de retourner dans les stands, tu ne crois pas ? Lui demandai-je prudemment.

-Oui…Vas-y d’abord, je te rejoins… »

Gêné, je commençai à m’éclipser, mais en me retournant, voir Angéla, d’ordinaire si joyeuse, si abattue tout à coup, me fit mal au cœur, si bien que je ne pus me résoudre à la laisser seule et je fis demi-tour. « Tu sais Angéla, si tu as besoin de te confier à quelqu’un… »

Mon amie releva la tête et me lança un léger sourire avant de répondre :

« Non Drago, ça ira, merci, mais je ne veux pas t’impliquer dans mes problèmes…Je dois apprendre à me débrouiller seule…sinon, tu risques de finir comme elles…Murmura Angéla.

-Comme…Elles ? Répétai-je sans comprendre.

-Non, ne t’occupe pas de ça, je t’embêterai avec mes histoires ennuyeuses un autre jour, pour le moment, on a un match à aller voir ! Reprit la jeune fille, retrouvant son visage rayonnant. »

Mon amie, ayant repris son entrain habituel, m’entraina à sa suite tandis que la voix du présentateur annonçant la reprise des matchs retentissait dans le stade.

Cependant, je venais de découvrir un visage d’Angéla que je ne lui connaissais pas jusque-là, un visage rongé par le remord et la peine. Contrairement à Darksky, elle cachait ses regrets derrière ce masque représentant la jeune fille insouciante et joyeuse qu’elle avait dû être autrefois alors que, au fond d’elle, elle devait ressentir exactement la même chose que nous.

Si jusque là je ne la trouvais que légèrement agaçante bien qu’étrangement sympathique et ouverte avec moi, un inconnu total trouvé dans la rue, je me pris à me penser qu’elle était également incroyablement forte.

Être capable d’arborer cette attitude rayonnante même dans la douleur était quelque chose qu’il m’était inconcevable de faire, et il devait en être de même pour Darksky. Angéla possédait vraiment quelque chose de rare et précieux. Cette inconscience de la réalité était sans nul doute son plus grand atout.

Lorsque nous arrivâmes à nos places, je remarquai que Darksky n’avait pas bougé et continuait de fixer cette fille, Laura, se trouvant dans les stands adverses, les bras croisés sur sa poitrine, le regard froid et impitoyable. Cependant, il fut sorti brutalement de sa torpeur lorsqu’Angéla le réveilla avec la même claque violente qu’à moi.

« Qu’est-ce que…Angéla, ça ne va pas ? J’aurais pu être en train de manger et je serais mort étouffé par ta faute ! S’écria Darksky, furieux.

-Bah, tu n’étais pas en train de manger visiblement sinon je t’aurais prévenu en arrivant, lui répondit-elle en haussant les épaules.

-Oui, enfin, si tu pouvais prévenir quand les gens boivent, ça ne serait pas mal non plus…Marmonnai-je en repensant aux deux euros perdus par sa faute. »

Alors que Darksky et Angéla continuaient à se disputer, je sentis une présence à mes côtés. Il ne me fallut que quelques secondes pour réaliser qu’une fois de plus, ma sœur était apparue sans prévenir. J’ignorais si mes deux partenaires pouvaient la voir mais cela était bien le dernier de mes soucis à ce moment-là. Car je savais que si Théa apparaissait, l’heure n’était plus à la plaisanterie.

Par réflexe, je saisis le pendentif que je portais autour du coup, le sceptre Héqa, priant pour qu’il me soit utile.

« Alors nous y sommes ? Lança ma sœur en fixant le stade. A votre place, j’aurais tout arrêté mais il est trop tard pour cela j’imagine. J’espère sincèrement que vous savez ce que vous faites.

-Je…Je crois…Répondis-je, vraiment peu assuré.

-Il n’y a pas de « je crois » qui tienne aujourd’hui, rétorqua sévèrement ma sœur. Tu te dois d’être prêt, l’erreur n’est pas permise.

-Je sais bien Théa…mais je n’ai pas été préparé à ça. Il y a encore quelques jours, je n’étais qu’un lycéen ordinaire et voilà où je me retrouve… »

Ma sœur se tourna vers moi et me couvris d’un regard compatissant qui me redonna un peu de force. Etant enfant, elle me consolait souvent avec ce même regard qui m’apaisait toujours. C’était un peu comme une berceuse que j’aurais pris l’habitude d’écouter pour me calmer.

« Tu sais, même moi je n’étais pas préparée à ça, mais tu t’en es très bien sorti pour le moment et je sais que tu t’en sortiras encore une fois, j’ai foi en toi Drago.

-Et bien moi, je n’ai aucune foi en moi-même, lui répondis-je, craignant toujours le pire pour ce tournoi. Sans ces Shungites, je me serais fait sortir en moins d’une minute…

-Tu sais, la Shungite n’est pas un pouvoir à proprement parler. Ce n’est qu’un artifice, un catalyseur destiné à libérer ton potentiel intérieur. Si tu as pu remporter cette victoire, ce n’est pas grâce à une arme extérieure mais grâce à ton propre pouvoir. Je suis persuadée que tu as la force nécessaire pour accomplir cette tâche que j’ai été incapable de mener à bien. »


Soudain, des exclamations s’élevèrent depuis la foule et, levant la tête au ciel, je vis comme un point noir tombant directement du sol et se rapprochant à grande vitesse de nous : Hélios. Malgré sa chute de plusieurs mètres, le roi atterrit délicatement sur ses pieds, sans aucune égratignure et en soulevant un épais nuage de poussière tout autour de lui.

Ce type était décidément doué pour l’apparat. Pour sa première apparition en public, Hélios avait décidé de sortir ses plus beaux habits : sa cape pourpre était incrustée de pierres précieuses reflétant la lumière du soleil, le rendant presque impossible à regarder à cause de la lumière qu’elles produisaient. Sa cape n’était pas la seule chose brillante, puisque sa couronne n’était pas en reste, dorée et elle aussi, parsemée de joyaux. Son armure, quant à elle, semblait avoir été polie à un tel point qu’il était presque possible de voir son reflet à l’intérieur.

Etrangement, Hélios se comporta comme n’importe quel participant, souriant à la foule et saluant les spectateurs d’un geste de la main avec un large sourire sur les lèvres. A le voir ainsi, on aurait pu penser à un simple concurrent un peu excentrique et aimant se faire remarquer.

J’avais vraiment du mal à cerner notre ennemi. Tantôt il était sanguinaire et sans merci, comme lors de nos précédents affrontements, et tantôt, il se comportait comme n’importe qui, à croire qu’il existait deux Hélios radicalement opposés.

A ce moment-là, je m’attendais à voir débarquer Shadow à tout moment et mon cœur s’accéléra. Je n’avais aucune idée de l’apparence du mystérieux homme.

Je l’imaginais grand, baraqué, le visage carré et parsemé de cicatrices, un peu comme un boxeur, ou bien avec un visage irréprochable sur tous les points, comme les supers héros de comics. Cependant, après plusieurs secondes d’attente, personne ne se présenta sur la scène…

Cependant, les minutes passèrent et Hélios resta seul au milieu du stade, ricanant de la situation.

« Ce trouillard a pris la fuite à ce que je vois. Ça ne m’étonne pas de lu, déclara le roi en haussant les épaules. Il a enfin compris qui était le plus puissant. C’est donc une nouvelle victoire pour le seigneur soleil…

-Veuillez excuser mon retard, dit soudain une voix surgissant de nulle part, interrompant Hélios dans son monologue. »

Un nuage passa à ce moment devant le soleil et la luminosité baissa drastiquement tandis que tous les regards cherchèrent l’origine de cette mystérieuse voix.

C’est alors qu’un homme apparu en plein milieu du stade, surgissant de nulle part, comme un fantôme. Hélios eut un mouvement de recul mais se reprit très vite. Je vis également Darksky tressaillir à l’arrivée de cet homme. Mais qui n’aurait pas été surpris devant lui ? Même Angéla avait blêmi, elle qui était d’ordinaire si imperturbable face aux démonstrations de force.

« Voyez-vous ça, le grand Shadow décide enfin à pointer son nez, j’ai failli attendre. »

Alors ce type…était Shadow ? Il était assez différent de ce que j’imaginais en réalité. Il était certes grand, mais son visage était celui d’un homme d’une quarantaine d’année, au menton assez large mais aux traits plutôt fins. Sa coiffure était assez singulière également. Aucun cheveu ne dépassait de son front excepté une grande mèche tombant pile entre ses deux yeux et descendant jusqu’à son nez, tandis que de nombreux épis en bataille partaient vers l’arrière de son crâne.

Il portait un long manteau sombre descendant jusqu’au niveau de ses genoux et surmonté d’une sorte de coiffe de plumes grises au col et à ses extrémités.

Même s’il semblait bien cynique envers son adversaire, dans les yeux verts comme l’émeraude de l’homme se lisait toute la haine du monde envers le roi fou.

« Ne te plains pas, Hélios. Tu n’as attendu que quelques minutes alors que moi, j’attends déjà depuis trois ans…l’heure où je pourrai te rendre ce que tu nous as fait ! S’écria Shadow, d’une voix emplie de mépris.

-Allons, allons, tu sais très bien aussi bien que moi que tu n’es pas tout blanc dans cette affaire, monsieur l’émissaire, lui répondit Hélios sans perdre son attitude insouciante. »

Les yeux de l’homme au manteau noir s’enflammèrent lorsqu’Hélios prononça ces mots. La tension était vraiment palpable entre les deux hommes. Ils semblaient avoir un lourd passé en commun, parsemé de différents.

Je me tournai vers Darksky pour trouver quelques réponses, mais il semblait être retombé en transe devant l’affrontement, et les tentatives d’Angéla pour le réveiller ne semblaient pas fonctionner très fort, si bien que je décidai d’abandonner pour le moment.

Alors que les deux combattants s’éloignaient l’un de l’autre en vue du début de leur affrontement mortel, mon cœur battait la chamade dans ma poitrine. Je retenais ma respiration. Mes doigts tremblaient comme des feuilles. Je suais à grosses gouttes et Théa, celle qui devait me servir de guide, n’était pas dans un meilleur état que moi.


https://www.youtube.com/watch?v=Im3HSYzW258


Sur l’écran géant, un compte à rebours apparut. 10 secondes… Nous n’avions plus que dix secondes avant la catastrophe…

Angéla se raidit et se mit en garde, prête à intervenir.

9

Une Shungite atterrit dans ma main et je me tins prête à la briser au premier écart.

8

Darksky activa ses pouvoirs et deux serres prirent la place de ses mains.

7

Violet activa la barrière de protection qui recouvrit le stade tel un fin linceul transparent et fragile.

6, 5

Ma sœur toucha mon pendentif du doigt et il s’illumina d’une lueur à la fois sombre et éclatante.

4,3,2

Le compte à rebours semblait s’accélérer, en même temps que mon cœur sur le point de lâcher.

1

Je lançai un dernier regard à mes partenaires…Puis une sonnerie retentit tandis que le zéro fatidique s’afficha à l’écran.

Au même moment, le visage d’Hélios se fendit d’un rictus maléfique et une aura sombre se mit à flotter tout autour de lui.

Je levai précipitamment la tête et je retins ma respiration : ce que je redoutais arriva. Lentement, le soleil disparaissait derrière l’astre de la nuit. Je me tournai vers Angéla et Darksky et eux aussi grimaçaient en voyant l’éclipse.

Le vent se mit à souffler, puissant et glacial, dénué de vie, presque un blizzard n’apportant que la mort et la désolation. Dans mon monde, une éclipse était quelque chose de normal, un phénomène naturel, mais cette fois-ci, elle avait l’air d’apporter quelque chose d’autre avec l’elle…

Sur le terrain, Hélios se mit à rire et un hiéroglyphe apparut dans son œil. Shadow recula, soudainement inquiet devant les événements.

-Enfin, l’heure est venue, ce que nous attendons depuis maintenant cinq mille ans est sur le point de commencer !

-Nous ? Qu’est-ce que tu racontes Hélios ? As-tu perdu la tête ? S’écria Shadow, perdant son sang-froid.

-Il arrive…Murmura Darksky, fronçant les sourcils.

-Ennemi du soleil, empereur des ténèbres, Divinité maudit de ses pairs, je brise tes chaines qui t’emprisonne et t’ordonne de me donner ta puissance ! Fais trembler ce monde qui t’a injustement banni, Apophis !

-Apo…Phis tu dis ? Bégaya Shadow, blême.

Je vis l’espace entre Shadow et Hélios commencer à se distordre, et une brèche s’ouvrit de nulle part, ne laissant entrevoir qu’un espace rempli de ténèbres impénétrables et d’où la lumière ne pouvait s’échapper. Dans le ciel, la lune avait presque entièrement recouvert le soleil de son ombre et seuls quelques faibles rayons parvenaient encore jusqu’à la terre, nous plongeant dans une obscurité quasi-totale.

Dans les gradins, certains spectateurs commencèrent à prendre peur et tentèrent de partir mais immédiatement, des hommes masqués bloquèrent toutes les sorties, empêchant toute fuite et Hélios se tourna vers la foule, un grand sourire aux lèvres.

-Vous n’allez tout de même pas déjà partir alors que le meilleur est encore à venir !

-Hélios ! S’écria Darksky en frappant la rambarde du stade avec colère.

Dans les yeux de Shadow, on pouvait lire non pas de la peur mais de la haine, comme si l’invocation d’Apophis le rendait furieux.

Je m’apprêtai déjà à intervenir pour mettre fin à tout cela, mais Angéla me retint par le bras et me plaqua au sol.

Un instant plus tard, une violente explosion retentit et balaya notre stand tout entier. Une lumière noire illumina le stade, une boule de feu sombre rasa la pelouse et pendant de longues seconde, tout fut plongé dans le chaos.

La barrière de Violet vola en éclat et des cris de terreur prirent la place des exclamations d’étonnement. Le public avait compris. Il ne s’agissait pas d’un simple spectacle. C’était un combat à mort, et quiconque se trouvait entre les deux hommes n’était qu’une brindille sur leur chemin.

Je m’accrochai tant bien que mal au sol, sous peine d’être balayé moi aussi. Si une bombe nucléaire avait explosé à proximité, je pense sincèrement que cela aurait eu les mêmes conséquences.

Je voulus me relever et braver le cyclone pour protéger les spectateurs mais Angéla me retint à nouveau par le bras.

« Drago, ne fais pas ça, tu ne connais pas le pouvoir d’Osiris, il pourrait se retourner contre toi !

-Mais si je ne fais rien…

-Crois-moi Drago, ne joue pas au héros inconscient. Si les choses tournent mal, tu pourrais le regretter toute ta vie ! Ne fais pas…La même erreur que moi… »

Je m’arrêtai net. Même si ma conscience me disait d’intervenir, les paroles d’Angéla me refreinèrent. Je ne savais pas ce qu’elle avait vécu mais elle semblait avoir bien plus d’expérience que moi en matière de combat et je décidai donc de me fier à son jugement…et d’attendre.

Soudain, le vent dévastateur se calma et je crus que tout était terminé. Mais je me trompais lourdement.


https://www.youtube.com/watch?v=k3MoKDa-Lzs


Dans la brèche, deux yeux minuscule yeux jaune où se lisaient le mal apparurent. Le sol se mit à trembler, la lune cacha entièrement le soleil, plongeant le stade dans un noir total. La seule source de lumière était ces yeux jaunes sortant de la brèche.

Puis la brèche se mit à s’élargir et laissa passer un long corps de serpent bleu comme la nuit semblant infini, aussi large qu’une baleine bleue. Ses écailles luisaient d’un faible éclat mauve tandis qu’une épaisse fumée grise émanait de son corps…et des flammes qui consumaient tout ce qui avait le malheur d’entrer en contact avec la créature divine.

D’un coup de queue dévastateur, le monstre frappa le sol et un séisme ébranla les gradins. De nouveaux cris de terreur s’élevèrent alors que les tribunes commencèrent à s’effondrer et que des gens disparurent par centaines dans les entrailles de la terre.

« Eh…Dites-moi…Que c’est une blague…Murmura Angéla, pâle comme un linge, ayant perdu toute sa résolution d’un seul coup. Cette chose…Est réellement un Spiritual ? »

Je ne rêvais. J’étais au milieu d’un cauchemar. Et ce cauchemar portait le nom d’Apophis, le dieu déchu mythologique…non, le dieu déchu de chair et de sang désormais contrôlé par l’homme le plus dangereux sur cette terre.

Nous avions…Perdu.




Chapitre 12 : Affrontement titanesque



Spoiler :



Nous avions perdu. Nous ne pouvions pas vaincre cette créature. Personne ne le pouvait. J’étais résigné. J’allais mourir ici, en même temps que ces milliers de gens innocents, sans avoir rien accompli, sans savoir pourquoi j’étais ici, sans avoir pu retrouver mon monde…

Pourtant, alors que j’avais accepté l’idée d’une fin imminente, je voyais Angéla à côté de moi, le regard brillant de peur… mais également d’une détermination sans faille.

Shadow, malgré l’explosion et les flammes qui l’encerclaient, restait parfaitement calme. Il n’avait pas subi une seule égratignure malgré sa proximité avec le serpent divin et seule la haine se lisait sur son visage.

« Alors ce n’était pas du bluff…Tu as vraiment réussi à trouver un dieu…Rugit Shadow.

-Exactement, et tu vas être le premier à subir sa fureur de plus de dix mille ans ! En avant Apophis, Anéantis Shadow ! Chaos Venom ! »

De la gueule de la créature s’échappa un liquide violet qui fusa vers l’ennemi d’Hélios. D’un claquement de doigt, ce-dernier se protégea d’une barrière d’énergie. La salve de venin rebondit sur cet écran sombre et fut déviée droit vers les spectateurs sans défense.

Réagissant au quart de tour, Angéla claqua une Shungite sur le sol et, pendant que les morceaux de pierre noire s’éparpillaient, la jeune fille fut enveloppée par une énergie colossale. Ses cheveux se dressèrent sur sa tête, son manteau se mit à voler derrière elle tel une longue cape beige, ses yeux bleus s’illuminèrent d’une lueur intense et dans ses mains apparurent deux sphères d’énergie dorée.

« Perfect Shield ! »

Un mur de lumière se dressa tout autour du champ de bataille, protégeant les spectateurs du venin mortel. Et mortel était un faible mot. Car à peine le poison eut-il touché le sol que la terre se mit à brûler et disparut purement et simplement, ne laissant derrière elle qu’un cratère fumant et dénué de vie.

Je déglutis. Sans la réactivité d’Angéla, des milliers d’innocents auraient péri en une fraction de seconde…

Ne se laissant pas impressionner, Hélios ordonna à son reptile de repasser à l’attaque immédiatement. Le colosse se jeta sur Shadow et réduisit en poussière son bouclier d’un simple battement de queue.

Le chef ennemi fut projeté en arrière avec une violence inouïe mais utilisa la limitation du terrain pour rebondir et retomber sur ses jambes avec légèreté.

« Encore…Tu détruis encore tout sur ton passage dans l’espoir d’atteindre ta cible…Cela ne m’étonne même pas de toi, Hélios…Cracha l’homme avec mépris.

-Allons, ne joue pas au justicier entre nous, Shadow, ricana le roi d’un calme tel qu’il me donna des frissons. Ne te l’ai-je pas déjà dit ? Nous partageons des objectifs communs. Alors…

-Silence ! Rugit l’homme au manteau sombre. Tu es celui qui m’a fait ouvrir les yeux sur ce monde, Hélios…Alors pour cette raison, tu vas être le premier à subir ce que je réserve au reste de l’humanité ! »

Lorsqu’il prononça ces mot, l’œil droit de Shadow se mis à briller d’une lueur inquiétante. Tout son corps luisit d’une inquiétante lumière noire et l’air se mit à tourbillonner tout autour de lui.

Le serpent divin tenta de repasser à l’attaque mais le poison fut comme absorbé par cette aura de ténèbres, sous le regard effaré du roi fou.

« Hélios. Sache que tu n’es pas le seul à avoir obtenu un Spiritual Divin !

-Ridicule, un misérable comme toi ne peux avoir…

-Chers Spectateurs du monde entier, observez. Observez la chute du seigneur soleil d’Héliopolis…Et soyez témoin de l’avènement de Shadow ! »

Une onde de choc balaya le stade. La barrière d’Angéla, qui avait survécu miraculeusement aux assauts d’Apophis, se fissura et mon amie grimaça.

« Nourris-toi de la lumière qui t’a donné naissance et renvois ce monde aux ténèbres originelles. Je te libère de ta prison éternelle, Darkness ! »

Le sol devant Shadow se fissura et une lumière noire en sortit. Apophis siffla furieusement mais même lui recula d’un mètre lorsqu’une immense patte noire et griffue sortit des entrailles de la terre. Puis une deuxième, deux ailes immenses et enfin une tête.

Un immense Dragon de pierre noire s’éleva au milieu du stade en proie aux flammes. Il se tenait sur ses pattes arrière. Son regard, rouge, était encore plus maléfique que celui d’Apophis. Ses cornes, il devait en avoir cinq, étaient aussi tranchantes que des couteaux. Comparé à Apophis, il était minuscule mais cela n’empêchait pas le colosse de continuer à reculer et à siffler furieusement.

Lorsque le reptile ailé poussa un rugissement à déchirer les cieux, la Shungite qui se trouvait dans ma main vola en éclats et le regard de Darksky passa de l’incompréhension à la terreur.

« Un Spiritual…Composé de Shungite pure…Murmura-t-il, interdit.

-Tu…Tu es sûr de toi ? S’étrangla Angéla. La Shungite n’est qu’un prototype créé par Violet ! Comment Shadow…

-Non…La Shungite de Violet…N’est qu’une réplique…Une réplique des pierres composant le noyau d’Izrath…Une réplique du pouvoir de Noun…

-Noun…Tu veux dire…Le Spiritual Originel ? Répéta la blonde, livide.

-C…C’est terminé…Nous ne pouvons pas lutter contre ça… »

Tous ces noms ne m’évoquaient rien mais à en juger par les réactions de mes deux partenaires, la situation, déjà catastrophique, venait de virer à l’enfer sur terre. Et le regard d’Hélios ne faisait que confirmer mes craintes. Pour la première fois, je pus lire de la peur dans les yeux du roi.

« Shadow…quelle est cette abomination ?

-On fait moins le fier maintenant ! N’oublie pas qui je suis : Shadow, l’émissaire du démon originel ! Tu n’es rien face à moi, rien du tout !

-Silence ! Tu n’es qu’un misérable Shadow ! Tu veux vraiment que je crois que tu as été élu ? Laisse-moi rire ! Je suis le seul et unique maitre de ce monde et je vais le prouver devant le monde entier !

-Viens, je t’attends, Hélios ! »

Alors que les deux titans se jetaient l’un sur l’autre, ma sœur qui était restée silencieuse jusqu’ici, saisit le sceptre Héqa dans ses mains et immédiatement, le pendentif brilla d’une lueur aveuglante. Le corps translucide de Théa se matérialisa physiquement à mes côtés tandis que l’artefact grandit jusqu’à avoir la taille réelle du bâton emblématique des pharaons.

« Moi, Théa d’Héliopolis, t’ordonne de te montrer et de protéger ce monde des forces obscures qui le menacent ! Descends sur terre, Osiris !

Alors que ma sœur brandissait le sceptre vers le ciel, une lueur bleutée illumina les ténèbres et entoura le stade, venant renforcer le bouclier protecteur d’Angéla.

Un instant plus tard, les pouvoirs de mon amie s’évanouirent et elle posa un genou à terre, à bout de forces, tandis que la barrière érigée par Osiris absorba l’attaque ayant eu raison de la protection de la jeune fille.

Dans les gradins, la panique continuait à semer le Chaos parmi les spectateurs alors que les hommes d’Hélios bloquaient les sorties. Et bien que des membres de la fédération Ether caché parmi les civils aient entamé le combat avec eux, la situation n’évoluait pas. Les hommes d’Hélios résistaient sans broncher aux assauts des employés de Violet, débordés par le nombre et par la panique qui les empêchait de se battre pleinement.

« Reflect Tornado ! »

Darksky sauta devant moi et, utilisant ses propres pouvoirs, dévia une rafale de flammes noires prêtes à s’abattre sur moi.

« Bon sang, nos chances de victoires sont déjà quasi nulles, ce n’est pas le moment de t’endormir Drago ! Me Hurla-t-il.

-Mais…Que pouvons-nous faire ? La situation nous a totalement échappé…

-Meurs ici si tu le souhaite Drago, mais moi, j’ai encore des choses à accomplir, des gens à retrouver, des proches à sauver… Alors si tu es résigné à mourir, très bien mais ne te mets pas en travers de ma route ! »

Ni Hélios, ni Shadow ne semblèrent remarquer notre intervention. Leurs deux monstres continuaient à s’échanger des coups, plus violents les uns que les autres. Apophis enroula son long corps tout autour de celui de Darkness et tenta de l’écraser sous la pression. A ce moment-là, des craquements sourds se firent entendre tandis que de minces filets de lumière blanche s’échappèrent du corps du dragon de pierre.

« Tout le monde, à T… »

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que mon intuition se confirma. Une explosion sourde. Une lumière aveuglante. Une chaleur inimaginable. Une tempête de poussière et de terre. Un champignon atomique.

« Time Skip. »

A ce moment-là, le temps s’arrêta. Tout se figea autour de moi. J’ignorais si j’étais le seul à avoir encore conscience du monde mais j’étais incapable de faire le moindre mouvement.

Soudain, alors que le temps ne s’écoulait plus, quelqu’un apparut au milieu de la pelouse dévastée, à la source même de l’explosion.

Avec la distance, je fus incapable de distinguer son visage, dissimulé derrière un masque d’ébène. Cette personne était habillée d’une longue robe sombre de style médiéval, fendue de lignes rougeoyantes. Dans son dos, une longue chevelure sombre flottait au gré du vent inexistant pour moi tandis que, dans sa main gauche brillait une épée dorée.

Lentement, la femme s’approcha de la bombe vivante et posa sa main dessus.

« Ceux qui tentent de modifier l’histoire…doivent-être supprimés de l’histoire. Gardez cela en tête, Hélios, Shadow. »

Une nouvelle lueur aveuglante s’échappa de cette personne… et le temps reprit son cours…Ou presque. En un clignement d’œil, l’explosion qui aurait dû raser le stade, et peut-être même la ville, s’était volatilisée.

Je tombai au sol, abasourdi. Des deux colosses, il ne restait plus rien qu’un stade en ruines. Hélios et Shadow eux-mêmes semblaient choqué de la tournure que venaient de prendre les événements.

« Qui…Qui était cette personne…Bégayai-je.

-Qui ça ? S’étonna Angéla.

-Elle ! Là, sur le stade, la femme qui a arrêté… »

Je m’arrêtai net. Il n’y avait plus personne. L’étrange femme s’était volatilisée de la même façon qu’elle était apparue. Non, je n’avais pas rêvé. Il y avait quelqu’un !

« Théa, tu l’as vue toi aussi ! Dis-moi que tu l’as vue !

-L’explosion…Elle a disparu…Mais comment… »

Etais-je en train de devenir fou ? La peur m’avait-elle fait délirer ? Personne d’autre que moi n’était-il resté conscient pendant l’arrêt du temps ? je ne comprenais plus rien…

Lentement, la barrière érigée par Osiris se dissipa et finalement, la fédération Ether réussit à repousser l’ennemi. Le public s’enfuit sans demander son reste et bientôt, il ne resta plus que nous dans les ruines du plus grand stade du pays.

Hélios et Shadow se retirèrent également sans ajouter un seul mot. La destruction de leurs Spiritual les plus puissants semblait les avoir grandement affectés. Nous aurions pu nous lancer à leur poursuite à cet instant précis mais aucun d’entre nous n’avait la foi de se battre.

Nous n’étions pas prêts. Je n’étais pas prêt. Je le savais depuis mon arrivée ici… Mais voir ces créatures divines s’affronter… venait de me faire réaliser le fossé…non, l’abime qui nous séparait, Hélios et moi.

Et pourtant, je ne comptais pas abandonner malgré la peur qui me nouait le ventre. Au contraire, je n’étais que d’autant plus déterminé à arrêter ces deux cinglés.

Car cette journée m’avait fait réaliser une chose. Ce monde était le mien. J’ignorais s’il était possible pour moi de retourner un jour dans mon monde d’origine… Alors que je le veuille ou non, ma place était ici désormais. Je devais protéger…mon nouveau chez moi.




Chapitre 13 : mensonges et vérité…



Spoiler :



Alors que tout le monde était encore sous le choc de l’affrontement des deux titans, je me précipitai vers l’endroit que Shadow venait de quitter. Comment Laura pouvait-elle s’être alliée à un homme tel que lui ?

Sans notre intervention, le stade entier aurait été détruit, et les spectateurs avec. Et malgré cela, mon ancienne amie n’avait pas levé le petit doigt pour l’arrêter. Elle s’était contentée de regarder calmement, sans même prêter attention aux cris de terreurs et aux pleurs des enfants, prisonniers de cet enfer.

Il me fallait des réponses et ce que m’avait dit Laura ne me satisfaisait pas. Personne ne peut changer à ce point. Je connaissais Laura et elle aurait été la première à tenter de mettre fin à ce combat par ses propres moyens, même si sa vie était en jeu.

Je ne pouvais tout simplement pas concevoir que mon amie d’enfance soit morte, laissant place à cette personne froide et dénuée de sentiments. Il fallait que je découvre la vérité cachée derrière toute cette histoire.

Cependant, alors que j’étais perdu dans mes pensées, cherchant un moyen pour aborder le sujet en finesse, je me heurtai à deux hommes encapés qui se retournèrent et me lancèrent des regards assassins.

Evidemment, les hommes de Shadow…J’avais presque oublié leur présence, étant concentré uniquement sur Laura.

« Eh, le microbe, fais un peu attention où tu mets les pieds, pesta le premier.

-Heureusement que nous sommes de bonne humeur, sinon on t’aurait déjà mis une bonne raclée, enchaina l’autre.

Je soupirai. Je n’étais pas d’humeur à me disputer avec deux ratés dans leur genre. J’étais venu dans le seul et unique but de parler à Laura et faire la lumière sur tout ce qu’elle m’avait dit, je n’avais pas de temps à perdre avec eux.

Les ignorant totalement, je les bousculai afin de me frayer un passage mais une main puissante me retint par le col.

« Eh, on essaie d’être poli avec toi le microbe, la moindre des choses serait de nous respecter un minimum ; protesta le plus grand.

-Je pense qu’une bonne correction pour monsieur « je me fiche de tout » serait la bienvenue, ricana l’autre en faisant craquer ses doigts.

-Je n’ai vraiment pas le temps, soupirai-je en me défaisant de leur prise d’un seul geste. «

Cela eut l’air de les contrarier encore plus que je me sois dégagé aussi facilement alors qu’ils s’apprêtaient à me donner une leçon, mais j’avais vu bien pire avec Hélios. Ces deux gars n’étaient que de la rigolade, une perte de temps tout au plus.

Mais alors que je sentais qu’ils allaient me sauter dessus, une voix les interrompit dans leur élan et ils se figèrent aussitôt.

« Laissez, je m’occupe de cet idiot ; déclara la nouvelle venue.

-A vos ordre mademoiselle Laura ! Répondirent les deux gaillards d’une seule voix avant de se retirer. »

Une fois encore, je me retrouvai face à face avec Laura et je fus à nouveau pétrifié par son regard aussi froid que la glace.

Une fois que ses deux sous-fifres eurent disparu, mon ancienne amie croisa les bras sur sa poitrine et me dévisagea avec mépris.

« Qu’est-ce qui cloche avec toi Michael ? Finit-elle par déclarer. Y a-t-il quelque chose que tu ne comprends pas dans « adieu » ?

-Exactement, il y a bien quelque chose qui m’échappe : comment cette petite fille que j’ai connue à ce tournoi peut-elle me dire adieu sans sourciller ?

-Tu n’as toujours pas saisi ? Tu es décidément bien lent à la détente mon pauvre : cette fille est morte et ne reviendra jamais. Je ne suis plus que haine et destruction, c’est tout ce dont je suis capable après tout, blesser mes proches…

-Si tu dis ça, pourquoi ne m’as-tu toujours pas tué ? Pourquoi continues-tu à m’écouter ? Pourquoi essaies-tu de me raisonner ? Ripostai-je. »

Laura détourna le regard en grimaçant. Apparemment, je venais de toucher un point sensible, mais cette faiblesse venait de me confirmer ce que je pensais : mon amie d’enfance était toujours présente quelque part. Il suffisait juste de la faire ressortir.

« Que veux-tu exactement ? Finit-elle par dire dans un murmure.

-Je veux simplement comprendre ce qui est arrivé à mon amie.

-Un dernier regard en arrière vers ce passé que j’essaie d’oublier ? Je peux bien t’accorder cette dernière faveur comme cadeau d’adieu, en souvenir de ce que tu as été pour moi… »

Laura me tourna le dos et me fit signe de la suivre. J’obéis sans poser de question, voyant uniquement cette occasion qui se présentait à moi et que je devais saisir à tout prix si je voulais avoir une chance de revoir mon ancienne amie.

La jeune fille marcha au milieu des ruines du stade, dans un long couloir dévasté par le combat entre les deux divinités, jusqu’à une petite porte proche de l’entrée du stade que je n’avais pas remarquée en arrivant et entra à l’intérieur de la salle.

La pièce n’était pas très grande. Il n’y avait aucune fenêtre et la seule source de lumière provenait d’une lampe qui pendait du plafond. Contre le mur en face de moi, des dizaines de livres poussiéreux s’entassaient, ainsi que de nombreuses boites tandis qu’au centre se trouvait une petite table en bois et deux chaises.

Au début, je pensais qu’elle m’avait simplement amené dans un placard à balais pour pouvoir parler sans être dérangée, mais je changeai rapidement d’avis en voyant la porte disparaitre purement et simplement lorsque Laura la referma derrière moi.

« Ne pose pas de questions dont tu ne comprendrais pas la réponse, lança la jeune fille avant même que je n’aie eu le temps de dire un mot. »

Elle s’assit sur l’une des chaises et m’invita à prendre la seconde. Cela me faisait étrange de me retrouver à nouveau en face d’elle comme lorsque nous mangions ensemble dans la salle de classe et Laura dut avoir la même pensée que moi car elle passa lentement ses doigts sur la table poussiéreuse, regardant dans le vide, comme si elle nous revoyait, quatre ans auparavant.

« Alors Laura, raconte-moi, que s’est-il passé après ton départ ?

-Tu m’obliges à me souvenir de choses que je préfèrerais oublier, tu es vraiment cruel tu sais…Mais si cela me permet de tirer un trait dessus, je veux bien me remémorer une dernière fois.

-Laura… »

Mon amie prit une grande inspiration et commença son long récit que j’écoutai attentivement, prêtant attention au moindre détail qu’elle évoquait, dans l’espoir de déceler la raison de son changement brutal.

« Lorsque nous nous sommes installés en Angleterre, je pensais pouvoir repartir à zéro, me construire une nouvelle vie sans oublier ces jours que nous avions passés mais c’était impossible. J’avais beau me plonger corps et âme dans la musique avec mon partenaire…J’étais incapable de donner le meilleur de moi-même…et j’ai finalement échoué…Par ma faute, parce que je n’étais pas pleinement concentrée, parce que je pensais à un passé révolu au lieu de penser au présent, nous avons échoué en finale…

-Tu…Tu as échoué…par ma faute ? Bégayai-je interdit.

-Oui. J’étais incapable de jouer une note sans penser à ce que tu aurais pensé de moi, sans me demander si tu aurais aimé, sans craindre d’oublier tout ce que nous avions vécu si nous réussissions, lui et moi…Je ne voulais simplement pas…tourner la page… »

Je restai sans voix. Moi qui pensais qu’elle aurait fini par m’oublier et que j’étais le plus sentimental, je me trompais lourdement. Jamais je n’avais réalisé à quel point Laura tenait à moi tant j’étais aveuglé par le simple fait d’avoir enfin trouvé une amie sincère.

« Il ne m’a jamais pardonné, reprit mon amie d’une voix triste et mélancolique. Alors nous avons coupé les ponts et je me suis isolée. Je n’avais plus d’ami avec qui parler. Plus de compagnon avec qui rire. Plus de confident devant qui pleurer. Je n’avais plus que ma propre famille à qui je ne pouvais parler de mes problèmes par pure fierté. Et alors que je m’étais enfermée dans mon cocon, j’ai été ramenée à la réalité le jour où la brute de l’école, John m’a provoquée en combat, en détruisant ce à quoi je tenais le plus. »

L’expression de Laura se durcit se je vis son poing se resserrer, comme si elle se retenait de laisser exploser une rage enfouie depuis plusieurs années.

« Ce qu’il a fait…Jamais je ne lui ai pardonné, et toujours pas aujourd’hui. Je ne pouvais tout simplement pas laisser passer ça, alors j’ai accepté et je l’ai affronté, guidée uniquement par la rage et la haine que je lui vouais et c’est là que tout a basculé… »

Le ton de Laura changea et je pus discerner à présent comme de la peur de sa voix, ainsi que des regrets et de l’amertume.

« J’ai laissé exploser toute ma colère…et…Je l’ai blessé…Grièvement…Il s’est écrasé contre la tour de big ben…et là…J’ai souri… »

Mon amie s’était mise à trembler de tous ses membres et croisait les bras comme quelqu’un essayant de se réchauffer en hiver.

« J’avais tellement honte de moi…Et j’avais si peur…Qu’avais-je fait ? Quel genre de monstre étais-je devenu pour me complaire dans la souffrance des autres ? Comment avais-je pu me laisser aveugler de la sorte par la rage et la haine ? Se demanda-t-elle à elle-même, oubliant totalement ma présence, quelques larmes commençant à couler sur ses joues. »

Même si je n’avais pas été à ses côtés à ce moment-là, je comprenais exactement le sentiment qu’elle éprouvait. Alors que je n’étais guidé que par la rage, j’avais moi-même éprouvé cela lors de mes premières missions…

Je voulus lui attraper la main pour la réconforter, ne voyant en face de moi que cette petite fille qui n’arrivait plus à se comprendre et qui se détestait d’avoir blessé son camarade. Mais, alors que mes doigts frôlèrent les siens, Laura se reprit et redevint aussi distante.

« Désolée, je me suis encore laissé emporter ; reprit-elle en évitant mon regard.

-Tu n’as pas à t’excuser, au contraire ; lui répondis-je, heureux d’avoir revu mon ancienne amie quelques brefs instants.

-Mais après cela, je… je me suis enfuie de la maison. »

Un temps d’arrêt. Laura avait marqué un temps d’arrêt. Essayait-elle de se souvenir de cet épisode flou de sa mémoire…ou tentait-elle de me dissimuler quelque chose d’inavouable, même à moi ?

« Pour aller où tu me demanderas ? Reprit-elle. Je n’en avais pas la moindre idée. Je voulais simplement partir loin, très loin, le plus loin possible pour ne plus blesser ceux qui m’entouraient. Combien de temps ai-je marché ? Des jours ? Des semaines ? Des mois ? Je n’avais plus aucune notion du temps, je voulais simplement fuir toute civilisation. Mais comme tu t’en doutes, une enfant n’est pas faite pour voyager seule, et je sentais mes forces diminuer de jour en jour et heureusement pour moi, je fus recueillie par de vieilles connaissances qui m’hébergèrent et prirent soin de moi. Ils étaient si attentionnés…Je les considérais presque comme ma nouvelle famille. »

Laura marqua une pause et leva les yeux vers le plafond, un léger sourire sur les lèvres, un sourire qui me fit chaud au cœur, le premier que je voyais sur sa figure depuis nos retrouvailles. Certes, il ne m’était pas adressé, mais il me confirma que Laura n’était pas celle qu’elle prétendait être. Une part de mon amie d’enfance vivait encore à travers elle.

« Je leur ai promis de revenir les voir un jour…Murmura-t-elle. Mais quoiqu’il en soit, j’ai repris ma route jusqu’à arriver dans une région reculée. Elle ne figurait sur aucune carte routière et je n’avais jamais entendu parler d’un tel endroit malgré sa beauté. Je m’en souviens parfaitement : une vaste prairie s’étendant à l’infini, un petit fleuve la traversant, le tout entouré par une épaisse forêt impénétrable. J’en suis même venue à me demander comment j’avais atterri là. »

Laura plongea à ce moment ses yeux verts dans les miens. Ils dégageaient une telle tristesse et une telle solitude que peinais à soutenir son regard sans broncher.

« Quatre ans. Cela faisait quatre ans que nous nous étions quitté mais ma blessure était toujours aussi profonde dans mon cœur. Et c’est là qu’il est apparu, l’homme que tu connais sous le nom de Shadow. Il m’a fait réaliser la futilité des rêves et leur fragilité et comme pour confirmer ses paroles, j’eus une vision au même moment. »

Je déglutis et une goutte de sueur perla sur mon front. La solitude du regard de Laura venait de se muer en haine farouche à mon égard et je voyais qu’elle faisait tout pour se retenir de m’étrangler sur le champ.

« Je t’ai vu, toi, dans un souterrain, aux côtés de cette fille blonde. Tu la tenais dans tes bras alors qu’elle dormait paisiblement sur tes genoux !

-Qu’est-ce que…Attends Laura, tu te méprends…Cette fille, c’était…

-Tu m’avais promis Darksky…tu m’avais promis d’attendre mon retour…Et pourtant…Pourtant…Tu as… »

Des larmes se mêlèrent à la colère de mon amie. Tout cela était si stupide et tout était de ma faute ! Mais…même si tout jouait contre moi, Laura se trompait et il fallait que je lui fasse comprendre. C’était peut-être ma seule et unique chance de tout arranger.

Cependant, contre toute attente, son attitude changea brutalement et elle se mit à rire nerveusement.

« J’ai vécu toutes ces années avec comme unique objectif de te retrouver un jour et en une seconde, pendant que j’avais le dos tourné, tu as brisé tous mes rêves Darksky ! S’écria-t-elle en abattant son poing sur la table. Shadow a raison, il est inutile de s’accrocher à un idéal, tout ce qui compte est l’instant présent. Il ne suffit pas d’espérer pour atteindre un but, il faut tout faire pour le réaliser, quels que soient les sacrifices nécessaires ! »

Laura se leva brutalement de sa chaise et, ne m’y attendant nullement, je tombais de la mienne. Je frissonnai en voyant le visage fou de Laura au-dessus du mien.

« Michael, sache que depuis ce jour, j’ai trouvé un nouvel objectif grâce à toi ; déclara-t-elle avec une voix lente et un sourire fou.

-Attends Laura, écoute moi je t’en supplie, je peux t’expliquer…

-Encore et toujours sur la défensive ! Tu sais que le fait que tu tentes de te justifier ne fait qu’amplifier ce sentiment de haine et de mépris que j’ai envers toi et ces sentiments que je croyais vrais ?

-Mais tu vas m’écouter à la fin ! Cette fille que tu as vue, oui, elle était dans mes bras, oui tout semble indiquer le contraire, mais crois-moi, Saya ne t’a jamais remplacée ! »

Laura eut un mouvement de recul lorsque je dis cela. Peut-être se rendait-elle compte que je ne mentais nullement et qu’elle était celle qui était dans l’erreur depuis le début, mais je profitai de ce moment de faiblesse pour attaquer à mon tour.

« Ouvre les yeux Laura, c’est une jalousie insensée qui t’a aveuglée depuis tout ce temps ! Il n’y a jamais rien eu entre Saya et moi !

-Non…Shadow…Ne peut pas avoir tort…Tu mens…Comme Hélios lui a menti…

-Ton Shadow te manipule Laura, il se sert de toi pour arriver à ses fins !

-Non…il ne ferait jamais…car Shadow est…Il est… »

Laura se prit la tête dans les mains en titubant. Elle était en plein conflit avec elle-même une fois de plus, mais cette fois-ci, j’étais là, et il était hors de question que je la laisse tomber une seconde fois !

« N’approche pas Michael, je t’interdis de me toucher ! S’exclama-t-elle.

-Mais Laura…

-Va-t’en, tu es en train de me rendre complètement folle !

-Non, je…

-J’ai dit dehors ! »

Laura fut soudainement entourée d’une étrange lueur violette tandis que ses yeux virèrent au rouge sang et une vague d’énergie s’échappa de son corps avant de venir me percuter de plein fouet. Je n’eus pas le temps de réagir et je fus projeté en arrière avec une force incroyable.

Mais, alors que je pensais m’écraser sur le mur, je le traversai simplement comme s’il n’existait pas et je me retrouvai à l’extérieur, de retour dans le stade.

Je ne perdis pas une seconde pour me remettre sur pied et je me précipitai sur le même mur…Sur lequel je rebondis cette fois-ci.

Je jurai.

J’étais si proche du but, comment avais-je pu la laisser m’échapper une nouvelle fois ?

Mais maintenant que je connaissais la cause de sa souffrance, j’étais d’autant plus déterminé à faire revenir mon ancienne amie. Il fallait simplement que je réussisse à la convaincre de m’écouter plus de trente secondes sans me couper la parole…

Dépité d’avoir échoué, je tournai les talons, laissant Laura entre les griffes de Shadow qui, j’en étais sûr, la manipulait comme Hélios m’avait manipulé pour arriver à ses fins.

Sur le chemin du retour, je repensai à tout ce qu’elle m’avait dit et je me rendis compte que ce que j’avais vécu avec ma sœur puis avec Saya n’était rien par rapport à elle…Cependant, je sentais qu’elle me cachait toujours quelque chose.

Je connaissais Laura, du moins mon amie d’enfance, et j’étais persuadé qu’elle était encore présente au moment où elle avait rencontré Shadow. Alors, comment avait-elle pu se laisser embobiner aussi facilement ? Plus j’y pensais et plus je sentais que je m’éloignais de la vérité…

Je finis par retrouver les autres à la sortie du stade. Violet était assaillie par les média désireux de dénicher le scoop du siècle mais tous étaient repoussés fermement par Elwood. La millionnaire était étrangement calme devant ces assauts de journalistes posant des questions toutes plus indiscrètes les unes que les autres. Son visage ne laissait paraitre aucune émotion, comme si elle était habituée à ce genre de situation.

Avec grande peine, nous réussîmes à nous frayer un chemin au milieu de la foule et à rejoindre la voiture.

Personne ne dit un mot pendant tout le trajet. Violet et Ryoko regardaient frénétiquement leurs portables alors que les nouvelles pleuvaient concernant le fiasco de l’événement, tandis que Drago et Angéla semblaient encore sous le choc de l’affrontement.

De retour au château, la présidente de la fédération fonça jusqu’à son bureau sans se retourner et le professeur lâcha un long soupir.

« Encore…Il faut croire que l’histoire se répète…Déclara-t-il d’une voix éteinte.

-Est-ce que ça va aller pour elle ? Demanda timidement Angéla.

-Ne vous inquiétez pas. Ma chère élève n’est plus l’amatrice qu’elle était il y a vingt ans, elle saura gérer la situation cette fois-ci…Mais je me demande si… »

Le professeur fut interrompu dans sa phrase par un bruissement de feuilles dans les buissons entourant la résidence.

Je me figeai. Encore des hommes de Shadow ou d’Hélios venus se battre ? Ou bien d’autres journalistes avides et sans scrupules ?

« Si c’est encore la télévision, ils vont m’entendre, vous pouvez me croire, grogna Ryoko. J’en ai plus qu’assez de leurs articles à sensation sur Violet. »

Alors que l’homme s’apprêtait à faire sortir le mystérieux journaliste de sa cachette, une ombre surgit d’entre les arbres et le bouscula avant de s’arrêter net en me voyant.

Mon cœur fit de même lorsque je reconnus la personne qui me faisait face : une petite fille vêtue d’un manteau en lambeau, un jean troué et un tee-shirt en lambeaux, aux cheveux noir ébène, autrefois coupés courts mais aujourd’hui aussi longs que ceux d’Angéla, et des yeux tout aussi sombres, un visage rond mais déformé par la fatigue et les joues creuses.

« M…Marie ? Bégayai-je. »

Avant d’avoir pu me répondre, ma sœur perdit connaissance et s’effondra sur le sol.


Chapitre 14 : Marie



Spoiler :



Avant que sa tête ne heurte le sol, je me précipitai sur elle et je réussis à la rattraper in extremis. Cependant, je pouvais sentir son pouls, il était très faible et elle sa respiration était saccadée. Je mis immédiatement ma main sur son front avant de la retirer aussitôt : elle était brûlante.

« Marie ? Cette fille est ta sœur ? S’étonna Angéla, visiblement perdue.

-Oui, mais je vous expliquerai plus tard, pour le moment elle a besoin de soins de toute urgence ! »

Sans poser de question, Elwood prit ma sœur dans ses bras et la transporta en quatrième vitesse dans la salle de soin du château, la même que celle où Violet avait soigné mes blessures.

La propriétaire, en voyant l’état de Marie, cessa immédiatement toutes ses activités et coupa toute communications avec ses partenaires commerciaux qui l’assaillaient de question pour s’occuper de ma sœur.

Dans le salon, je faisais les quatre-cents pas, ne pouvant pas m’asseoir et attendre tranquillement que les choses se passent. Je voulais faire quelque chose aussi, n’importe quoi qui aurait pu aider ma sœur mais Violet nous avait formellement ordonné d’attendre à l’extérieur.

Pendant que je tournais rond, mille questions me tiraillaient l’esprit en plus de mon inquiétude. Comment Marie avait-elle pu s’échapper si elle était prisonnière ? L’était-elle réellement au moins ? Yusei affirmait l’avoir vue, libre de ses mouvements.

Une pensée affreuse me traversa l’esprit. Se pouvait-il qu’elle ait eu la possibilité de s’échapper depuis le début mais restait aux côtés d’Hélios à cause de moi, parce qu’il la menaçait de me faire du mal si elle partait ? Était-ce de ma faute si Marie avait vécu prisonnière de cet homme toutes ces années ? Les dires du professeur ne faisaient que renforcer cette horrible pressentiment…

« Darksky, arrête de tourner, tu me donnes mal à la tête, râla Angéla, allongée sur un canapé.

-Ça se voit que ce n’est pas ta sœur qui est entre la vie et la mort ! Répliquai-je sèchement.

-En effet, mais je sais aussi que ce que tu es en train de faire ne fera qu’abimer la moquette, alors assieds-toi et fais confiance à Violet.

-Qu’est-ce que tu en sais ? Tu as déjà vécu ça peut-être, la peur de la perte de la personne qui t’est le plus proche ? Rétorquai-je en serrant le poing, prêt à laisser exploser ma colère.

-Non, jamais…Mais j’ai perdu celles qui m’étaient le plus proche. »

Ses mots me laissèrent bouche bée. Je n’imaginais pas une seule seconde que derrière son apparente insouciance, Angéla pouvait cacher une telle douleur en elle. Elle devait être vraiment forte pour arriver à dissimuler ses émotions alors que j’étais un livre ouvert.

« Je…Je suis désolé…je ne savais pas… »

Devant mon malaise, la jeune fille se reprit.

-Enfin bon, tout ça pour dire que tu peux me faire confiance : détruire la moquette ne changera rien à la situation, j’ai essayé moi aussi, ça ne les a pas ramenées ; termina-t-elle avec un léger sourire. »

Au même moment, alors que j’allais suivre le conseil d’Angéla, j’entendis une porte s’ouvrir et nous nous retournâmes immédiatement pour voir Violet sortir, accompagnée d’Elwood.

Je ne perdis pas une seconde et je lui posai la question qui me brûlait les lèvres.

« Alors, comment va-t-elle ? Elle va s’en sortir ? Dites-moi qu’elle va se réveiller !

-Calme-toi Darksky, me répondit la jeune femme d’une voix douce. Ta sœur est vivante, mais elle est à bout de force. J’ai fait ce que j’ai pu, mais malgré tout ce que j’ai appris pour sauver des vies, je ne suis pas médecin. Il faudrait quelqu’un de plus expérimenté que moi pour lui donner un traitement approprié. »

Lorsque j’entendis ces mots, mes jambes ne me soutinrent plus et je m’écroulai sur le sol. Presque toute la pression montée pendant toute cette journée venait de retomber d’un seul coup. Marie était vivante, c’est tout ce qui m’importait à ce moment-là.

Quelques larmes se mirent à couler le long de mes joues, mais pour la première fois depuis une éternité, il s’agissait de larmes de joie.

« Je ne veux pas casser l’ambiance, mais trouver un médecin en pleine nuit, ça risque de ne pas être facile et… »

Angéla interrompit Drago en lui donnant un coup de coude dans les côtes avant de déclarer à son tour :

« J’en connais un qui accepterait certainement de se déplacer jusqu’ici.

-Parfait, appelle-le tout de suite ! M’exclamai-je en me relevant d’un bond.

-Mais je dois vous prévenir, je ne suis pas…comment dire…en très bon termes avec lui en ce moment, donc il risque de ne pas être de très bonne humeur, déclara la blonde en grimaçant.

-S’il te plait Angéla ! La suppliai-je.

-Très bien, mais je ne vous promets rien, soupira-t-elle. »

La jeune fille sortit son portable et composa le numéro tandis que mon cœur s’accélérait. La vie de ma sœur dépendait de cet homme et j’espérais sincèrement qu’elle était sûre de ses informations.

Après quelques secondes, un homme décrocha…Ou plutôt hurla dans le téléphone.

« Angéla, je peux savoir où tu étais passée tout ce temps ? Ta mère et moi nous sommes faits un sang d’encre pour toi ! Alors je te préviens, tu as intérêt à appeler pour t’excuser ou alors ce n’est même pas la peine de revenir ! S’égosilla l’homme à l’autre bout du fil.

-Comment ça m’excuser ? C’est entièrement de votre faute tout ça ! S’étrangla Angéla. Si vous n’aviez pas fait autant d’histoires, je serais peut-être restée !

-Notre faute ? Répliqua-t-il. Est-ce que je dois te rappeler que…

-Non, ça ira, mais je vois que cette conversation est inutile, donc au revoir ! »

Sans laisser le temps à l’homme de répondre, Angéla raccrocha et jeta son téléphone sur le canapé, rouge de colère.

« Ce type, je vous jure ! Cracha-t-elle. »

Aucun d’entre nous ne lui répondit et elle pencha la tête sur le côté, surprise devant nos expressions consternées.

« Bah quoi, c’est si surprenant que ça que je sois en conflit avec mon père ? Demanda-t-elle.

-Dis…Angéla, rappelle-nous pourquoi tu as appelé ton père ? Déclara calmement le professeur.

-Bah, pour qu’il vienne soigner la sœur de Darksky et… »

La jeune fille marqua un temps d’arrêt puis écarquilla les yeux en se rendant compte de ce qu’elle venait de faire.

« Je le rappelle, lança-t-elle en reprenant son téléphone.

-Je pense qu’il vaut mieux que je lui parle, l’interrompit Elwood. »

Angéla ne broncha pas et lui laissa son portable avant d’aller s’asseoir dans un coin. J’allais lui demander si tout allait bien mais Drago fut plus rapide que moi.

« Je suis désolée, j’ai encore été trop impulsive, se lamenta-t-elle, la tête dans les bras.

-Angéla, que s’est-il passé pour que tu te fâches ainsi avec ton père ?

-Ah, ça Drago, ce n’est qu’une stupide querelle de famille, une de plus, ne t’en fais pas pour moi, bientôt, tout rentrera dans l’ordre et on n’en parlera plus…

-Tu dis ça comme si c’était une habitude, fis-je remarquer.

-C’est plus compliqué que ça, mon père… »

La jeune fille s’arrêta en plus milieu de sa phrase et me fixa soudainement. Je reculai instinctivement devant ce regard qui ne m’annonçait rien de bon.

« Attention, c’est une histoire qui fait peur, vous êtes sûrs de vouloir l’entendre ?

-Qu…Qu’est-ce qui peut être aussi effrayant dans ta vie ? Bégayai-je, plus très sûr de vouloir entendre la suite.

-Figure-toi que je me suis faite renvoyer de mon lycée ! »

Un court silence suivi sa déclaration comme si Drago et moi attendions qu’elle continue, mais elle semblait avoir terminé son histoire…ou du moins ne pas vouloir en dire plus.

« Et…C’est tout ? Hésita Drago, déconcerté.

-Comment ça « c’est tout ? » Répliqua la jeune fille. Tu n’as pas vu le visage de mon directeur quand il a essayé de me mettre dehors ! Rien que d’y penser, j’en frissonne encore ! »

Sans savoir pourquoi et malgré la gravité de la situation, j’éclatai de rire devant l’expression d’Angéla en imaginant les têtes que les personnages font dans les BD et un léger sourire s’inscrivit sur son visage.

« Tiens, tu as finalement réussi à te détendre un peu, déclara-t-elle.

-Comment ça ? Tout ce que tu nous as raconté était juste destiné à détendre l’atmosphère ?

-Oui…et non Darksky. Je me suis bien faite renvoyer de mon lycée, mais j’avais surtout envie que tu arrêtes de tirer cette tête d’enterrement, c’est déprimant à la longue. »

Je ne pus m’empêcher de sourire à nouveau. Angéla avait raison, grâce à elle, je me sentais un peu mieux désormais. Non pas que je ne m’inquiétais plus pour Marie, mais j’avais pu oublier mes soucis l’espace de quelques instants.

Quand j’y repensais, la dernière fois que j’avais pu rire et sourire aussi bêtement de la sorte, c’était…avec Saya.

Oui, jusqu’à présent, Saya avait été la seule à avoir été capable de me soutenir et me remonter le moral. C’était uniquement grâce à elle que j’avais pu éviter de sombrer dans la folie. Mais étrangement, je ressentais la même sensation d’apaisement aux côtés d’Angéla et Drago. Lorsque j’étais avec eux, mes pensées noires disparaissaient en même temps que la plupart de tous mes tracas pour que je redevienne ce petit garçon maladroit et rêveur que j’étais cinq ans auparavant.

« Merci…Murmurai-je alors.

-Merci pour quoi ? Répéta Angéla, confuse.

-J’ai de la chance de vous avoir rencontrés ce jour-là, me contentai-je de répondre. Il faudra que je vous rende la pareille un jour.

-Et bien, si tu pouvais affronter Hélios en finale à notre place, ça m’arr… »

Drago arrêta Angéla avec un coup de coude dans les côtes et reprit :

« Tu l’as déjà fait en te battant à nos côtés, nous sommes quittes maintenant il me semble.

-Mais si tu veux, tu peux affronter Hélios aussi si tu te sens encore redevable !

-Mais arrête Angéla, il affrontera Hélios s’il se sent prêt ! La rabroua Drago.

-Mais il est prêt je suis sûr, pas vrai ?

-Arrête de faire les questions et les réponses, soupira mon ami. »

Je ris une nouvelle fois devant cette scène de ménage stupide. Je voyais bien qu’Angéla faisait tout pour me changer les idées et que Drago se prêtait volontiers au jeu et cela me faisait chaud au cœur de les voir ainsi. J’avais vraiment de la chance de les avoir rencontrés…

Finalement, après une bonne vingtaine de minutes à se chamailler, Elwood revint dans le salon accompagné d’un homme qui était certainement le père d’Angéla.

C’était un grand homme au crâne dégarni, possédant uniquement quelques cheveux blancs à l’arrière et sur les côtés de la tête. Il possédait les mêmes yeux que sa fille mais son expression était beaucoup plus dure et de nombreuses rides parcouraient son visage.

Lorsqu’il passa devant Angéla, je sentis la tension monter d’un cran entre le père et la fille, c’était presque comme si je voyais des éclairs entre leur regard mais il ne s’arrêta cependant pas et continua son chemin jusqu’à la chambre où se trouvait ma sœur.

Pendant qu’il examinait Marie, je tremblais de tous mes membres. Je m’attendais déjà au pire avec un verdict catastrophique mais, après avoir pris son pouls, sa température et écouté sa respiration, le médecin se tourna vers nous, l’air plutôt détendu.

« Bien, ce n’est pas aussi grave que ce que je pensais en parlant au téléphone, déclara-t-il.

-Donc Marie s’en sortira ? M’exclamai-je, prêt à m’écrouler.

-Oui, il n’y a aucune inquiétude à avoir, ses jours ne sont pas en danger. Elle est juste à bout de forces, déshydratée et manque cruellement de nourriture, mais puisque vous êtes là, elle ne risque rien. Apportez-lui simplement de l’eau et surveillez-là et elle devrait se réveiller d’ici quinze-heures. »

Je n’en croyais pas mes oreilles. Marie était revenue parmi nous, saine et sauve, sans blessure ni maladie…Mes jambes faillirent lâcher une seconde fois, mais je tins bond. Je ne voulais pas paraitre faible si ma sœur venait à se réveiller, elle m’aurait encore lancé des piques toute la soirée sinon…

« Tu vois Darksky, Angéla avait raison, tout a fini par s’arranger, déclara Drago en me souriant.

-Ou…Oui, lui répondis-je d’une voix brisée par l’émotion. »

Tout le monde repassa dans le salon à l’exception d’Angéla qui ne semblait pas avoir envie de rester avec son père, et moi qui préférais rester guetter le réveil de Marie. Cependant, la jeune fille m’avait aidé à surmonter mon angoisse et je me sentais mal de la voir encore en conflit avec son père sans rien faire pour l’aider.

« Tu sais Angéla, tu devrais parler à ton père, finis-je par déclarer après une bonne dizaine de minutes.

-Hein, quoi, parler avec lui ? T’es fou, ça va encore se finir en pugilat ! Répliqua-t-elle, les yeux exorbités. Et puis, il finira bien par se calmer avec le temps comme toujours.

-Mais, tu ne trouves pas ça dommage ?

-Dommage ? Pourquoi donc ? Ce type ne me laisse jamais une seule seconde de répit et est toujours sur mon dos je te signale !

-Et si un jour, pour une raison quelconque, il n’était plus sur ton dos, que ferais-tu ?

-ça voudra dire qu’il a enfin confiance en moi !

-Ce n’est pas cela que je voulais dire. »

Angéla ne répondit pas immédiatement et fixa le parquet quelques instants.

« Tu as perdu tes parents il y a longtemps il me semble, n’est-ce pas ? Finit-elle par déclarer timidement.

-Oui, il y a cinq ans. Ils ont disparu lors d’un voyage… »

La jeune fille laissa un autre blanc avant de répondre :

« Je vois où tu veux en venir et tu as raison, c’est stupide, mais c’est comme ça depuis toujours avec mon père. En réalité, je pense que si un jour il arrêtait de me crier dessus, j’aurais très peur, dit-elle en riant légèrement. »

Elle se leva alors d’un bond et m’adressa un large sourire.

« Allez, je vais faire un effort et faire le premier pas pour une fois ! S’exclama Angéla. »

Sans me laisser le temps de répondre, la jeune fille sortit de la pièce et fila dans le salon. J’étais content d’avoir pu aider mon amie après ce qu’elle avait fait pour moi et puisque je n’entendais aucun cri provenant d’à côté, j’en conclus que cela ne se passait pas trop mal.

Peu à peu, le salon se vida de ses occupants mais je continuai à veiller ma sœur. Mais, alors que je pensais être le dernier réveillé, la porte de la salle de soins s’ouvrit et Drago entra.

« Je venais simplement voir si tout allait bien ici.

-C’est gentil mais même si je le voulais, je ne pourrais pas dormir.

-Je te comprends ; déclara le jeune garçon en s’asseyant à côté de moi. Et au passage, je suis venu te donner un message de la part d’Angéla : elle te remercie pour ce que tu lui as dit.

-ça veut dire qu’elle s’est réconciliée avec son père ? Demandai-je, plein d’espoir. »

Drago prit un air gêné avant de répondre :

« Pas tout à fait. Ils se sont disputés et Angéla est partie bouder dans son coin.

-Dans ce cas-là, pourquoi me remercie-t-elle ?

-Oh, j’imagine que c’est parce qu’elle refusait d’admettre que son père avait raison devant lui mais qu’au fond d’elle, elle le comprenait, me répondit Drago en haussant les épaules.

-Dans ce cas, je suis content d’avoir été utile à quelque chose. C’était le moins que je puisse faire pour elle. Et je dois te remercier aussi pour ce soir.

-Ne t’embête pas avec les remerciements, nous étions aussi inquiets que toi. Mais il se fait tard, demain est une grosse journée encore, ne veille pas trop tard.

-Je suis plus résistant que j’en ai l’air. »

Drago se leva et sortit de la pièce, me laissant à nouveau seul avec ma sœur, toujours dans un profond sommeil et, regardant une vieille photo trainant sur mon téléphone, je repensai à ma partenaire de toujours dans l’armée d’Hélios, l’esprit léger.

« Dis Saya, tu te souviens que tu m’avais souhaité de retrouver ma sœur avant de partir ? On dirait bien que ton souhait s’est réalisé, dis-je à mon ancienne amie, espérant qu’elle pouvait m’entendre. Et toi, as-tu trouvé le bonheur là où tu es maintenant ? Je l’espère sincèrement en tout cas. Et te rappelles-tu de notre exploration ? Je t’avais dit qu’il fallait que tu rencontres Laura un jour et que vous vous entendriez bien…Je me suis trompé apparemment ; continuai-je en riant intérieurement. Mais je suis sûr qu’un jour, je parviendrai à la raisonner, et ce jour-là, je te la présenterai. Enfin, il faudrait d’abord que tu reviennes de ton voyage pour cela…

-Tiens, tu parles tout seul maintenant ? »

Cette voix sarcastique mais si douce…Impossible de s’y tromper…

Je lâchai immédiatement mon portable et mon cœur fit un bond dans ma poitrine en relevant la tête vers le lit où se trouvait ma sœur. Marie venait de se réveiller et me lançait déjà des piques…

Je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer mais je finis par faire les deux à la fois en m’effondrant sur le lit, incapable d’en supporter davantage.

« Bah dis donc, qu’est-ce qui t’arrive encore Michael ? On dirait que tu as vu un fantôme.

-Non…rien…tout va bien désormais… »

Immédiatement, je serrai ma sœur dans mes bras et sous l’effet de surprise, ne protesta pas et déclara d’une voix remplie de joie et de soulagement :

« Je suis enfin rentrée, grand frère. »


Chapitre 15 : le calme avant la tempête



Spoiler :



Une heure du matin : je m’effondrai sur mon lit, vidé de toutes mes forces. Il venait de se passer tant de choses en une seule journée que rien que d’y repenser me donnait mal à la tête. D’abord deux créatures divines, puis la sœur de Darksky qui réapparaissait subitement et enfin la dispute familiale entre Angéla et son père…J’avais vraiment besoin de repos pour pouvoir digérer tout ça…

Mais au fond de moi, j’étais assez satisfait. Il n’y avait eu aucun mort à déplorer lors de l’affrontement des deux monstres selon les médias, seuls quelques blessés mais aucun en état critique. La fédération Ether été incroyablement efficace pour contenir les hommes d’Hélios. Marie allait s’en sortir et Angéla, même si elle refusait de l’admettre, avait reconnu sa part de torts au fond d’elle. Tout aurait pu aller bien plus mal…

Finalement, épuisé par cette journée éprouvante, je finis par tomber de sommeil et m’endormir tout habillé.

Je fus réveillé le lendemain aux aurores par quelques rayons de soleil passant par ma fenêtre. Je n’avais vraiment pas dormi longtemps, mais des bruits de pas provenant du rez-de-chaussée ainsi que le mélange de plusieurs voix attirèrent ma curiosité et me poussèrent à me lever malgré la fatigue.

Dans le salon, je trouvai Violet, Elwood et Ryoko courant dans tous les sens à cause des médias qui continuaient à s’affoler sur tous les réseaux sociaux tandis que Darksky prenait son petit déjeuner avec sa sœur, l’air détendu et…Une minute, sa sœur ?

Je fis un bond de trois mètres en arrière en réalisant cela et je lâchai un cri de surprise, ce qui attira l’attention de tout le monde sur moi.

« Eh, Drago, tu as vu, ma sœur s’est réveillée ! S’exclama Darksky d’un ton bien plus enjoué que d’habitude.

-O…Oui, j’ai vu, difficile de ne pas le voir…Bégayai-je, ne sachant quoi répondre.

-Drago ? Répéta sa sœur à voix basse en fronçant les sourcils. »

Je dévisageai Marie, surpris d’une telle réaction de sa part. La jeune fille me fixait en fronçant les sourcils, l’air pensive. Elle donnait l’impression d’avoir déjà entendu parler de moi, ce qui ne m’aurait pas étonné si elle était captive d’Hélios connaissant l’obsession de ce type pour ma famille…

Cependant, après quelques secondes de silence, la sœur de Darksky se détendit et reprit la parole, changeant totalement d’attitude :

« Ravie de vous rencontrer ! S’exclama-t-elle avec un grand sourire.

– « Vous rencontrer » ? Répéta Darksky, sceptique. Tu t’es déjà présentée à…

-Ce n’est pas eux que je saluai, continua sa sœur, sans cesser de sourire. »

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et ma sœur apparut immédiatement à mes côtés, l’air tout aussi consternée que moi. Comment cette fille pouvait-elle savoir pour la présence de Théa ? Je n’en avais parlé à personne ! Pouvait-elle la voir elle aussi ?

Comme lisant dans mes pensées, Marie reprit :

« Si tu veux savoir, non, je ne vois pas les esprits et je ne lis pas dans les pensées.

-C…Comment…

-Tes émotions sont tellement visibles, tu es comme un livre ouvert, il en va de même pour la personne qui t’accompagne, lança-t-elle en riant. »

Je ne savais vraiment plus quoi penser concernant cette fille. Elle semblait pouvoir deviner toutes mes pensées et toutes mes actions et avait même pu détecter Théa…Peut-être possédait-elle un pouvoir particulier, ce qui aurait expliqué pourquoi Hélios la retenait prisonnière…

Mes réflexions furent rapidement interrompues par un bâillement provenant de derrière moi. En me retournant, je vis Angéla encore à moitié endormie, les cheveux en bataille, de grosses cernes entourant ses yeux entrouverts.

D’une démarche plus qu’aléatoire, elle parvint miraculeusement jusqu’à la table du salon, s’assit sur une chaise et commença à se servir en céréales tandis que je me prenais la tête dans les bras devant l’aveuglement de la blonde.

« Bonjour, Angéla, finit par dire Marie d’une voix tout aussi enjouée que pour moi. Bien dormi ?

-Bonjour Marie, répondit-t-elle en baillant. Ça allait, même si je dois t’avouer que quelques heures supplémentaires ne m’auraient pas fait de mal. »

Mais, alors qu’elle prenait une cuillerée de céréale, Angéla s’arrêta net et ouvrit enfin les yeux en grand avant de laisser tomber la cuiller qu’elle tenait dans les mains et de recracher tout d’un coup.

« Marie !? S’exclama-t-elle, les yeux exorbités. Quand est-ce que tu t’es réveillée ?

-Vers deux heures du matin je crois, lui répondit cette dernière en faisant semblant de réfléchir.

-Drago, Darksky, vous avez vu, Marie s’est réveillée, mon père avait raison finalement !

-Merci Captain Obvious pour cette information, raillai-je.

-J’ai le droit d’être étonnée alors qu’elle était dans le coma hier, rétorqua-t-elle en gonflant les joues. »

Marie se remit à rire de bon cœur. Mais Angéla n’avait pas tort, qui aurait cru que la sœur de Darksky se remettrait aussi vite alors qu’elle semblait à moitié morte en arrivant la veille.

« Je suis désolé d’interrompre ces heureuses retrouvailles, mais Marie, peux-tu nous expliquer comment tu as réussi à t’échapper ? Lui demanda soudainement Ryoko.

-Oh, mais je me souviens de vous, vous étiez ce type qui fabriquait des Shungite pour Hélios, c’est cela ?

-Oui, oui, mais passons ce détail peu glorieux, grogna le professeur en serrant les dents.

-Pour votre question…Il m’a simplement mis à la porte, répondit Marie en haussant les épaules.

-Pourrais-tu…Répéter ça, j’ai peur d’avoir mal compris…Hésita son frère pendant quelques secondes.

-Tu as très bien entendu Michael, je me suis simplement servi de mon pouvoir sur Hélios et ça lui a déplu donc il m’a dit de dégager, fin de l’histoire.

-Ton…Ton pouvoir ? Bégaya Angéla, déconcertée.

-Oh, tu ne leur en as jamais parlé Michael ? S’étonna Marie. »

Darksky grimaça, gêné tandis que sa sœur soupira.

« Comment tu as pu oublier ça…

-Je…Je n’y ai pas pensé, c’est différent, se défendit-il. Et puis, même moi je ne comprends pas ce don que tu possèdes.

-C’est pourtant très simple, il me suffit de voir quelqu’un pour comprendre ses véritables sentiments et émotions. Tout le reste n’est que déduction et suppositions.

-En effet, c’est très simple, tu crains vraiment Darksky pour ne pas comprendre ça ! S’exclama Angéla.

-J…Je ne t’ai rien demandé ! Répliqua-t-il en s’empourprant.

-Enfin, vous comprenez pourquoi Hélios m’a enlevée j’imagine, continua Marie en ignorant son frère. Mais bon, c’était amusant, il n’est vraiment pas celui qu’il parait être.

-Tu…Tu peux répéter ça s’il te plait ? M’étranglai-je, interdit.

-Il vous l’expliquera mieux lui-même j’imagine. »

Alors que nous la dévisagions tous comme si elle devenait folle, la sonnette d’entrée retentit et Violet fonça les sourcils, pensant aussitôt à la télévision ou un quelconque journal à sensation venant réclamer sa part du butin dans « l’affaire Ether » comme le drame était appelé sur les réseaux.

Elwood se leva prudemment et nous ordonna de rester là où nous étions pendant qu’il allait vérifier qui pouvait être notre invité surprise, et le dégager de force si besoin.

Cependant, alors que Darksky, Angéla et moi affichions des mines angoissées, Marie continuait à prendre son petit déjeuner, l’air détendue, comme si de rien n’était.

Tout à coup, j’entendis un cri provenant de l’entrée alors que la porte venait de s’ouvrir. Sans perdre une seconde, nous nous précipitâmes tous pour voir ce qui avait pu causer un tel raffut, mais Marie ne bougea pas d’un pouce.

Lorsque je vis qui se trouvait sur le pas de la porte, je crus que mon cœur allait s’arrêter de battre. Elwood, Ryoko et Violet étaient prêts à se battre, Angéla serra immédiatement son bracelet et Darksky écarquilla les yeux car, juste devant nous se tenait notre ennemi : Hélios.

Etrangement, ce dernier ne nous attaqua pas et resta calmement sur le pas de la porte, penchant la tête sur le côté, comme s’il était surpris d’un tel accueil. Plus étrange encore, il n’était ni accompagné, ni protégé et aucun Spiritual n’était à l’horizon.

« Si…Si vous êtes venus reprendre Marie, vous devrez me passer sur le corps ! S’exclama Darksky, prêt à se jeter sur lui s’il bougeait le petit doigt.

-Eh bien, quel accueil, on ne sait plus recevoir les gens à cette époque je vois, déclara le roi maléfique d’un ton neutre.

-Arrêtez de jouer à l’idiot Hélios et dites-nous ce que vous êtes venu faire ici avant que je ne vous fasse votre fête ! Rétorqua Angéla.

-Jouer à l’idiot ? Vous avez de bien drôles de jeux aussi, continua-t-il toujours aussi détendu.

-Hélios, que voulez-vous ? Finis-je par lui demander.

-Je veux beaucoup de choses mon cher Drago. »

Violet décocha un regard noir au roi qui frissonna.

« Bon, très bien, je ne suis pas venu ici pour parler, vous l’imaginez bien…du moins, je l’espère pour vous…

-Vous allez nous le dire oui ou non ? L’interrompit Angéla.

-Si je suis venu ici, c’est parce que j’aimerais me joindre à vous. »

Un long silence s’ensuivit, accompagné de réactions diverses. Darksky failli s’étrangler, Angéla éclata de rire, les adultes semblaient sceptiques et j’échangeai des paroles tacites avec ma sœur qui serait sûrement morte une seconde fois si elle avait pu.

« Vous…Vous pouvez répéter ? Lui demanda Darksky sous le choc.

-Tu as très bien entendu donc je ne le ferai pas.

-Pourquoi tout le monde me dit ça, râla ce dernier.

-J’imagine que je vais devoir vous expliquer mes raisons, soupira notre ennemi.

-Il vaudrait mieux, parce que pour le moment, la réponse est non, lança Angéla sèchement.

-Je ne veux pas perdre contre Shadow, voilà tout.

-Vous pensez vraiment que nous allons gober quelque chose d’aussi stupide ? M’étranglai-je.

