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[Fic]L\'Avènement des Dieux, Rebirth
heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [08/07/2019] à 21:33

Chapitre 22 : Le véritable ennemi



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=k3MoKDa-Lzs&


Je devais rêver. Ces flammes violettes dansant dans le désert, ces nuages noirs d’où jaillissaient des éclairs mauves comme d’une fontaine, ce tourbillon de lumière sombre reliant ciel et terre, et ce sphinx colossal avançant lentement, semant chaos et destruction sur son passage…Était-ce cela, la vision de l’enfer…de l’enfer qu’avaient vécu les habitants de Tokyo, vingt-cinq ans plus tôt, lors du premier mouvement du Purple Requiem ?

L’affrontement entre Apophis et Darkness m’avait déjà fait prendre conscience de ma faiblesse et de l’ampleur colossale des forces que nous affrontions…Mais cette créature infernale…Elle surpassait toutes les menaces que l’humanité avaient connues jusque-là.

Je me tournai vers Hélios. Je savais qu’il possédait de grands pouvoirs, je l’avais bien vu lors de mes songes mais…était-il réellement capable de rivaliser avec une telle force de la nature ? Je n’aimais pas ça mais…j’allais devoir lui faire confiance cette fois-ci. Sans son aide, nous étions condamnés…

Et ce n’était pas Drago qui allait nous sortir de ce mauvais pas cette fois-ci, ni même Angéla et encore moins Masamune…

Ceci était l’œuvre de Shadow, cela ne faisait aucun doute. Pourquoi Laura était-elle alliée à un tel homme ? Cela ne faisait aucun sens.

« Le Caire…Gizeh se dirige vers le Caire…Murmura le roi, la mine sombre. Il est lent mais il y sera bien avant nous…S’il atteint la civilisation, tout sera terminé pour votre monde.

-Co…Comment ? S’étrangla Angéla. Vous comptiez réellement vous servir d’une chose pareille ?! Mais vous êtes réellement malade !

-Son but était de conquérir le monde, non de le détruire…

-Son…But ? De qui parlez-vous ? Demanda Drago, l’air perdu.

-Peu importe de qui il s’agit, nous ne pouvons pas rester les bras croisés en regardant de loin un second Purple Requiem se produire ! S’écria Masamune, courant déjà vers son avion.

Cependant, avant qu’il n’ait pu atteindre l’appareil, le cristal incrusté dans la poitrine du dragon blanc se mit à rayonner une vive lumière qui nous enveloppa tous. Le monde autour de moi devint flou, jusqu’à n’être plus qu’une énorme tache noire.

Je fermai les yeux, ne comprenant pas ce qu’il se passait et je me sentis comme aspiré par un puissant portail.

Lorsque tout cessa, ma tête tournait et je perdis rapidement l’équilibre, m’écrasant par terre. Cependant, je ne m’attendais pas à atterrir sur un sol pierreux et froid.

Lorsque je rouvris les yeux, nous ne nous trouvions plus en plein milieu du désert, mais devant les grandes pyramides de Gizeh, à quelques centaines de mètres à peine du Sphinx titanesque…Et titanesque était faible pour décrire cette créature.

A présent que je l’apercevais de près, je pus contempler le colosse dans toute sa splendeur. Je ne m’étais pas trompé. Pour lui, nous n’étions certainement que des insectes insignifiants du haut de ses cent-trente-neuf mètres, culminant ainsi à la même hauteur que la plus grande des pyramides. Chacun de ses pas fissurait le sol aride et soulevait des tornades de poussière, aussitôt avalées par les flammes qu’ils laissaient sur son passage.

Si Godzilla avait eu à affronter ce monstre à la crinière enflammée, le dinosaure endormi ne serait certainement pas sorti vainqueur de cet affrontement.

Soudain, des applaudissements retentirent derrière nous et nous nous retournâmes tous en même temps pour faire face à celui qui était à l’origine de ce chaos monumental : Shadow.


https://www.youtube.com/watch?v=SkNjCfMjRXA


« Eh bien, eh bien, que vois-je ici. Je pensais pourtant que mon petit présent aurait suffi à arrêter cette chère Violet mais il semblerait que je l’ai sous-estimée. Mais je n’en attendais cependant pas moins de vous, surtout de toi, Hélios. Après tout, la ténacité, ça te connait, toi qui poursuis des gens pendant plusieurs années, déclara-t-il d’une voix bourrée de sarcasmes et de rancœur.

-Shadow ! S’exclama Alice, affolée. Savez-vous au moins ce que vous venez de faire ?!

-Moi ? Rien du tout, répondit l’homme en haussant les épaules. Je n’ai fait que prouver ce que je savais déjà. Voyez-vous ce chaos ? Voyez-vous comme il a été facile à provoquer ? Voyez-vous qu’il a suffit qu’un seul homme trouve une relique ancienne afin d’obtenir un pouvoir capable de détruire la terre ? Voyez-vous cette abomination, création infecte née de la cupidité et de la folie humaine ?

-Où voulez-vous en venir, Shadow ? Que l’humanité mérite de disparaitre ? Cracha Alice furieusement. Que le Purple Requiem n’était qu’un châtiment s’abattant sur l’humanité ?!

-Pour qui me prenez-vous ? Fit semblant de s’offusquer notre ennemi. Je ne suis pas un être aussi cruel contrairement à votre compagnon de route, Hélios. Je désire simplement…Libérer ce monde du mal qui le ronge !

-Arrêtez de raconter n’importe quoi Shadow et soyez clair ! M’exclamai-je, commençant à perdre patience.

-Ah, mon cher Darksky, Laura n’est pas la seule à avoir changé ces dernières années. Je t’ai connu plus joyeux, s’amusa l’homme. »

J’écarquillai les yeux, abasourdi.

-Co…Comment ça « changé » ? Que voulez-vous dire ? Bégayai-je.

-Oublie ça, tu veux. Mais puisque vous semblez tous aussi bouchés les uns que les autres, je vais devoir vous faire un exposé, soupira Shadow. Le monde dans lequel nous vivons…Jamais il n’aurait dû ressembler à ce qu’il est aujourd’hui. Les guerres, les famines, et tout le reste, tout cela a été causé par l’orgueil humain, nul ne pourra jamais le changer…Mais les fléaux de ce monde auraient dû s’arrêter là. Lorsque l’Atlantide a sombré à cause de l’avarice humaine, lorsque le désespoir a envahi les terres d’Héliopolis, le Purple Requiem a rasé une partie de Tokyo…Les humains étaient fautifs…Mais jamais ils n’auraient été en mesure d’arriver à leur fin…Si Izrath n’avait jamais existé ! »

Shadow se tourna vers Hélios en prononçant ces mots mais ce dernier n’eut aucune réaction, restant de marbre face à sa déclaration.

« Le seul moyen de rétablir la paix doit se faire par la guerre puisque c’est la loi de ce monde ! En détruisant Izrath, les humains seront face à leurs propres fautes et devront admettre leurs tords plutôt que de se cacher derrière des créatures dont les pouvoirs les dépassent largement ! Ce jour-là, l’humanité sera forcée de changer, ce jour-là, la raison reprendra le dessus sur la folie, ce jour-là, des gens comme Hélios ne pourront plus détruire des milliers de vies innocentes !

-Non…Tout cela est faux…Murmura Drago en serrant le poing. Je…Je sais ce que donne un monde sans Spiritual…Et ce monde…n’est pas meilleur que celui-ci !

-Je le sais bien.

-Co…Comment ? Alors pourquoi…

-Mon cher Drago…Ne comprends-tu pas pourquoi j’ai poussé Sawyer à réveiller cette créature endormie ? Le chaos qu’elle engendrera sera tel que les esprits seront marqués à jamais au fer rouge. La catastrophe d’il y a vingt-cinq ans le prouve bien. L’humanité ayant survécu s’est assagie et c’est pourquoi Tokyo a pu renaitre. C’est pourquoi, je reproduirai ce fléau à l’échelle mondiale…Et peut-être enfin les survivants…Comprendront la douleur et la vacuité des conflits.

-Mais…Cela fera des milliards de victimes innocentes justement ! C’est cela que vous appelez la justice ?! S’écria Drago.

-Une guerre à toujours ses pertes, elles sont inévitables. Mais si c’est le chemin que je dois emprunter pour enfin créer un monde parfait, alors oui, il n’y a aucune hésitation. La fin justifie les moyens comme on dit…

-Non, c’est faux ! M’exclamai-je. Rien de bon ne peut naitre du chaos et de la désolation !

-Je peux comprendre tes sentiments, Darksky. Après tout, l’amour de Laura t’a sauvé alors que ton désespoir te détruisait, n’est-ce pas ? Cependant, l’espoir qu’elle t’a donné, existe-t-il réellement ?

-Evidemment qu’il existe ! M’écriai-je. Vous ne savez rien de moi, ni de Laura, alors arrêtez de faire comme si nous connaissiez !

-Détrompe-toi, Michael, je vous connais mieux que quiconque. »

Mon sang se glaça dans mes veines. Au fond de moi, je savais que cet homme ne bluffait pas, qu’il connaissait vraiment ma vie, et celle de Laura comme s’il avait été présent avec nous…Mais comment était-ce possible ? Pourquoi n’arrivai-je pas à mettre un nom à cette voix que je connaissais pourtant !

« Tu le connais mieux que n’importe qui, n’est-ce pas ? Reprit-il d’une voix plus lente, doucereuse, enchanteresse, presque envoutante. Le sentiment de rejet, de solitude et de tristesse. Cet espoir brisé en mille morceaux que tu essaies de recoller, vainement…Laura aussi l’a ressenti et s’est jointe à moi. Pourquoi ne ferais-tu pas la même chose ? La retrouver ? N’est-ce pas là ce que tu veux au fond de toi ? Ensemble, vous pourriez bâtir ce nouveau monde où plus aucun de vos espoirs ne seraient brisés, un monde ou…

-Je refuse, répondis-je sans même hésiter.

-Et puis-je savoir pourquoi ? Retrouver Laura n’était donc pas la chose la plus chère que tu désirais ?

-Si. Ma seule raison de continuer ce combat est de ramener Laura à la raison…Mais pas comme ça. Je refuse de la suivre dans ses délires. Si je faisais ça, je ne ferais que renforcer sa conviction et jamais je ne retrouverai mon amie.

-Donc tu es prêt à l’affronter lorsque le jour viendra, Darksky ?

-Evidemment que non. Je ne serais jamais prêt…Murmurai-je en serrant le poing devant mon impuissance. Cependant…Je refuse de me joindre à elle pour autant, alors oui, je lui ferai face ! Peut-être que je plierai, peut-être que je ne serai pas à la hauteur, peut-être que je serai balayé, mais je refuse de l’encourager dans cette voie !

-Je vois…c’est donc comme ça que tu le prends, Michael, résonna soudain une voix dans la plaine et mon sang se glaça. »

Cependant, mon sang ne fut pas la seule chose à refroidir à cet instant. Lentement, une épaisse brume blanche recouvrit le plateau et je sentis la température chuter drastiquement. Angéla se mit aussitôt à grelotter et Drago recula, les yeux ronds.

Des cristaux de glace se formèrent alors à mes pieds et peu à peu, le sable se couvrit d’une fine couche de neige tandis que des bruits de pas se rapprochant se firent entendre.

Une silhouette commença à de dessiner au loin dans le brouillard glacé et grossissait à vue d’œil, me laissant rapidement entrevoir une longue cape noire, des cheveux bruns ondulant au gré du puissant vent qui s’était levé, et finalement deux yeux verts et luisants dans la pénombre de cet hiver prématuré ; et sous ses bottes, la glace cristallisait en de magnifiques fleurs gelées à chacun de ses pas.