-Et pourtant, il dit la vérité. »

Nous nous retournâmes tous vers l’endroit d’où provenait la voix ayant prononcé ces paroles insensées et nous vîmes que Marie venait de nous rejoindre, un croissant à la main, observant Hélios avec malice tandis que ce dernier grimaça en la voyant.

« ça faisait longtemps Hélios, lança-t-elle comme si elle revoyait un vieil ami.

-Pas assez longtemps à mon gout, répondit le roi avec un mouvement de recul. Si je t’ai libérée, ce n’est quand même pas pour te retrouver aussitôt !

-Je pourrais me plaindre moi aussi, j’ai assez vu votre tête et je me serais bien passée de revoir.

-Tu ne t’es pas regardée toi, tu avais une mine patibulaire à chaque fois que je venais !

-La faute à qui d’après vous ? »

Je regardai ce spectacle digne d’une dispute entre deux enfants de maternelle, interloqué. L’Hélios que nous avions face à nous ne semblait plus que le même que celui ayant invoqué Apophis la veille. Était-ce la véritable personnalité du roi ou essayait-il simplement de nous duper ?

En temps normal, j’aurais immédiatement opté pour la seconde option, mais l’attitude de la sœur de Darksky qui l’avait côtoyé tous les jours pendant deux ans me laissait sceptique. Cette conversation qu’ils avaient semblait bien trop spontanée pour qu’il n’y ait que de la comédie. C’était presque comme s’ils avaient l’habitude de se disputer de la sorte…

Pendant que les deux gamins se lançaient des piques, je fis signes aux autres de s’approcher discrètement.

« Bon, qu’est-ce qu’on fait de ce type alors ? Chuchota Angéla. Si vous voulez, je peux le virer en deux coups de pied au derrière !

-Attends un peu Angéla, si Hélios dit vrai, il pourrait être un allié de choix, répliqua Violet.

-Vous êtes en train de suggérer de lui faire confiance ? S’étrangla Darksky. Est-ce que je peux vous rappeler qu’il manipule tout le monde ?

-Pourtant…Ta sœur n’a pas l’air très inquiète de le voir, fis-je remarquer en tournant la tête vers Marie et Hélios.

-Faites comme vous voulez, mais je vous aurais prévenu, cracha l’ex sous fifre en nous tournant le dos.

-J’imagine que dans l’immédiat, nous ne pouvons pas refuser une telle proposition, même si c’est un piège, suggéra Elwood.

-Cela ne me plait guère d’accueillir le maitre de Sawyer mais l’avoir à nos côtés me semble une option plus qu’envisageable. Cependant, si cela se sait, tu vas avoir de gros ennuis avec les médias, Violet…

-Ne vous inquiétez pas pour moi, professeur. Je suis déjà au fond du trou à cause de cette affaire, je ne peux pas tomber plus bas, s’amusa la propriétaire. De toute façon, ça ne serait pas la première fois que l’on m’accuse à tort, je commence à avoir l’habitude. »

Le professeur lâcha un long soupir et finit par accepter l’idée à son tour.

Nous nous tournâmes tous en direction d’Hélios qui continuait à se disputer avec la sœur de Darksky et je toussai pour attirer leur attention.

« Hélios, nous avons pris notre décision et…

-Génial ! Vous avez entendu, on va pouvoir passer encore quelques moments ensemble ! M’interrompit Marie en donnant un coup de coude au roi.

-Tout compte fait, je vais m’éclipser je pense, on se revoit bien… »

Alors qu’Hélios tentait de s’enfuir, la sœur de Darksky le retint en lui attrapant sa cape et ce dernier s’écrasa face contre terre sous nos regards interdits. Je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer mais plus je restais aux côtés d’Hélios et moins je comprenais ses intentions.

« Vous n’irez nulle part, vous avez demandé, vous assumez maintenant, déclara Marie avec un sourire sadique.

-Darksky, s’il te plait, dis à ta sœur de me lâcher ! Supplia Hélios qui tentait de ramper pour échapper aux prises de Marie.

-Ça vous apprendra à enlever ma sœur, et je vous dis bonne chance avec elle, répondit ce dernier en tournant les talons et rentrant à l’intérieur du manoir. »

Devant cette scène ridicule, Angéla s’approcha de moi et me chuchota à l’oreille :

« Drago, tu es sûr que nous avons bien fait de recruter un guignol pareil ? Il pourrait être gênant à la longue.

-Je ne sais pas, mais je préfère toujours voir ça qu’un dieu maléfique qui détruit tout un stade, soupirai-je, fatigué.

-Dans ce cas, je vais aller en rajouter une couche moi aussi ! »

Avant même que je n’aie eu le temps de tourner la tête, Angéla se précipita vers Hélios et Marie et fit une sorte de prise de judo au roi qui visiblement, ne s’y attendait pas et se retrouva une fois de plus le nez dans la boue.

« Quel étrange spectacle, déclara soudainement Théa, perplexe. Je me demande si quelqu’un ici se souvient de qui est vraiment Hélios.

-Je suis sûr qu’ils s’en souviennent tous, et c’est justement pour ça qu’ils agissent de la sorte, lui répondis-je.

-Je ne me souvenais pas que tu étais sociologue.

-Je ne le suis pas, j’aurais juste agi de la même façon qu’eux à leur place. »


Le reste journée passa à peu près de la même façon. Nous avions prévu de nous entrainer pour notre prochain match, mais l’arrivée d’Hélios chamboula nos plans, si bien qu’à la place, nous dûmes faire garderie…du moins, c’est l’impression que j’eus à courir dans tous les sens.

Entre Angéla et Marie qui poursuivaient le roi pour je ne sais quoi, je devais être constamment sur le qui-vive. Heureusement, Darksky semblait bouder dans son coin…même si un peu d’aide aurait été la bienvenue.

Vers dix-sept heures, je finis par m’écrouler dans l’un des fauteuils du salon, trop épuisé pour continuer et je laissai Hélios se débrouiller seul pendant qu’il essayait d’échapper à Marie.

C’était vraiment ce type qui faisait régner la terreur la veille encore ? Difficile à croire même en le voyant. On aurait vraiment dit qu’Hélios possédait deux visages totalement opposés : l’un cruel et sans merci, celui m’ayant attaqué à mon arrivée, et l’autre enfantin, voire même boulet sur les bords, celui que Marie avait dû côtoyer durant sa captivité.

Un souvenir me traversa alors l’esprit. Ce n’était pas la première fois que je remarquai cette double personnalité. Lors de notre duel en duo avec Angéla, Hélios avait également subitement changé d’attitude lorsque cette chose sombre s’était élevée derrière lui…Se pouvait-il qu’Hélios n’ait pas agi seul depuis le début ?

« Hélios, votre petit jeu ne marchera pas avec moi, marmonna Darksky qui me fit sursauter.

-De…Depuis quand tu es là toi ? Bafouillai-je, ne l’ayant même pas vu arriver.

-Drago, rassure-moi et dis-moi que je ne suis pas le seul à douter.

-Je n’ai que très peu de confiance en lui…Mais ta sœur, elle a bien dit qu’elle pouvait voir les véritables intentions des gens ? Si Hélios essayait de nous prendre par surprise, tu ne penses pas qu’elle l’aurait senti depuis le début ?

-Marie ne lit pas dans les pensées, tu l’as entendu toi-même. Il suffit qu’Hélios ait appris à la duper pour qu’on croie justement à sa bonne foi, rétorqua-t-il, toujours aussi méfiant.

-Tu ne penses pas que tu vas un peu loin ? S’il savait faire ça, pourquoi l’aurait-il renvoyée aussi subitement ?

-Va savoir, ce type est tordu, il ne faut pas lui faire confiance. »

Sans ajouter un mot, Darksky tourna les talons et remonta dans sa chambre sans adresser un seul regard au roi qui venait d’entrer dans la pièce, essoufflé. Ce dernier referma précipitamment la porte dans l’espoir d’avoir quelques instants de répit.

-J’aurais mieux fait d’aller régler mes comptes avec Shadow, ça aurait été moins fatigant, haleta-t-il en reprenant son souffle.

« Mais…Qu’est-ce que vous fabriquez depuis tout à l’heure ? Lui demandai-je, curieux de connaitre la raison de tout ce remue-ménage.

-Je crois que Marie veut continuer à lire en moi et Angéla…Je crois qu’elle veut simplement me tuer…

-C’est…Compréhensible après ce que vous avez fait, lui répondis-je sans savoir vraiment quoi dire.

-Ouai, ouai, je sais tout ça, mais j’ai quelque chose d’amplement plus important qui me tracasse !

-Qu…Quoi donc ? Bégayai-je, m’attendant déjà au pire.

-Darksky, je crois qu’il ne me fait pas confiance du tout… »

Je restai quelques instants à fixer Hélios d’un regard vide sans rien dire, ayant eu peur d’avoir compris quelque chose de travers, mais le roi en rajouta une couche.

« Bon, c’est vrai que je l’ai trahi, mais c’est mon f…enfin, maintenant que nous sommes à nouveau dans le même camp, je pense qu’il serait bon que nous nous fassions tous confiance !

-Est-ce que…vous vous êtes entendu au moins ? Soupirai-je, désespéré.

-C’est pour ça que j’ai eu une idée qui devrait nous permettre de nous rapprocher ! Continua Hélios en m’ignorant totalement.

-Je crains déjà le pire…

-Mais je ne te le dis pas tout de suite. Je voudrai juste que demain à la première heure, vous vous rassembliez tous devant le château ! Tu penses pouvoir le faire ?

-Ça sent le plan foireux à plein nez… »

Sur ces belles paroles, Hélios s’éclipsa et Marie et Angéla rentrèrent dans le salon une seconde plus tard.

-Ah vous tombez bien vous deux, demain Hélios nous donne rendez-vous aux aurores devant le château.

-Ce boulet a accepté finalement, il veut sa revanche, il l’aura ! S’exclama Marie en éclatant de rire.

-Se revanche ? Sur quoi ?

-Oh, tu verras demain Angéla, mais on va s’amuser ! Surtout avec Michael, je prépare mon appareil photo. Ça ira dans le dossier que j’ai déjà sur lui !

Je comprenais de moins en moins ce qu’il se passait, mais visiblement, la surprise d’Hélios n’en était pas vraiment une. En un sens, j’étais rassuré. Si Marie savait de quoi il parlait, cela ne pouvait pas être si terrible que ça.


Nous allâmes ainsi tous nous coucher de bonne heure après un diner mouvementé entre Hélios qui mangeait comme quatre, Darksky qui faisait la tête et Angéla qui complotait avec Marie dans leur coin. Du moins, c’était ce qui était prévu. Comme je n’arrivais pas à trouver le sommeil, j’avais décidé de me rafraichir l’esprit avec une bonne boisson. Mais alors que je m’apprêtais à remonter dans ma chambre, je vis la porte de la bibliothèque entrouverte et remarquai que la lumière était restée allumée.

Par réflexe, je voulus éteindre la pièce mais alors que je m’en approchai, j’entendis un bruit de papier provenant à l’intérieur, comme si quelqu’un feuilletait un vieil ouvrage.

Je passai timidement la tête à l’intérieur et là, j’y vis le professeur Ryoko, assis à son bureau, les yeux rivés sur ce qui me semblait être un vieil album photos.

Mon arrivée le tira de ses pensées. Il tourna la tête vers moi avant de lâcher un long soupir fatigué.

« Oh, ce n’est que toi Drago. Tu ne dors pas à cette heure-ci ?

-Non, et vous non plus à ce que je vois.

-Oui. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil…Ce qu’il s’est passé hier et aujourd’hui…tout cela me fait remonter de mauvais souvenirs.

-C’est en rapport avec la catastrophe d’il y a vingt ans ? »

D’un signe amical, le professeur me fit signe d’approcher. Je réprimais un hoquet de surprise. L’album photo qu’il tenait entre les mains était ancien. Les photos contenues à l’intérieurs remontaient à vingt ans pour les plus récentes, presque trente pour les plus anciennes. Sur toutes, je pouvais reconnaitre Violet dans sa jeunesse, entourée de personnes souriantes et joyeuses, tantôt à l’école, tantôt dans un laboratoire, tantôt à l’université. Je pouvais également voir sur plusieurs d’entre elles le professeur, à l’époque encore jeune et l’air bien plus déjanté que maintenant.

« Ma pauvre Violet en a traversé des épreuves dans sa vie…

-Dites, professeur, comment avez-vous rencontré Violet si ce n’est pas indiscret ?

-Tu serais prêt à écouter les mémoires d’un vieil homme accablé par les tourments des années, Drago ? Alors assieds-toi, et écoute attentivement. Ecoute l’histoire de cette femme qui a bâti un empire sur les ruines d’un royaume déchu. »




Violet Leblanc, aux origines d’un Empire


Prologue



Spoiler :



Des flammes. De la fumée. Un cratère. Des pleurs. Du sang. De la peur. Des sirènes de pompier. Une odeur nauséabonde de mort. Une immense faille scindant la terre en deux. Un colosse sortant des entrailles de la planète.

Telle était l’image qui me hantait à nouveau. Ce jour-là, ma vie avait basculée. Ce jour-là, le monde avait souffert. Ce jour-là, le destin avait été ébranlé. Ce jour-là, le réacteur de Kvantiki avait implosé.

Tout était allé si vite. Je n’avais rien pu faire pour éviter la catastrophe. Et aujourd’hui, le drame s’était reproduit.

Une fois de plus, malgré tous les efforts, tout le temps et tout l’argent que j’avais mis dans la création de cette fédération, j’avais été incapable de prévenir le chaos.

J’étais assise à mon bureau, dans cette immense pièce qui me servait de chambre désormais, seule, comme je l’avais toujours été depuis vingt ans, perdue dans mes pensées.

Je regardais fixement les trois cadres photos posés devant moi, ces trois photos marquant les trois périodes les plus heureuses de ma vie, avec regret et nostalgie.

A côté de moi, les notifications pleuvaient en masse, dans un flot interrompu de bip sonore. Vingt ans avaient passé et pourtant, rien n’avait évolué.

Mais je ne devais pas me laisser distraire par la bêtise humaine. Dans ce reflet désagréable du passé qui s’offrait à moi, un élément avait changé. Et cet élément, c’était moi, Violet Leblanc.

Je n’étais plus la scientifique naïve et fragile de cette époque. J’étais la présidente et fondatrice de la fédération Ether, l’organisation la plus influente de France, et parmi les plus puissantes mondiales.

Ce scandale à cause d’Hélios n’était qu’une pluie battante dans l’océan que je devais traverser afin de rejoindre l’homme qui avait sombré par ma faute lors du « Purple Requiem » de Yokohama qui avait scindé Tokyo en deux.

Si je devais chavirer, alors j’allais continuer mon périple à la nage. Il était hors de question de s’arrêter après toutes ces années alors que je touchais du doigt mon but.

Tout en repensant au passé, j’attrapai l’un des cadre photo d’une main et ne pus m’empêcher de sourire bêtement en revoyant cette bande de joyeux étudiants que nous étions.

Lentement, je passai mes doigts sur la vitre et m’arrêtai sur le visage d’un de mes anciens camarades en particulier.

« Ne t’inquiète pas, bientôt, je laverai ton nom tout comme tu as lavé le mien, Namatame Soichiro. »


Violet : Naissance



Spoiler :



Une journée comme les autres au laboratoire de l’école venait de commencer. Le club de science, ou plutôt l’équipe technologique et historique de l’académie Rikoukei, s’était rassemblée comme chaque jour afin de planifier les activités pour la fin de l’année qui approchait à grand pas.

Nous étions chargés de toute l’organisation – et quand je disais toute, je parlais bien de faire le travail de l’administration à sa place grâce aux brillantes idées de notre bien aimé fondateur – de la cérémonie de fin d’année.

Mais entre la théorie et la pratique existait un fossé abyssal et cela faisait maintenant presque une semaine que nos réunions tournaient en rond.

Alors que Akame, le savant fou du club, souhaitait utiliser de la TNT en guise de feu d’artifice, Laure, la maniaque de chimie et fan de peluches, penchait plutôt pour le laisser se débrouiller seul. Hakaze, la fiancée de notre superviseur, toujours en troisième année depuis sept ans, voulait faire un copier-coller des sept précédentes cérémonies Masamune, l’homme à tout faire et amateur de thé, voulait transformer ce jour en banquet géant et nous imposait par la même occasion de faire la cuisine pour tous les élèves, professeurs et corps enseignant.

J’ignorais ce qui me retenait dans ce club stupide, sincèrement. Heureusement, notre leader, Soichiro Namatame, relevait légèrement le niveau. Il était le plus normal de la bande bien que facilement influençable.

Il était encore tôt ce jour-là…enfin, tôt pour cette bande de cas désespérés. Car pour moi, Midi était une heure plus que raisonnable pour commencer les réunions. Mais malheureusement, seuls Soichiro et notre superviseur, le professeur Ryoko Seiu, semblaient partager le même avis que moi.

Lorsqu’une explosion au bâtiment principal retentit, je me pris la tête dans les bras et le professeur lâcha un long soupir avant de se lever pour aller constater les dégâts causés par Masamune et Akame.

Mon portable vibra au même instant et je reçus un message de Laure qui s’excusait pour leur « retard imprévu ».

« Quelle bande de bras cassés, grognai-je sans même ouvrir complètement ce SMS. Qu’est-ce que je fais encore là ?…

-Je me le demande moi aussi. Ca doit être au moins la septième fois de la semaine que tu me poses la question, me répondit Soichiro d’une voix légère.

-Ce club est stupide. Il ne nous apporte rien de bon à part des heures de colles et des avertissements.

-Vraiment ? Dans ce cas, pourquoi ton fond d’écran est-il cette photo que nous avons prise tous ensemble il y a trois ans ? »

Je ne pus m’empêcher de sourire en regardant ladite photo sur mon téléphone. C’était vrai…Pourquoi l’avais-je mise en fond d’écran ? Je ne le savais pas moi-même.

Malgré tout ce que je pouvais dire, je me souvenais parfaitement du jour où le club s’était formé. L’enchainement d’action qui lui avait donné naissance était tellement improbable d’un point de vue statistique qu’il n’aurait jamais dû se former… Et pourtant, j’étais là, dans cette chambre miteuse réaménagée en laboratoire, en compagnie de Soichiro, préparant le festival de fin d’année.

« Le destin est décidément bien étrange… »


Je marchais dans le long couloir de l’académie, un lourd dossier sous le bras, en direction du bureau de direction. L’endroit était tel que me l’imaginais depuis maintenant dix ans. D’immenses baies vitrées, un sol flambant neuf, des murs placardés d’affiches et d’offres d’emplois, une odeur de produit d’entretien embaumant l’air ambiant et des étudiants courant dans tous les sens.

A mon passage, les élèves s’écartaient et les murmures s’élevaient mais je n’y prêtai pas attention. Il fallait dire que je devais paraitre étrange pour eux. Après tout, je n’étais pas habillée de l’uniforme de l’école mais d’une simple blouse de laboratoire au-dessus d’une chemise et d’un jean tout ce qu’il y avait de plus classique.

Et pour cause. Ce jour-là était ma première journée en tant qu’étudiante à Rikoukei, la plus prestigieuse académie scientifique au monde, située à Yokohama, près de Tokyo.

J’avais rendez-vous avec l’un des plus éminents professeurs de l’académie, le professeur Ryoko Seiu, un vieil ami de mes parents, grâce à qui j’avais pu rentrer sans même passer le test d’admissibilité. Après tout, je n’aimais pas le faire valoir auprès des autres, mais j’étais sortie diplômée du bac à quinze ans seulement et ce n’était pas les offres qui manquaient quant à un choix pour mes futures études.

Toute ma vie, j’avais reçu une éducation assez stricte, fortement axée sur les études. Mes parents, bien qu’aimants, n’avaient que peu de temps à me consacrer à cause de leur travail. C’était donc mon majordome, Elwood, qui s’était occupée de moi depuis ma plus jeune enfance.

Malheureusement, être fille de millionnaire avait aussi ses défauts, si bien que peu de gens osaient m’approcher au collège et au lycée, de peur d’avoir des ennuis s’il m’arrivait quoique ce soit. C’était en grande partie pour cela que j’avais choisi de faire mes études supérieures à l’étranger, loin de la France, là où personne ne me connaissait.

Finalement, j’arrivais devant le bureau de celui qui allait devenir mon superviseur. Je frappai trois fois à la porte et une voix grave m’invita à entrer.

Pour quelqu’un qui était l’un des scientifiques les plus éminents de notre siècle, son bureau était franchement… Quelconque. Un petit vingt mètres carrés tout au plus où s’entassaient dossiers éparpillés ainsi que livres et papiers en tous genres. Il n’y avait qu’un bureau, assez petit pour quelqu’un de son rang, et deux chaises pour recevoir ses élèves comme moi. Au moins, il pouvait profiter de la magnifique vue sur la mer et sur la centrale en construction.

Le professeur, lui, était tel que dans mes souvenirs brumeux de lui. Un grand homme d’une trentaine d’année, au visage assez mince et aux longs cheveux tombant sur son front de manière désordonnée. Ses grands yeux bleus respiraient la bienveillance à mon égard.

Il m’attendait, les jambes croisées tout en fixant l’océan, assis sur sa chaise à roulettes, elle aussi, très quelconque.

« Ah, mais si ce n’est pas cette chère Violet Leblanc, déclara-t-il d’une voix franche et heureuse. Je ne t’attendais pas aussi tôt tu sais. Mes parents m’ont à peine prévenu de ton arrivée que je te vois déjà à l’académie !

-Bonjour professeur, lui répondis-je solennellement en m’inclinant. Effectivement, je suis arrivée hier mais si je suis venue au Japon, ce n’est pas pour faire du tourisme.

-Je reconnais bien là le génie que tu es ma chère enfant. Toujours aussi sérieuse, cela fait plaisir à voir ! S’amusa l’homme. La détermination, le travail et le sérieux sont deux valeurs que nous prônons, ici, à l’académie Rikoukei, je suis certain que… »

Au même moment, une explosion provenant de notre bâtiment retentit et coupa la parole au scientifique. Je sursautai, pensant à une attaque mais le professeur, lui, resta de marbre et lâcha simplement un long soupir.

« Masamune…Pourquoi me fais-tu passer encore pour un clown…

-Je vous demande pardon ? C’était normal cette explosion ? M’étonnai-je en fronçant les sourcils.

-Normal, non. Habituel, oui. Mais passons, tu t’y feras très rapidement je pense. »

J’étais sceptique. Pour une première impression dans cet établissement mondialement réputé, il y avait mieux. Mais peut-être était-ce le fameux « esprit d’innovation » qui était le plus grand atout de l’académie. C’est pourquoi, je décidai de ne pas relever.

Rien d’étrange ne survint durant la suite de l’entretien. Après avoir échangé quelques banalités, le professeur prit mon dossier et me donna mon uniforme, ma carte d’accès aux différents bâtiments, mon emploi du temps ainsi que les clés de ma chambre.

« Voila, tu es donc officiellement élève à l’académie Rikoukei ma chère Violet. Si tu as la moindre question, n’hésite pas à me demander. Je passe le plus clair de mon temps dans ce bureau en attendant la construction du nouveau réacteur.

-Justement, j’avais une question professeur. J’ai cru voir que votre club de science possédait une réputation certaine et avait remporté de nombreux prix. J’aimerais beaucoup l’intégrer et participer à ces activités qui me semblent passionnantes. »

Ryoko grimaça lorsque j’évoquais ce club puis se saisit d’un stylo qui se trouvait à sa portée et commença à le faire tourner frénétiquement entre ses doigts d’un air contrarié.

« Je suis effectivement le superviseur de ce club, me répondit-il. Et il reste également de la place…Beaucoup trop de places depuis la dernière promotion.

-Parfait. S’il y a des formalités à remplir, je les ferais sur le champ. »

Ryoko se mordit la lèvre.

« Avant de prendre une mauvaise décision, je t’invite à aller voir par toi-même ce qu’il en est, reprit-il, peu serein. Il y a des choses…qu’il faut voir pour les croire. »

Je penchais la tête sur le côté, intriguée. Pour toute réponse, l’ami de mes parents m’indiqua simplement la salle de club d’une croix rouge sur le plan de l’école, et précisa longuement que l’infirmerie était toute proche en cas de problème.

Sur le moment, je ne compris pas ses paroles et pris la direction qu’il m’avait indiquée, encore ignorante de l’absurdité de ce monde.


La salle de club se trouvait légèrement en retrait par rapport à l’académie, dans un bâtiment perdu au milieu des arbres et de la végétation. Si j’y étais allée directement, c’était surtout parce qu’elle se trouvait non loin des dortoirs… pour ne pas dire dans les dortoirs.

Mais alors que j’approchais de ma destination, quelqu’un me bouscula et me fit tomber face contre sol.

Génial. Dès mon premier jour, je me retrouvai couverte de boue alors que j’avais acheté des vêtements flambant neufs pour l’occasion.

Je cherchai du regard l’énergumène qui m’avait bousculée mais tout ce que je vis fut une blouse de laboratoire disparant entre les talus.

J’avais bien envie d’apprendre la politesse à cette personne quand je m’aperçus qu’elle avait laissé tomber quelque chose derrière elle. Une sorte de…barre enroulée dans de l’aluminium.

Lorsque je la pris dans ma main, je constatais qu’elle était chaude. Était-ce son sandwich pour le déjeuner ?

Sans trop savoir pourquoi, je pris l’objet et le mis dans mon sac avant de reprendre ma route.

Je marchais encore cinq bonnes minutes dans cet immense parc, entourée de verdure et bercée par les chants des oiseaux. Les gens étaient peut-être un peu étranges ici mais je devais reconnaitre que le cadre était magnifique. Exactement tel que les brochures le vendaient.

Finalement, j’arrivai devant ce qui était censé être la salle du club de sciences. Un laboratoire futuriste, pleinement équipé des dernières technologies de pointe, flambant neuf et…Et une minute, ce n’était qu’une remise !

Je regardai plusieurs fois le plan que m’avait donné le professeur, à l’endroit, à l’envers, par derrière et même en miroir mais rien n’y faisait. Cette cabane de jardin miteuse était la salle d’opération du plus grand club de sciences au monde.

Pour couronner le tout, le toit semblait avoir explosé récemment. De la fumée s’échappait de la charpente et par terre gisaient quelques tuiles carbonisées.

J’eus un temps d’arrêt. Peut-être devais-je faire demi-tour tout compte fait. J’avais encore pleinement le temps de découvrir les locaux. Après tout, je n’étais qu’à mon premier jour. Je m’étais certainement perdue en chemin. Mieux valait réessayer plus tard et…

Alors que j’avais déjà tourné le dos à ces ruines, prête à repartir, une nouvelle explosion retentit à quelques mètres de moi. Des bouts de verres volèrent tout autour de moi et vinrent se planter dans les troncs d’arbre comme des shurikens.

Je me figeai. Je n’osai plus faire un geste. Un mètre plus à gauche et j’aurais été tuée sur le coup.

Derrière moi, une porte s’ouvrit en grinçant et une voix aigue mais ferme prit la parole.

« Akame, sombre crétin ! Je t’ai demandé du Sodium Solide, pas ton gouter !

-C’est bon, j’ai confondu, ça arrive à tout le monde, Laure ! Geint un autre. J’ai emballé les deux dans de l’aluminium !

-Les…les gars…Je me sens pas bien… »

N’osant toujours pas me retourner, j’entendis ensuite un corps que l’on trainait au sol, puis le bruit de roulettes sur le gravier et enfin, un brancard passa en trombe à côté de moi, poussé par un scientifique aux airs crétins et une fille aux longs cheveux sombres.

Ils continuèrent leur route sans même me voir alors que l’un de leur compagnon gisait sur ce brancard en se plaignant comme un enfant.

Alors que les trois élèves sortaient de mon champ de vision, je restai bouche bée, ne sachant pas si je devais être effarée, effrayée ou juste inquiète pour eux.

« Fais comme si tu n’avais rien vu Violet, cela sera mieux pour tout le monde… »

Je sursautai en entendant mon nom. Cependant, j’avais reconnu cette voix. Et en me retournant, le visage de la personne qui me faisait face me rassura un peu.

C’était celui d’une femme de vingt-cinq ans, aux longs cheveux de feu et aux yeux bleus comme l’azur. Son nez était droit, reflétant ses origines européennes tandis qu’une fine touche de maquillage faisait ressortir ses joues roses comme à son habitude.

Comment je savais tout cela ? Tout simplement car il s’agissait ni plus ni moins que de la femme du professeur Ryoko.

« Hakaze ? M’étonnai-je. Qu’est-ce que tu fais ici ? Et qui étaient…

-Je suis élève de cette école moi aussi, tu ne vois pas mon uniforme ? Me coupa-t-elle joyeusement.

-Elève ? Tu as redoublé combien de fois pour être encore étudiante ?…

-Sept fois ! Répondit fièrement la femme. Et comme tu peux le voir, je suis également membre du club de science de l’école ! »

Elle pointa du doigt une sorte de pins doré accroché à sa blouse de laboratoire représentant une spirale légèrement en relief que je reconnus comme étant le symbole de l’Ether, le cinquième élément.

« Et ne me dis pas que…

-Ah, désolée que tu aies dû voir cela. Les trois personnes qui sont passées sont aussi membres malheureusement… »

Je lâchai un long soupir et me pris la tête dans les mains.

Alors je ne m’étais pas trompée. Je comprenais pourquoi le professeur m’avait avertie. En quelques minutes, l’image que j’avais de la plus prestigieuse académie au monde venait de voler en éclats, et ce, à peine quelques heures après mon arrivée.

« Bien, j’étais contente de te revoir, Hakaze mais je pense que je vais retourner dans mon dortoir, je dois…

-Attends Violet ! Tu étais venue pour voir le club de sciences je me trompe ? Même si les trois idiots sont hors course, je peux te faire visiter !

-Non, vraiment, je ne veux pas…

-Ne fais pas ta timide parce que tu es plus jeune, nous t’accepterons comme tu es ! De toute façon, tout le monde est étrange ici, tu te sentiras bien avec nous !

-Comment ça ? je ne suis pas… »

La femme du professeur ne me laissa pas terminer et m’entraina de force à l’intérieur de la bicoque fumante et sans fenêtre.

Aussitôt, une odeur nauséabonde de Sulfure d’hydrogène, autrement dit d’œuf pourri, envahit mes narines.

Par réflexe, je me couvris le visage avec la manche de ma blouse, espérant juste que la visite soit aussi courte que cette baraque était minable.

De toute façon, il n’y avait plus grand-chose à voir. Tout avait soit brûlé, soit était tellement quelconque que je ne m’attardais pas dessus. Ici, pas de réacteur surpuissant, de machines à RMN ou de microscope à effet tunnel. Rien que des tables, quelques chaises, un tapis brûlé, une cuisine digne d’une apocalypse et…Un garçon assis par terre.

Je m’arrêtai plusieurs secondes sur lui. Il était tellement absorbé par ses travaux qu’il ne nous avait même pas remarquées. A vrai dire, il n’avait même pas l’air d’avoir pris conscience de son environnement de travail.

Il était assez différent de toutes les autres personnes que j’avais croisées jusqu’ici. Ses cheveux étaient coupés courts, presque de façon militaire et laissaient voir un front dégagé ainsi que deux grands yeux verts. Son expression ne laissait paraitre aucune émotion. S’il ne bougeait pas ses mains sur l’objet qu’il étudiait, j’aurais pensé qu’il s’agissait d’une statue.

Hakaze toussa pour attirer l’attention du garçon et il leva finalement la tête vers nous. Et lorsque nos regards se croisèrent, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Ses yeux…Ils dégageaient un charisme certain, une force que peu de personne en ce monde pouvaient se venter de posséder… Mais également une tristesse infinie…

« Toi…là… »

Je sursautai. Sa voix était fidèle à son regard. Lente, grave, remplie de sagesse, comme celle d’un homme ayant surmonté de nombreuses épreuves difficiles pour en être sorti bien plus fort que n’importe qui.

« Je…Je m’appelle Violet Leblanc…Bégayai-je, totalement déroutée.

-Violet, je te présente Soichiro Namatame, le président du club. Tu pourrais être un peu plus amical quand même, gronda Hakaze.

-Alors c’est toi qui as…

-C’est moi qui…Déglutis-je, écrasée par le charisme de l’homme.

-C’est toi qui as ramassé les barres d’Uranium d’Akame… »

Mon cerveau lâcha l’affaire pendant une seconde. Puis, lorsque je réalisais les paroles du Soichiro, un seul mot sortit de ma bouche.

« QUOI ?! »



Violet : Premiers pas



Spoiler :



Hakaze passa plusieurs fois sa main devant mon visage dans l’espoir de me faire revenir à moi mais je n’avais aucune réaction, à la fois parce que j’étais consternée par ce que ce garçon venait de dire, et à la fois parce que j’étais pétrifiée à l’idée d’avoir une substance aussi mortelle à quelques mètres de moi.

Sans dire un mot de plus, le dénommé Soichiro se leva et s’empara de la matière radioactive qui dépassait de mon sac, l’empoignant à mains nues sous mes yeux ébahis.

Toujours muet comme une carpe, il retourna s’asseoir au milieu du cratère et, après avoir déballé la barre d’uranium sans aucune protection, il la plongea dans l’appareil qu’il était en train de construire. Là, pour la première fois depuis cinq minutes, son visage s’illumina d’un léger sourire lorsqu’il vit une lueur verdâtre émaner de sa boite.

« Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué que cela finalement. »

Agissant comme si nous n’étions pas là, Soichiro continua son expérience et claqua des doigts. Aussitôt, le cube se transforma en une sorte de pierre sombre fluorescente tandis que le sourire de l’homme ne cessait de s’agrandir.

Malgré l’absurdité de ce que j’avais devant les yeux, j’étais étrangement fascinée par les travaux de ce fou dangereux. J’ignorais quelle était sa finalité mais en intégrant Rikoukei, c’était ainsi que j’imaginais ma vie. Certes, avec un peu plus de protections, mais l’idée était là. Découvrir, innover, tester, échouer et tout recommencer. Tels étaient les espoirs que j’avais en cette académie.

Soudain, le petit objet se mit à fumer avant de disparaitre dans le néant, ne laissant rien derrière lui, pas même une particule de poussière. La pierre avait été purement et simplement annihilée.

« Encore raté…Soupira le garçon, dépitée.

-C’était impressionnant. Quel était le but de l’expérience ? »

Soichiro poussa un cri de surprise et tomba à la renverse. Le pauvre ne m’avait même pas entendue arriver. Mais j’étais tellement intriguée que je n’avais pas pu m’empêcher de me rapprocher de lui pour voir l’expérience de plus près.

« Un cube pour canaliser l’énergie, grommela-t-il en guise de réponse.

-Avec de l’Uranium ? C’était en quelle matière ? Et pourquoi du nucléaire ? C’était quoi cette transformation étrange ? Sais-tu ce qu’il s’est passé à la fin ? Est-ce que tu pourrais me donner les plans de tes projets pour que j’y jette un œil ?

-Je…euh… »

Le jeune homme grimaça, gêné tandis qu’Hakaze riait légèrement en nous voyant. Je ne comprenais pas vraiment ce qui avait engendré une telle réaction chez eux, mais je m’en fichais. Je voulais simplement comprendre cette expérience.

« Si tu rejoins notre club, tu auras toutes les informations nécessaires, me lança Hakaze, l’œil brillant. Alors, qu’en dis-tu ? »

J’étais sur le point d’accepter sans réfléchir lorsque soudain, la porte du laboratoire… ou plutôt le bout de bois qu’il restait, s’ouvrit et se fracassa contre le sol.

Nous nous retournâmes en sursaut pour voir entrer le professeur Ryoko, les yeux ronds, l’air, non pas interdit par ce spectacle, mais simplement désespéré.

« C’est plus grave que ce que je croyais…Lâcha-t-il d’une voix lasse. Heureusement, personne n’est blessé…

-Je crois que Masamune a perdu un œil mon chéri, rectifia Hakaze dans le plus grand des calmes. »

Le professeur soupira.

« Ça lui apprendra à mélanger le sodium et l’eau. Je lui avais dit que l’énergie libérée était bien trop instable pour être récupérée. Combien de grammes de Sodium au passage ?

-500 ? Hasarda la femme du professeur.

-500 grammes de gâchés…Au moins il n’a fait exploser que votre laboratoire, c’est déjà ça…

-Heureusement que Soichiro avait son spiritual sinon nous étions bons pour l’hôpital ! Lança celle qui se disait adulte dans un grand éclat de rire. »

Tout compte fait, j’allais peut-être réfléchir à deux fois avant d’intégrer ce club étrange. Même si certaines expériences semblaient passionnantes, je n’étais pas prête à jouer ma vie avec une bande de cinglées.

Cependant, ce que déclara par la suite le professeur me fit réfléchir une troisième fois.

« Et sinon mon cher Soichiro, où en est ton réacteur perpétuel ? Ça avance ?

-Comme vous pouvez le voir professeur…Je crois qu’à défaut de créer un canalisateur d’énergie, j’ai créé un téléporteur vers Izrath…

-A…Attendez, qu’est-ce que c’est que ces histoires ? M’étranglai-je. Un réacteur perpétuel ?! Un téléporteur vers Izrath ?! Vous tentez vraiment de créer de telles choses ici ?!

-Ah, Violet, j’avais oublié de te parler de ce détail. Voici Soichiro Namatame, l’esprit le plus brillant de notre Académie. Comme toi, il est entré sur dossier tant ses résultats étaient phénoménaux. Je pense très sincèrement que dans cette pièce sont réunis deux des plus grands esprits de ce siècle !

-En vérité…Je ne comptais pas créer de téléporteur, c’était une simple erreur de calcul. Il faudra que je me replonge dans mes recherches, déclara Soichiro en ignorant totalement les compliments de Ryoko.

-Laisse-moi t’aider ! M’exclamai-je alors, des étoiles brillant dans mes yeux. Si tu réussis à construire ce réacteur perpétuel, je veux pouvoir participer à sa conception aussi !

-Je n’aime pas particulièrement travailler en…

-Mais c’est une superbe initiative que tu as là Violet ! Je suis heureux de voir que tu t’intègres aussi rapidement parmi ces dégé…euh, je veux dire, au sein de notre académie ! A présent, si tu veux bien m’excuser, je vais voir comment se portent des esprits légèrement moins… brillants et beaucoup plus turbulents… »

Sur ces mots, le professeur prit congé, accompagné d’Hakaze qui le suivit jusqu’à l’infirmerie. Ce qui ne laissa plus que Soichiro et moi dans cette salle dévastée.

Aussitôt, un profond malaise s’installa entre nous. Le garçon ne semblait vraiment pas aimer communiquer et moi, chaque fois que je le regardais dans les yeux, j’étais écrasée par le charisme qu’il dégageait.

Finalement, après de longues minutes de silence gênant, le garçon finit par se lever et alla chercher une petite boite ayant miraculeusement survécu au milieu des débris. Là, il en sortit un pin semblable à celui d’Hakaze et me le tendit sans me regarder.

« Bienvenue dans le laboratoire E.T.H.E.R, euh…

-Violet. Violet Leblanc, lui répondis-je en prenant son badge, mal à l’aise.

-Je te préviens, tu viens de mettre les pieds dans un monde totalement à part. Je te conseille de te préparer si tu ne veux pas devenir aussi folle que les autres membres.

-Merci du conseil mais je ne suis pas ici pour me faire des amis, rétorquai-je d’une voix bien plus froide que je ne l’aurais voulu. Je suis ici pour faire avancer la science et aider l’humanité à évoluer dans le bon sens.

-Dans ce cas, tu t’es trompé d’adresse. Masamune et les autres font plutôt régresser l’humanité au stade d’homme des cavernes…Me répondit le garçon d’une voix éteinte. Enfin, puisque tu es là, je compte sur toi pour être plus efficace qu’eux, gamine.

-Qui est-ce que tu traites de gamine ?! M’offusquai-je. Je suis peut-être plus jeune que toi mais… »

Sans me laisser le temps de finir, le garçon me lança un balai que j’attrapai maladroitement tandis qu’il se saisit de l’aspirateur.

Je gonflai les joues, frustrée. Si ce type n’avait pas été un génie comme le disait Ryoko, je l’aurais déjà envoyé voir ailleurs. Mais je me contins. Je ne pouvais pas me fâcher dès le premier jour avec la seule personne sensée de ce club bidon.

Ainsi, je ne protestai pas et nous passâmes une bonne partie de l’après-midi à nettoyer le bazar mis par les autres membres.

Enfin, alors que le soleil commençait à décliner à l’horizon, il ne restait de la catastrophe que des fenêtres brisées et un toit inexistant.

« Zephyra. Time Freeze s’il te plait, déclara très calmement le garçon. »

Je restai bouche bée, les yeux ronds de stupeur. En un clignement d’œil, la bâtisse fût réparée, ne laissant plus aucune trace de l’explosion. Tout était revenu à son état d’origine… Bon, ce n’était toujours pas le luxe et très semblable à l’environnement détruit, mais au moins, cela ressemblait davantage à une salle de club qu’à un champ de bataille.

« Si tu veux savoir, mon Spiritual possède quelques facultés intéressantes. Notamment celles de renverser le temps ou de me protéger des radiations.

-Alors…c’est pour ça que tu étais aussi calme tout à l’heure ?

-Evidemment. Tu crois réellement que je prendrais à mains nues une barre d’Uranium ? Je ne suis pas aussi inconscient que toi gamine.

-A quel moment aurais-je pu penser rationnellement qu’il s’agissait de cela…Grognai-je, encore sous le choc de cette révélation.

-Mais à présent que les plans sont réparés, suis-moi, je vais te montrer sur quoi je travaille actuellement. Peut-être que tu pourras m’aider à débloquer la situation. »

Ma curiosité prit le dessus sur mon énervement et je rejoignis Soichiro autour de la grande table sur laquelle étaient posées des dizaines de feuilles remplies de calculs, à première vue incompréhensibles pour un esprit normal, mais simplement compliqués pour moi.

Du moins, c’était ce que je pensais. Car j’avais beau relire plusieurs fois la première page, une des variables m’était inconnue.

« Compliqué n’est-ce pas ? Avec le professeur, nous travaillons actuellement sur un canalisateur d’énergie. Notre but est de trouver une source suffisamment puissante, durable et propre pour alimenter toute la ville.

-Cette barre d’Uranium…c’était ça votre solution ? M’étonnai-je. Le nucléaire n’est pas vraiment révolutionnaire…

-Pour une scientifique, tu manques clairement d’imagination, rit-il légèrement. En vérité, le téléporteur vers Izrath n’était pas un échec total.

-Attends…ne me dis pas que tu voudrais utiliser en tant que source d’énergie…

-Du Kvantiki, si. C’est exactement ce que je recherche. »

J’écarquillai les yeux. J’avais très souvent lu des articles scientifiques évoquant la possibilité de canaliser l’énergie d’Izrath en tant qu’énergie durable mais aucun projet sérieux n’avait vu le jour jusqu’à aujourd’hui. Il fallait dire que les seules sources connues sur terre étaient ces artefacts mystérieux que nous possédions. Et évidemment, il était interdit de se servir d’êtres vivants comme source d’énergie.

Néanmoins, Soichiro était la première personne à réfléchir à un moyen, non pas de récolter du Kvantiki, mais d’aller le chercher directement à la source. Et pour cause, nul n’avait jamais mis les pieds en Izrath.

« J’imagine que tu me prends pour un fou toi aussi ?

-Non, non, pas du tout ! répondis-je précipitamment. Simplement…Nous n’avons aucune information sur ce monde, alors comment…

-Moi j’en ai, rétorqua Soichiro, l’œil brillant.

-Co…Comment ?! M’étranglai-je.

-Je suis accompagné par deux Spirituals, mais également deux amies de longues dates qui m’aident dans mes projets. Même si elles ne sont pas scientifiques comme moi, elles peuvent m’expliquer le fonctionnement de leur monde.

-Je vois…C’est donc pour cela que ces variables ne me parlent pas…Parce qu’elles ne parlent à personne sur terre…Murmurai-je en croisant mes bras sur ma poitrine, pensive.

-C’est exact. Mais je peux te les expliquer. En échange de quoi, j’aimerais que tu relises mes calculs pour comprendre d’où vient ma faute. »

J’acquiesçai aussitôt, n’ayant pas conscience que ce dans quoi je m’engageai allait être ce que l’on peut appeler, l’œuvre d’une vie.

Ainsi, Soichiro passa la soirée à me révéler tout ce que Zephyra et Azéthys, ses deux Spirituals, lui avaient appris sur Izrath, sur le fonctionnement de leur monde, mais aussi sur les liens qui l’unissait à la terre et de quelle façon les Spiritual pouvaient se manifester physiquement.

Selon elles, l’artefact n’était qu’une passerelle, un moyen de relier nos deux mondes. Et c’était sur cette théorie simple que se fondait tout le raisonnement de mon nouveau camarade de club. Son but : créer un artefact relié, non pas à un Spiritual, mais au noyau d’Izrath lui-même.

Ce projet pouvait parait fou et irréalisable aux premiers abords, et pourtant, mon âme de scientifique voulait y croire.

J’avais vu de mes propres yeux ce cube disparaitre de notre monde. Soichiro avait déjà réussi à créer une passerelle entre nos mondes, à créer un artefact artificiel somme toute. Pouvoir le relier à une entité en particulier devait être faisable également.

Et désormais, c’était à moi, Violet Leblanc, qu’incombait la tâche de relire ces travaux qui, je le pensais sincèrement, pouvaient changer la face du monde à jamais.

Le soleil ayant disparu derrière l’horizon, je décidai de ne pas plus trainer et reprendre ces travaux le lendemain.

Je remerciai Soichiro et m’éclipsai rapidement en direction de ma propre chambre. Cette journée, bien qu’étrange, avait déjà été riche en enseignement, et ce, alors que les cours n’avaient même pas encore commencé. Cette année s’annonçait plutôt intéressante. Rikoukei méritait bien sa réputation d’école à part dans la société.


Comme promis, je revins le lendemain aux aurores pour commencer mes recherches. Cependant, ce jour-là, ce ne fut pas Soichiro qui m’accueillit mais trois apprentis sorciers ; je n’avais pas d’autres mots pour les décrire, autour de la grande table.

Ils ne semblaient pas m’avoir entendue rentrer tant ils étaient occupés par leur expérience, visiblement passionnante.

Le groupe se composait des trois personnes que j’avais vues sortir en brancard la veille. Un garçon aux airs abrutis, coiffé de façon ridicule où tous ses cheveux étaient tirés vers l’arrière grâce à je ne sais quel gel poisseux, parlait fort et hurlait des mots incompréhensibles. Il avait l’air, disons-le, vraiment dérangé avec sa blouse blanche beaucoup trop longue pour lui et son sourire de savant fou.

A côté de lui, un autre garçon, plus baraqué, au visage carré et aux cheveux en bataille retenu par un bandeau pourpre mangeait tranquillement son sandwich au-dessus du bécher d’expérience. Je remarquai aussi une longue balafre sous son œil gauche, encore rouge, signe qu’elle était récente.

Enfin, la dernière, une jeune fille de dix-sept ans, aux longs cheveux couleur corbeau, insultait joyeusement et sans retenue ses deux camarades. Son langage verbal tranchait d’ailleurs beaucoup avec son apparence. Son visage avait des traits plutôt doux. Ses yeux sombres pétillaient de malice et ses lèvres étaient recouvertes d’une fine couche de rouge à lèvre qui faisait ressortir sa bouche au milieu de son teint clair.

Intriguée, je m’approchai d’eux pour voir de plus près leur étrange expérience… et je me figeai. Le bécher était rempli d’une substance noire et pétillante, légèrement acide, plus communément appelée coca-cola. Le garçon au bandeau tenait dans sa main un tube de mentos tandis que le crétin de la bande jouait joyeusement avec du sodium solide.

« Dites, vous êtes sûrs que c’est une bonne idée ? Hasarda le balafré. Parce que hier on a bien failli…

-On ne contredit pas Akame Shintarou, le scientifique qui va révolutionner le monde ! Laure, ma chère, verse l’explosif dans la solution je te prie !

-Si tu continues à me parler sur ce ton, c’est la solution que je vais verser sur toi sombre crétin. »

Sans précaution, aucune, la jeune fille s’empara des deux bombes et les lâcha juste au-dessus du bécher. Avec une réactivité surhumaine, je m’emparai de cet engin de mort et le jeta contre le mur, juste avant que les deux composés n’entre en contact avec le coca.

Les trois fous regardèrent longuement leur expérience s’écouler sur le sol avec des regards dépités, ne comprenant pas ce qui venait de se passer.

« Non mais ça va pas vous trois ! M’écriai-je rouge de colère, le cœur battant à tout rompre. C’était quoi cette expérience, vous vouliez faire sauter l’île ou quoi ?!

-Et bien c’était une possibilité évoquée par Masamune, oui, me répondit naturellement la fille en haussant les épaules.

-Selon mes calculs, seul cet endroit aurait sauté mais grâce au canalisateur d’énergie d’Akame, nous aurions pu avoir de quoi alimenter toute l’école pendant une semaine !

-Et toi, jeune fille aux cheveux de paille, qui es-tu pour venir interrompre cette expérience de la plus haute importance ? Me demanda l’abruti en chef d’une voix excessivement grave. »

Je soupirai et pris au maximum sur moi. Ce n’était qu’un mauvais à passer, une épreuve à surmonter si je voulais mener à bien mes recherches. Je devais rester calme et faire comme si tout était normal.

« Je m’appelle Violet Leblanc. J’ai intégré votre asi…Euh, je veux dire votre club hier, je suis ra…ra…ravie de vous rencontrer. »

Chaque mot que je prononçai était un supplice. Je n’avais qu’une envie, m’éloigner au plus vite d’eux.

« C’est étrange. Personne ne nous a parlé d’un nouveau membre. Serais-tu…une espionne du CERN jeune fille ?! »

Je me retins de frapper au visage cet abruti qui commençait à me taper sur les nerfs.

« Allons Akame, pour l’amour du ciel, tous les élèves de cette école ne sont pas des espions du CERN ! S’écria Laure. »

Je souris. Au moins, il y avait une personne un peu plus sensée dans cette pièce…Du moins, c’était ce que je croyais…

« N’oublie pas que les USA et le Népal ont aussi leurs espions, tu ne peux pas tout mettre sur le dos du CERN !

-Le…Népal ? Répétai-je, interdite par l’absurdité de cette déclaration.

-Oui. J’ai lu sur internet qu’un complot de grande envergure se préparait là-bas. Nous devons être capable de faire face à…

-Je m’en fiche ! La coupai-je, à bout. Je suis simplement ici pour aider Soichiro dans ses recherches !

-Soichiro ? Est-ce que vous pensez que Soichiro est aussi un agent Népalais ? Demanda l’idiot au bandeau au reste de la bande. »

Je me pris la tête dans les bras tout en lâchant un long soupir. Ces trois excentriques étaient réellement en train de débattre sur cette question…

Alors que j’étais sur le point de devenir aussi folle que ces trois-là, la porte s’ouvrit derrière nous et je crois que jamais je ne fus aussi heureuse qu’à cet instant précis de voir débarquer le professeur Ryoko. Il était accompagné de sa femme ainsi que de Soichiro. Tous trois semblaient abasourdis par la scène qui se tenait devant eux.

« Qu’est-ce…Qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? Murmura le professeur, les yeux ronds.

-Ces trois là sont en train de se demander si…

-C’est la première fois depuis le début de l’année…la première fois que je rentre dans cette pièce et que je ne sens pas une odeur de brûlé… »

Un instant plus tard, Ryoko éclata en sanglots tandis que sa femme sortit un mouchoir de sa poche, tout aussi émue que lui.

Soichiro ignora royalement le remue-ménage et s’installa à la grande table avant de sortir à nouveau les plans de son canalisateur et de s’y plonger pleinement.

Je décidai d’agir de la même façon que la seule personne sensée dans ce laboratoire de fou et me plongeai dans les calculs auprès du meilleur élève de l’académie.

Ainsi passa la matinée. J’étais tellement absorbée par mon travail que je ne vis pas les heures passer. L’étude de Soichiro était réellement passionnante. Elle mêlait la théorie de l’effet tunnel aux pouvoirs des Spirituals et la mécanique quantique en général afin d’ouvrir les mêmes passerelles qu’utilisaient les Esprits pour venir dans notre monde. Telle était la première grande étape de son projet titanesque.

C’était fascinant. Tout bonnement fascinant. Jamais de toute ma vie je n’avais lu de pareilles équations. Soichiro n’était pas seulement un brillant élève premier de la classe. Il possédait également un esprit d’innovation hors du commun et n’hésitait pas à prendre des chemins détournés pour arriver à ses fins.

Pour la première fois, j’eus l’impression de rencontrer un vrai rival, quelqu’un capable de me faire de l’ombre, une personne…à part. Je ne devais pas me laisser distancer. Je me devais d’inscrire mon nom dans l’histoire à côté du sien. Car j’en étais persuadée. Ce garçon aux allures de prolétaire, discret et peu bavard…pouvait changer le monde.

Alors que Ryoko, Soichiro et moi étions perdus dans le monde des mathématiques et de la physique, Hakaze arrêta les activités de chacun afin de servir le déjeuner.

Ce n’était pas du grand luxe, simplement des sandwichs de la cafétéria, mais cela me faisait étrange de manger en compagnie du club.

Depuis toujours, c’était Elwood qui me préparait mes repas et je mangeai seule, dans ce grand château qui me servait de maison. Mes parents ne m’avaient jamais inscrite à la cantine, c’est pourquoi, lors des sorties scolaires, je me retrouvai souvent seule dans mon coin, à regarder les autres de loin rire et s’amuser ensemble autour de sandwich et de chips bon marché, rêvant de les rejoindre sans en trouver le courage.

C’est pourquoi, ce premier repas, même entourée d’une bande d’abrutis fini, faisait battre mon cœur à tout rompre dans ma poitrine et je savourai chaque bouchée de ce pain sans gout.

Pendant ce cours laps de temps, je pus faire plus ample connaissance avec mes nouveaux « camarades » de club.

Masamune Nishijima était rentré dans cet école dans l’espoir de travailler plus tard dans la police scientifique. Il semblait être un très grand fan de toutes ces séries policières que je ne regardais pas. J’appris également que sa cicatrice était l’œuvre, non pas d’une expérience, mais de Laure qui lui avait jeté de l’acide sulfurique sur le visage après qu’il avoir un malaise.

Cette dernière, quant à elle, malgré ses airs de fille parfaite et son langage de tueuse à gages, désirait travailler dans la médecine légale. Elle avait beau insulter ses deux amis en permanence, elle semblait très concernée par leur sort et s’inquiétait tout particulièrement de l’avenir d’Akame. Le savant autoproclamé fou, ne désirait que renverser les standards de la société et instaurer un nouvel ordre mondial…ou quelque chose du genre, je n’avais pas tout compris.

Je ne parlais que très peu de mes origines pour ma part. Je n’avais pas envie que les mêmes phénomènes qu’au lycée ne se reproduisent ici. J’avais été tellement isolée pendant cette période que je n’avais gardé qu’une seule amie durant toute ma scolarité en la personne de May. Si j’étais venue au Japon, c’était bien pour rester discrète et commencer une nouvelle vie.

Ryoko l’avait bien compris lui aussi et avait falsifié tous mes dossiers pour que je ne sois plus qu’une simple étudiante étrange, simplement venue son invitation.

Vers trois heures de l’après-midi, je pensais que nous allions reprendre toutes nos activités, ou même aller en cours pour une fois mais Akame, le chef de ce laboratoire, et également locataire de cette chambre, eut une autre idée.

« Bien, à présent en tant que président de l’équipe technologique et historique de l’école Rikoukei, moi, Akame, déclare qu’il est grand temps de…prendre une photo collective pour que notre laboratoire reste dans les archives comme étant le plus grand que l’école n’ait jamais connu !

-Il dit ça mais c’est uniquement parce que l’administration lui a demandé, ricana Laure.

-En effet, vous êtes le seul club n’ayant encore rendu aucun dossier, reprit Ryoko en sortant une cigarette. C’est pourquoi… »

Le professeur se fit couper la parole par Hakaze qui s’empara du briquet de l’homme avant de le jeter par la fenêtre.

« C’est pourquoi nous allons réaliser une photo de groupe et jeter toutes ces horreurs, n’est-ce pas chéri ? »

Il lâcha un long soupir puis abandonna la bataille devant le regard assassin de sa femme.

Comprenant que ce n’était pas simplement un délire de l’abruti en chef mais une formalité administrative, je ne protestai pas.

Ainsi, nous nous assîmes tous autour de la grande table, chacun en blouse de laboratoire tandis que des fioles remplies de colorant alimentaires étaient disposées devant nous.

C’était amusant. J’avais souvent vu des photos de ce club de science dans les brochures de l’école mais je ne m’étais jamais imaginée en faire partie un jour.

« A trois, vous souriez à la caméra ! Nous lança Ryoko avant de nous rejoindre. »

Me souvenant des photos des années précédentes, je souris à pleine dents. Cependant, tout ne se passa pas comme prévu.

Akame, dans un élan de bêtise insondable, jugea bon de rire fort et d’écarter les bras pour faire voler sa blouse devant lui. Il poussa dans la foulée Masamune qui tomba sur Laure de tout son poids. La jeune fille, furieuse, le repoussa et je fus entrainée avec lui dans sa chute. Ma tête heurta celle de Soichiro tandis que les fioles de colorant se répandirent sur nos blouses.

Un Flash lumineux immortalisa cet instant, figeant à jamais l’idiotie de ce club.

C’est ainsi que le lendemain, notre photo fut affichée dans les couloirs de l’école, aux côtés de celles des autres associations et je ne pus m’empêcher de me couvrir le visage de mes mains tant j’avais honte.

Soichiro et moi étions à terre, les blouses devenues multicolores à cause des fioles. Laure avait le regard d’une tueuse. Masamune avait été pris lors de sa chute. Akame avait l’air d’un fou à rire seul au milieu du chaos. Hakaze s’esclaffait seule un peu à l’écart et le professeur regardait la scène, gêné.


Oui. Tel avait été mon premier jour au sein d’E.T.H.E.R, le club de science de l’académie. Les années avaient passé. Le club avait évolué. Nous avions appris, plus ou moins, à nous supporter les uns les autres. Soichiro et moi avions découvert de nombreuses choses lors de nos travaux et notre projet de réacteur Kvantiki se concrétisait peu à peu.

Explosions, incendies et blessures étaient devenus mon quotidien, un quotidien malgré tout précieux, dans lequel chaque instant était unique, marqué par des rires et des peurs, des réussites et des échecs, des moments de complicité et de tension, des instants de camaraderie et de rivalité.

Et avant même que je ne m’en rende compte, nous nous étions retrouvés là, en troisième année, à organiser cette cérémonie de clôture qui devait marquer pour nous la fin d’un cycle, la fin d’un club, la fin de l’équipe technologique et historique de l’école Rikoukei, la fin de notre collaboration à Soichiro et à moi.

Mais c’était également pour cette raison que je comptais faire de cette journée…la plus belle et la plus mémorable de ces trois courtes années.



Violet : Jeunesse



Spoiler :



Nous y étions. Le grand jour était finalement arrivé. Le jour fatidique où tout allait prendre fin…et où tout allait recommencer.

Nous avions miraculeusement trouvé un accord sur l’organisation de la soirée. Ryoko avait réussi à mobiliser les autres associations de l’école afin de nous prêter main forte tandis qu’Hakaze avait fait jouer ses anciens contacts pour récolter quelques fonds supplémentaires et surtout, de la main d’œuvre.

De son côté, Akame amusait les foules, montrant des expériences toutes plus farfelues les unes que les autres, sous l’œil attentif de Laure qui n’hésitait pas à le tourner en ridicule sur la place public. Enfin, Masamune servait du thé toute la journée, comme il l’avait promis, grâce à notre dernière invention à Soichiro et moi. Ce n’était pas grand-chose, simplement une sorte de machine à café géante mais qui prenait des sachets de thé à la place des grains de café. Mais au moins, nous étions capables de satisfaire tout le monde.

Pour ma part, avec mon rival et ami, nous n’avions aucun rôle en particulier, autre que d’animer cette soirée et d’accueillir les invités dans le bâtiment principal.

Pour l’occasion, nous avions tous sorti nos plus beaux habits. Fini les blouses de laboratoire sales et trouées à cause des explosions. Ce soir-là, j’avais enfin pu remettre ces vêtements qui trainaient depuis trois ans dans mon armoire.

C’est ainsi que je me présentai à la soirée, sous les exclamations de mes camarades. Il fallait dire que pour eux, je n’étais qu’une fille étrange, de deux ans plus jeunes que les autres, trainant avec les abrutis de l’académie et légèrement excentrique sur les bords en plus d’être première de la promotion.

Mais ce soir-là, cette jeune fille avait laissé place à la Violet que mes parents s’étaient efforcés d’éduquer, à savoir l’héritière d’une des plus grandes et fortunées familles de France.

Je m’avançai lentement sous les regards ébahis des autres élèves. Ma longue robe noire parsemée de paillettes scintillantes flottait à quelques mètres du sol grâce à de fines chaussures à talons haut tandis qu’un vent frais me caressait agréablement ma jambe gauche laissée apparente. Pour couvrir mes épaules dénudées et éviter d’attraper un rhume la veille de la remise des diplômes, j’avais décidé de me couvrir d’un châle sombre de fausse fourrure qui entourait mon cou mais qui laissait entrevoir le long pendentif de cristal en forme de spirale qui pendait sur ma poitrine.

Oui, pour cette occasion, j’avais demandé à ce que chacun des membres du club possède, non pas le badge en toc d’Akame, mais une version légèrement plus…précieuse de notre symbole.

Alors que j’approchai des portes du bâtiment principal, je passai ma main gantée dans mes longs cheveux soigneusement coiffés et légèrement frisés pour ce jour si spécial, afin de les passer tous sur mon épaule gauche.

Là, Soichiro m’attendait. Il avait bien changé depuis notre première rencontre. Ses cheveux avaient poussé de manière désordonnée, son visage était devenu plus mature, ses épaules plus larges mais ses yeux, eux, étaient restés les mêmes.

Mon cœur s’emballa. Le charisme qui dégageait en temps normal était décuplé par le costume sobre et clair, mais élégant qu’il portait ce soir-là. Etant d’une famille pauvre, il n’avait pas les moyens de se payer un véritable smoking mais pour moi, ce deux-pièces trouvé dans une friperie dans les bas-fonds de Yokohama lui donnait l’allure d’un vrai prince.

Je m’arrêtai devant lui et il s’inclina poliment.

« Eh bien gamine, tu en as mis du temps, on n’attendait plus que toi, me lança-t-il d’une voix grave.

-Personne ne t’as demandé de m’attendre, vieux ronchon. Je devais nettoyer la dernière explosion d’Akame. »

Ne lui laissant pas avoir le dernier mot, je sortis la clé et ouvris les portes de la salle de bal. Là, nous mîmes nos rivalités de côté le temps de quelques heures, au moins pour accueillir les étudiants.

L’événement était un franc succès. La salle était pleine à craquer. Des chercheurs reconnus du monde entier étaient également venus à la cérémonie sous l’invitation de Ryoko. A lui aussi, il s’agissait de sa dernière année à l’académie Rikoukei. La construction du réacteur Kvantiki était quasiment terminée et il devait emménager là-bas très prochainement. Il en allait de même que Soichiro.

Ce garçon aux allures frêles mais au charisme écrasant avait réussi. A peine diplômé il avait déjà trouvé un travail stable et reconnu dans le monde entier.

J’étais vraiment heureuse pour lui. Il avait finalement réalisé son rêve. Après tant d’années de dur labeur, son travail était enfin récompensé à sa juste valeur.

La soirée avança conformément à nos prévisions. Pour une fois, aucune explosion, aucun incendie, aucun, aucun blessé grave ne vint troubler cette fête préparée avec minutie.

Mais alors que minuit, l’heure du feu d’artifice de Masamune, approchait, je vis Soichiro s’éclipser discrètement.

Intriguée, je confiai la suite des opérations à Akame – ce qui, après réflexion, n’était peut-être pas l’idée du siècle – et suivis mon partenaire.

Heureusement pour moi, je savais déjà vers où se dirigeait et mon intuition ne me trompa pas. Le leader du groupe s’arrêta sur un rocher à l’écart de toute agitation, faisant face à la mer, et s’assit simplement là pour ne plus en bouger.

Je lâchai un soupir et vins le rejoindre sans faire un bruit. Lorsque je m’installai à côté de lui, le jeune garçon ne notifia même pas ma présence et continua à scruter fixement l’océan, le regard perdu dans les ténèbres de la nuit.

Il faisait frais ce soir là et un vent léger soufflait sur l’île mais ce n’était pas désagréable. Au loin, je pouvais entendre que la fête battait son plein et devant nous, seul le fracas des vagues contre les rochers venait briser le silence de la nuit.

Nous restâmes là, assis sur la grève, sans nous dire un mot, savourant simplement cette dernière soirée à l’académie.

« Dis, Soichiro, tu te souviens de ton arrivée ici ? Finis-je par déclarer d’une voix nostalgique.

-Non…Mais je me souviens de la tienne, me répondit-il toujours sans me regarder. Jamais je n’oublierai cette gamine de quinze ans qui se baladait avec de l’Uranium dans son sac.

-Je t’ai déjà dit cent fois que…Et puis zut, tu sais très bien la vérité. »

Soichiro rit légèrement.

« Quand même…Cela fait déjà trois ans…Et pourtant, j’ai l’impression que j’ai intégré le club hier à peine…

-Pareil pour moi, repris-je en levant la tête vers le ciel constellé d’étoiles. Peut-être est-ce parce que nous sommes tellement plongés dans nos recherches que nous ne voyons pas le temps passer. »

Mon ami ne me répondit rien.

« Au fait, je voulais te féliciter ! Tu vas pouvoir travailler avec le professeur en tant que véritable scientifique maintenant, c’est génial !

-Et toi, Violet…Pourquoi as-tu refusé ? »

Je me crispai. Alors comme ça, les nouvelles allaient vite… Mais j’aurais dû m’y attendre. Lorsque j’avais décliné l’offre de Ryoko, celui-ci avait frôlé la crise cardiaque. Après tout, son projet était peut-être l’avenir de l’humanité. N’importe qui aurait tué pour avoir son nom inscrit dans l’histoire aux côtés d’Einstein et de Newton.

Mais ce n’était pas ce que je désirais. Ce projet n’était pas le mien. C’était celui de Ryoko et Soichiro. Je n’avais fait que me greffer à eux. Je refusais d’obtenir une médaille ou une quelconque distinction pour un travail de relecture.

Je soupirai, ne pouvant me résoudre à lui dire la vérité.

« Je…Je me disais que j’allais peut-être retourner en France. J’aime énormément le Japon et Tokyo…Mais je…j’ai sûrement le mal du pays, lui répondis-je avec un rire forcé. »

Silence.

« Je…Vois…si ce n’est que ça… »

Soichiro, tout en prononçant ces mots, sortit une petite boite fermée par un fin ruban rouge de sa poche et me la tendit en rougissant.

« Joyeux dix-neuvième anniversaire, gami…je veux dire Violet. »

Je rougis. En trois ans, j’avais pris l’habitude de recevoir des cadeaux de la part des membres du club. Après tout, en tant que cadette du groupe, tous me portaient une attention particulière mais il s’agissait toujours de présents groupés. Alors que cette fois-ci, il s’agissait de celui de Soichiro en personne.

Tremblante, j’attrapai la petite boite et défis le nœud avec délicatesse. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine. Je savais bien que mon rival était fauché, alors cette marque d’attention pour moi qui ne demandais jamais rien signifiait énormément.

Je marquai un temps d’arrêt en soulevant le couvercle. A l’intérieur reposait, sur un coussin de velours, une unique pierre noire et irrégulière, une Shungite.

J’étais sceptique. Ces pierres, abondantes sur l’îles, nous avaient servi pour nos premières expériences pour finalement nous rendre compte qu’il s’agissait d’excellents réservoirs de Kvantiki. C’est ainsi que nous en avions modifié des dizaines par la suite, simplement au cas où.

Je saisis le caillou entre mes doigts, cherchant une particularité, mais rien. Il s’agissait d’une simple pierre comme celle sur laquelle nous étions assis.

« Euh…Merci Soichiro…Je suis…Touchée…Enfin, je crois…

-Avant de jeter mon cadeau à la mer, essaie de la briser entre tes mains, s’amusa le jeune garçon. »

Intriguée, je m’exécutai… Et ce qu’il se passa à ce moment me laissa sans voix. Alors que les morceaux de pierre se dispersaient dans la pénombre, un vif éclat de lumière fusa vers le ciel et m’aveugla. Et lorsqu’il se dissipa, le caillou sombre s’était métamorphosé en un fin anneau doré lévitant à quelques millimètres au-dessus de ma paume.

Je regardai Soichiro avec des yeux ronds, interdite.

« Tu sais…Je me suis toujours dit que nous avions un chemin tout tracé, une voie que nous devions suivre, un destin si tu préfères…Et je pense qu’en refusant ce travail, tu t’éloignes de ta destinée. »

C’est alors qu’il se leva et mis un genou à terre pour me prendre tendrement ma main dans la sienne avant de plonger son regard dans le mien.

« N’y vas pas. Reste avec nous…reste avec moi, Violet, ici, à Tokyo. Travaillons ensemble, main dans la main, côte à côte, pour toujours. Nous avons encore tant de choses à découvrir, tant d’inventions à tester, tant de gens à sauver grâce au réacteur Kvantiki…J’ai…J’ai besoin de toi, non pas en tant qu’amie, non pas en tant que partenaire, non pas en tant que rivale…Mais en tant que femme…une femme qui pourra me guider et éclairer le destin qu’Il a tracé pour nous. »

Je retins mes larmes.

Et alors que j’étais sur le point de lui donner ma réponse sans hésitation, une fusée éclata dans le ciel et attira nos regards. La nuit noire, froide et sinistre venait de s’illuminer de dizaines, non, de centaines de fleurs lumineuses, brillant dans le ciel comme des soleils miniatures.

Le vacarme de la TNT de Masamune était tel qu’il était inenvisageable de répondre à Soichiro par des mots.

C’est pourquoi, je me contentai d’enlever mon gant droit, de prendre l’anneau entre mon pouce et l’index…Et de le passer autour de mon annulaire devant le visage illuminé de joie de mon nouveau fiancé.




Violet : Adolescence



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Ainsi commença ma nouvelle vie en tant que scientifique. Après la remise des diplômes, E.T.H.E.R s’était séparé. Chacun avait décidé de suivre sa propre voie.

Masamune et Laure s’étaient dirigés vers la médecine et la police scientifique, si bien qu’ils s’étaient retrouvés tous deux une fois de plus dans la même université, au grand dam de la pauvre fille.

Akame avait tout simplement disparu de la circulation. Même s’il resurgissait de temps en temps, il nous était impossible de savoir ce qu’il devenait précisément. Certains pensaient qu’il s’était reconverti en trafiquant de drogue, d’autres le voyaient espion du CERN depuis le début, et Soichiro le croyait simplement chômeur à plein temps.

Hakaze, elle, avait choisi cette voie toute particulière de l’enseignement. Après tout, elle avait passé tellement de temps derrière les bancs de l’école qu’elle ne pouvait plus se passer de ces salles de classes poussiéreuses et bruyantes. De temps à autres, elle apportait ses connaissances scientifiques à l’équipe dont nous faisions partie, mon ancien rival et désormais fiancé, Soichiro Namatame, mon professeur, superviseur de club et ami de mes parents, Ryoko Seiu, et l’héritière d’une des plus grandes fortunes de France, moi, Violet Leblanc.

Jusqu’à mes vingt-quatre ans, nous nous efforçâmes de terminer complètement le réacteur Kvantiki tout en continuant à rechercher un moyen de canaliser l’énergie d’Izrath dans notre monde.

Lors de nos travaux, nous fîmes de nombreuses découvertes intéressantes qui nous valurent de nombreux prix internationaux. C’est ainsi que nous nous forgeâmes une réputation certaine dans la communauté scientifique internationale qui fut obligée de reconnaitre notre efficacité et nos prouesses.

Très rapidement, le gouvernement s’intéressa également de très près à nos recherches et nous envoya de nombreux fonds qui étaient les bienvenus. Jusque-là, je puisais sur ma fortune personnelle afin de financer nos projets mais, bien que millionnaire, certaines expériences étaient juste hors de la portée de la fortune d’un particulier.

Malheureusement, ces travaux étaient chronophages et nous empêchait de développer une vraie relation. C’est pourquoi, Soichiro et moi étions toujours fiancés même après tout ce temps. Mais cela ne semblait déranger aucun de nous deux. Nous étions passionnés par notre travail et nous aimions le réaliser ensemble, c’était tout ce qui comptait.

Et c’est ainsi que ces années de travaux acharnés portèrent leurs fruits. Le jour des vingt-six-ans de mon fiancé, nous réussîmes à créer le premier réacteur Kvantiki opérationnel.

Enfin. Après près de dix ans, notre rêve se concrétisait enfin. Nous avions créé un artefact artificiel et nous l’avions relié au noyau d’Izrath, apportant ainsi à la terre toute l’énergie nécessaire pour faire tourner des villes, même des pays tout entier, avec une énergie propre, durable et surtout, sans danger.

Du moins, c’était ce que nous pensions. Devant notre succès, notre équipe grandit de façon exponentielle et de nombreux partenaires commerciaux s’intéressèrent à nos réacteurs.

Ce fut cette popularité montante qui transforma notre doux rêve en cauchemar.


Tout se passa très vite. Le projet « Hakaze », dirigé par le professeur Ryoko – car il avait réellement nommé son projet du nom de sa femme – devait être la plus grande révolution depuis l’invention de la machine à vapeur. C’est pourquoi, nos partenaires avaient investi des millions…mais nous avaient également forcé à accueillir en notre sein deux nouveaux membres : Les frères Ricky et Romain Sawyer.

Immédiatement, je sentis que ce projet partait avec une épine dans le pied. Nos nouveaux collaborateurs se montraient autoritaires, voire tyranniques avec nos employés. Très rapidement, tous se désistèrent, ne laissant plus que nous cinq sur ce projet grandiose.

Les catastrophes se succédèrent, les tensions se firent sentir au sein de ce qu’il restait de notre équipe et bientôt, deux camps se formèrent. Ryoko, Soichiro et moi ne désirions plus que stopper ce projet et éviter un cataclysme. Mais les frères Sawyer, eux, voulaient continuer à tout prix, alors que même la centrale de Tchernobyl paraissait plus stable que le réacteur principal.

Nous tentâmes à plusieurs reprises de faire pression sur le gouvernement et sur nos partenaires pour arrêter cette folie mais il n’y avait rien à faire. Les dirigeants étaient aveuglés par le pouvoir, et refusaient surtout de perdre tout l’argent qu’ils avaient investi.

Alors le projet se poursuivit…Nous rapprochant lentement de la fin du monde.

Dans un geste désespéré, Ryoko tenta de saboter le réacteur manuellement mais ce-dernier fut pris sur le fait, arrêté et démis de ses fonctions. De plus éminent professeur de ce siècle, mon mentor devint un paria dans la communauté scientifique, rejeté de tous. Mais cela ne l’arrêta pas. Même détesté par le monde entier, sa priorité était la sécurité de sa femme et de son enfant à naitre. C’est pourquoi, il nous chargea de continuer son œuvre.

Mais, nos efforts furent tout aussi vains que les siens. Le réacteur s’emballa. Une lumière mauve enveloppa la ville…Et tout disparut.

L’académie, les laboratoires, la ville elle-même, tout fut balayé dans un sifflement assourdissant par ce qui fut retenu par la suite sous le sinistre nom de « Purple Requiem. »

Je fus miraculeusement sauvée de la catastrophe par le Spiritual de Soichiro mais intérieurement, l’explosion m’avait détruite. Et lorsque Romain Sawyer prit la parole à la télévision le lendemain, ce traitre m’accusa de tous les maux qui venaient de s’abattre sur la ville.

Dans une tentative désespérée pour m’empêcher de sombrer, Soichiro attisa toute la haine sur lui, se rendant responsable de « l’erreur » qui avait provoqué ce rayon mortel. Ainsi, mon nom fut sauvé mais celui de Soichiro resta depuis lors salis par les paroles d’un seul homme, un homme à qui je vouais désormais une haine incommensurable, un homme que je me jurai de rayer de la planète, tout comme il avait rayé les espoirs d’un monde entier.