La nouvelle arrivante s’arrêta à quelques mètres de Shadow et me dévisagea d’un regard si froid et dénué de vie que je reculai à mon tour, terrifié par ma propre amie.

« Laura…Murmurai-je.

-Tu ne comprends décidemment rien à rien mon pauvre, me lança-t-elle sèchement. Des délires tu dis ? Tu sais ce que j’ai vécu, et pourtant, tu estimes que je suis en tort ? Je crois que j’ai bien fait de tirer un trait sur toi si tel est ton raisonnement.

-Parce que tu vas me dire que tu es d’accord avec lui ? Rétorquai-je. Ne me fais pas rire, jamais celle que j’ai connue n’aurai accepté un seul mot de ce que cet homme a dit !

-Effectivement. Je me fiche de changer les lois de ce monde ou je ne sais quel autre délire. Je n’ai qu’un seul objectif et pour cela, il n’y a qu’une seule voie que je peux emprunter. Mais je t’avais prévenu, Michael. Ta voie se trouve sur la mienne, il faut donc que je t’élimine. Adieu ! »

Le vent redoubla d’intensité et un puissant blizzard se leva tout autour de Laura, nous obligeant à reculer davantage mais moi, je refusais de perdre la face ici et maintenant. Si notre dernier affrontement devait se jouer là, alors j’étais prêt. Je ne pouvais pas laisser Laura dire de telles choses !

Le blizzard forma alors de longs pics de glace à côté de mon ancienne amie, pics qu’elle envoya vers nous sans autre sommation.

Mais, alors que je me jetai devant Marie pour la protéger de l’attaque et que je m’apprêtai à être transpercé de toute part, j’entendis un cliquetis de métal et, lorsque je me retournai, j’écarquillai les yeux lorsque je vis Hélios, ayant arrêté l’attaque d’une seule main, à présent à nouveau entouré de sa sinistre aura noire.

« M…Merci…Bégayai-je, encore choqué par son geste.

Cependant, Hélios ne me répondit rien et se contenta de fixer Shadow et Laura, tandis que les visages de ces derniers furent traversés par un sourire malsain.

Une ombre furtive surgit des ténèbres et plongea vers Hélios. Sawyer, tel un fantôme, venait de bondir devant Hélios, la paume de sa main droite illuminée d’une lueur sombre et un sourire carnassier fendant son visage.


https://youtu.be/3WGM3rKznUk?t=93


« Saw…Sawyer ? Bégaya le roi, interdit.

-Je suis désolé…Maitre Hélios…Mais il est temps pour vous de faire place à mon véritable leader… »

L’homme posa sa main sur l’armure de notre ancien ennemi et un éclair mauve s’abattit sur eux. Une bourrasque violente me déstabilisa et repoussa aussitôt Sawyer mais sur sa figure se lisait une satisfaction non dissimulée alors qu’Hélios se tordait de douleur.

« D…Désolé Darksky…Mais je crois que je ne peux pas le retenir plus longtemps…Dit le roi en serrant la main sur son cœur, tremblant. »

Il se retourna et je pus voir une grimace déformer son visage tandis qu’il essayait malgré tout de sourire à tout le groupe qui s’était réfugié derrière le monstre d’Alice.

« J’aurais…J’aurais bien voulu…Passer un peu plus de temps à m’amuser…avec vous…Mais je crois qu’il est temps…de nous dire au revoir…Articula-t-il alors que l’aura autour de lui gagnait en intensité.

-Attendez un peu, que se passe-t-il ici ?! S’écria Drago. Hélios, à quoi jouez-vous ?!

-Les enfants, j’étais sincère tout à l’heure, j’ai vraiment…apprécié le peu de temps qu’on a passé ensemble…

-Une minute, c’est quoi ce death Flag là, Hélios ? Expliquez-nous bon sang ! S’écria Angéla en me rejoignant

-Je…je ne vais pas pouvoir le contenir plus longtemps…fuyez avant qu’il ne soit trop tard !

-Mais…

-Partez ! Hurla le roi. »

Soudain, l’aura noire enveloppa totalement et je le vis se mettre à genoux en poussant un cri de douleur. Il avait l’air de souffrir atrocement mais que pouvions-nous faire ? Nous ne savions même pas ce qu’il se passait exactement et encore moins comment l’arrêter. Seul l’esprit de duel d’Alice se mit à s’agiter, sentant que les choses allaient mal tourner mais moi, j’étais pétrifié, refusant de relâcher ma protection entourant Marie.

« Hélios…Vous le saviez…n’est-ce pas ? Murmura Marie.

-Je…je suis désolé pour tout le mal que je vous ai causé, Marie, Darksky, Angéla, Drago…Je regrette…vraiment…dit-il les larmes aux yeux. »

Je vis alors Luna, la femme étant apparue dans mes rêves, se matérialiser à mes côtés, l’air affolée. Dans cette situation, je n’étais même pas étonnée par sa soudain irruption, j’étais bien trop abasourdie par ce qu’il se passait sous mes yeux.

« Que lui arrive-t-il Luna ?! Tu le sais ?

-ça n’était pas arrivé depuis la grande guerre…Vous êtes tous en grand danger ! Ne restez pas là ! S’écria-t-elle d’une voix tremblante. »

Je n’eus même pas le temps de prévenir les autres que l’aura d’Hélios se changea en flammes ardentes qui firent aussitôt fondre la glace créée par Laura et une puissance onde de choc nous repoussa.

« Il arrive enfin, déclara Shadow en fronçant les sourcils. »


https://www.youtube.com/watch?v=NxSVeuMTMfk


Le roi maléfique fut complètement absorbé de cette aura noire et quand elle se dissipa, ce n’était plus Hélios qui se tenait devant nous. Physiquement, c’était toujours lui, mais je pouvais distinguer que son regard, lui, n’avait plus rien d’humain. Il avait désormais des yeux se réduisant à deux fentes, et ses pupilles étaient comme celles d’un serpent. Ses cheveux, quant à eux, étaient devenus complètement blancs et beaucoup plus longs d’au moins un demi mètre.

La créature qui avait pris possession du corps d’hélios se releva lentement et regarda avec satisfaction autour d’elle, balayant le terrain d’un regard vide de toute autre émotion que la haine la plus profonde. Puis il baissa son regard vers son bras qui, sous nos yeux ébahis, changea de forme afin de se couvrir une épaisse armure de ténèbres semblable à une patte de Dragon.

« Je vois…La clé pour me libérer était donc mon émissaire…Ainsi que cet homme pathétique aveuglé par le pouvoir…Déclara la créature d’une voix sifflante.

-Hé…Hélios ? Demanda Angela d’une petite voix. »

D’un geste de la main, une vague d’énergie mauve vint percuter la jeune fille qui fut projetée en arrière avec une telle violence que Drago ne put la rattraper et tous deux s’écrasèrent sur la pyramide de Khéops, vingt mètres plus loin.

« Je ne suis pas…Hélios. Mon nom est Gariatron, démon originel des Ténèbres. Il est temps pour moi de terminer ce que j’ai commencé il y a plus de cinq mille ans…et de détruire cette humanité si répugnante. »





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le bon temps…

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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [10/07/2019] à 16:15

Chapitre 23 : Le vrai visage de l’ennemi



Spoiler :



Gariatron…Ce nom…Rien que l’entendre me donnait des frissons. Toujours, j’avais senti une seconde présence, tapie au fond d’Hélios, comme une entité enfouie dans les tréfonds de son âme, prête à resurgir à n’importe quel moment.

Était-ce pour cela que Saya, ma partenaire, était partie ? Avait-elle compris ce qui se tramait dans l’ombre ? Était-elle au courant de l’existence de cette créature ? Avait-elle trouvé un moyen de combattre cette chose ?

Je m’en voulais horriblement. Marie et Luna m’avaient prévenu, et pourtant, je n’avais rien voulu entendre, bien trop aveuglé par ma fierté et ma rancœur. Et à présent, voilà où cela nous avait menés…Il fallait que je fasse quelque chose…mais quoi ?…

« Ga…Gariatron ? S’étrangla Alice, reculant d’un pas, livide. Alors c’est vous…C’est vous…qui êtes à l’origine des tourments de ma mère ?! »

Le « démon » l’ignora totalement et se tourna vers Sawyer, Shadow et Laura et ces derniers se dévisagèrent pendant plusieurs secondes sans dire un mot. Cependant, je vis que mon ancienne amie restait sur ses gardes, toujours entourée de cette épaisse brume de laquelle pouvait surgir des pointes de glace à n’importe quel moment.

« Shadow, Laura Garden, et Éric Sawyer…enfin nous nous rencontrons ; déclara-t-il calmement. »

Ce fut à mon tour de m’étrangler et je me relevai d’un bond, laissant Marie totalement sans défense mais je ne pouvais pas croire ce que je venais d’entendre. Comment Laura pouvait-elle connaitre cette créature ? Pire que tout, elle semblait être son alliée…Je ne comprenais pas…Pourquoi faisait-elle tout ça ?…

Ainsi donc, voici te voici en chair et en os, Gariatron, lui répondit Sawyer sur le même ton. Il t’en aura fallu du temps pour te montrer.

-Mais à présent que je suis là, il est temps que tu tiennes ta promesse et je tiendrai la mienne.

-Attendez, qu’est-ce que vous mijotez dans votre coin encore les affreux ? Et où est passé Hélios ! S’exclama Angéla étant revenue dans la course, salement amochée mais toujours prête à se battre. »

Gariatron ne se retourna même pas et une seconde vague d’énergie sombre émana de son corps pour aller frapper la jeune fille qui esquiva l’attaque à la dernière seconde en se jetant à terre par réflexe.

Je voulus profiter de cette ouverture pour attaquer la créature, me jetant sur lui, toutes griffes dehors. Mais, alors que j’allais planter les serres d’Ethon dans sa chair, je me heurtais à un mur d’énergie invisible, comme si l’air lui-même me repoussait. Je tentai de forcer le passage…sans succès.

Une force colossale me projeta vers l’arrière comme une vulgaire brindille et je m’étalai dans le sable.

« Nâga, ne laisse pas cette créature agir ! S’exclama alors Alice. »

Le dragon blanc poussa un rugissement de rage et projeta une déferlante de flammes violacées droit vers celui qui avait pris possession du corps d’Hélios. Sans exprimer la moindre émotion, Gariatron leva l’index devant lui et stoppa net la rafale ardente

« C…Comment ? Bégaya-t-elle.

-Voilà une des raisons pour lesquels je hais les humains, grogna le démon. Mais je n’ai pas de temps à perdre… »

La créature claqua des doigts et aussitôt, le Sphinx titanesque s’arrêta momentanément…Avant de tourner la tête dans notre direction.

A ce moment-là, je crus voir comme un soupçon de peur dans les yeux de Laura à l’approche du colosse, comme si, dans sa folie, elle prenait conscience de ce qu’il se passait réellement. Mais cet instant de lucidité fut bref car aussitôt, les flammes de la colère et de la haine emplirent à nouveau son regard.

« Bien, il est temps de partir.