Cette haine fut décuplée lorsque je découvris le lendemain que mon ancienne amie, tutrice, professeur et collègue, Hakaze, avait péri dans le tragique événement, comme des milliers d’autres innocents.

C’en était trop pour moi. Je ne pouvais pas rester ici plus longtemps. Il fallait que je retourne en France, que je fasse éclater la vérité au grand jour, que je lave les noms de Soichiro et Ryoko, que je crée quelque chose capable de rivaliser avec l’influence médiatique de cette ordure de Romain Sawyer…et surtout, il fallait que me fasse à cette idée…que ma vie n’allait plus jamais être heureuse tant que les flammes de la vengeance consumeraient mon âme.

Je fis part des mes projets au professeur, qui, lui aussi, était dévasté, bien plus que Soichiro ou moi. C’est pourquoi, il ne fut pas difficile à convaincre.

Quelques jours après la catastrophe, je fis mes adieux à Soichiro, dans cette même église ou nous nous étions fiancés, huit ans plus tôt. Evidemment, il tenta de me retenir, de venir avec moi même, mais sa place était ici, au japon. Et ce, je me devais de le lui faire comprendre.

« Au revoir, Soichiro. Jamais je n’aimerais un homme autant que je ne t’ai aimé. »

Chaque parole que je prononçais me brûlait la gorge mais c’était mieux ainsi. Je me levai, enlevai l’anneau d’or que je portais autour de mon doigt depuis huit ans, le passai à travers les trous du parloir…et sortis de cette église sans me retourner, car je savais qu’au moment-même où je poserais les yeux dessus, l’allais être incapable de m’enfuir.

« Adieu, Tokyo. Adieu, E.T.H.E.R. Adieu, Soichiro, mon amour. »

Puis je partis rejoindre le professeur à l’aéroport en direction de Paris, là où tout avait commencé…et ou recommencera.


https://www.youtube.com/watch?v=bbss_iQEX9I


Cela me faisait étrange de revenir sur le sol français, dix ans après mon départ. L’aéroport n’avait pas changé, ni même les gens d’ailleurs. Il y avait toujours ce désordre et cette agitation perpétuels à l’annonce de vols retardés, reportés ou supprimés. Les gens nous bousculaient sans s’excuser. D’autres manifestaient en plein milieu du hall d’entrée. D’autres encore couraient pour attraper un avion de dernière minute.

Oui. Ici, tout était identique au jour où j’avais quitté la France. Le Purple Requiem n’avait nullement affecté la vie de tous ces gens. La vie continuait son cours, imperturbablement.

Ce fut sur le quai de débarquement que je fis finalement mes adieux au professeur.

« Bien…Je crois que nos chemins à nous se séparent également, professeur, déclarai-je tristement.

-Ne m’appelle plus comme ça, Violet, je ne suis plus qu’un ami désormais. J’ai perdu ce titre le jour où j’ai accepté que les frères Sawyer imposent leur loi, me répondit-il en se forçant à sourire.

-Qu’importe si vous deviez vous reconvertir en vendeur à la sauvette, vous resteriez tout de même pour moi mon mentor, mon superviseur de club et mon collègue, Ryoko. »

Ce-dernier, submergé par l’émotion, me prit dans ses bras et me serra contre lui, comme un père réconfortant un enfant sur le point d’éclater en sanglots.

« Ne fais rien de stupide ma petite Violet, me lança-t-il d’une voix brisée par l’émotion. Nous avons déjà perdu notre travail, nos rêves, nos amis, nos réputations et nos familles…Ne m’impose pas de te perdre toi aussi mon enfant.

-Dites…Professeur…Est-ce que vous pensez…Est-ce que vous pensez que la catastrophe s’est produite parce qu’elle devait se produire…Ou bien par notre seule et unique faute ? … »

Un temps de silence me répondit, temps pendant lequel le professeur ne me lâcha pas et resserra son étreinte contre lui.

« Tu sais…Violet. Il est impossible de changer le passé…

-Je le sais, professeur, c’est vous qui m’avez appris les lois de la physique de notre monde…

-Oui…Les lois de la physique…de notre monde…Ces lois…Qui peuvent-être différentes ailleurs… »

Sur le moment, je ne compris pas ce que mon ancien mentor voulait me dire et il ne développa pas davantage sa pensée.

Ce furent les dernières paroles qu’il me prononça avant de prendre sa route, et moi la mienne. Il partait pour Genève, au CERN, là où d’anciens collègues du projet Hakaze avaient trouvé refuge et lui avaient gardé une place. Quant à moi, je pris la direction de mon ancienne demeure, là où j’avais grandi, seule, isolée du reste du monde.

Le taxi me déposa en pleine campagne et je décidai de terminer à pieds. Ainsi, je remontai cette longue, longue allée de platanes qui menait directement au château. Tout était une fois de plus comme dans mes souvenirs.

Le silence régnait. Des champs de colza s’étendaient à perte de vue. Le chemin était ombragé, ne laissant passer que quelques rares rayons de soleil à travers l’épais talus de feuille qui couvrait ma tête. Un vent chaud et sec soufflait sur ma peau. L’air était lourd mais le ciel d’un bleu éclatant sans un seul nuage à l’horizon, exactement comme tous ces étés que j’avais passés ici.

J’arrivai devant le portail après dix minutes de marche lente, à me remémorer tous les souvenirs que je possédais dans cette immense bâtisse qui me faisait face. Ce château d’un blanc immaculé bien trop grand pour une seule personne, cette façade sculptée selon mes désirs d’enfant, cette fontaine ornant le parc, à l’arrêt depuis bientôt dix ans…Tout était comme dans mes souvenirs brumeux.

Ici non plus, le Purple Requiem n’avait pas eu d’impact.

La main tremblante, je sortis la clé de ma poche et poussai ce lourd portail rouillé qui s’ouvrit en grinçant.


https://www.youtube.com/watch?v=EsMTLkuMBp4


Mon cœur s’accéléra au fur et à mesure que j’avançai sur ces graviers si familiers. J’étais partie d’ici, des rêves plein la tête, des espoirs dans mon cœur et l’envie de m’instruire dans la peau…Et je ne revenais qu’avec une valise à moitié vide, usée par les âges.

D’un pas lourd, je montais les marches du parvis et m’arrêtai devant cette porte monumentale que j’avais franchie tant de fois, seule. Et, alors que je pensais revenir un jour ici avec Soichiro, je m’apprêtai une fois de plus à la franchir sans personne pour m’accompagner.

Mais, alors que j’allais introduire la clé dans la serrure, le portique s’ouvrit tout seul et me laissa découvrir le visage si familier d’Elwood, se tenant debout au milieu du hall d’entrée, un sourire triste illuminant son visage désormais rongé par les années.

« Bienvenue chez vous, Mademoiselle Violet, me lança-t-il en s’inclinant. »

A ce moment-là, je ne pus me retenir d’avantage et ce fut le visage couvert de larmes de tristesse, de joie, de nostalgie et de regret que je me jetai dans ses bras et lui répondis.

« Je suis rentrée, Elwood. »






http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [29/05/2019] à 13:14

Violet : Vie Adulte



Spoiler :


Y a-t-il un sens à nos actions ? Sommes-nous réellement libres de nos choix ? Ou bien sont-ils guidés par cette force supérieure que l’on appelle le destin ?

Aucune de ces deux réponses ne me satisfaisaient. Je refusais de croire que tout ce que nous avions fait jusque là avait toujours été voué à l’échec, et ce, peu importe les choix que nous faisions. Mais d’un autre côté, admettre que ces événements étaient entièrement de notre faute revenait à admettre que nous étions des incapables, faible, et que ce n’était que notre châtiment pour avoir voulu sauver le monde.

Je ne savais plus quoi penser. Alors, pour ne pas sombrer dans la folie, à ressasser sans cesse des futurs alternatifs, je me plongeai corps et âme dans ce nouveau projet que je nommais simplement : Ether.

A peine fussé-je revenue au château que je dilapidais toute la fortune de mes parents pour racheter le futur quartier général de ma vengeance contre les frères Sawyer : La tour Montparnasse.

Mon but était simple. Créer une fédération suffisamment puissante et influente pour contrecarrer les projets de Romain, quels qu’ils fussent.

Je rachetais également la société et les employés de mes parents, leur permettant de s’offrir une retraite paisible sur la côte d’azur, leur promettant que j’allais continuer leur œuvre.

En tant que rescapée de la catastrophe, et ayant conservé mon statut grâce au sacrifice de Soichiro, je fis jouer mon influence pour investir des millions dans une aide à la reconstruction de Yokohama et très rapidement, Ether, la fondation humanitaire, surclassa même l’ONU.

Au début, je crus être capable de contredire les déclarations de Romain et de faire éclater la vérité au grand jour, mais il n’y avait rien à faire. Ce type avait toujours une longueur d’avance sur moi. Je compris alors que la cause que je défendais était peine perdue. Il avait le soutien des gouvernements et des entreprises. Tout ce que je pouvais faire était de chercher en vain des preuves de sa culpabilité.


En trois ans à peine, une bonne partie Yokohama fut reconstruite grâce à nos uniques efforts, améliorant encore l’image de cette entreprise ayant obtenu le titre de fédération.

Entre temps, j’avais donné naissance à une petite fille, Alice, qui fêtait ses deux ans le jour même de la fin de cette première grande étape. C’était en grande partie grâce à elle que je ne sombrai pas dans la folie je pense. Sa présence à mes côtés me donnait une raison de poursuivre ce rêve insensé. Je voulais que cette petite chose fragile rencontre son père, non pas comme l’homme détruit que j’avais laissé derrière moi, mais comme le génie scientifique qui m’avait séduite et qu’elle puisse être fière de lui.

Les années passèrent. Ether se développa considérablement. Alice grandit bien trop vite. Et Romain Sawyer courait toujours. C’est pourquoi, craignant un nouveau Purple Requiem, j’ouvris une nouvelle branche dans la fédération, celle qui fut par la suite le symbole d’Ether : La branche d’Izrath.

Celle-ci n’avait qu’un seul objectif : former des combattants possédant des Spirituals afin de lutter partout dans le monde contre les guerres et aider les populations. Je refusais que le monde dans lequel allait grandir Alice soit sans cesse menacé par les ambitions de fous comme les frères Sawyer.


Dix ans s’écoulèrent encore. Dix ans pendant lesquels Romain s’était tenu tranquille. Cette ordure se faisait désormais passer pour un bienfaiteur et avait même été élu maire de Tokyo. Cela me dégoutait de le voir jouer au bon samaritain mais je savais qu’il ne faisait pas tout cela simplement pour se racheter de ses crimes. Malheureusement pour lui, j’étais désormais aussi, voire plus influente que lui, moi qui étais à la tête de la première puissance française.


Ce jour-là, je faisais les cents pas dans mon bureau au cinquante-huitième étage de la tour Ether. J’attendais les nouvelles de notre dernière opération avec appréhension.

Cette mission était risquée, non seulement pour les envoyés sur place, mais également pour la fédération elle-même. C’est pourquoi, seuls quelques hommes se trouvaient sur le terrain.

Soudain, l’écran de mon ordinateur s’alluma et je me précipitai à mon bureau, le cœur battant à tout rompre. Le visage de Masamune s’afficha devant le champ de ruines tristement célèbres du réacteur Kvantiki.

Mon ami de l’académie, autrefois si blagueur et insouciant, affichait une mine angoissée et contrariée.

« Masamune Nishijima au rapport, s’exclama-t-il en me voyant.

-Venons en directement aux faits, Masamune. Dis-moi, est-ce que vous avez découvert quelque chose ? Lui lançai-je aussitôt sans prendre la peine de le saluer. »

L’homme se mordit la lèvre et, après avoir regardé furtivement tout autour de lui, il rapprochait le micro de sa bouche et se mit à chuchoter.

« Ecoute-moi bien Violet, murmura-t-il. Mon flair de policier justicier ne me trompe pas. L’énergie colossale que le réacteur Kvantiki a libéré ce soir-là…Ce n’était ni un accident, ni une surcharge et encore moins quelque chose de calculé. Je pense que même les frères Sawyer n’avaient pas prévu cela…

-Est-ce que tu peux développer ? Lui demandais-je, sceptique.

-Un spiritual…Un spiritual immense…Voila ce qui a détruit Tokyo. »

Je me figeai. Un frisson me parcourut l’échine rien qu’à l’idée qu’une créature seule ait pu engendrer autant de dégâts matériels et humains.

« Qu…Qu’est-ce que tu me racontes là encore Masamune ? Akame et ses complots n’auraient-ils pas déteint sur toi ? je te préviens, je n’ai pas le temps pour…

-Je suis très sérieux, Violet, me coupa-t-il d’une voix tremblante. L’énergie qui s’est échappée de la centrale ne s’est pas propagée de manière aléatoire et chaotique comme tout le monde le pensait, mais de façon précise, presque millimétrée. Les traces de l’explosion supposée s’arrêtent de façon nette et précise. Aucun, je dis bien aucun phénomène physique ne peut expliquer cela…

-A moins que ces traces aient été laissées par un être vivant…Terminai-je d’une voix presque éteinte. »

Je me levai et me remis à faire les cents pas dans mon bureau. Était-ce réellement possible ? Un Spiritual pouvait-il posséder une puissance suffisante pour rayer de la carte un quartier entier comme Yokohama ? Et si oui, où était-il désormais ? Et pourquoi les frères Sawyer l’avaient-ils invoqué ?

Cela me frustrait. J’avais tous les éléments de réponse sous les yeux, et pourtant, cette énigme était toujours aussi brumeuse. Plus j’enquêtais et moins je comprenais les objectifs de Ricky et Romain.

Soudain, les portes automatiques de l’ascenseur s’ouvrirent et laissèrent rentrer Alice qui courut vers moi, l’air affolée.

Je n’y prêtai que peu attention. Elle avait toujours tendance à trop en faire. J’imaginais déjà qu’elle allait m’annoncer qu’elle avait cassé un chandelier ou fait tomber un tableau du mur.

« Maman, j’ai besoin de ton aide ! Le proviseur m’a demandé de faire le discours de fin d’année mais je ne sais pas du tout parler en public ! Est-ce que tu pourrais me le faire s’il te plait ? Je suis totalement perdue ! »

Devant cette scène, Masamune lâcha un petit rire amusé. Ma fille, qui n’avait pas vu jusque-là que j’étais en communication, s’empourpra comme une tomate et se cacha maladroitement derrière moi.

Ce fut à mon tour de pouffer.

« Et bien, c’est que tu as grandi ma petite Alice ! S’exclama le policier enthousiaste. La dernière fois que je t’ai vue, tu étais haute comme trois pommes !

-Euh…je…Merci…Enfin, je crois… »

Toujours plus honteuse, elle tenta de disparaitre encore plus. Il était vrai que les années avaient passé très rapidement et que j’avais été si absorbée par mes recherches que mes anciens camarades n’avaient que très rarement vu Alice.

Elle venait de fêter ses quatorze ans récemment et était mon portrait craché. Tout ce qui nous différenciait était ses cheveux, châtain cendrés et légèrement ondulés, ainsi que ses yeux. Elle avait hérité de ceux de Soichiro et je m’étais souvent perdue dans son regard quand elle n’était encore qu’une enfant, me rappelant de l’homme que j’avais un jour aimé.

« D’ailleurs, Masamune, repris-je d’une voix douce, oubliant complètement la révélation qu’il venait de me faire. Puisque tu es à Tokyo, est-ce que tu l’as revu ? Ou bien est-ce que tu aurais de ses nouvelles ?

-D’après la rumeur, cette vieille branche est devenue Leader de Gang. »

Je lâchai un long soupir et me pris la tête dans les mains. Sérieusement, comment s’était-il débrouillé. Je savais que son nom était encore souillé mais de là à intégrer la pègre de Tokyo…Ce type était désespérant. Je savais bien qu’il serait incapable de se débrouiller sans moi…

« Tu sais…je me disais…Il faudrait qu’on fasse une réunion au labo un de ces quatre, reprit mon ami en plongeant son regard dans les ruines. Je te présenterai mon Akemi et mon Kosei.

-Un jour, peut-être oui, on en fera une…De toute façon, le laboratoire ne peut plus exploser désormais… »

Tout en prononçant ces mots, je me mis à passer machinalement ma main dans les cheveux d’Alice qui, en se dégageant, me ramener à la réalité.

« Oh, désolée. Ne t’inquiète pas ma chérie, je te ferai ton discours après. Je suis en réunion pour l’instant mais je ne devrais plus tarder. Demande à Elwood de te trouver une occupation, je suis certain qu’il connait des endroits sympathiques dans le quartier.

-Ne rentre pas trop tard hein !

-Promis, j’arrive bientôt. »

Alice repartit comme elle était arrivée, brisant ce cours instant de répit et me ramenant à des affaires bien plus sombres.

« Reprenons Masamune, lançai-je après m’être raclé la gorge. Du côté d’Akame, est-ce qu’il y a du nouveau ?

-Rien malheureusement. Tu étais sûre que l’envoyer en infiltration dans le mouvement ESPer était une bonne idée ?

-N’oublie pas qui est le leader actuel, rétorquai-je. Éric Sawyer n’était peut-être qu’un enfant à cette époque, mais aujourd’hui, il a son propre mouvement. Je suis certaine qu’il désire venger la mort de son père…Ou au moins détrôner son oncle. Connaissant cette famille de dérangés, cela ne m’étonnerait même pas.

-Très bien, j’ai compris, tu veux qu’Akame le pousse à se révolter, c’est cela ?

-En effet. On ferait ainsi d’une pierre deux coups. Poussez ESPer à prendre la ville, détrôner Romain, puis arrêter Éric. L’idée est alléchante n’est-ce pas ? »

Derrière son écran, je vis le visage de Masamune se crisper et il déglutit. Certainement devait-il me prendre pour une folle, et peut-être l’étais-je devenue, mais Romain devait tomber de son piédestal à tout prix. Et pour cela, j’étais prête à employer n’importe quel moyen, y compris les moins nobles.

« Sérieusement…Si je finis en prison par ta faute, Laure va vraiment divorcer cette fois…

-Ne t’inquiète pas, Akame sera le seul responsable de son échec. De toute façon, j’ai déjà payé sa caution de prison pour les trente prochaines années la dernière fois qu’il a tenté de voler de l’Uranium au CERN.

-Tu as toujours un coup d’avance sur nous même après toutes ces années, Violet, s’amusa l’homme à la cicatrice.

-Si seulement…J’avais pu avoir un coup d’avance de soir-là aussi…Soupirai-je. »

Lentement, je fis tourner mon siège pour regarder la ville à travers l’immense baie vitrée de mon bureau. Je ne m’y étais pas encore habitué. Tout semblait si petit vu d’ici alors qu’à Tokyo, les tours immenses poussaient comme des mauvaises herbes. Mais finalement, la vie n’était pas bien différente…A l’exception qu’à Paris, aucun réacteur Kvantiki ne menaçait d’exploser à tout moment et aucun fou dangereux n’était aux commandes. J’étais seule maitresse à bord, seule présidente d’Ether, seule femme possédant le pouvoir sur toute la ville.

« Tu sais…Nous y arriverons, reprit Masamune d’une voix douce. Nous détrônerons Romain. Nous laverons le nom de Soichiro. Et nous vengerons Hakaze. Ce jour-là, nous nous retrouverons tous ensemble pour fêter ce renouveau ! »

Je ris légèrement. Même après toutes ces années, Masamune ne pouvait s’empêcher de sortir des âneries à chacune de ses phrases.

-Un renouveau qui va changer notre destin…hein ? Si seulement les films pouvaient refléter la réalité… »

Notre conversation fut interrompue par un double appel du professeur Ryoko. Je mis ce dernier au courant de toutes nos dernières découvertes concernant le Purple Requiem et les frères Sawyer. Je lui donnai également quelques nouvelles des anciens membres du club et pour la première fois depuis une éternité, je vis l’esquisse d’un sourire se dessiner sur ses lèvres.

Mon ami et mentor avait énormément changé depuis ces dernières années, autant physiquement que moralement. Ses cheveux s’étaient mis à tomber rapidement, des rides commençaient à sillonner prématurément son visage et ses yeux, autrefois si pétillants, avaient perdu leur éclat. Je n’avais eu que très peu d’échanges avec lui, mais ses nombreuses découvertes scientifiques me confirmaient ce que je redoutais le plus. Il s’était renfermé sur lui-même, passant ses journées à travailler pour noyer sa peine et tenter d’oublier la cruauté du monde.

Finalement, après un long échange et de nombreuses spéculations, je laissai le professeur pour rejoindre Alice dans le hall d’entrée qui attendait simplement sur un canapé, les écouteurs sur les oreilles et les pieds sur les coussins.

Je lâchai un long soupir de fatigue et nous rentrâmes ensemble au château. Sur le chemin, ma fille me parla de sa journée à l’école, de ses anecdotes et de ses projets de vacances avec ses amis.

Ces moments que je partageais avec elles étaient certainement les plus précieux pour moi. Ils me permettaient non seulement de m’échapper de cette réalité et de me prendre, l’espace de quelques minutes, voire quelques heures, pour une mère de famille ordinaire. Mais surtout, ils me rappelaient ma jeunesse aux côtés d’E.T.H.E.R, sur l’île de Yokohama, à l’académie, avant que la catastrophe ne vienne voler nos rêves.


Après ces révélations, il me fallut encore attendre un an avant que la situation ne se débloque enfin. Les efforts d’Akame avaient enfin porté leurs fruits et le mouvement ESPer avait lancé l’assaut contre la mairie de Tokyo.

J’étais sur place. Pour la première fois en quinze ans, j’étais de retour à Tokyo, ville martyr des ambitions démesurées des frères Sawyer. Mais cette fois-ci, j’étais prête.

Alors que les combats faisaient rage à l’intérieur de la marie, j’avais rassemblé une centaine d’hommes, des policiers mais également des agents d’Ether, tous sous le commandement de Masamune. Nous encerclions l’imposante tour de verre, empêchant ainsi quiconque de prendre la fuite.

Quant à moi, j’étais en première ligne aux côtés de mon ancien camarade de club, prête à intervenir au moindre signal d’Akame.

Une explosion de TNT suivi d’un rire grave, digne d’un savant fou au dernier étage fit voler en éclat les baies vitrées et je me raidis.

Nous y étions. L’heure de la bataille finale avait sonné. Après quinze ans, Romain Sawyer allait enfin répondre de ses actes. Et j’allais m’en assurer personnellement.



Violet : La sagesse des âges



Spoiler :



La mairie de Tokyo, un immense complexe situé dans le quartier de Shinjuku où nous avions l’habitude de nous rendre, Soichiro et moi, pour profiter de la vue panoramique de l’observatoire. Mais ce jour-là, il n’était pas question de tourisme. Ce jour-là, j’allais réparer une injustice vieille de quinze ans. Ce jour-là, Hakaze allait être vengée. Ce jour-là, Soichiro allait pouvoir vivre à nouveau une vie paisible. Ce jour-là, Romain Sawyer allait tomber.

Je montais quatre par quatre les marches de la tour est de l’immense immeuble pour y atteindre le quarante-huitième étage, siège du gouvernement et actuel bureau de Romain.

Tout au long de notre ascension, nous tombâmes nez à nez avec plusieurs membres du mouvement ESPer mais aucun ne faisait le poids face à mes hommes. Après tout, je les avais préparés spécialement pour ce moment.

Alors que nous approchions du dernier étage, j’ordonnai à mes troupes de se séparer et de sauver tous les employés de la mairie et d’arrêter les membres du mouvement. En vérité, je voulais simplement pénétrer seule dans la pièce finale.

« Akame, je suis au dernier étage. Est-ce que la voie est libre ? Murmurai-je dans mon oreillette, cachée derrière un mur.

-Evidemment qu’elle l’est ! Moi, le grand Akame Shintarou, t’ai ouvert la voie, femme aux cheveux de paille !

-Parfait, je te recontac…

-Attends, Violet. »

Le ton que mon ancien camarade de club prit à ce moment-là me stoppa net. C’était la première fois non seulement qu’il m’appelait par son prénom, mais aussi qu’il abandonnait sa voix grave et assurée pour me parler normalement.

« Ne force pas trop. Masamune et Laure m’ont tout raconté. Quoiqu’il arrive, n’oublie pas qu’il n’y a jamais qu’un seul responsable.

-Le CERN est derrière tout cela, c’est ça que tu essaies de me dire ? Raillai-je, bien trop habituée aux idioties d’Akame.

-Si seulement…Je te ferai un rapport détaillé de mon séjour au mouvement. Alors s’il te plait…Reviens vivante.

-Merci pour le conseil, j’essaierai de l’appliquer. Sur ce, je te laisse à ta mission, Akame. On se retrouve en bas avec Masamune en fin d’après-midi. »

Là-dessus, je coupai la communication. Puis, après avoir pris une grande inspiration, j’activai les pouvoirs de mon Spiritual pour recouvrir mon corps d’une armure de flammes bleu royal. J’étais prête à combattre. Pendant tout mon temps libre, j’avais demandé à Elwood de m’entrainer et j’avais finalement atteint un niveau exceptionnel dans la maitrise des pouvoirs de mon Spiritual.

D’un coup violent, je défonçai la porte du bureau du maire qui vola en éclats dans un vacarme assourdissant.

Le spectacle qui s’offrit à moi me laissa bouche bée. La pièce était dévastée. Un feu sombre dévorait les meubles et les livres tandis une épaisse fumée flottait dans l’air, le rendant presque irrespirable.

Une bataille avait eu lieu ici mais apparemment, j’étais arrivée trop tard. Je ne pouvais que constater l’étendue des dégâts.

Lentement, je m’avançai au milieu des décombres et des corps mutilés de quelques garde du corps de Romain, cherchant désespérément un indice sur ce qui avait pu se passer ici, quand soudain, un gémissement de douleur prêt de la fenêtre brisée attira mon attention.

Je me précipitai vers son origine et découvris sous les restes du bureau l’homme que j’avais détesté, haï même, pendant ces quinze dernières années, le maire actuel de la ville et investigateur de la catastrophe Kvantiki : Romain Sawyer.

L’homme avait la moitié du visage brûlé gravement. Son ventre était transpercé d’une épaisse planche de bois et tout son corps était recouvert d’hématomes. Même si je méprisai ce type du plus profond de mon âme, le voir dans cet état me fit grimacer.

Avec précaution, je dégageai les débris et tirai péniblement l’homme contre le mur. Sa respiration était faible, son pouls quasi inexistant et son cœur battait faiblement dans sa poitrine. Dans son état, plus personne ne pouvait le sauver, pas même la plus avancée des médecines.

Cependant, je refusais d’être venue ici pour repartir les mains vides. C’est pourquoi, dans un geste désespéré, je claquai une Shungite contre le sol et dirigeai le Kvantiki vers mon ennemi de toujours.

L’énergie bleutée enveloppa tout son corps et Romain ouvrit faiblement les yeux, d’abord timidement, puis les écarquillant en me découvrant devant lui.

« Bonjour, Romain, déclarai-je d’une voix glaciale. Cela faisait longtemps, n’est-ce pas ?

-Vio…Let ? Articula-t-il tout en crachant une gerbe de sang noir.

-Je n’irai pas par quatre chemins, Sawyer. Vous allez mourir. Mais avant cela, j’ai besoin de réponse et je compte bien faire continuer votre supplice jusqu’à les avoir obtenues. »

L’homme tenta de lever la main vers moi, mais ses forces l’abandonnèrent et son bras tomba mollement contre son corps. Devant son impuissance, le maire de la ville se mit à rire tout en continuant à cracher ses poumons, au sens propre du terme.

« Alors voilà…Voilà à quoi j’en suis réduits…Reprit-il faiblement. Trahi par mon propre neveu…Cela doit-être mon châtiment pour cette nuit-là…

-Répondez-moi, Sawyer, le coupai-je. Que s’est-il passé lors du Purple Requiem ? Quels étaient vos objectifs, à vous et Ricky ? Et qui était ce Spiritual que vous tentiez d’invoquer ?

-Alors comme ça…Vous avez découvert la vérité ? Je n’en attendais pas moins de vous…Vous étiez toujours à fourrer ton nez là où tu ne devais pas…Vous auriez dû rester à ta place, femme… »

Prise d’un accès de colère, me donnai un violent coup de genou dans la poutre qui traversait toujours l’estomac du maire et ce-dernier se tordit de douleur avant de tomber lamentablement au sol. Là, je l’attrapai par le col de sa chemise brûlée et approchai mon regard à quelques centimètres du sien.

« Ne jouez pas aux plus malins avec moi et répondez à mes questions ! Je n’ai pas le temps de jouer aux devinettes. »

Je le lâchai brutalement et il s’écrasa à nouveau contre le mur tandis qu’un long filet de sang se mit à couler le long de sa joue droite.

Vaincu, Romain lâcha un long soupir et baissa le regard vers le sol.

« Notre objectif…A Ricky et moi…Était simple. Prendre le contrôle du réacteur…Afin de nous rendre en Izrath.

-Vous rendre…En Izrath ? Répétai-je, dubitative.

-Oui. Nous venions d’être diplômé de l’université de Rikoukei, tout comme vous, lorsque cela est arrivé. Nous avons intercepté…Un signal étrange un soir, un signal provenant d’une autre dimension…

-Une autre dimension ? Qu’est-ce que c’est que ces histoires encore ?

-Au début, nous étions sceptiques nous aussi. Mais ce signal s’est répété, encore et encore, chaque nuit pendant une semaine. Nous en étions persuadés. Quelqu’un essayait de communiquer avec nous. C’est pourquoi…Ricky a remonté jusqu’à l’origine du signal…Et nous avons pu lui parler.

-Lui ?

-Amon. C’était ainsi qu’il se faisait appeler. Il prétendait…venir de notre monde…d’une autre époque également. Et nous a proposé un marché…Nous lui permettions de revenir…et il nous offrait toutes les connaissances perdues au fil des âges sur Izrath.

-Et vous avez réellement accepté ?! M’étranglai-je, hors de moi.

-C’était l’occasion rêvée se faire un nom dans la communauté scientifique. Ryoko Seiu, Soichiro Namatame et vous, Violet Leblanc…Sans cela, nous n’aurions jamais été que des sous-fifres, des faire-valoir, des employés des acteurs de la révolution. Et cela, nous le refusions.

-Alors vous avez saboté notre projet et créé le vôtre en douce ? Grognai-je, prête à le mettre en morceau.

-Oui. Le projet Hakaze tel que nous l’avions modifié…N’aurait pas dû puiser l’énergie du noyau d’Izrath afin de créer une énergie illimitée… Mais aurait dû ouvrir une brèche, un trou de vers reliant notre monde, Izrath et le monde d’Amon. Imaginez une seule seconde ! Être les scientifiques ayant découvert le voyage dimensionnel…Cela nous aurait apporté à coup sûr gloire, argent et prospérité !

-Mais vous avez échoué lamentablement et vous avez emporté avec votre échec des milliers de vies innocentes ! Hurlai-je. »

Le visage de Romain, qui juste là n’affichait que la folie démesurée d’un homme en fin de vie, se crispa soudainement et il se mordit la lèvre qui saigna à son tour abondamment.

« Nous…Nous n’avons pas échoué…Nous avons réussi…Nous avons bel et bien ouvert une brèche entre Izrath et la terre…

-Alors cette explosion…elle était…

-Totalement accidentelle. Quelque chose…Ou quelqu’un est venu perturber nos plans.

-Cette chose…C’était ce Spiritual qui a ravagé la ville, n’est-ce pas ? Murmurai-je, blême.

-Oui…Ce Spiritual…Cette entité…Ce démon des ténèbres…Je m’en souviens…Il a surgi de la faille sans que nous ne puissions rien faire… »

Tout le corps de Romain fut saisi de spasmes incontrôlables et il se prit la tête dans les mains, l’air terrifié.

« J’ai été projeté au loin par l’explosion mais Ricky, lui, est resté proche de cette chose…Et il a été absorbé…Avant de disparaitre dans les ténèbres… »

Etrangement, je croyais les paroles de l’homme. Il n’avait aucune raison de me mentir, surtout si proche de la fin de sa vie et sa réaction était bien trop authentique pour quelqu’un d’aussi faible physiquement.

« J’ai moi aussi été touché par l’explosion et une part des ténèbres de la créature s’est introduite en moi… »

C’est alors que je remarquai sur le corps de l’homme un détail qui m’avait échappé jusqu’ici. Ce que j’avais pris pour des brûlures sur son torse n’en étaient pas. Il s’agissait simplement de trous béant présent à même sa chair mais d’où aucun sang ne s’écoulait.

Lentement, l’énergie bleutée qui entourait Romain Sawyer se dissipa, en même temps que la vie de l’homme lui échappait peu à peu.

« Éric…Mon neveu… S’est approprié le pouvoir que j’avais obtenu cette nuit-là…qui me maintenait en vie… ainsi que de l’artéfact que j’avais récupéré afin de contrer ce pouvoir des ténèbres… »

Romain se remit à tousser et cracher du sang mais puisant dans ses dernières forces, il m’attrapa par la manche et me lança un regard suppliant.

« Vous…Vous devez l’arrêter à tout prix…Sinon…Sinon le Purple Requiem se jouera à nouveau et cette fois-ci, il ne s’arrêtera pas au prélude ! »

Je reculai d’un pas, abasourdie. Non, ce n’était pas possible. Je le refusais. Je refusais de devoir vivre cela une seconde fois. Je n’allais pas le supporter…

L’aura de la Shungite diminua encore d’intensité tandis que les yeux de Romain Sawyer se voilaient, perdant tout leur éclat.

« Je suis désolé…Violet…Désolé pour ce que vous avez dû endurer par notre faute…Mais il me fallait un responsable…afin de continuer mes recherches dans le but de sceller à jamais cette force maléfique…Est-ce que vous pourrez un jour nous pardonner ?…

-Non. Jamais je ne vous pardonnerai, Romain, lui répondis-je sèchement.

-Je…M’en doutais…Sourit-il dans un ultime effort.

-Mais je ne salirai pas votre nom comme vous avez salis le mien et celui de Soichiro. Je rétablirai simplement la vérité et j’empêcherai à l’histoire d’écrire un second mouvement au Purple Requiem. Ceci est la seule promesse que je peux vous faire.

-Merci…Beaucoup…Violet…Même si je vous ai détestés…travailler avec vous…a été enrichissant…J’aurais aimé…pouvoir en apprendre plus à vos côtés…si les circonstances avaient été différentes. Mais n’oubliez pas cette leçon…que la vie m’a apprise…Parfois…Il faut savoir…Laisser sa place à d’autres…Plus qualifiés… »

L’énergie de la Shungite s’évapora dans l’obscurité et Romain Sawyer rendit son dernier souffle.

Dans un dernier geste de compassion, je fermai les yeux de celui que j’avais traqué pendant quinze années et me rapprochai de la fenêtre détruite.

Là, je tirai en l’air une colonne de flamme, signal marquant la fin de cette opération. Cependant, alors que tout le monde se réjouissait de notre réussite, je n’étais pas sereine. Les dernières paroles de Romain continuaient à me hanter l’esprit, même plusieurs semaines après la chute du mouvement ESPer.

Evidemment, cette opération augmenta encore la renommé d’Ether à travers le monde et de plus en plus de personnes désiraient y rentrer.


Les années se succédèrent. Tout le monde finit par oublier la catastrophe ayant pris tant de vies à Yokohama et bientôt, une nouvelle académie vit le jour sur les ruines de la première.

Mais malgré tous nos effectifs, Éric Sawyer demeura introuvable. Il s’était comme volatilisé après la défaite de son mouvement et plus personne n’entendit parler de lui pendant de nombreuses années. Peut-être était pour le mieux. Peut-être préparait-il un coup de maitre dans l’ombre, nul ne le savait, pas même ses anciens subordonnés.

Concernant le Purple Requiem, je n’avais encore rien révélé à la presse. La mort du maire de Tokyo était toujours fraiche dans les esprits des gens. Personne n’aurait accepté aussi tôt que celui qu’ils prenaient pour leur bienfaiteur n’était qu’un menteur. Cependant, je réussis à réhabiliter Soichiro en prétendant que Romain s’était trompé et m’avait chargée de le révéler au monde. Et puisque plus personne n’était là pour me contredire, ma parole fit foi.

Cependant, ma mission était loin d’être terminée. Même les Sawyer n’étaient plus que de l’histoire ancienne, nous devions nous préparer. Car derrière eux, il y avait encore un homme, Amon, qui semblait prêt à tout pour revenir dans notre monde. Ether se devait d’être prêt afin de le combattre en temps voulu.


Neuf nouvelles années passèrent dans un calme absolu. Alice obtint son bac avec une moyenne supérieure à vingt puis s’engagea dans les rangs d’Ether dès ses dix neuf ans, non pas dans la branche Izrath – je m’y étais opposée – mais dans la branche historique, celle que j’avais ouverte afin d’enquêter sur l’énergie noire qui avait dévasté Tokyo ce soir-là. Cela lui permettait de voyager aux quatre coins du monde en toute sécurité tout en vivant sa passion d’exploratrice.

Masamune devint commissaire général de Tokyo en récompense de son aide apportée lors de l’assaut de la mairie tandis qu’Akame, lui continua son rôle d’espion peu discret pour Ether. J’avais confié également à Laure la présidence de la branche Japon d’Ether, elle qui ne désirait qu’être la supérieure hiérarchique de son mari.

J’appris d’ailleurs grâce à l’enquête de mon amie que Soichiro avait fortement participé à vaincre Ricky Sawyer avec son gang pendant que nous lancions l’assaut contre Romain. Puis il avait définitivement disparu de la circulation. J’avais beau lancer des recherches, il demeurait introuvable. Mais je ne m’inquiétais pas pour lui. Après tout, il n’était pas seul. Ses deux Spirituals l’accompagnaient et je savais qu’elles veilleraient toujours sur lui, bien mieux que je ne l’avais jamais fait.

Quand au professeur Ryoko, il coulait des jours paisibles au CERN, travaillant apparemment sur les trous de vers et leurs propriétés quantiques.

Tout se déroulait pour le mieux dans le meilleur des mondes…Du moins, ce fut le cas jusqu’au funeste jour du 15 mars 2013 où le CERN fut attaqué et le professeur enlevé par un groupe d’hommes mystérieux, ce même groupe qui, quelques jours auparavant, avait déjà semé le chaos dans l’ancien Lycée de ma fille.

Au départ, j’avais pensé qu’il ne s’agissait que d’un petit groupe de dégénéré mais cette attaque de grande envergure me fit prendre conscience que la menace évoquée par Romain, neuf ans plus tôt, était bien réelle.

Je mis donc tous les moyens disponibles de la fédération afin d’attraper le cerveau de cette affaire mais il n’y avait rien à faire. Tout comme Éric Sawyer, il nous échappait encore et toujours, comme s’ils avaient le pouvoir de se volatiliser dans une autre dimension. Ce fut par ailleurs sans surprise que nous trouvâmes assez vite un lien entre les deux hommes, ce qui ne fit que renforcer ma détermination à mettre un terme définitif à cette histoire qui n’avait que trop duré.


Alors que je me trouvai sur le parvis de mon château, je vis la voiture d’Elwood rentrer de Paris. May, mon amie d’enfance, et son mari, le professeur John Wheeler, un collègue et ami proche de Ryoko, étaient également sur le coup et m’avaient donc demandé de garder un œil sur quelqu’un en particulier, une certaine Angéla Hopper, prise en chasse par Hélios, le roi des dégénérés.

Tandis que je voyais la jeune fille descendre de la voiture, accompagné d’un garçon aux airs perdus, je ne pus m’empêcher de sourire bêtement en repensant aux toutes dernières paroles de Romain.

Peut-être avait-il raison. Peut-être avais-je passé l’âge de jouer aux héroïnes finalement. Peut-être que ce n’était pas à moi de vaincre Hélios et Éric Sawyer…Seul le destin le savait.

Dans tous les cas, je comptais bien faire tout ce qui était en mon pouvoir pour terminer ce que j’avais entrepris, vingt-cinq ans plus tôt, en cette nuit funeste où une mélodie mortelle avait illuminé le ciel et changé nos vies à tout jamais.

Mais malgré tout ce qui avait pu nous arriver, je ne regrettais rien. J’avais surmonté toutes les épreuves mises sur mon chemin et j’en étais ressortie plus forte.

A présent, je devais forger la génération de demain et leur transmettre tout ce que les années m’avaient apprises. Telle était la mission de l’équipe technologique et histoire de l’école Rikoukei…telle était la mission de la fédération Ether.

« Attends-moi encore quelques temps, Soichiro. Bientôt se jouera la conclusion du Requiem…le dernier acte de cette opéra tragique…le dernier combat avant que nous ne soyons enfin réunis. »



Violet, Epilogue



Spoiler :


Je reposai ce vieux cadre photo et le remis à sa place avant de regarder l’heure. Je m’étais encore perdue dans ces souvenirs poussiéreux.

Lentement, je me levai et me préparais à terminer cette longue journée presque aussi absurde que ces jours heureux que je coulais avec E.T.H.E.R auparavant.

Cependant, alors que j’étais sur le point d’éteindre mon ordinateur, un mail perdu au milieu du flot de notifications interrompu attira mon attention, un mail de ma propre fille.

C’est vrai. Après avoir retrouvé le sceptre Héqa, elle était partie sur le site supposé d’Héliopolis afin de trouver des indices qui nous aideraient à vaincre Hélios. Avec toutes ces histoires, j’avais presque oublié de lui demander son rapport.

Pensant qu’il ne s’agirait que d’un mail de routine, je l’ouvris, l’esprit déjà à moitié endormi mais les premières lignes furent suffisante pour me réveiller totalement.

J’écarquillai les yeux, abasourdie et relus plusieurs fois le mail d’Alice mais la fatigue ne me jouait pas des tours. Si ce qu’elle m’annonçait là était avéré, la réputation allait bien être le dernier de nos problèmes.

J’imprimai en vitesse sa lettre et descendis en trombe dans les escaliers pour faire part de cette découverte au professeur.

Heureusement pour moi, il était toujours aussi insomniaque et je le trouvai dans la bibliothèque, avec Drago.

Je me mordis la lèvre. Non. Je ne pouvais pas encore tout révéler aux jeunes. Il fallait à tout prix éviter la panique inutile pour l’instant.

C’est pourtant, je fis mon possible pour paraitre détendue et entrai dans la pièce d’un pas assuré.

« Je vois qu’on ressort les dossiers sur son ancienne élève, professeur Ryoko. Je n’en attendais pas moins de vous, lui lançai-je.

-Désolé ma chère Violet, je me suis laissé emporter par la nostalgie, s’excusa-t-il, gêné.

-Ce n’est pas bien important. Mais toi Drago, tu n’as rien à faire debout à cette heure. N’oublie pas que, même si le tournoi est suspendu pour le moment, tu dois garder tes forces en cas d’urgence.

-Je…Oui, je comprends. Excusez-moi pour le dérangement. Et merci professeur pour m’avoir raconté tout cela. Je comprends un peu mieux vos motivations désormais. »

Sans ajouter un mot, le jeune garçon s’éclipsa et nous laissa seuls, Ryoko et moi, en compagnie de ce vieil album photo.

Je lâchai un long soupir.

« Et bien, de quoi veux-tu me parler ? Me demanda alors mon mentor. J’imagine que si tu as congédié Drago, c’est à cause d’un secret de la fédération, n’est-ce pas ? »

Sans même lui répondre, je lui tendis le mail d’Alice. L’homme fronça les sourcils, ne comprenant pas où je voulais en venir tout d’abord mais très rapidement, ses yeux s’agrandirent de surprise. Après avoir terminé sa lecture et relu plusieurs fois la lettre, il posa sur moi un regard consterné.

« Je…Violet…Est-ce vrai ce que dit Alice ? Bégaya-t-il, le teint livide.

-Je l’ignore, avouai-je franchement. Mais si sa découverte est avérée, le Purple Requiem n’aura été qu’une explosion de Masamune face à ce qui se prépare. »

D’un bond, le professeur se leva de sa chaise si brutalement qu’elle tomba au sol.

« Alors c’est pour cela…C’est pour cela qu’Hélios m’a enlevé…Il avait besoin de mes recherches sur le Kvantiki…Pour accomplir cela ?! Nous devons agir, Violet !

-Je le sais professeur. Je le sais. Mais actuellement, Hélios est ici, avec nous. Ne prenons aucune décision trop hâtive. Dois-je vous rappeler qui est notre véritable ennemi ici ? »

Ryoko se rassit en grognant.

« Je le sais. Inutile de me le rappeler. Éric Sawyer est celui que nous devons arrêter en priorité, ainsi que Shadow. Mais tout cela ne présage rien de bon…Et la dernière que j’ai eu un tel pressentiment…C’était le jour de l’arrivée de Romain et Ricky dans nos rangs…

-Ne vous inquiétez pas. Je vais déployer plus de nos hommes sur place pour y mener une enquête approfondie. Je peux vous jurer que, moi vivante, je ne laisserai pas la catastrophe d’il y a vingt-cinq ans se reproduire.

-Je fais confiance à ton jugement, Violet. »

Dans l’urgence, je contactai Masamune, Laure et Akame afin de réunir le plus de main d’œuvre possible et leur joignis une copie du mail d’Alice.

« Rapport d’exploration d’Alice Leblanc numéro 54.

Je suis actuellement en plein désert du Sahara, à trois jours de marche de toute civilisation. Avec mon guide, nous avons trouvé des ruines de ce qui semblait être un ancien royaume. Cependant, j’ai dû continuer la route seule. Ce-dernier ayant fui lorsque je lui ai demandé de m’y conduire. J’ai donc exploré seule de nombreux bâtiments enfouis sous plusieurs mètres de sable et y ai découvert ce que nous cherchions : La cité Antique d’Héliopolis.

Cependant, je suis également tombée sur quelque chose de plus inquiétant. Je ne sais pas vraiment comment te l’expliquer… il y avait une tablette de pierre dans un ancien temple mais malheureusement, elle est tombée en poussière lorsque je l’ai touchée. Mais j’ai néanmoins eu le temps de déchiffrer les hiéroglyphes gravés dessus.

Lis attentivement ce que je vais te dire, Maman. Ce que les frères Sawyer ont libéré il y a vingt ans n’était pas un simple Spiritual…Mais une créature enfermée il y a plus de cinq-mille ans dans une prison temporelle, ici, à Héliopolis. Une créature capable d’anéantir le monde. Une créature autrefois connue sous le nom de Gariatron, Démon originel des ténèbres.

Mais il y avait un autre détail dont je voulais te parler. En effet, je ne suis pas la seule sur les lieux. Un groupe d’hommes, ceux dont tu m’as parlés mais également d’autres qui sont inconnus des dossiers de la fédération, rodent autour des ruines et s’affrontent régulièrement. J’ignore ce qu’ils désirent réellement et pour l’instant, je ne pense pas avoir été repérée. Mais par précaution, j’ai enfoui à nouveau les ruines sous le sable. Je t’envoie en pièce jointe les coordonnées du site. Des renforts seraient les bienvenus.

Je vais continuer à investiguer de mon côté et je te tiendrai au courant s’il y a du nouveau.

J’espère pouvoir être de retour pour la fin du tournoi et former les nouvelles recrues.

Je t’embrasse fort Maman,

Ta fille, Alice. »




Chapitre 16 : La course



Spoiler :


Le lendemain de cette conversation avec le professeur, je fus réveillé par un rugissement assourdissant provenant de l’extérieur. Ne cherchant même pas à comprendre ce qu’il se passait, je m’habillai en moins de trente seconde et je me précipitai dehors pour me retrouver nez à nez avec un Dragon d’Hélios.

Je fus tellement surpris que je tombai à la renverse. Darksky avait-il raison finalement ? Hélios avait-il profité de nous pour nous attaquer dans notre dos ?

Je m’apprêtai déjà à alerter tout le manoir lorsque j’entendis la voix de Marie à quelques mètres et, en tournant la tête, je la vis…poser une selle sur le dos de l’un des dragons…

« Qu’est-ce que…

-Oh Drago, tu arrives pile à l’heure ! Me lança cette dernière en guise de salutation.

-Marie…Qu’est-ce que tout ce cirque signifie ? Lui demandai-je prudemment.

-Oh, ce n’est que la fameuse surprise d’Hélios : une course de Dragon !

-Une…course de Dragon ? Répétai-je, interdit.

-Tout à fait ! S’exclama l’intéressé qui venait d’apparaitre derrière moi en me faisant sursauter au passage. C’était un sport très prisé à Héliopolis et j’étais le meilleur à ça !

-Le meilleur jusqu’à ce que j’arrive, répliqua Marie d’un air malicieux.

-C’était un coup de chance, j’ai été distrait par cette bande de bons à rien de sous-fifres ! Répliqua Hélios tentant d’avoir l’air confiant.

-Dans ce cas, prouvez-le-nous aujourd’hui ! »

Sans plus attendre, Marie enfourcha l’un des reptiles volants comme un cheval qui s’envola quelques mètres au-dessus du sol. Hélios n’en resta pas là et se précipita sur Atoum qui décolla à son tour pendant que je regardai ce spectacle, interdit.

« Allez Drago, choisis-en un et monte ! Me lança Hélios en invoquant d’autre Dragons.

-Je…euh… »

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase car la porte d’entrée s’ouvrit avec violence pour laisser passer Angéla, Darksky, Violet, Elwood et Ryoko qui semblaient tout aussi perdus que moi.

« Oh, ça pour une surprise, j’adore ! S’exclama Angéla, aux anges. Le gros rouge est à moi !

-Angéla…tu es consciente qu’il s’agit de Dragons, contrôlés par Hélios qui plus est ? La prévint Ryoko, plus prudent.

-Si Marie n’a pas peur, alors moi non plus ! »

Sans se poser une seule question, la jeune fille se précipita sur le Dragon écarlate et or et grimpa sur la selle avant de rejoindre Marie et Hélios dans les airs.

« C’est parti ! Rien de tel qu’une course de Dragon pour mettre de bonne humeur ! S’écria cette dernière avec un sourire faisant le tour de son visage.

-Marie, descends de là tout de suite ! Ordonna alors Darksky à sa sœur, affolé.

-Viens me chercher si tu l’oses, le défia-t-elle.

-Très bien, j’arrive ! »

A son tour Darksky enfourcha l’un des Dragons, le plus frêle d’entre tous, et se fonça vers sa sœur qui esquiva sans aucune difficulté l’attaque. Cependant, son frère ne semblait pas aussi à l’air qu’elle et manqua de tomber de sa monture lorsque celle-ci s’arrêta brutalement et Angéla éclata de rire.

« Alors, on a quelques problèmes d’équilibre à ce que je vois ?

-Je ne t’ai rien demandé, râla-t-il en tentant tant bien que mal de rester sur sa selle.

-Bon, Drago, Violet, Elwood, Ryoko, on n’attend plus que vous ! Lança Hélios.

-Sans façon, je dois m’occuper de… »

Violet qui s’apprêtait déjà à repartir n’eut pas le temps de finir sa phrase que quatre Dragons se précipitèrent sur nous et nous n’eûmes d’autre choix que d’obéir à Hélios pour ne pas nous faire écraser, si bien qu’une seconde plus tard, nous étions tous en train de survoler le château à dix mètres du sol.

« Oh, une course de Spiritual, j’adorais faire ça avec Papa ! S’exclama Théa qui s’était matérialisée à côté de moi, soudainement très enthousiaste. Drago, tu n’as pas le droit de perdre, Papa était le meilleur et tu as intérêt à lui faire honneur !

-On ne ferait pas mieux de nous préparer à combattre Shadow plutôt ? Tentai-je en comptant sur le sérieux de ma sœur concernant ces histoires.

-Oui, mais pas avant d’avoir gagné cette course ! Rétorqua-t-elle, des étoiles dansant dans ses yeux.

-Mademoiselle Violet, vous êtes certaine que cela est raisonnable ?

-Evidemment que ce n’est pas raisonnable mais que veux-tu, dans ce genre de situation, mieux vaut laisser courir, crois-en mon expérience à Rikoukei…

-Tout ça va finir comme une expérience de Masamune je le sens…Je suis devenu trop vieux pour ce genre de chose, grommela Ryoko, cramponné à sa selle. »

Voilà que même eux devenaient fous rien qu’à l’idée de cette course. Je ne pouvais vraiment plus m’échapper…Mais…Cela ne devait pas être si dur que ça après tout, je pouvais bien me laisser tenter moi aussi…

« Bien, je suis content de voir que ma petite course improvisée a attiré autant de monde ! Lança Hélios avec un large sourire.

-Comme si on avait eu le choix, marmonna Darksky.

-Voici ce que je vous propose : un aller-retour simple jusqu’au stade où tous les coups sont permis ! Le dernier arrivé paie un verre à tout le monde !

-Michael, il te reste assez tu penses ? Demanda Marie d’un ton neutre.

-La ferme ! Je vais te faire descendre de là avant qu’il y ait un accident ! Répliqua Darksky en tentant une nouvelle fois d’attraper sa sœur, sans succès.

-Pas de règle, j’aime, vous allez souffrir Hélios, déclara Angéla en se frottant les mains d’un air sadique.

-Il va y avoir des morts avant la fin de la course, je le sens, lançai-je avec dépit.

-Sur ceux, tout le monde sur la ligne de départ. Le top sera donné lorsque les trois sceaux seront allumés ! »

Nous nous alignâmes tous sur une seule rangée, juste en dessous des trois sphères dorées qui faisaient office de feu de lancement. Tout le monde, y compris Violet et Ryoko, semblait prendre très à cœur cette course pour une raison qui m’échappait.

La première sphère s’illumina, puis la seconde et, lorsque la troisième se mit à briller à son tour, Hélios partit comme une furie, talonné de très près par Marie, suivi de Ryoko et Angéla au coude à coude puis Elwood et Violet, moi et enfin, Darksky qui eut visiblement un souci au démarrage car il resta sur place quelques instants au milieu d’une épaisse fumée grisâtre.

Au départ, je me concentrais plus sur le fait de rester sur la selle plus que sur la course elle-même ; il était préférable de ne pas tomber à plus de dix mètres au-dessus du sol, mais rapidement, je réussis à prendre mon courage à deux mains et me redresser pour observer la situation.

Nous volions donc au-dessus de la route nationale, droit vers le stade et, à en juger par le nombre de Dragons devant moi, j’en déduis que je devais être dans les derniers. Il me fallait un plan si je voulais pouvoir remonter car je doutais qu’Hélios m’ait donné son dragon le plus rapide…

« Drago, à côté de toi ! Me cria soudainement ma sœur.

Je tournai instinctivement la tête et je vis une carte flotter dans les airs au milieu d’une sorte de cube transparent. Sans réfléchir, je l’attrapai et un sourire illumina la figure de Théa.

« Oh, une bombe, on va s’amuser, lança-t-elle joyeusement. »

Immédiatement après que je l’ai prise, la carte s’illumina et une sorte de bombe avec des yeux apparut dans ma main comme par magie.

« Qu’est-ce que…

-Dépêche-toi imbécile, balance de truc ou ça va exploser ! »

Je ne perdis pas une seconde et, fermant les yeux, je lançai la bombe, droit devant moi. Cette dernière fila à la vitesse de la lumière sur le Dragon d’Angéla et la pauvre fille eut à peine le temps de pousser un cri de surprise avant que la bombe n’explose sur elle.

« Attends, je viens de tuer Angéla ? M’exclamai-je, affolé tout en passant à côté d’elle à toute vitesse.

-Mais non, elle s’en remettra, préoccupe-toi plutôt de la course ! »

Sceptique, je lançai néanmoins un regard en arrière et je vis effectivement Angéla ressortir du nuage noir, visiblement furieuse.

« Je vais t’apprendre à me balance des bombes à la figure moi ! S’écria-t-elle en attrapant une autre carte.

Une tortue se matérialisa dans sa main et un sourire triomphant se dessina sur le visage de mon amie tandis que le reptile se repliait dans sa carapace pour ne laisser qu’un petit vaisseau vert. Sérieusement, où Hélios avait-il trouvé ces Spiritual ? Et à quel moment avait-il eu le temps de les disposer sur le chemin de la sorte ?

« Prends ça, tu m’en diras des nouvelles ! »

Angéla me tira de mes pensées et lança son arme de toutes ses forces vers moi. Ayant pu prédire l’attaque, je réussis à l’esquiver en montant quelques mètres plus haut, ce qui laissa le champ libre à l’ovni pour frapper le pauvre Elwood dont la monture, déséquilibrée, percuta celle de Violet et les deux concurrents plongèrent avant de se rattraper tandis qu’Angéla et moi les dépassions.

« Oh, je vois, c’est donc à cela que ces cartes servaient…Une idée digne d’Akame, s’amusa la propriétaire du château. Voyons un peu de quoi cette plante est capable si je le combine à mon Spiritual. »

Au loin, une plante carnivore monstrueuse s’éleva pile devant Hélios et Marie. La sœur de Darksky eut heureusement le réflexe de s’arrêter mais le roi, trop fier pour laisser quelqu’un lui passer devant, ne dut voir qu’une occasion de distancer tout le monde et se fit gober d’un seul coup par le monstre de Violet et Marie éclata de rire en passant à côté de lui.

« Ah ! Deuxième fois que vous vous faites avoir Hélios ! Lui cria-t-elle tout en prenant la tête de la course. »

Ryoko, qui était jusque-là troisième, passa second, ne se laissant pas distraire par la disparition de l’un des concurrents et se retrouva à quelques mètres à peine de Marie. A en juger par son expression terrifiée, il ne contrôlait plus rien et le Dragon agissait par lui-même…

Malgré moi, j’éclatai de rire lorsque le roi se fit gober d’un coup par la plante. Je commençai vraiment à prendre gout à cette course et une profonde envie de gagner s’installa en moi.

Je me retournai et je vis Angéla qui me talonnai de près, suivi de Violet, Elwood et enfin Darksky à la traine. Lorsque je croisai le regard de la jeune fille, je n’eus plus qu’une idée en tête : ne perdre à aucun prix contre elle.

Je donnai deux coups sur les côtes du Dragon et tirai les rennes pour accélérer. Voyant cela, Angéla fit de même et nous nous retrouvâmes bientôt au coude à coude à la vitesse du son.

Rapidement, nous rattrapâmes Ryoko que nous dépassâmes le pauvre professeur qui se cramponnait de toutes ses forces à la selle pour ne pas tomber avant de passer à côté de Marie qui étrangement, ralentit au même moment, mais je ne cherchai pas à comprendre, je voulais simplement gagner face à Angéla.

Cependant, je compris à mes dépends pourquoi Marie nous avait laissé prendre la tête de la course car, à peine l’avions nous dépassée qu’une ombre gigantesque plana au-dessus de nous et un frisson me parcourut l’échine.

Par réflexe, je tirai à fond sur les rennes pour arrêter mon Dragon et je prévins la jeune fille du danger qui planait au-dessus de nos têtes mais elle n’en fit rien et continua sa route, triomphante.

Quelques secondes plus tard, une explosion retentit devant moi, suivi d’un cri, tandis qu’une épaisse fumée noirâtre s’éleva dans les airs à l’endroit même où Angéla se tenait auparavant.

« La pauvre, j’espère qu’elle s’en sortira, me dis-je à moi-même.

-Ce n’est pas le moment de rêvasser Drago ! Me lança Marie en passant à toute allure à côté de moi. »

Le temps que ma monture redémarre, Ryoko – ou plutôt son dragon – me repassa devant, de même que Violet, Elwood et Darksky. Hélios, quant à lui, semblait avoir réussi à s’échapper mais volait lentement et sa cape était en lambeaux.

Je ne perdis pas une seconde de plus à observer les autres et je repartis à la vitesse de l’éclair. En passant devant Angéla qui semblait encore à moitié inconsciente, je lui fis un signe de la main avant de continuer ma route.

Je réussis à voler sans encombre jusqu’au stade, gardant ma position de troisième en partant de la fin même si je voyais que devant, il y avait de la bagarre pour la première place. Entre explosion de tortues, plantes géantes, rafales de flammes et bombes à retardement, j’étais presque content de ne pas avoir à subir ça. Cependant, lorsque j’atteignis le point de demi-tour, les choses recommencèrent à se corser.

En effet, Hélios qui jusque-là occupait la queue de pelletons, se réveilla soudainement et je le vis attraper une carte qu’il activa immédiatement.

-C’est parti Atoum, montrons-leur notre vraie puissance !

Aussitôt, son dragon se mit à briller d’une lueur dorée tandis que je crus discerner comme un changement sur son armure qui vira à l’argenté tandis que ses ailes passèrent du bleu nuit au jaune or. J’avais presque l’impression que ce n’était plus le même monstre qu’Hélios chevauchait…

Je n’eus pas vraiment le loisir d’observer cela plus longtemps car un bruit semblable à celui des avions dépassant la vitesse du son retentit derrière moi. Sans réfléchir, je fonçai sur le dragon Angéla pour l’écarter de la piste imaginaire. Evidemment, cette dernière me traita de tous les noms jusqu’à ce qu’elle voie un boulet de canon doré passer juste à côté de nous et éjecter le pauvre Darksky qui n’avait rien vu venir.

« Euh…Merci…Me dit Angéla, gênée.

-Tu me remercieras sur la ligne d’arrivée, lui répondis-je en repartant tant qu’elle était encore à l’arrêt ce qui me valut une autre série d’insultes. »

Je passai à toute vitesse à côté de Darksky qui était encore dans les pommes, pour enfin me retrouver au coude à coude avec Ryoko qui me lança un regard de détresse en me voyant à côté de lui…Le pauvre avait l’air d’être sur le point de vomir son petit déjeuner…

La monture du professeur, n’appréciant par cette compagnie aérienne, aspira l’air tout autour d’elle et se mit à cracher des torrents de flammes tout autour d’elle.

Je réussis néanmoins à éviter l’attaque, et heureusement pour elle, Angéla était trop loin pour se faire carboniser sur place. Mais maintenant, Ryoko était intouchable et il m’était impossible de lui passer devant.

Je devais trouver une solution et vite, le château n’était plus qu’à quelques kilomètres et j’avais toujours un retard considérable sur Hélios et Marie…

« Sur ta droite ! Me hurla ma sœur.

A la dernière minute, je me saisis de la carte qui se trouvait là et je vis une simple châtaigne apparaitre dans ma main…Je n’avais aucune idée de son utilité mais étant donné que ma sœur éclata de rire, ça ne pouvait être que mauvais pour les autres.

Etrangement, je réussis à toucher avec mon projectile le Dragon de Ryoko qui s’emballa et commença à faire des zigzags sans que son cavalier ne puisse le contrôler.

J’étais désolé pour le pauvre homme mais je devais remporter la victoire. Je profitai de cette ouverture pour foncer droit devant moi et rattraper Marie et Hélios…et même les dépasser puisqu’ils étaient plus occupés à se chamailler qu’à se concentrer sur la course.

Le château était en vue et j’étais premier ! Je sentis une montée d’adrénaline en moi tandis que je donnai le dernier coup de talon au dragon. Il ne me restait plus que quelques mètres et je gagnais cette course !

Je pouvais déjà toucher la ligne d’arrivée du bout des doigts lorsqu’un épais nuage noir et menaçant apparut au-dessus du circuit. Je n’eus même pas le temps de comprendre ce qui m’arrivait que ma monture fût foudroyée instantanément, de même que tous les autres Dragons derrière moi. L’un après l’autre, nous entamâmes une longue chute…à l’exception de Darksky que je vis toucher les trois sceaux, l’air triomphant tandis que ces derniers s’illuminèrent, annonçant la fin de la course.

« Et voilà ce qu’il se passe quand on défie l’aigle noir ! S’écria Darksky triomphalement.

-Sérieux, j’ai perdu contre lui ? S’exclama Angéla en jetant sa veste à terre. Tout ça à cause de ce foutu éclair !

-Je me fais trop vieux pour ce genre de choses je pense, lança Elwood en s’étirant.

-Oui mais c’était amusant, il faudra le refaire à l’occasion, lui répondit Violet qui semblait mécontente d’avoir été battue. Enfin, je dis ça, ce n’est pas parce que le club de Rikoukei me manque ou quelque chose du genre, en vous méprenez pas professeur !

-Je donnerais n’importe quoi pour une explosion de Masamune mais pitié, plus jamais ça…Gémit Ryoko. C’était tout le temps comme ça avec lui, Marie ?

-Oh non, d’habitude, c’est pire mais les courses c’est ce qu’il préfère, répondit la jeune fille, souriante.

-Et…Une minute, où est-il passé ? M’exclamai-je alors en ne voyant le roi nulle part.

-Oh, je l’ai laissé là-bas, me répondit la sœur de Darksky. »

Je tournai la tête dans la direction qu’elle pointait du doigt et effectivement, Hélios était dans un arbre dans une position ridicule, visiblement dans les pommes, de même que son dragon et je ne pus m’empêcher de pouffer.

Ce type était peut-être un roi maléfique, mais il fallait reconnaitre qu’il savait y faire quand il s’agissait de s’amuser. En fin de compte, Hélios avait vu juste : sa surprise nous avait vraiment permis de nous rapprocher de lui en ne le voyant plus comme une menace mais comme un simple homme un peu boulet sur les bords mais ayant un bon fond. Même les défenses de Darksky semblaient avoir été abattues et il en redemandait même.

Le soir, comme promis, Hélios paya un verre à tout le monde dans un restaurant de la ville. Nous passâmes vraiment un bon moment ou chacun pu laisser ses soucis de côté le temps de quelques heures pour ne redevenir que de simples citoyens désireux de passer du bon temps avec leurs amis.

Même Violet, qui avait des ennuis jusqu’au cou, abandonna son rôle de présidente d’Ether pour redevenir cette jeune fille membre d’un groupe de personnes étranges que Ryoko m’avait décrite. La voir rire et s’amuser comme la simple scientifique qu’elle aurait dû être me donnait le baume au cœur.

C’était ce genre de moment que je chérissais. J’avais l’impression de retrouver mon ancienne vie, loin de toutes ces histoires de fin du monde et de fous à lier, mais il y avait quelque chose de plus, une chose que je ne pouvais pas discerner mais qui m’avait manqué pendant longtemps.

« Eh Drago, ce n’est pas le moment de dormir, me lança Angéla en me ramenant à la réalité. C’est à ton tour !

-Oh…Oui, désolé Angéla.

-Tu n’as aucune chance Drago, Michael possède les quatre as en main, ricana Marie.

-Arrête de révéler mon jeu toi, répliqua son frère en gonflant les joues.

-ça m’étonnerait fort ma chère, j’en possède un, rétorqua Hélios, fier de lui.

-Hélios, vous ne devez pas dire ce que vous avez en main, soupira Violet, dépitée. »

Elwood et Ryoko éclatèrent de rire en voyant le roi tenter de se défendre à coup de bluff en prétendant posséder tout le jeu, sans grand succès.

Mais Angéla avait raison. Ce n’était sûrement pas le moment de penser à tout cela et de me torturer l’esprit pour rien. J’étais entouré de bons amis, même Hélios, il fallait que je profite de ce moment !

« Triple roi ! M’écriai-je joyeusement alors en posant ma main sur la table. »




Chapitre 17 : L’offre de Shadow



Spoiler :



J’avais encore du mal à accepter la présence d’Hélios parmi nous. Après tout, il avait enlevé ma sœur alors que ce n’était qu’une enfant et m’avait menti en me recrutant par la suite avant de m’abandonner. Comment pouvait-on faire confiance à un type comme lui ?

Et pourtant, malgré tout ce qu’il nous avait fait, Marie n’avait pas l’air en colère contre lui pour une raison qui m’échappait. Etait-ce une sorte de syndrome de Stockholm qu’elle avait fini par développer…ou avait-elle vu en lui autre chose que sa cruauté et son esprit tordu ?

De plus, il n’avait rien fait de répréhensible depuis son arrivée. Il se comportait même comme un gamin et pas du tout comme le tyran cruel qu’il aurait dû être. Même Angéla avait l’air d’avoir oublié sa rancœur envers lui alors qu’elle aurait dû être la première à lui sauter à la gorge. Je ne savais vraiment pas quoi penser…

Néanmoins, je ne baissai pas ma garde et je continuai à garder un œil sur lui. Je le suivis partout où il allait, traquant le moindre de ses déplacements, attendant qu’il fasse un faux pas pour révéler sa vraie nature à tout le monde, celle du menteur qu’il était…mais rien. J’avais beau le surveiller, toutes ses actions étaient banales et sans intérêt, voire même stupides parfois lorsqu’il essayait de se servir de nouvelles technologies.

Je commençais sérieusement à me remettre en question et même à penser que l’homme qui nous avait rejoint n’était pas le même que le tyran cruel ayant affronté Shadow dans le stade…

« Allons bon, tu es devenu un stalker maintenant ? Ricana une voix féminine dans mon dos.

-Je suis sur mes gardes, c’est différent, Marie, rétorquai-je sans quitter ma cible des yeux qui était en train d’essayer d’allumer la télévision, sans succès.

-Tu es surtout ridicule à te cacher derrière les portes comme ça…S’amusa ma sœur avec un large sourire.

-Un jour, il fera un faux pas et ce jour-là, je serai là pour révéler son vrai visage !

-Mais il l’a déjà révélé.

-Sérieusement, qu’est-ce qu’il a fait ? Tu l’as vu téléphoner à quelqu’un de louche ? Il a posé des pièges quelque part ? Il a voulu agresser Drago dans son sommeil ?

-Il a organisé sa course de Dragons l’autre jour ! »

Je marquai une pause et je regardai ma sœur comme si elle était folle mais elle se contenta d’afficher un air mystérieux dont elle seule avait le secret.

« Non…C’est justement son camouflage ça, Marie…La repris-je.

-Absolument pas. Tu as pu voir une partie du vrai Hélios, confirma-t-elle.

-Et comment est-ce que tu peux affirmer quelque chose pareil ?

-J’ai eu tout le temps de l’observer pendant ces dernières années, me répondit-elle naturellement. »

Ma sœur marqua une pause et passa à son tour le regard par la porte pour observer le roi et je vis une once de tristesse dans ses yeux à ce moment-là.

« Hélios…Est-ce que sa mort vous tourmente toujours à ce point ? Murmura-t-elle.

-Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes Marie ? De quelle mort tu parles ? M’étonnai-je.

-Rien du tout. Mais bon, libre à toi de le Stalker sauf que tu perds ton temps. »

Marie n’ajouta rien à cela et repartit vaquer à ses occupations, me laissant complètement désemparé. A qui devais-je faire confiance ? Les dires de Marie qui se trompait rarement quand il s’agissait d’analyser les gens, où à mon instinct qui me criait de me méfier de lui comme de la peste ?

« Dis-moi, Saya, toi qui as connu Hélios comme un père…qu’aurais-tu fait à ma place ? » pensai-je avant de remonter dans ma chambre.

Cette nuit-là, je fis un rêve étrange, le premier depuis bien longtemps.

Je me retrouvai sur les remparts d’un château ou plutôt sur ceux d’un palais au milieu du désert. Le ciel était menaçant, un orage approchait. Au loin, une armée avançait lentement dans un cliquetis d’armure et des grognements inhumains. Son étendard représentait un symbole sombre. Ils devaient être plusieurs milliers, accompagnés de Spirituals enveloppés par les ténèbres.

A en juger par la distance qui nous séparait, j’estimais qu’elle mettrait deux jours tout au plus à arriver jusqu’au château.

Un bruit de pas à côté de moi attira mon attention et je remarquai soudain que je n’étais pas seul sur les remparts. Non loin de là, un homme que je reconnus comme étant Hélios, ainsi que deux femmes, observaient la scène, inquiets. La première ressemblait trait pour trait au roi et était habillée d’une longue robe blanche laissant ses épaules et ses bras nus tandis que ses longs cheveux blonds tombaient dans son dos et étaient attaché au bout par une sorte de tissu.

L’autre était une belle femme brune, au visage fin et à la peau claire malgré le soleil brûlant du désert. Elle portait également une longue robe mais recouverte d’une armure dorée et sur sa tête était posé une sorte de diadème incrusté de joyaux. Son regard était serein mais ses yeux dégagèrent néanmoins une légère inquiétude lorsqu’elle se tourna vers Hélios.

« Eh bien, on dirait que notre dernier rempart vient de tomber, déclara la femme en armure sans émotion.

-Et ce royaume est sur le point de s’effondrer lui aussi malheureusement, Celestia, lui répondit Hélios d’une voix lasse et fatiguée. Le départ précipité de Solaris nous a mis dans de beaux draps…

-Depuis quand es-tu aussi défaitiste, mon frère ? S’étonna l’autre femme. Normalement, c’est mon rôle de prédire des catastrophes.

-Parce que tu vois une alternative peut-être, Luna ? Rétorqua le roi en fronçant les sourcils.

-Non, aucune, s’amusa la dénommée Luna.

-Je n’ai donc pas le choix… »

En prononçant ces mots, Hélios fut entouré d’une aura sombre et une ombre gigantesque l’entoura. Mon cœur s’arrêta un instant. C’était la même ombre que lorsque j’avais combattu à ses côtés !

« Hélios, non ! S’écria la femme en armure en tentant d’attraper le roi avant de se faire projeter violement à terre par une force invisible. »

L’ombre s’éleva peu à peu dans le ciel et deux yeux rouges apparurent, puis deux sortes d’ailes sur un long corps noir recouvert de ténèbres. Le monstre rugit et ma vision se brouilla.

Lorsque je rouvris les yeux, je n’étais plus sur les remparts mais dans ce qui s’apparentait à une salle du trône où Hélios était assis. Cependant, il semblait différent, beaucoup plus proche de l’homme que je connaissais à mon époque : l’air plus cruel mais son regard n’était pas encore aveuglé par la haine comme lorsque je l’avais rencontré quatre ans plus tôt. Ce dernier tapait frénétiquement des doigts sur son siège, comme s’il attendait quelque chose avec impatience.

Au même moment, un homme entra dans la pièce, un messager certainement.

« Alors, l’as-tu retrouvé ? Grogna aussitôt le roi.

-Non seigneur Hélios, mais nous avons trouvé ceci dans sa chambre, dit-il en lui tendant un morceau de parchemin. »

Lorsqu’Hélios le vit, ses yeux s’agrandirent et je pus lire à l’intérieur une peur sans pareille.

« Rassemblez toutes les troupes du château, ne la laissez pas faire ça, qui sait ce qui l’attend aux portes de ce royaume ! Je vais me joindre personnellement aux recherches mais une chose est sûre : je la retrouverai !

-Je t’avais pourtant prévenu Hélios, lança la dénommée Luna, je t’avais dit qu’elle mettrait ses menaces à exécution et maintenant, elle est partie je ne sais où et tout ça, c’est parce que tu n’as pas voulu ravaler ta fierté !

-N’essaie pas de me rendre plus coupable que je ne le suis Luna, si Celestia est partie, c’est parce qu’elle n’a plus confiance en ce royaume, ni en moi…

-Ouvre les yeux Hélios ! Ce pouvoir est en train de te consumer ! Celestia le sait très bien, elle a toujours essayé de te dissuader de l’utiliser pour te protéger, pas parce qu’elle le craignait ou qu’elle le désirait !

-Cette conversation ne nous mènera nulle part, je vais la ramener saine et sauve, tu verras ! S’écria-t-il en se levant d’un bond de son trône.

-Et si elle ne veut pas ? »

Hélios se retourna un bref instant mais ne répondit rien et sortit de la pièce sans demander son reste.

Tout devint noir après cela et je me réveillai en sursaut dans mon lit. J’étais en sueur à cause de ce rêve, ma respiration était saccadée et mon cœur battait la chamade.

Qu’est-ce que c’était que ce rêve ? Tout semblait si vrai, comme si j’avais été transporté directement dans les souvenirs d’Hélios…était-ce le pouvoir de Marie qui déteignait sur moi ?

Pendant que je réfléchissais, mon regard passa par hasard sur l’horloge de ma chambre et je tombai de mon lit en voyant l’heure : quinze heures…Pourquoi personne ne m’avait réveillé ?

Pestant contre tout ce qui se trouvait autour de moi, je m’habillai en vitesse et descendis les escaliers en courant au risque de me briser la nuque mais, alors que je m’apprêtai à trouver un mot dans le salon, je vis que tout le monde était là, tranquillement installé devant la télévision et je restai un moment figé dans l’entrebâillement de la porte, interdit.

« Tiens, regardez qui voilà, me lança Marie avec un ton sarcastique, on dirait que la belle au bois dormant a enfin décidé de se lever.

-Mais…mais…vous n’êtes pas en train d’enquêter sur Shadow ? Bégayai-je.

-Non, puisque tu avais l’air de si bien dormir, on ne t’a pas réveillé et on a laissé Violet faire le travail, me répondit Angéla en baillant. De toute façon, ils avaient beaucoup de choses à régler à cause de l’incident d’il y a deux jours.

-Enfin, tu n’avais pas non plus très envie d’y aller je te signale…Railla Drago.

-On a le droit d’être un peu fatigué de temps en temps non ? Râla la blonde en gonflant les joues. »

Voyant que tout semblait normal, je pris place dans un fauteuil à mon tour pour regarder la télévision avant de me relever aussitôt en notifiant enfin la présence d’Hélios à côté de moi.

« Eh bien, ne sursaute pas comme ça Darksky, tu vas casser les meubles, me dit-il avec un air totalement innocent et niais. »

Je me retins de lui répondre quelque chose de cinglant et, après m’être calmé, je me rassis, décidant de faire totalement abstraction d’Hélios pour le moment, me concentrant uniquement sur la conférence de presse que donnait Violet en direct.

Son attitude froide et distante contrastait bien avec la personne que nous avions ramenée à moitié saoul la veille après la course de dragons. Mais peut-être avait-elle profité pleinement de cette journée en prévision de cette interview délicate sur laquelle se jouait sa carrière.

Violet parlait depuis plus de dix minutes lorsque je m’installai mais je pus néanmoins entendre la fin de son discours.

« C’est pourquoi, nous, à la fédération Ether, nous engageons à réparer tous les dommages causés lors de ce malheureux incident, et à payer les frais d’hospitalisation des victimes. Evidemment, nous sommes conscients de notre faute dans la sécurité de cet événement et au nom de toute mon équipe, nous nous en excusons sincèrement et nous vous promettons que cela ne se reproduira plus. Mais cela me permet de vous rappeler ceci, chers citoyens du monde entier : La terre est sous la menace constante d’une catastrophe de l’envergure de celle ayant rasé Yokohama il y a vingt-cinq ans. Nous avons fait notre possible pour contenir cette menace pendant toutes ces années, et nous continuerons à lutter pour la protection des populations pour que plus jamais un tel drame ne se reproduise…Mais si un jour le monde devait sombrer dans le chaos…soyez certains d’une chose… Même s’il ne nous restait plus qu’un seul membre…la fédération continuera à vous protéger. Car telle est notre mission. »

L’interview s’arrêta là et le présentateur du journal télévisé reprit la parole mais aucun de nous ne l’écouta. Je n’avais pu entendre qu’une infime partie du discours de Violet, et pourtant, j’avais eu des frissons pendant tout le long.

« Cette Violet est une fine oratrice, et une excellente manipulatrice à ce que je vois, lança soudain Hélios, brisant le silence qui s’était installé.

-Que voulez-vous dire ? S’étonna Drago. J’ai trouvé son discours excellent.

-N’as-tu pas remarqué, mon garçon, qu’au lieu de prendre toute la responsabilité sur ses épaules, ou pire, au lieu de rejeter la faute sur un autre pour tenter de se déculpabiliser, elle a rappelé l’importance de sa fédération pour le monde ? A présent, même si ses partenaires commerciaux la quittent, elle gardera le soutien d’une grande partie de la population. C’est mesquin mais étonnamment efficace, croyez-en mon expérience.

-Sans une personne présente ici, Violet n’aurait même pas eu besoin de présenter ses excuses je vous signale, crachai-je.

-C’est vrai que je me suis peut-être laissé emporter… Mais ce Shadow…Je ne supporte pas ce type, il fallait que je lui montre qui était le plus fort ! »

Cela valu au roi un coup de poing d’Angéla à l’arrière du crâne.

« Et mes amies, c’était aussi pour me montrer que vous vous êtes emporté j’imagine ?!

-Ah…laisse moi t’expliquer ma chère Angéla, en fait c’est très simple, je… »

Alors qu’il allait répondre, la télévision émit un grésillement suspect et se ralluma toute seule. L’écran était d’abord gris comme sur les anciens téléviseurs puis une silhouette y apparut mais nous ne pouvions pas distinguer clairement de qui il s’agissait…même si j’avais ma petite idée là-dessus…

« Salutations, chers protégés de Violet Leblanc, j’imagine que vous m’avez reconnu…

-Shadow, qu’est-ce que vous nous voulez encore ? Demanda Drago, sur ses gardes.

-Je vois que vous allez droit au but donc je ne vais pas passer par quatre chemins : Abandonnez.

-Et puis quoi encore ? Vous allez nous demander de nous joindre à vous tant qu’on y est ? Railla Angéla. Sans façon, je passe mon chemin pour cette fois.

-Je savais bien que je me heurterai à ce genre de réponse fermée, soupira notre ennemi. Mais dans ce cas, j’avais deux messages à transmettre. Le premier est pour toi, Hélios : la prochaine fois que nous nous verrons, nous règlerons nos comptes.

-C’est quand tu veux, je suis toujours prêt pour une revanche, lui répondit le roi en haussant les épaules.

-Je ne parle évidemment pas du tournoi mais de ce qu’il s’est passé il y a trois ans, grogna notre ennemi, se retenant de hurler. Et le deuxième message est pour toi, Darksky, ou devrais-je dire Michael.

-Pour…Moi ? M’étonnai-je.

-Oui, de la part de Laura. »

Je déglutis en entendant ce nom et une goutte de sueur perla de mon front, m’attendant déjà au pire étant donné comment s’était fini notre dernière discussion…

« Elle a dit « N’essaie plus jamais de me retrouver, ou alors je serai la dernière personne que tu verras ».

J’ouvris la bouche et la refermai sans qu’aucun son n’en sorte avant de m’écrouler sur le fauteuil derrière moi. Non…Ce n’était pas possible…Ce n’était pas Laura qui me disait ça…Shadow me manipulait comme il avait dû manipuler la manipuler ! Je ne pouvais pas croire un seul mot de ce qu’il disait !

-Une dernière chose, je vous propose un marché. Laissez-moi tranquille désormais et je suis prêt à étouffer l’affaire Ether, qu’en dîtes-vous ?

-Qu’est-ce que c’est que cette proposition foireuse encore ? Vous allez nous faire croire que vous avez le pouvoir de faire taire les médias d’un simplement claquement de doigt ? Ironisa Angéla. »

Comme en réponse au défi de la blonde, Shadow claqua effectivement des doigts. Un instant plus tard, tous nos téléphones se mirent à vibrer en même temps. Lorsque je consultais les notifications, je restai interdit devant ce que je vis.

Toute l’actualité des trois derniers jours avait purement et simplement disparu, remplacée par des faits divers sans importance.

Angéla lâcha son portable et tomba à la renverse lorsqu’elle découvrit cela à son tour tandis que je crus distinguer un sourire sur le visage flouté de Shadow.

« Voila, j’espère que vous remercierez de ma petite contribution à aider la fédération Ether à qui je dois beaucoup. A présent, à votre tour de m’aider…et de ne pas vous mêler davantage de ce qui ne vous regarde pas si vous ne voulez pas sombrer dans une histoire qui vous dépasse largement.

-Attendez, Shadow, je n’ai pas… »

Sur ces mots et sans me laisser terminer, l’homme disparut de l’écran. Puis La télévision reprit son programme, nous laissant tous dans l’incompréhension la plus totale.


Chapitre 18 : Le secret d’Hélios



Spoiler :


Le premier réflexe de tout le monde fut de se tourner vers Hélios mais ce dernier semblait tout aussi dérouté et perdu que nous.

« Ne me regardez pas comme ça, je ne sais rien de ses plans ! Et même si je les savais…en fait, si je les savais, je vous l’aurais dit mais ses agissements me dépassent totalement.

-Voilà qui ne nous avance pas beaucoup, soupira Drago. Nous devrions prévenir Violet et aviser ensuite. Ça ne sert à rien de réfléchir à chaud comme ça.

-Au contraire, moi je dis qu’il faut aller le démonter tout de suite puisque c’est ce qu’il veut ! Rétorqua Angéla, le regard emplit d’une nouvelle ardeur. »

Nous passâmes ainsi de longues minutes, peut-être même plusieurs heures à épiloguer sur la solution à prendre sans arriver à prendre une décision commune. Nous tournâmes en rond tellement de temps à nous chamailler inutilement que les adultes eurent le temps d’échappera aux journalistes et de faire le trajet depuis Paris.

Violet semblait assez détendue, ce qui me laissait penser qu’elle avait réussi à éloigner les soupçons par elle-même et son arrivée calma aussitôt les esprits qui commençaient sérieusement à s’échauffer. Angéla proposait même à Drago de régler la question en combat singulier pour décider de la marche à suivre…

Ce dernier se mit à raconter à la présidente ce que nous venions d’entendre tandis qu’Angéla faisait les cent pas dans la pièce, ne tenant pas en place. Quant à moi, j’étais toujours perdu dans mes pensées, focalisé sur Laura, à tel point que je perdis rapidement le fil de la conversation.

Il fallait que je la retrouve absolument, que je lève ce malentendu et que je la ramène à la raison. Je ne pouvais pas la laisser entre les mains de Shadow.

Cependant, quelque chose me dérangeait…J’avais l’impression d’avoir déjà entendu la voix de l’homme derrière ce masque, mais où ?

J’avais beau me creuser la tête, je n’arrivais pas à donner de nom ni de visage à Shadow et pourtant, quelque chose au fond de moi me disait qu’il ne m’était pas totalement inconnu.

A force de réfléchir, toute la conversation me passa sous le nez et lorsque je revins enfin à la réalité, tout le monde avait déjà repris ses activités sans que je n’aie la moindre idée de la stratégie qu’ils avaient décidé d’adopter…

« Eh bien, et bien, on est un peu perdu j’ai l’impression, ricana Marie dans mon dos. Un jour il faudra que tu arrêtes de rêvasser sinon tu vas finir par marcher sur l’autoroute sans t’en rendre compte.

-D…Désolé, bégayai-je un peu surpris. Mais donc, qu’est-ce qu’on va faire ?

-Pas grand-chose, me répondit ma sœur en haussant les épaules. Du moins moi je ne vais pas faire grand-chose mais Elwood est parti chercher dans les dossiers d’Ether s’ils n’avaient pas des informations sur l’autre fou. Et Violet a demandé de l’aide à Hélios. Il parait qu’il a une idée des plans de Shadow.

-Et…Quels sont-ils ?

-Shadow veut, je cite « Dominer le monde et prendre mon trône, mais moi, Hélios, seigneur soleil d’Héliopolis, je ne le laisserai pas faire ! Il va voir ce qu’il se passe quand on défie le grand Hélios ».

Je soupirai. Je me demandais vraiment parfois s’il le faisait exprès ou s’il était réellement comme ça mais dans tous les cas, même s’il était réellement un allié, Hélios était fatigant…

Le reste de la journée se passa sans surprise : Angéla le passa devant la télévision, Marie et Hélios se chamaillaient encore, laissant Violet, Ryoko et Elwood seuls dans leurs recherches pendant que Drago parlait encore tout seul. Quant à moi, je me contentai de me balader dans le parc du château, perdu dans mes souvenirs.

Je n’avais jamais réalisé à quel point ce parc était grand d’ailleurs. Je me demandais bien jusqu’où il s’étendait mais, voyant que la forêt devenait de plus en plus épaisse, je préférai ne pas m’aventurer trop loin et rebrousser chemin après une bonne heure de marche en ligne droite.


Cette nuit-là, je fis un autre rêve étrange et similaire au précédent. Je me trouvai à nouveau sur les remparts de ce château perdu au milieu du désert, aux côtés du roi fou et de cette Luna. Tous deux semblaient paniqués et regardaient vers le sol où une immense armée était déployée avec à sa tête la femme en armure que les accompagnait auparavant, chevauchant un majestueux cheval blanc.

« Celestia…Murmura Hélios, dépassé par la situation.

-Alors, tu vas rester là les bras croisés où tu vas aller sauver la seule personne qui t’a toujours soutenu, Hélios ? Lui demanda froidement Luna.

-Je… »

Le roi fut coupé par le son d’une corne de brume provenant de la plaine et annonçant le début de l’assaut. Tous les cavaliers se mirent en position comme un seul homme et lancèrent leur attaque en poussant des cris de guerre contre les ennemis s’approchant lentement du château.

« Alors, cher seigneur, quel est votre réponse ? »

Hélios, comme revenant soudain à lui, frappa le rempart de son poing en jurant puis, sans autre sommation ni préparation, sauta par-dessus la muraille, faisant apparaitre sous lui l’un de ses dragons avec lequel il rejoignit la mêlée en une fraction de seconde et je le suivis dans sa course.

Soudain, un ombre s’éleva au-dessus de la horde de monstres faisant face à l’armée du souverain, ombre qui recouvrit rapidement le soleil, plongeant le désert dans l’obscurité totale et je vis comme une main griffue se former tandis que deux yeux rouges apparurent dans le ciel.

Ma gorge se noua et mon cœur s’accéléra rien qu’à la vue de cette chose. Elle dégageait une aura particulière. Je ne pouvais pas la décrire précisément mais j’étais vraiment mal à l’aise, comme si tout ce qui allait se passer désormais était hors de contrôle…

Hélios dut ressentir la même chose car il fronça les sourcils et fut à son tour entourée d’une aura sombre, la même que lors de notre duel en double contre Angéla et Drago.

Soudain, une voix résonna dans le ciel, lente et grave, presque inhumaine, comme provenant de la brume sombre elle-même.

« Est-ce vraiment ce que tu désires, Hélios ? Tu sais que tu ne peux pas gagner ce combat contre le désespoir. »

Pour toute réponse, le roi leva son épée puis l’abattit devant lui, projetant une onde d’énergie sombre qui transperça la main d’ombre de part en part mais Hélios ne sembla même pas s’en préoccuper et focalisait son attention sur la masse d’homme sous ses pieds, recherchant en vain Celestia, perdue au milieu de milliers d’autres cavaliers et de monstres.

Soudain, il la repéra aux prises avec une autre femme en armure. Elle était grande, à la silhouette élancée et équipée d’une longue épée sombre comme seule arme. Ses longs cheveux blonds dansaient dans son dos comme des serpents dorés tandis que derrière son casque de fer, je pouvais apercevoir deux yeux verts briller d’une lueur étrange. C’était comme s’il n’y avait aucune volonté de combattre dans son regard, aucun éclat, aucun espoir.

Sans réfléchir, le souverain sauta de son dragon et atterrit pile entre cette ennemie et sa femme, soulevant un épais nuage de sable tout autour de lui, obligeant les deux combattantes à reculer. Cependant, alors que je pensais qu’il allait combattre aux côtés de Celestia, Hélios resta au centre de la mini tempête de sable qu’il avait créée et qui ne semblait pas vouloir s’arrêter. Seuls ses yeux, désormais rouges, perçaient à travers l’ombre.

« Je ne peux peut-être pas gagner ce combat, mais je peux le faire gagner à mes hommes, et à Celestia, lança Hélios d’une voix forte résonnant à travers le désert »

A ces mots, la tempête de sable redoubla de violence, forçant la femme à reculer davantage et emportant sur son passage de nombreux ennemis, et ce, sans même qu’Hélios n’eut à bouger le petit doigt, comme si une force invisible était à l’œuvre.

J’étais totalement subjugué par son pouvoir mais également effrayé. Jamais il n’avait montré une telle puissance du temps où je me trouvais dans son armée et je sentais bien là qu’il n’utilisait qu’une infime partie de ce dont il était capable de faire. Pouvions simplement espérer le vaincre s’il se retournait contre nous un jour avec une telle puissance ?…

« Je suis Hélios, Seigneur Soleil d’Héliopolis et par les pouvoirs qui me sont accordés, je vous somme de quitter ces lieux sur le champ, Soldats du désespoir ! »

Une nouvelle vague d’énergie émergea du corps d’Hélios et vint frapper tous les ennemis se trouvant à moins de cents mètres, ne laissant que des tas de poussière et des cavaliers apeurés par la puissance de leur roi.

Néanmoins, la femme à l’aura sombre résistait encore et toujours et faisait face à Hélios sans faiblir. C’est alors que, bravant la tempête, je vis Celestia se relever et foncer droit sur la générale de l’armée ennemie, l’épée en avant. Comme perdant d’un seul coup toutes ses forces, la tempête cessa et me laissa voir un Hélios, effrayé, la bouche grande ouverte tandis qu’un rictus malsain déforma le visage de l’ennemie.

Ma vision se brouilla à ce moment-là et, lorsque je rouvris les yeux, le désert et les monstres avaient disparu pour faire place à une sorte de pinacle. A l’extérieur, je ne pouvais rien voir d’autre de du ciel et des nuages à perte de vue, comme si l’endroit flottait dans les airs.

Autour de moi, de nombreuses colonnes de marbre blanc soutenait une haute voute gothique et au milieu se trouvait un immense trône, bien trop grand pour un être humain et, de chaque côté était disposée une statue : un dragon blanc au long corps de serpent et un dragon noir au yeux rouges comme le sang.

« Eh bien, eh bien, on dirait que Raito n’est pas là aujourd’hui. On va enfin pouvoir se parler, Darksky, déclara une voix sortie de nulle part. »

Je cherchai de tous les côtés la personne ayant pu prononcer ces mots et je sursautais lorsqu’une forme fantomatique apparut devant moi, celle d’une femme que je reconnus immédiatement puisque je l’avais vue moins d’une minute plus tôt…

« Vous êtes…

-Quelle impolie je fais, je ne me suis même pas présentée mon cher Darksky, mon nom est Luna et si tu ne l’as pas encore deviné, j’étais la sœur d’Hélios dans le passé.

-La…sœur d’Hélios ? Répétai-je abasourdi.

-Oui, enfin ce n’est qu’un détail, me répondit-elle en haussant les épaules. Aujourd’hui je ne suis plus qu’une âme vagabondant librement dans Izrath.

-Donc nous sommes ici…

-Oui, tu as compris ! J’ai profité de ton sommeil pour te faire venir au sanctuaire céleste car j’ai à te parler, Darksky.

-Pourquoi moi ? Vous devriez plutôt parler à Drago, il…

-J’ai déjà parlé à Drago…Il y a bien longtemps, mais je crois qu’il a déjà oublié donc je me tourne vers quelqu’un d’autre, m’interrompit Luna avec un large sourire.

-Bon…Supposons, mais ça ne répond pas à ma question…

-En fait, j’ai une faveur à te demander…ou même plutôt deux, continua la sœur d’Hélios en croisant les bras sur sa poitrine. D’abord, j’aimerais que tu fasses confiance à mon frère…du moins, le temps qu’il est avec vous.

-Co…Comment ? M’étranglai-je. Et pourquoi devrais-je lui faire confiance ? Vous ne savez pas ce qu’il m’a fait à moi et à ma sœur ?!

-Si et c’est justement pour ça que j’ai essayé de te montrer une autre facette de lui. Tu n’as jamais remarqué qu’il y a comme deux Hélios : l’un stupide et l’autre cruel ?

-Si mais…

-Et bien sache que mon frère se cache sous l’un de ces masques comme il aime tant le dire lui-même. Je sais que c’est difficile à admettre mais celui qui t’a trompé n’est pas mon frère.

-Ah oui, vraiment ? Et qui était-ce donc ? Un fantôme ? Un clone ? Un doppleganger ? Raillai-je.

-Appelle-le comme tu veux, mais j’imagine que te convaincre maintenant est encore trop tôt, soupira le fantôme.

-Et votre deuxième requête est aussi stupide que celle-là ? Lui demandai-je, soudain énervé.

-Oh, non, je pense même qu’elle devrait te faire plaisir ! »

Luna claqua des doigts et un feu ardent se mit à brûler à l’extérieur tandis qu’un cri strident, celui d’un rapace, résonna dans les airs. Je paniquai, pensant que les flammes allaient dévorer le temple, et moi avec mais, alors qu’elles se rapprochaient de moi, elles prirent une forme, des ailes, et m’enveloppèrent dans une chaleur réconfortante et apaisante, comme si quelqu’un me prenait dans ses bras.

Je n’avais pas ressenti cette sensation depuis des années et, remontant dans mes souvenirs, je me rappelai de la dernière fois où quelqu’un m’avait pris dans ses bras de la sorte et je me revis dans ma maison, avec Marie et mes parents, dix ans plus tôt tandis que le décor disparaissait lentement devant moi pour se fondre dans les ténèbres…

« Elle est toujours avec toi, lança Luna dans un murmure se dissipant lentement dans mon esprit. »

Lorsque je me réveillai dans mon lit, quelques larmes avaient coulé sur mes joues dans mon sommeil. Pourquoi avais-je repensé à mes parents tout à coup alors que cela faisait des années que j’avais vécu en acceptant leur disparition ?…

Mais cette pensée n’était pas la seule à bouillonner dans mon esprit dès mon réveil. Il fallait dire que la nuit avait été plutôt riche en révélation durant mes rêves…si on pouvait vraiment appeler cela des rêves puisque j’avais l’impression de ne pas avoir dormi plus de cinq minutes tant j’étais fatigué, comme si j’avais réellement vécu toutes ces choses.

Luna disait-elle vrai ? Hélios était-il réellement différent du tyran maléfique m’ayant trompé pour mieux nous manipuler ? J’avais réellement du mal à croire, tout cela pouvait très bien être une autre mascarade du souverain pour mieux m’embobiner une nouvelle fois…même si accéder à mes rêves semblait bien difficile à faire pour un simple humain, même pour Hélios…

Je finis par me lever après dix minutes de réflexion ne menant nulle part – comme chaque matin à présent j’en avais l’impression – puis après une bonne douche, je descendis dans le salon prendre le petit déjeuner avec les autres.

La première chose que je fis fut d’observer attentivement Hélios qui dormait à moitié sur ses tartines. Il n’y avait pas à dire, la ressemblance avec sa sœur était frappante…De plus, il semblait totalement inoffensif si on omettait qu’il portait son armure et sa cape dès le matin…devais-je réellement lui faire confiance comme me le demandais Luna ?

Soudain, Angéla, qui d’habitude était somnambule en se réveillant, surgit en trombe dans la pièce, encore en pyjama, le portable allumé dans sa main, l’air survoltée.

-Non mais c’est une blague ! S’écria-t-elle. Quelle bande d’incapable !

Son intervention réveilla aussitôt Hélios qui fit tomber sa tartine dans son lait et faillit tomber lui aussi de sa chaise…

-Allons bon, que se passe-t-il de si bon matin encore ? Lui demandai-je, pensant qu’il s’agissait d’une banalité sans importance.

-Le gouvernement Egyptien, ce sont tous des incapables là-bas, toutes leurs défenses ont été balayées en l’espace d’une nuit par une seule machine volante !

-Et quel est le rapport avec nous ? Je veux dire, c’est embêtant mais il faudrait plutôt se concentrer sur Shadow en ce moment et…

-Non mais ça me sidère tout ça ! En plus la machine a attaqué un site protégé comme les pyramides et la vallée des rois donc la moindre des choses c’est de défendre correctement les sites quoi !

-Angéla, est-ce que je peux jeter un œil à cette photo ? Intervint soudain Hélios ayant perdu son ton décontracté qu’il avait adopté depuis son arrivée parmi nous. »

La jeune fille lui tendit son téléphone et dès qu’il posa les yeux sur l’écran, le visage du souverain s’assombrit et il fronça les sourcils en se grattant le menton, l’air pensif.

« Sérieusement, en plus elle fait quoi cette machine, trois ? Quatre mètres, maximum ? On ne va pas me dire qu’une flotte entière est incapable d’abattre une seule machine !

-Sauf que ce n’est pas une machine, déclara Hélios en croisant les bras.

-Ah oui ? M’étonnai-je.

-C’est un Spiritual. »

Je penchai la tête sur le côté, surpris et je demandai à Angéla de me montrer également la photo. Au départ, je ne vis qu’un petit avion mais en l’examinant attentivement, je pus remarquer que non seulement la queue de la machine formait des sortes d’ondulation mais que les ailes étaient bien plus semblables à celles d’un Dragon que d’un avion. De même que les phares, il ne s’agissait clairement pas de lumières artificielles mais bien de deux yeux rouges luisant dans l’obscurité…

« Hélios…Vous ne pensez pas que cette créature…Serait Darkness ? Demandai-je à souverain en connaissant pertinemment la réponse. »

Il me répondit par un simple hochement de tête et se leva avant de prendre la direction de la bibliothèque.

« Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris moi…C’est Darkness ça ? Tu es en train de me dire qu’un seul Spiritual a vaincu une armée entière ? Me demanda Angéla, confuse. Je sais qu’il est puissant mais de là à faire plier un pays entier… »

Sans lui répondre, je pris à mon tour la direction de ma chambre pour me préparer. Je savais très bien ce qui allait se passer à présent et je savais que si je voulais revoir Laura, il n’y avait qu’un seul endroit où elle pouvait se trouver en ce moment.

« Attends-moi, Laura, j’arrive. »




Chapitre 19 : Départ pour l’Egypte



Spoiler :



Je fus tiré de mon sommeil par des bruits de pas provenant d’un peu partout dans le château dès l’aube, comme si tout le monde s’était mis d’accord pour courir dans tous les sens pour une raison que j’ignorais. Était-ce une attaque surprise de Shadow ? Ou bien Angéla et Marie avaient-elles décidé de poursuivre Hélios à neuf heures du matin ?

Encore à moitié endormi, je sortis de ma chambre et, à peine eussé-je ouvert la porte que je tombai nez à nez avec Angéla qui me rentra dedans de plein fouet. Nous nous étalâmes donc tous les deux en plein milieu du couloir tandis qu’une valise dévala les escaliers dans un vacarme assourdissant.

« Eh, fais attention Drago, se plaignit la jeune fille en se frottant la tête.

-Parle pour toi, pourquoi tout ce raffut dès le matin ? Et qu’est-ce que tu fais avec cette valise, tu pars quelque part ou quoi ? Rétorquai-je en me remettant debout tant bien que mal.

-Violet ne t’a pas encore prévenu ? On a trouvé Shadow et on va lui faire sa fête en Egypte !

-En…Egypte ? Répétai-je interdit.

-Oui, on t’expliquera plus tard, contente-toi simplement de te préparer parce qu’on part dans moins d’une heure ! »

Sur ces mots, Angéla descendit les marches des escaliers trois par trois avant de disparaitre de mon champ de vision, me laissant totalement déboussolé. Néanmoins, je préférai ne pas poser trop de questions à ce moment-là et me contentai de retourner me préparer dans ma chambre en soupirant.

Enfin…me préparer était un bien grand mot…J’étais arrivé ici presque les mains vides donc mes bagages furent assez vite pliés et je profitai du temps restant pour tout de même prendre quelques renseignements sur la situation avant de plonger tête baissée vers l’inconnu.

J’amenai donc ma valise à l’extérieur du manoir et là, je fus surpris de voir qu’un jet privé de la fédération Ether avait atterri dans le parc. Son chauffeur était adossé à la carrosserie, contemplant le manoir avec admiration. Tout comme Violet, il devait avoir la quarantaine passée. C’était un grand homme au visage balafré sous l’œil gauche, au menton assez carré et à la carrure assez imposante. Ses cheveux étaient retenus au-dessus par un bandeau de couleur pourpre tandis qu’il arborait un uniforme de policier…même si ses airs décontractés et même quelque peu crétins contrastaient avec son habit.

Lorsque Violet sortit du manoir à son tour avec une énorme valise, elle s’arrêta net à la vue de l’homme, se figea, et fit simplement demi-tour sans dire un mot.

« Eh, Violet, c’est pas sympa ça, tu pourrais me dire bonjour quand même ! Gémit le policier d’une petite voix. »

La propriétaire du château lâcha un long soupir et se retourna pour regarder notre pilote d’un air las.

« Elwood t’a vraiment contacté pour être notre pilote…Dis-moi que c’est une blague Masamune…

-Quoi ? J’ai passé mon brevet de pilote je te signale ! Protesta l’homme. Ok, ça doit bien faire dix ans que je l’ai passé et que je n’ai jamais retouché à un avion mais je l’ai quand même eu !

-Premièrement, il faut repasser régulièrement son brevet, ce n’est pas comme le permis voiture sombre crétin, et deuxièmement…Qu’est-ce que tu as mis dans le réservoir ?

-De la TN…

-Non, c’est bon, je ne veux pas savoir ! S’écria la présidente, les yeux ronds de peur tout en s’éloignant lentement à reculons de l’appareil.

-Mais il n’y a aucun risque, c’est la dernière invention d’Akame. Il l’a baptisée Explo…

-Plus un mot ! …Par pitié…Juste…tais-toi. Et surtout, ne fais aucun geste brusque, je t’en supplie…

-Mais Violet, je… »

La femme ne le laissa pas terminer sa phrase et repartit aussi vite qu’elle était arrivée, me laissant seul avec le pilote. Cependant, celui-ci ne m’était pas inconnu grâce au récit de Ryoko et je pus éviter le malaise en entamant la conversation.

« Vous êtes Masamune Nishijima, n’est-ce pas ? Lançai-je immédiatement. Le professeur Ryoko m’a beaucoup parlé de vous.

-Oh, mais je vois que je suis une célébrité ici ! Lança-t-il en riant aux éclats. Cela ne m’étonne pas, après tout, mon thé est réputé dans la fédération ! Sais-tu, jeune homme, que je suis devenu le fournisseur officiel de Violet en Thé ?

-Euh…Non, désolé…Par contre, je sais que vous étiez ensemble à l’université…

-Ah, ça, c’était le bon vieux temps, oui, me répondit-il avec un large sourire tout en fixant le château. Cette bonne vieille Violet n’a pas changé depuis ce temps. Cela fait plaisir de voir que certaines choses sont immuables malgré les années. Mais qui pensais en avoir fini avec l’affaire Sawyer, jamais je ne me serais imaginé que nous nous replongerions à nouveau dans cette histoire de fou…

-Je sais que cette question pourrait paraitre indiscrète…Commissaire Nishijima… Mais vous vous battez aussi pour…Enfin, vous savez…Pour ce qu’il s’est passé il y a vingt-cinq ans ? »

L’homme rit légèrement et posa sa main sur sa hanche d’un air amusé.

« Je vois que Violet et Ryoko ne peuvent pas tenir leur langue. Cela ne m’étonne pas d’eux. Mais malheureusement, non, je ne suis ici ni pour la vengeance, ni pour sauver le monde. Après tout, je n’ai ni l’étoffe d’un héros, ni le charisme d’un vilain.

-Alors pourquoi…

-Si je suis ici aujourd’hui, c’est simplement pour prêter main forte à une vieille amie, rien de plus. Après tout, j’ai passé l’âge de jouer aux justiciers et aux savants fous. J’ai une famille à protéger désormais.

-Dans ce cas, cette histoire d’avion à TNT…

-Une simple blague entre Violet et moi, pouffa l’homme. Je suis certain qu’elle a très bien compris…Enfin, je l’espère. »

Je poussai un soupir de soulagement. Pendant un instant, j’avais réellement cru que j’allais mourir, non pas en combattant mais dans un simple accident d’avion piloté par un fou.

« Quand même, penser que le plan d’Éric Sawyer se mettrait en route tant d’année après la mort de son frère…J’espérais vraiment qu’il avait échoué et qu’il avait abandonné…

-Ne vous inquiétez pas, commissaire. Nous allons lui régler son compte une bonne fois pour toute et vous n’aurez plus à vous soucier de lui ! Lui répondis-je avec une ardeur qui m’était inconnue. »

L’homme se contenta de me sourire et retourna à bord de l’appareil pour vérifier les derniers réglages.

Ce fut vers onze heures que tout le monde fut enfin prêt pour le départ. Tout le monde…Ou presque. Ryoko, Violet et Elwood ne semblaient pas décidés à partir immédiatement, ce qui étonna Darksky.

« Vous ne venez pas finalement ? Leur demanda-t-il.

-Dans un engin volant à la TNT et confier ma vie à Masamune ? Plutôt devoir démanteler Ether que de me risquer à ça ! S’exclama Violet.

-Et puis, même si vous survivez, nous avons encore quelques problèmes concernant la fédération à régler ici. Nous vous rejoindrons dès que possible, continua Elwood

-Concernant Shadow, Ryoko et moi avons fait quelques recherches dans notre base de données, enchaina la présidente d’un ton plus solennel. L’un de nos hommes, l’ancien président de la branche anglaise, est porté disparu depuis trois ans maintenant et nous avons perdu toute trace de lui. Nous le soupçonnons fortement d’être celui qui se cache derrière le masque de notre ennemi mais nous ne pouvons rien affirmer encore.

-Porté disparu ? S’étonna Angéla. Ils n’ont pas de système d’enquête en Angleterre ou quoi ? Une personne aussi importante ne peut pas se volatiliser juste comme ça…

-Je me souviens d’avoir suivi cette affaire de près à l’époque, lui répondit le professeur en se grattant la barbe. La maison de ce pauvre homme a été retrouvée incendiée et sa femme est malheureusement décédée dans l’incendie. Mais il n’y avait aucune trace du président et jamais il n’a tenté de recontacter qui que ce soit par la suite.

-Une taupe dans nos rangs ? Voila qui serait fort embêtant. Peut-être devrais-je relancer l’enquête…Suggéra Masamune d’un air contrarié.

-Non, les jeunes et toi, vous avez votre mission, rétorqua Violet. Nous nous occuperons de cette affaire en temps voulu mais notre priorité doit être l’arrestation de Shadow et l’élimination d’Éric Sawyer, l’héritier actuel du Purple Requiem. »

Personne n’émit la moindre contestation et nous saluâmes celle qui avait bien accepté de nous accueillir dans sa demeure pendant plusieurs semaines. Au fond, j’étais un peu triste de quitter cet endroit. Je commençais sincèrement à m’y sentir comme dans un deuxième chez moi, entouré de tous ces gens qui m’avait accepté sans se poser de question.

Mais je me disais également pour me motiver que, si je ne partais pas maintenant, ce lieu qui m’avait apporté tant de réconfort après la mort de mes parents risquait de disparaitre…de même que ce monde auquel j’étais désormais attaché.

Angéla faillit éclater en sanglots lorsque Violet la serra dans ses bras tandis que Ryoko échangea une poignée de main amicale mais ferme avec Hélios, signifiant certainement qu’il demandait au roi de ne pas le décevoir après cette courte alliance.

Lorsque vint mon tour de remercier la propriétaire des lieux, celle-ci me prit dans ses bras dans une étreinte chaleureuse et me murmura à l’oreille.

« Adieu Drago, j’ai été heureuse de te connaitre. N’en veux pas trop à Masamune une fois que vous serez dans l’autre monde…Sanglota-t-elle.

-Violet…C’est une blague n’est-ce pas ? Vous dîtes cela pour m’effrayer hein ? Déglutis-je.

-Si seulement…Les explosions du laboratoire avait été une blague à l’époque… »

Je me crispai et mon cœur s’accéléra. Ce n’était vraiment pas une blague à faire avant un décollage aussi important…Alors pourquoi…Les paroles de la présidente semblaient-elles si sincères ?

Je lançai un regard de détresse à Ryoko mais le professeur se contenta de détourner les yeux, d’un air gêné, ce qui ne fit qu’augmenter ma terreur à l’idée de monter dans cette bombe volante.

Tout le monde monta dans l’appareil et je m’apprêtai également à entrer dans mon futur cercueil lorsque Masamune posa un regard intrigué sur Hélios.

« Dites, on ne se serait pas déjà vu quelque part ? Demanda Masamune d’une voix suspicieuse.

-Il y a des chances, oui, je suis Hél…

-C’est le père d’Angéla, le coupai-je avant de lancer un malentendu.

-Comment ?! S’exclamèrent Angéla et le roi en cœur, l’air tous les deux aussi dégoutés à cette idée l’un que l’autre. »

Je regrettai aussitôt ce mensonge car, à peine nous étions-nous assis que les deux me lançaient des regards noirs. J’étais persuadé qu’ils n’auraient pas hésité à s’allier pour me faire la peau s’ils n’avaient pas été attachés à leur siège…

Une fois que l’appareil eut décollé et que l’ancien membre d’Ether fût dans le cockpit de pilotage, les reproches commencèrent…

« Mon père ?! Lui ?! S’écria Angéla. Je ne suis peut-être pas en bon termes avec mon père mais ce n’est pas une raison pour m’en donner un autre ! Et encore moins lui !

-Pour une fois je suis d’accord avec elle ! Continua Hélios en tapant du poing sur son accoudoir. En plus, pourquoi forcément son père ? Tu n’aurais pas pu dire, je ne sais pas, que j’étais un cousin de Darksky !

-Oui c’est bien ça le cousin de Darksky ! »

Alors qu’il était encore resté dans son coin à rire de la conversation, Darksky écarquilla les yeux en entendant cela et vint s’emmêler aussitôt.

« Quoi ? Mon cousin ? Il en aurait été hors de question ! Mon frère tant qu’on y est aussi ?!

-Calmez-vous tous…Dis-je en essayant de calmer le jeu, ce qui eut pour effet d’énerver encore plus.

-Que je me calme ?! Non, mais tu me vois vraiment l’appeler « papa » ou « père » ?! Déjà je n’en ai aucune envie et en plus on ne se ressemble même pas !

-Du moment que je n’ai aucun lien de parenté avec lui, vous pouvez faire ce que vous voulez, ça m’est égal, déclara Darksky.

-Et si c’était tombé sur toi, hein ?! Tu aurais fait quoi ?! Rétorqua la blonde en gonflant les joues.

-Rien du tout. Se contenta de répondre Darksky en quittant la conversation avant d’être mêlé davantage à cette histoire.

-C’est facile à dire mais ce n’est pas toi qui vas devoir l’appeler papa devant ce policier ! Je te préviens Drago, dès que je sors de là, tu vas me le payer très cher ! »

Je décidai de faire comme Darksky et d’ignorer le reste des reproches. Cependant, voir Marie se tordre de rire dans son coin à tel point que des larmes coulaient sur ses joues me faisait vraiment regretter encore plus d’avoir dit ça. Je voulais simplement éviter d’éveiller les soupçons de Masamune qui n’était visiblement au courant de rien et pour qui Hélios devait certainement être un ennemi à abattre…

Les reproches continuèrent ainsi deux bonnes heures avant qu’Angéla ne tombe dans un profond sommeil, rapidement suivie par Hélios et tout le reste des passagers, ne laissant plus que moi d’éveillé dans l’avion.

Nous atterrîmes six heures plus tard, sans qu’aucune explosion n’ait eu lieu à bord.

Je sortis de l’appareil en baillant, regrettant soudain de ne pas avoir profité du voyage pour dormir un peu car j’étais exténué par le trajet.

Angéla, au contraire, semblait en pleine forme et s’étira à côté de moi en inspirant un grand coup, ayant également oublié cette histoire avec Hélios, à mon grand soulagement mais l’expression sur le visage de Marie lorsqu’elle passa à côté du roi me dit que ce n’était pas le cas de tout le monde…

Lorsque Darksky sortit à son tour, ce dernier fronça les sourcils tout en regardant autour de lui, suspicieux.

« Masamune…Qu’est-ce qu’on fabrique en plein milieu du désert ? Demanda-t-il. Ne devions-nous pas aller au Caire, là où les attaques ont eu lieu ?

-Je n’ai fait que suivre les indications du GPS, se défendit l’agent. Mais je suis d’accord que d’après les photos, cet endroit n’a rien à voir avec notre destination…

-Ah, la si belle technologie, de mon temps, les éclaireurs n’auraient pas fait ce genre d’erreur ! Lança Hélios d’un air fier.

-De votre temps, je suis certaine que vous n’aviez jamais traversé la méditerranée, railla la blonde. »

Hélios grimaça, ne trouvant rien à répondre à la remarque de la jeune fille. Je ne prêtai pas plus attention à leur dispute et je me concentrai sur le monde qui s’offrait à mes pieds. Effectivement, même si ce n’était pas mon monde, je connaissais grandes pyramides, au moins pour les avoir vues en photo et je pouvais affirmer que nous ne nous trouvions absolument pas au bon endroit. Je pouvais même le dire sans aucune exagération : Nous étions perdus, au beau milieu du désert, sous un soleil de plomb, avec pour seule protection la carlingue de l’avion qui n’allait pas tarder à se transformer en four.


Chapitre 20 : Perdus dans le désert



Spoiler :


Alors que nous aurions dû atterrir tout proche des grandes pyramides d’Egypte, sur le plateau de Gizeh, et donc proche de la civilisation, il n’y avait que du sable à perte de vue. Pas la moindre trace de vie ou même d’habitation à des kilomètres à la ronde. Simplement du sable, des dunes, et un soleil implacable.

Cela ne faisait que quelques minutes que nous avions atterri et déjà, je sentis tout mon corps se déshydrater.

« Génial…perdu en plein désert du Sahara…il ne manquait plus que ça, soupira Darksky en allant s’asseoir sur un rocher certainement brûlant, les bras croisés sur son torse et attendant que quelqu’un débloque la situation.

-Ce n’est pas en t’asseyant là que tu vas débloquer la situation Michael. Et puis, je suis prête à parier qu’il y un serpent sous ce caillou, ricana Marie. »

Le garçon se leva en sursaut, terrifié pendant que sa sœur éclatait de rire devant sa réaction.

« Je sens que cette journée va être longue, soupirai-je. Violet avait raison finalement, nous allons mourir ici…

-Détends-toi mon cher Drago, ça pourrait être bien pire, tu pourrais être attaqué par une araignée de deux mètres de haut ! Me lança Hélios avec un tape dans le dos.

-Parce que ça vous est déjà arrivé ? Raillai-je.

-Et bien figure toi que oui ! Me répondit-il fièrement. Je me souviens que je lui ai fait face sans trembler et que…

-Plutôt qu’un long discours, vous allez certainement pouvoir nous le montrer avec celle qui est derrière vous, non ? Lança alors Marie. »

Je me figeai lorsque je compris de quoi la sœur de Darksky parlait et tout le monde recula prudemment vers l’avion, à l’exception d’Hélios qui mit un certain temps à réagir et se contenta de nous regarder, confus.

« Et bien quoi ? Vous n’aimez pas… »

Le roi finit par se retourner lorsqu’un courant d’air chaud lui arriva sur le dessus du crâne et, sans grande surprise, ce dernier poussa un cri strident et se précipita derrière Darksky, utilisant le garçon comme bouclier.

Face à nous, sortant du sable où elle se terrait pour attendre des proies, se tenait une énorme araignée beige…mesurant au moins la taille de Masamune, marron et velue, aux longues pattes et à l’abdomen spécialement développée. Elle nous fixait de ses milliers d’yeux et je pouvais facilement deviner au poison qui suintait de ses crocs qu’elle n’était pas simplement de passage.

« Darksky, tu aimes les oiseaux non ? Et les oiseaux mangent les araignées. Tu vas donc pouvoir nous débarrasser de ce truc non ? Lança Hélios d’une petite voix.

-A…A vous l’honneur…rétorqua Darksky en passant à son tour derrière le roi, le propulsant en avant face au monstre à huit pattes.

-A…Allez-y Hélios, on croit en vous ! S’écria Angéla tout en remontant à bord de l’avion pour regarder à travers le hublot.

-Je dis…Je dis pareil qu’elle ! Continua Darksky en faisant de même tandis que son visage se crispait à l’idée qu’il ait pu dire une telle chose. »

Masamune quant à lui avait sorti un révolver et le pointait sur la créature, non sans trembler et Marie restait calme. La plus jeune du groupe observait la situation sans montrer le moindre signe de peur ou d’étonnement. Cette fille était quand même un mystère pour moi mais je n’avais pas le temps de me concentrer sur son cas…

Les jambes d’Hélios tremblaient alors qu’il faisait face au monstre sans aucun arme…J’étais peut-être paralysé par la peur mais également très intrigué de voir si une simple araignée allait avoir raison de celui qui prétendait vouloir dominer le monde.

Le monstre grogna de plus belle et leva la patte avant de l’abattre sur le roi. Ce dernier mit les mains sur sa tête pour se protéger et Masamune s’apprêta à tirer mais, soudain, alors qu’Hélios allait être balayé par l’attaque, je pus voir son un léger sourire au coin de ses lèvre et ses yeux virèrent au rouge sang.

« Non, je rigolais, lança-t-il. »

Au même moment, une aura sombre l’entoura totalement et une vague d’énergie fusa vers l’araignée avant de la transpercer de part en part. Le monstre poussa un cri de souffrance avant de disparaitre dans un millier d’étoiles scintillantes, comme le faisaient tous les Spirituals une fois vaincus.

Néanmoins…J’étais bouche bée devant l’attaque du souverain. Il n’avait même pas eu besoin d’arme ou d’un quelconque esprit pour venir à bout de cette araignée, et ce, sans même lever le petit doigt…Je commençais à avoir des doutes sur la véritable nature des pouvoirs d’Hélios…Je n’étais pas familier avec ce monde mais un humain ne pouvait pas faire cela, même ici, d’après moi…

Darksky et Angéla ressortirent de l’avion, tout aussi abasourdis que moi et Marie se contenta de sourire en fermant les yeux. Mais le plus atteint était sûrement Masamune, devenu livide et qui, visiblement, n’avait absolument pas compris ce qu’il venait de se passer.

« Que je déteste les araignées, elles m’ont toujours donné des frissons, grelotta alors Hélios en croisant les bras comme s’il avait froid alors qu’il faisait objectivement cinquante degrés à l’ombre.

-Eh bien, je ne pensais pas que quelqu’un voulant conquérir le monde avait peur des araignées, ironisa Marie.

-Je n’ai pas peur des araignées…Ce sont elles qui ne m’aiment pas…

-Attendez, J’ai peur d’avoir mal compris, dit Masamune en retrouvant ses esprits, vous voulez conquérir le monde ? Vous êtes un ami d’Akame ?

-Euh…oui, il veut conquérir le monde…du Show-buis, Intervins-je en vitesse.

-Oui, il est acteur, renchérit Darksky. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est habillé de cette façon ridicule.

-Oh, je comprends mieux.

-Comment ça ridicule ! Sachez que… »

Marie l’empêcha de continuer en lui écrasant le pied et le roi se mit à sautiller dans tous les sens en gémissant. Darksky se prit la tête dans les mains, se demandant certainement comment un type détruisant un esprit de duel à main nue pouvait se comporter de la sorte deux minutes après…

« Bref, Hélios, le désert c’est votre truc non ? Vous ne pouvez pas vous rendre utile pour une fois ? Reprit Marie en ignorant les gémissements du roi.

-Je te signale ma très chère Marie, que de mon temps, l’Egypte était bien plus fertile qu’aujourd’hui et… »

Notre ancien ennemi n’eut pas le temps de terminer sa phrase que le sol sous nos pieds trembla. Avant même que nous n’ayons pu réaliser ce qu’il nous arrivait, les dunes sur lesquelles nous nous trouvions s’affaissèrent, ne laissant qu’un gouffre profond.

Je poussai un cri de peur avant d’entamer cette chute mortelle dans les profondeurs de la terre. Vraiment, j’aurais dû écouter les conseils de Violet et ne pas m’engager dans cette aventure !

« Reflect ! S’exclama Angéla, totalement calme. »

Comme par magie, un écran de lumière apparut au fond de la faille et je m’écrasai dedans comme dans un matelas moelleux avant de rebondir dessus et de tomber lourdement sur le sol de pierre froide.

Je jurai et me frottai le visage qui était couvert de sable puis me relevai, le corps endolori, pour observer les lieux dans lesquels j’avais atterri.

Il s’agissait d’un immense tunnel souterrain fait de pierre et qui s’enfonçait loin, très loin sous le désert. Près de nous, je pouvais entendre un plic-ploc régulier, témoin de la présence d’eau tandis qu’un courant d’air frais me provenait du bout.

Il faisait sombre ici. Je pouvais à peine voir à plus de dix mètres. Et je compris rapidement pourquoi en levant la tête. Nous nous trouvions bien à plus de dix mètres sous la surface, sous des tonnes et des tonnes de sable brûlant.

Je me tournai vers mes compagnons de route. Tous semblaient aussi déroutés que moi, à l’exception d’Hélios. Le roi s’était relevé et regardait le bout du tunnel fixement, la bouche à demi ouverte et les yeux écarquillés.

« Je savais bien…Je savais bien que j’avais déjà vu cette araignée…Murmura-t-il d’une voix éteinte mais qui résonna longuement dans le couloir.

-Comment ? Vous connaissez cet endroit ? M’étonnai-je.

-Nous sommes tout proches…

-Proches…de ? »

L’homme en armure ne répondit pas à Darksky et se mit à courir dans le tunnel, disparaissant en un clin d’œil de notre champ de vision.

« Attendez ! M’écriai-je. »

Trop tard. Ma voix résonna dans les ténèbres mais seuls des bruits de pas se perdant au loin me répondirent.

Je lâchai un long soupir. Tout cela ne présageait rien de bon. Mais nous ne pouvions pas rester simplement debout à ne rien faire au fond d’un trou de dix mètres. Hélios semblait savoir où nous nous trouvions. L’option la plus sûre à notre niveau était de le suivre tout en restant sur nos gardes.

Je n’eus même pas besoin de faire part de mon avis aux autres car Angéla claqua des doigts et une faible lueur, comme celle d’une torche, apparut dans la paume de sa main.

Ainsi, nous laissâmes le jet derrière nous et commençâmes à avancer vers l’inconnu.

Nous marchâmes ainsi de longues minutes, peut-être même de longues heures -j’avais totalement perdu la notion de temps dans ces boyaux sombres et humides – dans le silence le plus total. Personne ne disait un mot et même Angéla s’était tue pour une fois.

Heureusement, la température était plus que supportable sous terre. Mais point négatif, aucune onde ne passait et nous n’avions aucun moyen de joindre l’extérieur. Il nous fallait continuer à avancer si nous voulions découvrir le secret de ces étranges ruines.

Finalement, l’espace s’élargit autour de nous et nous arrivâmes dans une pièce beaucoup plus spacieuse, comme une grotte souterraine.

De plus en plus étrange. Normalement, ce genre de construction naturelle n’avait rien à faire dans un désert. D’autant plus qu’une sorte de rivière souterrain coulait ici et que de la mousse recouvrait les pierres grises qui composaient cet endroit.

Là, il y avait également une porte colossale…Ou du moins ce qu’il en restait. J’ignorais si c’était l’œuvre du temps ou d’Hélios, mais une chose était certaine : nous nous trouvions sans aucun doute dans l’un de ces tombeaux perdus d’Egypte antique.

Angéla frissonna lorsqu’elle le réalisa.

« Ne me dites pas…qu’on va tomber sur une momie ou quelque chose du genre ? Lança-t-elle, tremblante.

-Comment ça une momie ? Je n’ai pas signé pour me faire manger vivant ! S’exclama Masamune, affolé. Vous n’avez même pas gouté au fameux thé Nishijima !

-Même s’il y en avait, Hélios est passé là avant nous, lui répondit Marie avec le plus grand des sérieux. Mais se pourrait-il que… »

La cadette fronça les sourcils un instant et fixa les ruines de la porte monumentale, perplexe. Lentement, elle s’avança vers les ruines et effleura du doigt la pierre, comme si elle cherchait d’anciennes inscriptions.

Quant à moi, la vue de cet endroit déclenché une réaction étrange dans mon corps. J’étais comme attiré par cet endroit, tel un moustique percevant une lumière dans les ténèbres.

Le sceptre Héqa se mit à luire faiblement autour de mon cou. Je fis un pas en avant et la lumière redoubla d’intensité.

Je…Je connaissais cet endroit.

Ignorant mes coéquipiers qui continuaient à se chamailler, je franchis le portail et ce que je vis me cloua sur place.

J’avais l’impression d’être entré dans un rêve. La pièce dans laquelle je me trouvais était une immense cavité creusée à même la roche, haute de plusieurs dizaines de mètres. Les murs de pierre étaient entièrement recouverts d’une sorte de lichen vert fluorescent qui illuminait les environ comme en plein jour. A ma gauche, une source naturelle avait formé un petit bassin sur lequel reposaient nénuphar et lotus dans une parfaite harmonie de couleurs. Un peu partout étaient disposés des amphores, des vases et de nombreux bijoux anciens mais aussi éclatant qu’au premier jour. Le sol était dissimulé sous un tapis de roses blanches qui s’ouvrait sur une longue allée menant à un petit autel.

Là, j’y vis Hélios, immobile, fixant ce qui semblait être un sarcophage noir et or reposant au sommet.

Lentement, je gravis les marches pour rejoindre le roi mais il ne bougea pas d’un pouce lorsque j’arrivai à ses côtés. Pour la première fois, je lus une immense tristesse dans les yeux rougeoyants du tyran maléfique alors qu’il contemplait cet ancien artefact.

A ce moment-là, Théa apparut à mes côtés et posa le même regard que le roi sur le cercueil antique.

« Celestia…Murmura soudain Hélios d’une voix faible.

-Ce…lestia ? Répétai-je. »

Ce nom ne m’était pas inconnu et à Théa non plus apparemment puisqu’elle détourna le regard en l’entendant.

Le roi approcha sa main tremblante de la relique quand soudain, un rayon de lumière noire illumina la salle. Je fus touché de plein fouet et dévalai les marches avant de m’écraser au sol, étourdi. Hélios, quant à lui, avait esquivé aisément l’attaque et s’était mis en position défensive, prêt à riposter.

C’est alors que quelque chose descendit vers nous depuis la voute. C’était une femme baignant dans une lumière sombre et inquiétante. Au premier regard, je crus qu’il s’agissait de Violet mais je me ravisai.

La personne qui nous faisait face, une jeune femme de vingt-cinq ans tout au plus, possédait les mêmes traits de visage que la présidente de la fédération, mais ses cheveux, châtain cendré, était légèrement ondulés et non lisses tandis que ses yeux étaient d’un vert émeraude profond.

Tout comme elle, elle arborait le symbole d’éther sur sa veste bleu ciel et sa longue robe blanche flottait gracieusement tout autour d’elle. Elle ressemblait réellement un ange descendu des cieux…un ange sombre…

Avec légèrement, elle atterrit sur le pinacle de l’autel et nous dévisagea avec méfiance.

Ayant probablement entendu l’explosion depuis l’extérieur, les autres nous rejoignirent et Angéla lâcha un cri d’étonnement devant notre adversaire imprévue.

« Violet ?! S’exclama-t-elle.

-Non…Ce n’est pas Violet…Murmura Masamune, l’air consterné. C’est…

-Qui que vous soyez, je vous somme de quitter ces lieux sur le champ ! Le pouvoir contenu ici est bien trop puissant pour que je le laisse entre des mains mal intentionnées comme les vôtres !

-Attends, tu ne me reconnais pas, je suis…

-Silence ! Je t’ai très bien reconnu, Masamune Nishijima. Jamais je n’aurais cru que tu t’allierais un jour avec Hélios, celui qui est à l’origine des maux de ma mère !

-Hé…Hélios ? Bégaya le pauvre homme, perdu.

-Je suis désolée, servants des ténèbres, mais votre route s’arrête ici. Et c’est moi, Alice Leblanc, directrice de la branche Archéologique d’Ether, qui vais mettre un terme à vos ambitions ! »


Chapitre 21 : L’éveil



Spoiler :



« Apparais, Nâga ! »

A peine Alice eut-elle prononcé ces mots que, dans un éclair aveuglant, une sphère violette apparut au-dessus de nos têtes tandis qu’une chose semblait se mouvoir à l’intérieur.

Le sol se mit à trembler et tous mes compagnons de route se mirent sur leurs gardes, prêts à riposter. Angéla activa ses pouvoirs, créant un écran d’énergie tout autour de nous, des serres d’aigle remplacèrent les mains de Darksky, Masamune sortit son révolver et Hélios…Ne bougea pas d’un pouce. Son regard était devenu vide et il continuait à fixer le cercueil d’or malgré la menace qui pesait sur nous.

Mon cœur s’accéléra et une goutte de sueur perla de mon front. A chaque fois que je me disais que les choses ne pouvaient pas empirer, ce monde me prouvait le contraire, je commençais à en avoir vraiment assez de subir les événements sans être capable de riposter !

La chose dans le noyau commença à s’agiter et on pouvait maintenant discerner qu’il s’agissait d’un dragon grâce à ce qui ressemblait à des ailes et à un long corps serpentin.

Soudain, la sphère vola en éclat, libérant la chose. Elle était…terrifiante…Longue de plus de quinze mètres, blanche comme un linge, parcourue de veines violettes sur tout le corps. Ses griffes devaient au moins faire la taille d’un homme et ses ailes de chauve-souris lui donnait une envergure quasiment égale à celle de Darkness. Mais le pire était sa tête : Deux longues cornes partaient vers l’arrière avant de se courber vers l’avant de son crâne fin et triangulaire…

De sa bouche sortait une épaisse fumée grisâtre et sa respiration saccadée suffisait à me mettre mal à l’aise…

Même Hélios se ressaisit devant cette créature des enfers, comprenant certainement qu’il ne fallait pas la prendre à la légère.

Cependant, alors que le monstre allait passer à l’attaque, le sol de la grotte se remit à trembler et la jeune femme écarquilla les yeux, interdite.

Toute la structure fut ébranlée par cette secousse. Les amphores s’écrasèrent sur le sol, de la poussière tomba depuis la voute en même temps que des gravats et des rochers de petite taille.

Notre premier réflexe fut de nous retourner vers Hélios mais il n’avait pas bougé d’un pouce et n’était même pas entouré de cette aura sombre qu’il arborait lorsqu’il activait ses pouvoirs.

« Qu’avez-vous fait ?! Hurla l’inconnue.

-Rien du tout ! Je vous le jure ! S’exclama Marie en se blottissant dans les bras de Darksky, effrayée. »

Ne croyant pas une seule seconde la jeune fille, Alice ordonna à son Spiritual de cracher une rafale de flammes violettes dans notre direction. Angéla s’interposa et bloqua l’attaque, non sans difficulté mais le dragon immaculé ne renonça pas et le flot redoubla d’intensité.

« Les gars, un coup de main serait le bienvenu…Grimaça la blonde dont le bouclier commençait déjà se fissurer. »

Sans se faire prier davantage, Darksky s’élança à l’assaut du reptile géant, prêt à lui lacérer le cou. Néanmoins, son attaque se solda par un échec cuisant lorsque le dragon le repoussa d’un simple revers de queue, comme une vache repousse une mouche trop agaçante.

Le garçon alla s’écraser sur le parterre de fleurs dans une pluie de pétales nacrés, étourdi par cette riposte. Mais ce ne fut qu’au moment où l’écran lumineux d’Angéla céda et que la jeune fille ne fut à son tour projetée en arrière que je commençai à réellement m’inquiéter pour notre survie.

Ce Spiritual possédait une puissance phénoménale. J’ignorais s’il atteignait le niveau d’Apophis, ou même de Darkness… Mais il était de loin le plus puissant esprit que nous ayons eu à affronter jusque-là.

Soudain, le monstre tourna son regard vers moi et je me figeai. Darksky et Angéla avaient été mis au tapis en un claquement de doigt…et apparemment, c’était à mon tour d’y passer…A l’exception que moi, je n’avais aucun pouvoir pour me protéger.

Avec un rugissement furieux, Naga se jeta sur moi, prêt à me dévorer, me transpercer ou me brûler sur place, je m’en fichais. Je fermai les yeux espérant simplement pouvoir encaisser le coup sans y perdre un organe vital.

Cependant, j’attendis le coup…mais celui-ci ne vint jamais. Je rouvris donc timidement les yeux et là, je pus voir que le dragon s’était arrêté à quelques centimètres de moi tandis que sa propriétaire me regardait avec des yeux exorbités.

Je ne compris pas immédiatement la raison de cet effarement jusqu’au moment où je remarquai que le sceptre Héqa que je portais autour du cou s’était mis à rayonner d’une intense lumière.

« Cet objet…C’est moi qui l’ai envoyé à ma mère…Murmura Alice, blême.

-Ou…Oui, et c’est elle qui me l’a confié aussi, bégayai-je, tremblant mais tentant de paraitre confiant alors que des crocs de dragons aussi long et aiguisés que ceux d’un tyrannosaure se trouvaient à moins d’un mètre de mon visage.

-Elle te l’a…confié ? Répéta-t-elle, toujours sur ses gardes. Mais alors, tu dois être…

-Je suis Drago, oui. Et maintenant que cela est dit…est-ce que tu pourrais éloigner ton lézard de moi ? Je ne suis pas très à l’aise en sa présence… »

De dragon, non sans grogner, retourna auprès de sa maitresse pendant qu’Angéla et Darksky se relevèrent, toujours sonnés par les coups qu’ils avaient encaissés.

« Que faites-vous ici ? Finit par dire la fille de Violet, désormais plus calme mais toujours sur la défensive. Ma mère m’a dit que vous étiez censés vous rendre au Caire. Comment avez-vous atterri dans les ruines d’Héliopolis ?

-Les…Les ruines d’Héliopolis ?! S’étrangla Darksky.

-Alors c’était bien ça que j’avais senti tout à l’heure…Murmura Marie. Nous sommes dans le tombeau de Celestia, n’est-ce pas Hélios ? »

En entendant ce nom, le roi lâcha un long soupir avant de plonger à nouveau son regard vers le sarcophage doré.

« C’est exact, dit-il d’une voix lasse. Nous sommes ici dans les ruines de ce qui fut autrefois mon royaume, et celui de ton père, Drago.

-Le…Le royaume de mon père ? Répétai-je, pensant avoir mal entendu.

-Je suis étonné de voir que des archéologues aient réussi à retrouver la trace de la sépulture de Celestia, reprit-il sans me répondre. Je pensais l’avoir entourée d’un champ protecteur suffisamment puissant pour éloigner et berner les intrus.

-C’est justement ce champ qui a trahi sa présence, enchaina Alice. Tout cela, c’est grâce à Nâga, mon Spiritual génétiquement modifié et conçu spécialement pour traquer l’énergie noire qui a englouti Tokyo, il y a vingt-cinq ans. »

Au même moment, le dragon pâle s’agita. Il grogna furieusement et leva la tête vers la voute tandis que le cristal sur sa poitrine se mit à luire d’une lueur sombre et inquiétante. Le visage d’Alice blêmit et elle recula d’un pas, affolée.

« Non…C’est impossible ! S’exclama-t-elle d’une voix tremblante. Hélios…Hélios est ici, alors comment…

-Un problème, Alice ? S’étonna Masamune.

-Nâga vient de détecter une puissante énergie au Caire. Une énergie semblable à celle ayant provoqué le Purple Requiem…

-Sawyer…Déclara Hélios, ayant soudain perdu toute sa nonchalance. Ce type…Je lui avais ordonné de ne pas agir sans moi… »

Sans nous laisser le temps de dire quoique ce soit, Hélios invoqua son Spiritual, Atoum. Le dragon d’or et de lumière déploya ses ailes et s’envola avec Hélios en transperçant la voute de pierre comme si elle n’existait pas.

Mon cœur s’accéléra et je lançai un regard inquiet à Angéla et Darksky qui me le rendirent.

Nous ne perdîmes pas une seconde de plus. Alice nous somma de nous accrocher à son dragon et, tout comme Hélios, nous passâmes au travers de la pierre illusoire pour ressortir dans le désert, à quelques pas à peine de l’avion laissé sur place.

Je ne cherchai même pas à comprendre le pourquoi du comment, d’autant plus que quelque chose de bien plus inquiétant attira mon attention.

Le soleil chaud et brûlant du désert avait disparu derrière une mer de nuages noirs, tourbillonnant autour d’un point au loin. Le vent s’était levé et avait créé une véritable tempête de sable qui m’obligeait à me protéger le visage si je ne voulais pas mourir asphyxié. Il était d’ailleurs tellement puissant que j’avais du mal à rester sur place. J’avais l’impression de pouvoir être emporté à tout moment comme une vulgaire brindille.

Tout autour de nous, le sifflement du vent portait avec lui une sorte de mélodie, un sifflement aigu et strident, ressemblant presque à un chant humain.

Mais le plus effrayant était certainement cette colonne de lumière mauve qui perçait à travers les nuages d’orage et de laquelle s’échappaient des éclairs pourpres.

En voyant cela, le regard de Masamune se teinta d’un voile de terreur et il recula, tremblant de tous ses membres, le visage livide tandis qu’une expression d’effroi déforma son visage.

« Non…Cette colonne de lumière…ce son…Pas encore…Je ne veux pas revivre ça une seconde fois…Lâcha Masamune d’une voix déformée par la peur. »

Soudain, au milieu de cette colonne de lumière un éclair mauve frappa la terre et illumina les ténèbres. Le sol trembla, le vent se déchaina et nous fûmes aveuglé par cet éclat mortel.


https://youtu.be/ODJ-4Mb6Vi0?t=35


Lorsque je recouvrai la vue, un mur de fumée grisâtre s’élevait haut dans le ciel et mon cœur s’arrêta soudain devant ce qui venait d’apparaitre au loin.

Angéla se couvrit la bouche de ses mains tant elle était abasourdie et effrayée, Marie se blottit contre son frère qui la prit dans ses bras, tout aussi terrifié que la blonde. Masamune fut comme vidé de ses forces et tomba à genoux, impuissant. Le dragon d’Alice rugit alors que son cristal scintillait de mille feux et Hélios, lui, regardait la scène, les dents serrés et le visage crispé.

Au loin, une créature immense avait surgi de nulle part et se mouvait lentement, faisant trembler la terre à chacun de ses pas. Elle devait se trouver à une dizaine de kilomètres et pourtant, je pouvais apercevoir ses traits aussi bien que ceux de Nâga qui n’était qu’à deux mètres de moi.

Un corps félin, des ailes aviaires et incandescentes, et un visage quasiment humain. Un sphinx…Un sphinx titanesque, bien plus impression qu’Apophis ou Drakon, avait surgit du néant. Il était entièrement recouvert d’une armure sombre tandis qu’une aura de ténèbres s’échappait de lui. A chacun de ses pas, le sable s’embrasait, laissant une longue trainée de flammes violettes sur son passage.

« Le Sphinx de Gizeh…Sawyer…Tu as osé le réveiller…Cracha Hélios, sur le point d’exploser.

-ça a commencé…Murmura Alice. Le second mouvement du Purple Requiem… »



Chapitre 22 : Le véritable ennemi



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=k3MoKDa-Lzs&


Je devais rêver. Ces flammes violettes dansant dans le désert, ces nuages noirs d’où jaillissaient des éclairs mauves comme d’une fontaine, ce tourbillon de lumière sombre reliant ciel et terre, et ce sphinx colossal avançant lentement, semant chaos et destruction sur son passage…Était-ce cela, la vision de l’enfer…de l’enfer qu’avaient vécu les habitants de Tokyo, vingt-cinq ans plus tôt, lors du premier mouvement du Purple Requiem ?

L’affrontement entre Apophis et Darkness m’avait déjà fait prendre conscience de ma faiblesse et de l’ampleur colossale des forces que nous affrontions…Mais cette créature infernale…Elle surpassait toutes les menaces que l’humanité avaient connues jusque-là.

Je me tournai vers Hélios. Je savais qu’il possédait de grands pouvoirs, je l’avais bien vu lors de mes songes mais…était-il réellement capable de rivaliser avec une telle force de la nature ? Je n’aimais pas ça mais…j’allais devoir lui faire confiance cette fois-ci. Sans son aide, nous étions condamnés…

Et ce n’était pas Drago qui allait nous sortir de ce mauvais pas cette fois-ci, ni même Angéla et encore moins Masamune…

Ceci était l’œuvre de Shadow, cela ne faisait aucun doute. Pourquoi Laura était-elle alliée à un tel homme ? Cela ne faisait aucun sens.

« Le Caire…Gizeh se dirige vers le Caire…Murmura le roi, la mine sombre. Il est lent mais il y sera bien avant nous…S’il atteint la civilisation, tout sera terminé pour votre monde.

-Co…Comment ? S’étrangla Angéla. Vous comptiez réellement vous servir d’une chose pareille ?! Mais vous êtes réellement malade !

-Son but était de conquérir le monde, non de le détruire…

-Son…But ? De qui parlez-vous ? Demanda Drago, l’air perdu.

-Peu importe de qui il s’agit, nous ne pouvons pas rester les bras croisés en regardant de loin un second Purple Requiem se produire ! S’écria Masamune, courant déjà vers son avion.

Cependant, avant qu’il n’ait pu atteindre l’appareil, le cristal incrusté dans la poitrine du dragon blanc se mit à rayonner une vive lumière qui nous enveloppa tous. Le monde autour de moi devint flou, jusqu’à n’être plus qu’une énorme tache noire.

Je fermai les yeux, ne comprenant pas ce qu’il se passait et je me sentis comme aspiré par un puissant portail.

Lorsque tout cessa, ma tête tournait et je perdis rapidement l’équilibre, m’écrasant par terre. Cependant, je ne m’attendais pas à atterrir sur un sol pierreux et froid.

Lorsque je rouvris les yeux, nous ne nous trouvions plus en plein milieu du désert, mais devant les grandes pyramides de Gizeh, à quelques centaines de mètres à peine du Sphinx titanesque…Et titanesque était faible pour décrire cette créature.

A présent que je l’apercevais de près, je pus contempler le colosse dans toute sa splendeur. Je ne m’étais pas trompé. Pour lui, nous n’étions certainement que des insectes insignifiants du haut de ses cent-trente-neuf mètres, culminant ainsi à la même hauteur que la plus grande des pyramides. Chacun de ses pas fissurait le sol aride et soulevait des tornades de poussière, aussitôt avalées par les flammes qu’ils laissaient sur son passage.

Si Godzilla avait eu à affronter ce monstre à la crinière enflammée, le dinosaure endormi ne serait certainement pas sorti vainqueur de cet affrontement.

Soudain, des applaudissements retentirent derrière nous et nous nous retournâmes tous en même temps pour faire face à celui qui était à l’origine de ce chaos monumental : Shadow.


https://www.youtube.com/watch?v=SkNjCfMjRXA


« Eh bien, eh bien, que vois-je ici. Je pensais pourtant que mon petit présent aurait suffi à arrêter cette chère Violet mais il semblerait que je l’ai sous-estimée. Mais je n’en attendais cependant pas moins de vous, surtout de toi, Hélios. Après tout, la ténacité, ça te connait, toi qui poursuis des gens pendant plusieurs années, déclara-t-il d’une voix bourrée de sarcasmes et de rancœur.

-Shadow ! S’exclama Alice, affolée. Savez-vous au moins ce que vous venez de faire ?!

-Moi ? Rien du tout, répondit l’homme en haussant les épaules. Je n’ai fait que prouver ce que je savais déjà. Voyez-vous ce chaos ? Voyez-vous comme il a été facile à provoquer ? Voyez-vous qu’il a suffit qu’un seul homme trouve une relique ancienne afin d’obtenir un pouvoir capable de détruire la terre ? Voyez-vous cette abomination, création infecte née de la cupidité et de la folie humaine ?

-Où voulez-vous en venir, Shadow ? Que l’humanité mérite de disparaitre ? Cracha Alice furieusement. Que le Purple Requiem n’était qu’un châtiment s’abattant sur l’humanité ?!

-Pour qui me prenez-vous ? Fit semblant de s’offusquer notre ennemi. Je ne suis pas un être aussi cruel contrairement à votre compagnon de route, Hélios. Je désire simplement…Libérer ce monde du mal qui le ronge !

-Arrêtez de raconter n’importe quoi Shadow et soyez clair ! M’exclamai-je, commençant à perdre patience.

-Ah, mon cher Darksky, Laura n’est pas la seule à avoir changé ces dernières années. Je t’ai connu plus joyeux, s’amusa l’homme. »

J’écarquillai les yeux, abasourdi.

-Co…Comment ça « changé » ? Que voulez-vous dire ? Bégayai-je.

-Oublie ça, tu veux. Mais puisque vous semblez tous aussi bouchés les uns que les autres, je vais devoir vous faire un exposé, soupira Shadow. Le monde dans lequel nous vivons…Jamais il n’aurait dû ressembler à ce qu’il est aujourd’hui. Les guerres, les famines, et tout le reste, tout cela a été causé par l’orgueil humain, nul ne pourra jamais le changer…Mais les fléaux de ce monde auraient dû s’arrêter là. Lorsque l’Atlantide a sombré à cause de l’avarice humaine, lorsque le désespoir a envahi les terres d’Héliopolis, le Purple Requiem a rasé une partie de Tokyo…Les humains étaient fautifs…Mais jamais ils n’auraient été en mesure d’arriver à leur fin…Si Izrath n’avait jamais existé ! »

Shadow se tourna vers Hélios en prononçant ces mots mais ce dernier n’eut aucune réaction, restant de marbre face à sa déclaration.

« Le seul moyen de rétablir la paix doit se faire par la guerre puisque c’est la loi de ce monde ! En détruisant Izrath, les humains seront face à leurs propres fautes et devront admettre leurs tords plutôt que de se cacher derrière des créatures dont les pouvoirs les dépassent largement ! Ce jour-là, l’humanité sera forcée de changer, ce jour-là, la raison reprendra le dessus sur la folie, ce jour-là, des gens comme Hélios ne pourront plus détruire des milliers de vies innocentes !

-Non…Tout cela est faux…Murmura Drago en serrant le poing. Je…Je sais ce que donne un monde sans Spiritual…Et ce monde…n’est pas meilleur que celui-ci !

-Je le sais bien.

-Co…Comment ? Alors pourquoi…

-Mon cher Drago…Ne comprends-tu pas pourquoi j’ai poussé Sawyer à réveiller cette créature endormie ? Le chaos qu’elle engendrera sera tel que les esprits seront marqués à jamais au fer rouge. La catastrophe d’il y a vingt-cinq ans le prouve bien. L’humanité ayant survécu s’est assagie et c’est pourquoi Tokyo a pu renaitre. C’est pourquoi, je reproduirai ce fléau à l’échelle mondiale…Et peut-être enfin les survivants…Comprendront la douleur et la vacuité des conflits.

-Mais…Cela fera des milliards de victimes innocentes justement ! C’est cela que vous appelez la justice ?! S’écria Drago.

-Une guerre à toujours ses pertes, elles sont inévitables. Mais si c’est le chemin que je dois emprunter pour enfin créer un monde parfait, alors oui, il n’y a aucune hésitation. La fin justifie les moyens comme on dit…

-Non, c’est faux ! M’exclamai-je. Rien de bon ne peut naitre du chaos et de la désolation !

-Je peux comprendre tes sentiments, Darksky. Après tout, l’amour de Laura t’a sauvé alors que ton désespoir te détruisait, n’est-ce pas ? Cependant, l’espoir qu’elle t’a donné, existe-t-il réellement ?

-Evidemment qu’il existe ! M’écriai-je. Vous ne savez rien de moi, ni de Laura, alors arrêtez de faire comme si nous connaissiez !

-Détrompe-toi, Michael, je vous connais mieux que quiconque. »

Mon sang se glaça dans mes veines. Au fond de moi, je savais que cet homme ne bluffait pas, qu’il connaissait vraiment ma vie, et celle de Laura comme s’il avait été présent avec nous…Mais comment était-ce possible ? Pourquoi n’arrivai-je pas à mettre un nom à cette voix que je connaissais pourtant !

« Tu le connais mieux que n’importe qui, n’est-ce pas ? Reprit-il d’une voix plus lente, doucereuse, enchanteresse, presque envoutante. Le sentiment de rejet, de solitude et de tristesse. Cet espoir brisé en mille morceaux que tu essaies de recoller, vainement…Laura aussi l’a ressenti et s’est jointe à moi. Pourquoi ne ferais-tu pas la même chose ? La retrouver ? N’est-ce pas là ce que tu veux au fond de toi ? Ensemble, vous pourriez bâtir ce nouveau monde où plus aucun de vos espoirs ne seraient brisés, un monde ou…

-Je refuse, répondis-je sans même hésiter.

-Et puis-je savoir pourquoi ? Retrouver Laura n’était donc pas la chose la plus chère que tu désirais ?

-Si. Ma seule raison de continuer ce combat est de ramener Laura à la raison…Mais pas comme ça. Je refuse de la suivre dans ses délires. Si je faisais ça, je ne ferais que renforcer sa conviction et jamais je ne retrouverai mon amie.

-Donc tu es prêt à l’affronter lorsque le jour viendra, Darksky ?

-Evidemment que non. Je ne serais jamais prêt…Murmurai-je en serrant le poing devant mon impuissance. Cependant…Je refuse de me joindre à elle pour autant, alors oui, je lui ferai face ! Peut-être que je plierai, peut-être que je ne serai pas à la hauteur, peut-être que je serai balayé, mais je refuse de l’encourager dans cette voie !

-Je vois…c’est donc comme ça que tu le prends, Michael, résonna soudain une voix dans la plaine et mon sang se glaça. »

Cependant, mon sang ne fut pas la seule chose à refroidir à cet instant. Lentement, une épaisse brume blanche recouvrit le plateau et je sentis la température chuter drastiquement. Angéla se mit aussitôt à grelotter et Drago recula, les yeux ronds.