Drago tenta de rattraper le démon mais un mur de flammes se dressa entre lui et Gariatron, nous séparant totalement de nos ennemis tandis que j’entendis ceux-ci s’éloigner lentement de nous sans que nous ne puissions rien faire pour les arrêter…

« Laura…Pourquoi…Murmurai-je, furieux contre moi-même d’avoir été incapable de la ramener à la raison une fois de plus. »

Cependant, alors que nous pensions que la situation ne pouvait pas être pire, deux ombres immenses s’échappèrent du corps du démon, ombres qui prirent bientôt la forme de deux créatures bien trop connues à mon gout, celles d’un serpent géant aux yeux jaunes et luisants et d’un grand dragon noir comme la nuit : Apophis et Darkness.

Ma sœur recula instinctivement devant ces deux créatures mythiques qui nous faisaient face alors que nous étions encore à moitié assommés par la disparition d’Hélios et l’apparition de ce Gariatron…

Soudain, le serpent divin cracha une salve de venin directement vers ma sœur et, oubliant tout le reste, je me remis debout. Tout ce qui comptait pour moi à présent était la protection de Marie. Le danger était imminent et je refusais de faillir à ma tâche une seconde fois !

Laura pouvait bien penser ce qu’elle voulait, je savais que j’avais fait le bon choix et j’allais le prouver ici et maintenant !

Je me saisis de l’artefact que je gardais autour du cou depuis que je l’avais remporté lors de ce tournoi et le brandis au-dessus de ma tête. Le pendentif en forme d’ailes sombres se mit à rayonner tandis qu’un Aigle immense et sombre prit son envol dans un tourbillon de plumes noires.

Le rapace était entièrement recouvert d’une armure d’or, protégeant son crâne et son corps tandis que ses griffes acérées étaient renforcées par des plaques métalliques aussi tranchantes que les plus aiguisées des épées. Evidemment, en comparaison avec le serpent divin, Ethon n’était qu’un vulgaire moineau, mais ses ailes étaient suffisamment amples pour me protéger entièrement lorsqu’il les replia sur Marie et moi.

La terre trembla sous nos pieds lorsque la queue du reptile divin s’abattit sur le volatile mais ce-dernier tint bon malgré la violence du coup.

Cependant, j’ignorai si mon Spiritual était capable d’encaisser une seconde attaque de même calibre. C’est pourquoi, je lui ordonnai de passer à l’offensive. Dans un cri strident, l’aigle de Zeus s’envola majestueusement dans le ciel avant de plonger en piquer sur le dieu maudit.

Apophis tenta de dévorer le rapace mais il esquiva avant de réattaquer et d’entailler à de nombreuses reprises la peau écailleuse du serpent.

Mais alors que je pensais pouvoir m’échapper, la route me fut barrée par Darkness derrière moi et je compris à ce moment-là que le seul moyen de nous en sortir, Marie et moi, allait être de combattre de toutes nos forces les deux créatures qui avaient détruit un stade à elles-seules…

« Michael, je…Commença Marie avant que je ne l’interrompe.

-Tout va bien se passer, je ne t’abandonnerai pas cette fois-ci, je te le promets.

-Mais non, ce n’est pas ce que je veux…

-Sanctuary’s Light ! S’exclama soudainement Angéla en prenant place à mes côtés. »

Surgissant de nulle part, notre amie blonde s’interposa entre nous et Darkness, érigeant une barrière protectrice nous séparant du Dragon de pierre. Le Spiritual s’acharna sur la défense de la jeune fille mais celle-ci, contrairement aux autres fois, ne fit que se fissurer sans se briser. Cependant, en voyant le visage crispé de mon amie ainsi que les gouttes de sueur qui perlaient de son visage, je compris qu’elle puisait dans ses réserves pour maintenir ses pouvoirs actifs.

« Alice, Drago, Masamune, une petite aide ne serait pas de trop s’il vous plait…Articula-t-elle à bout de souffle. »

Ne se faisant pas prier davantage, la fille de Violet ordonna à son monstre de passer à l’attaque, déversant un torrent de feu mauve sur Darkness. Pour la première fois, je vis le Spiritual de Shadow se faire repousser.

Nâga enchaina immédiatement en réitérant son action vers Apophis qui, déjà bien amoché par Ethon, lui, s’effondra sur le sol tout en soulevant un épais nuage de poussière.

« Ce n’est pas bon…Grommela l’archéologue. Nâga est fait pour détecter l’énergie sombre…Pas la combattre. Si les choses continuent ainsi, il va finir par ne plus supporter une telle dose… »

Je levai la tête vers le Spiritual et je vis que le cristal dans sa poitrine, derrière l’éclat aveuglant qu’il émettait, était en train de se fissurer lentement tandis qu’un liquide pourpre, certainement le sang du Spiritual, s’en écoulait.

Alors que notre camp avait cessé ses attaques, Dragon et Apophis se replacèrent, ensemble cette fois-ci, prêt à se jeter sur nous tandis que le Sphinx colossal continuait d’approcher inexorablement de nous. S’il arrivait à notre hauteur, nous n’aurions plus aucune chance. Il nous fallait nous enfuir, ou au moins trouver un moyen de nous battre, avant que cela n’arrive.

« Athéna ne nous protégera pas longtemps…Grimaça Angéla dont l’écran de lumière s’amenuisait à vue d’œil. Il nous faut un plan ou nous allons finir en bouillie et je n’y tiens pas particulièrement !

-Je…Je vais y aller…Bégaya Drago, tremblant.

-Quoi ! Toi ?! Y aller ? M’étranglai-je, connaissant parfaitement les aptitudes au combat de mon camarade.

-Je… »

Drago serra le poing et ses tremblements cessèrent aussitôt tandis qu’une expression résolue se dessina sur son visage.

« Nous n’avons pas le choix…Nous devons essayer. Angéla, quand je te le dirai, désactive ta barrière, déclara-t-il en serrant le sceptre Héqa autour de son cou.

-Je crois que je ne pourrai pas attendre malheureusement… »

Au même moment, un bruit de verre brisé se fit entendre et, levant tous la tête, nous vîmes que la barrière venait de céder. Mais, avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, Drago fonça à l’extérieur et fut inondé d’une vive lumière qui nous aveugla et fit reculer les deux créatures.

« Je t’ordonne de te montrer…Au nom du Pharaon…Moi, Drago d’Héliopolis…Te somme d’apparaitre, Osiris ! »

Deux immenses ailes blanches se dessinèrent dans la lumière et quelque chose s’en extirpa avant de foncer sur Darkness et Apophis qui furent repoussés plusieurs dizaines de mètres plus loin avant que la lumière ne disparaisse aussi vite qu’elle n’était apparue et que Drago ne mette un genou à terre, haletant et transpirant.

Cependant, le voir agir ainsi de la sorte me redonna confiance en moi et je décidai de me lancer à mon tour, dans un combat perdu d’avance.

Je me détachai du groupe et me mis à fixer le Sphinx qui n’était plus qu’à quelques centaines de mètres de nous.

« Je m’occupe de celui-là, déclarai-je solennellement. Alice, Masamune, je ne sais pas ce que vous avez vécu il y a vingt-cinq ans…et je ne compte pas le découvrir maintenant. »

Sans leur laisser le temps de répondre, je sifflai Ethon qui plongea sur moi et je sautai sur son dos, laissant mes partenaires derrière moi. Si ce Sphinx avait été réveillé, c’était en partie de ma faute, parce que j’avais rejoint Hélios sans connaitre ses objectifs, puis l’avais rejeté alors qu’il était dans notre camp. C’était donc à moi d’affronter mes propres erreurs. Après tout, c’était la promesse que j’avais faite à Saya.

Lorsque j’arrivai au-dessus de la tête humanoïde de la créature, je déglutis. Apophis était une chose, mais ce titan…Les quatorze mètres d’envergure de mon spiritual dépassaient à peine la largeur de sa tête…Quant à moi, je ne savais même pas s’il pouvait me voir tant j’étais ridiculement petit en comparaison.

Mon Spiritual et moi plongeâmes en piqué sur le titan mais lorsque les serres de l’aigle heurtèrent sa peau, seul un bruit de métal rebondissant sur de la pierre résonna dans l’espace.

Je jurai. Pas même une égratignure. Ce truc avait la tête dure. Mais cela ne m’arrêta pas et je me repositionnai un peu plus loin pour tenter autre chose.

« Ethon, il va falloir sortir le grand jeu. Black Whirlwind ! »

Dans un rugissement strident, le rapace sombre écarta les ailes…puis les referma brutalement devant lui. Nous fûmes propulsés vers l’arrière mais cette onde de choc avait été suffisante pour déclencher une véritable tornade où se mêlaient plumes de métal, sable et poussière.

Selon Laura, à pleine puissance, mon Spiritual avait la même puissance de feu qu’un avion militaire, et pourtant… Le Sphinx fut pris en plein cœur du tourbillon mais cela ne le ralentit pas. Il n’eut même pas l’air de réaliser qu’il était pris dans mon attaque car il continua inexorablement sa route vers Drago et les autres.

Je rageai intérieurement. Je ne pouvais rien faire. Je venais de sortir ma plus puissante attaque et pourtant, les flammes de sa crinière brûlaient toujours aussi vivement.

Tout à coup, la bête mythique ouvrit la gueule et son simple cri de fureur fut suffisant pour dissiper la tornade et Ethon fut soufflé comme une simple feuille.

Mais alors que je pensais que nous allions nous écraser dans le sable et terminer le combat de cette manière, notre chute fut arrêtée nette lorsqu’une sphère d’énergie dorée nous recouvrit et nous figea dans l’espace.

Abasourdi, je regardai tout autour de moi l’origine de ce miracle et je vis qu’Angéla se précipitai vers nous. D’un bon, elle sauta jusqu’à notre hauteur et atterrit avec légèreté sur le dos de l’aigle pour prendre place à mes côtés.

« An…Angéla ? Bégayai-je. Qu’est-ce que tu…

-Darksky, Marie a un plan, alors fais ce que je vais te dire de faire sans poser de question. »

Je fronçai les sourcils. Si le plan avait été conçu par la blonde elle-même, j’aurais eu quelques hésitations avant de me jeter dans la gueule du Sphinx mais si Marie était derrière tout cela, alors je pouvais peut-être écouter.

« Rapproche-toi de la tête de la grosse bête et une fois que nous serons suffisamment proches, je veux que tu utilises ta tornade pour me projeter vers lui.

-Co…Comment ? Mais c’est de la folie ! M’écriai-je. J’ai déjà essayé et même les serres d’Ethon n’ont pas pu pénétrer sa chair ! En plus, tes pouvoirs ne sont pas faits pour l’offensive ! »

Comme pour répondre à mes craintes, Angéla matérialisa un écran de lumière devant elle…écran qui se changea sous mes yeux en un sceptre lumineux terminé par une pointe de lance.

« Je vais viser ses yeux. Une fois que j’aurai planté mon arme dedans, je compte sur toi pour me rattraper. C’est notre seule option. Drago et Alice sont en train de contenir Apophis et Darkness mais ne pourront pas protéger Marie et Masamune indéfiniment. »

Je serrai les dents. Je n’aimais pas ce plan. Mais tout ce que j’avais tenté jusqu’ici avait échoué. Je n’avais visiblement pas d’autre choix que de suivre cette idée suicidaire.

A contrecœur, j’ordonnai à Ethon de reprendre son envol et de se placer à nouveau en face du visage humanoïde de la créature. Lorsque nous ne fûmes plus qu’à une cinquantaine de mètres de ses yeux, Angéla se leva et pointa son sceptre devant elle.

« Maintenant ! M’ordonna-t-elle. »

Une nouvelle fois, l’aigle noir et or créa une bourrasque d’un battement d’ailes et Angéla sauta tête la première dans le vide. La jeune fille fut emportée par mon attaque et fusa vers la tête du Sphinx telle un boulet de canon…et planta son arme dans l’œil de la bête.