Des cristaux de glace se formèrent alors à mes pieds et peu à peu, le sable se couvrit d’une fine couche de neige tandis que des bruits de pas se rapprochant se firent entendre.

Une silhouette commença à de dessiner au loin dans le brouillard glacé et grossissait à vue d’œil, me laissant rapidement entrevoir une longue cape noire, des cheveux bruns ondulant au gré du puissant vent qui s’était levé, et finalement deux yeux verts et luisants dans la pénombre de cet hiver prématuré ; et sous ses bottes, la glace cristallisait en de magnifiques fleurs gelées à chacun de ses pas.

La nouvelle arrivante s’arrêta à quelques mètres de Shadow et me dévisagea d’un regard si froid et dénué de vie que je reculai à mon tour, terrifié par ma propre amie.

« Laura…Murmurai-je.

-Tu ne comprends décidemment rien à rien mon pauvre, me lança-t-elle sèchement. Des délires tu dis ? Tu sais ce que j’ai vécu, et pourtant, tu estimes que je suis en tort ? Je crois que j’ai bien fait de tirer un trait sur toi si tel est ton raisonnement.

-Parce que tu vas me dire que tu es d’accord avec lui ? Rétorquai-je. Ne me fais pas rire, jamais celle que j’ai connue n’aurai accepté un seul mot de ce que cet homme a dit !

-Effectivement. Je me fiche de changer les lois de ce monde ou je ne sais quel autre délire. Je n’ai qu’un seul objectif et pour cela, il n’y a qu’une seule voie que je peux emprunter. Mais je t’avais prévenu, Michael. Ta voie se trouve sur la mienne, il faut donc que je t’élimine. Adieu ! »

Le vent redoubla d’intensité et un puissant blizzard se leva tout autour de Laura, nous obligeant à reculer davantage mais moi, je refusais de perdre la face ici et maintenant. Si notre dernier affrontement devait se jouer là, alors j’étais prêt. Je ne pouvais pas laisser Laura dire de telles choses !

Le blizzard forma alors de longs pics de glace à côté de mon ancienne amie, pics qu’elle envoya vers nous sans autre sommation.

Mais, alors que je me jetai devant Marie pour la protéger de l’attaque et que je m’apprêtai à être transpercé de toute part, j’entendis un cliquetis de métal et, lorsque je me retournai, j’écarquillai les yeux lorsque je vis Hélios, ayant arrêté l’attaque d’une seule main, à présent à nouveau entouré de sa sinistre aura noire.

« M…Merci…Bégayai-je, encore choqué par son geste.

Cependant, Hélios ne me répondit rien et se contenta de fixer Shadow et Laura, tandis que les visages de ces derniers furent traversés par un sourire malsain.

Une ombre furtive surgit des ténèbres et plongea vers Hélios. Sawyer, tel un fantôme, venait de bondir devant Hélios, la paume de sa main droite illuminée d’une lueur sombre et un sourire carnassier fendant son visage.


https://youtu.be/3WGM3rKznUk?t=93


« Saw…Sawyer ? Bégaya le roi, interdit.

-Je suis désolé…Maitre Hélios…Mais il est temps pour vous de faire place à mon véritable leader… »

L’homme posa sa main sur l’armure de notre ancien ennemi et un éclair mauve s’abattit sur eux. Une bourrasque violente me déstabilisa et repoussa aussitôt Sawyer mais sur sa figure se lisait une satisfaction non dissimulée alors qu’Hélios se tordait de douleur.

« D…Désolé Darksky…Mais je crois que je ne peux pas le retenir plus longtemps…Dit le roi en serrant la main sur son cœur, tremblant. »

Il se retourna et je pus voir une grimace déformer son visage tandis qu’il essayait malgré tout de sourire à tout le groupe qui s’était réfugié derrière le monstre d’Alice.

« J’aurais…J’aurais bien voulu…Passer un peu plus de temps à m’amuser…avec vous…Mais je crois qu’il est temps…de nous dire au revoir…Articula-t-il alors que l’aura autour de lui gagnait en intensité.

-Attendez un peu, que se passe-t-il ici ?! S’écria Drago. Hélios, à quoi jouez-vous ?!

-Les enfants, j’étais sincère tout à l’heure, j’ai vraiment…apprécié le peu de temps qu’on a passé ensemble…

-Une minute, c’est quoi ce death Flag là, Hélios ? Expliquez-nous bon sang ! S’écria Angéla en me rejoignant

-Je…je ne vais pas pouvoir le contenir plus longtemps…fuyez avant qu’il ne soit trop tard !

-Mais…

-Partez ! Hurla le roi. »

Soudain, l’aura noire enveloppa totalement et je le vis se mettre à genoux en poussant un cri de douleur. Il avait l’air de souffrir atrocement mais que pouvions-nous faire ? Nous ne savions même pas ce qu’il se passait exactement et encore moins comment l’arrêter. Seul l’esprit de duel d’Alice se mit à s’agiter, sentant que les choses allaient mal tourner mais moi, j’étais pétrifié, refusant de relâcher ma protection entourant Marie.

« Hélios…Vous le saviez…n’est-ce pas ? Murmura Marie.

-Je…je suis désolé pour tout le mal que je vous ai causé, Marie, Darksky, Angéla, Drago…Je regrette…vraiment…dit-il les larmes aux yeux. »

Je vis alors Luna, la femme étant apparue dans mes rêves, se matérialiser à mes côtés, l’air affolée. Dans cette situation, je n’étais même pas étonnée par sa soudain irruption, j’étais bien trop abasourdie par ce qu’il se passait sous mes yeux.

« Que lui arrive-t-il Luna ?! Tu le sais ?

-ça n’était pas arrivé depuis la grande guerre…Vous êtes tous en grand danger ! Ne restez pas là ! S’écria-t-elle d’une voix tremblante. »

Je n’eus même pas le temps de prévenir les autres que l’aura d’Hélios se changea en flammes ardentes qui firent aussitôt fondre la glace créée par Laura et une puissance onde de choc nous repoussa.

« Il arrive enfin, déclara Shadow en fronçant les sourcils. »


https://www.youtube.com/watch?v=NxSVeuMTMfk


Le roi maléfique fut complètement absorbé de cette aura noire et quand elle se dissipa, ce n’était plus Hélios qui se tenait devant nous. Physiquement, c’était toujours lui, mais je pouvais distinguer que son regard, lui, n’avait plus rien d’humain. Il avait désormais des yeux se réduisant à deux fentes, et ses pupilles étaient comme celles d’un serpent. Ses cheveux, quant à eux, étaient devenus complètement blancs et beaucoup plus longs d’au moins un demi mètre.

La créature qui avait pris possession du corps d’hélios se releva lentement et regarda avec satisfaction autour d’elle, balayant le terrain d’un regard vide de toute autre émotion que la haine la plus profonde. Puis il baissa son regard vers son bras qui, sous nos yeux ébahis, changea de forme afin de se couvrir une épaisse armure de ténèbres semblable à une patte de Dragon.

« Je vois…La clé pour me libérer était donc mon émissaire…Ainsi que cet homme pathétique aveuglé par le pouvoir…Déclara la créature d’une voix sifflante.

-Hé…Hélios ? Demanda Angela d’une petite voix. »

D’un geste de la main, une vague d’énergie mauve vint percuter la jeune fille qui fut projetée en arrière avec une telle violence que Drago ne put la rattraper et tous deux s’écrasèrent sur la pyramide de Khéops, vingt mètres plus loin.

« Je ne suis pas…Hélios. Mon nom est Gariatron, démon originel des Ténèbres. Il est temps pour moi de terminer ce que j’ai commencé il y a plus de cinq mille ans…et de détruire cette humanité si répugnante. »



Chapitre 23 : Le vrai visage de l’ennemi



Spoiler :



Gariatron…Ce nom…Rien que l’entendre me donnait des frissons. Toujours, j’avais senti une seconde présence, tapie au fond d’Hélios, comme une entité enfouie dans les tréfonds de son âme, prête à resurgir à n’importe quel moment.

Était-ce pour cela que Saya, ma partenaire, était partie ? Avait-elle compris ce qui se tramait dans l’ombre ? Était-elle au courant de l’existence de cette créature ? Avait-elle trouvé un moyen de combattre cette chose ?

Je m’en voulais horriblement. Marie et Luna m’avaient prévenu, et pourtant, je n’avais rien voulu entendre, bien trop aveuglé par ma fierté et ma rancœur. Et à présent, voilà où cela nous avait menés…Il fallait que je fasse quelque chose…mais quoi ?…

« Ga…Gariatron ? S’étrangla Alice, reculant d’un pas, livide. Alors c’est vous…C’est vous…qui êtes à l’origine des tourments de ma mère ?! »

Le « démon » l’ignora totalement et se tourna vers Sawyer, Shadow et Laura et ces derniers se dévisagèrent pendant plusieurs secondes sans dire un mot. Cependant, je vis que mon ancienne amie restait sur ses gardes, toujours entourée de cette épaisse brume de laquelle pouvait surgir des pointes de glace à n’importe quel moment.

« Shadow, Laura Garden, et Éric Sawyer…enfin nous nous rencontrons ; déclara-t-il calmement. »

Ce fut à mon tour de m’étrangler et je me relevai d’un bond, laissant Marie totalement sans défense mais je ne pouvais pas croire ce que je venais d’entendre. Comment Laura pouvait-elle connaitre cette créature ? Pire que tout, elle semblait être son alliée…Je ne comprenais pas…Pourquoi faisait-elle tout ça ?…

Ainsi donc, voici te voici en chair et en os, Gariatron, lui répondit Sawyer sur le même ton. Il t’en aura fallu du temps pour te montrer.

-Mais à présent que je suis là, il est temps que tu tiennes ta promesse et je tiendrai la mienne.

-Attendez, qu’est-ce que vous mijotez dans votre coin encore les affreux ? Et où est passé Hélios ! S’exclama Angéla étant revenue dans la course, salement amochée mais toujours prête à se battre. »

Gariatron ne se retourna même pas et une seconde vague d’énergie sombre émana de son corps pour aller frapper la jeune fille qui esquiva l’attaque à la dernière seconde en se jetant à terre par réflexe.

Je voulus profiter de cette ouverture pour attaquer la créature, me jetant sur lui, toutes griffes dehors. Mais, alors que j’allais planter les serres d’Ethon dans sa chair, je me heurtais à un mur d’énergie invisible, comme si l’air lui-même me repoussait. Je tentai de forcer le passage…sans succès.

Une force colossale me projeta vers l’arrière comme une vulgaire brindille et je m’étalai dans le sable.

« Nâga, ne laisse pas cette créature agir ! S’exclama alors Alice. »

Le dragon blanc poussa un rugissement de rage et projeta une déferlante de flammes violacées droit vers celui qui avait pris possession du corps d’Hélios. Sans exprimer la moindre émotion, Gariatron leva l’index devant lui et stoppa net la rafale ardente

« C…Comment ? Bégaya-t-elle.

-Voilà une des raisons pour lesquels je hais les humains, grogna le démon. Mais je n’ai pas de temps à perdre… »

La créature claqua des doigts et aussitôt, le Sphinx titanesque s’arrêta momentanément…Avant de tourner la tête dans notre direction.

A ce moment-là, je crus voir comme un soupçon de peur dans les yeux de Laura à l’approche du colosse, comme si, dans sa folie, elle prenait conscience de ce qu’il se passait réellement. Mais cet instant de lucidité fut bref car aussitôt, les flammes de la colère et de la haine emplirent à nouveau son regard.

« Bien, il est temps de partir.

Drago tenta de rattraper le démon mais un mur de flammes se dressa entre lui et Gariatron, nous séparant totalement de nos ennemis tandis que j’entendis ceux-ci s’éloigner lentement de nous sans que nous ne puissions rien faire pour les arrêter…

« Laura…Pourquoi…Murmurai-je, furieux contre moi-même d’avoir été incapable de la ramener à la raison une fois de plus. »

Cependant, alors que nous pensions que la situation ne pouvait pas être pire, deux ombres immenses s’échappèrent du corps du démon, ombres qui prirent bientôt la forme de deux créatures bien trop connues à mon gout, celles d’un serpent géant aux yeux jaunes et luisants et d’un grand dragon noir comme la nuit : Apophis et Darkness.

Ma sœur recula instinctivement devant ces deux créatures mythiques qui nous faisaient face alors que nous étions encore à moitié assommés par la disparition d’Hélios et l’apparition de ce Gariatron…

Soudain, le serpent divin cracha une salve de venin directement vers ma sœur et, oubliant tout le reste, je me remis debout. Tout ce qui comptait pour moi à présent était la protection de Marie. Le danger était imminent et je refusais de faillir à ma tâche une seconde fois !

Laura pouvait bien penser ce qu’elle voulait, je savais que j’avais fait le bon choix et j’allais le prouver ici et maintenant !

Je me saisis de l’artefact que je gardais autour du cou depuis que je l’avais remporté lors de ce tournoi et le brandis au-dessus de ma tête. Le pendentif en forme d’ailes sombres se mit à rayonner tandis qu’un Aigle immense et sombre prit son envol dans un tourbillon de plumes noires.

Le rapace était entièrement recouvert d’une armure d’or, protégeant son crâne et son corps tandis que ses griffes acérées étaient renforcées par des plaques métalliques aussi tranchantes que les plus aiguisées des épées. Evidemment, en comparaison avec le serpent divin, Ethon n’était qu’un vulgaire moineau, mais ses ailes étaient suffisamment amples pour me protéger entièrement lorsqu’il les replia sur Marie et moi.

La terre trembla sous nos pieds lorsque la queue du reptile divin s’abattit sur le volatile mais ce-dernier tint bon malgré la violence du coup.

Cependant, j’ignorai si mon Spiritual était capable d’encaisser une seconde attaque de même calibre. C’est pourquoi, je lui ordonnai de passer à l’offensive. Dans un cri strident, l’aigle de Zeus s’envola majestueusement dans le ciel avant de plonger en piquer sur le dieu maudit.

Apophis tenta de dévorer le rapace mais il esquiva avant de réattaquer et d’entailler à de nombreuses reprises la peau écailleuse du serpent.

Mais alors que je pensais pouvoir m’échapper, la route me fut barrée par Darkness derrière moi et je compris à ce moment-là que le seul moyen de nous en sortir, Marie et moi, allait être de combattre de toutes nos forces les deux créatures qui avaient détruit un stade à elles-seules…

« Michael, je…Commença Marie avant que je ne l’interrompe.

-Tout va bien se passer, je ne t’abandonnerai pas cette fois-ci, je te le promets.

-Mais non, ce n’est pas ce que je veux…

-Sanctuary’s Light ! S’exclama soudainement Angéla en prenant place à mes côtés. »

Surgissant de nulle part, notre amie blonde s’interposa entre nous et Darkness, érigeant une barrière protectrice nous séparant du Dragon de pierre. Le Spiritual s’acharna sur la défense de la jeune fille mais celle-ci, contrairement aux autres fois, ne fit que se fissurer sans se briser. Cependant, en voyant le visage crispé de mon amie ainsi que les gouttes de sueur qui perlaient de son visage, je compris qu’elle puisait dans ses réserves pour maintenir ses pouvoirs actifs.

« Alice, Drago, Masamune, une petite aide ne serait pas de trop s’il vous plait…Articula-t-elle à bout de souffle. »

Ne se faisant pas prier davantage, la fille de Violet ordonna à son monstre de passer à l’attaque, déversant un torrent de feu mauve sur Darkness. Pour la première fois, je vis le Spiritual de Shadow se faire repousser.

Nâga enchaina immédiatement en réitérant son action vers Apophis qui, déjà bien amoché par Ethon, lui, s’effondra sur le sol tout en soulevant un épais nuage de poussière.

« Ce n’est pas bon…Grommela l’archéologue. Nâga est fait pour détecter l’énergie sombre…Pas la combattre. Si les choses continuent ainsi, il va finir par ne plus supporter une telle dose… »

Je levai la tête vers le Spiritual et je vis que le cristal dans sa poitrine, derrière l’éclat aveuglant qu’il émettait, était en train de se fissurer lentement tandis qu’un liquide pourpre, certainement le sang du Spiritual, s’en écoulait.

Alors que notre camp avait cessé ses attaques, Dragon et Apophis se replacèrent, ensemble cette fois-ci, prêt à se jeter sur nous tandis que le Sphinx colossal continuait d’approcher inexorablement de nous. S’il arrivait à notre hauteur, nous n’aurions plus aucune chance. Il nous fallait nous enfuir, ou au moins trouver un moyen de nous battre, avant que cela n’arrive.

« Athéna ne nous protégera pas longtemps…Grimaça Angéla dont l’écran de lumière s’amenuisait à vue d’œil. Il nous faut un plan ou nous allons finir en bouillie et je n’y tiens pas particulièrement !

-Je…Je vais y aller…Bégaya Drago, tremblant.

-Quoi ! Toi ?! Y aller ? M’étranglai-je, connaissant parfaitement les aptitudes au combat de mon camarade.

-Je… »

Drago serra le poing et ses tremblements cessèrent aussitôt tandis qu’une expression résolue se dessina sur son visage.

« Nous n’avons pas le choix…Nous devons essayer. Angéla, quand je te le dirai, désactive ta barrière, déclara-t-il en serrant le sceptre Héqa autour de son cou.

-Je crois que je ne pourrai pas attendre malheureusement… »

Au même moment, un bruit de verre brisé se fit entendre et, levant tous la tête, nous vîmes que la barrière venait de céder. Mais, avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, Drago fonça à l’extérieur et fut inondé d’une vive lumière qui nous aveugla et fit reculer les deux créatures.

« Je t’ordonne de te montrer…Au nom du Pharaon…Moi, Drago d’Héliopolis…Te somme d’apparaitre, Osiris ! »

Deux immenses ailes blanches se dessinèrent dans la lumière et quelque chose s’en extirpa avant de foncer sur Darkness et Apophis qui furent repoussés plusieurs dizaines de mètres plus loin avant que la lumière ne disparaisse aussi vite qu’elle n’était apparue et que Drago ne mette un genou à terre, haletant et transpirant.

Cependant, le voir agir ainsi de la sorte me redonna confiance en moi et je décidai de me lancer à mon tour, dans un combat perdu d’avance.

Je me détachai du groupe et me mis à fixer le Sphinx qui n’était plus qu’à quelques centaines de mètres de nous.

« Je m’occupe de celui-là, déclarai-je solennellement. Alice, Masamune, je ne sais pas ce que vous avez vécu il y a vingt-cinq ans…et je ne compte pas le découvrir maintenant. »

Sans leur laisser le temps de répondre, je sifflai Ethon qui plongea sur moi et je sautai sur son dos, laissant mes partenaires derrière moi. Si ce Sphinx avait été réveillé, c’était en partie de ma faute, parce que j’avais rejoint Hélios sans connaitre ses objectifs, puis l’avais rejeté alors qu’il était dans notre camp. C’était donc à moi d’affronter mes propres erreurs. Après tout, c’était la promesse que j’avais faite à Saya.

Lorsque j’arrivai au-dessus de la tête humanoïde de la créature, je déglutis. Apophis était une chose, mais ce titan…Les quatorze mètres d’envergure de mon spiritual dépassaient à peine la largeur de sa tête…Quant à moi, je ne savais même pas s’il pouvait me voir tant j’étais ridiculement petit en comparaison.

Mon Spiritual et moi plongeâmes en piqué sur le titan mais lorsque les serres de l’aigle heurtèrent sa peau, seul un bruit de métal rebondissant sur de la pierre résonna dans l’espace.

Je jurai. Pas même une égratignure. Ce truc avait la tête dure. Mais cela ne m’arrêta pas et je me repositionnai un peu plus loin pour tenter autre chose.

« Ethon, il va falloir sortir le grand jeu. Black Whirlwind ! »

Dans un rugissement strident, le rapace sombre écarta les ailes…puis les referma brutalement devant lui. Nous fûmes propulsés vers l’arrière mais cette onde de choc avait été suffisante pour déclencher une véritable tornade où se mêlaient plumes de métal, sable et poussière.

Selon Laura, à pleine puissance, mon Spiritual avait la même puissance de feu qu’un avion militaire, et pourtant… Le Sphinx fut pris en plein cœur du tourbillon mais cela ne le ralentit pas. Il n’eut même pas l’air de réaliser qu’il était pris dans mon attaque car il continua inexorablement sa route vers Drago et les autres.

Je rageai intérieurement. Je ne pouvais rien faire. Je venais de sortir ma plus puissante attaque et pourtant, les flammes de sa crinière brûlaient toujours aussi vivement.

Tout à coup, la bête mythique ouvrit la gueule et son simple cri de fureur fut suffisant pour dissiper la tornade et Ethon fut soufflé comme une simple feuille.

Mais alors que je pensais que nous allions nous écraser dans le sable et terminer le combat de cette manière, notre chute fut arrêtée nette lorsqu’une sphère d’énergie dorée nous recouvrit et nous figea dans l’espace.

Abasourdi, je regardai tout autour de moi l’origine de ce miracle et je vis qu’Angéla se précipitai vers nous. D’un bon, elle sauta jusqu’à notre hauteur et atterrit avec légèreté sur le dos de l’aigle pour prendre place à mes côtés.

« An…Angéla ? Bégayai-je. Qu’est-ce que tu…

-Darksky, Marie a un plan, alors fais ce que je vais te dire de faire sans poser de question. »

Je fronçai les sourcils. Si le plan avait été conçu par la blonde elle-même, j’aurais eu quelques hésitations avant de me jeter dans la gueule du Sphinx mais si Marie était derrière tout cela, alors je pouvais peut-être écouter.

« Rapproche-toi de la tête de la grosse bête et une fois que nous serons suffisamment proches, je veux que tu utilises ta tornade pour me projeter vers lui.

-Co…Comment ? Mais c’est de la folie ! M’écriai-je. J’ai déjà essayé et même les serres d’Ethon n’ont pas pu pénétrer sa chair ! En plus, tes pouvoirs ne sont pas faits pour l’offensive ! »

Comme pour répondre à mes craintes, Angéla matérialisa un écran de lumière devant elle…écran qui se changea sous mes yeux en un sceptre lumineux terminé par une pointe de lance.

« Je vais viser ses yeux. Une fois que j’aurai planté mon arme dedans, je compte sur toi pour me rattraper. C’est notre seule option. Drago et Alice sont en train de contenir Apophis et Darkness mais ne pourront pas protéger Marie et Masamune indéfiniment. »

Je serrai les dents. Je n’aimais pas ce plan. Mais tout ce que j’avais tenté jusqu’ici avait échoué. Je n’avais visiblement pas d’autre choix que de suivre cette idée suicidaire.

A contrecœur, j’ordonnai à Ethon de reprendre son envol et de se placer à nouveau en face du visage humanoïde de la créature. Lorsque nous ne fûmes plus qu’à une cinquantaine de mètres de ses yeux, Angéla se leva et pointa son sceptre devant elle.

« Maintenant ! M’ordonna-t-elle. »

Une nouvelle fois, l’aigle noir et or créa une bourrasque d’un battement d’ailes et Angéla sauta tête la première dans le vide. La jeune fille fut emportée par mon attaque et fusa vers la tête du Sphinx telle un boulet de canon…et planta son arme dans l’œil de la bête.

Le colosse, pour la première fois, s’arrêta et poussa un rugissement de douleur alors qu’un liquide doré s’écoulait de sa pupille transpercée. De son point de vue, cette lance n’était certainement qu’une punaise…mais une punaise à présent ancrée dans sa chair.

A la vitesse de l’éclair, mon Spiritual plongea pour rattraper Angéla dans sa chute et nous nous éloignâmes aussi vite que nous le pûmes de l’immense créature pour nous poser au sol, hors de portée de potentielles représailles.

« Est-ce que…on a réussi ? Balbutiai-je, encore sous le choc.

-On a réussi à l’arrêter pour l’instant mais il est loin d’être à terre, me répondit mon amie. Sérieusement Darksky, pourquoi est-ce que tu as voulu jouer les héros et foncer tête baissée vers ce gros machin ? Normalement c’est mon rôle ça !

-Peu importe. Pour le moment il faut… »

Je fus interrompu dans ma réponse par une violente explosion provenant de derrière nous qui nous jeta à terre. Je roulais sur plusieurs mètres dans le sable brûlant avant de pouvoir m’arrêter et, lorsque je relevai la tête, ce que je vis me pétrifia d’effroi.

Ethon, dans un mouvement de panique, nous avait soufflés au loin pour nous protéger et prendre sur lui une attaque dévastatrice de Gizeh. Le pauvre volatile n’était plus qu’un tas de plumes brûlées disparaissant lentement dans une trainée d’étoiles scintillantes.

Cependant, même s’il nous avait mis à l’abri, la gueule du Sphinx s’était illuminée d’une lueur rougeoyante.

« Dis…J’imagine que c’était ton dernier atout, Darksky ? Me demanda Angéla d’une voix tremblante. Parce que je doute que je puisse arrêter une attaque digne de Godzilla… »

Ma réponse fut étouffée par une nouvelle explosion. La crinière de feu du Sphinx avait viré au noir profond et d’immenses flammes de la même couleur embrasaient le sable tout autour du monstre mythique.

Comme si un astéroïde immense venait frapper la terre, une boule de feu incandescente s’échappa de la gueule de la créature et se rapprochait de nous à grande vitesse. Il n’y avait rien que nous ne puissions faire. Fuir était impossible sans Spiritual et nous protéger était inutile devant la force de cette attaque. Nous ne pouvions que regarder la mort droit dans les yeux en espérant qu’elle soit clémente.

« On dirait qu’une fois de plus, j’ai été trop prétentieuse…Murmura la blonde en souriant tristement. »

Comme recherchant un dernier espoir, je me tournai dans la direction dans laquelle se trouvaient Drago et les autres mais j’étais complètement aveuglé par ce météore de feu.

« Si tu voyais ça, Saya…Tu me trouverais bien ridicule…Soupirai-je. »

Le soleil miniature n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres de nous et je me plaçai entre lui et Angéla, écartant mes bras, comme si cela allait changer quelque chose mais, même si nous devions perdre ce combat, je refusais de donner à Laura la satisfaction de me voir abandonner.

Mais, alors que j’avais déjà accepté l’idée de mourir en héros, un torrent de feu bleu passa avant mon champ de vision et arrêta net l’attaque tandis que, dans le silence qui venait de se créer, un bruit de pas résonna au loin.

Surgissant de nulle part, des dizaines, non, des centaines d’hommes apparurent autour de nous et nous encerclèrent, non pas pour nous prendre au piège, mais pour nous protéger. Tous portaient un costume blanc et une marque de Spirale ornait leur épaule.

C’est alors que les flammes bleutées se métamorphosèrent pour laisser place à un immense renard bleu glacé, presque blanc et une voix grave résonna dans l’espace, voix que je reconnus immédiatement.

« Tout va bien les enfants…car la fondation Ether se charge de tout à présent.

-El…wood ? … »






http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [29/05/2019] à 13:54

Chapitre 24 : Ladd



Spoiler :


Roulant sur le côté, j’esquivai de justesse une attaque d’Apophis et son venin alla s’écraser contre le sol, y formant un immense cratère fumant mais, n’ayant même pas le temps de me relever, je dus éviter également les flammes de Darkness avant de finir ma course acculé, dos à Alice, elle aussi acculée.

Angéla nous avait laissés protéger Marie et Masamune pendant qu’elle partait aider Darksky mais à ce moment, nous avions tout autant besoin d’aide qu’eux. D’autant plus qu’Alice avait été obligée de rappeler son Spiritual qui menaçait d’exploser à tout moment à cause de l’afflux trop important de Kvantiki qui circulait ici, nous n’avions plus aucune arme pour lutter efficacement.

Essayant une trace de sang sur ma joue d’un revers de la manche, je profitai des quelques instants de répit que j’avais pour reprendre mon souffle, me demandant encore comment j’avais réussi à rester en vie aussi longtemps rien qu’en sautant dans tous les sens.

Cependant, mon endurance arrivait à ses limites et j’avais déjà joué ma carte maitresse en invoquant Osiris sur les conseils de Théa mais cela ne nous avait fait gagner que quelques secondes…

Apophis siffla et m’envoya une nouvelle salve de venin. Alice tenta de nous protéger avec un mur de flammes violettes mais, limitée dans la puissance de ses pouvoirs, sa défense fut balayée d’un coup de griffe de Darkness.

« C’est inutile…Me lamentai-je. Nous ne pouvons pas gagner !

-Je sais que la situation peut sembler désespérée, mais je ne t’ai jamais vu baisser les bras, pas même lorsque tu as affronté seul à seul Hélios ! Me rétorqua Théa tout en déviant les flammes de Darkness d’un simple geste de la main.

-Tu parles, j’étais mort de peur. Si Angéla n’avait pas été là pour me protéger, je ne serais sûrement plus ici pour en parler, répliquai-je en me mordant la lèvre. Et puis, sans moi…

-Sans toi quoi ? Hélios n’aurait pas cherché à se venger et Gariatron ne serait pas réapparu ? Tu n’as décidément pas changé, soupira ma sœur, toujours le même qu’à l’époque où ça s’est produit avec Asuna…

-Asuna ? Répétai-je interdit. »

Au moment même où Théa prononça ce nom, mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je fus pris de vertige. Le monde se mit à tourner autour de moi et je dus faire des efforts considérables pour ne pas perdre l’équilibre alors que ma tête me faisait affreusement souffrir, à tel point que je dus la prendre dans mes bras tout en me mettant à genoux.

« Pitoyable, résonna une voix dans ma tête.

-Qui…Qui a dit-ça ? Murmurai-je, interdit. »

Voyant ma déconcentration, Apophis me prit par surprise et, d’un puissant coup de queue, m’envoyant valser à l’autre bout de la plaine. Je retombai sur le dos et tout l’air dans mes poumons fut expulsé d’un seul coup, me coupant la respiration.

Cependant, je ressentis à peine les effets de l’impact, souffrant toujours le martyr pour une raison inconnue, et la douleur n’allait pas en s’améliorant…

« Je suis étonné que tu m’aies oublié alors que c’est toi-même qui m’as appelé à l’époque, Drago, ricana la voix. Mais j’imagine que je vais devoir te rafraîchir la mémoire… »

Plus de réponse. Etais-je en train de devenir fou à cause de mes blessures ? Je me tournai vers Théa mais elle ne semblait avoir rien remarqué et continuait à me défendre en déviant les attaques de Darkness et Apophis. Ce n’était pas non plus Alice, ni Masamune ou Marie. Ceux-ci étaient bien trop occupés à survivre au milieu du chaos.

Soudain, je me souvins d’un événement s’étant déroulé plusieurs années auparavant, lorsque j’étais encore dans mon monde et je revis une silhouette, celle d’un dragon, se tenant à mes côtés tandis que je pleurais devant le corps inanimé d’une personne dont je ne pouvais voir le visage et un nom me revint en tête : Ladd.

Comme envahi d’une force nouvelle, je me remis debout pour faire face aux deux créatures de Shadow et tout mon corps se mit à luire d’une lumière aveuglante. La terre se mit alors à trembler et un bruit sourd résonna dans le ciel, comme si la foudre s’était abattue tout proche de nous.

La pierre bicolore, qui depuis mon dernier combat contre Hélios était restée étrangement silencieuse, s’échappa de ma poche et se mit à léviter à ma hauteur, entourée d’une aura mi sombre, mi éclatante.

D’une main tremblante, j’attrapai l’artefact irrégulier et le brandis au-dessus de moi tandis qu’un flot de paroles s’échappa de ma bouche sans que je ne puisse le contrôler.

« Tu es l’incarnation de la perfection, toi seul a le pouvoir de maitriser ce qu’aucun autre n’a pu faire avant toi ! Fils du sanctuaire et du pandémonium, fais nous l’honneur de te montrer dans toute ta splendeur et rétablis l’équilibre des forces dans ce combat ! Je fais appel à toi, Ladd ! »

Un éclair illumina le ciel et une brèche s’ouvrit entre les nuages, brèche de laquelle s’échappa un immense dragon, plus noire que la nuit la plus sombre d’un côté et plus immaculé que la plus pure des lumières de l’autre. De ses ailes bicolores, une trainée d’étoiles scintillantes s’échappait tandis que ses deux yeux, jaunes comme le soleil foudroyaient les deux dieux.

Théa se figea un instant et ses yeux s’arrondirent à la vue de ce monstre tandis que tous les esprits de la terre restant se retournèrent instantanément dans notre direction.

« L…Ladd…Tu dis ? Bégaya ma sœur, abasourdie. Mais je croyais… »

Elle ne termina pas sa phrase car Apophis, voyant l’ouverture, cracha une salve de venin dans sa direction mais le dragon, vif comme l’éclair, s’interposa et noya l’attaque dans une rafale de flammes noires qui frappèrent le reptile de plein fouet, le faisant chanceler, ce que même Osiris n’avait pas réussi…

Sans laisser le temps aux deux ennemis de riposter, mon Spiritual cracha une nouvelle rafale de flammes, cette fois-ci d’un bleu incandescent, qui obligea Darkness à se replier encore davantage avant de provoquer un puissant tourbillon rien qu’avec un battement d’ailes.

Nos deux ennemis, comprenant le danger qui les menaçaient, reculèrent en grognant et sifflant furieusement.

Sans attendre d’ordre, la créature de lumière et de ténèbres irradia une intense lueur dorée avant de faire disparaitre entièrement son côté sombre et de se jeter vers le Sphinx. En comparaison, il n’avait la taille que d’un moucheron, et pourtant, tel une étoile scintillante dans la nuit, je vis Ladd transpercer de part en part le colosse.

Tandis que le titan posait un genou à terre, soulevant un épais manteau de sable à plusieurs dizaines de mètres, je vis la lumière de mon dragon s’élever dans le ciel et dissiper les nuages d’orage qui obstruaient le soleil puis disparut dans l’éclat de l’astre du jour.

C’est alors que je pus remarquer que nous n’étions plus seuls dans la vallée. Des centaines d’agents de la fédération nous avaient rejoint, prêts à se battre et au loin, je pus distinguer le Spiritual de Violet se détacher des ténèbres.

Un Hélicoptère de combat apparut juste au-dessus de nos têtes et la présidente sauta de l’appareil, accompagnée de trois autres personnes. Tous atterrirent sans difficulté près de nous et la femme aux cheveux corbeau qui accompagnait Violet tendit une main aidante à Masamune.

« Sérieusement, où est passé ta TNT espèce d’abruti ? Pour une fois qu’elle aurait pu servir !

-Dé…Désolé Laure…Je n’étais pas préparé…S’excusa le commissaire, gêné.

-Haha ! J’avais raison ! Il y a bien un complot à l’échelle mondiale ! Heureusement pour vous, pauvres fou, Akame Shintarou est ici afin de sauver vos pauvres âmes ! Remerciez-moi, car je vais vous montrer ce qu’il se passe quand on défie un géni maléfique tel que MOI ! S’écria un homme portant une longue blouse blanche et aux airs complètement ahuris mais tout de même armé d’un Sniper…

-Le Purple Requiem…Je ne laisserai pas le second mouvement se jouer. Je l’arrêterai à son prélude même si je dois y laisser ma propre vie, grogna le professeur Ryoko, tenant un étrange cube grisâtre dans sa main. »

Il n’y avait aucun doute…J’avais face à moi l’équipe fondatrice d’Ether, l’équipe technologique et historique de l’école Rikoukei presque au grand complet et dirigée par Violet en personne.

Cette dernière, menant le groupe, avait troqué son habituel costume de femme d’affaire pour un long manteau blanc et noir au-dessus un pantalon et d’une chemise aux couleurs de la fédération. Elle portait également des bottes de cuir et avait attaché ses cheveux en une queue de cheval haute, lui donnant un air bien plus sévère et guerrier qu’à l’accoutumée.

Immédiatement, la présidente fonça vers Alice.

« Alice ! Est-ce que tu es folle ? Tu devais t’occuper d’Héliopolis, pas te lancer dans la gueule du loup ! Hurla-t-elle, au bord de l’hystérie.

-C’est moi qui ai hérité de Nâga, c’était mon devoir de combattre maman ! Se défendit la jeune fille, en baissant néanmoins les yeux.

-Je m’en fiche ! Une fois que tout sera rentré dans l’ordre, tu seras privée de sortie jusqu’à nouvel ordre, tu m’as bien entendue ?!

-Quoi ? Mais…J’ai vingt-quatre ans, tu n’as pas le droit de…

-Désolée de vous interrompre mais on a un serpent géant et un dragon de pierre à combattre…Lança Marie en désignant nos deux ennemis. Alors vos querelles familiales pourraient peut-être attendre… »

Non sans pester, Violet ordonna à son Spiritual de passer à l’attaque et le renard bleuté se jeta sur les monstres de Shadow et Hélios.

Darksky, Angéla et Elwood nous rejoignirent au même moment et, fort heureusement, mes deux amis ne semblaient pas blessés gravement.

« Bon, Drago, Angéla, Darksky, Marie, déclara Ryoko dans le plus grand des calmes. Il est temps pour vous de partir. Nous nous occupons du reste ici.

-Partir ?! M’étranglai-je. Comment ça ? Et vous dans cette histoire, vous n’allez quand même pas…

-Ne t’inquiète pas Drago. La fédération été créée dans ce but il y a longtemps. Nous sommes en mesure de contenir les trois affreux, me répondit Violet. Mais vous, vous devez retrouver Hélios et Shadow. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement ici mais vous en savez beaucoup plus que nous désormais. Nous couvrirons vos arrières et nous retarderons autant que possible le Purple Requiem.

-Mais… »

Angéla fut interrompue dans sa phrase lorsque la lumière nous entoura tous les quatre. Je remarquai alors que le cube que tenait le professeur Ryoko dans sa main brillait du même éclat et qu’il s’était légèrement ouvert, me laissant entrevoir en son centre une pierre noire, de la Shungite.

« Alors les calculs de Soichiro étaient bons depuis le début…Je n’ai jamais douté de mon élève…Murmura le vieil homme nostalgique. »

La lumière s’intensifia et j’eus l’impression d’être arraché à mon propre corps. Le monde se mit à tourbillonner autour de moi. Je ne sentais plus mes membres. J’avais l’impression d’être étiré comme du caoutchouc et voulus crier mais aucun son ne sortit de ma bouche.

Puis d’un seul coup, tout cessa, tout devint calme, tout se tut.




Chapitre 25 : La renaissance d’Ether



Spoiler :



Alors que l’avion piloté par Masamune disparaissait à l’horizon, Elwood repartit à l’intérieur afin de rassembler les troupes d’Ether. Le petit groupe allait rapidement avoir besoin de renforts et c’était en grande partie pour cela que j’avais décidé de rester quelques heures de plus en France…Et parce que je n’étais vraiment pas sereine à l’idée de voler dans un coucou avec Masamune aux commandes.

Mais il y avait quelque chose d’autre qui me tracassait et j’avais besoin d’être seule afin d’élucider cette affaire.

Ainsi, une fois que je fus seule avec mon mentor, je me tournai vers lui et croisai mes bras sur ma poitrine tout en le dévisageant d’un regard sévère.

« Bien professeur, est-ce que vous n’auriez pas quelques explications à me fournir par hasard ? Déclarai-je solennellement.

-Le CERN t’a tout transmis sur mes recherches j’imagine, ma chère Violet ? Soupira le vieil homme avec un sourire.

-Tout à fait, c’est arrivé hier par mail. Alors je vous le demande ici, loin de toute oreille indiscrète : pourquoi avez-vous repris les travaux, non seulement de Soichiro, mais également des frères Sawyer ? »

Mon mentor se contenta de fermer les yeux et s’assit sur le parvis du château. A ce moment-là, je pus constater tout le poids des âges sur son visage creusé par les rides. Il semblait réellement épuisé, non pas par le travail ou par les événements…mais simplement fatigué de vivre. Cela se lisait dans ses yeux gris sans expression.

Le professeur sortit une cigarette de sa poche et l’alluma d’un geste lent.


https://www.youtube.com/watch?v=HSiVHU7ISK4


« Tu sais ma chère Violet, les lois physiques de ce monde sont cruelles. Te souviens-tu des cours de relativité générale que vous enseignais à l’époque de Rikoukei ? Déclara-t-il d’une voix monocorde.

-Oui. Vous nous répétiez toujours que, quel que soit le progrès technologique, jamais nous ne pourrions atteindre d’autre galaxie car nous sommes limités par la vitesse de la lumière, répondis-je en fronçant les sourcils, sceptique.

-Et te souviens-tu du Diagramme de Minkowski ?

-Ce diagramme qui représente l’évolution du temps en fonction de l’espace ? Où voulez-vous en venir professeur ?

-A l’époque, je trouvais ce diagramme absurde car il mettait en évidence la possibilité de voyager dans le temps en admettant l’existence de lignes d’univers parallèles à la nôtre et en mouvement, deux autres lignes d’univers au minimum. Evidemment, Izrath peut être vu comme l’une de ces lignes parallèles mais jusque-là, rien de nous prouvait l’existence d’une troisième ligne…du moins, jusqu’à maintenant.

-Est-ce que…vous parleriez du monde évoqué par Romain Sawyer ? Le monde où vivrait cet Amon ? M’étranglai-je.

-Exactement ma chère Violet, me répondit gravement l’homme tout en soufflant une trainée de fumée grisâtre. Vois-tu, selon Minkowski, Supposons qu’un univers Oméga 1, fixe, tel que le nôtre, envoie une information vers un autre univers, Oméga 2, Izrath par exemple. Cette information sera interceptée par un univers Oméga 3, celui de cet Amon, plus vite que la vitesse de la lumière, et sera ainsi réémise tout aussi rapidement vers notre premier univers. Cependant, cette donnée envoyée reviendra vers l’univers fixe avant l’émission de cette même donnée.

-Je ne suis pas certaine de comprendre le principe de ceci, Professeur, cela fait longtemps que je n’ai pas plongé mon nez dans un livre de sciences, le coupai-je, légèrement gênée.

-Du point de vue des univers 2 et 3, l’information est envoyée vers le futur, jusque-là, il n’y a aucun problème. Mais le déplacement relatif de ces deux univers par rapport au nôtre, qui est fixe, engendrera une information envoyée hors du cône de lumière du diagramme, et donc, vers le passé.

-Je vois. Alors c’est pour cela que toutes vos recherches depuis la révélation de Romain ont repris celles de Soichiro afin de lier Izrath à la terre, déclarai-je, toujours légèrement sceptique. Vous pensez qu’en vous rendant sur cette terre, vous trouverez un moyen de rejoindre le monde d’Amon pour ensuite repasser dans le nôtre, mais dans le passé…êtes vous réellement conscients de e que cela implique professeur ?!

-Je le sais, Violet. Je le sais, me répondit-il d’une voix déformée par le chagrin. Mais cela fait des années que j’y réfléchis…Dans le meilleur des cas, je sauverai Hakaze de la catastrophe et je la ramènerai dans le présent afin de ne pas créer de paradoxe. Dans le pire des cas…Je disparaitrai simplement de ce monde…

-Est-ce que vous vous êtes entendu ?! M’étranglai-je. Vous voulez réellement jouer votre vie sur un coup de poker ?! Se rendre sur Izrath est déjà un pari fou, mais vous comptez en plus traverser une autre dimension ? C’est de la folie pure et dure !

-Pourtant…Amon a réussi…

-Pa…Pardon ?

-C’est bien ce que Romain Sawyer t’a dit, n’est-ce pas ? Que cet Amon cherchait à revenir dans notre dimension ? Je suis certain qu’il en va de même pour Hélios d’ailleurs. Alors pourquoi pas moi ? »

Je baissai les armes, vaincue. Après tout, cet homme avait été mon mentor depuis mes quinze ans. J’étais à des années lumières de son expérience et de son jugement en matière de sciences, et ce, même si nous avions travaillé ensemble. Et puis, qui étais-je pour l’empêcher de retrouver la femme qu’il aimait tant, moi qui n’avais cherché qu’à retrouver Soichiro pendant toutes ces années ?

Le vieil homme émit un nouveau rire amusé devant ma mine sinistre et sortit de sa poche un petit cube blanc. Je m’étranglai immédiatement à la vue de cette chose.

« Mais…C’est…

-Le prototype du transporteur dimensionnel de Soichiro, oui, me répondit-il, l’œil à nouveau brillant. Je l’ai cependant légèrement amélioré. En utilisant, non pas une source instable comme l’uranium en énergie, mais votre fameuse Shungite, j’ai été capable de rendre le processus bien plus performant.

-Et c’est avec cela…que vous comptez vous rendre sur Izrath ?

-Effectivement. J’ignore ce que je vais trouver là-bas…mais je serai à la recherche de ce que les anciens appelaient « les time Gates ».

-Les…Time Gates ? Répétai-je, un frisson me parcourant l’échine.

-Selon ma théorie, il ne s’agit que d’un point de passage d’Izrath à l’un des deux autres univers, un point de passage permettant de voyager dans le temps.

-Mais si ce que vous dites est vrai, alors…

-Je sais ce que tu penses, mais ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu, me dit-il d’une voix rassurante. Mes travaux sont voués à disparaitre avec moi si je réussis. Mais dans le cas où j’échouerai, je compte sur toi pour continuer mes recherches et revenir dans le passé pour m’arrêter. »

Un large sourire illumina le visage fatigué de Ryoko et je ne pus m’empêcher de sourire bêtement. Tout cela était de la folie. Je le savais. Il le savait. Et pourtant, aucun d’entre nous ne voulait mettre un terme à ces recherches. Peut-être était-ce la curiosité scientifique qui reprenait le dessus. Peut-être étaient-ce les remords qui remontaient. Peut-être était-ce simplement un espoir vint d’effacer nos larmes. Je l’ignorais.


Dans l’après-midi, je retournai au siège principal d’Ether afin de régler les derniers préparatifs. Etrangement, l’action de Shadow avait fonctionné et tous les médias semblaient s’être détournés du drame s’étant déroulé trois jours plus tôt.

Cela m’arrangeait. Je pus ainsi mobiliser toutes les ressources nécessaires de la fédération pour me lancer dans cette ultime opération, celle pour laquelle j’avais créé ce groupe, vingt-cinq ans plus tôt.

Alors que j’étais assise à mon bureau, les jambes croisées, regardant Paris depuis le pinacle de la tour Montparnasse, l’ascenseur s’arrêta à mon étage et les portes s’ouvrirent.

Je fis pivoter mon siège pour faire face à mes invités du jour qui n’étaient autre qu’Akame, l’espion et agent tout terrain officiel d’Ether, ainsi que Laure, la directrice actuelle de la branche Japon de la fédération. Tous deux n’avaient que très peu changé depuis l’assaut de la marie. Akame portait toujours cette blouse ridicule et arborait toujours son air de crétin fini tandis que Laure avait l’air toujours aussi drôle qu’un jour sans pain.

« Je savais que tu avais besoin de notre aide, Violet Leblanc ! S’exclama aussitôt l’abruti du groupe tout en faisant de grands gestes ridicules avec ses bras. Je l’ai senti ce matin…Que nous allions être amenés à nous revoir afin de terminer l’opération Arclight commencée il y a vingt-cinq ans !

-Evidemment que tu le savais puisqu’elle t’a appelée hier sombre abruti, grogna Laure, prête à exploser dès les premiers mots. Et je suis certaine que tu as oublié de prévenir Soichiro comme on te l’avait demandé ?

-J’ai tenté d’entrer dans la forêt où se terre mais malheureusement, les forces du bien qui protège son sanctuaire ont repoussé le savant maléfique que je suis ! Pour la première fois, moi, Akame Shintarou, ai échoué dans une mission qui m’était confiée. J’en suis navré, chère présidente…

-Attendez…Quoi ? Une forêt ? Répétai-je, ayant eu peur d’avoir mal entendu. Il est devenu ermite et professeur de Yoga vous allez me dire aussi ?

-Quelles sont les nouvelles de l’avion à TNT ? A-t-il explosé en vol comme prévu par mes calculs ? Enchaina Laure, ignorant totalement ma question. Comme ça, je pourrais toucher l’assurance vie de Masamune.

-Plus de nouvelles depuis quelques heures mais…

-Parfait ! Je vais devenir riche et pouvoir prendre des vacances ! S’exclama mon amie, des étoiles dans les yeux. »

Je soupirai et me pris la tête dans les bras. Il n’y avait vraiment rien à tirer de ces deux-là. Heureusement qu’ils étaient compétents dans leurs domaines sinon je les aurais remplacés depuis longtemps.

Elwood et Ryoko arrivèrent pile au bon moment pour me sortir de cet asile de fou qu’était en train de devenir mon bureau. Mon majordome m’annonça que l’hélicoptère était prêt à nous accueillir et que nos troupes, environs mille hommes, étaient déjà en route vers le Caire afin de combattre Shadow.

C’est ainsi que nous nous envolâmes pour la capitale Egyptienne. Cependant, rien ne nous avait préparés à ce que nous trouvâmes sur place.

En effet, alors que nous approchions de la ville, d’épais nuages noirs perturbèrent notre vol tandis qu’au loin, je pouvais distinguer trois formes immenses et sombres se mouvoir dans les ténèbres.

Je déglutis et mon pouls s’accéléra drastiquement à mesure que nous nous rapprochions de la zone de Chaos. Akame cessa ses blagues stupides et dégaina le Sniper que nous avions emmené avec nous tandis que le visage de Laure se décomposa lorsque nous aperçûmes au milieu du champ de bataille Masamune, aux prises avec Apophis et Darkness.

C’est ainsi que nous plongeâmes au cœur des ténèbres pour l’ultime bataille d’Ether.

Lorsque je remarquai que ma fille se trouvait également là alors que je lui avais confié une mission ailleurs afin de m’assurer de sa sécurité, mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines et je ne pus m’empêcher de la sermonner. Mais au fond de moi, j’étais heureuse de voir que, pour l’instant, elle ne possédait aucune blessure grave.


https://youtu.be/T3G-XTgnKIE?t=101


Ryoko activa son cube de téléportation afin d’éloigner Drago et les autres du champ de bataille, utilisant l’énergie des ténèbres comme marqueur pour les envoyer au plus près de l’ennemi à abattre. Quant à moi, bravant vents et tempêtes, flammes et ténèbres, je m’avançai au-devant de mes troupes pour faire face à Apophis, Darkness, ainsi que ce Sphinx colossal.

Je claquai des doigts et mon manteau blanc s’embrasa d’un feu bleuté tandis que mon Spiritual se place à mes côtés, prêt à bondir sur nos ennemis.

« Membres de la fédération Ether ! Tonnai-je d’une voix forte qui résonna longuement dans le plateau de Gizeh, portée par l’écho des pyramides. Aujourd’hui est l’accomplissement de ce pour quoi nous avons lutté toutes ces années ! Aujourd’hui, nous allons affronter l’ennemi le plus puissant qu’il nous a été donné de combattre ! Aujourd’hui, nous lutter pour la protection de la terre, de ses villes, de ses habitants ! Aujourd’hui, nous allons empêcher le Purple Requiem de jouer son second mouvement ! Aujourd’hui, le sort de l’humanité reposera sur nos épaules ! Aujourd’hui…nous allons venger ceux qui ont péri ! Pour ce que vous chérissez, pour ce que vous protéger, pour ce que vous espérez, pour ce que vous attendez, pour ce que vous défendez, pour tout ce qui vous pousse à vous battre pour survivre…Chargez, Soldats du futur ! »

Des cris guerriers s’élevèrent au milieu du Chaos tandis que, chevauchant mon Spiritual, je m’élançai à l’assaut d’Apophis, une épée de flammes à la main, la haine dans le regard, la rage dans le ventre et l’espoir dans le cœur.

Alice invoqua à nouveau Nâga et vint se placer à mes côtés, me lançant un regard si déterminé et si buté que je renonçai immédiatement à la dissuader de m’accompagner.

Juste derrière moi vinrent se ranger Akame, au volant d’une moto filant à travers la plaine, ainsi que Laure, pilotant l’Hélicoptère de combat tandis que Masamune filait dans les airs à bords de l’avion à TNT. Ryoko, utilisant à nouveau le cube de téléportation, matérialisa une armure futuriste, expérimentale des laboratoires d’Ether, et se jeta également dans la bataille avec Elwood, commandant une armée immense de Spirituals et d’hommes, tous chargeant les monstres des ténèbres à ma suite.

Oui. Aujourd’hui, nous allions mettre un terme à cette catastrophe vieille de vingt-cinq ans…Non, une catastrophe vieille de plus de cinq-mille ans.




Chapitre 26 : Angéla



Spoiler :



Lorsque je recouvrai la vue, nous n’étions plus dans le désert et il n’y avait plus aucun signe du Sphinx ni de la fédération.

Il n’y avait autour de nous que des pierres, des cailloux, des rochers et au loin se dessinait les traits d’une montagne à demi cachée par la brume. De temps à autre, dans ce paysage de gris perçait une ou deux fougères et à de rares endroits, quelques brins d’herbe arrivaient à se frayer un chemin parmi ce sol particulièrement ingrat. Un unique sentier caillouteux s’offrait à nous et semblait mener tout droit à la montagne.

Un léger vent frais soufflait sur la lande et passait à travers nos habits en lambeaux, mais je ne m’en plaignais pas, au contraire, après être passé à côté de flammes ardentes, j’avais vraiment besoin de fraicheur…

Je levais les yeux au ciel. Il était coloré d’un rose pâle annonçant un lendemain beau et ensoleillé. La clarté du jour tombant me fit presque mal aux yeux après être resté si longtemps dans l’obscurité et je dus cligner plusieurs fois des yeux avant de m’y accoutumer.

Les ombres grandissantes annonçant la tombée de la nuit dansaient avec les derniers rayons du soleil couchant et rendaient ce paysage encore moins accueillant qu’il ne l’était déjà.

Le temps semblait figé ci. Aucune trace de vie aux alentours et même les plantes étaient desséchées sûrement à cause du manque d’eau.

Un détail m’interpela alors : il n’y avait aucun bruit. Je n’entendais ni le chant des oiseaux, ni le doux son du criquet avant la tombée du jour, et encore moins les activités humaines si agaçantes. Même Théa et Ladd avaient purement et simplement disparu. Seul sifflement du vent parmi les pierres était audible. Ce silence assourdissant faisait presque peur…

Je me retournai ensuite pour voir comment se portaient les autres et je pus constater avec soulagement que tout le monde était arrivé en un seul morceau.

« Qu…Qu’est-ce qu’il vient de se passer là ? Bégaya Angéla, les yeux ronds.

-Je…Je ne suis pas sûr mais je crois qu’il s’agissait d’un transporteur dimensionnel…Hasardai-je, tentant de me souvenir du récit de Ryoko.

-Vraiment ? Comment tu peux affirmer ça grand génie ? Railla la blonde.

-Peu importe comment je le sais, mais la grande question c’est…où sommes-nous ? »

Mon amie sortit son téléphone mais soupira et le rangea aussitôt dans sa poche, l’air dépitée.

« Evidemment, il n’y a pas de réseau dans ce trou paumé…

-Ce n’est pas le plus important, il faut que nous retrouvions Laura et ce Gariatron au plus vite ! S’exclama Darksky. »

Cependant, ce dernier fut obligé de mettre un genou à terre tandis que la douleur déformait son visage et Angéla était soudain devenue blanche comme un linge tandis que des gouttes de sang perlaient de son bras qu’elle regarda avec étonnement, comme si elle venait de se rendre compte de sa blessure.

« Avant tout ça, je pense qu’il faudrait nous reposer si on ne veut pas finir six pieds sous terre avant l’aube, rétorqua Marie en s’approchant de la jeune fille. »

Déchirant un bout de son propre pantalon, la sœur de Darksky créa un bandage de fortune pour Angéla avant de récupérer quelques bois de bois mort et de mettre une attelle improvisée à son frère.

« Interdiction de bouger avant au moins demain vous deux, c’est compris ? »

Darksky et Angéla étaient visiblement beaucoup trop fatigués pour répondre et se contentèrent d’accepter leur sort, d’autant plus que la nuit était tombée brutalement.

Nous allumâmes un feu avec les moyens du bord mais nous n’avions aucun vivre et visiblement, rien n’était comestible ici. J’espérai sincèrement que Ryoko et les autres ne nous avaient pas téléportés au hasard sans quoi leur intervention n’aurait servi à rien d’autre que d’accélérer notre mort…

Tout le monde s’endormit très rapidement après cela et je décidai de prendre le premier tour de garde. Avec Shadow et Gariatron en liberté, je préférais ne pas prendre le risque de nous faire attaquer durant notre sommeil…

Ainsi, je m’éloignai légèrement du groupe et allai m’installer un peu plus loin, face à la plaine en contrebas et à la montagne au loin puis je lâchai un long soupir après m’être assis.


https://www.youtube.com/watch?v=EJxumxfp6NA


Et dire que le matin encore, nous nous trouvions dans l’avion et qu’à présent, nous nous trouvions au beau milieu de nulle part, blessés et épuisés, avec un démon dans la nature…

Cependant, l’apparition de ce Gariatron ou l’alliance avec Shadow n’était pas ce qui me préoccupait le plus à ce moment-là puisque je ne pouvais de toute façon rien faire. Non, mon esprit était focalisé sur ce dragon que j’avais invoqué, Ladd…

C’était la première fois que je voyais ce monstre, je ne l’avais même jamais joué et pourtant…pour une raison que je ne pouvais expliquer, je connaissais son apparence ainsi que son nom. Mais c’était stupide, si une telle créature était apparue dans mon monde, ce souvenir m’aurait marqué…Et puis, il y avait cette fille…je la connaissais elle aussi. Cependant, il m’était impossible de lui donner un nom et encore moins de savoir où est-ce que je l’avais rencontrée, comme si une partie de ma mémoire avait été effacée. Mais dans tous les cas, mon cœur avait fait un bond dans ma poitrine en la revoyant, allongée sur le sol, aux portes de la mort…

Soupirait une nouvelle fois, je finis par lever la tête vers le ciel et je pus contempler un ciel totalement dégagé, illuminé par des milliers d’étoiles scintillantes et une pleine lune baignant la montagne de ses doux rayons.

A nouveau, je fus saisi d’un puissant sentiment de nostalgie tout en observant l’infini de l’espace. Ce n’était pas la première fois que mon cœur battait la chamade alors que je plongeai mon regard vers la voute céleste…Mais j’avais beau tenter de me remémorer d’où provenait cette sensation, seul ces deux yeux vairons azur et émeraude me revenaient en mémoire.

Alors que je m’étais perdu dans mes souvenirs, j’entendis derrière moi des bruits de pas dans le sol caillouteux et, en me retournant, je vis Angéla s’approcher discrètement de moi, tentant tant bien que mal de ne pas réveiller les autres.

« Et bien alors Drago, tu ne dors pas ? Me lança-t-elle d’une voix douce, une fois arrivée à ma hauteur.

-Je pourrais te retourner la question, lui répondis-je en souriant légèrement. Surtout avec ta blessure, tu as besoin de repos…

-Tu parles, c’est justement à cause d’elle que je suis debout ! Rétorqua la jeune fille en gonflant les joues. Je dormais tranquillement et, quand je me suis retournée, je me suis allongée dessus et ça m’a réveillée ! »

Je ne pus m’empêcher de rire devant son attitude désinvolte et sa manière de raconter les choses qui dédramatisait une situation pourtant critique.

Angéla s’assit à côté de moi et se mit à observer à son tour le ciel étoilé. Au même moment, une légère brise se mit à souffler, faisant onduler lentement les cheveux dorés de mon amie.

Le silence revint pendant quelques instants avant qu’elle ne reprenne la parole, cette fois-ci d’une voix bien plus sérieuse et mélancolique.

« Sérieusement…J’ai bien cru que j’allais y passer tout à l’heure…Soupira-t-elle.

-Qui n’y a pas cru, lui répondis-je. Je ne sais pas si nous aurions tenus bien longtemps sans Violet et les autres…

-Oui…Encore une fois, je n’ai pas réussi à me sauver seule on dirait… »

La jeune fille enfouit sa tête entre ses bras en disant cela tandis que je ne savais pas quoi répondre pour la réconforter. Ainsi, nous ne parlâmes pas pendant quelques minutes, restant à contempler cet océan de noir dans le silence le plus total.

« Dis, Drago, déclara soudain Angéla d’une voix presque inaudible. Je me suis toujours demandée…mais pourquoi combats-tu ? Qu’est-ce qui te pousse à mettre ta vie en danger de la sorte. Pour Darksky, c’est évident…mais toi, je ne comprends pas tes motivations…

-A vrai dire…je ne sais pas vraiment non plus… »

La jeune fille me regarda avec des yeux ronds et je reculai, gêné.

« Tu…Ne sais pas ? Répéta-t-elle, interdite. Tu es simplement suicidaire ou bien ?…

-J’imagine que je ne fais qu’accomplir mon devoir…Ou plutôt celui que ma sœur n’a pas pu remplir, répondis-je en détournant le regard.

-Le devoir de ta sœur ? Répéta-t-elle, interdite.

-Tu trouves ça stupide j’imagine ? Lui demandai-je en riant légèrement.

-Un peu oui…Mais bon, c’est toujours plus noble que les miennes, continua Angéla en haussant les épaules.

-Vraiment ? Je suis étonné que tu n’affrontes pas Hélios pour une bonne raison…

-Oh, d’un point de vue extérieur, j’ai de bonnes raisons oui…mais ce qui me motive est beaucoup plus égoïste… »

Je regardai la jeune fille pendant une seconde, ayant vraiment du mal à la croire et cette dernière soupira tout en baissant les yeux vers la pierre nue de la montagne.

« Je veux simplement…retrouver mes amies…Murmura-t-elle d’une voix remplie de regrets. »

Angéla marqua un temps d’arrêt pendant lequel je ne savais pas si je devais intervenir ou non. Elle avait toujours été très mystérieuse depuis que je la connaissais mais c’était la première fois qu’elle m’évoquait réellement son passé en y repensant.

« Tout cela me parait si lointain et si proche à la fois…Ce jour où tout a basculé…Ce jour où Hélios nous a attaquées…Ce jour où mon égoïsme a pris la vie de mes meilleures amies…




Angela Hopper : Espoirs et Désillusions


Prologue



Spoiler :


Un jour, je me suis rendu compte que rien n’avait d’importance. Je vivais ma vie comme un rêve, riant d’un rien, inconsciente du monde qui m’entourait. Je ne pensais qu’à m’amuser, refusant que l’on vienne me prendre cette liberté qui était la mienne. Je pensais sincèrement que j’étais heureuse, entourée de mes amies et vivant comme bon me semblait avant de réaliser que je n'avais rien.

Après tout, je n’étais qu’une fille normale et sans histoire. Du haut de mes quinze ans, je ne connaissais encore rien de la vie puisque mon plus grand échec avait été de perdre mon meilleur ami, mais jamais je n’avais connu une aussi grande tristesse que ce jour-là.

J’avais deux amies : Maya et Ambre. Nous étions inséparables depuis la maternelle, mais également toutes aussi rêveuses les unes que les autres.

Maya était la plus énergique du groupe, toujours prête à partir à l’aventure chercher des trésors enfouis ou escalader les plus hauts sommets. C’était une fille assez grande pour son âge aux longs cheveux noirs qu’elle tirait vers l’arrière, gardant néanmoins une sorte de frange du côté droit du visage, laissant une frange cacher à moitié son œil gauche. Ambre, quant à elle, était la plus raisonnable, toujours à peser le pour et le contre, réfléchissant toujours avant d’agir et cela se voyait dans son apparence. Toujours impeccablement coiffée, la jeune brune ne laissait dépasser que deux petites mèches de chaque côté de son visage fin et angélique pour m’imiter. La gentillesse et l’innocence se lisaient dans son regard vert émeraude et son sourire éclatant. Et enfin il y avait moi, Angéla, la blonde du groupe, celle qui les faisaient rire, qui égayait leurs journées, en quelque sorte le bouffon, mais cela ne me dérangeait pas. J’aimais le temps que nous passions ensemble et je tout le reste m’était égal et me paraissait futile.

Et puis un jour, je fus ramenée à la réalité, de la façon la plus brutale qui soit. Je n’y étais pas préparée évidemment, personne ne l’aurait été à vrai dire.

Lorsque notre vie bascule d’un seul coup, du jour au lendemain sans prévenir, passant du rêve le plus doux au cauchemar le plus atroce, nous nous brisons et nombreux sont ceux qui ne s’en relèvent jamais.


« Je vous sauverai, coûte que coûte, même si pour cela je dois y laisser la vie. Je me relèverai autant de fois qu’il le faudra, j’affronterai les pires monstres, je vaincrai les pires adversaires, mais je vous retrouverai et je réparerai mes erreurs. Je refuse que d’autres paient pour ma stupidité et mon aveuglement. »

Si le destin s’acharnait contre moi, alors moi aussi, j’allais m’acharner contre lui. Je n’allais pas le laisser me vaincre aussi facilement. Ne pas savoir abandonner, être têtue et totalement déraisonnable, voilà ce qu’on me reprochait souvent mais si cela me permettait de retrouver ce que j’avais perdu, alors j’allais l’être, plus que jamais.

Et dire que tout cela avait commencé d’une façon tellement banale que c’en était presque risible…




Angéla : Une vie tranquille



Spoiler :


Enfin ! J’avais finalement réussi. Après tant d’effort et de dur labeur, j’étais finalement devenue membre de la prestigieuse Fédération Ether en ayant remporté le tournoi annuel !

Tandis que je m’avançais sur le podium afin de recevoir mon trophée, je saluai une foule en délire qui m’applaudissait à tout rompre. J’étais leur héroïne, celle étant partie de rien et qui, en à peine quelques mois, avait gravi tous les échelons jusqu’à devenir numéro un.

Mais, alors que la présidente Violet allait me remettre le badge officiel, une sonnerie retentit et le décor changea pour une banale salle de classe, après un cours de maths visiblement à en juger par les inscriptions étranges au tableau.

Comment m’étais-je retrouvée là ? Et où était mon badge ? Etait-ce un adversaire rancunier qui m’avait assommée de me trainer de force à l’école pour se venger d’avoir perdu contre moi ? C’était une théorie plus que probable…

Du moins…c’est ce que j’aurais aimé…

« Angela ! Me cria Ambre, tu viens ou on va encore déjeuner sans toi !

-Oui, oui, j’arrive, lui répondis-je d’un ton las tout en rangeant mes quelques affaires trainant sur ma table. »

Je me levai ensuite de ma chaise avant de m’étirer et bailler longuement. Les cours de maths n’étaient vraiment pas de tout repos, surtout avec notre professeur, Cloclo, qui ne nous lâchait jamais d’une semelle. La seule alternative que j’avais trouvée pour échapper à ses questions était de me réfugier dans le monde des rêves.

« Angela, tu crains vraiment, me lança Maya une fois que je l’eue rejointe.

-Tu vas me dire que tu as écouté toi-même en étant réveillée ? Rétorquai-je.

-Non, mais dis-toi qu’on a bien rigolé pendant ce cours de maths, tu as vraiment raté quelque chose.

-Vraiment ? M’exclamai-je, soudainement intéressée par les ragots.

-Oui, une marmotte endormie canardée de craie par un chasseur prof de maths en colère, railla Maya en éclatant de rire, suivie immédiatement d’Ambre. »

C’était donc pour ça que j’avais autant de poussière de craie sur toutes mes affaires et que mes mains étaient aussi blanches que de la soie…Depuis le temps, ce n’était plus quelque chose qui me dérangeait, surtout que la craie partait assez facilement sur l’uniforme de l’école.

« Au moins, il a utilisé du blanc cette fois, la dernière fois j’ai mis presque dix minutes avec le rouge, lui répondis-je en haussant les épaules. »

Mes deux amies repartirent dans un fou rire incontrôlable en me revoyant râler aux toilettes et repeindre les lavabos en rouge avant qu’une élève ne s’évanouisse pensant que j’avais du sang sur les mains. Ça m’avait pris dix minutes de plus pour la réanimer et évidemment, j’étais arrivée en retard au cours suivant…

Sur ces belles paroles, nous descendîmes à la cantine et sans grande surprise, il y avait une queue faisant trois fois le tour de la cour pour y accéder. Mais, même si j’avais une envie folle de repasser par les souterrains pour couper et manger immédiatement, Ambre me rappela à l’ordre avec la menace du surveillant général qui pesait sur moi depuis la dernière fois.

« Je te rappelle que ce type te traque, il doit sûrement attendre au bout pour t’attraper et te mener directement chez Chapy !

-Le surveillant général en boss final ? Rien de plus facile, non seulement tu pourras m’admirer à l’œuvre mais en plus tu auras un repas dans les cinq minutes ! Rétorquai-je, sûre de moi.

-Parfait, je te suis Angéla ! Je suis sûre que tu vas gagner haut la main ! S’exclama Maya en me poussant hors de la file d’attente »

Mais, alors qu’elle m’entrainait avec elle, quelque chose tomba de son sac : une boite de pansements et un kit de premier secours.

-Une minute, pourquoi tu as ça avec toi ? L’interrogeai-je, m’arrêtant brutalement.

-Ah, ça…Au cas où, on ne sait jamais, me répondit-elle avec le sourire le plus faux du monde.

-Bon, bah je vous attendrai ici moi, Maya, ramène Angéla entière si possible…en fait, ramène la tout court s’il te plait…

-Vous n’avez aucune confiance en moi ! M’écriai-je, vexée.

-Aucune, me répondirent-elle d’une seule voix. »

Devant cette solidarité incroyable, je me contentai de gonfler les joues et de me planter dans la file d’attente, frustrée.

Au bout d’une bonne demi-heure de queue dans le froid, les cris, l’agitation et les tentatives de passages en force, nous finîmes par enfin accéder au self.

Comme chaque jour, la diversité de choix invraisemblable me choqua tellement que je restai une bonne minute devant les plateaux à me demander si je n’aurais pas mieux fait de rester en classe et apporter un sandwich. Cependant, les cris d’élèves affamés et visiblement ayant perdu le sens du goût m’obligèrent à faire un choix et je pris le premier plat me passant sous la main.

« Tiens, tu prends des lentilles toi maintenant ? Me demanda Ambre, surprise en regardant mon assiette. »

Je soupirai. Encore un jour à sauter le déjeuner…Ils auraient quand même pu faire un effort et nous mettre quelque chose de comestible pour le jour où devait se dérouler la finale du tournoi de Spiritual de l’école histoire que les participants ne jouent pas le ventre vide. Et puis, pourquoi le poissons accompagnant les lentilles me paraissait aussi…indéterminé ?

Je renonçai rapidement à essayer de comprendre ce qu’il y avait dans mon assiette et je partis chercher une table pour trois.

Après cinq tours de cantine et avoir manqué de déraper trois fois sur au même endroit, nous finîmes par trouver trois places dans un coin, à côté de la fenêtre et nous nous installâmes.

« Alors, vous avez lu les livres pour Calvere ? Demanda Ambre, entamant la conversation.

-Ouai, les trois hier entre vingt-heures et minuit, j’ai cru que je n’en verrai jamais le bout ! Se plaignit Maya engloutissant le poisson étrange d’un seul coup. »

Encore et toujours du travail…mes amies ne parlaient presque que de ça quand nous n’avions pas d’autre sujet de conversation, mais moi, je m’en fichais complètement. Ce que j'aimais, c'était l’aventure et plus particulièrement les actions de la fédération Ether. Je ne rêvais que d’une chose : pouvoir un jour m’engager à leurs côtés et combattre le mal telle une véritable héroïne…Malheureusement pour moi, personne dans ma classe ne semblait se préoccuper de cela. Tout le monde préférait regarder de loin leurs actions plutôt que de suivre de près leurs exploits. Parfois je me sentais bien seule à cause de cela…

« Et toi Angela ? Tu les as trouvés comment les livres ? Aussi intéressants que les dix derniers que tu n’as pas lus ? Railla mon amie aux cheveux d’ébène.

-On va dire ça, grimaçai-je, ne les ayant même pas achetés et ayant passé ma soirée à autre chose de plus important.

-Encore ? S’étrangla Ambre, écarquillant les yeux de surprise. La dernière fois Calvere ne l'a pas très bien pris…et si jamais il t interroge de nouveau, je sens qu'il va vraiment s'énerver…

-Ne t’inquiète pas, j'ai pris un résumé sur internet, je ne suis pas folle. Mais je ne comprends pas comment vous faites pour lire des livres aussi longs en deux semaines…voire même en une soirée comme certaine…

-Il suffit de s’y mettre mon Angie, c’est sûr que si tu n’achètes pas les livres, tu ne risques pas de les terminer, rigola Maya.

-Bon, ça va, j'ai compris et arrête avec ce surnom, c’est ridicule !

-Je trouve ça plutôt mignon moi, répliqua Ambre avec un grand sourire. »

Sous l’effet de la frustration et cherchant quelque chose d’autre à faire, je pris une cuillerée de ce que j’avais dans mon assiette avant d’avoir des nausées en me souvenant de ce que je venais de prendre. J’avalai donc avec grande difficulté et énormément d’eau les lentilles de la cantine tandis qu’Ambre et Maya faillirent s’étouffer tellement elles riaient devant mon air affolé.

Nous ne restâmes pas bien longtemps après cet incident et nous nous dirigeâmes vers les gymnases où se déroulait le traditionnel tournoi de Spiritual de l’école entre élèves et professeurs…tournoi duquel j’avais été bannie à cause de mes mauvais résultats scolaires…Franchement, ce n’était qu’un sport comme un autre, pourquoi ne pouvais pas participer à la seule activité qui me motivait à venir en cours ?

La rencontre du jour se jouait entre notre professeur de technologie, monsieur Horlogier, un grand maigre à lunette et aux crâne dégarni, et un première qui du nom de Erwan assez…massif et lourd, dans tous les sens du terme.

Lorsque nous prîmes place dans les gradins, le combat avait déjà bien avancé et Erwan était en bien mauvaise posture. Son spiritual ne lui procurait aucun autre pouvoir que de la force physique alors que celui du professeur utilisait les champs magnétiques à son avantage pour attaquer.

« C’est terminé, dit soudain une voix féminine à côté de moi alors que nous nous installions. »

Je me retournai, heureuse d’entendre enfin une fille s’intéresser au même sport que moi et je vis que celle qui avait prononcé cette phrase n’était autre qu’une grande fille blonde aux yeux verts répondant au nom de June Wheeler, la première de notre classe, juste devant Ambre.

Comme d’habitude, elle était impeccablement coiffée, avec simplement une petite mèche tombant au milieu de son front tandis qu’une plus grande descendait sur son épaule gauche tandis qu’une barrette maintenait le côté droit. Son visage était assez mature pour quelqu’un de notre âge, avec des traits et des expressions qu’on pouvait retrouver aussi bien chez un adulte et ses yeux reflétaient une intelligence et une réactivité hors du commun.

C’était une fille assez discrète dans la classe, à qui je n’avais jamais vraiment parlé à part pour demander des devoirs. Elle était d’ailleurs souvent dans son coin, préférant certainement ses livres à ses camarades de classe et c’est pourquoi, je n’aurais jamais imaginé qu’elle ait pu s’intéresser au combat de Spiritual.

Cependant, je n’eus pas le temps de faire plus ample connaissance car la jeune fille tournait déjà les talons pour retourner en classe vraisemblablement mais je notai dans un coin de mon esprit qu’elle pouvait se révéler être une potentielle partenaire de combat avant de me reconcentrer sur l’arnaque qui se déroulait sous mes yeux…

Effectivement, comme elle l’avait prédit, Horlogier, en une seule attaque, envoya son adversaire au tapis.

Alors que tout le monde applaudissait les deux combattants qui se serraient la main, visiblement fiers d’eux, je bouillonnais intérieurement devant ce spectacle ridicule.

« Quoi ?! C'est tout ce dont est capable un des meilleurs du tournoi ?! Fulminai-je de rage.

-Il fallait s'y attendre, Mr Horlogier est quand même un des meilleurs combattants de tout le lycée…

-Je ne parle pas de ça ! Non mais vous avez vu ce combat ? Même moi je l'aurais battu ! Il n’a même pas invoqué son Spiritual sous forme Physique !

-Vraiment ? Tu aurais pu faire mieux toi ? Me demanda Maya, sceptique.

-Evidemment, tu t’adresses à une des futures leaders de la fédération Ether ! Rétorquai-je fièrement.

-Dans ce cas, gagne un combat contre lui et je te croirai, me répondit-elle en haussant les épaules.

-Très bien, tu verras un affrontement comme tu n’en as jamais vu, répliquai-je, l’œil brillant. »

Sur cette déclaration de guerre, Ambre nous tira toutes les deux par la manche et nous força à courir pour arriver à l’heure en cours de français qui commençait moins de deux minutes plus tard.

Nous réussîmes néanmoins à rejoindre la classe avant l’arrivée de Calvere. Lorsque ce dernier entra à son tour, il portait son habituelle chemise noire s’assit sur sa chaise comme on s'assoit dans un fauteuil prêt du feu.

Ma place était vraiment la pire qu'on puisse imaginer : exactement dans le champ de vision de Calvere dès que celui-ci tournait un peu la tête, au dernier rang, là où le professeur regarde par réflexe.

« Bien, pour aujourd’hui vous aviez quelques livres sympathiques à lire n'est-ce pas, déclara-t-il d'un ton doucereux.

-Sympathique…façon de parler…, marmonnai-je assez bas pour qu'il n'entende pas.

-Donc voici les trois questions. »

Calvere posa ses habituelles questions stupides auxquelles je ne compris pas grand-chose, c’est pourquoi je sortis mon dossier "préparé" à la maison…ou plutôt imprimé depuis mon ordinateur.

Pendant que je regardai les mouches voler, faisant semblant de réfléchir, je voyais toutes mes camarades écrire, chercher des choses à dire, parler, et même…dessiner…

Après dix minutes sans rien faire, j'entrepris tout de même de lire ce que j'avais sorti, histoire ne pas paraitre trop suspecte…

En fait, il n'y avait rien de bien intéressant dans mon résumé et Je commençai à paniquer. Je sentais que Calvere allait m’interroger la première à en juger par son regard fixé sur mes notes. Je me mis à paniquer et je regardai autour de moi et je cherchai si par hasard, il n'y avait pas une bonne âme prête à me donner ses réponses ou lever la main mais ni Ambre ni Maya, ni personne d’autre n’avait l’air d’être d’humeur à répondre volontairement aux questions.

« Bon, j'ai comme l'impression que notre amie Hopper veut commencer, déclara Calvere en me voyant m’agiter dans tous les sens. Et bien allez-y.

-Euh…d'accord, bafouillai-je. Donc le bonheur des dames, c'est ça ?

-Oui, allez-y

-Bon alors… »

Je n'avais d'autre choix que de lire mon copier-coller mais il m’arrêta après le premier paragraphe.

« C’est très confus votre réponse. Imaginez, je dis bien imaginez que vous parliez à quelqu’un qui n'aurait pas lu le livre. »

Quand il dit cela, toute la classe éclata de rire. Tout le monde savait que personne ne lisait jamais en entier les livres de Calvere…ou alors une très petite minorité lorsque les livres n’excédaient pas les cents pages.

« Je dis imaginez parce que, bien entendu, tout le monde dans cette classe les a lus. Reprenez et soyez claire cette fois ci. »

J’essayai tant bien que mal de gagner un peu de temps en faisant tomber mes feuilles, faisant semblant de me tromper de question et Ambre et Maya m’aidèrent un peu en se plaignant de leurs voisines. Je les remerciai d’un geste rapide avant de chercher ce qui pouvait se rapprocher le plus d’une réponse pas trop stupide à la question de Calvere mais je n’eus pas besoin de simuler d’avantage car la cloche sonna et me sauva.

« On reprendra ça la prochaine fois. Et c'est vous que j'interrogerai en première, dit-il en s'adressant à moi, donc tachez de faire quelque chose de mieux. »

Sur ces belles paroles, il sortit et je m’effondrai sur ma chaise, consciente d’avoir frôlé la catastrophe cette fois-ci. Encore une fois, j'avais réussi à passer entre les gouttes, mais pour combien de temps encore…

Je n'eus même pas le temps de ranger mes affaires de français et de me plaindre auprès de mes amies que le professeur d'histoire, monsieur Lareine, entra dans la classe, visiblement assez énervé puisqu’il jeta son sac sur le bureau à peine arrivé.

« Bonjours mesdemoiselles et messieurs, asseyez-vous. Aujourd’hui est un jour très spécial. Savez-vous lequel ? »

Personne ne répondit évidemment. Il en avait de bonnes lui…

« Aujourd’hui, nous allons parler de l'Egypte ancienne. Vous allez me demander pourquoi. Et bien c'est très simple, j’ai fait quelques découvertes intéressantes que j’aimerais partager avec vous. Donc est ce que quelqu'un ici pourrait me faire un bref résumé de l'histoire d'Egypte qu’on se mette dans le bain ? »

Silence dans la classe. J’aurais bien levé la main puisque l’Egypte était l’un des piliers concernant les Spirituals et Izrath, mais si quelqu’un me voyait faire ça, ma réputation risquait d’en prendre un coup alors je me contentai de bailler.

« Personne ? Allez, un peu de courage quand même ! Tenez, June, pouvez-vous me parler de l’Egypte ? »

La première de la classe se leva et prit la parole d’une voix assurée, comme elle le faisait toujours. Elle devait certainement agacer beaucoup de monde dans la classe à toujours tout savoir, mais ça ne me dérangeait pas plus que ça. Cela me faisait même rire de voir Ambre se plaindre tout le temps d’avoir été détrônée depuis maintenant deux ans.

Après un long exposé de choses que je savais déjà, Lareine interrompit ma camarade, sortit un papier et reprit la parole au moment où June commençait à évoquer la fin de la guerre contre les soldats du désespoir.

-Bien tout ça, mais avez déjà entendu ceci : « Lorsque la lune deviendra le soleil, elle déploiera ses ailes mortelles. Le monde plongera alors dans un nouvel âge de ténèbres. Le roi des ombres renaitra de ses cendres et étendra son voile de terreur sur la terre. Tous les peuples n’auront d’autre choix que de se soumettre et il règnera pour l’éternité… Cependant lorsque la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, l’exilé reviendra. Il rétablira l’équilibre des pouvoirs et reprendra la place de souverain qui lui est due, mettant un terme à ce règne de terreur et de destruction… »

-Non, jamais et pourtant mes parents s'y connaissent en vieilles histoires farfelues, répondit June, pensive. »

Je tendis l’oreille. Ce cours d’histoire commençait enfin à devenir intéressant…Cette sensation nouvelle, cette envie de découvrir de nouvelles choses, ce désir d’en savoir toujours plus et cette peur de la cloche qui aurait interrompu cette discussion…Etait-ce cela…que ressentaient Ambre et June chaque jour ?

« D ou tirez-vous cette…cette prophétie je pense, non ? Demandai-je d’une petite voix, ce qui surprit Lareine.

-C’est exact Angela, il s'agit bien là d'une prophétie. Et si vous voulez savoir d'où elle vient, elle a été redécouverte dans les ruines d'un ancien royaume, le royaume d'Héliopolis

-Jamais entendu parler…

-C’est bien normal, reprit June, ce royaume s'est très vite éteint avec la disparition de son roi. Mais je croyais qu’Héliopolis n’était qu’une vieille légende poussiéreuse.

-Mais cette prophétie…elle fait froid dans le dos…Frissonnai-je.

-C’est une prophétie de fin du monde mademoiselle Hopper, elle doit forcément être un peu obscure.

-Mais monsieur, continua la première de la classe, pourquoi nous parler de ça aujourd’hui ? Je veux dire, je ne crois pas avoir vu une quelconque information dans les journaux ou à la télévision…

-Je voulais simplement vous en parler pour voir vos réactions, répondit-il.

-Mais c’est ridicule, plus personne ne croit aux prophéties de nos jours ! Vous n’allez pas me dire que vous y croyez ? M’exclamai-je, interdite.

-Je n'ai jamais dit qu'elle était réelle. Mais je suis historien, je ne fais qu’énoncer des faits et je les analyse ensuite ma chère Angéla. »

La conversation dériva rapidement sur d’autres sujets et Pendant tout le reste du cours, nous parlâmes de l'Egypte et des premiers Spirituals apparus sur terre. Enfin, nous n'étions que deux à participer : June et moi.

Comme je m’en doutais, elle partageait la même passion que moi pour les combats de Spirituals et pour les actions de la fédérations Ether. Tous les autres parlaient ensemble de choses et d'autres mais pas de l'Egypte. Pour la première fois, je trouvais un réel intérêt pour un cours d'histoire et à la fin de l'heure, ma soif d’en savoir plus n’était toujours pas étanchée.

Le professeur de sport étant absent, nous avions la permission de sortir plus tôt. Personne ne s'en priva. Après tout, ce n'était pas tous les jours que nous pouvions sortir à seize heures au lieu de dix-huit heures…

Saisissant cette occasion, je laissai Maya et Ambre sur la touche. Cela les surprit un peu mais elles ne protestent pas. Il fallait que je parle à June, elle semblait en savoir beaucoup plus sur toutes ces histoires qui me passionnaient. Elle pouvait peut-être m’éclairer un peu plus sur la prophétie.

Je la repérai au coin de la rue, sur le point de prendre le bus pour rentrer chez elle. Je me mis à courir pour la rattraper avant qu'elle ne monte dedans.

« June ! Attends, il faut que je te parle ! Lui criai-je en faisant de grands signes pour qu’elle me voie. »

Mais alors que je courais, je me pris les pieds dans une branche qui trainait sur le trottoir. Heureusement June réussit à me retenir avant que je ne m’étale face contre terre.

-Merci, lui dis-je un peu honteuse.

-Ce n'est rien. Je suis contente que tu ne te sois pas fait mal, me répondit-elle en souriant. Donc tu voulais me parler d'après ce que j'ai entendu. Tu as oublié de noter des devoirs ou il te manque des cours ?

-Pourquoi pas…mais non, je voulais te demander plus de précisions au sujet de…de ce dont nous avons parlé tout à l'heure en cours.

-Tu sais, tu devrais demander directement à Lareine, c’est lui le spécialiste en la matière, pas moi, continua-t-elle très humblement.

-Oui, mais je me disais que pour avoir une telle culture, tu devais avoir de bons livres chez toi. Peut-être qu’il y aurait des informations auxquelles tu n’aurais pas prêté attention et…

-Oh, dans ce cas-là, Tu devrais demander à mon père, il s'y connait plutôt bien dans toutes ces histoires de fin du monde. Enfin, c'est ce qu'il prétend. Il dit l'avoir sauvé plein de fois quand il avait notre âge et…

-Parfait, présente-le-moi ! L’interrompis-je, des étoiles dans les yeux.

-Bon, je t’aurais prévenue, ne vient pas te plaindre qu'il est assommant ou autre chose comme ça…Soupira June en retournant attendre le bus. »

A ce moment-là, je pensais simplement rencontrer un historien farfelu en suivant June chez elle. Cependant, j’ignorais totalement qu’en cherchant à en savoir plus sur cette prophétie, je venais de mettre les pieds dans une histoire qui allait me couter bien plus cher que ma propre vie.




Angéla : June Wheeler



Spoiler :


A l’arrêt et pendant le trajet, j’en profitai pour faire plus ample connaissance avec cette fille que j’avais dans ma classe depuis déjà deux ans mais à que je n’avais jamais appris à connaitre plus que ça.

Je me rendis compte à quel point j’étais passée à côté d’une personne formidable. Non seulement, elle montrait une sympathie plus que surprenante à mon égard alors que je devais avoir moins de la moitié de sa moyenne, mais en plus elle s’intéressait de près à la fédération Ether, tout comme moi. Elle avait même déjà remporté quelques petits tournois de qualifications sans jamais aller plus loin.

Le temps passa incroyablement vite aux côtés de June qui me racontaient des anecdotes plus folles les unes que les autres si bien que je failli rater notre station.

Une fois arrivées, je me retrouvai complètement perdue. Nous étions dans un arrondissement qui m’était totalement inconnu : Montmartre. Il y avait la beaucoup d'animations, des peintres, des mimes, et même des souffleurs de bulles de savon géantes, le tout dans un décor assez ancien me faisant penser à ces villages d’autrefois que l’on peut voir dans les livres. Même les boutiques me semblaient vieillottes avec leurs babioles en bois et leurs produits fantaisistes.

« C’est la première fois que tu viens à Montmartre ? Me demanda June devant mon air perdu.

-Euh…oui, je ne sors pas beaucoup de mon quartier…

-Oh, donc tu n’as jamais vu ça !

-Ça ? Répétai-je, intriguée. »

Sans en dire plus, la jeune fille me prit par la manche et me conduisit devant la basilique. De là, nous avions une vue vraiment magnifique. Nous pouvions apercevoir presque tout Paris depuis notre perchoir : l'arc de triomphe, la tour Eiffel et Montparnasse, désormais tour Ether, le Louvre, la Seine, les ponts et bien d’autres monuments historiques.

J'étais émerveillée. Je ne regrettai vraiment pas d'avoir demandé à June de m’emmener ici. Il fallait que j’emmène Ambre et Maya ici aussi. J’étais persuadée qu’elles adoreraient, elles qui aimaient tout ce qui sortait un peu de l’ordinaire.

Après être restées quelques minutes devant ce spectacle splendide, June m’amena enfin chez elle. Elle habitait un petit appartement juste a cote de la basilique, sur la place carrée de l’arrondissement qui était assez animé, surtout par des artistes quand on regardait bien. En même temps, l’endroit ressemblait tellement à une peinture que je les comprenais de venir exercer leur art ici.

« Bon, reste là, je vais voir s’ils sont déjà rentrés ou si… »

June laissa sa phrase en suspend quand elle entendit le bruit d'un verre qui se brise provenant de la cuisine. Je sursautai mais cette-dernière resta très calme.

« Ça c'est surement maman qui a essayé de cuisiner… Me dit-elle en soupirant. Suis-moi, je vais te la présenter. »

Nous entrâmes à l’intérieur et ma nouvelle amie se dirigea directement à la cuisine…Même si celle-ci ressemblait plus à un champ de bataille qu'a une cuisine. Il y avait de la farine un peu partout. Tous les appareils étaient sortis : mixeur, grille-pain, batteur, et même une friteuse et la mère de June était à genoux en train de ramasser les débris de ce qui avait dû être un saladier.

« Maman ! S’exclama la blonde, mécontente.

-Oh, c'est toi, je ne t’avais pas entendue entrer. Tu es rentrée tôt aujourd’hui June. »

Sa mère se releva, manquant de faire tomber d'autres ustensiles au passage. Elle lui ressemblait beaucoup, elle avait les mêmes cheveux blonds comme l’or ainsi que les mêmes yeux, à l’exception de leur couleur qui tirait plus vers le mauve chez sa mère. Je remarquai également que June possédait la même mèche que sa mère au milieu du front, ce qui ne faisait qu’accentuer leur ressemblance même si mon amie était bien mieux coiffée. Ce qui les différenciait par contre, c’était leur regard. Autant celui de June était pur et innocent, autant celui de sa mère dégageait quelque chose d’autre que je ne pouvais pas bien cerner…mais peut-être était-ce simplement dû à l’âge.

« Oui, le prof de sport n'était pas là. Mais ce n'est pas le plus important, j'ai ici une amie qui voudrait parler à papa. Est ce qu'il est là ? »

D’abord hésitante devant un tel carnage et sortant de mes pensées, je finis me présenter convenablement.

« Bonjour madame, je m’appelle Angela Hopper, lui dis-je en lui serrant la main.

-Enchantée. Je suis la mère de June. Mais entre nous tu peux m’appeler May, je n'aime pas qu'on m’appelle madame. Et pour répondre à ta question June, ton père est sorti mais il doit revenir d'une minute à l'autre. »

Au même moment, j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, un bruit sourd m’indiquant qu’un objet venait de tomber suivi d’un gémissement.

« Quand on parle du loup, c'est surement lui qui revient. Je vais le prévenir que vous êtes là, prenez ce que vous voulez, il y a tout ce qu'il faut. »

Le père de June arriva quelques secondes après. C'est un grand homme blond, comme June et May, à l’air assez niais mais dégageant la même gentillesse que sa fille dans son regard. Une paire de lunettes carrées surmontaient son nez droit tandis que quelques poils de barbe mal rasés peignaient ses joues et son menton rond. Il portait une blouse blanche ainsi qui n'était apparemment plus toute neuve à en juger par les nombreux trous un peu partout et l’odeur de brûlé qui s’en dégageait.

« Papa, dit June, je te présente Angela, une amie.

-Bonjour Monsieur, désolée du dérangement.

-Mais ce n’est rien, c’est un plaisir de faire ta connaissance ! Je suis le professeur John Wheeler, archéologue et accessoirement invocateur de talent ! Est-ce que par hasard tu aurais déjà vu mon nom dans un livre relatant l’histoire des Spirituals dans notre monde ? Sache qu’il s’agissait bien de moi et…

-Bon, c'est très intéressant, râla sa fille en lui coupant la parole, mais Angela n'est pas venue ici pour parler de ton livre bidon ou de je ne sais quoi. Mais par contre, as-tu déjà entendu ceci ?

June lui récita mot pour mot la prophétie dont Lareine nous avait parlée, ce qui me laissa bouche bée. Elle avait une de ces mémoires…je ne me souvenais que de bribes de phrase et de l’idée générale alors que Lareine en avait parlé moins de trois heures plus tôt…

Quand elle eut fini, son père croisa les bras sur son torse et fronça les sourcils, perplexe.

« Hum…intéressant tout cela. D'ailleurs, ton histoire me rappelle une de mes aventures…

-Et voilà, c'est parti…soupira June.

-C’était à l'époque où nous habitions Tokyo. Nous avions emménagé là-bas sur la demande de Violet qui…

-Violet ? Attendez, vous voulez LA Violet Leblanc ? Fondatrice de la fédération Ether ? M’exclamai-je, le cœur battant à tout rompre et des étoiles dans les yeux à l’évocation de mon héroïne.

-A l’époque, elle n’était qu’une ancienne camarade de classe de May, s’amusa l’homme. D’ailleurs, savait que Violet…

-Mais elle s'en fiche de tes histoires à dormir debout papa ! Elle est venue pour en savoir plus sur une prophétie, pas pour entendre ça ! S’impatienta alors la jeune fille, tapant du pied frénétiquement sur le sol.

-Comment ça, à dormir debout ? Tout cela n'est que la pure vérité. Tu verras si c’est agréable quand tu auras des enfants à ton tour et que tu leur raconteras tes aventures pour sauver le monde !

-Je préférerais ne jamais avoir à faire ça, lui répondit-elle en s’affalant sur un fauteuil.

-Mais ça m’intéressait moi ! Protestai-je. Alors, quelle était cette anecdote sur Violet ?

-Tu vois June ? Enfin quelqu’un qui aime mes histoires ! Nous allons bien nous entendre toi et moi, jeune fille !

-J’en peux plus, prévenez-moi quand vous aurez fini… »

Sur ces mots, la jeune fille ferma les yeux et fit semblant de dormir pendant que son père continuait à me raconter ses aventures et les anecdotes du temps passé avant le Purple Requiem. J’étais littéralement passionnée, j’avais l’impression de vivre moi-même le récit. J’aurais tellement voulu être à sa place, avec Ambre et Maya, elles auraient adoré elles aussi, j’en étais persuadée.

Finalement, je ne vis pas les heures passées et pendant plus d’une heure, je restai dans l’entrée de cet appartement, à écouter le père de June.

« Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un ait pu vivre de telles aventures, lui dis-je, soufflée, une fois qu’il eut terminé.

-Et ma fille qui dit que je radote ! S’exclama-t-il, fier de lui. Enfin quelqu’un qui sait apprécier mes histoires à leur juste valeur. Et sur ce, je crois qu’il est temps que nous nous occupions-nous de cette prophétie sinon ma fille va encore me bouder toute la semaine. »

Le père de June se leva et alla fouiller une dans une étagère très poussiéreuse remplie de livre tous plus gros les uns que les autres tandis que sa fille rouvrit les yeux en baillant.

Le professeur Wheeler revint quelques instants plus tard avec un énorme livre qui, visiblement, n’avait pas été ouvert depuis des lustres. Sur la couverture, on pouvait voir un étrange symbole, une sorte de paire d’ailes dorées en forme de V, entourée de deux traits courbés épousant la forme arrondie de la lettre.

C’était étrange. Jamais je n’avais vu un tel symbole jusqu’ici alors qu’il était pourtant ridiculement simpliste.

« Je pense qu’on trouvera tout ce dont on a besoin dans ce livre très particulier, déclara le professeur d’une voix mystérieuse qui fit bailler June une nouvelle fois.

-Et…qu’a-t-il de si spécial ? Demandai-je, déconcertée.

-Voyez-vous, il n’existe que deux exemplaires de ce livre. L’original a été retrouvé dans des ruines au milieu du désert. J’ai réussi à avoir une copie grâce à mes recherches en collaboration avec la fédération Ether et avec l’aimable accord de Violet. Mais trêve de bavardage, mettons-nous au travail ! »

Le scientifique ouvrit l’ouvrage et commença à feuilleter la table des matières avant de s’arrêter sur un point précis et de passer directement à la page qui devait l’intéresser. Il lut encore pendant quelques minutes et cria un « Euréka » qui nous fit sursauter, June et moi.

« J’ai trouvé ce qui nous intéresse, déclara-t-il fièrement sous les yeux ébahis de sa fille.

-V…Vraiment ? Bégaya June, surprise que son père ait obtenu l’information aussi vite.

-Pour qui me prends-tu, rétorqua ce dernier fièrement. Mais je crois que votre professeur vous a raconté une histoire incomplète.

-Que voulez-vous dire ? Repris-je, perplexe.

-Il n'a pas mentionné le contexte dans lequel cette prophétie a été écrite. Et il se trouve qu’elle date, non pas de la fin du règne d’Hélios, non pas de la chute de son prédécesseur Solaris…mais bien d’un temp beaucoup plus ancien…Un temps où Izrath et la terre n’étaient pas encore séparés. »


Angéla : Tout Change



Spoiler :


Je restai figée plusieurs secondes. Même June, qui jusque-là dormait à moitié, sursauta au moment où son père prononça ces mots. Le professeur Wheeler abandonna son air détendu et fronça les sourcils, me paraissant tout de suite bien plus professionnel qu’avant.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? D’accord, personne ne savait exactement quelle relation liait Izrath à la terre mais il était admis par toute l’humanité que ces deux mondes avaient toujours vécu en harmonie, et ce, depuis la nuit des temps. Alors apprendre qu’ils avaient été une seule et même dimension à une époque…Cela bouleversait totalement mes croyances.

Alors que John Wheeler relisait plusieurs fois la page qui évoquait cette possibilité folle, sa fille s’impatienta et lui arracha simplement le livre des mains. Mais cela ne sembla pas mécontenter son père plus que cela – alors que le mien m’aurait coupé mon abonnement téléphonique pendant un mois – et il se contenta de nous regarder avec un immense sourire aux lèvres.

« C’est…fascinant ! Déclara-t-il alors joyeusement. De toute mon existence, je n’étais jamais tombé sur quelque chose de semblable. Je sens que l’on va s’amuser ! »

Le professeur se mit à rire et je me tournai vers June, totalement déconcertée par les changements d’attitude de son père et elle se contenta de hausser les épaules en levant les yeux au ciel.

« Les enfants ! Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère ! Izrath et la terre ne formant qu’un…Vous comprenez ce que cela implique ?!

-Nous avions ce livre chez nous depuis tout ce temps et tu viens juste de l’ouvrir, tu es désespérant, soupira sa fille. Et donc, est-ce que tu pourrais être un peu plus précis sur ta « découverte » ?

-Malheureusement, le livre reste très vague mais apparemment, quelqu’un, ou quelque chose, aurait séparé nos deux mondes il y a bien longtemps. Pour quelle raison ? Je l’ignore, ce n’est pas précisé. Cependant, nous connaissons l’auteur de cette prophétie.

-Et…Qui est-il ? Demandai-je d’une petite voix.

-Armageddon, le Spiritual du destin. »

Un frisson me parcourut l’échine lorsqu’il prononça ce nom. Je savais que les dieux des mythologies antiques prenaient souvent leurs origines dans des Spirituals bien plus puissants que la moyenne. Mon Spiritual d’ailleurs, Athéna, était apparemment une relique grecque très ancienne que l’un des clients de mon père lui avait offerte dans sa jeunesse. Mais de là à penser qu’il existait une entité capable de contrôler le cours même du destin…Même moi qui aimais rêver, j’avais du mal à y croire…

« Tu penses que ces histoires sont vraies ? Demandai-je à June, hésitante.

-Tu crois vraiment que je vais gober des bêtises pareilles ? Ce n’est qu’un tissu de sornettes, tout juste bon à raconter aux enfants pour leur faire peur ! Il n’y a que mon père pour fantasmer encore là-dessus !

-Oui…Tu as sans doute raison…Lui répondis-je, essayant de me rassurer moi-même. »

Mais il n’y avait rien à faire. J’avais beau essayer de me convaincre, une partie de moi voulait continuer à y croire…Ou du moins ne pouvait pas se résigner à tout abandonner. C’était un sentiment étrange que je n’avais jamais ressenti auparavant.

D’habitude, lorsque je me m’impliquais dans un projet fou comme prouver l’existence du triangle des Bermudes ou trouver le trésor enfoui de barbe rousse, je savais moi-même que c’était impossible, mais cette fois-ci, je ne pouvais me l’expliquer, mais j’y croyais, dur comme fer.

Je regardai soudain l’heure : Dix-huit heures ! Il fallait que je rentre absolument chez moi avant 18 heures 30, sans quoi mon père allait encore passer un savon !

Je me levai d’un bond et remerciai précipitamment les parents d’Angéla pour leur accueil et pour m’en avoir appris un peu plus sur la prophétie tout en m’excusant de devoir partir aussi vite mais ils semblèrent comprendre immédiatement à en juger par leurs mines amusées.

Je rassemblai mes affaires en vitesse et June me raccompagna jusqu’au métro. Sur le quai, nous parlâmes un peu et nous en profitâmes pour échanger nos numéros ainsi que nous donner rendez-vous le lendemain pour le déjeuner.

Même si j’allais me faire sermonner comme jamais, j’étais contente d’avoir voulu creuser un peu plus cette histoire. Grâce à cela, j’avais pu apprendre à connaitre un peu mieux June à qui je n’aurais jamais adressé la parole de la même façon sans ces histoires. Il fallait vraiment que je la présente à Ambre et Maya, j’étais certaines qu’elles s’entendraient à merveille. Et puis, depuis le départ d’Aymeric, il nous manquait quelqu’un et June était la candidate idéale.

J’étais tellement absorbée dans mes pensées que je faillis rater la station et je sortis du wagon au moment même où les portes du métro se refermaient, manquant de me coincer les cheveux à l’intérieur.

Dix-huit heures vingt-cinq. Je pouvais encore arriver à l’heure chez moi !

Galvanisée par cet espoir insensé, je me mis à courir dans les rues, bousculant quelques passants mais je réussis néanmoins à arriver à l’heure chez moi…ou presque…

Je m’arrêtai quelques instants devant le portail, hésitante. Je n’avais aucune raison de m’inquiéter, je n’avais que cinq minutes de retard…dix en fait…

A moins que mon père n’ait passé une très mauvaise journée et que ma mère fût sortie, je ne risquais rien…

J’inspirai un bon coup et je poussai le lourd portail qui s’ouvrit en grinçant. Pour la discrétion, je pouvais déjà repasser plus tard. Mais je ne m’arrêtai pas là et je traversai rapidement la petite cour tout en cherchant les clés dans mon sac.

Lorsque j’arrivai devant la porte, mon cœur rata un battement. Je ne les avais pas ! Il n’y avait rien non plus sous le paillasson, ce qui signifiait que ma mère avait dû sortir et évidemment, elle n’avait pas laissé la porte ouverte…

Je n’avais plus qu’une seule solution : sonner et affronter mon père…Mais je pouvais le faire ! Après tout, je n’étais pas si en retard que ça et il ne savait pas que je sortais à seize-heures, peut-être qu’une petite histoire comme une panne de métro suffirait à le calmer…

Tremblante cependant, j’approchai le doigt de la sonnette, me préparant au pire et quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit, me laissant voir le visage rouge de colère de mon père qui m’attendait, les bras croisés sur le torse. Il faisait vraiment peur quand il s’énervait, c’était presque comme si je pouvais voir de la fumée sortir de ses narines et son crâne surchauffer…

« C’est à cette heure-là que tu arrives Angéla ?! Me cria-t-il en guise de bienvenue.

-C’est bon papa, je n’ai que dix minutes de retard, protestai-je.

-Dix minutes ! C’est comme ça tous les soirs maintenant ! Dix minutes par-ci, quinze minutes par-là, tu peux comprendre que j’en ai assez maintenant ! Rétorqua mon père, toujours en me hurlant dessus.

-C’est faux, d’habitude je sors à 18 heures ! Comment veux-tu que je sois ici en même pas une demi-heure !

-Ne traine pas après la sortie des cours et rentre tout de suite et là, tu pourras être à l’heure, l’école n’est qu’à vingt minutes d’ici ! Et puis, aujourd’hui, tu n’as aucune excuse, tu sortais à seize heures ! »

Zut, j’ignorais comment, mais il savait, j’allais devoir lui dire la vérité…

« J’étais chez une amie si tu veux savoir ! Mais ça ne te regarde pas !

-Bien sûr que si, ça me regarde. Je m’inquiète pour toi Angéla…tes résultats ont fortement baissés ce trimestre et…

-Et alors ? C’est ma vie, je la vis comme je l’entends ! Répliquai-je, commençant à bouiller intérieurement moi aussi à force d’entendre ses reproches.

-Et alors ? Eh bien, ne compte pas sur nous pour venir t’aider plus tard, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même ! Tu ferais mieux d’étudier au lieu de t’amuser !

-Si tu veux savoir, j’étais chez June, cette fille que tu admires tellement depuis deux ans, mais j’imagine que tu t’en fiches aussi. »

Je ne laissai pas à mon père le temps de répondre et je filai dans ma chambre sans rien ajouter de plus. Tandis que je montai les marches, je l’entendais s’égosiller derrière moi mais je ne me retournai pas. Je savais exactement ce qu’il allait me dire et je ne voulais pas l’entendre.

Je m’enfermai dans ma chambre à double tour et je me jetai sur mon lit. J’enviais vraiment June. Elle avait tout ce dont j’aurais rêvé : des parents drôles et ouverts, de bonnes notes en classe, du talent avec son Spiritual…Alors que moi, mon père ne rigolait presque jamais tant il était absorbé par son travail, j’étais dans les dernières de classe et même si je rêvais d’intégrer les rangs d’Ether, je n’avais jamais réussi à matérialiser mon Spiritual et l’adversaire le plus puissant que j’avais affronté était Aymeric, mon ex, certainement le pire invocateur de cette planète.

Je reçus au même moment un message de la part d’Ambre pour me rappeler le devoir de Calvere, m’envoyant en pièce jointe ses propres réponses aux questions et je souris malgré moi. Au moins, j’avais de la chance d’avoir Ambre et Maya…

Sur cette pensée, je me mis au travail puisque je n’avais pas le choix. Si Ambre m’envoyait ses notes, c’était qu’elle sentait que je n’allais pas m’en tirer avec seulement les rires des autres et un zéro pointé.

Ne pas avoir lu les livres était tout de même assez problématique, mais, comme Calvere posait toujours le même genre de question, je savais à peu près comment répondre tout en lisant quelques résumés trouvés sur internet.

Une heure…deux heures…je continuais d’écrire encore et toujours. J’avais même sauté le repas, me contentant de quelques gâteaux trainant dans ma chambre. Chapy aurait été content de moi pour une fois, lui qui voulait que l’on travaille trois heures par soir.

Vers vingt-trois heures, je posai enfin mon stylo et je m’affalai sur ma chaise. J’avais mal aux doigts à force d’écrire et mes yeux me piquaient mais j’étais plutôt fière de moi et j’espérais que Calvere le serait aussi.

Je dus m’endormir juste après avoir terminé car le lendemain, je me réveillai sur mon bureau encore en désordre et habillée.

Je m’étirai et baillai un bon coup avant de rassembler tout cela dans mon sac. Il était sept heures et demi. J’avais encore largement le temps avant de partir pour l’école.

Pour une fois, je pris le temps de bien regarder si toutes mes affaires étaient en ordre, si j’avais bien mes clefs et j’eus même le temps de prendre mon petit déjeuner et d’arriver avec dix minutes d’avance en cours.

Maya et Ambre n’en revenaient pas. Lorsqu’elles arrivèrent à leur tour et me virent déjà assise à ma place, les affaires sorties, prête à me mettre au travail. J’éclatai de rire devant leurs yeux exorbités et le bond en arrière que fit Maya en entrant dans la classe.

« Pincez-moi, je rêve, murmura cette dernière en se frottant les yeux.

-Angéla, tu es sûre que tout va bien ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette, me dit Ambre, inquiète. »

Je m’apprêtai à leur répondre en feignant l’incompréhension mais je vis au même moment June pénétrer à son tour dans la salle de classe et s’installer à sa place, au premier rang, là où personne ne voulait aller à part les malchanceux comme elle.

« Excusez-moi une minute les filles, je reviens, déclarai-je en me levant. »

Mes amies se regardèrent, pensant vraiment que je devais couver quelque chose pour les envoyer balader de la sorte mais je n’y prêtai pas attention et je rejoignis June que je saluai avec entrain.

« Salut June, comment ça va aujourd’hui ? Lançai-je joyeusement.

-Pour tout te dire, ça pourrait aller mieux, me répondit-elle, gênée. Après ton départ, mon père m’a bassinée avec ses histoires toute la soirée…

-Pour me faire pardonner, qu’est-ce que tu dirais de venir te joindre à nous pour le cours d’allemand ? Les parties commencent à devenir monotones à force ! »

June se retourna vers Ambre et Maya qui étaient toujours au dernier rang, se demandant visiblement ce que je fabriquais avec June à qui je n’adressais jamais la parole en temps normal et cela eut l’air de contrarier ma nouvelle amie.

« Je ne voudrais pas vous déranger et puis, je ne suis pas très forte pour…

-Parfait, tu remplaceras ce boulet d’Aymeric ! L’interrompis-je »

Je pris son sac et ses affaires que j’amenai au fond de la classe, à côté de moi, en accolant une table à la mienne pour pouvoir être quatre sur le même rang. June soupira mais vint cependant me rejoindre et s’assit à côté de moi.

« Angéla, après avoir corrompu la deuxième de la classe, tu t’attaques à la première ? Tu es vraiment maléfique ! S’exclama Maya, l’air affolée.

-J’étais première aussi à l’époque ! Rétorqua Ambre en gonflant les joues. »

Elle n’aimait vraiment pas qu’on lui rappelle qu’elle avait perdu la première place et Maya s’amusait sans arrêt à remettre ça sur le tapis mais les réactions d’Ambre étaient si amusantes que je ne pouvais pas m’empêcher de rire à chaque fois.

Le professeur, monsieur Beauchardassaut, entra dans la classe quelques minutes plus tard et la réaction commença. Même si en théorie il devait nous faire cours d’Allemand, personne n’écoutait les rares moments où il suivait vraiment le programme, racontant sa vie le plus souvent, ses conquêtes amoureuses, des blagues plus ou moins drôles qu’il recyclait chaque année et de temps en temps, une vraie anecdote sur l’Allemagne.

Nous avions pris l’habitude depuis le temps de n’écouter que d’une oreille ses cours, prenant des notes d’un côté d’une feuille et faisant des bacs de l’autre côté. Cette fois-ci, le thème des Spirituals était tombé.

En général, Ambre nous battait largement grâce à ses nombreuses connaissances dans à peu près tous les domaines, mais cette fois ci, nous étions sur mon terrain et celui de June, ce qui nous donnait un énorme avantage.

Nous décidâmes de compter les points au bout d’une dizaine de lettres. Maya, comme d’habitude n’en avait presque aucun. Moi j’avais la moitié du maximum quand à Ambre…même pas un tiers de points alors que June les avaient presque tous. Nous la regardâmes avec admiration, sauf la deuxième de la classe qui boudait, vexée d’avoir été battue si facilement et surtout, d’avoir été battue encore une fois par June.

« C’est impossible ! Je demande une revanche, dit-elle peut être un peu trop fort à mon goût… »

Au même moment, Beauchardassaut sortit sa phrase préférée :

« Ach ! Du felst mir auf dem vecher !

-Désolée monsieur…commença Ambre devenue rouge de honte avant de comprendre qu’il ne lui parlait pas à elle mais à Julie qui était tombée de sa chaise en se balançant, entrainant avec elle toutes les affaires de sa voisine de derrière. »

La sonnerie retentit juste après et il ne se passa rien en fait puisque tout le monde était déjà en train de se balader dans la classe.

Suivait l’heure d’un cours soporifique avec monsieur Barrat-Soda, professeur d’économie. Pour être franche, je me fichais complètement de ce qu’il racontait, de toute façon je ne comptais pas prendre économie en première et ils ne voulaient certainement pas de moi non plus.

Comme nous nous l’étions promis, June déjeuna avec nous ce jour-là et elle en profita pour faire plus ample connaissance avec Maya et Ambre. Heureusement, le courant passa immédiatement entre elles et nous discutâmes comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Il fallait dire que June possédait autant de connaissances qu’Ambre qui trouvait enfin quelqu’un avec qui parler de cours, et en même temps le même humour douteux que Maya quand il s’agissait de lancer des piques.

Pour la première fois depuis longtemps, nous ne vîmes pas le temps passer et nous restâmes pendant toute la pause déjeuner à la cantine à parler de choses et d’autres si bien que nous faillîmes arriver en retard au cours que je redoutais tant, le cours de français.

Lorsque Calvere arriva, il posa comme d’habitude sa veste noire sur le bureau et prit place sur sa chaise comme dans un fauteuil avant de croiser les bras tout en me regardant, attendant visiblement que je reprenne le piètre exposé que j’avais commencé la veille.

Cependant, cette fois-ci, je ne me laissai pas déconcerter et je me mis à lire ma nouvelle réponse à la question.

Un grand silence régna alors sur la classe et tout le monde écouta ce que je disais, consterné que j’aie vraiment fait mon travail pour une fois…ou alors pensant que je l’avais volé à Ambre encore une fois…

A la fin de ma présentation qui dura bien dix minutes sans interruption, Calvere fronça les sourcils. Une goutte de sueur perla de mon front. C’était mauvais signe. Cependant, il n’ajouta rien et il prit son carnet de notes pour noter quelque chose avant de déclarer :

« Oui…c’est bien Angéla ce que vous m’avez fait là. Vous voyez que lorsque vous vous y mettez, vous êtes capable de faire de bonnes choses. Les autres, avez-vous quelque chose à ajouter ?

-Moi j’aurais quelque chose à ajouter, dit Ambre qui refusait d’être battue sur son propre terrain. »

Je ne l’écoutais pas vraiment, après tout, c’était elle qui m’avait envoyé ses notes, je les connaissais déjà. Du côté de Maya, elle n’en revenait toujours pas que j’aie fait ça toute seule et me regardait bizarrement, comme si j’avais un énorme bouton sur le front ou autre…

La journée se termina sans encombre majeure, mis à part Maya qui continuait à garder ses distances avec moi, pensant certainement que je devais couver quelque chose pour agir de la sorte.

Mais, alors que nous allions nous séparer au métro comme nous le faisions chaque jour, June prit la parole.

« Ambre, Maya, j’ai cru comprendre que vous n’aviez aucun Spiritual, je me trompe ?

-Je ne suis jamais plongée dans ces histoires pour être franche, lui répondit Maya en haussant les épaules.

-Pareil pour moi, j’ai un emploi du temps assez chargé en plus, ajouta Ambre, l’air désolée. Mais pourquoi cette question tout à coup ?

-Je me disais juste que ça serait plus sympa si vous étiez Summoner vous aussi. On pourrait s’inscrire en tant que team comme ça. »

Mes deux amies se concertèrent quelques instants avant de répondre :

« Pourquoi pas, j’ai du temps à tuer et Ambre a toujours voulu essayer. »

J’écarquillai les yeux. En presque dix ans, jamais je n’avais réussi à les convaincre de ne serait-ce toucher mon amulette et June venait en dix secondes de le faire…En plus, elle était bien meilleure combattante que moi. Si nous devions nous affronter pour une démonstration ou autre, Ambre et Maya n’allaient pas manquer l’occasion…

Le soir à mon bureau, je restai plusieurs heures, le regard dans le vague, à faire tourner le bracelet en forme de chouette que je portais au poignet. Il paraissait que plus le Spiritual contenu dans un Artefact était puissant et plus il était difficile à maitriser. J’ignorais si j’étais simplement très mauvaise ou si Athéna était la vraie déesse de la guerre mais dans tous les cas, je ne comptais pas en rester là. Il fallait que je prouve à tout le monde mon talent en tant qu’invocatrice pour qu’enfin, on me laisse tranquille avec mes notes. Je devais leur montrer que les résultats scolaires n’étaient pas tout dans la vie.

Ma décision était prise. C’était peut-être stupide, dangereux et insensé, mais il fallait que je le fasse.

C’est ainsi qu’une semaine plus tard, je mis mon plan suicidaire en marche. J’allais me faire passer pour quelqu’un d’autre…et combattre à sa place.




Angéla : Une Erreur fatale



Spoiler :


Une semaine avait passé. June s’était incroyablement bien intégrée dans notre groupe et plus personne ne s’étonnait de la voir trainer avec nous. Ces quelques jours en sa compagnies furent peut-être les plus heureux de ma vie. La jeune fille était exactement ce qu’il nous manquait depuis le départ d’Aymeric après notre rupture. Mieux, elle donnait un nouveau souffle à toutes nos activités et son dynamisme me poussait même à travailler en sa compagnie certains soirs.

Cependant, ce jour-là, quelque chose d’autre me préoccupait. En effet, un match du tournoi d’invocateur devait avoir lieu à la pause de midi et je ne comptais pas le laisser me filer entre les doigts.

« Tu vas quelque part ? Me demanda Ambre, intriguée en me voyant me lever de table avant elles.

-Oui, j’ai quelque chose…d’important à faire, répondis-je, détournant le regard.

-Plus important que regarder un match ? Tu dois vraiment avoir envie d’y aller, rétorqua Maya, l’œil pétillant.

-Mais arrête tes bêtises, j’ai le droit d’avoir des choses à faire ? Répliquai-je en rougissant.

-En tout cas, on te gardera une place de choix, mais ne traine pas trop, les gens n’ont rien d’autre à faire que de venir voir donc ça sera difficile à la longue…Fit remarquer June en regardant déjà dans la cour la foule rassemblée.

-Ne vous faîtes pas de soucis, je reviens très vite ! »

Sur ces mots, je filai ranger mon plateau et je remontai mais je ne pris pas la direction de ma classe mais celle du bâtiment d’en face.

Au bout de cinq minutes de recherche, je trouvai enfin ma cible et je me cachai derrière un pilier. Aymeric était en train de parler à d’autres garçons que je ne connaissais pas. Il semblait confiant en sa victoire alors que cet idiot savait à peine activer les pouvoirs de son Spiritual. Et dire que je l’avais un jour aimé…J’avais été vraiment stupide de lui faire confiance. Mais pour le coup, j’allais avoir besoin de son aide.

J’attendis encore quelques minutes avant que ce dernier ne se décide enfin à descendre et c’est là que j’intervins.

Rapide comme l’éclair, je lui assénai un bon coup dans la nuque alors qu’il était seul et cet imbécile s’évanouit aussitôt. Ce n’était qu’une maigre compensation pour ce qu’il avait fait mais ce n’était pas le moment de penser à ça…

Je lui retirai son uniforme avant de l’enfermer dans un placard à balais, attaché et bâillonné au cas où il se réveillerait puis je me changeai rapidement aux toilettes, m’attachant soigneusement les cheveux et mettant un large chapeau pour les dissimuler. Heureusement que les uniformes des garçons étaient vraiment larges, l’illusion n’en était que plus parfaite.

Je me regardai dans la glace et je fus plutôt satisfaite de moi. Ainsi, ces intellos allaient voir qui était la meilleure élève dans cette école.

Je me rendis ensuite sur le terrain du gymnase où mon adversaire m’attendait déjà et ce n’était personne d’autre que notre professeur d’histoire, Lareine. Il était vraiment invocateur, lui ?

J’eus un moment d’hésitation. Et s’il me reconnaissait ? Ou pire, et si je perdais lamentablement face à lui ?

Je chassai ces pensées négatives de ma tête. Tout allait bien se passer, il n’y avait aucune faille. Seules Ambre et Maya étaient susceptibles de me reconnaitre et je savais qu’elles ne diraient rien.

Je les cherchai d’ailleurs du regard tout en m’avançant vers mon adversaire et je finis par les apercevoir. Lorsque nous regards se croisèrent, Ambre devint livide et Maya se prit la tête dans les bras en soupirant. Je me contentai de leur lancer un sourire assuré en guise de réponse puis je pris place face à Lareine.

C’était la première fois que je disputais un combat en public, et pour tout dire, j’avais un peu le trac. D’habitude, je n’affrontais que des idiots en sachant pertinemment que j’allais gagner sans aucune difficulté, mais cette fois-ci, c’était différent. Non seulement je ne connaissais rien de mon adversaire mais en plus si je perdais, j’allais en entendre parler pendant des années…

Je serrai le poing. Non, j’allais gagner, j’avais confiance en mes capacités. Ce n’était que la première étape avant de devenir la meilleure.

Je relevai la tête fièrement et je lançai à Lareine d’une voix grave :

« Aymeric ne pourra pas disputer ce duel, il a eu un imprévu et par conséquent, je vais le remplacer !

-Tu n’es pas un de mes élèves il me semble, me répondit Lareine, un peu déconcerté.

J’hésitai une seconde, cherchant une bonne couverture.

-En effet, mon nom est…Angelo ! »

Au loin, je vis Maya pouffer et Ambre détourner le regard, gênée tandis que June me sourit, visiblement curieuse de savoir comment les choses allaient tourner.

-Et bien Angelo, ne perdons pas plus de temps et commençons ! Déclara Lareine en activant les pouvoirs de son amulette. »

Je fis de même tout en essayant de ralentir les battements de mon cœur et arrêter le tremblement de mes mains. J’allais leur montrer à tous !

J’activai à mon tour les pouvoirs de mon bracelet et, enveloppée d’une douce lumière dorée, je me jetai tête baissée vers lui. Le professeur ne bougea pas et se contenta de me regarder en souriant.

Ce type était idiot ou quoi ? S’il prenait l’attaque de plein fouet, il allait se faire éjecter d’un seul coup. Pensant simplement qu’il ne savait pas comment réagir, j’accélérai et, lorsque je ne fus qu’à quelques centimètres de lui, je tentai de lui asséner un violent coup de pied dans les côtes.

Néanmoins, alors que ma chaussure allait percuter sa chemise, je me heurtai à une partie solide de son habit, comme une sorte de barre métallique. L’onde de choc se propagea dans mon corps comme dans une cloche et je reculai, chancelante.

A ce moment-là, en voyant son costume luisant comme du métal au soleil, je compris la nature de ses pouvoirs. Il pouvait changer son corps et ce qu’il touchait en véritable mur de fer. Il était d’un niveau clairement différent des gamins que j’avais affrontés jusqu’à maintenant. Cependant, mon pouvoir, avant d’être utile pour l’attaque, était hautement défensif. Je n’avais donc rien à craindre d’une potentielle riposte pour le moment.

Ainsi, j’érigeais tout autour de moi une sphère de lumière protectrice afin de gagner un peu de temps et d’analyser ses mouvements. Mais, à ce moment-là, Lareine se mit à courir dans ma direction, droit sur le bouclier, tel un rugbyman tentant une percée.

Même si je me trouvais à l’intérieur d’un cocon protecteur, je n’étais sereine…Et mon intuition ne me trompa pas. L’homme brisa mon bouclier comme une vitre fragile et passa au travers, sous mes yeux ébahis.

L’impact créa une onde de choc si violente que je dus m’accrocher au sol pour ne pas être emportée. Cependant, le professeur n’attendit pas sagement que la bourrasque se dissipe et m’envoya valser hors du terrain de combat.

Mes pouvoirs se dissipèrent en une fraction de seconde et je m’écroulai au sol. Pourquoi ? Pourquoi avais-je perdu aussi lamentablement ? J’avais toujours gagné tous mes combats en claquant des doigts…alors pourquoi devais-je perdre maintenant ? Maya et Ambre ne semblaient pas en revenir non plus.

Lareine s’avança vers moi, souriant et me tendis une main chaleureuse.

« Je suis désolé d’y avoir été aussi fort mais j’avais une si belle main, j’espérais que tu aurais une réponse. J’espère que tu ne m’en veux pas. »

Je ne voulais pas de sa pitié. J’avais perdu comme une débutante, c’était tout, il n’y avait rien de plus à dire, alors pourquoi venait-il remuer le couteau dans la plaie ?

Au même moment, tous les regards se tournèrent dans une même direction et en relevant la tête, mon sang se glaça et mon cœur rata un bêtement. Aymeric avait réussi à se libérer et était visiblement furieux.

Je tentai de m’éclipser avant qu’il ne me voie mais la foule était tellement dense que je ne pus même pas faire trois mètres.

« Toi…tu vas me le payer ! »

Aymeric s’élança vers moi, prêt à me frapper mais je réussis à esquiver son coup en me jetant sur le côté.

Un grand silence régna dans la cour. Mon élastique venait de sauter et mon chapeau s’était envolé. Je n’osais même plus relever la tête, je n’osais même plus bouger, je n’osais même plus respirer. Le pire s’était produit…non, même moi je n’avais pas envisagé un tel scénario : me faire humilier et découvrir…

« Alors c’était toi Angéla ! Rugit Aymeric. Tu es encore à me pourrir la vie mais comme toujours tu récoltes ce que tu as semé ! »

Je ne pouvais même pas lui répondre puisqu’il avait raison sur toute la ligne.

« Angéla…je ne comprends pas…pourquoi avoir fait ça ? Me demanda Lareine, perdu. »

Malgré la situation, je souris faiblement.

« Je ne sais même plus pourquoi…Murmurai-je. »

Ambre, Maya et June tentèrent de me rejoindre mais le surveillant général arriva en premier et me traina de force chez le directeur. Je n’opposai aucune résistance. De toute façon, c’était inutile. J’étais préparée aux conséquences de mon plan, mais même en sachant ce qui allait m’arriver, j’espérais au plus profond de moi que le seul résultat serait d’initier mes amies à ce jeu que j’aimais tant…

Mon père arriva dix minutes plus tard mais passa devant moi sans même me regarder et entra directement dans le bureau de Chapy.

J’attendis que l’entretien se termine, regardant fixement le mur blanc en face de moi, sachant très bien ce qui allait se passer mais je ne voulais pas y penser.

Finalement, après une demi-heure qui me sembla être l’éternité, mon père ressortit avec le directeur, un énorme dossier à la main, mon dossier qui grossissait chaque année mais qui venait d’atteindre sa taille maximale.

Sans me dire un mot, il sortit du pavillon de direction et je le suivis. Ambre, Maya et June m’attendaient à l’extérieur, terrifiées, mais je n’osai pas les regarder et je passai simplement à côté d’elles.

Le chemin du retour me parut interminable. Je marchai dans la rue, la tête basse, tandis que mon père m’ignorait. Il aurait pu être en colère, me frapper, m’insulter, mais il se contentait de faire comme s’il était seul, ce qui était pire que tout.

Lorsque nous fûmes enfin arrivés, mon père jeta le dossier sur la table du salon et, sans se retourner, il m’adressa la parole pour la première fois de la journée mais sa voix était glaciale, dénuée de toute empathie ou de pitié pour moi.

« Angéla, prépare tes affaires. J’en ai plus qu’assez de me démener pour toi pour n’avoir aucun résultat. Mais j’imagine que je suis le problème dans cette histoire. C’est pourquoi, à la fin de la semaine, tu partiras en pension dans le sud. »

Je me contentai d’acquiescer. Mon père m’avait menacée plus d’une fois, je m’étais préparée à ça depuis longtemps.

Je remontai dans ma chambre d’un pas lourd et je m’effondrai sur mon lit puis me mis à pleurer.

J’avais beau dire que les cours m’ennuyaient, j’aimais mon lycée, j’aimais passer du temps avec Ambre et Maya à rire et passer du bon temps, j’aimais faire rire la classe lorsque les professeurs m’interrogeaient, j’aimais parler avec June, j’aimais cette vie si paisible et si heureuse…

Pourquoi m’étais-je sentie obligée de prouver quoique ce soit à mes amies ? Pourquoi avais-je pris un risque aussi stupide simplement pour leur montrer que j’étais la meilleure ? Pourquoi avais-je du me sentir au-dessus de tout le monde ?

J’étais en colère contre moi-même mais je ne pouvais rien faire à part pleurer et regretter ma bêtise et mon inconscience qui m’avaient finalement détruite.

Mon portable vibra et je reçus un message d’Ambre mais je ne regardai pas son contenu. Je n’avais pas le cœur de leur dire la vérité qu’elles découvriraient bien assez tôt en remarquant la place vide à côté d’elles.

Je me revoyais encore une semaine avant, annonçant à Maya et Ambre que June nous rejoignait. Je repensais à un passé bien plus lointain, au jour où j’avais rencontré Ambre en maternelle.

Elle était nouvelle et moi aussi, nous ne connaissions personne et elle s’était installée à côté de moi puis nous étions rapidement devenues amies et inséparables. C’était ce jour-là, sous ce cerisier en fleurs que nous nous étions fait la promesse de rester ensemble pour toujours…une promesse que je venais de briser…

Il y avait Maya aussi. Notre rencontre avait été plus mouvementée puisque je l’avais défiée à un jeu stupide et je l’avais battue. Depuis ce jour, nous trainions ensemble.

Alors pourquoi…nos routes devaient-elles se séparer de la sorte, sans même avoir pu leur dire adieu ?

Ma mère frappa à la porte de ma chambre mais je fis semblant de m’être endormie. Je savais bien qu’elle était venue me réconforter, mais je n’avais pas envie de voir qui que ce soit. Même si ma mère avait toujours réussi à me remonter le moral par le passé, elle ne pouvait rien y faire cette fois-ci. Après tout, c’était elle qui m’avait appris à vivre ma vie de telle sorte à ce que je sois heureuse, je ne voulais pas finir par regretter tout ce que j’avais fait jusque-là grâce à elle…

Après deux heures à pleurer sans discontinuité, je finis par m’endormir, vidée de mes forces tout en sachant pertinemment qu’à mon réveil, rien ne serait plus pareil…mais je n’imaginais pas un tel bouleversement.

Oui, c’est le lendemain que ma vie changea du tout au tout…


Angéla : Adieux



Spoiler :


En me réveillant le lendemain, je fus immédiatement saisie par un affreux mal de crâne. Tout mon corps était tout endolori, j’avais des courbatures partout mais malgré cela, je me mis tout de même debout. Après tout, ce jour-là allait être le dernier où je pourrais voir mon lycée avant de partir très loin.

Allais-je revoir Ambre, Maya et June ? Ou bien leurs parents leur avaient-ils dit de ne plus me fréquenter et de couper les ponts ?

Je m’habillai sans énergie et je sortis de chez moi sans prendre de petit déjeuner ni croiser mon père. L’atmosphère dans la ville était pesante. Même s’il était encore très tôt, il y avait un nombre anormalement peu élevé de passant dans les rues et je ressentais un véritable malaise à chacun de mes pas, comme si quelqu’un me disait…non, me hurlait de faire demi-tour.

J’arrivai finalement devant la grille du lycée après une trajet particulièrement long et j’eus un moment d’hésitation. A quoi bon aller chercher des affaires qui ne me serviraient plus à rien ?

N’ayant rien de mieux à faire, je finis par entrer. Personne ne me contrôla mais cela ne me surprit pas sur le moment, j’étais même plutôt soulagée de ne pas avoir à expliquer le pourquoi du comment à l’accueil.

Je traversai la grande cour qui m’étais d’ordinaire si familière mais qui, aujourd’hui, me semblait n’être qu’un lointain souvenir d’une autre époque.

Je montai les escaliers du bâtiment principal comme je le faisais chaque jour puis j’arrivai dans le long couloir que je franchissais en courant pour ne pas être en retard en temps normal. Ce dernier était désert et je remarquai alors que je n’avais toujours croisé personne depuis mon arrivée.

Etrangement, les lumières des salles de classe étaient allumées alors que celles-ci étaient vides et de nombreux sac et affaires trainaient un peu partout, comme si tout le monde avait dû quitter l’endroit précipitamment.

Mais cela ne me concernait plus. Quoiqu’il ait pu se passer, je n’étais plus élève de ce lycée. Je n’avais pas à me préoccuper de leurs activités.

Je finis par arriver dans mon ancienne salle de classe et pendant une seconde, j’eus l’illusion d’entendre Calvere me faire une remarque sur l’heure de mon arrivée tandis que tous les élèves se moquaient de moi, une illusion qui disparut presque aussitôt pour ne laisser qu’une salle vide et désordonnée.

Lentement, je repris mes cahiers, mes classeurs et mes livres qui prenaient la poussière dans mon casier depuis le début de l’année et je m’apprêtai à quitter cet endroit pour toujours lorsque j’entendis des bruits de pas dans le couloir.

A en juger par la cadence et par le bruit des chaussures, je devinais qu’il y avait trois personnes mais je ne me retournai pas. Il était facile de deviner de qui il s’agissait et j’avais bien trop honte pour leur faire face à présent.

Lorsque les pas s’arrêtèrent, il y eut un instant de silence que je brisai en m’adressant au groupe en continuant à fixer mon casier vide.

« Tu as encore piraté mon GPS Maya, c’est ça ? Lançai-je d’une voix où se mêlaient ironie et mélancolie.

-Tu croyais vraiment que j’allais te laisser filer sans dire au revoir ? Si oui tu te mettais le doigt dans l’œil ma pauvre Angie, me rétorqua cette dernière avec son habituelle sarcasme.

-Maya, nous ne sommes pas venues pour ça ! La reprit Ambre. »

Je souris malgré moi.

« On ne vous changera jamais vous deux…Et June, j’imagine que tu es là toi aussi ? »

La blonde ne me répondit rien mais j’entendis des pas se rapprocher de moi et je sentis soudain une main se poser sur mon épaule.

« Angéla, je suis désolée, nous n’avons pas réussi…commença-t-elle avant que je ne l’interrompe.

-Vous n’y êtes pour rien, je savais ce que je risquais en faisant ça…Mais il faut croire que je suis trop stupide et bornée pour me soucier des conséquences… »

Je finis par tourner la tête et je vis les visages de mes amies qui semblaient sincèrement inquiète pour moi et toute la tristesse du monde se lisaient dans leurs yeux. Je tentais de leur sourire pour les rassurer mais je ne réussis à faire qu’une grimace.

« Ne te force pas Angéla, tu as le droit d’être triste mais nous sommes là si tu as besoin de nous, me dit June d’une voix tendre et réconfortante.

-June à raison Angéla, même si nous sommes séparées, cela ne nous empêchera pas de rester amies, ajouta Ambre.

-Et puis, comme je te pirate, on pourra rester en contact, que tu le veuilles ou non ! Renchérit Maya, l’œil brillant. »

Je ne pus me retenir plus longtemps et j’éclatai en sanglot dans les bras de June. Nous avions toujours été ensembles depuis la maternelle, Ambre, Maya et moi. Nous partagions tout…nos joies…nos peines et nos souffrances…si l’une était triste, les autres lui remontaient le moral…mais aujourd’hui, je sentais bien que tout cela avait changé et allait prendre fin. Nous ne pouvions rien faire face à une situation qui nous dépassait largement…

« Les amies…je suis désolée, tout est de ma faute…c’est à cause de moi tout ce qui se passe maintenant, je suis sûre que vous vous porteriez bien mieux si vous ne m’aviez jamais rencontrée, sanglotai-je.

-Mais qu’est-ce que tu racontes Angéla ? C’est toi qui m’as appris ce qu’était qu’une vraie amie, et je ne l’oublierai jamais ! Répliqua June en essuyant mes larmes.

-Dis, tu te souviens de ce jour avec ce cerisier en fleurs, nous nous sommes fait une promesse Angéla, tu n’as pas la capacité de la briser simplement en claquant des doigts, ajouta Ambre, les larmes aux yeux elle aussi.

-Ca me pèse de le dire mais…je crois que sans toi, je n’aurais aucune amie aujourd’hui. C’est toi qui es venue me trouver il y a longtemps alors que j’étais seule dans mon coin et contente de l’être, m’avoua Maya en détournant le regard, gênée.

-Les amies…je ne sais vraiment pas quoi dire…Balbutiai-je.

-Alors ne dit rien, me répondit June d’une voix douce. »

Je ne pus m’empêcher d’esquisser un léger sourire qu’elles ne manquèrent pas de remarquer.

« On restera amie Angéla, que tu sois dans la même école que nous n’y changera rien, continua-t-elle. Tu pourrais partir en Russie, nous trouverions un moyen de te contacter.

-Vous êtes vraiment stupides toutes les trois, déclarai-je en essuyant les dernières larmes, mais vous avez raison, je ne dois pas me laisser abattre, notre amitié n’est pas simplement liée à ce lycée bidon !

-On te reconnaît enfin, me dit Ambre.

-Tiens, notre Angie habituelle fait son retour ? Ce n’est pas trop tôt, je commençais à en avoir marre des pleurnicheries moi ! Lança Maya »

Nous éclatâmes de rire en cœur. Mes amies savaient toujours exactement quoi dire pour me remonter le moral. Je n’avais aucun souci à me faire, même si nous allions être séparées, rien ne nous empêchait de garder contact et de nous revoir régulièrement.

« Et encore une chose, me dit Ambre, puisque tu insistais tant, on a demandé à June de nous apprendre les bases pour devenir Summoner. Tu avais raison, c’est bien plus excitant de maitriser des pouvoirs que de voir ceux des autres.

-Je vous l’avais bien dit, répondis-je avec un sourire franc. »

Nous restâmes encore un peu dans la classe à parler du passé avant de nous diriger vers la sortie. L’heure de nous séparer approchait à grand pas mais j’essayais de garder le sourire pour ne pas plomber l’ambiance à nouveau.

Lorsque nous atteignîmes les grilles, je m’arrêtai et me retournai pour faire face à Ambre, Maya et June.

Un vent frais soufflait dans la cour. Le ciel était dégagé et le soleil brillait haut dans le ciel, illuminant mes amies de ses rayons dorés.

« Bien, je crois que c’est la fin pour moi, déclarai-je tout en gardant le sourire. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, j’ai vraiment été heureuse à vos côtés toutes ces années et cette dernière semaine.

-Qu’est-ce que c’est que ce discours d’adieu ? On dirait que tu pars à la guerre, rétorqua Maya.

-Disons que tu pars pour de très longues vacances et qu’on se revoit après, hein ? Me dit Ambre qui essayait de se rassurer elle-même par la même occasion.

-La prochaine fois qu’on se verra, on s’affrontera si tu veux et je t’emmènerai à un véritable tournoi avec mes parents, ajouta June.

-J’attends tout cela avec impatience ! »

Je les serrai ensuite une à une dans mes bras. Je pus voir qu’elles étaient tristes malgré leur visage souriant, et moi aussi je l’étais…mais s’apitoyer sur mon sort n’arrangerait rien, autant garder le sourire.

Mais, alors que nous allions nous séparer, j’entendis quelqu’un applaudir juste derrière June.

« C’est vraiment très touchant mesdemoiselles. »

Nous nous retournâmes toutes dans la direction d’où venait ce bruit et je vis un grand homme chauve au crâne lisse et reflétant la lumière du soleil, portant un costume noir qui n’était autre que notre directeur…ou du moins mon ancien directeur. Cependant, même si je n’avais pas l’habitude de le voir sourire, ce dernier me mit mal à l’aise pour une autre raison.

Il n’était pas seul, à ses côtés se tenait le surveillant général, un petit homme courbé au crâne dégarni, avec seulement deux touffes de cheveux sur les côtés et au regard mauvais.

« Dé…Désolée monsieur, j’allais partir, je ne causerai pas plus d’ennuis, bégayai-je en m’éclipsant.

-Ne soyez pas si pressée Angéla, que diriez-vous de rester ici un peu plus longtemps ? Proposa-t-il d’une voix mielleuse. »

Sans me laisser le temps de protester, ce-dernier sortit une amulette de sa poche et des dizaines d’hommes portant des capes noires cachant leur visage nous encerclèrent. Par réflexe, nous nous regroupâmes en nous mettant sur nos gardes mais je voyais bien que, pour une raison qui m’échappait, nous venions d’avoir été prises au piège.

« Qu’est-ce que cela signifie ? Expliquez-vous ! Lui ordonna June, prête à riposter.

-Je n’ai pas d’explications à vous donner June. De toute façon, là où vous irez, vous n’en aurez plus besoin. »

Le directeur claqua des doigts et nos assaillants sortirent à leur tour des artefact d’Izrath. Tous furent entourés d’une énergie sombre. Certains réussirent même à matérialiser leurs Spiritual dans le monde réel.

Je me mordis la lèvre. Tout cela ne sentait pas bon. J’ignorais quel était le réel niveau de June mais je doutais fortement qu’elle ait été en mesure d’affronter autant de ces monstres en même temps.

La horde de créatures se jeta sur nous sans autre sommation et Ambre poussa un cri de frayeur. Je n’avais pas le temps de réfléchir au pourquoi du comment il nous attaquait, il fallait que j’agisse sur le champ sans quoi nous allions nous faire tuer d’un seul coup.

Je sortis à mon tour mon artefact, parée à la contre-attaque mais June fut plus rapide que moi. La bague blanche qu’elle avait au doigt se mit à scintiller et un Dragon fantomatique surgit devant nous. Le reptile n’était pas très grand ni très impressionnant, il devait faire trois mètres de long tout au plus, mais son apparence était vraiment terrifiante. Son corps était translucide et une épaisse brume l’entourait, exactement comme s’il s’agissait d’un fantôme. Seuls ses yeux rougeoyants semblaient indiquer que la créature était bien réelle.

Le monstre d’écaille trancha d’un coup de griffe une sorte de zombie hideux qui disparut dans un torrent de lumière avant de cracher un torrent de flammes blanches qui fit reculer tous nos ennemis.

« Pathétique, grogna la première de la classe. Mon Spiritual a baigné dans les rayons mortels du Purple Requiem il a longtemps. Alors, venez, je vous attends ! »

Le directeur grimaça en voyant que nous lui opposions de la résistance mais ne se laissa pas démonter et ordonna une nouvelle attaque.

Cette fois-ci, ce fut à mon tour de riposter. La chouette incrustée dans mon bracelet rayonna à son tour et un éclair doré fusa de mon poignet pour transpercer un guerrier féroce qui s’apprêtait déjà à me planter sa lame dans le cœur.

« Ambre, Maya, à vous ! Cria June.

-O…Oui ! Bégaya Ambre. Viens à moi, Kusanagi !

-Vous allez voir de quel bois je me chauffe moi bande d’abrutis ! Cracha Maya. Tranche tout, Durandal ! »

Mes deux amies, parfaitement synchrones, arrachèrent les barrettes qui retenaient leurs cheveux et les deux minuscules objets se changèrent en longue épée, la première fine et rapide, la deuxième, lourde et imposante.

Je ne pus m’empêcher d’écarquiller les yeux devant une telle maitrise de leurs pouvoirs alors qu’elles ne s’entrainaient que depuis une semaine.

Voyant mon effarement, June me lança un regard complice et moqueur.

« Ces deux artefacts sont des cadeaux de la fédération Ether à mon père mais ils trainaient au courrier, alors j’en ai profité, rit la blonde.

-Regarde un peu ça mon Angie, tu m’en diras des nouvelles ! »

Avec un cri de rage, l’effrontée du groupe abattit son épée de toutes ses forces sur la tête d’un Spiritual canin qui disparut aussitôt, laissant derrière lui un énorme cratère créé par l’impact.

Cependant, Maya était lente et deux autres créatures avaient eu le temps de se rapprocher d’elle. Mais vive comme l’éclair, Ambre pourfendit les deux chiens enragés de sa lame et en profita pour taquiner celle qu’elle venait de sauver.

Après avoir vu cela, les hommes de main de Chapy semblèrent plus hésitants à nous attaquer et adoptèrent une stratégie défensive, formant un immense mur entre la sortie et nous pour nous empêcher de nous échapper.

« Toujours à me casser le pieds Angéla, j’aurais dû te renvoyer bien plus tôt, grogna Chapy.

-Que voulez-vous, je suis comme ça et je ne compte pas m’arrêter maintenant ! Ambre, June, Maya !

-Compris ! Me répondirent-elles d’une seule voix. »

Nous nous alignâmes toutes les quatre face au mur d’ennemis. Il semblait impressionnant comme ça, mais j’étais certaine qu’en réalité, il n’était pas plus résistant que du papier mouillé.

Lançant une attaque synchronisée, un vague d’énergie fusa vers les hommes de Chapy et une immense explosion, suivie d’une vive lumière, nous aveugla momentanément.

Lorsque tout se dissipa, je vis qu’il ne restait qu’un cratère fumant devant nous. Tous les monstres avaient été anéantis et nos ennemis étaient à terre.

Je me retournai vers Chapy, un sourire triomphant sur les lèvres tandis que ce dernier grimaça, mécontent.

« Mince, dégradation du matériel et attaque envers des responsables de l’établissement…ça vaut bien un renvoi pour mes amies aussi, n’est-ce pas ? raillai-je tout en prenant un air faussement désolé.

-Angéla…Grogna le directeur, rouge de colère.

-Nous n’allons pas causer plus d’ennui, Ambre, Maya, June, on y va, déclarai-je tout en les poussant vers la sortie. »

Cependant, alors que j’allai réussir à partir sans autre encombre, les grilles se refermèrent, nous prenant au piège toutes les quatre.

« Il suffit, on n’est jamais mieux servi que par soit même apparemment ! Je m’en vais vous régler votre compte personnellement ! »

Une sphère sombre émana du corps du directeur et se mit à aspirer l’air autour d’elle. Par réflexe, je nous enfermai dans une bulle d’énergie dorée tandis que je vis les hommes de main de Chapy se faire engloutir par cette espèce de trou noir miniature.

Lorsque le piège se referma, il ne restait devant nous qu’un autre cratère fumant et aucune trace des hommes qui se tenaient là encore quelques secondes auparavant.

« A présent, à nous deux Angéla, il est temps que tu paies pour toutes ces années où tu m’as fait passer pour un imbécile ! Et par la même occasion, mon maitre Hélios sera satisfait.

-Votre maitre ? Vous n’êtes qu’un pion ? Cela ne m’étonne pas, ricanai-je en le prenant de haut.

-Si tu le vois comme ça, oui, je suis un pion et toi tu es un moucheron gênant sur notre échiquier qui nous tourne autour depuis bien trop longtemps !

-Quelle repartie pourrie, soupira Maya en se plaçant devant moi. Désolée Chapy, mais je suis là aussi et Angéla sait à quel point je peux être embêtante quand on me contrarie !

-Je ne comprends pas exactement ce qu’il se passe…mais je suis sûre d’une chose, je refuse qu’on touche à ma meilleure amie, même si je dois me mettre en danger pour ça, ajouta Ambre, moins assurée que Maya mais tout aussi déterminée.

-Si je dois vraiment en passer par là pour vous éliminer, ainsi soit-il. Mazou ! Occupe-toi de June, je me charge de ces deux-là !

-Attendez, leur criai-je affolée, vous comptez vous battre seules alors que vous ne possédez vos artefacts que depuis une semaine ?!

-Moins un artefact est puissant et plus il est facile à maitriser, me rétorqua Maya. Ce ne sont que des épées gorgées d’énergie, aucune véritable créature ne se cache à l’intérieur de ces objets.

-Et puis, ne me dis pas que tu n’aurais pas fait la même chose pour nous, compléta Ambre.

-Vous n’êtes pas obligées…

-Ne discute pas, notre décision est prise et tu ne nous feras pas changer d’avis !

-Ambre…Maya…Désolée encore de vous avoir embarquées là-dedans…

-Tu n’as pas à t’excuser, et puis, depuis hier, ce n’est pas l’envie qui me manque de coller une bonne raclée à ce directeur à la noix pour tout ce qu’il t’a fait subir ! S’exclama Maya, l’œil brillant d’excitation.

-Tu crois vraiment être en mesure de me battre ? Laisse-moi rire ! Nous avons déjà réussi à vaincre la plupart élèves de cette école, y compris les meilleurs invocateurs ! Vous ne m’échapperez pas ! »

Une pensée affreuse me traversa l’esprit. Que voulait-il dire par « vaincre » ? Tous nos camarades classe avaient-ils subi le même sort que ces types avec des capes ?

Non, je ne devais pas penser à ça, ils s’étaient sûrement réfugiés quelque part après avoir perdu et Maya et Ambre ne pouvaient pas perdre si June les avait entrainées, je n’avais aucun souci à me faire…

« Venez donc vous battre, misérables lycéennes ! Je suis Chapy, caporal de l’armée d’Hélios, et bientôt celui qui vous terrassera comme les pathétiques humains que vous êtes ! »




Angéla : De mystérieux assaillants



Spoiler :


Chapy fut soudain entouré d’une énergie sombre tandis que ses cheveux gris virèrent au noir total. Je reculais, prudemment. J’ignorai ce qu’il préparait mais cela ne me disait rien de…

« Désolée cher directeur…Mais nous ne sommes pas dans un Manga ici ! »

Sur ces mots, Maya lança son épée qui alla se planta dans le ventre de Chapy alors qu’il était en pleine transformation. Ce dernier écarquilla les yeux, interdit, ne s’attendant pas à une attaque aussi rapide de notre part. Mais ce fut Ambre qui lui donna le coup de grâce.

Avec une vitesse surhumaine, elle s’était approchée de l’homme et la pointe de son arme n’était plus qu’à quelques millimètres de sa cible.

« Adieu, monsieur le directeur, vous nous manquerez…un peu…Mais je ne pardonne pas à ceux qui s’en prennent à mes amies. »

Sans aucune pitié, la brune enfonça sa lame dans la chair de Chapy et ce dernier hurla de douleur alors que du sang colorait le bitume en rouge écarlate.

Mais, alors que je pensais qu’il allait simplement s’effondrer et tomber raide mort, mon directeur s’évanouit dans les airs dans une trainée d’étoiles sombres, exactement comme un Spiritual…

Mais, alors que mes deux amis se félicitaient déjà de leur victoire, je reportai mon attention sur l’autre combat en cours, même si j’avais peu de doute sur son issue…

« Monsieur Chapy ! Hurla Mazou. Vous allez me le payer ! »

Fou de rage, le petit homme chauve fut également entouré d’une énergie mauve et des poils noirs poussèrent partout sur son corps tandis qu’il grandissait à vue d’œil. Son visage s’aplatit, des crocs apparurent dans sa gueule et sa musculature se développa en même temps que son dos se courbait.

En un instant, l’homme s’était métamorphosé en gorille de trois mètres de haut, aux yeux rouges de haine et faisait désormais face au dragon de June.

Cependant, celle-ci resta parfaitement calme et ne bougea pas d’un pouce alors que le singe se jetait sur son Spiritual…Avant de le traverser comme s’il n’existait pas.

Avec un soupir, la blonde claqua des doigts et le corps de reptile s’embrasa alors que le Mazou semblait pris au piège de cette brume fantomatique.

En moins d’une minute, il ne resta plus rien du surveillant si ce n’était qu’une autre trainée sombre se dissipant dans la lumière du jour.

Alors que nous étions hors de danger pour le moment, je regardai mes amies avec admiration. Ambre et Maya avaient décidemment énormément appris, bien plus que moi qui continuais à foncer dans le tas sans même réfléchir au jeu de mes adversaires…Quant à June, même si son adversaire était encore plus faible qu’Aymeric, je savais qu’elle n’était pas en reste…

Penser à cet abruti me rappela soudainement les mots de Chapy sur les autres élèves.

« Ambre, Maya, June, vous n’avez vraiment vu personne en arrivant ici ? Leur demandai-je précipitamment.

-A part toi, Chapy, Mazou et ces types, non, personne, me répondit June en croisant les bras sur sa poitrine. Je pensais que tout le monde s’était réuni dans l’amphi comme on le fait parfois, mais il semblerait que ça ne soit pas le cas selon Chapy. »

Le portable d’Ambre sonna tout à coup et nous sursautâmes avant de voir que ce n’était qu’une notification d’information. Cependant, l’expression sur son visage lorsqu’elle la lut ne me disait rien de bon.

« Alors Ambre, qu’est-ce que c’est encore ? Crise du pétrole ? Invasion de sauterelle en Bretagne ? Canicule en Normandie ?

-Non Maya, je crois que nous ne sommes pas tirées d’affaire… »

La brune nous montra l’écran de son téléphone et mon sang se glaça dans mes veines lorsque je lus l’article intitulé : prise d’otage dans une école à Paris. Il y avait également une vidéo en direct des informations qu’Ambre mit.