Le colosse, pour la première fois, s’arrêta et poussa un rugissement de douleur alors qu’un liquide doré s’écoulait de sa pupille transpercée. De son point de vue, cette lance n’était certainement qu’une punaise…mais une punaise à présent ancrée dans sa chair.

A la vitesse de l’éclair, mon Spiritual plongea pour rattraper Angéla dans sa chute et nous nous éloignâmes aussi vite que nous le pûmes de l’immense créature pour nous poser au sol, hors de portée de potentielles représailles.

« Est-ce que…on a réussi ? Balbutiai-je, encore sous le choc.

-On a réussi à l’arrêter pour l’instant mais il est loin d’être à terre, me répondit mon amie. Sérieusement Darksky, pourquoi est-ce que tu as voulu jouer les héros et foncer tête baissée vers ce gros machin ? Normalement c’est mon rôle ça !

-Peu importe. Pour le moment il faut… »

Je fus interrompu dans ma réponse par une violente explosion provenant de derrière nous qui nous jeta à terre. Je roulais sur plusieurs mètres dans le sable brûlant avant de pouvoir m’arrêter et, lorsque je relevai la tête, ce que je vis me pétrifia d’effroi.

Ethon, dans un mouvement de panique, nous avait soufflés au loin pour nous protéger et prendre sur lui une attaque dévastatrice de Gizeh. Le pauvre volatile n’était plus qu’un tas de plumes brûlées disparaissant lentement dans une trainée d’étoiles scintillantes.

Cependant, même s’il nous avait mis à l’abri, la gueule du Sphinx s’était illuminée d’une lueur rougeoyante.

« Dis…J’imagine que c’était ton dernier atout, Darksky ? Me demanda Angéla d’une voix tremblante. Parce que je doute que je puisse arrêter une attaque digne de Godzilla… »

Ma réponse fut étouffée par une nouvelle explosion. La crinière de feu du Sphinx avait viré au noir profond et d’immenses flammes de la même couleur embrasaient le sable tout autour du monstre mythique.

Comme si un astéroïde immense venait frapper la terre, une boule de feu incandescente s’échappa de la gueule de la créature et se rapprochait de nous à grande vitesse. Il n’y avait rien que nous ne puissions faire. Fuir était impossible sans Spiritual et nous protéger était inutile devant la force de cette attaque. Nous ne pouvions que regarder la mort droit dans les yeux en espérant qu’elle soit clémente.

« On dirait qu’une fois de plus, j’ai été trop prétentieuse…Murmura la blonde en souriant tristement. »

Comme recherchant un dernier espoir, je me tournai dans la direction dans laquelle se trouvaient Drago et les autres mais j’étais complètement aveuglé par ce météore de feu.

« Si tu voyais ça, Saya…Tu me trouverais bien ridicule…Soupirai-je. »

Le soleil miniature n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres de nous et je me plaçai entre lui et Angéla, écartant mes bras, comme si cela allait changer quelque chose mais, même si nous devions perdre ce combat, je refusais de donner à Laura la satisfaction de me voir abandonner.

Mais, alors que j’avais déjà accepté l’idée de mourir en héros, un torrent de feu bleu passa avant mon champ de vision et arrêta net l’attaque tandis que, dans le silence qui venait de se créer, un bruit de pas résonna au loin.

Surgissant de nulle part, des dizaines, non, des centaines d’hommes apparurent autour de nous et nous encerclèrent, non pas pour nous prendre au piège, mais pour nous protéger. Tous portaient un costume blanc et une marque de Spirale ornait leur épaule.

C’est alors que les flammes bleutées se métamorphosèrent pour laisser place à un immense renard bleu glacé, presque blanc et une voix grave résonna dans l’espace, voix que je reconnus immédiatement.

« Tout va bien les enfants…car la fondation Ether se charge de tout à présent.

-El…wood ? … »




Chapitre 24 : Ladd



Spoiler :


Roulant sur le côté, j’esquivai de justesse une attaque d’Apophis et son venin alla s’écraser contre le sol, y formant un immense cratère fumant mais, n’ayant même pas le temps de me relever, je dus éviter également les flammes de Darkness avant de finir ma course acculé, dos à Alice, elle aussi acculée.

Angéla nous avait laissés protéger Marie et Masamune pendant qu’elle partait aider Darksky mais à ce moment, nous avions tout autant besoin d’aide qu’eux. D’autant plus qu’Alice avait été obligée de rappeler son Spiritual qui menaçait d’exploser à tout moment à cause de l’afflux trop important de Kvantiki qui circulait ici, nous n’avions plus aucune arme pour lutter efficacement.

Essayant une trace de sang sur ma joue d’un revers de la manche, je profitai des quelques instants de répit que j’avais pour reprendre mon souffle, me demandant encore comment j’avais réussi à rester en vie aussi longtemps rien qu’en sautant dans tous les sens.

Cependant, mon endurance arrivait à ses limites et j’avais déjà joué ma carte maitresse en invoquant Osiris sur les conseils de Théa mais cela ne nous avait fait gagner que quelques secondes…

Apophis siffla et m’envoya une nouvelle salve de venin. Alice tenta de nous protéger avec un mur de flammes violettes mais, limitée dans la puissance de ses pouvoirs, sa défense fut balayée d’un coup de griffe de Darkness.

« C’est inutile…Me lamentai-je. Nous ne pouvons pas gagner !

-Je sais que la situation peut sembler désespérée, mais je ne t’ai jamais vu baisser les bras, pas même lorsque tu as affronté seul à seul Hélios ! Me rétorqua Théa tout en déviant les flammes de Darkness d’un simple geste de la main.

-Tu parles, j’étais mort de peur. Si Angéla n’avait pas été là pour me protéger, je ne serais sûrement plus ici pour en parler, répliquai-je en me mordant la lèvre. Et puis, sans moi…

-Sans toi quoi ? Hélios n’aurait pas cherché à se venger et Gariatron ne serait pas réapparu ? Tu n’as décidément pas changé, soupira ma sœur, toujours le même qu’à l’époque où ça s’est produit avec Asuna…

-Asuna ? Répétai-je interdit. »

Au moment même où Théa prononça ce nom, mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je fus pris de vertige. Le monde se mit à tourner autour de moi et je dus faire des efforts considérables pour ne pas perdre l’équilibre alors que ma tête me faisait affreusement souffrir, à tel point que je dus la prendre dans mes bras tout en me mettant à genoux.

« Pitoyable, résonna une voix dans ma tête.

-Qui…Qui a dit-ça ? Murmurai-je, interdit. »

Voyant ma déconcentration, Apophis me prit par surprise et, d’un puissant coup de queue, m’envoyant valser à l’autre bout de la plaine. Je retombai sur le dos et tout l’air dans mes poumons fut expulsé d’un seul coup, me coupant la respiration.

Cependant, je ressentis à peine les effets de l’impact, souffrant toujours le martyr pour une raison inconnue, et la douleur n’allait pas en s’améliorant…

« Je suis étonné que tu m’aies oublié alors que c’est toi-même qui m’as appelé à l’époque, Drago, ricana la voix. Mais j’imagine que je vais devoir te rafraîchir la mémoire… »

Plus de réponse. Etais-je en train de devenir fou à cause de mes blessures ? Je me tournai vers Théa mais elle ne semblait avoir rien remarqué et continuait à me défendre en déviant les attaques de Darkness et Apophis. Ce n’était pas non plus Alice, ni Masamune ou Marie. Ceux-ci étaient bien trop occupés à survivre au milieu du chaos.

Soudain, je me souvins d’un événement s’étant déroulé plusieurs années auparavant, lorsque j’étais encore dans mon monde et je revis une silhouette, celle d’un dragon, se tenant à mes côtés tandis que je pleurais devant le corps inanimé d’une personne dont je ne pouvais voir le visage et un nom me revint en tête : Ladd.

Comme envahi d’une force nouvelle, je me remis debout pour faire face aux deux créatures de Shadow et tout mon corps se mit à luire d’une lumière aveuglante. La terre se mit alors à trembler et un bruit sourd résonna dans le ciel, comme si la foudre s’était abattue tout proche de nous.

La pierre bicolore, qui depuis mon dernier combat contre Hélios était restée étrangement silencieuse, s’échappa de ma poche et se mit à léviter à ma hauteur, entourée d’une aura mi sombre, mi éclatante.

D’une main tremblante, j’attrapai l’artefact irrégulier et le brandis au-dessus de moi tandis qu’un flot de paroles s’échappa de ma bouche sans que je ne puisse le contrôler.

« Tu es l’incarnation de la perfection, toi seul a le pouvoir de maitriser ce qu’aucun autre n’a pu faire avant toi ! Fils du sanctuaire et du pandémonium, fais nous l’honneur de te montrer dans toute ta splendeur et rétablis l’équilibre des forces dans ce combat ! Je fais appel à toi, Ladd ! »

Un éclair illumina le ciel et une brèche s’ouvrit entre les nuages, brèche de laquelle s’échappa un immense dragon, plus noire que la nuit la plus sombre d’un côté et plus immaculé que la plus pure des lumières de l’autre. De ses ailes bicolores, une trainée d’étoiles scintillantes s’échappait tandis que ses deux yeux, jaunes comme le soleil foudroyaient les deux dieux.

Théa se figea un instant et ses yeux s’arrondirent à la vue de ce monstre tandis que tous les esprits de la terre restant se retournèrent instantanément dans notre direction.

« L…Ladd…Tu dis ? Bégaya ma sœur, abasourdie. Mais je croyais… »

Elle ne termina pas sa phrase car Apophis, voyant l’ouverture, cracha une salve de venin dans sa direction mais le dragon, vif comme l’éclair, s’interposa et noya l’attaque dans une rafale de flammes noires qui frappèrent le reptile de plein fouet, le faisant chanceler, ce que même Osiris n’avait pas réussi…

Sans laisser le temps aux deux ennemis de riposter, mon Spiritual cracha une nouvelle rafale de flammes, cette fois-ci d’un bleu incandescent, qui obligea Darkness à se replier encore davantage avant de provoquer un puissant tourbillon rien qu’avec un battement d’ailes.

Nos deux ennemis, comprenant le danger qui les menaçaient, reculèrent en grognant et sifflant furieusement.

Sans attendre d’ordre, la créature de lumière et de ténèbres irradia une intense lueur dorée avant de faire disparaitre entièrement son côté sombre et de se jeter vers le Sphinx. En comparaison, il n’avait la taille que d’un moucheron, et pourtant, tel une étoile scintillante dans la nuit, je vis Ladd transpercer de part en part le colosse.

Tandis que le titan posait un genou à terre, soulevant un épais manteau de sable à plusieurs dizaines de mètres, je vis la lumière de mon dragon s’élever dans le ciel et dissiper les nuages d’orage qui obstruaient le soleil puis disparut dans l’éclat de l’astre du jour.

C’est alors que je pus remarquer que nous n’étions plus seuls dans la vallée. Des centaines d’agents de la fédération nous avaient rejoint, prêts à se battre et au loin, je pus distinguer le Spiritual de Violet se détacher des ténèbres.

Un Hélicoptère de combat apparut juste au-dessus de nos têtes et la présidente sauta de l’appareil, accompagnée de trois autres personnes. Tous atterrirent sans difficulté près de nous et la femme aux cheveux corbeau qui accompagnait Violet tendit une main aidante à Masamune.

« Sérieusement, où est passé ta TNT espèce d’abruti ? Pour une fois qu’elle aurait pu servir !