« Il semblerait que d’étranges hommes portant des capes aient pris possession d’une prestigieuse école de la capitale. Nous ne connaissons ni leur motivation, ni leur affiliation à un groupe terroriste mais les négociations actuelles ne semblent donner aucun résultat. D’après nos sources, plus de mille élèves et professeurs seraient retenus en otage et… »

June coupa la vidéo à ce moment-là malgré les protestations de Maya.

« Je crois que nous en avons assez vu.

-Et que faisons-nous alors ? Doit-on appeler la police ou bien…

-Non Ambre, nous sommes certainement les seules à pouvoir agir en ce moment avant que les choses ne dégénèrent, l’interrompis-je. Nous avons vaincu le chef, les sous-fifres ne devraient pas poser de problème, tu en penses quoi June ? »

La blonde sembla réfléchir quelques instants avant de me répondre.

« Même si c’est stupide et qu’apparemment, nous pourrions nous enfuir maintenant, tu as raison. Si la police ou l’armée intervient, les choses pourraient rapidement mal tourner.

-Et donc…que doit-on faire ? Demanda timidement Ambre, peu emballée à cette idée.

-ça me parait évident : trouver ces types, les exploser, libérer tout le monde et sortir en héroïnes ! Lui répondit Maya d’un air déterminé.

-Oui, à peu près, même si on va se dispenser de la dernière partie, répliqua June.

-Même pas drôle, grogna l’intéressée en commençant à bouder. »

Alors que nous apprêtions à débuter l’opération de sauvetage, nous entendîmes des bruits de pas résonner dans la cour. Cependant, à en juger par la cadence, les hommes étaient nombreux…très nombreux, bien trop pour que nous ayons la moindre chance même s’ils étaient aussi forts que Mazou.

June se mit à courir et nous prîmes sa suite. Cette dernière nous entraina jusqu’au dernier étage du bâtiment principal, dans une petite salle qui semblait inutilisée et nous nous barricadâmes à l’intérieur, le temps de souffler un peu.

« Pourquoi…Avoir couru…comme ça ? Haleta Maya, à bout de souffle.

-Nous n’avions aucune chance et en plus, nous venions de sortir d’un combat. Les affronter aurait été du suicide, ni plus ni moins, lui répondit June qui elle, semblait en pleine forme. »

Ambre et moi étions au bord de l’évanouissement, elle parce qu’elle avait tout dans la tête mais rien dans les jambes et moi parce que je n’avais aucune endurance en course.

Malgré la situation, je profitai de cet instant de répit pour observer l’endroit où nous avions atterris. C’était une petite salle comme il y en avait plein d’autres dans le lycée à cette exception qu’elle se trouvait au bout du couloir du dernier étage et qu’elle était si poussiéreuse que je crus que plusieurs meubles étaient recouverts de draps gris. Etrangement, je me sentais assez bien dans cette salle. Si j’avais eu un club, je l’aurais certainement installé ici…

Je regardai par la fenêtre qui donnait sur la cour et je vis une dizaine d’hommes accompagnés Spirituals qui faisaient les cents pas, cherchant certainement qui avait pu vaincre leur chef et son second.

« Dites les filles…vous comprenez quelque chose à ce qu’il se passe ? Déclara soudainement Ambre.

-Ce ne sont que des terroristes qui nous attaquent, ils veulent certainement que le gouvernement leur accorde quelque chose comme de l’argent ou je ne sais quelle autre bêtise, lui répondit Maya en haussant les épaules.

« Mais…et Chapy alors ? Etait-il un terroriste lui aussi ? Il semblait en vouloir personnellement à Angéla…et puis, il a cité cet homme, Hélios et…C’était un Spiritual depuis le début vous pensez ?…

-Maya a raison, il n’y a rien à comprendre…du moins, pas dans l’état actuel des choses, contentons-nous d’abord de sortir de cette galère, nous aviserons plus tard, dis-je en tentant de garder mon sang froid pour la rassurer.

-Tu dois avoir raison…mais j’espère simplement que nous sortirons en un seul morceau… »

Je lus une grande détresse et de la peur dans les yeux verts d’Ambre à ce moment-là. Elle était la mieux informée de nous toutes sur l’attaque que nous subissions puisqu’elle recevait les informations en continu. Elle devait donc savoir pertinemment ce que nous risquions en essayant de jouer aux héroïnes et pourtant, elle restait avec nous pour nous aider. Je savais que, même si un jour, nous n’avions aucune chance de nous en sortir, elle resterait tout de même à nos côtés, parce que c’était notre promesse.

Maya tentait tant bien que mal de la rassurer, mais pour elle aussi, cela se voyait qu’elle avait peur de mourir même si elle le cachait. En général, personne ne sort vivant dans une prise d’otage à l’exception de ceux ayant réussi à fuir et nous faisions exactement le contraire de ce que voulais le bon sens…

« Enfin, ce n’est pas trop tôt ! S’exclama June. »

Je me retournai et je remarquai avec stupeur que mon amie avait retourné toute la salle et tenait dans sa main un petit carnet pas plus grand qu’un cahier de cours sur lequel était écrit le nom du lycée.

« Je savais bien que je retrouverai un exemplaire du journal du lycée, s’exclama-t-elle fièrement. A présent, nous avons toutes les cartes en main pour réussir !

-Et…Qu’allons-nous faire de ce truc ? L’interrogeai-je, sceptique. »

Avec un sourire triomphant, June ouvrit le carnet à la première page et nous vîmes un grand plan de tout le lycée divisé en plusieurs parties. Il ne manquait rien, chaque étage, chaque recoin de couloir, chaque porte étaient recensés sur ce plan.

« D’après les informations, à peu près mille élèves sont retenus en otage, ce qui signifie qu’il faut énormément de place et il n’y a que deux options : soit ils sont tous séparés en petits groupes, soit tous réunis.

-Mais, le seul moyen de diviser un aussi grand nombre de personne serait de les répartir dans les salles de classe, fit remarquer Ambre.

-C’est exact, c’est pourquoi il n’y a qu’un seul endroit possible où nous devrons nous rendre. »

June mit son doigt sur le gymnase de l’école et cela me parut tellement logique que je m’en voulais de ne pas y avoir pensé avant.

Cependant, il restait un problème de taille : pour accéder aux gymnases du sous-sol, il nous fallait passer par la cour et ces types continuaient à tourner inlassablement dehors. Mais June sembla lire dans mes pensées et ajouta :

« Sortir pour rejoindre l’entrée du sous-sol serait bien trop dangereux mais si on en croit cette carte, il y aurait un passage pour y accéder depuis le pavillon de direction. »

Effectivement, presque invisible et caché par de nombreuses inscriptions, il y avait le dessin d’un couloir rejoignant les deux bouts. Même si nous devions quitter notre bâtiment pour rejoindre le pavillon, le chemin à parcourir était bien moins long que si nous devions rejoindre les sous-sols en traversant toute la cour.

« C’est bien joli de savoir comment y accéder, mais j’imagine que l’endroit sera férocement gardé sur personne n’a pu s’en échapper, fit remarquer Maya. Tu as un plan aussi pour ça alors que nous venons de fuir ?

-Il suffira d’avoir un appât ! Répondis-je aussitôt.

-Qu…Tu veux faire distraction pendant que nous libérons tout le monde ? S’étrangla Ambre. Il en est hors de question !

-Nous n’avons pas forcément besoin que l’une d’entre nous se sacrifie, lui répondit calmement June.

-Vraiment, et qu’est-ce que tu comptes faire le génie ? Railla Maya. »

June sortit de sa poche une amulette que je reconnus immédiatement comme étant l’une de celles utilisées par les hommes de Chapy.

« Si nous réussissons à leur faire croire que leur chef les appelle ailleurs, nous aurons peut-être la possibilité de libérer les otages et les faire sortir avant qu’ils ne se rendent compte de la supercherie.

-Et…quelles sont les chances de réussites ? Demanda à son tour Ambre.

-Je ne vais pas vous le cacher, très faibles, d’autant plus si les types de dehors ont déjà fait leur rapport, Grimaça le cerveau de l’équipe. Mais c’est ça ou foncer dans le tas, à vous de choisir. »

Mes deux amies se regardèrent dans les yeux, peu convaincue par ce plan. Faisant confiance à June, je me relevai et réactivai mes pouvoirs, prête à repartir.

« Ce n’est pas en restant ici que nous arriverons à quoique ce soit de toute façon. Nous n’avons rien à perdre à essayer le plan de June puisque nous n’avons rien d’autre !

-Dans quoi je me suis encore embarquée moi, soupira Maya en se relevant à son tour. Mais soit, allons-y mais ne comptez pas sur moi si le plan échoue, je les exterminerai tous comme je l’ai fait avec Chapy ! Tu as intérêt à être prête à te battre Angéla sinon il ne te restera rien !

-Vous êtes aussi stupides l’une que l’autre, lança Ambre en nous rejoignant, souriant légèrement malgré la situation.

-Vous êtes sûres de vous ? Vous pouvez encore fuir si vous le voulez, je vous couvrirai avec June et…

-Pour que tu récoltes toute la gloire ? Bien essayé mon Angie mais non, je serai celle sur le devant de la scène cette fois-ci ! Me coupa Maya, déterminée à participer à la bataille.

-N’oublie pas Angéla, je te soutiendrai toujours, quels que soient tes choix, je serai toujours à tes côtés, c’est à ça que servent les amis n’est-ce pas ? Compléta Ambre, les yeux brillant d’inquiétude pour moi.

Je me retournai, n’osant pas leur montrer que malgré tout, j’étais vraiment heureuse qu’elles aient décidé de se battre.

-Dans ce cas-là, allons-y, Ambre, Maya, June, libérons tout le monde et après, on ira fêter ça quelque part, qu’est-ce que vous en dîtes ?

-Tu m’as l’air bien sûre de toi mon Angie, tu n’as pas intérêt à mourir après un tel discours, rétorqua Maya avec une grande claque dans le dos qui me coupa la respiration.

-ça ne risque pas d’arriver, je suis certaine que tu t’interposerais si Angéla était en danger, gloussa Ambre.

-T…Tais-toi ! Répliqua cette dernière en rougissant et détournant le regard. Toi aussi tu le ferais je te signale !

-Je crois que n’importe qui le ferait si l’une d’entre nous était en danger, intervint June, amusée de la situation. Mais il n’y a pas de raison pour que le plan échoue si tout se passe comme prévu. Terroristes ou pas, nous gagnerons ce combat ensemble ! »

Nous levâmes toutes nos poings en l’air en poussant un cri d’encouragement comme une équipe sportive s’apprêtant à jouer un match…sauf que dans le cas échéant, nous jouions nos vies dans ce « survival Game ».

J’attrapai la poignée de la porte et je me retournai une dernière fois vers mes amies avant de déclarer :

« C’est parti, Mission Start ! »


Angéla : Prises au piège



Spoiler :


Nous sortîmes prudemment toutes les quatre de la salle dans laquelle nous nous cachions et, après nous être assurées qu’il n’y avait personne dans les environs, nous redescendîmes au rez-de-chaussée sans croiser personne.

La cour, évidemment, grouillait de terroristes et nous nous arrêtâmes un instant, toujours cachées à l’intérieur du bâtiment désert. A en juger par leur attitude, aucun d’entre eux n’avait percuté que leur chef n’était plus là car ils continuaient à faire des rondes, passant à côté du cratère fumant sans même y prêter attention…

A ce moment-là, June sortit la carte du singe et fit apparaitre le Spiritual simiesque au milieu des hommes qui, bêtement, crurent à un ordre de Mazou de dégager la zone, nous laissant le champ libre pour accéder au sous-sol.

Nous ne perdîmes pas une seconde et nous nous précipitâmes vers le pavillon de direction puis, une fois là-bas, June enfonça la porte qui s’ouvrit avec une facilité déconcertante, comme si elle était tellement rouillée que les gongs étaient presque sur le point de rompre.

Nous nous engouffrâmes à sa suite et Ambre referma soigneusement la porte derrière nous. Juste à temps car, une seconde plus tard, j’entendis une conversation provenant de l’extérieur entre deux hommes commençant visiblement à se demander où était passé leur chef…

« Ne trainons pas ici, déclarai-je, prenant la tête du groupe. »

Contrairement à ce que je pensais, cette galerie ne semblait pas du tout inutilisée et condamnée depuis longtemps. Elle semblait même avoir été empruntée très récemment à en juger par les traces de pas dans la poussière et les installations plutôt modernes pour l’éclairage.

Il fallait dire que les sous-sols de l’école étaient un vrai labyrinthe s’étendant sur trois hectares, et peut-être même plus. Puisque toutes les galeries étaient reliées entre elles, cela ne m’aurait pas étonné que d’autres se soient déjà perdus et retrouvés ici par hasard.

Après plusieurs minutes de marche dans le silence le plus total, craignant à chaque pas de voir surgir un terroriste, nous finîmes par arriver devant une porte que je reconnus immédiatement puisqu’il s’agissait d’une porte condamnée proche des gymnases que j’avais essayé de forcer une dizaine de fois par le passé, sans succès…

Mais heureusement pour nous, le verrou se trouvait de notre côté, si bien que nous pûmes l’ouvrir sans difficulté pour nous retrouver en terrain connu : les couloirs menant aux gymnases et à notre grand soulagement, ils étaient vides.

Prudemment, nous franchîmes les derniers mètres nous séparant des vestiaires mais il n’y avait toujours personne en vue. Je commençai sérieusement à me poser des questions. Etions-nous réellement au bon endroit ? Car s’il y avait réellement des otages, il y aurait dû y avoir des gardes aussi mais l’endroit était plus désert qu’après un cours de sport…

Soudain, June s’arrêta et nous fit signe de faire de même. Ne comprenant d’abord pas ce qu’il se passait, je tendis l’oreille et j’entendis des bruits de pas se rapprochant de nous.

Mon cœur s’accéléra et je me mis à trembler. Nous n’avions aucun moyen de nous cacher et retourner dans le couloir secret aurait pris trop de temps. Nous étions prises au pièges, forcées de nous battre. Instinctivement, j’activai mes pouvoirs. June fit de même tandis que Maya grimaça et Ambre recula prudemment.

Cependant, alors que je m’apprêtai à attaquer sans même réfléchir, Ambre écarquilla les yeux et nous ordonna d’arrêter.

« Vous ! M’écriai-je en voyant surgir la dernière personne que je m’attendais à croiser à ce moment-là. »

Devant nous se tenait un homme de taille moyenne, presque chauve, portant une veste kaki achetée trois francs sur un marché aux puces selon ses dires. Il semblait tout aussi étonné que nous de voir quelqu’un d’autre qu’un terroriste se promener dans les couloirs de l’école.

« Mesdemoiselles, que faites-vous ici ? Nous demanda notre professeur d’Allemand, interdit.

-On est venu vous sauver gros malin, c’est à moi de vous demander ce que vous fabriquez ici ! Rétorqua Maya avec son tact habituel, qui fut interrompue par un coup de coude de June dans les côtes.

-Ce que Maya veut dire, c’est qu’on vous pensait pris en otages d’après les informations. »

Notre professeur croisa les bras sur son torse et pris un air ennuyé pendant quelques secondes avant de répondre.

« En fait, ce n’est pas exactement ça. En vérité, nous nous cachons plus que nous sommes pris en otage.

-Vous…vous cachez ? Répétai-je sans comprendre.

-Je pense que le mieux serait de vous montrer. »

Beauchardassaut nous fit signe de lui suivre. Je fus d’abord un peu hésitante après ce qu’il s’était passé avec Chapy mais son ton et son attitude ne me semblaient pas agressifs et, d’un accord tacite, nous décidâmes de lui faire confiance malgré tout.

Nous suivîmes donc notre professeur d’Allemand jusqu’aux gymnases et June eut un léger sourire en voyant qu’elle ne s’était finalement pas trompée sur l’endroit où se trouvaient les autres élèves. Cependant, j’eus du mal à reconnaitre les lieux en arrivant. En effet, à la place des traditionnelles installations sportives se trouvaient des matelas, des réserves de nourritures et des tables autour desquelles de nombreux élèves et enseignants étaient réunis. Mais ce qui me choqua le plus ce n’était pas l’état des lieux mais des personnes présentes. Toutes semblaient blessées ou épuisées, voire les deux.

« Monsieur, vous pouvez m’expliquer ce qu’il se passe ici ? Si vous n’êtes pas retenus en otage, pourquoi restez-vous tous ici ?

-Parce qu’il s’agit de notre école pardi ! S’exclama-t-il. Même si je ne comprends pas ce qu’il se passe exactement, je ne laisserai pas ce lieu tomber entre les mains de terroristes qui…

-C’est bon, on a compris, l’interrompit Maya en baillant. Mais vous craignez tout de même, ça fait déjà une bonne demi-heure qu’on s’est débarrassé de Chapy, pas vrai les filles ?

-C…Comment ? S’étrangla notre professeur, interdit.

-Dit comme ça, ça peut paraitre prétentieux…mais c’est la vérité…Continua Ambre, gênée. Il nous a attaquées et nous l’avons vaincu. A présent, il ne reste plus que des sbires dans l’école… »

Lorsqu’Ambre prononça ces mots, le visage de Beauchardassaut s’éclaira aussitôt et un large sourire fendit sa figure.

« Mais c’est formidable ça, bien joué mesdemoiselles ! Finalement vos heures perdues à jouer au lieu de réviser ont fini par payer !

-Vous voyez monsieur, l’école n’est pas tout dans la vie, déclarai-je, profitant de cette rare occasion où j’étais de l’avis d’un professeur.

-Quoiqu’il en soit, sans Chapy, les sbires ne devraient pas être un problème pour nous. Je vais rassembler les autres qui sont encore en forme et je dirigerai l’assaut, sans mauvais jeu de mot évidemment ! »

Fier de sa blague, Beauchardassaut s’éloigna en direction des vestiaires certainement transformés en infirmerie ou dortoir et nous laissa toutes les quatre à l’entrée du gymnase.

Je tournai le regard vers Ambre, Maya et June mais elles semblaient tout aussi déconcertées que moi. Je n’avais pas compris grand-chose au charabia du prof mais le plus important était que tout le monde semblait sain et sauf et que nous allions apparemment sortir d’ici rapidement.

Je profitai de cet instant de répit pour examiner de plus près le gymnase et je reconnus de nombreuses têtes, comme des professeurs que j’avais eus les années passées, des camarades de classe et même les amis d’Aymeric…mais une minute…où était ce gland ?

J’avais beau tourner la tête dans toutes les directions, je ne voyais cet idiot nulle part et pourtant, il devait forcément être dans les environs, sa bande ne le quittait jamais…

Je chassai rapidement ce type de mon esprit. Pourquoi m’inquiétai-je pour lui, j’avais d’autres soucis bien plus importants à régler pour le moment.

« Dis Angéla, tu te souviens du jour où tu nous as dit que tu aurais voulu que ta vie ressemble à un Manga ? Je pense que tu ne peux pas faire mieux dans notre situation, déclara soudain Maya, les mains dans les poches, regardant nos camarades blessés.

-Ce n’était pas de ce genre de Manga que je parlais, grimaçai-je.

-Pourtant tu as affirmé que tu ne ferais qu’une bouchée de « ces méchants aussi intelligents que des poissons rouges » selon tes propres termes, ironisa mon amie.

-Et ce n’est pas ce que j’ai fait avec Chapy ? Rétorquai-je, l’œil brillant.

-Si, mais… »

Maya laissa sa phrase en suspend et baissa la tête vers le sol avant de reprendre d’un ton plus mélancolique :

« C’est toi l’héroïne de ce Manga, Angéla, il ne tient qu’à toi d’en écrire la fin…Murmura-t-elle. »

Je fronçai les sourcils, ne voyant pas ce qu’elle essayait de me dire mais je croisai le regard d’Ambre qui était rempli de regrets, comme si elle voulait me dire quelque chose mais qu’elle savait qu’elle ne pourrait pas…

Beauchardassaut revint peu après avec une équipe composée d’une quinzaine de personnes mais je ne connaissais aucune d’entre elle.

« Bien, à mon signal, vous sortirez d’ici et vous foncerez dans le tas pour…

-Stop ! S’exclama June, affolée. Qu’est-ce que c’est que ce plan foireux ? Vous comptez sacrifier nos camarades, juste pour ouvrir un passage ?

-Et vous possédez un meilleur plan peut être mademoiselle Wheeler ?

-Evidemment !

La plus brillante du groupe expliqua alors son plan à Beauchardassaut et je devais reconnaitre qu’il était bien plus intelligent que tout ce que j’aurais pu concevoir et l’histoire de la diversion avec le singe n’était qu’un rouage d’une mécanique bien plus complexe Même Ambre semblait subjuguée, elle qui d’habitude, gagnait tous les jeux de stratégies avec une facilité déconcertante.

-Je vois que vous en savez mieux que moi Mademoiselle Wheeler, déclara notre professeur une fois qu’elle eut fini de lui exposer son plan.

-Que voulez-vous, mon père était le pire stratège sur terre, il fallait bien quelqu’un pour redorer le blason, répondit-elle simplement en haussant les épaules.

Sur ces mots, June prit la tête des opérations et répartit les différentes tâches entre les élèves. Les premiers devaient attirer les terroristes à un endroit bien précis en utilisant le singe. Dans le même temps, un autre groupe se chargeait d’informer sur la position des ennemis et avertir les non combattants du meilleur moment pour fuir et enfin un troisième groupe devait être prêt à se battre au cas où les choses ne tourneraient pas comme prévu. Mais ce n’était pas tout, June, Ambre, Maya et moi avions le rôle le plus important : prendre possession du bureau de Chapy pour en extraire un maximum de documents possibles tout en ayant le contrôle du centre des opérations pour déstabiliser l’ennemi.

Une fois les tâches réparties, nous nous séparâmes et le groupe de diversion prit la tête et réussit à ouvrir un passage qui nous permis de nous faufiler dans les couloirs et remonter à la surface.

Je jetai un coup œil rapide dans la cour mais le groupe avait bien rempli sa fonction et il n’y avait plus personne pour nous barrer la route. Mais nous ne pouvions pas prendre notre temps pour autant, nos camarades comptaient sur nous.

Je me tournai vers mes amies et je leur fis signe d’activer leur pouvoir.

« A toi l’honneur Maya, déclarai-je lorsque nous fûmes devant la porte.

-Mais avec plaisir, me répondit-elle avec un sourire faisant trois fois le tour de sa figure. »

Sans un mot de plus, d’un coup d’épée, elle défonça la porte d’entrée qui vola en éclat sous les yeux exorbités des sbires se trouvant à l’intérieur.

« Vraiment pas solide cette porte, ricana Maya. »

Immédiatement les hommes sortirent leur disque de duel mais avant qu’ils n’aient eu le temps d’activer quoique ce soit, Ambre, vive comme l’éclair, les brisa d’un seul coup de sabre, les laissant totalement sans défense face au Dragon de June qui les dévisageait d’un œil mauvais.

« Check mate, déclara la blonde en s’avançant vers les terroristes d’une démarche assurée, les bras croisés sur sa poitrine et le regard moqueur. Maintenant, rendez-vous sans faire d’histoire ou vous subirez le même sort que votre patron. »

Les regards se tournèrent ensuite vers moi et, voulant faire mon intéressante, je me mis à me regarder les ongles d’un air décontracté en tapant le sol du pied pour simuler une assurance que je n’avais pas.

D’abord hésitants, ils se rendirent tous en même temps en voyant que Maya n’hésiterait pas à les couper en morceaux s’ils n’étaient pas coopératifs.

Ainsi, nous réussîmes à capturer une vingtaine de terroristes sans avoir besoin de nous fatiguer puis, une fois ces-derniers mis dans un coin où ils ne pourraient plus nous nuire, sous le regard attentif de Maya, nous prîmes la direction du bureau que je n’avais que trop vu ces derniers jours.

Sans perdre une seconde, June se mit à chercher des documents qui aurait pu expliquer cette attaque soudaine. Quant à moi, je me sentais vraiment mal à l’aise entre ces quatre murs ayant détruit ma vie. Revenir ici me rappelait de mauvais souvenirs mais pas seulement de la veille. Des souvenirs plus anciens me revenaient en mémoire, comme le jour où j’avais été convoquée pour avoir fait mes maths en français ou alors le jour où tout avait changé entre Aymeric et moi…

« Tout va bien Angéla ? Me demanda soudain Ambre en mettant sa main sur mon épaule.

-O…oui, bégayai-je, interrompue dans mes pensées. Je me disais simplement…que j’ai passé beaucoup de temps dans ce bureau mine de rien…

-Ah, ça tu peux le dire, mais je suis certaine que tu ne regrettes rien, je me trompe ?

-Si, il y a bien une chose que je regrette…Murmurai-je.

-Tu parles du joli coup que tu nous as fait hier ? Ce n’est pas de ta faute, c’est ce lycée qui a des règles stupides et…

-Non, je parlais de quelque chose de plus ancien… »

Après une seconde de réflexion, Ambre pencha la tête sur le côté et pris un air ennuyé.

« Tu crois vraiment que les choses auraient pu être autres avec Aymeric ?

-Non, elles n’auraient pas pu évidemment, pas avec lui mais…je me demande ou tout a raté… »

Mon ami ne me répondit rien. Evidemment, elle n’avait pas plus la réponse que moi mais revenir dans ce bureau vide, attendant l’inconnu me rappelait ce jour où j’avais définitivement perdu mon ami d’enfance…

Soudain, alors que June fouillait dans les papiers, je remarquai que l’ordinateur posé sur le bureau de chêne était toujours allumé. J’allai y jeter un coup d’œil et mon cœur rata un battement. Toutes les caméras du lycée étaient reliées à ce poste et nous permettait de voir l’établissement dans sa totalité.

En temps normal, j’aurais piqué ma crise contre Chapy mais l’heure n’était plus à la rigolade. En effet, sur la caméra filmant l’entrée, je pouvais voir plusieurs élèves au sol, inconscients, tandis qu’un homme leur tenait tête, seul.

« June, Ambre, Maya, l’équipe de combattants à des problèmes on dirait, je vais les aider ! M’exclamai-je en sortant de la pièce en courant. »

Sans se faire prier davantage, mes trois amies me suivirent et, moins de trente secondes plus tard, nous nous retrouvâmes face à l’homme encapé qui venait d’envoyer un autre de nos camarades au tapis.

« Vous là, si vous voulez un adversaire, nous sommes prêtes ! M’exclamai-je en prenant la tête du groupe.

-Finalement, vous décidez de vous montrer…Résonna soudain une voix dont il m’était impossible de déterminer la source. »

J’avais beau me retourner dans tous les sens, il n’y avait personne d’autre que cet homme dont le visage était caché par une large capuche mais le son ne provenait pas de sa bouche. Non, en vérité, la personne qui avait prononcé ces mots…

Je levai la tête et je reculai d’un pas, interdite car, juste au-dessus de nous, sur le toit de l’un des bâtiments de l’école se trouvait un autre homme, portant une armure dorée et une cape pourpre volant au gré du vent. Il devait avoir dans les trente ans et son visage était assez carré, surmonté d’une barbe de trois jours en dessous de son regard dur et rempli de haine. Sa bouche formait un sourire vraiment malsain, comme s’il venait de débusquer une proie dans la forêt après une longue partie de chasse.

Tout cela ne me disait rien de bon et mon instinct me hurlait de fuir très loin mais je ne pouvais pas abandonner Ambre, Maya et June comme ça…

-Qui êtes-vous ?! Lui cria June. Encore un sous fifre de Chapy qui ne sait pas que son maître n’est plus là ?

-Un sous fifre ? Moi ? Non, je suis bien mieux gradé qu’un simple sous fifre étant donné que, c’est moi qui les donne ces grades…

-Vous…donnez les grades… ? Une petite minute ! Ne seriez-vous pas…

-Oui, tu as deviné Angela ! Je suis…Hélios…




http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [31/05/2019] à 01:12

Angéla : Désespoir



Spoiler :


Mon cerveau mit plusieurs secondes à assimiler l’homme que j’avais en face de moi et l’image que je me faisais de lui. Je m’attendais à ce que la personne ayant donné l’ordre à Chapy de me tuer soit un homme en costume noir, portant un chapeau haut de forme, une canne, un monocle et des mouchoirs dans la poche avant, comme ces gangsters qu’on voyait dans les films… mais pas à un guignol se promenant en armure comme s’il sortait d’un bal costumé…même s’il faisait presque aussi peur que dans mon imagination à cause de sa tenue hors norme…

« Hélios…ce n’est pas ce type qui voulait te tuer Angie ? Me demanda Maya, aussi sceptique que moi.

-Toi qui rêvais d’affronter un méchant de Manga dans un costume ridicule, te voilà servie…Enchaina Ambre, reculant tout de même par prudence. »

Je tournai mon regard vers mes deux amies. Même si elles ne semblaient pas prendre notre ennemi au sérieux pour le moment, je savais que si les choses tournaient mal, elles allaient tout faire pour tenter de me protéger mais quelque chose me disait que cette fois-ci, tout ne se passerait pas comme contre Chapy…

Cet homme dégageait quelque chose de plus, comme s’il cachait pouvoir dépassant notre entendement au fond de lui. Il était hors de question que je laisse Ambre et Maya l’affronter…

« Pour l’homme qui a ordonné de me tuer, je vous croyais plus impressionnant quand même ! Lançai-je dans l’espoir qu’il concentre son attention sur moi.

-Tu ne manques pas de courage pour me provoquer ainsi Angéla, mais au moins je vois que Marie ne s’est pas trompée à ton sujet, rétorqua-t-il avec un large sourire.

-Se tromper à mon sujet ? Qu’est-ce que vous racontez encore ? Et puis, je peux savoir pourquoi vous nous attaquez soudainement comme ça ?

-Pourquoi ? Répéta-t-il. »

Pendant un instant, l’homme croisa les bras sur son torse et ferma les yeux tout en prenant un air concentré avant de me répondre :

« Tu as appris l’existence de quelque chose qui te dépasse largement. N’y vois rien de personnel surtout…enfin, je parle pour moi, mais peut-être que Chapy s’est laissé emporter, il est vrai. »

Je grimaçai. Était-ce la prophétie de Lareine qui nous avait mis dans un pétrin pareil ? Ou bien avait-ce un rapport avec le livre ouvert par le père de June ? Si tel était le cas, était-il en danger lui aussi ? Et pourquoi étais-je la seule cible ?

Tant de questions qui se bousculaient dans ma tête… Mais il ne fallait pas que je perde de vue notre objectif : sortir d’ici vivantes, avec tout le monde.

« Si vous croyez que votre costume de cirque me fait peur, vous vous mettez le doigt dans l’œil ! Essayez un peu de m’approcher pour voir ! »

Pour toute réponse, Hélios bailla, ce qui me mit davantage hors de moi mais June me fit signe de me calmer avant que je ne saute à la gorge du guignol en armure pour en finir une bonne fois pour toute.

« Et si nous passions un marché Hélios ? Proposa alors June d’une voix calme et posée. »

Etrangement, il rouvrit les yeux et sembla l’écouter avec intérêt.

« Vous êtes ici pour la prophétie n’est-ce pas ? Et surtout, pour le livre que possède mon père ? Alors voilà ce que je vous propose. Laissez partir tout le monde ici et en échange, je suis prête à vous rejoindre pour que votre secret ne s’ébruite pas. C’est bien ce que vous voulez en nous éliminant, non ?

-Attends…June…Qu’est-ce que tu…M’étranglai-je.

-Profite de cette diversion pour t’enfuir avec Ambre et Maya, Angéla. Si mon père, aussi mauvais soit-il, a pu tenir tête à des affreux de son temps, je devrais en être capable moi aussi. »

Je serrai les dents mais June mit sa main sur mon épaule et me fit un clin d’œil encourageant. Mais je ne pouvais tout simplement pas accepter ce que June proposait. C’était de ma faute si elle avait été embarquée dans cette histoire. Si je ne lui avais pas demandé des précisions, jamais rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne pouvais pas simplement la laisser derrière nous, à la merci de ce détraqué.


« Désolée June…Mais je ne peux pas accepter. Hélios, si vous me voulez, venez me chercher mais laissez tout le monde hors de cette histoire !

-Tu es bien naïve si tu crois que je vais m’abaisser à cela ma chère Angéla. Mais je compte bien profiter du spectacle. »

Un homme surgit derrière Hélios. Il portait une longue cape noire qui cachait entièrement son visage et son corps à l’exception de ses yeux qui brillaient d’une lueur inquiétante et surnaturelle. Je me serais vraiment cru dans un de ces vieux film du moyen âge …Hélios et ses hommes ne pouvaient-ils donc pas s’habiller normalement ?

« Je vois que tu hésites Angéla, me dit Hélios, c’est tout à fait normal, tu peux déclarer forfait dès maintenant si tu le souhaites. Dans ce cas, il te suffirait de me rejoindre comme l’a proposé ta très chère amie.

-Il n’en est pas question ! En garde…euh, il s’appelle comment votre sous fifre ?

-Peu importe son nom, il va t’affronter, c’est tout ce que tu dois savoir. »

Même dans une situation aussi dramatique, je ne pus m’empêcher de faire la même tête que pendant un cours de maths lorsque le professeur expliquait un théorème incompréhensible…

Au même instant, Hélios claqua des doigts. Le sol se mit à trembler tandis qu’une sphère d’énergie noire se forma autour de mon adversaire et moi. Les yeux ronds de panique, Maya tenta de me rejoindre mais elle rebondit simplement contre une paroi solide. Elle avait beau tambouriner dessus et la frapper de toutes ses forces, le mur qui me séparait d’elle restait infranchissable.

Je déglutis. Tout autour de moi était devenu plus sombre et une épaisse brume noirâtre envahissait l’espace. C’était à peine si je pouvais discerner mon opposant dans cette pénombre artificielle.

Mais il y avait quelque chose d’autre d’étrange dans cette bulle. J’entendais…comme des voix, des plaintes, des lamentations. Un écho lointain, rempli de souffrance, où des milliers de sons différents se mélangeaient si bien qu’il m’était impossible de comprendre le moindre mot.

Toutefois, je pouvais dégager une émotion au milieu de ce brouhaha de murmures : le désespoir.

Ne me laissant pas impressionner par ce tour de passe-passe, je touchai la chouette accrochée à mon poignet et je fus aussitôt entourée d’une vive aura dorée.

Je m’apprêtai déjà à attaquer lorsque mon combat de la veille me revint en mémoire. Je me ravisai. J’étais peut-être butée mais cette fois-ci, il allait falloir que je laisse mon égo de côté si je voulais sortir vivante de ce bourbier.

Ainsi, je créai un mur de lumière tout autour de moi et attendis. La brume autour de moi se fit de plus en plus épaisse, me faisant perdre mon adversaire de vue. A ce moment-là, je fus heureuse d’avoir utilisé mon cerveau au moins une seconde. Qui savait ce qu’il se serait passé si j’avais foncé dans le tas sans réfléchir.

Une main griffue surgit de l’ombre à ma gauche. Aussitôt, je ripostai en érigeant une barrière dans cette direction.

Une autre sortit à ma droite. Je la contrai de la même manière. Je commençais à comprendre comment ce type fonctionnait. L’ombre devait certainement dissimuler ses mouvements pour lui permettre de m’attaquer en traitre.

Lorsque derrière moi, cette même main apparut, je créai une barrière d’énergie sur laquelle elle s’écrasa. Sans lui laisser le temps de se retirer, je fermai la paume de ma propre main et le mur se métamorphosa en sphère doré qui emprisonna la patte du Spiritual.

Un sourire me fendit les lèvres. Hélios avait eu tort de me sous-estimer et j’allais le lui montrer.

Dans mon autre main, je créai une lance d’énergie et la projetai de toutes mes forces vers la brume. La lumière fendit à travers les ténèbres, se dirigeant droit vers ce que je supposais être le cœur de la créature. Cependant, alors que je m’attendais à un cri de douleur, seul un fracas métallique parvint à mes oreilles.

Je me crispai. Tout cela ne me disait rien de bon…et mon instinct ne me trompa pas. Immédiatement, le brouillard noir se dissipa alors qu’une longue queue écailleuse s’abattit sur moi et me projeta violemment contre la paroi.

Tout l’air fut expulsé de mes poumons et j’écarquillai les yeux lorsqu’en face de moi apparut un Spiritual, un dragon rouge comme le sang, entièrement recouvert d’une armure métallique. Ma lance gisait à terre à ses pieds. Elle ne lui avait même pas fait une égratignure…

Je tombai mollement au sol, sévèrement amochée par cette attaque mais je refusais de m’avouer vaincue pour si peu. Rassemblant mes forces, je matérialisai une seconde arme et cette fois-ci, je visai l’œil du lézard, la seule partie de son corps non protégée.

Mais, alors que j’avais projeté mon javelot de lumière, celui-ci fut tout simplement repoussé par un jet de flammes. Ce ne fut qu’à ce moment-là que je compris…que je n’avais une fois de plus aucune chance…

Son dragon commença alors à aspirer l’air autour de lui avant de lancer l’attaque finale. Si ses flammes m’atteignaient, alors dans ce cas…je ne pouvais même pas y penser…

J’attendis que le moment fatidique arrive…l’heure de ma mort avait sonnée apparemment et même si je survivais au feu destructeur, Hélios allait certainement s’occuper de moi…

Je lançai un dernier regard vers mes amies…Elles étaient impuissantes à briser la sphère des ténèbres qui m’emprisonnait…

« Cette fois-ci, je crois qu’il est vraiment temps de nous dire adieu…Murmurai-je, une larme perlant sur ma joue. »

Je ne pouvais entendre leur réponse à cause du vacarme des flammes derrière moi mais c’était peut-être mieux ainsi, j’avais déjà bien assez de regrets et de remords sur la conscience.

La dernière chose que je pouvais faire à présent, c’était de terminer ce que j’avais commencé et ne pas fuir. Je me retournai pour faire face à moi destin. Si je devais mourir ainsi, et bien je ne le ferais pas s’en mettre battue une dernière fois.

Une seconde plus tard, je reçus l’attaque de plein fouet. Elle était d’une telle puissance qu’elle me projeta contre la paroi invisible du sceau.

La douleur était pire que tout ce que j’avais connu jusque-là. J’étais en train de bruler vive, sans que je sois consumée pour autant. Je vis alors toute ma vie défiler devant moi : ma naissance, mon entrée à l’école, ma première rencontre avec maya et ambre, mon premier contact avec Athéna, puis des événements plus récents comme la prophétie, June, la rébellion de Chapy et enfin Hélios…

Les flammes cessèrent de me bruler au bout de quelques secondes qui me parurent interminables puis je m’effondrais sur le sol, à bout de force, au bord de l’inconscience.

J’étais encore en vie, mais…pour combien de temps…tout mon corps me faisait souffrir. Je levais les yeux. Tout autour de moi était flou. J’entendais des cris au loin…était-ce mes amies qui me disaient de tenir bon…ou bien Hélios se félicitant de sa victoire… ? Je ne pouvais le distinguer.

« Shungite ! Invisible Air ! »

C’était la voix de June. Dans ma confusion, j’avais réussi à la distinguer. Qu’essayait-elle de faire ?…

Avec difficulté, je relevai la tête et je la vis, enveloppée d’une intense aura verdâtre alors qu’à ses pieds gisaient des éclats de pierre sombre.

Armée de cette nouvelle puissante, elle frappa la sphère d’énergie…et son bras réussit à passer à travers, sous les yeux exorbités d’Hélios.

Comme un fantôme, mon amie réussit à pénétrer dans l’espace de combat. Elle me saisit par le bras et réussit à m’extirper de ce calvaire en repassant à travers la paroi solide. Là, elle me posa sur le sol avec délicatesse et échangea un regard avec mes deux autres amies.

Que manigançaient-elle encore ? Avaient-elles un plan pour nous sortir de ce pétrin alors que je venais de me faire mettre au tapis en une seule attaque ?…

Tout à coup, la brume sombre qui était contenue jusque là dans la sphère en émergea et commença à nouveau envelopper tous, y compris Hélios et son Sbire. Je tentai de me relever mais il n’y avait rien à faire. C’était à peine si je pouvais garder les yeux ouverts…Et ceux-ci me permirent de constater l’horreur de ce qu’il se passait autour de moi. Le brouillard dévorait tout sur son passage. Le sol, les murs, les fondations, tout était en train de disparaitre pour ne laisser derrière que le néant.

« La brume du désespoir…Ce n’était donc pas une légende…Grommela June en reculant prudemment. Si nous ne faisons rien, toute la ville sera avalée par la dimension désespoir…Etait-ce réellement cela que vous désiriez, Hélios ?! »

Pas de réponse.

Il fallait que je fasse quelque chose. N’importe quoi. Je refusais d’entrainer avec moi mes amies dans mes erreurs.

Alors que j’essayais de me lever pour tenter d’absorber cette…chose grâce aux pouvoirs d’Athéna…

« Allons bon…Tu es irrécupérable ma pauvre Angie… »

Passant devant moi, Maya me donna un coup de pied qui m’envoya valser au loin tandis qu’elle brandit son épée devant elle, prête à affronter la brume.

Rapidement, l’effrontée fut rejointe par Ambre qui fit face elle aussi à cet ennemi des ombres, sans trembler.

« June…Je sais qu’elle peut être insupportable quand elle s’y met…mais protège là…Murmura-t-elle d’une voix brisée.

-Attendez Ambre, Maya… »

Je voulus me lever pour les rejoindre mais je ne le pouvais pas…J’avais l’impression que tous mes os étaient brisés et mes muscles déchirés.

« Si j’avais su qu’un jour tout se terminerait de la sorte, ricana Maya, regardant vers le ciel gris.

-Je suis certaine que tu n’aurais rien changé du tout, lui répondit Ambre d’un air amusé.

-Qui sait…Murmura cette dernière dans un soupir.

-Vous n’êtes pas obligées de faire ça pour moi ! Tout est de ma faute, si je n’avais pas voulu jouer à la plus forte…

-Economise le peu de forces qu’il te reste mon Angie, je ne fais que te rendre ce que tu m’as donné il y a longtemps, me lança celle qui aimait me taquiner avec un sourire sarcastique. Même si…Jamais je ne pourrais te rendre autant…

-Tu nous as toujours soutenues par le passé, maintenant c’est à nous de te rendre la pareille, continua Ambre.

-Qu’est-ce que vous racontez ?! Vous ne pouvez rien faire contre cette brume ! Fuyez et laissez-moi derrière ! June, dis-leur ! »

Ma nouvelle amie ne put que me lancer un regard désolé tandis que l’énergie émeraude qui l’entourait et qui nous protégeait jusque-là se dissipait peu à peu.

« Durandal…Kusanagi…Ces deux artefacts…Peuvent-ils vraiment… »

Je sentis quelques larmes me couler le long du visage. C’en était trop pour une seule journée…pour toute une vie aussi d’ailleurs. Tout était de ma faute et pourtant, je ne pouvais rien faire pour arranger les choses ! Je me sentais tellement…inutile…

« Mon Angie…la séparation est toujours douloureuse mais les larmes devront attendre. Pour l’instant, tu dois trouver un moyen de t’enfuir avec June. Ça me fait mal de l’admettre…mais tu es bien plus forte que nous, tu sauras te débrouiller. June et toi, vous avez le potentiel de vaincre Hélios et de rétablir la paix…

-Non ! Si vous devez être entraînées là-dedans, je le serais avec vous ! »

Je tentai de voler à leur secours comme elles l’avaient fait mais le brouillard mortel me coupa la route, privant totalement les deux filles de tout échappatoire.

« Il n’y a pas de discussion qui tienne Angéla ! Nous avons fait notre choix, il faut maintenant que nous en assumions les conséquences ! Il est temps de se débarrasser définitivement de cette brume du désespoir ! »

Ambre planta son épée dans le sol et je vis l’épaisse fumée se condenser autour pendant qu’hurlai de désespoir lorsque les jambes de Maya commencèrent également à disparaitre.

« Angéla…nous croyons en toi et en June. Nous te confions nos espoirs. Ne nous déçois pas…s’il te plait, me supplia ma meilleure amie d’une voix presque éteinte. »

Maya planta à son tour son sabre dans le sol et se couvrit peu à peu de la fumée noirâtre, de même qu’Ambre tandis que j’étais clouée au sol, impuissante et que June regardait la scène sans bouger. Je voyais qu’elle se retenait d’intervenir. Elle savait tout aussi bien que moi que c’était la seule solution mais je ne pouvais pas l’accepter. Je ne pouvais pas laisser mes deux amies de toujours se sacrifier pour moi alors que tout était de ma faute !

La lumière au sol s’intensifia et je vis la brume sombre recouvrir entièrement les corps de mes amies et leurs lames.

« Adieu Angéla, ne nous oublie jamais…Lança Ambre, la voix atténuée par la brume.

-La prochaine fois qu’on se voit, je t’explose en duel ! Termina Maya avant de disparaitre derrière cet écran de fumée noire.

-NON ! »

Dans un effort surhumain, je me relevai et me précipitai vers mes deux amis mais, lorsque j’arrivai à la hauteur de la sphère, je ne pus qu’attraper de la brume s’évaporant lentement dans les airs. Il était trop tard. Mes deux amies avaient été emportée, et avec elles tout ce qui me retenait de ne pas me briser en mille morceaux.

« HELIOS ! Hurlai-je de toutes mes forces, ma voix résonnant dans toute l’école. »




Angéla : Vengeance



Spoiler :



Je me sentais lourde…Des voix résonnaient dans ma tête…des cris de souffrance, des appels de détresse, des ombres informes…Etais-je morte ? Était-ce mon châtiment pour avoir embarqué Maya et Ambre dans des histoires qui ne les concernaient pas ? Je l’aurais bien mérité en tout ça…Une héroïne, moi ? Quelle blague. Les héros sauvent les autres sans faire de blesser et ne sauvent pas leur peau tout en faisant périr ceux qui leur sont proches…

Je nageai dans ce brouillard pendant un temps qui me parut interminable, revivant en boucle la disparition de mes amies alors que j’étais à terre, incapable de me lever, je voyais leur dernier sourire s’effacer dans la lumière du sceau tout en sachant pertinemment qu’elles étaient terrifiées…Mais je ne cherchais pas à fuir ces images, pensant certainement que les revoir encore et encore finirait par changer quelque chose…

Lorsque je revins à moi longtemps après, toutes mes forces étaient revenues. J’étais toujours allongée sur le sol, devant le portail d’entrée de l’école tandis que June appliquait une compresse humide contre mon front brûlant.

De notre combat, il ne restait plus qu’un cratère fumant à l’endroit où avait explosé la sphère et Hélios avait disparu…

Lorsque mon amie me vit ouvrir les yeux, elle arrêta toute activité et me serra dans ses bras, des larmes de joie et de soulagement coulant de ses yeux mais je n’eus aucune réaction face à démonstration d’amitié. Je ne la méritais pas…

« Angéla, tu es vraiment vivante…Je suis si heureuse…Je…

-June…L’interrompis-je d’une voix rauque. Dis-moi, où est Hélios ?

-Il est parti sans demander son reste après que tu t’es évanoui…Apparemment, il a obtenu ce qu’il cherchait, me répondit-elle en fronçant les sourcils.

-Je vois…Dans ce cas, il ne reste plus qu’à le retrouver. »

Je tentai de me mettre debout mais, prise de vertiges, je titubai et June me rattrapa juste avant que je ne m’étale une nouvelle fois par terre.

« Doucement Angéla, tu as été sacrément amochée tout à l’heure, ne force pas trop…

-Je m’en fiche…Il faut que je rattrape Hélios…

-On s’en occupera mais une fois que tu seras en état de marcher déjà ! Rétorqua-t-elle d’un ton plus sévère qui me fit me résigner aussitôt. »

Je n’avais vraiment pas la force ni la motivation pour me disputer avec la seule amie qui me restait à ce moment-là…

Nous restâmes devant le portail de l’école encore plusieurs minutes en silence. Je n’avais pas envie de parler. Je n’avais qu’une seule idée en tête à présent : m’occuper du cas d’Hélios une bonne fois pour toute, lui faire payer ce qu’il avait fait à Ambre et Maya. Il pouvait bien me tuer, ça n’avait pas d’importance, mais je refusais de laisser ce crime impuni.

Beauchardassaut arriva un peu plus tard, accompagné de toute sa troupe et, après lui avoir confirmé que la route était libre, ces derniers s’échappèrent sans demander leur reste. Cependant, notre professeur resta jusqu’à la fin pour s’assurer que tout le monde était bien sorti puis s’adressa à nous avec un grand sourire.

« Bien, tout le monde est là, merci à vous de nous avoir libérés, nous vous seront éternellement reconnaissants.

-Il n’y a pas de quoi, répondis-je évasivement.

-Mais je ne vois pas Ambre et Maya, où sont-elles ?

-Elles…elles sont parties…

-Oh, je vois, j’aurais bien aimé les remercier. Passez-leur mes remerciements de ma part quand vous les verrez. »

Je me contentai de répondre par un hochement de tête et il partit à son tour, ne laissant plus que June et moi dans cette école, désormais associée aux pires heures de ma vie. Même si voir que nous avions pu sauver les élèves, ce n’était qu’une maigre compensation face à la perte de mes deux amies de toujours…

« Angéla…nous croyons en toi et en June. Nous te confions nos espoirs. Ne nous déçois pas » m’avait dit Ambre…Comment pouvait-elle prétendre me faire encore confiance alors que c’était moi qui les avais entrainées dans toutes ces histoires ?

Je frappai le sol de mon poing pour évacuer ma frustration mais tout ce que j’obtins fut une nouvelle blessure à la main…

« Et maintenant ? Murmurai-je. »

Je savais qu’Hélios n’en avait pas fini avec moi. Il me croyait sûrement morte mais une fois qu’il aurait réalisé son erreur, j’étais persuadée qu’il enverrait d’autres hommes finir le travail. Je ne pouvais pas faire courir un nouveau risque à June même si elle avait promis de me protéger…

Alors que j’étais perdue dans mes pensées, des bruits de pas se firent entendre et June se remit sur ses gardes, pensant qu’il s’agissait du retour d’Hélios mais elle poussa un soupir de soulagement en entendant deux personnes se chamailler comme des enfants.

« Je te dis qu’il n’y a aucun souci à se faire, elles sont assez grandes pour se débrouiller toutes seules.

-Et moi je te dis qu’il se passe quelque chose d’anormal !

-May, combien de fois t’ai-je dit de te débarrasser de cette pierre, elle ne sert à rien et en plus, elle n’est même pas spécialement belle. »

Les parents de June apparurent alors devant nous et eurent l’air consterné en se rendant compte de l’état dans lequel était l’entrée. Les murs étaient fissurés de partout, les vitres brisées, les bancs encore fumant et pour couronner le tout, un énorme cratère créé par l’explosion du sceau se trouvait en plein milieu.

« Tu vois John, j’avais raison, mais toi bien sûr, tu n’en as fait qu’à ta tête, comme d’habitude !

-Comment ça je n’en fais qu’à ma tête ?!

-Oui parfaitement et en plus…

-May, professeur Wheeler, mais…que faites-vous là ? Demandai-je timidement.

-Mais surtout, pourquoi n’arrivez-vous que maintenant ?! Râla June mécontente. Vous êtes toujours là après la tempête !

-Dis ça à ton père June, sans lui, je serais déjà là depuis longtemps.

-Aussi, comment veux-tu que je te croie quand tu me dis : « le Purple Requiem joue son second mouvement, je peux le sentir » ?

-Je ne sais pas, en me faisant confiance pour une fois !

-Et si au lieu de vous disputez, vous preniez Angéla en charge ? Vous voyez bien qu’elle est blessée, soupira mon amie. »

Les parents de June finirent enfin par remarquer dans quel état je me trouvais et focalisèrent aussitôt leur attention sur moi, oubliant aussitôt leur dispute.

Ainsi, je réalisai enfin ce à quoi j’aspirai depuis que j’avais remis les pieds ici : sortir…Même si je n’avais pas imaginé une seule seconde en ressortir encore plus meurtrie qu’en y entrant. Cependant, avant de quitter définitivement cet endroit pour certainement ne plus jamais y remettre les pieds, je me retournai et lançai un dernier regard vers le cratère fumant.

« Je vous sauverai, j’en fait le serment…murmurai-je. Alors, attendez-moi, Ambre, Maya. »

Les Wheeler me ramenèrent donc chez eux et soignèrent mes multiples blessures tout en me préparant un repas chaud. May me proposa également d’appeler mes parents pour les prévenir mais je lui dis que c’était inutile. Je n’avais pas envie d’avoir une leçon de morale après une journée pareille, surtout pour entendre quelque chose du genre : « voilà ce qui arrive quand on cherche les ennuis » ou je ne sais quelle idiotie.

Ni June ni moi ne parlâmes de l’incident avec Ambre et Maya mais ses parents ne semblaient pas dupes et nous parlèrent de leurs propres aventures avec l’énergie sombre du Purple Requiem dans leur jeunesse.

Je ne savais pas pourquoi mais je me sentais vraiment à l’aise avec eux. Je réussis même à oublier le temps de leurs histoires ma tristesse et mon désir de vengeance contre Hélios. J’avais beau ne pas les connaitre depuis très longtemps, je pouvais dire sans aucun tabou qu’ils étaient exactement les parents que j’aurais souhaité avoir, de même que June qui était comme une grande sœur pour moi depuis que nous nous connaissions…

Cette discussion se poursuivit jusqu’à tard dans la soirée mais, malgré la fatigue et mes membres endoloris, je ne réussis pas à trouver le sommeil. Toutes mes pensées étaient en ébullition et, après m’être retournée une centaine de fois dans le lit d’ami, je décidai de sortir prendre l’air, espérant que la nuit m’aide à me détendre.

Je n’avais cependant pas réalisé l’heure et le soleil commençait déjà à pointer ses premiers rayons au-dessus d’une ville encore endormie.

Je me dirigeai vers le premier endroit où j’étais venue en arrivant ici, quelques semaines plus tôt : la bute Montmartre. Une fois de plus, je fus émerveillée par la vue, toutes ces lumières dans la ville…Paris méritait vraiment son nom de « ville lumière ». Au loin les tours de la défense scintillaient sous le soleil levant tandis que la Seine coulait lentement, rougeoyante en ce matin d’été si calme.

« Je ne me lasserai jamais de cette vue, dit soudain un voix venue de derrière moi. »

Je me retournai en sursaut, un peu surprise que quelqu’un d’autre soit réveillé à cinq heures du matin et je vis apparaitre le professeur Wheeler.

« Je n’arrivai pas à trouver le sommeil, donc j’ai décidé…Commençai-je avant de me faire interrompre.

-Je te comprends Angéla, moi aussi quand je n’arrive pas à dormir, je viens ici, ça me détend de voir la ville ainsi. J’ai l’impression de me sentir plus fort que je ne le suis… »

Le professeur marqua une pause et vint se placer juste à côté de moi, s’appuyant sur le rebord et plongeant son regard vers un point au loin.

« Tu sais, même si je donne l’impression d’avoir tout le temps confiance en moi, en vérité, la plupart du temps, je ne sais pas quoi faire. J’aimerais faire de mon mieux pour les rendre heureuses toutes les deux, elles sont ce que j’ai de plus cher au monde…surtout depuis que mon travail m’a amené ici.

-On ne peut pas protéger tous ceux qui nous sont chers malheureusement…Murmurai-je en baissant les yeux, honteuse.

-Oui, c’est un fait, on ne peut pas sauver tout le monde, nous ne vivons pas dans un manga après tout, me répondit le professeur en haussant les épaules. »

Je serrai les dents, me sentant encore plus coupable et je m’apprêtai à rentrer, mal à l’aise, mais le père de June reprit.

« Cependant, je pense que si on veut sauver une personne en particulier, rien n’est impossible.

-Que…voulez-vous dire ? Lui demandai-je, sceptique.

-Rien de plus que ce que j’ai moi-même vécu avec May. J’ai été faible et incapable lorsque le Purple Requiem s’est produit…Et j’ai quitté l’équipe de Violet à cause des discordes dans notre groupe. Cependant, grâce à cela, j’ai pu échapper à la catastrophe et protéger ma femme. Je suis certain que toi aussi, tu es capable de sauver ceux que tu aimes, Angéla. »

Le professeur me lança un regard rempli d’espoir. Même si je n’étais pas convaincue par ses paroles dans ma situation, je fus néanmoins heureuse qu’il s’inquiète pour moi.

Sur ces paroles, nous retournâmes à la maison à présent que le soleil était totalement levé. La nouvelle journée se passa sans accroc et je me contentai de récupérer des blessures de la veille, parlant simplement avec June tandis que ses parents se renseignaient sur Hélios.

Cependant, mon désir de vengeance ne s’était toujours pas estompé et je cherchais désespérément un moyen de lui faire payer tout en ramenant Ambre et Maya parmi nous. Heureusement pour moi, la bibliothèque du professeur était plutôt bien fournie et possédait toutes les informations dont j’avais besoin. Comme je le pensais, j’allais devoir devenir plus forte, beaucoup plus forte si je voulais les sauver de ce fou dangereux.

« Dis June, toi qui es championne à tes heures perdues…Tu n’aurais pas un secret à me révéler pour que je devienne plus forte ?

-Pas vraiment non. Mais je ne pense pas que tu doives te focaliser uniquement sur la puissance. La réflexion et le calme sont tout aussi importants pour gagner une bataille. Et puis, n’oublie pas que Maya et Ambre t’ont ordonné de vivre, ce n’est quand même pas pour que tu te jettes tête la première dans la gueule du loup !

-Justement, c’est pour cela que je dois devenir plus forte, pour leur prouver que je ne referai plus les mêmes erreurs, que j’ai grandi.

-Pourquoi vouloir leur prouver cela ? Ce n’est pas ce qu’elles t’ont demandé il me semble, rétorqua June très calmement.

-Peut-être mais je suis fautive dans cette histoire, il faut que je me rachète !

-J’imagine que je ne pourrai pas te convaincre du contraire dans l’état actuel des choses, soupira mon amie. »

Cette dernière se leva et, après avoir fouillé dans des cartons poussiéreux à l’étage, redescendit avec les mains chargées de…cailloux ?

D’un, pourquoi avait-elle des cailloux noirs chez elle. Et de deux…qu’est-ce qu’elle voulait que j’en fasse ? Les manger ?

Devant mon regard interrogateur, mon amie posa son chargement sur la table et me lança un sourire radieux.

« June…Les osselets, c’est dépassé tu sais…

-Sérieusement Angéla, tu es fan de la fédération Ether et tu ne sais même pas ce que c’est ? »

La jeune fille prit une des pierres et me la colla sous le nez…littéralement. Je ne savais pas si elles devaient avoir bonne odeur mais je ne sentis rien de particulier…

Lorsque je le lui fis remarquer, la blonde poussa un long soupir, l’air désespérée.

« Puisque tu n’as pas l’air au courant, laisse-moi te présenter l’une des premières inventions de Violet, la Shungite.

-Une…pierre ? »

Mon amie me donna une pichenette dans la tête pour me faire comprendre que je devais me taire si je n’avais rien à dire.

« C’est un catalyseur de Kvantiki, l’énergie d’Izrath. C’est grâce à ces pierres que Violet, Soichiro et Ryoko ont pu mettre au point leur réacteur à l’époque. »

Je faillis m’étrangler lorsque June dit cela et je sautai de mon siège, interdite.

« Mais…Comment…Où est-ce que tu as eu ça ?! M’exclamai-je, abasourdie.

-Mon père a travaillé sur le projet Hakaze à l’époque. Pour le remercier, Violet lui a donné ces Shungites. »

Toute l’après-midi, June m’expliqua le fonctionnement de ces pierres, comment elles pouvaient activer et décupler les pouvoirs d’un Spiritual, et surtout, me fit quelques démonstrations. Je compris alors comment elle avait réussi à passer au travers de la sphère d’énergie. Elle avait simplement utilisé les pouvoirs de sa créature afin de se rendre intangible.

J’étais impressionnée. Moi qui avais toujours suivie de près les activités d’Ether, jamais je n’avais entendu parler d’une telle chose. Cela ne faisait que décupler mon admiration pour la présidente Violet. Même si le monde se méfiait toujours d’elle à cause de la catastrophe, j’étais persuadée qu’elle n’y était pour rien.

Le temps passa vite aux côtés de mon amie. Elle me laissa même tester quelques pierres sur moi-même et je ressentis immédiatement la différence avec mes pouvoirs normaux. Mes créations étaient plus solides, plus lumineuse et je me sentais beaucoup plus puissante.

Au milieu de nos entrainements, ma partenaire me fit savoir que, selon Beauchardassaut, un élève manquait à l’appel après l’évacuation. Immédiatement, je pensai à Aymeric. Après tout, je ne l’avais pas vu dans le gymnase…

Cependant, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter pour lui, déjà parce qu’il n’en valait pas la peine, mais il avait simplement dû s’enfuir comme un lâche en laissant tout le monde derrière lui.

Un peu plus tard dans la soirée, le père de June vint nous rejoindre avec sa femme, toujours en se disputant, ce qui agaça rapidement leur fille qui tapa sur la table pour les faire taire. Je me demandais vraiment qui étaient les parents dans cette famille parfois…

« Bon, vous avez quelque chose d’intéressant à dire ou vous êtes juste venus nous casser les pieds ? S’énerva mon amie.

-Ah non, c’est vrai que je voulais vous parler de quelque chose les filles ! S’exclama le professeur tandis que sa May soupira. »

Ces derniers s’installèrent en face de nous et prirent des visages sérieux qui ne leur allaient pas très bien mais je ne fis aucune remarque là-dessus, comprenant que l’heure n’était plus à la rigolade.

-Nous avons décidé de partir pour Genève, déclara John d’une voix grave.

-Sérieusement ? Et pour faire quoi ? Avoir une promotion ? Rétorqua June, les yeux ronds.

-Nous sommes sérieux, June, reprit sa mère d’une voix plus calme. Aujourd’hui, il y a eu un incident au laboratoire de recherche et il y a de fortes chances que cela soit lié à Hélios. D’autant plus que…l’ancien ami et collègue de Violet, le professeur Ryoko, a disparu…

-Et puis tant pis pour le travail, ça ne sera pas la première fois que je m’absente, ils comprendront quand je leur expliquerai que j’ai sauvé le monde ! Ajouta le professeur avec un large sourire.

-N’y compte pas trop mais soit, admit mon amie en haussant les épaules. Et comment comptes-tu y aller ? Tu ne peux pas obtenir des billets d’avion du jour au lendemain comme ça je te signale.

-Justement, c’est là qu’intervient mon travail, je n’aurai qu’à dire qu’on a besoin de moi d’urgence à Genève et ils me donneront un avion tout de suite. De toute façon, ils n’ont pas le choix, je suis leur patron.

-J’imagine qu’ils sont assez stupides pour gober ça s’ils acceptent d’être dirigés par toi…

-Je ne te permets pas ma fille, tu dois respecter ton père un minimum…sinon de quoi je vais avoir l’air devant Angéla moi…

-Ouai, ouai, faites vite en tout cas. Angéla, tu es de la partie j’imagine ?

-Evidemment ! M’exclamai-je en me levant d’un bond. Si Hélios se trouve quelque chose, j’y serai aussi ! »




Angéla : Une nouvelle rencontre



Spoiler :


Après cela, nous nous séparâmes dans la maison pour faire les bagages en vitesse. De mon côté, je n’avais pas grand-chose à prendre puisque j’empruntai les vêtements de June et que je ne comptai pas repasser chez moi avant un bon moment. Je me contentai donc d’aider comme je pouvais, avec toutefois une boule au ventre à l’idée de partir ainsi alors que je n’avais même pas prévenu mes parents que j’allais bien…

Une fois les préparatifs terminés, ce qui prit moins de temps que je ne le pensais, nous sortîmes faire un tour sur la place pour profiter de nos derniers instants en ville. Les rues étaient bondées à cette heure de la journée, les artistes exhibaient leurs œuvres aux passants émerveillés qui s’arrêtaient pour les contempler longuement. Il y avait également quelques gamins s’amusant à se chamailler comme nous le faisions si souvent avec Ambre et Maya par le passé…

Je chassai ces souvenirs de ma tête. Il n’y avait aucune raison d’être triste. J’allais vaincre Hélios et les ramener saines et sauves à la maison, c’était mon seul objectif à présent.

Cette nuit-là, encore une fois, le sommeil mit du temps à venir. Dire que ça ne faisait que deux jours que tout s’était passé mais dans mon esprit, Maya et Ambre avaient disparu depuis bien plus longtemps. Peut-être parce que je n’étais pas habituée à passer autant de temps sans les voir ni leur parler.

En y repensant, grâce à elles, je n’avais jamais connu la solitude. Mais elles, que pensaient-elles réellement de moi ? Je pensais que nous partagions de manière égale les joies et les peines mais à présent qu’elles n’étaient plus là, j’avais l’impression que je me reposais sur elles en réalité. Je pensais les soutenir mais je n’en avais jamais eu l’occasion car je me reposais toujours sur elles sans même remarquer que je n’étais peut-être pas la seule à traverser des moments difficiles.

Décidemment, je me trouvais bien égoïste tout à coup. Même ma vengeance contre Hélios, je ne savais pas si c’était plus pour me donner bonne conscience, me dire que je leur ai été utiles que pour réellement me venger… Je me demandais bien comment elles pouvaient me supporter malgré ça.

« Dis-moi, June, chuchotai-je.

-Oui ? Me répondit-elle à moitié endormie.

-Pourquoi est-ce que tu fais tout ça pour moi ? »

Mon amie ne me répondit pas tout de suite et je crus qu’elle s’était rendormie mais après quelques secondes, j’entendis à nouveau sa voix.

« Parce que nous sommes amies…j’imagine.

-Mais, est-ce que « être amies » justifie vraiment de risquer sa vie ?

-Pas vraiment…D’un point de vue purement rationnel du moins.

-Et tu n’as pas envie d’oublier toutes ces histoires et de reprendre une vie normale avant que tout ne dégénère pour toi aussi ?

-Pas vraiment…non. »

Je ne comprenais pas…Pourquoi June, Ambre et Maya se donnaient-elles autant pour moi qui n’avais jamais rien fait d’autre qu’amuser la galerie ? Être simplement amie ne justifiait en rien d’aller jusqu’à se sacrifier pour me sauver.

« Tu sais…Angéla…crois-en mon expérience…Les êtres chers disparaissent toujours au moment où l’on s’y attend le moins…Alors, pour éviter de souffrir, certains décident de disparaitre avant eux…Je suis certaine que c’est cela qui a poussé Ambre et Maya a se sacrifier pour toi.

-C’est cruel…

-Mais toi, est-ce que tu ferais la même chose pour l’une d’entre nous ? Reprit June d’une voix toujours ensommeillée.

-Evidemment, la question ne se pose même pas…

-Dans ce cas, tu as ta réponse. »

June se retourna dans son lit et sa respiration ralentit, signe qu’elle s’était endormie pour de bon cette fois. Je soupirai avant de remonter la couette sur ma tête, décidant d’arrêter de penser à cela pour ce soir. Tout était encore bien trop frais dans mon esprit pour avoir un avis sensé. Seul le temps pouvait me permettre de comprendre…


Le lendemain, nous nous rendîmes à l’aéroport tôt dans l’après-midi, le matin ayant été entièrement consacré à la recherche des billets perdus par le professeur. June ne manqua pas de faire remarquer que sans Jet privé, nous aurions été coincés par la faute de son père.

Mais heureusement, tout s’était arrangé et nous nous trouvions à présent devant l’avion qui devait nous amener à Genève, là où Hélios se terrait apparemment et là ou je comptais bien en finir une bonne fois pour toute.

Alors que les bagages étaient en train d’être chargés dans le taxi pour l’aéroport, je repensai subitement à mes parents…qu’allaient-ils dire s’ils ne me voyaient pas pendant trop longtemps ? Pour l’instant je ne m’étais pas inquiété de leur réaction, j’ai l’habitude de m’absenter quelques jours sans prévenir après tout, mais cette fois-ci, je ne savais même pas si j’allais rentrer un jour et, même si nous nous battions souvent, je me sentais mal de leur faire ça…

Certes, je voulais venger mes amies et détruire Hélios mais je ne pouvais pas ne même pas prévenir mes parents de ce qu’il se passait. Et puis, June était tellement plus compétente que moi que j’allais sûrement être une gêne plus qu’autre chose dans leurs investigations.

« Angela ? Tu viens ? Me lança mon amie qui s’apprêtait à monter dans la voiture.

-Désolée June…mais je ne peux pas venir…Lui répondis-je en baissant les yeux.

-Mais pourquoi ça ?

-J’ai…encore des choses à régler ici avant de partir. Mais ne vous inquiétez pas, je vous rejoindrai dès que j’aurai fini ! »

June fronça les sourcils, sceptique. Je crus qu’elle allait m’emmener de force mais à la place elle se contenta de me tendre la main avec un sourire.

« Je te comprends. J’imagine donc que c’est un au revoir pour le moment.

-Pas pour longtemps je te dis, ça ne sera pas long mais je ne veux pas vous retarder.

-Essaie juste de ne pas te faire tuer pendant ce cours laps de temps alors, me lança-t-elle en me serrant dans ses bras.

-J’essaierai oui, mais je ne promets rien. Après tout, je suis un aimant à problème, c’est bien connu. »

Nous rîmes de bon cœur toutes les deux. Je n’avais vraiment pas envie de lui dire au revoir mais je ne pouvais pas non plus faire un coup pareil à mes parents…

John, dans un élan de confiance aveugle, me confia les clés de son appartement puis May sortit son téléphone, parla rapidement avec quelqu’un et prononça ces mots qui, dans un autre contexte, seraient sortis d’un rêve.

« Angéla, je sais que la ville n’est pas sûre en ce moment avec ce qu’il s’est passé à l’école il y a deux jours. C’est pourquoi, j’ai demandé à Violet si elle pouvait t’accueillir, le temps que tout se calme et elle a aimablement accepté. Son majordome, Elwood, sera ici d’une minute à l’autre. »

Je crus que j’allais m’évanouir en entendant cela mais je fus ramenée très rapidement à la réalité lorsque la mère de June me prit dans ses bras.

Je lui rendis son étreinte et je vis le couple, ainsi que mon amie, s’éloigner avant de disparaitre au coin de la rue.

Enfin…J’étais vraiment seule à présent…Cela me faisait tout drôle que ma dernière amie soit partie également mais je ne m’inquiétais pas vraiment. Si je n’étais pas dans les parages, elle ne risquait sûrement rien.

Désormais, il ne me restait plus qu’à m’améliorer pour pouvoir me représenter devant June, Ambre et Maya avec la force nécessaire pour leur être utile, pour ne plus avoir besoin de me reposer sur elles, pour vaincre Hélios.

Tout à coup, alors que j’attendais depuis déjà dix minute la voiture de cet Elwood sur un banc, j’entendis le bruit d’une explosion tout près de moi.

Sans réfléchir et voyant déjà le désastre de l’école se reproduire, je me précipitai vers l’origine de l’explosion, tout en gardant mes distances, préférant éviter de foncer une nouvelle fois dans le tas sans avoir un plan avant.

Ce que je vis me sidéra mais me mit également hors de moi : Hélios était là, toujours habillé comme un guignol échappé d’un bal costumé, entouré d’une rangée d’hommes portant des capes pourpres et faisant face à un garçon à l’air terrifié. Il n’était ni très grand, ni très petit, aux cheveux blonds assez long avec deux mèches rebelles redressées comme des antennes. Son visage était fin et ses yeux bleus respiraient la peur, ce que je pouvais comprendre.

Alors comme ça, je n’étais pas la seule cible de ce fou…J’étais à la fois rassurée et effrayée, comprenant de moins en moins les motivations de celui qui se prétendait roi.

Une chose était sûre, Hélios était là, devant moi et ne semblait pas m’avoir remarquée. C’était l’occasion idéale de lui faire payer !

Néanmoins, je refreinai mon envie d’aller lui botter le derrière et me cachai derrière un mur, observant la scène de loin, comme l’aurait fait June.

Le garçon qui lui faisait face était en bien mauvaise posture. Ses habits étaient déchirés et il avait dévalé la pente sous les assauts d’un immense Dragon doré. J’avais souvent vu des Spirituals à la télévision ou même en vrai, mais celui-là…il était différent des autres. Je ne savais pas comment l’exprimer, mais il m’inspirait une certaine crainte, mais dégageait également une grande puissance, bien plus que tout ce que j’avais connu jusqu’ici.

Je déglutis. J’avais déjà galéré contre un pion de seconde zone. Etais-je réellement capable de faire face à Hélios qui se battait lui-même ?

Mon instinct prit le dessus sur ma raison lorsque je vis que la créature s’apprêtait à achever le pauvre garçon qui ne pouvait plus rien faire pour se défendre.

Dans un élan d’héroïsme, et de stupidité également, je claquai l’une des Shungite que June m’avait confiée et me jetai dans la bataille pour m’interposer.

« Light Barrier ! »

Je n’attendis même pas de voir la réaction d’Hélios devant mon irruption soudaine et je m’emparai du garçon par le col et le trainai derrière moi.


Ce fut ainsi que commença cette longue aventure à ses côtés.

En y repensant, j’avais toujours eu de la chance dans mes rencontres fortuites. Qu’il s’agisse de Maya ou Ambre, de June, de Drago ou de Darksky, je n’avais jamais cherché l’amitié de personne et pourtant je m’étais fait des amis précieux, prêts à risquer leur vie pour moi. Alors moi aussi, j’allais le faire.

Ambre, Maya, peu importe combien de temps cela allait prendre mais je me jurai de les sauver, coute que coute, et ce, même si je devais mettre ma propre vie en péril.



Chapitre 27 : Une nouvelle aurore



Spoiler :



« Tout cela me parait si lointain et si proche à la fois…Ce jour où tout a basculé…Ce jour où Hélios nous a attaquées…Ce jour où mon égoïsme a pris la vie de mes meilleures amies… »

A qui parlait Angéla ? Je l’ignorais. Mais je n’osai pas l’interrompre. Elle semblait perdue dans ses souvenirs, rongée par le regret et le chagrin. Pour la première fois depuis que je la connaissais, cette jeune fille enjouée, pleine d’énergie et toujours prête à foncer dans le tas, montrait une autre facette d’elle-même, le visage qu’elle s’efforçait de cacher derrière son sourire radieux.

« J’ai été une idiote du début à la fin, reprit-elle encore plus doucement qu’avant, comme si elle se parlait à elle-même. Je leur ai créé des soucis inutiles et même après ça, elles se sont sacrifiées pour moi alors qu’Hélios…Non, alors que Gariatron avait attaqué notre lycée…Tout ça parce que j’ai été trop sûre de moi, parce que je refusais de regarder la vérité en face et d’admettre mes faiblesses, parce que j’étais trop bornée et orgueilleuse… »

Sa voix se brisa et elle marqua un autre temps d’arrêt. Je vis alors une larme cristalline se former au creux de son œil et couler le long de son doux visage, puis deux, puis trois avant qu’un torrent de larmes s’écoule de ses yeux.

« Pourquoi…Pourquoi suis-je incapable de me protéger moi-même ? Pourquoi quelqu’un doit-il toujours se sacrifier pour moi ? Pourquoi est-ce que je cause autant de problèmes à tous ceux qui m’entourent ? Pourquoi suis-je un tel fardeau pour tout le monde…Sanglota la jeune fille tout en esquissant un sourire.

-Je…Je ne peux pas prétendre savoir ce que tu as vécu, Angéla…Mais je peux affirmer que tu es tout sauf un fardeau…Déclarai-je alors.

-Vraiment ? Et qu’est-ce qui peut te faire affirmer ça ? Répliqua-t-elle, étonnée.

-Le fait que je sois là aujourd’hui j’imagine. »

Les larmes de la jeune fille cessèrent de couler pendant un instant et elle me fixa intensément, comme si j’étais devenu fou, à un tel point que cela en devint vite gênant et je fus obligé de détourner le regard.

« Et bah…Tu sais…Tu m’as sauvé à Montmartre quoi…Balbutiai-je, troublé. Sans toi, Hélios m’aurait sûrement anéanti…

-Ah ça…Ce n’était rien, je ne faisais que passer par là…Me répondit-elle en détournant elle aussi le regard en s’empourprant légèrement.

-Mais le résultat est là, non ?

-J…J’imagine que tu as raison oui, bégaya-t-elle. Mais ce n’était qu’un coup de chance…

-Vraiment ? Et quand tu as remonté le moral de Darksky alors que Marie était dans le coma ? Ou lorsque tu nous as encouragés à faire confiance à Hélios, c’était de la chance aussi ?

-N…Non, évidemment, mais je ne vois pas où tu veux en venir…

-Simplement que tu n’es pas un fardeau, Angéla. Je ne peux pas parler à leur place, mais je suis persuadé que si tes amies se sont sacrifiées pour toi, c’était justement parce que tu en valais la peine.

Malgré la situation, je réussis à ce moment-là à arracher un petit rire à mon amie et, d’un revers de la manche, elle essuya les quelques larmes qui coulaient encore sur ses joues.

-Peut-être oui…June m’a dit quelque chose de similaire aussi…Mais ça n’empêche pas que je combats plus pour les retrouver que pour les sauver…

-Et alors, en quoi est-ce mal ? M’étonnai-je. Que tu combattes pour toi-même ou pour elle, cela ne change pas que tu les apprécies, n’est-ce pas ?

-Oui…J’imagine que tu as raison, me sourit-elle enfin. »

Mon amie, comme ayant retrouvé toute son énergie et son entrain habituel, se leva d’un bond, me faisant sursauter et levant le poing vers le ciel.

« Tu vas voir Gariatron, je vais venir te chercher et te faire ta fête puis je sauverai mes amies ! Ambre, Maya, je vous fais ce serment, un jour, nous serons à nouveau réunies ! Alors s’il vous plait…attendez-moi…où que vous soyez… »

Une étoile filante fendit le ciel à ce moment-là comme pour confirmer sa promesse et je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour en voyant cela. Décidemment, Angéla possédait quelque chose de rare et précieux, ce don de faire face à l’adversité la tête haute et d’aller de l’avant sans hésiter. Certains auraient pu voir cela comme de l’inconscience mais pour moi, c’était ce qui faisait sa force et ce dont j’avais moi aussi besoin pour avancer…

Mon amie se retourna alors vers moi et des larmes lui coulaient encore du visage, mais cette fois-ci, ce n’était plus des larmes de tristesse mais de joie.

« Dis-moi, Drago, enchaina Angéla d’un air gêné cette fois, je me demandais…mais qu’est-ce que tu comptes faire une fois que tout cela sera terminé ? Tu comptes retourner dans ton monde ou bien…

-Terminé ? Tu ne penses pas que c’est un peu trop tôt pour penser à ça alors que nous venons à peine de commencer ce conflit ? Ironisai-je gentiment. Mais dans tous les cas, je ne pense pas retourner chez moi…Il y a trop de souvenirs douloureux dans mon monde, je ne pense pas que je pourrais vivre comme avant…

-Oh, je vois… »

Angéla m’adressa un large sourire et croisa les jambes ainsi que les bras dans son dos avant de lever les yeux au ciel.

« Je me disais juste…tu n’as nulle part où aller dans ce monde, n’est-ce pas ?

-C’est vrai…Lui répondis-je en me mordant la lèvre, me rendant moi-même compte de ce détail.

-Dans ce cas, que dirais-tu de venir vivre à Paris ? »

J’avalai de travers en entendant cela et je me mis à tousser frénétiquement tandis que la jeune fille éclata de rire en me voyant ainsi.

« Pas chez moi évidemment, s’amusa-t-elle. Mais Sherry pourrait facilement te trouver un appartement.

-Effectivement, ça me permettrait de ne pas finir dans la rue entre deux poubelles…

-Et puis, tu pourrais faire la connaissance de June, Ambre et Maya aussi comme ça ! Je suis certaine que tu t’entendrais bien avec elles !

-Pourquoi pas, je suis curieux de voir à quoi ressemblent tes amies, ris-je.

-Tu verras, elles sont toutes exceptionnelles ! Enfin, Maya risque de te bizuter un peu mais tu survivras je pense ! Sauf si elle te fait une prise de catch comme à Aymeric mais c’est une autre histoire ça…

-Pourquoi pendant un instant, j’ai cru que tu avais des amies normales…grimaçai-je en imaginant cette fille comme un bull dog… »

Nous éclatâmes de rire en même temps sans pouvoir nous arrêter avant deux bonnes minutes, lorsque nous fûmes à bout de souffle. Mais, pendant ces deux minutes, je pus oublier tous mes soucis et mes angoisses. Gariatron, Shadow, les esprits de la terre, la mort de mes parents, tout avait disparu l’espace de quelques instants, me redonnant l’impression de rire d’un rien simplement avec une vieille amie…

Soudain, la lueur de la lune changea et ses doux rayons se mirent à éclairer la plaine aride devant et ce que je vis me laissa sans voix. La pierre, quelques heures auparavant totalement nue et dénuée de vie, était maintenant d’un vert émeraude et scintillant sous les rayons de la lune.

Je ne pouvais pas dire s’il s’agissait de simples lichens ou d’autre chose…mais je n’avais pas de mot pour décrire ce paysage féérique qui s’offrait à nous.

Je me tournai vers Angéla et je vis qu’elle aussi était émerveillée et que des étoiles dansaient dans ses yeux.

« Des fleurs du Crépuscules, murmura Angéla.

-Des quoi ? Répétai-je, n’ayant jamais entendu parler de ces fleurs.

-Des fleurs du crépuscule, répéta-t-elle doucement. Des fleurs qui ne peuvent fleurir que durant un très court moment, juste avant l’aube, et uniquement dans des régions exposées à un très fort rayonnement solaire. »

Angéla marqua une pause et se baissa pour en ramasser une avant de la mettre délicatement dans sa poche.

« Maya va être verte de jalousie quand elle va voir ce que je lui ai ramenée…Et dire qu’on s’était perdue en forêt à cause d’elle juste parce qu’elle voulait absolument trouver cette fleur des contes pour enfants et qu’en plus Ambre s’était foulée la cheville…Lança-t-elle avec un sourire nostalgique aux lèvres.

-Tes amies ont l’air vraiment spéciales quand même… »

Mais entendre Angéla relater ses aventures fit remonter soudain en moi des vieux souvenirs. Encore une fois, ils étaient très flous et il m’était impossible de les dater ou de les situer mais…Je me voyais, sur le toit d’une école, entouré d’une petite fille sautant dans tous les sens, un garçon grognon et rébarbatif, et cette autre fille aux cheveux bleus comme le ciel de la nuit mais dont le visage ne me revenait pas, comme s’il était dissimulé derrière la brume de mes souvenirs…

Les premiers rayons du soleil pointèrent soudain leur lumière rougeâtre derrière la montagne au loin, faisant scintiller de plus belle les fleurs nocturnes et projetant d’immenses ombres sur la plaine. La fraicheur de la nuit commençait à faire place à une douce chaleur protectrice et réconfortante.

Angéla à côté de moi commença à s’étirer en baillant bruyamment avant de se tourner vers moi en me lançant un regard doux.

« Allez Drago, il est temps pour toi d’aller dormir je pense, déclara-t-elle en plongeant son regard dans le mien. Ne t’inquiète pas, je vais veiller jusqu’à votre réveil. De toute façon, je n’arriverai pas à retrouver le sommeil maintenant. »

Je n’eus aucune objection à cela, me rendant alors compte que j’avais veillé presque toute la nuit et que tous mes membres étaient endoloris.

Sans protester, je me levai et pris la direction de notre camp improvisé. Je me retournai cependant une dernière fois et je vis qu’Angéla s’était assise à ma place et contemplait ce lever de soleil tandis que les étoiles disparaissaient lentement dans le ciel embrasé du matin.


Chapitre 28 : Retrouvailles



Spoiler :



Je fus réveillé par une sensation agréable en-dessous de moi, comme si j’étais allongé sur un matelas moelleux et chaud alors que, lorsque je m’étais endormi, mon dos reposait sur une pierre dure et froide.

Intrigué, j’entrouvris un œil dans mon demi-sommeil et ce que je vis acheva de me réveiller totalement. Le sol, auparavant vide et dénué de vie s’était transformé en l’espace d’une seule nuit en une vaste plaine verdoyante parsemée d’herbe et de fleurs émanant des parfums délicieux.

Je me frottai les yeux et me pinçai pour m’assurer que tout était réel mais rien ne changea et je restai bouche bée devant ce spectacle pendant plusieurs secondes.

Mais, alors que Marie et Drago étaient toujours en train de dormir paisiblement, je remarquai qu’Angéla manquait à l’appel.

Il ne me fallut pas plus de deux minutes pour trouver la jeune fille, assise un peu plus loin derrière nous, au bord du ravin, regardant fixement au loin la montagne de brume couronnée d’un soleil levant rougeoyant et rassurant.

« Eh bien, c’est rare de te voir debout de si bonne heure, lui lançai-je. »

Angéla sursauta en m’attendant et manqua de tomber dans le ravin puis me lança un regard totalement perdu.

« Hein…Quoi ? Je ne dormais pas, je montais la garde ! Se défendit-elle.

-Parce que tu penses que beaucoup d’ennemis vont surgir de ce précipice ? Raillai-je en m’installant à côté d’elle pour admirer le lever du soleil.

-On ne sait jamais, l’ennemi peut surgir de n’importe où, rétorqua Angéla avec un sourire malicieux.

-Peut-être…mais à moins que notre ennemi soit un aigle, il y a peu de chance pour qu’il puisse escalader une pente en angle droit…

-Tu manques sérieusement d’imagination mon pauvre Darksky. Il pourrait très bien s’agir d’un griffon ou d’un dragon, on ne sait jamais ! »

Je soupirai, encore à moitié endormi et je ne relevai pas davantage. Mes blessures de la veille me faisaient encore souffrir même si je me sentais un peu mieux grâce aux soins de fortune que m’avait procuré Marie.

Nous avions peut-être réussi à échapper au Sphinx, mais à présent, nous étions perdus au milieu de nulle part avec un démon du nom de Gariatron en liberté. Pourquoi Laura était-elle alliée à une telle créature ? Bien qu’elle m’ait raconté son histoire, je n’arrivais toujours pas à saisir ses véritables motivations. Car je doutais fort que Saya seule ait suffi à la rendre folle au point de vouloir détruire l’humanité…

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, mon ventre gargouilla et me rappela que je n’avais rien mangé depuis plus de vingt-quatre heures. En entendant cela, Angéla mit la main dans sa poche et sortit une barre de chocolat qu’elle me tendit d’un air amusé.

« Alors, on a faim à ce que je vois ? Me lança-t-elle.

-Parce que toi tu n’es pas affamée ? Répliquai-je en rougissant. Et puis d’abord, d’où tu sors ça ?

-Je fais toujours des provisions quand je pars en exploration. Depuis que je me suis perdue en forêt avec Maya, je prévois toujours le pire : me répondit-elle en haussant les épaules. »

Un léger frisson me parcourut l’échine lorsqu’Angéla prononça ce nom. Même si je ne connaissais pas cette fille, je pouvais facilement deviner qu’il s’agissait de l’une des personnes qu’Hélios avait arrachée à la jeune fille et pour qui elle se battait…Mon cœur se serra en entendant cela et je me tournai vers la blonde qui avait entamé elle aussi sa barre de chocolat.

Elle semblait si décontractée en permanence…J’avais du mal à croire qu’elle se battait réellement pour quelqu’un tout en continuant à prendre les choses à la légère. Nous étions bien différents sur ce point, moi qui mettais toujours toute mon énergie, autant pour Laura que pour Marie…

« Dis…Angéla…Commençai-je prudemment. Tu te bats pour sauver tes amies…n’est-ce pas ?

-On va dire ça, oui, me répondit-elle en avalant son morceau de chocolat. Pourquoi ?

-Je me demandais juste…comment tu faisais pour ne pas y penser en permanence ?

-Ah mais j’y pense souvent, ne t’y trompe pas ! Juste que je n’aime pas me pourrir la vie stupidement, me dit-elle avec un large sourire.

-Te pourrir la vie ? Répétai-je, surpris. Mais est-ce que tu sais au moins comment tu vas t’y prendre pour les sauver ?

-Pas vraiment, non. »

Je m’étranglai en entendant cela et Angéla éclata de rire en voyant ma tête, à tel point qu’elle finit par s’étrangler elle aussi, mais avec sa barre de chocolat.

Lorsqu’elle eut fini de tousser et de reprendre son souffle, la jeune fille reprit la parole, toujours sur un ton amusé.

« Tu sais, se torturer l’esprit comme tu le fais ne fera pas avancer les choses. Je pensais aussi que m’apitoyer sur mon sort me permettrait de surmonter ces épreuves mais une amie m’a appris que, même dans les moments difficiles, il faut continuer à vivre. Après tout, tu ne comptes quand même pas retrouver ta copine en étant l’ombre de celui que tu étais, n’est-ce pas ? »

Je rougis et détournai le regard, gêné.

« N…Non, bien sûr que non ! Rétorquai-je.

-Dans ce cas, détends-toi et profite un peu de la vie sinon tu vas finir par le regretter ! S’exclama Angéla en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons. »

Peut-être avait-elle raison…Peut-être me prenais-je trop la tête…En y repensant, j’avais été comme elle avec Saya. Grâce à ma seule amie dans l’armée d’Hélios, j’avais pu oublier l’espace de quelques missions mes problèmes et vivre pleinement ma vie en étant heureux tout en gardant en tête mes objectifs…

Marie et Drago se levèrent peu de temps après et nous mîmes notre conversation en suspend pour aller les rejoindre.

Après qu’Angéla leur eut donné à eux aussi un maigre petit déjeuner, nous fîmes un rapide point sur la situation. Il n’y avait toujours pas de réseau malgré le changement de décor mais nous ne pouvions pas rester là éternellement.

D’un commun accord, nous décidâmes de nous diriger vers la plus haute montagne visible à l’horizon. J’ignorais ce qui avait poussé Ryoko à nous envoyer ici, mais connaissant sa réputation, je doutai fort qu’il nous ait téléporté au hasard. Cette montagne au loin, qui était le seul relief et le seul point de repère ici, devait certainement être son objectif.

Nous marchâmes ainsi, des heures durant, sans savoir ce que nous allions trouver au bout de ce chemin. Heureusement, quelques cours d’eau longeaient la route et nous permettaient de nous hydrater et de nous rafraichir.

Ce ne fut que vers dix-heures du soir que nous finîmes par arriver au pied de la montagne de brume.

Vue sous cet angle, elle semblait encore plus menaçante qu’avant. La roche sombre se fondait parfaitement dans l’obscurité de la nuit. Aucune végétation ne poussait autour, à l’exception de quelques petits arbustes en mauvais état. La pente était abrupte, un peu trop même pour être escaladée sans équipement et son sommet se perdait dans la nuit.

« Et maintenant ? Demanda Marie à Angéla, que faisons-nous ? C’était ton idée de venir jusqu’ici non ?

-Et bien, c’est une question à laquelle je vais m’empresser de répondre… »

Sans ajouter un mot, la blonde alla se cacher derrière Drago qui poussa un long soupir en se prenant la tête dans les bras. Tout le monde semblait désespéré, et il y avait de quoi. Nous avions peut-être atteint la montagne mais il n’y avait toujours aucune trace de civilisation et la faim et la fatigue commençaient vraiment à se faire ressentir.

Nous vîmes soudain la lumière d’une lampe s’allumer dans la nuit, à quelques pas de nous, derrière un mur de rochers. L’espoir revint en nous. Pour la première fois depuis notre réveil, nous voyions un signe de vie ! Restait à savoir si ceux qui se tenaient près de nous étaient amicaux ou non…

« De qui cela peut-il s’agir ? Chuchota Angéla de peur d’être entendue.

-Aucune idée, mais nous le saurons bientôt, dit Marie. »

Elle s’approcha sur la pointe des pieds de là où émanait la lumière, et nous fîmes de même. Elle était devant nous et observait la scène. Une fois arrivés à sa hauteur, elle nous fit signe de nous taire. Je ne compris pas tout de suite, jusqu’à ce que j’entende une voix de l’autre côté.

« Tu es sûr que c’est ici ? Parce que je ne vois absolument rien… »

Celle qui avait prononcé cette phrase était une jeune fille qui devait avoir à peu près l’âge d’Angéla, blonde aux yeux verts. Son visage harmonieux possédait des traits doux et son regard pétillait d’intelligence. Elle portait un léger gilet par-dessus un polo bleu marine. Derrière elle se trouvaient une tante ainsi qu’une table sur laquelle étaient éparpillés en désordre feuilles, stylo et instruments de géométrie.

« Absolument, répondit un autre à travers un téléphone, j’ai vérifié plusieurs fois mes calculs, et je peux t’assurer que la porte de la citadelle se trouve là où tu es.

-Justement, c’est toi qui as fait les calculs, j’aurai préféré que tu laisses d’autres les faire… »

Angéla se leva soudainement d’un seul bond sans prévenir personne et nous fit tous sursauter.

« -June ! S’exclama-t-elle. »

La jeune fille tourna la tête dans notre direction et, sans aucune once de surprise, un large sourire fendit sa figure. Notre amie sauta par-dessus le mur pour aller à sa rencontre.

« Je te laisse Papa, j’ai de la visite. »

Elle se dirigea elle aussi vers Angéla d’un pas un peu plus posé et, après une longue accolade, elle prit enfin la parole.

« Tiens, tiens, tiens, je vois que vous êtes finalement arrivés, j’ai failli attendre, lança l’inconnue d’un ton sarcastique.

-Qu’est-ce que tu veux dire ? S’étonna notre amie. Et comment se fait-il que tu sois toi aussi au milieu de nulle part ?

-De nulle part ? Qu’est-ce que tu me racontes là Angéla, pouffa l’inconnue. Tu ne vas quand même pas me faire croire que tu t’es retrouvée ici par hasard ? »

La jeune fille se mordit la lèvre d’un air attrapé.

« Evidemment que non, qu’est-ce que tu crois ! Je sais très bien où on est ! »

Angéla partit dans un fou rire tellement forcé que j’eus presque honte pour elle. Même Drago détourna le regard, gêné et ce fut Marie qui la sauva finalement.

« Et sinon, est-ce que tu pourrais nous présenter ton amie ?

-Ah oui, évidemment ! Tout le monde, je vous présente June, une de mes meilleures amies et celle qui a permis notre rencontre. June, voici Drago, Darksky et Marie.

-Enchantée, dit la jeune fille d’une voix chaleureuse. »

Son regard se posa un instant sur Drago et elle fronça les sourcils.

« Désolée d’être aussi directe, reprit June, mais où en es-tu avec Hélios Angéla ?

-Avec Hélios ? Si tu savais…Je n’y pensais même plus à celui-là, nous avons d’autres ennemis à vaincre en priorité, soupira notre amie. »

Devant l’air intrigué de June, Angéla raconta alors ce qu’il s’était passé depuis le Summoner Carnival, comment Shadow et Sawyer avaient réveillé le Sphinx et comment nous avions bien failli mourir plusieurs fois depuis. Bien sûr, elle ne passa pas sous le silence l’éveil de Gariatron. Quand elle eut fini son récit, June regarda dans le vague un moment avant de soupirer.

« Je déteste quand mon père a raison…on va encore l’entendre pendant des semaines…

-Comment ? Reprit Angéla étonnée. Raison sur quoi ?

-Sur tout malheureusement. »

Devant nos mines d’incompréhension, elle marqua une pause pour nous expliquer tout ce qu’elle savait.

« Tu te souviens de ce qu’on a trouvé à l’époque, Angéla ? J’ai profité de ces derniers jours pour approfondir un peu le sujet. Gariatron est l’être que l’on appelle le démon originel…Du moins, c’est ainsi qu’il se désigne lui-même. On ne sait pas grand-chose de lui mais, d’après les recherches de mon père, il aurait livré une bataille contre l’humanité il y a plus de dix-mille ans avant de disparaitre mystérieusement.

-Mais…Pourquoi n’en a-t-on aucune trace dans ce cas ? Demanda Marie, confuse.

-On parle des débuts de notre civilisation, ses premiers pas, d’une époque où Izrath et la terre ne faisaient qu’un. J’imagine que Gariatron a été incorporé dans une mythologie quelconque sous le signe des ténèbres. Et cette montagne ici est surement la dernière trace de ces temps reculés.

-Qu’est-ce que tu veux dire par là June ?

-C’est très simple, ma chère Angéla. Vous n’êtes plus sur terre.

-Co…Comment ?! M’étranglai-je en manquant de m’étouffer avec ma propre salive. »

A ce moment-là, l’amie d’Angéla écarta les bras avec un grand sourire et déclara simplement :

« Bienvenue en Izrath ! »


Chapitre 29 : La citadelle des dieux



Spoiler :



La nouvelle mit plusieurs secondes à arriver jusqu’au cerveau de tout le monde. Mais, lorsqu’enfin la connexion se fit entre mes neurones, je tombai littéralement à la renverse. Angéla ouvrit plusieurs fois la bouche, sans réussir à produire le moindre son. Marie émit un rire amusé. Seul Drago resta de marbre.

« En…En…En Izrath ?! Répétai-je, ayant peur d’avoir mal compris. Qu’est-ce que tu nous chantes ? C’est impossible de sens rendre en Izrath !

—Impossible jusqu’à aujourd’hui, rétorqua la jeune fille, l’œil brillant. Enfin, quand je dis en Izrath, ce n’est pas tout à fait exact. Nous sommes entre les dimensions actuellement et cette montagne que vous avez devant vous cache en réalité une construction très ancienne, mieux connue sous le nom de citadelle des dieux.

—June…Je ne sais même pas par où commencer mais… »

L’amie d’Angéla interrompit cette dernière d’un simple geste de la main.

« Quand ton père a travaillé sur le projet Hakaze, et donc sur Izrath, tu te doutes bien que c’était un jeu d’enfant pour lui de m’envoyer ici. »

La citadelle des dieux…Ce nom me faisait penser à ce dont parlait Saya avant de partir. Était-ce cet endroit qu’elle cherchait ? Et si oui, se pouvait-il qu’elle ait été ici en ce moment—même ? Mon cœur s’accéléra à cette pensée mais je me calmai très vite. L’heure n’était pas aux retrouvailles. Il fallait arrêter ce Gariatron et Laura avant tout.

« Et qu’est-ce qu’elle a de si particulier cette citadelle ? Demanda alors ma sœur.

—J’étais sûre que vous alliez me le demander, répondit June…Puisqu’il s’agit de la dernière passerelle connue entre Izrath et la terre, c’est aussi par cet endroit que transitent tous les pouvoirs que nous utilisons via nos Spirituals. Et cela vaut aussi pour des énergies plus sombres comme celle ayant provoqué le Purple Requiem…Ou la brume du désespoir. »

Les yeux d’Angéla s’agrandirent lorsque évoqua cette brume. Perdant d’un seul coup son insouciance, elle se retourna et fixa longuement son amie d’un regard rempli d’espoir.

« Alors cela veut dire…

—Oui, c’est ici que nous pourrons les sauver…

—Tu…tu es sûre de ce que tu avances June ? Bégaya la blonde, tremblante.

-certaine. Mais il faudrait que je te parle seule à seule quelques instants… »

June prit Angela par le bras et s’éloigna de quelques mètres puis commença à lui parler, trop bas pour que nous puissions les entendre, mais je voyais dans les réactions d’Angela que ce qu’elle était en train de lui dire ne lui plaisait pas.

Je me tournai à nouveau face à la roche sombre de la montagne. Si June disait vrai, la citadelle des dieux se trouvait…à l’intérieur. Cependant, il n’y avait aucune entrée, la roche était régulière et ne laissait paraitre aucune fissure, aucun creux qui aurait pu abriter la porte pour y accéder.

Je continuai de longer la paroi du regard dans l’espoir d’y trouver un indice qui nous aiderait mais la montagne semblait être faite d’un seul et unique bloc et mon regard s’arrêta soudain sur un détail qui m’avait échappé jusque-là.

Juste devant moi, à peine visibles à cause de l’obscurité et à moitié effacées par le temps, étaient gravés des inscriptions en langue antique. Elle se composait de symboles sans aucun sens pour moi, alignés les uns à la suite des autres. Je m’en rapprochai pour les voir plus distinctement.

« Tu as vu quelque chose Darksky ? Me demanda Marie en s’approchant de moi.

—Oui, regardez un peu ça, leur dis-je en montrant ma découverte. »

Angéla et June cessèrent leur discussion pour me rejoindre elles aussi.

« Bien tout cela, murmura June. Bravo, je crois que nous avons ici notre fameuse clé, ou du moins l’indication de l’endroit où elle se trouve.

—Tu arrives à lire cette langue ? S’exclama Drago pour qui ces signes devaient ressembler à de simples gribouillis.

—En effet, mon père est un « spécialiste » comme il le dit lui-même, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’origine des Spiritual, et donc des langues antiques.

—Et donc, que nous dit ce texte ? S’impatienta Angéla.

—Patience, j’allais venir. Donc, je ne vais pas m’amuser à vous le traduire en vers comme c’est écrit, mais si je résume, ce texte nous confirme que cette montagne abrite bien la citadelle des dieux et que pour y parvenir, il faut présenter ses preuves.

—Des preuves ? Mais quel genre de preuve ? L’interrogea Marie.

—Je n’en ai pas la moindre idée… »

Ce texte ne nous avançait pas du tout en fin de compte. Et moi qui pensais avoir fait une découverte majeure, nous étions de retour à notre point de départ. Ces preuves pouvaient être beaucoup de chose, surtout que nous ne savions même pas quelle forme elles avaient.

Tout à coup, l’amulette autour du cou de Drago, le sceptre Héqa, se mit à luire d’un éclat doré. Un éclair de lumière fusa vers le ciel et un rugissement déchira les cieux.

Devant nous, la silhouette d’un immense dragon d’émeraude et d’opale descendit sur Terre, perçant à travers les nuages. Quand la lumière de son corps se fut dissipée. On ne pouvait que distinguer les contours de son corps, imposant, immense et terrifiant. Ses ailes presque noires se découpaient dans

La créature se tenait devant nous, impassible, prête à exécuter le moindre des ordres de Drago.

Hélios…non, Gariatron avait perçu la puissance des dieux, et avait même réussi à se faire reconnaitre par le dieu du chaos, Apopis.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent quand je pensai à lui. Bientôt, nous devrons lui faire face et le combattre, mais il n’était pas seul, Gizeh et Darkness étaient dans le même camp, de même que Shadow et Laura… Nos chances de victoire étaient quasiment nulles…

« Darksky ! Me cria Marie, ce qui me fit sursauter. Qu’est-ce que tu attends bon sang ! «

Ma sœur me désigna le dieu des morts. Non, elle ne me désignait pas Osiris, elle me montrait les inscriptions sur la paroi. Elles semblaient réagir à la présence divine s’illuminaient d’une couleur arc en ciel. Le sol trembla, je crus que la montagne toute entière allait s’effondrer sur nous.

« Voilà ! Les preuves sont là ! Dit June avec excitation. La porte de la citadelle des dieux ne devrait pas tarder à s’ouvrir ! »

Je guettai le moindre mouvement sur la paroi. La lumière redoubla d’intensité, jusqu’à en devenir éblouissante. Je dus mettre mes bras devant mes yeux pour ne pas être aveuglé, puis elle se dissipa d’un seul coup, rendant les ténèbres à la nuit.

Quand je fus enfin remis de mes émotions, je regardai à nouveau les inscriptions. Je ne fus même pas surpris de ne plus les voir, mais de trouver à la place une ouverture béante menant vraisemblablement au cœur même de la citadelle.

« Allons-y, il n’y a plus une minute à perdre, dit Angéla en prenant la tête d’un air plus déterminé que jamais. »

Après nous être regardés droit dans les yeux pour nous donner du courage, nous nous engageâmes vers l’inconnu.

Le tunnel était si étroit que l’on devait se déplacer les uns derrière les autres, et si sombre qu’il fallait y aller à tâtons pour ne pas nous cogner sans cesse contre les murs. Heureusement pour nous, il semblait presque droit et sans bifurcation qui aurait pu être gênante. Seul le bruit de nos pas résonnait à l’intérieur, ainsi que le son des gouttelettes d’eau tombant du plafond.

Personne ne disait un mot, et un silence oppressant régnait. J’entendais mon sang battre dans mes tempes, la tension était palpable dans le groupe. Et pour cause, nul ne savait ce qui nous attendait à l’autre bout. A quoi pouvait bien ressembler cette citadelle des dieux ? Était-elle, comme décrite dans l’odyssée, un paradis ? Ou bien un champ de ruines balayées par le temps ?

Nous marchâmes presque dix minutes dans l’obscurité la plus totale, lorsqu’Angéla s’arrêta brutalement sans prévenir, si bien que tout le monde lui rentra dedans.

« On peut savoir pourquoi tu t’arrêtes comme ça Angéla ? Grogna June.

—J’ai cru sentir un courant d’air…la sortie ne doit plus être loin. »

Elle s’élança devant nous, ce qui nous obligea à courir si nous ne voulions pas être séparés. Elle avait néanmoins raison, au fur et à mesure que nous avancions, le courant d’air devenait de plus en plus fort et nous apportait des odeurs de fleurs et d’herbe.

Un mince filet de lumière se découpa alors dans les ténèbres. Je redoublai d’allure, impatient de voir enfin ce que tout le monde aurait rêvé de voir. Je la voyais enfin, la sortie, éblouissante de clarté.

« Mais qu’est-ce que… ! M’écriai-je abasourdi par le spectacle qui se tenait à mes pieds. »

Devant moi s’étendait, non pas une prairie parsemée de fleurs, mais un immense espace de désolation, une vallée stérile sur laquelle rien ne pouvait vivre. Pas une âme, pas un seul arbre, je me serais cru de retour dans le désert de pierre à mon arrivée…Il n’y avait que de la pierre noire et froide recouverte de glace bleuté et mortelle. Le vent quant à lui était totalement inexistant. Le temps semblait réellement figé à cet endroit. Au loin, un pic entouré de lumières étranges s’élevant vers le ciel, comme des aurores boréales, et cerné de rochers dont la forme évoquait d’immenses griffes, se dressait fièrement.

Cependant, entre notre promontoire et le pic, sur la vallée, les ruines d’anciens bâtiments gisaient là : des colonnes romaines, d’anciens temples, ainsi que le lit d’une rivière gelée.

Angéla, qui était arrivée avant moi, contemplait, elle aussi ce spectacle tragique, la peur dans les yeux. June lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer.

Les autres arrivèrent ensuite, et furent eux aussi frappé de trouver cette vallée et non le paysage de vie auquel nous nous attendions.

« Alors, c’est cela…la fameuse citadelle des Dieux, le berceau de la civilisation ? S’étonna Marie. Je l’aurais crue un peu plus…verte.

—Non, il s’est passé quelque chose ici…Grimaça l’amie d’Angéla. Cet endroit est comme une passerelle entre notre monde et Izrath. En temps normal, il combine les caractéristiques des deux mondes…

« Et en français, qu’est-ce que cela signifie ? Lui demanda la blonde.

—Que pendant que nous sommes ici, loin de toute civilisation, notre monde se porte bien mal…

—En effet, vous avez bien deviné, résonna soudain une voix grave. »

Mon cœur s’accéléra lorsque je reconnus la voix de Shadow. Nous nous tournâmes de tous les côtés pour déterminer l’origine mais il n’y avait personne d’autre que nous sur cette plaine.

« Pendant que vous vous amusiez avec le Sphinx de Gizeh, j’en ai profité pour mettre mes plans à exécution, de même que Gariatron.

—Montrez-vous, Shadow ! M’écriai-je. Venez nous affronter !

—Patience mon cher Darksky, ricana notre ennemi. Laura est elle aussi impatiente de t’affronter. »

Lorsque l’homme prononça le nom de mon amie, mon sang bouillonna dans mes veines. Penser qu’il manipulait Laura de la sorte me rendait fou de rage. Cependant, avant que je n’aie eu le temps de rétorquer quelque chose, Drago prit la parole.

« Dans ce cas, vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que nous venions à vous ?

—Absolument aucun…Mais avant cela, essayez simplement de traverser cette vallée qui vous sépare de nous… »

La voix de Shadow disparut lentement dans les ténèbres et, avant que le silence en soit revenu, la terre se mit soudainement à trembler et une vive lueur nous aveugla. Je sentis mon corps se figer d’un seul coup et, sans comprendre ce qu’il m’arrivait, je me sentis comme aspiré avant de perdre connaissance.


Chapitre 30 : Une vie normale



Spoiler :


Un courant d’air frais me tira de mon sommeil. Lentement, j’entrouvris un œil et je vis que je me trouvais dans une salle vide. A en juger par le plafond, je devais être au dernier étage, juste sous les toits. La décoration de la pièce était assez singulière : un grand écran plat accroché au mur d’en face, un large bureau en bois de chêne, une bibliothèque, plusieurs instruments d’astronomie et même…une douche ?

Sans vraiment comprendre où je me trouvai, je me relevai et m’étirai. Les lumières étaient éteintes mais les faibles rayons du soleil couchant passaient encore à travers la grande baie vitrée par laquelle j’avais une vue imprenable sur toute la ville. Je pouvais même distinguer le laboratoire de mon père au loin, intact…

Je sursautai en réalisant cela et je me souvins tout à coup de ce flash de lumière aveuglant et du discours de Shadow. Comment était-ce possible ? Je ne me trompai pas…ce laboratoire était bien celui de mon père, ce qui signifiait que j’étais de retour dans mon monde…

Non…Je devais faire erreur. Ça ne pouvait pas être le même laboratoire, le sien avait explosé…Je tentai d’appeler Théa pour lui demander de l’aide mais aucune réponse ne me parvint et je serrai les dents.

Je n’avais pas de temps à perdre. Il fallait que je retourne à la citadelle des dieux le plus vite possible pour arrêter Gariatron !

Je sautai aussitôt de ma chaise et me précipitai vers la porte de sortie. Mais à ce moment, quelqu’un entra dans la pièce et m’envoya la porte dans la figure, me faisant tomber à la renverse.

Je me frottai le nez avant de lever la tête, prêt à me battre s’il s’agissait d’un sbire de Gariatron mais, lorsque je vis la personne devant moi, un frisson me parcourut l’échine. Il s’agissait d’une jeune fille de mon âge, portant l’uniforme de mon ancien lycée dans mon monde. Son visage était assez fin et ses longs cheveux presque bleus tombaient en une frange fendue sur son côté, devant ses yeux vairons, bleu et vert. Sa peau était incroyablement pâle, ce qui faisait d’autant plus ressortir la couleur de ses iris captivantes.

J’avais l’impression de connaitre cette personne mais, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à lui donner un nom ni à me souvenir de qui elle était. Mais une chose était sûre : mon cœur battait la chamade rien qu’en me trouvant près d’elle.

La jeune fille me regarda pendant un instant, l’air surprise, le doigt posé sur ses fines lèvres roses, avant de me prendre une main chaleureuse pour m’aider à me relever.

« Et bien alors, Drago, cela ne te ressemble pas de courir comme ça, déclara-t-elle d’une voix amusée.

—Je…Je…Bafouillai-je sans réussir à articuler un seul mot. »

Je secouai la tête. Non, je n’avais pas le temps de discuter avec cette personne ni d’essayer de me rappeler où je l’avais vue. Je devais me dépêcher de retrouver Angéla et les autres pour arrêter Gariatron, le sort de ce monde en dépendant…

Sans ajouter un mot, je me relevai et tentai de contourner la jeune fille mais celle-ci me barra le passage et croisa les bras sur sa poitrine en gonflant les joues.

« Tu pourrais me répondre quand je te parle, Drago, grogna-t-elle. Et je peux savoir où tu vas comme ça ?

—Je ne sais pas qui tu es, mais je dois me dépêcher de retrouver Gariatron ! Rétorquai-je en tentant de forcer le passage. »

La jeune fille m’attrapa fermement par le bras et fronça les sourcils d’un air inquiet.

« Gariatron tu dis ? Tu ne m’as jamais parlé de cette personne, c’est un ami à toi ?

—Je n’ai pas le temps de discuter, Angéla et Darksky comptent sur moi !

—Angéla ? Darksky ? Mais de qui parles-tu ? Tu es bizarre aujourd’hui…Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir après qu’on s’est séparés ? »

Je m’arrêtai un instant et je fixai la lycéenne, les yeux ronds de surprise.

« Comment ça…hier soir ? Répétai-je, interdit. Hier soir…j’étais perdu au beau milieu de nulle part dans les montagnes…

—Oula, je sens que tu as pris un sérieux coup sur la tête quand j’ai ouvert cette porte ! S’exclama-t-elle en riant. Je te rappelle qu’on a observé les étoiles toute la nuit avec Ichigo et Kagari, espèce de tête en l’air.

-les…Etoiles ? »

Ma main se mit à trembler et je commençai à reculer prudemment tandis que la jeune fille continuait à me regarder comme si j’étais devenu fou.

« Sérieusement, dormir dans la salle de club n’a pas l’air de te faire le plus grand bien…Soupira-t-elle en posant son sac sur la table.

—J’ai…Dormi dans la salle de club ? Repris-je, toujours abasourdi.

—Et bien on t’a laissé ici et tu n’es pas venu en cours aujourd’hui. J’en conclus donc que oui, tu as dormi dans la salle de club. »

Perdu, je me pris la tête dans les bras et je m’assis sur une chaise, commençant à transpirer à grosses gouttes à mesure que mes sens se troublaient.

« Mais…Et l’explosion du laboratoire ? Et Gariatron ? Et la fin du monde ? Et les esprits de la terre ? Murmurai-je en regardant le sol.

—Oh, on dirait que tu as fait un mauvais rêve, je me trompe ?

—Un…mauvais rêve tu dis ?

—Bah…Oui, aux dernières nouvelles, le laboratoire n’a pas explosé, me répondit-elle en haussant les épaules. »

Un mauvais rêve…Etait-ce possible que ces dernières semaines n’aient été qu’un rêve ? Une illusion créée de toute pièce ? Visiblement, c’était la vérité. Ma famille devait être toujours vivante, je n’avais pas quitté le lycée ni rencontré Angéla et les autres…

D’un côté, cela me rassurait de savoir que ma famille allait bien et d’un autre, je ressentais un immense vide au fond de moi en comprenant qu’aucun des liens que j’avais tissé n’était réel et que la seule réalité était cette vie monotone et ennuyeuse dans mon monde.

Résigné, je relevai la tête et me tournai vers la jeune fille et un nom me traversa l’esprit, comme un fragment de mémoire qui me revenait.

« Tu…Tu dois avoir raison, Hoshino…

—Hoshino ? S’étonna-t-elle, amusée. C’est bien la première fois que tu m’appelles par mon nom de famille. »

Sans ajouter un mot de plus, la dénommée Hoshino fouilla dans son sac et me lança un sandwich que j’attrapai au vol puis je m’installai machinalement à la grande table qui trônait au milieu de la pièce.

Nous mangeâmes en silence mais cela ne sembla pas déranger mon « amie ». J’aurais bien dit quelque chose mais mon esprit était encore totalement embrouillé et j’avais du mal à accepter que tout n’ait été qu’un rêve…

Finalement, le silence fut brisé lorsque la porte de la salle s’ouvrit brutalement et qu’une fille aux cheveux blancs entra avec fracas, suivie d’un garçon à l’air très peu sympathique.

« Et voilà, enfin fini avec la paperasse ! S’exclama la nouvelle venue. Avec ça, on devrait être tranquille pour quelques temps, pas vrai Ichigo ?

—Si tu le dis, Kagari, grogna le garçon en s’asseyant à côté de moi. »

Je regardai attentivement les deux nouveaux élèves. Etrangement, contrairement à Hoshino, je pouvais les nommer précisément : Mina Kagari et Hajime Ichigo, les deux délégués de la classe. Dans mes souvenirs, nous nous parlions de temps en temps mais sans plus…

« Donc maintenant que nous sommes libres, on va pouvoir se concentrer sur notre planétarium ! Enchaina la fille aux cheveux blancs avec entraîn.

—Un…Planétarium ? Repris-je, étonné.

—Ne me dis pas que tu as déjà oublié que pour la fin de l’année, on doit en construire un et le présenter aux autres ! Me gronda Hoshino. C’était même ton idée !

—Ah…Oui, je m’en souviens…Mentis-je.

—Quelle idée stupide, grogna Ichigo sans même nous regarder. »

La conversation se prolongea pendant une bonne heure et, même si j’essayais de parler le moins possible pour ne pas attirer les soupçons, personne ne s’en étonna, comme si j’étais dans mon état normal.

Mais, plus les minutes avançaient et plus j’avais l’impression de retrouver quelque chose que j’avais perdu, comme si les souvenirs oubliés dans ce monde…non, dans ce rêve étaient en train de revenir peu à peu…

Finalement, la cloche sonna et nous retournâmes en cours. La encore, je retrouvai des sensations connues, me confirmant que j’étais bien dans la réalité et non dans un rêve.

La journée avança, je prenais des notes dans mon cahier comme si je l’avais toujours fait et, peu à peu, je me mis à oublier Gariatron, exactement comme un rêve se dissipant lentement après le réveil.

Lorsqu’enfin les cours se terminèrent, je repris ce long chemin que je connaissais si bien pour rentrer chez moi. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que mes pieds n’avaient pas foulé cette route alors que, si tout ce que j’avais vécu avait été un rêve, cela ne faisait pas plus d’une journée…

Alors que j’étais presque arrivé chez moi, je décidai de faire un détour par le laboratoire pour m’assurer que tout allait bien et que mon père ne courait aucun risque.

Lorsque j’arrivai devant le grand bâtiment, mon cœur s’accéléra. Tout était intact. Sur le parking, des dizaines de voitures étaient garées et le vigile à l’entrée semblait dormir à moitié comme toujours. Ainsi, je me faufilai à l’intérieur et, sans perdre une seconde, je me dirigeai vers le bureau de mon père mais ce dernier était fermé à clé. Il avait déjà dû rentrer à la maison.

« Tiens, mais si ça n’est pas Drago, ça faisait longtemps, dit une voix derrière moi. »

Je me retournai et je me retrouvai nez à nez avec l’assistant de mon père, un homme d’une quarantaine d’années répondant au nom de Fuji Makoto. J’avais presque oublié son existence…

« Ah…Bonjour…Lui répondis-je peu enthousiaste. Je ne faisais que passer…

—Si tu cherches ton père, il est déjà rentré.

—D…D’accord… »

Soudain, en repensant à l’explosion du laboratoire, une question me traversa l’esprit et, sans réfléchir, j’interrogeai l’homme que j’avais sous la main.

« Dites, je voulais vous demander, mais sur quoi travaillez-vous en ce moment ? »

L’homme prit un air légèrement surpris lorsqu’il entendit cela mais me répondit.

« Eh bien, ton père ne t’en a pas parlé ?

—N…Non, mentis-je.

—Je ne le croyais pas si secret mais bon, puisque tu es son fils, je peux bien te le dire : nous tentons des expériences sur des noyaux de krypton.

—Des…Des noyaux de Krypton ? Bégayai-je en reculant d’un pas. »

Mon cœur rata un battement et mes mains se mirent à trembler tandis qu’une goutte de sueur perla de mon front et, même si je fis tout pour cacher mes réactions, Fuji Makoto remarqua mon attitude étrange et me lança un sourire rassurant.

« Oh, ne t’inquiète pas, il n’y a aucun risque, tout est sous contrôle. Après tout, ton père n’en est pas à sa première tentative dans le domaine !

—Je…je veux bien vous croire…et si vous m’excusez, je dois rentrer avant qu’il ne s’inquiète pour moi justement. »

Le saluant en coup de vent, je me dépêchai de quitter le laboratoire et, alors que je courais sur la route, une affreuse sensation de déjà—vu m’envahit.

Je m’arrêtai net. Les gens qui marchaient là, ce chien aboyant sur un enfant apeuré, ce ciel rouge et cette fumée provenant du laboratoire et montant haut dans le ciel…j’avais déjà vu ce tableau…Quand ? J’aurais été incapable de le dater précisément mais c’était une certitude…

Se pouvait-il que cette lumière aveuglante m’ait en réalité renvoyé dans le passé, avant l’accident ? Je n’avais même pas pensé à regarder la date ! Il fallait que j’en ai le cœur net et, s’il s’avérait que j’avais raison, je me devais de trouver un moyen de retourner à mon époque !

J’accélérai le pas pour rentrer chez moi mais, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de la maison, je vis Hoshino adossée à notre portail, attendant quelque chose en regardant fixement le sol. Lorsqu’elle me vit, cette dernière m’adressa un grand sourire.

« Eh bien, tu t’es perdu en rentrant ? Railla-t-elle.

—J’ai juste fait un détour : répondis-je évasivement tout en ouvrant le portail. »

Une fois de plus, Hoshino me retint par le bras et me tendit une petite enveloppe scellée. A ce moment-là, mon sentiment de déjà—vu s’amplifia, jusqu’à se transformer presque en véritable souvenir. Je revoyais clairement cette fille me donner une enveloppe similaire à la sortie des cours et, même si nous n’étions pas devant chez moi mais encore en classe, la situation était presque identique…

La jeune fille rougit et commença à se dandiner d’un pied sur l’autre

« Dis…Je me disais…j’organise une fête ce soir…et tu pourrais peut-être…tu sais…

—Hoshino, la coupai-je alors d’une voix sérieuse qui la surprit.

—A…arrête de m’appeler comme ça, c’est étrange…

—dis-moi, quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

—Et bien… »

Le son de la voix de la jeune fille fut soudain étouffé par celui d’une puissante explosion et un vent violent balaya la ville, nous envoyant poussières et particules fines dans les yeux. Lorsque l’onde de choc fut passée, ce que je redoutais s’était produit : le laboratoire avait explosé…

Par réflexe, je me précipitai à l’intérieur de la maison, laissant Hoshino en plan mais il n’y avait personne à l’intérieur…

Désespéré, je tombai à genoux sur le sol et je ne pus retenir mes larmes. Encore une fois…Encore une fois, je venais de perdre ma famille et, illusion ou non, le revivre était bien plus douloureux que je ne le pensais…

J’entendis des bruits de pas derrière moi et je sentis la main chaude d’Hoshino se poser sur mon épaule. Mais je ne me retournai pas. Si tout cela était la réalité, ce n’était plus qu’une question de temps avant que je ne rejoigne Darksky et les autres…Enfin…je l’espérais…

« Drago…Murmura mon amie.

—Désolé…Hoshino…Je ne suis pas celui que tu crois…

—C…Comment ? Mais…Tu es Drago, mon ami d’enfance, n’est-ce pas ? Reprit-elle d’une voix tremblante.

—Peut-être…Peut-être pas…Je ne le sais pas moi-même. Mais je suis sûr d’une chose…Ma place n’est pas ici.

—Que…Que veux-tu dire ?

—J’ai rencontré des gens formidables il y a quelques temps…Des gens qui m’ont aidé, des gens avec qui j’ai vécu des aventures que j’aurais crues impossibles en temps normale, des gens qui ont besoin de moi en ce moment—même…

—Des…Gens qui t’ont aidé ? Je ne comprends pas…Moi aussi je t’ai aidé ! J’en suis la preuve vivante ! S’exclama-t-elle d’un air désespéré. »

Je me tournai vers elle et je vis son œil vert se mettre à briller et je ne pus m’empêcher de sourire.

« Dans ce cas, je te remercie, Hoshino, déclarai-je en lui souriant malgré moi.

—Tu…Tu me remercies ? C’est tout ce que tu as à me dire ? S’écria-t-elle en reculant. »

La jeune fille fut soudain entourée d’une aura sombre tandis que la lueur dans ses yeux s’intensifia et je grimaçai. Le monde autour de moi se mit à trembler, le vent se leva, le ciel se couvrit de nuage noirs menaçant et des éclairs illuminèrent cet espace sombre qu’était devenu ma ville…

Mais, devant ce spectacle, je n’eus aucune réaction, comprenant alors ce qu’il se passait et je gardai mon sang froid.

« Tu n’es qu’un ingrat, Drago ! J’ai consacré toute ma vie à te rendre le sourire et toi, tu m’oublies en l’espace d’une nuit !

—Je n’ai pas à me souvenir d’une illusion, répondis-je sans aucune émotion.

—Une…Illusion ?! S’écria Hoshino folle de rage. Alors c’est tout ce que j’ai été pour toi ? Tu étais tellement égocentrique que je n’existais même pas pour toi ?!

—Non…Ce monde entier est une illusion. Rien n’est réel. Je ne sais pas qui tu es mais je suis certain d’une chose : même si tu es réelle, ici, tu n’es rien d’autre qu’un produit de mon imagination. »

Dans un cri de rage, Hoshino se jeta sur moi et tenta de me donner un coup de poing dans le ventre mais j’esquivai facilement son attaque en faisant un pas sur le côté. Devant ma réactivité, la jeune fille eut un moment d’hésitation mais repassa aussitôt à l’attaque.

Cette fois-ci, je ne bougeai pas et j’attrapa son poing dans le creux de ma main, parant totalement son offensive tout en l’empêchant de s’enfuir.

« Hoshino…Je suis désolé… »

Rassemblant toutes mes forces, et oubliant totalement qui j’avais en face de moi, j’assénai à la jeune fille un violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya valser à deux mètres. Mais contre toute attente, elle se releva sans aucune égratignure et se mit à rire tandis que je me remis sur mes gardes, prêt à parer une autre attaque.

« Toi…Vraiment…Jusqu’au bout, tu auras été une véritable ordure avec celle qui t’a sauvé, il y a dix ans…Ricana-t-elle.

—Je ne crois pas la parole d’une illusion, rétorquai-je froidement.

—Et pourtant…Ce n’est que la stricte vérité, mon cher Drago. »

Je fronçai les sourcils alors que le doute m’envahissait. Tout ce qui m’entourait, y compris cette fille, ne devaient être que des mirages créés par Gariatron pour nous tenir éloignés de lui mais, je n’aurais su dire pourquoi, cette fille me semblait familière bien que je n’en aie aucun souvenir…

« Tu as raison, je ne suis qu’une illusion, tout comme ce qui t’entoure, déclara calmement Hoshino. Cependant…Toute illusion prend sa source quelque part…

—Que veux-tu dire ? Lui demandai-je, sur mes gardes.

—C’est simple, je ne suis que la matérialisation de tes souvenirs, Drago.

—C’est impossible. Je ne connais pas cette Hoshino.

—Vraiment ? Donc tu m’as bel et bien oubliée ? Je suis déçue, moi qui pensais que je comptais un minimum pour toi, lança l’illusion d’une voix remplie de sarcasmes. »

Je fronçai les sourcils à nouveau. Au fond de moi, je le savais…Je savais que cette illusion disait la vérité et que quelqu’un portant le nom d’Hoshino avait joué un rôle dans ma vie autrefois…Même si je n’en avais aucun souvenir…

« Enfin, je ne suis pas étonnée. Après tout, tu ne m’accordais aucune importance et tu me fuyais volontairement même. Je suis bien bête d’avoir tenu un jour à toi.

—Ne parle pas à la place de la personne que tu copies, rétorquai-je.

—Mais je ne parle pas à sa place. Je ne fais que répéter ta pensée quand tu imaginais ses pensées.

—Arrête d’inventer de choses. Tu pourrais me dire que j’étais amoureux d’elle, comme je n’ai aucun souvenir, je ne pourrais pas le démentir.

—Libre à toi de ne pas le croire.

—Tu crois vraiment que je vais gober une seule miette de ce que tu me dis, serviteur de Gariatron ? M’exclamai-je alors. Je n’ai qu’un seul objectif : reprendre le flambeau de ma sœur et rendre à Angéla et Darksky ce qu’ils m’ont donné !

—Je vois…Puisque la discussion semble inutile, laissons parler nos poings…mais sache qu’un jour, ton passé te rattrapera et te submergera…

—C’est ce que nous verrons… »

Sans ajouter un mot de plus, je passai à l’attaque et la copie d’Hoshino fit de même. J’esquivai de justesse son poing en me baissant puis je visais une nouvelle fois son ventre mais la jeune fille me para avec son bras avant de me donner un coup de pied dans les jambes qui me déstabilisa et m’obligea à reculer.

Cependant, je n’eus pas le temps de retrouver mon équilibre qu’Hoshino m’asséna un violent coup d’épaule qui me fit tomber à la renverse, me laissant à sa merci.

Néanmoins, je ne m’avouai pas vaincu. Rassemblant mes forces, je roulai sur le côté pour éviter son pied qui allait m’écraser et je me remis debout d’un bond, quelques mètres plus loin.

J’étais déjà essoufflé. Je n’avais jamais été bon en exercice physique et encore moins pour me battre. Cependant, je n’avais pas le choix. En face de moi se trouvait un agent de Gariatron et, illusion ou non, je ne pouvais pas prendre le risque de me faire tuer pour connaitre les conséquences…

La pluie se mit à tomber, diminuant encore ma visibilité et seule la lueur des yeux vairons d’Hoshino me permettait de la repérer dans le noir.

Soudain, alors que je m’attendais à une nouvelle attaque au corps à corps, un rayon de lumière verte traversa le terrain et j’eus tout juste le temps de me jeter sur le côté pour l’esquiver avant qu’il ne réduise une voiture en fumée.

Je relevai la tête, abasourdi et ce que je vis me glaça le sang. Les habits d’Hoshino avaient changé subitement et son uniforme de lycéenne s’était transformé en véritable armure noire parcourue de lignes émeraudes luisant dans l’obscurité tandis qu’à sa main brillait une immense épée noire et rouge et que, dans son dos, flottait une cape pourpre.

Avec un cri de rage, elle se jeta sur moi et abattit son épée de toutes ses forces. Encore une fois, je me jetai sur le côté, évitant ainsi de me faire trancher en deux comme le bitume…

Des grosses gouttes de sueur commencèrent à se mêler à la pluie dégoulinant sur mon visage. Je ne pouvais pas faire face à ça…J’étais totalement sans défense et même mon amulette avait disparu.

Gariatron avait vraiment bien joué son coup. Si les choses continuaient ainsi, je ne donnais pas cher de ma peau plus de cinq minutes dans un combat aussi déséquilibré.

Ma première réaction fut de tenter de prendre la fuite pour trouver une arme ou un quelconque objet qui aurait pu m’aider mais, je n’avais pas fait trois pas que quelqu’un s’interposa devant moi, me bloquant le passage. Il s’agissait d’Ichigo et son regard me disait qu’il m’en voulait autant qu’Hoshino…

« Décidemment…tu n’es qu’un fauteur de troubles. Tu aimes tant que ça rendre les gens tristes ? Déclara-t-il d’une voix sans émotion. »

Je ne pris pas le temps de lui répondre et je voulus m’enfuir dans l’autre direction mais là encore, la route me fut coupée, cette fois-ci par Kagari qui me lançait un regard rempli de tristesse.

« Dis…Pourquoi as-tu disparu, Drago ? Tu ne nous aimais pas, c’est ça ? Pleura-t-elle. »

Je serrai les dents. J’étais cerné de toute part. Il n’y avait aucune échappatoire ni aucun moyen de gagner ce combat…Etais-je fini ? Allais-je échouer si près du but ?

« Sérieusement…On dirait que tu ne peux pas gagner sans moi, résonna une voix dans ma tête.

—L…Ladd ? Bégayai-je, voyant une lueur d’espoir.

—Je le fais bien parce que je suis obligé… »

Lorsque l’esprit de duel prononça ces mots, je fus entouré d’une vive lumière blanche et aussitôt Hoshino repassa à l’attaque avec son épée. Instinctivement, je me protégeai la tête avec mon bras tout en sachant que c’était inutile mais, alors que son arme aurait dû me trancher en deux, seul un bruit de métal résonna dans la nuit tandis que les yeux de la jeune fille s’arrondir.

Sans que je ne sache comment, dans ma main s’était matérialisé une épée noire et or, me protégeant de son attaque, la même que lors de mon combat contre Hélios.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus. Voyant mon arme, je repoussai Hoshino de toutes mes forces et me relevai, confiant. Kagari et Ichigo reculèrent prudemment mais le regard de la jeune fille s’enflamma et elle me tint tête.

Le tonnerre gronda et seul le bruit de la pluie rebondissant sur le macadam se faisait entendre tandis que nous nous faisions face, nos deux épées luisant dans la pénombre.

Même si j’avais une arme désormais, je n’étais pas plus avancé. Je ne savais absolument pas manier une épée et encore moins me battre avec. A ce stade, elle m’encombrait plus qu’elle ne m’aidait…

Il fallait que je trouve un moyen de m’échapper de cette illusion, et vite si je ne voulais pas finir en deux parties.

Soudain, une idée stupide me traversa l’esprit. C’était tordu mais c’était la seule option que j’avais pour le moment et je devais tout miser dessus.

Je me mis en position, saisissant mon épée à deux mains avant de feindre d’attaquer. Evidemment, Hoshino tenta une parade défense et, à ce moment, j’utilisai l’élan de mon épée pour rebondir et la contourner puis je fonçai à l’intérieur de ma maison.

Sans me retourner, je me précipitai au premier étage, dans la chambre de ma sœur et je me mis à fouiller son bureau dans l’espoir de retrouver la pierre qui m’avait amené dans ce monde la première fois mais il n’y avait que des papiers sans intérêt…

Un nouveau rayon de lumière frôla mon oreille et fit exploser le bureau en un millier d’éclat de bois tandis que, derrière moi se tenait Hoshino, le regard fou.

« Tu ne t’enfuiras pas une deuxième fois, Drago, cracha-t-elle. »

Je reculai, à court d’option mais je sentis très rapidement le mur derrière mon dos. J’étais pris au piège, mon idée s’était révélée stupide et la jeune fille s’avançait lentement vers moi, le regard luisant et l’épée à la main, prête à me découper.

Mon cœur s’accéléra devant cette mort imminente qu’était la mienne. C’était fini…J’avais échoué…Finalement, je n’avais rien d’un héros, je n’étais qu’un garçon ordinaire sans aucun talent de combattant et en train de se faire rattraper par un passé important qu’il avait lui-même oublié…

« Je suis désolé…Hoshino…Murmurai-je. »

La jeune fille s’arrêta un instant et fronça les sourcils.

« C’est un peu tard pour t’excuser de ce que tu as fait, Drago, siffla-t-elle en me lançant un regard empli de mépris.

—Non…Je ne m’excuse pas pour ce que j’ai pu faire…mais pour avoir oublié ce que j’ai pu te faire… »

Elle ne me répondit rien et se contenta de rester devant moi en me fixant puis, finalement, après une longue minute de silence, la jeune fille leva son épée au-dessus de sa tête et je baissai le regard.

La lame siffla tandis qu’elle se rapprochait de moi mais, alors que je m’étais résigné à accepter la défaite, une ombre plana devant mes yeux et s’interposa entre moi et l’épée mortelle, ombre qui repoussa sans aucune difficulté Hoshino hors de la chambre de Théa.

Timidement, je relevai la tête et je restai bouchée bée en reconnaissant le dragon qui m’avait déjà sauvé lors de mon combat contres les esprits de la terre, Ladd…

« Sérieusement…Je me demande pourquoi je protège un incapable comme toi…Cracha-t-il. »

Sans ajouter un mot de plus, il envoya sur Hoshino qui était encore à terre un puissant rayon de lumière sombre qui traversa le mur comme du papier mâché.

Encore une fois, je fus subjugué par la puissance que ce monstre détenait mais ce n’était pas le moment de s’extasier, je devais toujours trouver un moyen de m’en sortir…

« Partons d’ici, Drago, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas affronter, grogna le dragon en se mettant à rayonner. »

Au loin, j’entendis Hoshino se relever avec un cri de rage alors que mon corps commençait déjà à disparaitre lentement dans une trainée de lumière blanche. Je jetai un dernier coup d’œil à cette réplique de ma maison, me sentant soudain triste de quitter à nouveau cet endroit mais ce sentiment disparut rapidement à l’idée de retrouver Angéla et les autres.

La dernière chose que je vis de ce monde fut Hoshino qui était remontée à l’étage et qui me lançait un regard à la fois suppliant et rempli de haine.

« Encore une fois…Désolé…Lui lançai-je à voix basse. Peut-être qu’un jour…Je me souviendrai de ce que je t’ai fait, et je me ferai pardonner… »

Puis ce monde créé de toute pièces disparut dans un flash de lumière.

Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai à nouveau près de la citadelle, allongé sur le sol froid, mais Darksky, Marie, Angéla et June avaient disparu, de même que Ladd et Shadow.

J’appelai ma sœur pour m’assurer que tout allait bien et je poussai un soupir de soulagement lorsqu’elle apparut à mes côtés.

« Drago, tu m’as fait une de ces peurs, pendant presque une journée entière, je n’ai pas réussi à te contacter !

—Une…Journée ? Répétai-je. »

Ainsi, Shadow avait eu ce qu’il voulait. Il avait gagné du temps en me plongeant dans cette illusion créée à partir de mes souvenirs…

C’était étrange…Moi qui n’avais jamais voulu participer à cette guerre, ce simulacre de vie ordinaire ne m’avait pas convenu, et pas simplement parce que je pensais que quelque chose n’allait pas. Il me manquait réellement quelque chose : je m’ennuyais.

J’avais presque oublié en arrivant dans ce monde que ma vie d’avant était totalement dénuée de sens et de joie de vivre, et ce n’était pas ce club d’astronomie dont j’avais quelques vagues souvenirs qui me faisait passer le temps.

Cependant…Cette Hoshino me troublait. Je n’en avais aucun souvenir et pourtant, elle disait être issue de ma mémoire…Était-ce une autre manipulation de Gariatron ? Avais-je réellement oublié quelque chose d’important ? J’étais bien incapable de le dire…

« Eh, Drago, tu m’écoutes ! Me sermonna ma sœur. Nous devons retrouver les autres avant que Gariatron…

—Dis-moi, Théa, la coupai-je. Est-ce qu’on connaissait une « Hoshino » ?

—Ho…Hoshino ? répéta-t-elle, les yeux ronds. Pourquoi cette question ?

—C’est…un nom qui m’en revenu en tête, rien de plus…

—Je…Je vois, bégaya-t-elle en détournant le regard. Eh bien, il s’agissait simplement de nos voisins…

—Et c’est tout ?

—Que veux-tu que je te dise de plus sur eux, je ne les connaissais pas si bien que ça moi ! »

Je voyais clairement que Théa n’avait pas envie de parler de quelque chose mais au même moment, la terre trembla et me rappela ma mission.

Ainsi, je mis de côté ces souvenirs flous pour me concentrer sur mon objectif : vaincre ce démon et rendre à Angéla et Darksky leurs vies d’antan.




http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
Modérateur
Messages : 10427


haut haut de page
[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [01/06/2019] à 17:32

Chapitre 31 : Futur de l’ombre



Spoiler :



Lorsque je rouvris les yeux, la citadelle de glace avait disparu, de même que le décor de fin du monde qui l’accompagnait.

Je me retrouvai dans une grande cour d’école entourée de cinq bâtiments distincts, mais celle-ci ne m’était pas inconnue. Je la connaissais même très bien et j’aurais espéré ne jamais y remettre les pieds.

Je me relevai, encore déroutée par le transport peu conventionnel avec lequel j’étais arrivée là. Tout ce dont je me souvenais, c’était ce flash de lumière blanche et cette sensation d’avoir été arrachée à mon corps avant de me réveiller ici sans autre explication.

Je regardai autour de moi. J’étais seule. Derrière moi, dans le hall d’entrée, le cratère de notre dernière bataille était encore là. Visiblement, personne n’avait tenté de le dissimuler depuis le temps.

Je ne pus m’empêcher de me sentir coupable devant cela. C’était ici que Maya et Ambre avaient disparues par ma faute, j’avais été trop prétentieuse, et cela aurait dû me mener à ma perte.

« Pourquoi ? Murmurai-je dans le vide. »

Je tournai la tête, incapable de contempler ce triste spectacle plus longtemps. Je fus soudain frappée d’un détail qui m’avait échappé jusque-là : l’école semblait totalement déserte. Plutôt étrange alors que nous étions en pleine période scolaire. En temps normal, même en l’absence de notre bien aimé directeur, les cours devraient avoir lieux, on travaillait même les jours fériés après tout…

Je me mis à déambuler sur le goudron, explorant ou redécouvrant des endroits que j’avais oubliés, comme une entrée du sous-sol réservée au directeur que nous avions découverte un jour en nous promenant.

Je poussai la porte qui s’ouvrit en grinçant. La poussière accumulée à l’intérieur me fit tousser lorsque je soulevai un vieux livre. Il n’y avait rien de passionnant en réalité. Je ne savais pas pourquoi cet endroit m’avait tant attiré par le passé. Un simple post de radio rouillé, une table et une chaise se tenaient là, ainsi qu’une vielle étagère vide. Je sortis donc, déçue, de l’antre du directeur.

Je ne pus me l’expliquer, mais mes pas m’emmenèrent directement dans mon ancienne salle de classe. Les lumières étaient éteintes, les chaises remontées sur les tables, le tableau propre et fermé. Il y avait même un vieux bout de papier que j’avais jeté durant un cours d’allemand qui trainait encore là, à croire que la vie n’était pas revenue ici depuis mon départ.

Je le ramassai, et je le dépliai. Je reconnus immédiatement l’écriture de Maya. C’était notre dernier jeu ensemble avant que Chapy ne vienne tout gâcher.

Mon cœur se serra. Tout cela appartenait au passé désormais. Je ne savais même pas s’il était réellement possible de sauver mes amies. Je me fiais simplement aux histoires du passé mais rien ne me disait qu’elles étaient vraies et encore moins que la situation était la même.

« Angéla ? Est-ce que c’est toi ? »

June me fit sursauter, je ne l’avais même pas entendue arriver à force de me lamenter. J’essuyai rapidement les quelques larmes encore suspendues à mes cils. Je ne voulais pas l’inquiéter encore plus qu’elle ne le paraissait déjà.

Mais… que faisait-elle ici ? J’avais tellement l’habitude de la voir dans cette salle que sa présence ne m’avait même pas étonnée…

« June ! Mais, comment es-tu arrivée là ?

— De la même façon que toi je pense… »

Bien sûre, à question stupide, réponse stupide… Il n’y avait aucune raison qu’elle sache ce que nous arrivait plus que moi.

« Tout ce dont je me souviens, reprit-elle, c’est d’avoir été aveuglée puis je me suis réveillée dans un des placards… Mais au moins, ça me rassure de savoir que je ne suis pas seule ici, me dit-elle en me rejoignant.

— Seule ou non, nous n’avons rien à faire ici, rétorquai-je. Il faut que nous retournions à la citadelle !

— A mon avis, nous n’avons pas bougé. Cet endroit n’est sûrement qu’une illusion créée de toute pièce, une illusion créée à partir de nos souvenirs communs. Dans quel but ? Je l’ignore, mais comme toutes les illusions, il suffit de la briser. »

Je ne sus quoi répondre à cela. June était vraiment brillante quand elle s’y mettait. Jamais je n’aurais pensé à une telle chose. Elle devait sûrement tenir de son père.

Ainsi donc, nous étions dans un rêve ? Cela aurait expliqué cette ambiance sinistre puisque c’était ainsi que je revoyais sans cesse mon école, un endroit lugubre, sans vie et effrayant.

« Une illusion vous dites ? Si seulement c’était le cas, dit soudain une voix derrière nous. »

Nous nous retournâmes toutes les deux en sursautant, prêtes à nous battre s’il le fallait mais, alors que je pensais voir surgir un sbire de Gariatron, ce fut une jeune fille qui se présenta à nous.

Elle devait avoir à peu près notre âge, était assez grande, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleu marine. Son visage était fin et élégant mais ses joues creuses et ses cernes trahissaient sa faiblesse. Elle portait une simple veste en jean déchirée par-dessus un t-shirt rayé noir et blanc ainsi qu’un pantalon assorti à la veste. Cependant, je fus surprise de voir qu’à sa ceinture se trouvaient de nombreuses armes comme des couteaux, un pistolet et même une grenade.

Etrangement, elle me rappelait Darksky et Marie. Elle possédait les mêmes mèches et la même frange qu’eux mais cela ne devait être qu’une coïncidence…

« Je suis étonnée de voir qu’il reste des survivants hors de la base, continua la jeune fille. Des survivants ayant l’air en pleine forme qui plus est.

— Des… Survivants ? Répéta June en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que cela signifie ?

— Vous me semblez un peu perdues toutes les deux, s’amusa-t-elle. D’où sortez-vous encore ? Vous avez été élevées sous terre toutes ces années ou quoi ?

— Je crois que j’ai raté un épisode… Marmonnai-je en me tournant vers mon amie.

-toutes ces années… Murmura June, pensive. Quelle est la date d’aujourd’hui ?

— Et bien, cela fait bien longtemps qu’on ne compte plus les jours mais je dirais quelque chose comme l’hiver 2041. »

Mon cœur rata un battement en entendant cela et June fronça les sourcils, tressaillant légèrement mais gardant son calme légendaire. Devant nos réactions, la jeune fille pencha la tête sur le côté et prit un air ennuyé.

« Vous m’avez vraiment l’air totalement perdues vous… Et puis, c’est quoi ces vêtements ? On dirait ces vieux trucs d’avant la guerre. »

Je vis mon amie serrer les dents en entendant ces mots. Une goutte de sueur perla de son front. Quant à moi, je reculai lentement, réalisant peu à peu ce qui était en train de nous arriver et je n’aimais vraiment pas ça…

Cependant, quelque chose clochait. Tout était exactement tel que nous l’avions laissé et dehors, tout était bien trop calme, même dans la cour je n’avais entendu aucun bruit de moteur venant de l’extérieur alors que nous étions juste à côté d’un grand boulevard. Comment pouvions nous être dans le futur alors que le temps semblait avoir été figé, comme si…

Je réprimai un hoquet de surprise et je me tournai à nouveau vers June, tremblante, venant de réaliser dans quoi nous étions embarquées mais, même si nous avions toutes les preuves devant nous, il me fallait confirmation. Je refusais de croire à une telle chose…

« Est-ce que… Gariatron aurait… »

Lorsque je prononçai le nom du démon, la jeune fille sursauta et ses yeux s’arrondir avant de s’emplir de peur et elle regarda de tous les côtés, comme si le simple fait d’évoquer la créature allait nous attirer des ennuis mais cette simple réaction confirma mes pensées…

« June… Murmurai-je.

— Je sais… Ce n’est pas bon du tout… Marmonna-t-elle en serrant les dents. Eh, toi là !

— O… Oui ? Bégaya la mystérieuse fille, surprise.

— Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’il se passe ?

— Sérieusement… Vous sortez vraiment d’une grotte ? S’étonna-t-elle.

— Quelque chose comme ça, oui, lui répondis-je en voulant éviter les longues explications. »

Elle nous regarda bizarrement pendant un instant mais dans ses yeux, il n’y avait aucune méfiance ni aucune crainte, simplement de l’étonnement d’avoir rencontré deux personnes aussi étranges que nous.

« Et bien… Pour faire simple, nous sommes en guerre contre le démon…

— Et quelle est la situation ? Continua June.

— Je ne peux pas vous expliquer tout ça en deux phrases ! Se plaignit la jeune fille. Je ne sais même pas ce que vous savez déjà et…

— Tant pis, pas besoin d’explication après tout. Je sais très bien ce que cela implique si nous sommes toujours en guerre contre le démon trente ans plus tard ! »

Sans dire un mot de plus, June sortit de la pièce en trombe en poussant la jeune fille, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute. J’étais légèrement étonnée de la voir agir de la sorte, elle qui préférait la réflexion à l’action mais je savais qu’il ne fallait même pas tenter de l’arrêter, cela aurait été inutile. Elle pouvait se montrer aussi têtue que moi quand elle avait une idée dans la tête.

Je me retrouvai donc seule en compagnie de la mystérieuse fille qui semblait à présent tout aussi perdue que moi. Ne voulant pas créer davantage de problème, je tentai de détendre un peu l’atmosphère.

« Et la voilà partie… on ne la changera pas, dis-je en riant légèrement.

— Vous… Ton amie compte sérieusement affronter le démon ? Me demanda-t-elle, abasourdie.

— Je ne sais pas, lui répondis-je en haussant les épaules. Mais bon, j’imagine qu’elle doit être toujours frustrée que j’ai affronté Hélios à sa place…

— Tu as… Affronté Hélios ? Mais… »

La jeune fille recula, les yeux ronds et les mains tremblantes et je compris que je venais de dire quelque chose de stupide. Si Gariatron était toujours présent, cela signifiait qu’Hélios avait disparu depuis plus de trente ans, et mon visage trahissait mon âge…

Devant le malaise que je venais de créer, j’en vins à la conclusion que cacher la vérité plus longtemps était inutile et n’allait pas faire avancer les choses.

« Je ne sais pas comment l’expliquer… mais nous venons du passé, lâchai-je.

— Du… Passé ? Répéta-t-elle. »

Ses yeux s’arrondirent et un léger sourire illumina sa figure tandis qu’une lueur d’espoir passa dans son regard.

« Alors mon père disait vrai… D’autres ont survécu…

-ton père ? Répétai-je.

— Quelle impolie je fais, je ne me suis même pas présentée : Mon nom est Yuiko Iori, générale de l’armée de libération de l’humanité.

— Eh bien… ça c’est un titre… Sifflai-je, impressionnée.

— Et… est-ce que je pourrais connaitre ton nom ? Continua la dénommée Iori.

— Angéla, Angéla Hopper. Dans le passé, j’étais sur le point de combattre Gariatron mais j’ai été happée par une lumière qui m’a transportée ici…

— Angéla… S’il te plait, j’ai une faveur à te demander : accompagne-moi au QG et je t’expliquerai tout une fois là-bas !

— Après avoir récupéré June, pourquoi pas. De toute façon, je ne pense pas avoir beaucoup d’autre option… »

La figure de Iori s’illumina et, sur ces belles paroles, nous sortîmes de la salle de classe. Lorsque nous descendîmes les escaliers, j’en profitai au passage pour faire un état des lieux. Ils étaient encore plus poussiéreux que d’habitude et chacun de mes pas soulevait un tel nuage que je dus avancer les mains sur le visage pour ne pas être asphyxiée.

Les lumières de garde ne fonctionnaient plus, les fenêtres étaient fêlées de toutes parts et une atmosphère pesante régnait sur ces lieux. La vie semblait avoir quitté l’école depuis longtemps déjà.

Mon regard fut attiré par un petit objet rond et orange posé par terre dans une des aires. Une vielle balle de ping-pong, abandonnée ici. Les toiles d’araignée l’avaient déjà envahie.

Le bruit de mes pas résonna longuement dans le couloir vide de présence humaine autre que la mienne et cette Iori. Tout était si calme. Il n’y avait que de vielles tables rouillées, des sacs encore remplis de cahiers de classe et même un stylo qui n’avait pas été rebouché, à croire que cet endroit avait été abandonné précipitamment. Était-ce vraiment cela le futur ? Un monde où le silence régnait ? Un monde où l’ombre était maitre ?

Iori se rapprocha de moi et jeta également un regard triste à cette scène de désolation.

« Dis-moi, Angéla, tu as connu cette école, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle d’une petite voix.

— Oui mais je n’ai jamais aimé y être. Je m’y suis toujours sentie mal à l’aise…

— Pourtant, cela semblait être un bel endroit.

— Tu parles… Je n’ai jamais passé une seule journée sans me faire crier dessus par un prof en colère, ris-je en repensant au passé.

— C’est toujours mieux que de passer une journée sous les coups de feu, me répondit Iori en ramassant une autre balle. »

En entendant cela, je serrai la balle dans ma paume jusqu’à entendre son craquement. Je n’aimais peut-être pas l’école mais cette simple phrase suffit à me mettre hors de moi. Il était hors de question que je laisse une telle chose arriver ! Si c’était le futur, rien n’était encore écrit, nous avions toujours le pouvoir de le changer !

Avec cette résolution en tête, je tournai le dos à ce couloir vide et nous traversâmes la cour à grande enjambées. Je passai tout aussi rapidement devant le cratère créé par Hélios dans le hall pour enfin me retrouver dehors, dans la ville elle-même. Là, je ne pus croire ce que j’avais devant mes yeux.

Paris, la ville lumière était totalement en ruines. Les immeubles, autrefois si beaux et si élégants se résumaient désormais à de simples murs troués de toutes parts par des impacts. Les rues elles-mêmes n’étaient plus praticables, comme si un séisme avait complètement changé ce paysage et que personne n’était venu depuis.

Les voitures s’entassaient au milieu de la chaussée, elles— aussi abandonnées de leur propriétaire et en miettes. Le boulevard, de mon temps si bruyant, ne produisait plus aucun son, excepté celui d’une lutte violente et d’explosion. Il devait sûrement s’agir de June.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus et j’allai la rejoindre, suivie de près par Iori qui avait dégainé son arme, à l’affut du moindre mouvement suspect.

Comme je le pensais, mon amie était en train de se battre en duel, et ça n’allait pas fort pour elle. Ses ennemis devaient au moins être dix contre elle et ne semblaient pas lui faire de cadeau. Je n