-Dé…Désolé Laure…Je n’étais pas préparé…S’excusa le commissaire, gêné.

-Haha ! J’avais raison ! Il y a bien un complot à l’échelle mondiale ! Heureusement pour vous, pauvres fou, Akame Shintarou est ici afin de sauver vos pauvres âmes ! Remerciez-moi, car je vais vous montrer ce qu’il se passe quand on défie un géni maléfique tel que MOI ! S’écria un homme portant une longue blouse blanche et aux airs complètement ahuris mais tout de même armé d’un Sniper…

-Le Purple Requiem…Je ne laisserai pas le second mouvement se jouer. Je l’arrêterai à son prélude même si je dois y laisser ma propre vie, grogna le professeur Ryoko, tenant un étrange cube grisâtre dans sa main. »

Il n’y avait aucun doute…J’avais face à moi l’équipe fondatrice d’Ether, l’équipe technologique et historique de l’école Rikoukei presque au grand complet et dirigée par Violet en personne.

Cette dernière, menant le groupe, avait troqué son habituel costume de femme d’affaire pour un long manteau blanc et noir au-dessus un pantalon et d’une chemise aux couleurs de la fédération. Elle portait également des bottes de cuir et avait attaché ses cheveux en une queue de cheval haute, lui donnant un air bien plus sévère et guerrier qu’à l’accoutumée.

Immédiatement, la présidente fonça vers Alice.

« Alice ! Est-ce que tu es folle ? Tu devais t’occuper d’Héliopolis, pas te lancer dans la gueule du loup ! Hurla-t-elle, au bord de l’hystérie.

-C’est moi qui ai hérité de Nâga, c’était mon devoir de combattre maman ! Se défendit la jeune fille, en baissant néanmoins les yeux.

-Je m’en fiche ! Une fois que tout sera rentré dans l’ordre, tu seras privée de sortie jusqu’à nouvel ordre, tu m’as bien entendue ?!

-Quoi ? Mais…J’ai vingt-quatre ans, tu n’as pas le droit de…

-Désolée de vous interrompre mais on a un serpent géant et un dragon de pierre à combattre…Lança Marie en désignant nos deux ennemis. Alors vos querelles familiales pourraient peut-être attendre… »

Non sans pester, Violet ordonna à son Spiritual de passer à l’attaque et le renard bleuté se jeta sur les monstres de Shadow et Hélios.

Darksky, Angéla et Elwood nous rejoignirent au même moment et, fort heureusement, mes deux amis ne semblaient pas blessés gravement.

« Bon, Drago, Angéla, Darksky, Marie, déclara Ryoko dans le plus grand des calmes. Il est temps pour vous de partir. Nous nous occupons du reste ici.

-Partir ?! M’étranglai-je. Comment ça ? Et vous dans cette histoire, vous n’allez quand même pas…

-Ne t’inquiète pas Drago. La fédération été créée dans ce but il y a longtemps. Nous sommes en mesure de contenir les trois affreux, me répondit Violet. Mais vous, vous devez retrouver Hélios et Shadow. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement ici mais vous en savez beaucoup plus que nous désormais. Nous couvrirons vos arrières et nous retarderons autant que possible le Purple Requiem.

-Mais… »

Angéla fut interrompue dans sa phrase lorsque la lumière nous entoura tous les quatre. Je remarquai alors que le cube que tenait le professeur Ryoko dans sa main brillait du même éclat et qu’il s’était légèrement ouvert, me laissant entrevoir en son centre une pierre noire, de la Shungite.

« Alors les calculs de Soichiro étaient bons depuis le début…Je n’ai jamais douté de mon élève…Murmura le vieil homme nostalgique. »

La lumière s’intensifia et j’eus l’impression d’être arraché à mon propre corps. Le monde se mit à tourbillonner autour de moi. Je ne sentais plus mes membres. J’avais l’impression d’être étiré comme du caoutchouc et voulus crier mais aucun son ne sortit de ma bouche.

Puis d’un seul coup, tout cessa, tout devint calme, tout se tut.






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le bon temps…

heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [11/07/2019] à 13:24

Chapitre 25 : La renaissance d’Ether



Spoiler :



Alors que l’avion piloté par Masamune disparaissait à l’horizon, Elwood repartit à l’intérieur afin de rassembler les troupes d’Ether. Le petit groupe allait rapidement avoir besoin de renforts et c’était en grande partie pour cela que j’avais décidé de rester quelques heures de plus en France…Et parce que je n’étais vraiment pas sereine à l’idée de voler dans un coucou avec Masamune aux commandes.

Mais il y avait quelque chose d’autre qui me tracassait et j’avais besoin d’être seule afin d’élucider cette affaire.

Ainsi, une fois que je fus seule avec mon mentor, je me tournai vers lui et croisai mes bras sur ma poitrine tout en le dévisageant d’un regard sévère.

« Bien professeur, est-ce que vous n’auriez pas quelques explications à me fournir par hasard ? Déclarai-je solennellement.

-Le CERN t’a tout transmis sur mes recherches j’imagine, ma chère Violet ? Soupira le vieil homme avec un sourire.

-Tout à fait, c’est arrivé hier par mail. Alors je vous le demande ici, loin de toute oreille indiscrète : pourquoi avez-vous repris les travaux, non seulement de Soichiro, mais également des frères Sawyer ? »

Mon mentor se contenta de fermer les yeux et s’assit sur le parvis du château. A ce moment-là, je pus constater tout le poids des âges sur son visage creusé par les rides. Il semblait réellement épuisé, non pas par le travail ou par les événements…mais simplement fatigué de vivre. Cela se lisait dans ses yeux gris sans expression.

Le professeur sortit une cigarette de sa poche et l’alluma d’un geste lent.


https://www.youtube.com/watch?v=HSiVHU7ISK4


« Tu sais ma chère Violet, les lois physiques de ce monde sont cruelles. Te souviens-tu des cours de relativité générale que vous enseignais à l’époque de Rikoukei ? Déclara-t-il d’une voix monocorde.

-Oui. Vous nous répétiez toujours que, quel que soit le progrès technologique, jamais nous ne pourrions atteindre d’autre galaxie car nous sommes limités par la vitesse de la lumière, répondis-je en fronçant les sourcils, sceptique.

-Et te souviens-tu du Diagramme de Minkowski ?

-Ce diagramme qui représente l’évolution du temps en fonction de l’espace ? Où voulez-vous en venir professeur ?

-A l’époque, je trouvais ce diagramme absurde car il mettait en évidence la possibilité de voyager dans le temps en admettant l’existence de lignes d’univers parallèles à la nôtre et en mouvement, deux autres lignes d’univers au minimum. Evidemment, Izrath peut être vu comme l’une de ces lignes parallèles mais jusque-là, rien de nous prouvait l’existence d’une troisième ligne…du moins, jusqu’à maintenant.

-Est-ce que…vous parleriez du monde évoqué par Romain Sawyer ? Le monde où vivrait cet Amon ? M’étranglai-je.

-Exactement ma chère Violet, me répondit gravement l’homme tout en soufflant une trainée de fumée grisâtre. Vois-tu, selon Minkowski, Supposons qu’un univers Oméga 1, fixe, tel que le nôtre, envoie une information vers un autre univers, Oméga 2, Izrath par exemple. Cette information sera interceptée par un univers Oméga 3, celui de cet Amon, plus vite que la vitesse de la lumière, et sera ainsi réémise tout aussi rapidement vers notre premier univers. Cependant, cette donnée envoyée reviendra vers l’univers fixe avant l’émission de cette même donnée.

-Je ne suis pas certaine de comprendre le principe de ceci, Professeur, cela fait longtemps que je n’ai pas plongé mon nez dans un livre de sciences, le coupai-je, légèrement gênée.

-Du point de vue des univers 2 et 3, l’information est envoyée vers le futur, jusque-là, il n’y a aucun problème. Mais le déplacement relatif de ces deux univers par rapport au nôtre, qui est fixe, engendrera une information envoyée hors du cône de lumière du diagramme, et donc, vers le passé.

-Je vois. Alors c’est pour cela que toutes vos recherches depuis la révélation de Romain ont repris celles de Soichiro afin de lier Izrath à la terre, déclarai-je, toujours légèrement sceptique. Vous pensez qu’en vous rendant sur cette terre, vous trouverez un moyen de rejoindre le monde d’Amon pour ensuite repasser dans le nôtre, mais dans le passé…êtes vous réellement conscients de e que cela implique professeur ?!

-Je le sais, Violet. Je le sais, me répondit-il d’une voix déformée par le chagrin. Mais cela fait des années que j’y réfléchis…Dans le meilleur des cas, je sauverai Hakaze de la catastrophe et je la ramènerai dans le présent afin de ne pas créer de paradoxe. Dans le pire des cas…Je disparaitrai simplement de ce monde…

-Est-ce que vous vous êtes entendu ?! M’étranglai-je. Vous voulez réellement jouer votre vie sur un coup de poker ?! Se rendre sur Izrath est déjà un pari fou, mais vous comptez en plus traverser une autre dimension ? C’est de la folie pure et dure !

-Pourtant…Amon a réussi…

-Pa…Pardon ?

-C’est bien ce que Romain Sawyer t’a dit, n’est-ce pas ? Que cet Amon cherchait à revenir dans notre dimension ? Je suis certain qu’il en va de même pour Hélios d’ailleurs. Alors pourquoi pas moi ? »

Je baissai les armes, vaincue. Après tout, cet homme avait été mon mentor depuis mes quinze ans. J’étais à des années lumières de son expérience et de son jugement en matière de sciences, et ce, même si nous avions travaillé ensemble. Et puis, qui étais-je pour l’empêcher de retrouver la femme qu’il aimait tant, moi qui n’avais cherché qu’à retrouver Soichiro pendant toutes ces années ?

Le vieil homme émit un nouveau rire amusé devant ma mine sinistre et sortit de sa poche un petit cube blanc. Je m’étranglai immédiatement à la vue de cette chose.

« Mais…C’est…

-Le prototype du transporteur dimensionnel de Soichiro, oui, me répondit-il, l’œil à nouveau brillant. Je l’ai cependant légèrement amélioré. En utilisant, non pas une source instable comme l’uranium en énergie, mais votre fameuse Shungite, j’ai été capable de rendre le processus bien plus performant.

-Et c’est avec cela…que vous comptez vous rendre sur Izrath ?

-Effectivement. J’ignore ce que je vais trouver là-bas…mais je serai à la recherche de ce que les anciens appelaient « les time Gates ».

-Les…Time Gates ? Répétai-je, un frisson me parcourant l’échine.

-Selon ma théorie, il ne s’agit que d’un point de passage d’Izrath à l’un des deux autres univers, un point de passage permettant de voyager dans le temps.

-Mais si ce que vous dites est vrai, alors…

-Je sais ce que tu penses, mais ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu, me dit-il d’une voix rassurante. Mes travaux sont voués à disparaitre avec moi si je réussis. Mais dans le cas où j’échouerai, je compte sur toi pour continuer mes recherches et revenir dans le passé pour m’arrêter. »

Un large sourire illumina le visage fatigué de Ryoko et je ne pus m’empêcher de sourire bêtement. Tout cela était de la folie. Je le savais. Il le savait. Et pourtant, aucun d’entre nous ne voulait mettre un terme à ces recherches. Peut-être était-ce la curiosité scientifique qui reprenait le dessus. Peut-être étaient-ce les remords qui remontaient. Peut-être était-ce simplement un espoir vint d’effacer nos larmes. Je l’ignorais.


Dans l’après-midi, je retournai au siège principal d’Ether afin de régler les derniers préparatifs. Etrangement, l’action de Shadow avait fonctionné et tous les médias semblaient s’être détournés du drame s’étant déroulé trois jours plus tôt.

Cela m’arrangeait. Je pus ainsi mobiliser toutes les ressources nécessaires de la fédération pour me lancer dans cette ultime opération, celle pour laquelle j’avais créé ce groupe, vingt-cinq ans plus tôt.

Alors que j’étais assise à mon bureau, les jambes croisées, regardant Paris depuis le pinacle de la tour Montparnasse, l’ascenseur s’arrêta à mon étage et les portes s’ouvrirent.

Je fis pivoter mon siège pour faire face à mes invités du jour qui n’étaient autre qu’Akame, l’espion et agent tout terrain officiel d’Ether, ainsi que Laure, la directrice actuelle de la branche Japon de la fédération. Tous deux n’avaient que très peu changé depuis l’assaut de la marie. Akame portait toujours cette blouse ridicule et arborait toujours son air de crétin fini tandis que Laure avait l’air toujours aussi drôle qu’un jour sans pain.

« Je savais que tu avais besoin de notre aide, Violet Leblanc ! S’exclama aussitôt l’abruti du groupe tout en faisant de grands gestes ridicules avec ses bras. Je l’ai senti ce matin…Que nous allions être amenés à nous revoir afin de terminer l’opération Arclight commencée il y a vingt-cinq ans !

-Evidemment que tu le savais puisqu’elle t’a appelée hier sombre abruti, grogna Laure, prête à exploser dès les premiers mots. Et je suis certaine que tu as oublié de prévenir Soichiro comme on te l’avait demandé ?

-J’ai tenté d’entrer dans la forêt où se terre mais malheureusement, les forces du bien qui protège son sanctuaire ont repoussé le savant maléfique que je suis ! Pour la première fois, moi, Akame Shintarou, ai échoué dans une mission qui m’était confiée. J’en suis navré, chère présidente…

-Attendez…Quoi ? Une forêt ? Répétai-je, ayant eu peur d’avoir mal entendu. Il est devenu ermite et professeur de Yoga vous allez me dire aussi ?

-Quelles sont les nouvelles de l’avion à TNT ? A-t-il explosé en vol comme prévu par mes calculs ? Enchaina Laure, ignorant totalement ma question. Comme ça, je pourrais toucher l’assurance vie de Masamune.

-Plus de nouvelles depuis quelques heures mais…

-Parfait ! Je vais devenir riche et pouvoir prendre des vacances ! S’exclama mon amie, des étoiles dans les yeux. »

Je soupirai et me pris la tête dans les bras. Il n’y avait vraiment rien à tirer de ces deux-là. Heureusement qu’ils étaient compétents dans leurs domaines sinon je les aurais remplacés depuis longtemps.

Elwood et Ryoko arrivèrent pile au bon moment pour me sortir de cet asile de fou qu’était en train de devenir mon bureau. Mon majordome m’annonça que l’hélicoptère était prêt à nous accueillir et que nos troupes, environs mille hommes, étaient déjà en route vers le Caire afin de combattre Shadow.

C’est ainsi que nous nous envolâmes pour la capitale Egyptienne. Cependant, rien ne nous avait préparés à ce que nous trouvâmes sur place.

En effet, alors que nous approchions de la ville, d’épais nuages noirs perturbèrent notre vol tandis qu’au loin, je pouvais distinguer trois formes immenses et sombres se mouvoir dans les ténèbres.

Je déglutis et mon pouls s’accéléra drastiquement à mesure que nous nous rapprochions de la zone de Chaos. Akame cessa ses blagues stupides et dégaina le Sniper que nous avions emmené avec nous tandis que le visage de Laure se décomposa lorsque nous aperçûmes au milieu du champ de bataille Masamune, aux prises avec Apophis et Darkness.

C’est ainsi que nous plongeâmes au cœur des ténèbres pour l’ultime bataille d’Ether.

Lorsque je remarquai que ma fille se trouvait également là alors que je lui avais confié une mission ailleurs afin de m’assurer de sa sécurité, mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines et je ne pus m’empêcher de la sermonner. Mais au fond de moi, j’étais heureuse de voir que, pour l’instant, elle ne possédait aucune blessure grave.


https://youtu.be/T3G-XTgnKIE?t=101


Ryoko activa son cube de téléportation afin d’éloigner Drago et les autres du champ de bataille, utilisant l’énergie des ténèbres comme marqueur pour les envoyer au plus près de l’ennemi à abattre. Quant à moi, bravant vents et tempêtes, flammes et ténèbres, je m’avançai au-devant de mes troupes pour faire face à Apophis, Darkness, ainsi que ce Sphinx colossal.

Je claquai des doigts et mon manteau blanc s’embrasa d’un feu bleuté tandis que mon Spiritual se place à mes côtés, prêt à bondir sur nos ennemis.

« Membres de la fédération Ether ! Tonnai-je d’une voix forte qui résonna longuement dans le plateau de Gizeh, portée par l’écho des pyramides. Aujourd’hui est l’accomplissement de ce pour quoi nous avons lutté toutes ces années ! Aujourd’hui, nous allons affronter l’ennemi le plus puissant qu’il nous a été donné de combattre ! Aujourd’hui, nous lutter pour la protection de la terre, de ses villes, de ses habitants ! Aujourd’hui, nous allons empêcher le Purple Requiem de jouer son second mouvement ! Aujourd’hui, le sort de l’humanité reposera sur nos épaules ! Aujourd’hui…nous allons venger ceux qui ont péri ! Pour ce que vous chérissez, pour ce que vous protéger, pour ce que vous espérez, pour ce que vous attendez, pour ce que vous défendez, pour tout ce qui vous pousse à vous battre pour survivre…Chargez, Soldats du futur ! »

Des cris guerriers s’élevèrent au milieu du Chaos tandis que, chevauchant mon Spiritual, je m’élançai à l’assaut d’Apophis, une épée de flammes à la main, la haine dans le regard, la rage dans le ventre et l’espoir dans le cœur.

Alice invoqua à nouveau Nâga et vint se placer à mes côtés, me lançant un regard si déterminé et si buté que je renonçai immédiatement à la dissuader de m’accompagner.

Juste derrière moi vinrent se ranger Akame, au volant d’une moto filant à travers la plaine, ainsi que Laure, pilotant l’Hélicoptère de combat tandis que Masamune filait dans les airs à bords de l’avion à TNT. Ryoko, utilisant à nouveau le cube de téléportation, matérialisa une armure futuriste, expérimentale des laboratoires d’Ether, et se jeta également dans la bataille avec Elwood, commandant une armée immense de Spirituals et d’hommes, tous chargeant les monstres des ténèbres à ma suite.

Oui. Aujourd’hui, nous allions mettre un terme à cette catastrophe vieille de vingt-cinq ans…Non, une catastrophe vieille de plus de cinq-mille ans.




Chapitre 26 : Angéla



Spoiler :



Lorsque je recouvrai la vue, nous n’étions plus dans le désert et il n’y avait plus aucun signe du Sphinx ni de la fédération.

Il n’y avait autour de nous que des pierres, des cailloux, des rochers et au loin se dessinait les traits d’une montagne à demi cachée par la brume. De temps à autre, dans ce paysage de gris perçait une ou deux fougères et à de rares endroits, quelques brins d’herbe arrivaient à se frayer un chemin parmi ce sol particulièrement ingrat. Un unique sentier caillouteux s’offrait à nous et semblait mener tout droit à la montagne.

Un léger vent frais soufflait sur la lande et passait à travers nos habits en lambeaux, mais je ne m’en plaignais pas, au contraire, après être passé à côté de flammes ardentes, j’avais vraiment besoin de fraicheur…

Je levais les yeux au ciel. Il était coloré d’un rose pâle annonçant un lendemain beau et ensoleillé. La clarté du jour tombant me fit presque mal aux yeux après être resté si longtemps dans l’obscurité et je dus cligner plusieurs fois des yeux avant de m’y accoutumer.

Les ombres grandissantes annonçant la tombée de la nuit dansaient avec les derniers rayons du soleil couchant et rendaient ce paysage encore moins accueillant qu’il ne l’était déjà.

Le temps semblait figé ci. Aucune trace de vie aux alentours et même les plantes étaient desséchées sûrement à cause du manque d’eau.

Un détail m’interpela alors : il n’y avait aucun bruit. Je n’entendais ni le chant des oiseaux, ni le doux son du criquet avant la tombée du jour, et encore moins les activités humaines si agaçantes. Même Théa et Ladd avaient purement et simplement disparu. Seul sifflement du vent parmi les pierres était audible. Ce silence assourdissant faisait presque peur…

Je me retournai ensuite pour voir comment se portaient les autres et je pus constater avec soulagement que tout le monde était arrivé en un seul morceau.

« Qu…Qu’est-ce qu’il vient de se passer là ? Bégaya Angéla, les yeux ronds.

-Je…Je ne suis pas sûr mais je crois qu’il s’agissait d’un transporteur dimensionnel…Hasardai-je, tentant de me souvenir du récit de Ryoko.

-Vraiment ? Comment tu peux affirmer ça grand génie ? Railla la blonde.

-Peu importe comment je le sais, mais la grande question c’est…où sommes-nous ? »

Mon amie sortit son téléphone mais soupira et le rangea aussitôt dans sa poche, l’air dépitée.

« Evidemment, il n’y a pas de réseau dans ce trou paumé…

-Ce n’est pas le plus important, il faut que nous retrouvions Laura et ce Gariatron au plus vite ! S’exclama Darksky. »

Cependant, ce dernier fut obligé de mettre un genou à terre tandis que la douleur déformait son visage et Angéla était soudain devenue blanche comme un linge tandis que des gouttes de sang perlaient de son bras qu’elle regarda avec étonnement, comme si elle venait de se rendre compte de sa blessure.

« Avant tout ça, je pense qu’il faudrait nous reposer si on ne veut pas finir six pieds sous terre avant l’aube, rétorqua Marie en s’approchant de la jeune fille. »

Déchirant un bout de son propre pantalon, la sœur de Darksky créa un bandage de fortune pour Angéla avant de récupérer quelques bois de bois mort et de mettre une attelle improvisée à son frère.

« Interdiction de bouger avant au moins demain vous deux, c’est compris ? »

Darksky et Angéla étaient visiblement beaucoup trop fatigués pour répondre et se contentèrent d’accepter leur sort, d’autant plus que la nuit était tombée brutalement.

Nous allumâmes un feu avec les moyens du bord mais nous n’avions aucun vivre et visiblement, rien n’était comestible ici. J’espérai sincèrement que Ryoko et les autres ne nous avaient pas téléportés au hasard sans quoi leur intervention n’aurait servi à rien d’autre que d’accélérer notre mort…

Tout le monde s’endormit très rapidement après cela et je décidai de prendre le premier tour de garde. Avec Shadow et Gariatron en liberté, je préférais ne pas prendre le risque de nous faire attaquer durant notre sommeil…

Ainsi, je m’éloignai légèrement du groupe et allai m’installer un peu plus loin, face à la plaine en contrebas et à la montagne au loin puis je lâchai un long soupir après m’être assis.


https://www.youtube.com/watch?v=EJxumxfp6NA


Et dire que le matin encore, nous nous trouvions dans l’avion et qu’à présent, nous nous trouvions au beau milieu de nulle part, blessés et épuisés, avec un démon dans la nature…

Cependant, l’apparition de ce Gariatron ou l’alliance avec Shadow n’était pas ce qui me préoccupait le plus à ce moment-là puisque je ne pouvais de toute façon rien faire. Non, mon esprit était focalisé sur ce dragon que j’avais invoqué, Ladd…

C’était la première fois que je voyais ce monstre, je ne l’avais même jamais joué et pourtant…pour une raison que je ne pouvais expliquer, je connaissais son apparence ainsi que son nom. Mais c’était stupide, si une telle créature était apparue dans mon monde, ce souvenir m’aurait marqué…Et puis, il y avait cette fille…je la connaissais elle aussi. Cependant, il m’était impossible de lui donner un nom et encore moins de savoir où est-ce que je l’avais rencontrée, comme si une partie de ma mémoire avait été effacée. Mais dans tous les cas, mon cœur avait fait un bond dans ma poitrine en la revoyant, allongée sur le sol, aux portes de la mort…

Soupirait une nouvelle fois, je finis par lever la tête vers le ciel et je pus contempler un ciel totalement dégagé, illuminé par des milliers d’étoiles scintillantes et une pleine lune baignant la montagne de ses doux rayons.

A nouveau, je fus saisi d’un puissant sentiment de nostalgie tout en observant l’infini de l’espace. Ce n’était pas la première fois que mon cœur battait la chamade alors que je plongeai mon regard vers la voute céleste…Mais j’avais beau tenter de me remémorer d’où provenait cette sensation, seul ces deux yeux vairons azur et émeraude me revenaient en mémoire.

Alors que je m’étais perdu dans mes souvenirs, j’entendis derrière moi des bruits de pas dans le sol caillouteux et, en me retournant, je vis Angéla s’approcher discrètement de moi, tentant tant bien que mal de ne pas réveiller les autres.

« Et bien alors Drago, tu ne dors pas ? Me lança-t-elle d’une voix douce, une fois arrivée à ma hauteur.

-Je pourrais te retourner la question, lui répondis-je en souriant légèrement. Surtout avec ta blessure, tu as besoin de repos…

-Tu parles, c’est justement à cause d’elle que je suis debout ! Rétorqua la jeune fille en gonflant les joues. Je dormais tranquillement et, quand je me suis retournée, je me suis allongée dessus et ça m’a réveillée ! »

Je ne pus m’empêcher de rire devant son attitude désinvolte et sa manière de raconter les choses qui dédramatisait une situation pourtant critique.

Angéla s’assit à côté de moi et se mit à observer à son tour le ciel étoilé. Au même moment, une légère brise se mit à souffler, faisant onduler lentement les cheveux dorés de mon amie.

Le silence revint pendant quelques instants avant qu’elle ne reprenne la parole, cette fois-ci d’une voix bien plus sérieuse et mélancolique.

« Sérieusement…J’ai bien cru que j’allais y passer tout à l’heure…Soupira-t-elle.

-Qui n’y a pas cru, lui répondis-je. Je ne sais pas si nous aurions tenus bien longtemps sans Violet et les autres…

-Oui…Encore une fois, je n’ai pas réussi à me sauver seule on dirait… »

La jeune fille enfouit sa tête entre ses bras en disant cela tandis que je ne savais pas quoi répondre pour la réconforter. Ainsi, nous ne parlâmes pas pendant quelques minutes, restant à contempler cet océan de noir dans le silence le plus total.

« Dis, Drago, déclara soudain Angéla d’une voix presque inaudible. Je me suis toujours demandée…mais pourquoi combats-tu ? Qu’est-ce qui te pousse à mettre ta vie en danger de la sorte. Pour Darksky, c’est évident…mais toi, je ne comprends pas tes motivations…

-A vrai dire…je ne sais pas vraiment non plus… »

La jeune fille me regarda avec des yeux ronds et je reculai, gêné.

« Tu…Ne sais pas ? Répéta-t-elle, interdite. Tu es simplement suicidaire ou bien ?…

-J’imagine que je ne fais qu’accomplir mon devoir…Ou plutôt celui que ma sœur n’a pas pu remplir, répondis-je en détournant le regard.

-Le devoir de ta sœur ? Répéta-t-elle, interdite.

-Tu trouves ça stupide j’imagine ? Lui demandai-je en riant légèrement.

-Un peu oui…Mais bon, c’est toujours plus noble que les miennes, continua Angéla en haussant les épaules.

-Vraiment ? Je suis étonné que tu n’affrontes pas Hélios pour une bonne raison…

-Oh, d’un point de vue extérieur, j’ai de bonnes raisons oui…mais ce qui me motive est beaucoup plus égoïste… »

Je regardai la jeune fille pendant une seconde, ayant vraiment du mal à la croire et cette dernière soupira tout en baissant les yeux vers la pierre nue de la montagne.

« Je veux simplement…retrouver mes amies…Murmura-t-elle d’une voix remplie de regrets. »

Angéla marqua un temps d’arrêt pendant lequel je ne savais pas si je devais intervenir ou non. Elle avait toujours été très mystérieuse depuis que je la connaissais mais c’était la première fois qu’elle m’évoquait réellement son passé en y repensant.

« Tout cela me parait si lointain et si proche à la fois…Ce jour où tout a basculé…Ce jour où Hélios nous a attaquées…Ce jour où mon égoïsme a pris la vie de mes meilleures amies…






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le bon temps…

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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [14/07/2019] à 16:31

Angela Hopper : Espoirs et Désillusions


Prologue



Spoiler :


Un jour, je me suis rendu compte que rien n’avait d’importance. Je vivais ma vie comme un rêve, riant d’un rien, inconsciente du monde qui m’entourait. Je ne pensais qu’à m’amuser, refusant que l’on vienne me prendre cette liberté qui était la mienne. Je pensais sincèrement que j’étais heureuse, entourée de mes amies et vivant comme bon me semblait avant de réaliser que je n'avais rien.

Après tout, je n’étais qu’une fille normale et sans histoire. Du haut de mes quinze ans, je ne connaissais encore rien de la vie puisque mon plus grand échec avait été de perdre mon meilleur ami, mais jamais je n’avais connu une aussi grande tristesse que ce jour-là.

J’avais deux amies : Maya et Ambre. Nous étions inséparables depuis la maternelle, mais également toutes aussi rêveuses les unes que les autres.

Maya était la plus énergique du groupe, toujours prête à partir à l’aventure chercher des trésors enfouis ou escalader les plus hauts sommets. C’était une fille assez grande pour son âge aux longs cheveux noirs qu’elle tirait vers l’arrière, gardant néanmoins une sorte de frange du côté droit du visage, laissant une frange cacher à moitié son œil gauche. Ambre, quant à elle, était la plus raisonnable, toujours à peser le pour et le contre, réfléchissant toujours avant d’agir et cela se voyait dans son apparence. Toujours impeccablement coiffée, la jeune brune ne laissait dépasser que deux petites mèches de chaque côté de son visage fin et angélique pour m’imiter. La gentillesse et l’innocence se lisaient dans son regard vert émeraude et son sourire éclatant. Et enfin il y avait moi, Angéla, la blonde du groupe, celle qui les faisaient rire, qui égayait leurs journées, en quelque sorte le bouffon, mais cela ne me dérangeait pas. J’aimais le temps que nous passions ensemble et je tout le reste m’était égal et me paraissait futile.

Et puis un jour, je fus ramenée à la réalité, de la façon la plus brutale qui soit. Je n’y étais pas préparée évidemment, personne ne l’aurait été à vrai dire.

Lorsque notre vie bascule d’un seul coup, du jour au lendemain sans prévenir, passant du rêve le plus doux au cauchemar le plus atroce, nous nous brisons et nombreux sont ceux qui ne s’en relèvent jamais.


« Je vous sauverai, coûte que coûte, même si pour cela je dois y laisser la vie. Je me relèverai autant de fois qu’il le faudra, j’affronterai les pires monstres, je vaincrai les pires adversaires, mais je vous retrouverai et je réparerai mes erreurs. Je refuse que d’autres paient pour ma stupidité et mon aveuglement. »

Si le destin s’acharnait contre moi, alors moi aussi, j’allais m’acharner contre lui. Je n’allais pas le laisser me vaincre aussi facilement. Ne pas savoir abandonner, être têtue et totalement déraisonnable, voilà ce qu’on me reprochait souvent mais si cela me permettait de retrouver ce que j’avais perdu, alors j’allais l’être, plus que jamais.

Et dire que tout cela avait commencé d’une façon tellement banale que c’en était presque risible…




Angéla : Une vie tranquille



Spoiler :


Enfin ! J’avais finalement réussi. Après tant d’effort et de dur labeur, j’étais finalement devenue membre de la prestigieuse Fédération Ether en ayant remporté le tournoi annuel !

Tandis que je m’avançais sur le podium afin de recevoir mon trophée, je saluai une foule en délire qui m’applaudissait à tout rompre. J’étais leur héroïne, celle étant partie de rien et qui, en à peine quelques mois, avait gravi tous les échelons jusqu’à devenir numéro un.

Mais, alors que la présidente Violet allait me remettre le badge officiel, une sonnerie retentit et le décor changea pour une banale salle de classe, après un cours de maths visiblement à en juger par les inscriptions étranges au tableau.

Comment m’étais-je retrouvée là ? Et où était mon badge ? Etait-ce un adversaire rancunier qui m’avait assommée de me trainer de force à l’école pour se venger d’avoir perdu contre moi ? C’était une théorie plus que probable…

Du moins…c’est ce que j’aurais aimé…

« Angela ! Me cria Ambre, tu viens ou on va encore déjeuner sans toi !

-Oui, oui, j’arrive, lui répondis-je d’un ton las tout en rangeant mes quelques affaires trainant sur ma table. »

Je me levai ensuite de ma chaise avant de m’étirer et bailler longuement. Les cours de maths n’étaient vraiment pas de tout repos, surtout avec notre professeur, Cloclo, qui ne nous lâchait jamais d’une semelle. La seule alternative que j’avais trouvée pour échapper à ses questions était de me réfugier dans le monde des rêves.

« Angela, tu crains vraiment, me lança Maya une fois que je l’eue rejointe.

-Tu vas me dire que tu as écouté toi-même en étant réveillée ? Rétorquai-je.

-Non, mais dis-toi qu’on a bien rigolé pendant ce cours de maths, tu as vraiment raté quelque chose.

-Vraiment ? M’exclamai-je, soudainement intéressée par les ragots.

-Oui, une marmotte endormie canardée de craie par un chasseur prof de maths en colère, railla Maya en éclatant de rire, suivie immédiatement d’Ambre. »

C’était donc pour ça que j’avais autant de poussière de craie sur toutes mes affaires et que mes mains étaient aussi blanches que de la soie…Depuis le temps, ce n’était plus quelque chose qui me dérangeait, surtout que la craie partait assez facilement sur l’uniforme de l’école.

« Au moins, il a utilisé du blanc cette fois, la dernière fois j’ai mis presque dix minutes avec le rouge, lui répondis-je en haussant les épaules. »

Mes deux amies repartirent dans un fou rire incontrôlable en me revoyant râler aux toilettes et repeindre les lavabos en rouge avant qu’une élève ne s’évanouisse pensant que j’avais du sang sur les mains. Ça m’avait pris dix minutes de plus pour la réanimer et évidemment, j’étais arrivée en retard au cours suivant…

Sur ces belles paroles, nous descendîmes à la cantine et sans grande surprise, il y avait une queue faisant trois fois le tour de la cour pour y accéder. Mais, même si j’avais une envie folle de repasser par les souterrains pour couper et manger immédiatement, Ambre me rappela à l’ordre avec la menace du surveillant général qui pesait sur moi depuis la dernière fois.

« Je te rappelle que ce type te traque, il doit sûrement attendre au bout pour t’attraper et te mener directement chez Chapy !

-Le surveillant général en boss final ? Rien de plus facile, non seulement tu pourras m’admirer à l’œuvre mais en plus tu auras un repas dans les cinq minutes ! Rétorquai-je, sûre de moi.

-Parfait, je te suis Angéla ! Je suis sûre que tu vas gagner haut la main ! S’exclama Maya en me poussant hors de la file d’attente »

Mais, alors qu’elle m’entrainait avec elle, quelque chose tomba de son sac : une boite de pansements et un kit de premier secours.

-Une minute, pourquoi tu as ça avec toi ? L’interrogeai-je, m’arrêtant brutalement.

-Ah, ça…Au cas où, on ne sait jamais, me répondit-elle avec le sourire le plus faux du monde.

-Bon, bah je vous attendrai ici moi, Maya, ramène Angéla entière si possible…en fait, ramène la tout court s’il te plait…

-Vous n’avez aucune confiance en moi ! M’écriai-je, vexée.

-Aucune, me répondirent-elle d’une seule voix. »

Devant cette solidarité incroyable, je me contentai de gonfler les joues et de me planter dans la file d’attente, frustrée.

Au bout d’une bonne demi-heure de queue dans le froid, les cris, l’agitation et les tentatives de passages en force, nous finîmes par enfin accéder au self.

Comme chaque jour, la diversité de choix invraisemblable me choqua tellement que je restai une bonne minute devant les plateaux à me demander si je n’aurais pas mieux fait de rester en classe et apporter un sandwich. Cependant, les cris d’élèves affamés et visiblement ayant perdu le sens du goût m’obligèrent à faire un choix et je pris le premier plat me passant sous la main.

« Tiens, tu prends des lentilles toi maintenant ? Me demanda Ambre, surprise en regardant mon assiette. »

Je soupirai. Encore un jour à sauter le déjeuner…Ils auraient quand même pu faire un effort et nous mettre quelque chose de comestible pour le jour où devait se dérouler la finale du tournoi de Spiritual de l’école histoire que les participants ne jouent pas le ventre vide. Et puis, pourquoi le poissons accompagnant les lentilles me paraissait aussi…indéterminé ?

Je renonçai rapidement à essayer de comprendre ce qu’il y avait dans mon assiette et je partis chercher une table pour trois.

Après cinq tours de cantine et avoir manqué de déraper trois fois sur au même endroit, nous finîmes par trouver trois places dans un coin, à côté de la fenêtre et nous nous installâmes.

« Alors, vous avez lu les livres pour Calvere ? Demanda Ambre, entamant la conversation.

-Ouai, les trois hier entre vingt-heures et minuit, j’ai cru que je n’en verrai jamais le bout ! Se plaignit Maya engloutissant le poisson étrange d’un seul coup. »

Encore et toujours du travail…mes amies ne parlaient presque que de ça quand nous n’avions pas d’autre sujet de conversation, mais moi, je m’en fichais complètement. Ce que j'aimais, c'était l’aventure et plus particulièrement les actions de la fédération Ether. Je ne rêvais que d’une chose : pouvoir un jour m’engager à leurs côtés et combattre le mal telle une véritable héroïne…Malheureusement pour moi, personne dans ma classe ne semblait se préoccuper de cela. Tout le monde préférait regarder de loin leurs actions plutôt que de suivre de près leurs exploits. Parfois je me sentais bien seule à cause de cela…

« Et toi Angela ? Tu les as trouvés comment les livres ? Aussi intéressants que les dix derniers que tu n’as pas lus ? Railla mon amie aux cheveux d’ébène.

-On va dire ça, grimaçai-je, ne les ayant même pas achetés et ayant passé ma soirée à autre chose de plus important.

-Encore ? S’étrangla Ambre, écarquillant les yeux de surprise. La dernière fois Calvere ne l'a pas très bien pris…et si jamais il t interroge de nouveau, je sens qu'il va vraiment s'énerver…

-Ne t’inquiète pas, j'ai pris un résumé sur internet, je ne suis pas folle. Mais je ne comprends pas comment vous faites pour lire des livres aussi longs en deux semaines…voire même en une soirée comme certaine…

-Il suffit de s’y mettre mon Angie, c’est sûr que si tu n’achètes pas les livres, tu ne risques pas de les terminer, rigola Maya.

-Bon, ça va, j'ai compris et arrête avec ce surnom, c’est ridicule !

-Je trouve ça plutôt mignon moi, répliqua Ambre avec un grand sourire. »

Sous l’effet de la frustration et cherchant quelque chose d’autre à faire, je pris une cuillerée de ce que j’avais dans mon assiette avant d’avoir des nausées en me souvenant de ce que je venais de prendre. J’avalai donc avec grande difficulté et énormément d’eau les lentilles de la cantine tandis qu’Ambre et Maya faillirent s’étouffer tellement elles riaient devant mon air affolé.

Nous ne restâmes pas bien longtemps après cet incident et nous nous dirigeâmes vers les gymnases où se déroulait le traditionnel tournoi de Spiritual de l’école entre élèves et professeurs…tournoi duquel j’avais été bannie à cause de mes mauvais résultats scolaires…Franchement, ce n’était qu’un sport comme un autre, pourquoi ne pouvais pas participer à la seule activité qui me motivait à venir en cours ?

La rencontre du jour se jouait entre notre professeur de technologie, monsieur Horlogier, un grand maigre à lunette et aux crâne dégarni, et un première qui du nom de Erwan assez…massif et lourd, dans tous les sens du terme.

Lorsque nous prîmes place dans les gradins, le combat avait déjà bien avancé et Erwan était en bien mauvaise posture. Son spiritual ne lui procurait aucun autre pouvoir que de la force physique alors que celui du professeur utilisait les champs magnétiques à son avantage pour attaquer.

« C’est terminé, dit soudain une voix féminine à côté de moi alors que nous nous installions. »

Je me retournai, heureuse d’entendre enfin une fille s’intéresser au même sport que moi et je vis que celle qui avait prononcé cette phrase n’était autre qu’une grande fille blonde aux yeux verts répondant au nom de June Wheeler, la première de notre classe, juste devant Ambre.

Comme d’habitude, elle était impeccablement coiffée, avec simplement une petite mèche tombant au milieu de son front tandis qu’une plus grande descendait sur son épaule gauche tandis qu’une barrette maintenait le côté droit. Son visage était assez mature pour quelqu’un de notre âge, avec des traits et des expressions qu’on pouvait retrouver aussi bien chez un adulte et ses yeux reflétaient une intelligence et une réactivité hors du commun.

C’était une fille assez discrète dans la classe, à qui je n’avais jamais vraiment parlé à part pour demander des devoirs. Elle était d’ailleurs souvent dans son coin, préférant certainement ses livres à ses camarades de classe et c’est pourquoi, je n’aurais jamais imaginé qu’elle ait pu s’intéresser au combat de Spiritual.

Cependant, je n’eus pas le temps de faire plus ample connaissance car la jeune fille tournait déjà les talons pour retourner en classe vraisemblablement mais je notai dans un coin de mon esprit qu’elle pouvait se révéler être une potentielle partenaire de combat avant de me reconcentrer sur l’arnaque qui se déroulait sous mes yeux…

Effectivement, comme elle l’avait prédit, Horlogier, en une seule attaque, envoya son adversaire au tapis.

Alors que tout le monde applaudissait les deux combattants qui se serraient la main, visiblement fiers d’eux, je bouillonnais intérieurement devant ce spectacle ridicule.

« Quoi ?! C'est tout ce dont est capable un des meilleurs du tournoi ?! Fulminai-je de rage.

-Il fallait s'y attendre, Mr Horlogier est quand même un des meilleurs combattants de tout le lycée…

-Je ne parle pas de ça ! Non mais vous avez vu ce combat ? Même moi je l'aurais battu ! Il n’a même pas invoqué son Spiritual sous forme Physique !

-Vraiment ? Tu aurais pu faire mieux toi ? Me demanda Maya, sceptique.

-Evidemment, tu t’adresses à une des futures leaders de la fédération Ether ! Rétorquai-je fièrement.

-Dans ce cas, gagne un combat contre lui et je te croirai, me répondit-elle en haussant les épaules.

-Très bien, tu verras un affrontement comme tu n’en as jamais vu, répliquai-je, l’œil brillant. »

Sur cette déclaration de guerre, Ambre nous tira toutes les deux par la manche et nous força à courir pour arriver à l’heure en cours de français qui commençait moins de deux minutes plus tard.

Nous réussîmes néanmoins à rejoindre la classe avant l’arrivée de Calvere. Lorsque ce dernier entra à son tour, il portait son habituelle chemise noire s’assit sur sa chaise comme on s'assoit dans un fauteuil prêt du feu.

Ma place était vraiment la pire qu'on puisse imaginer : exactement dans le champ de vision de Calvere dès que celui-ci tournait un peu la tête, au dernier rang, là où le professeur regarde par réflexe.

« Bien, pour aujourd’hui vous aviez quelques livres sympathiques à lire n'est-ce pas, déclara-t-il d'un ton doucereux.

-Sympathique…façon de parler…, marmonnai-je assez bas pour qu'il n'entende pas.

-Donc voici les trois questions. »

Calvere posa ses habituelles questions stupides auxquelles je ne compris pas grand-chose, c’est pourquoi je sortis mon dossier "préparé" à la maison…ou plutôt imprimé depuis mon ordinateur.

Pendant que je regardai les mouches voler, faisant semblant de réfléchir, je voyais toutes mes camarades écrire, chercher des choses à dire, parler, et même…dessiner…

Après dix minutes sans rien faire, j'entrepris tout de même de lire ce que j'avais sorti, histoire ne pas paraitre trop suspecte…

En fait, il n'y avait rien de bien intéressant dans mon résumé et Je commençai à paniquer. Je sentais que Calvere allait m’interroger la première à en juger par son regard fixé sur mes notes. Je me mis à paniquer et je regardai autour de moi et je cherchai si par hasard, il n'y avait pas une bonne âme prête à me donner ses réponses ou lever la main mais ni Ambre ni Maya, ni personne d’autre n’avait l’air d’être d’humeur à répondre volontairement aux questions.

« Bon, j'ai comme l'impression que notre amie Hopper veut commencer, déclara Calvere en me voyant m’agiter dans tous les sens. Et bien allez-y.

-Euh…d'accord, bafouillai-je. Donc le bonheur des dames, c'est ça ?

-Oui, allez-y

-Bon alors… »

Je n'avais d'autre choix que de lire mon copier-coller mais il m’arrêta après le premier paragraphe.

« C’est très confus votre réponse. Imaginez, je dis bien imaginez que vous parliez à quelqu’un qui n'aurait pas lu le livre. »

Quand il dit cela, toute la classe éclata de rire. Tout le monde savait que personne ne lisait jamais en entier les livres de Calvere…ou alors une très petite minorité lorsque les livres n’excédaient pas les cents pages.

« Je dis imaginez parce que, bien entendu, tout le monde dans cette classe les a lus. Reprenez et soyez claire cette fois ci. »

J’essayai tant bien que mal de gagner un peu de temps en faisant tomber mes feuilles, faisant semblant de me tromper de question et Ambre et Maya m’aidèrent un peu en se plaignant de leurs voisines. Je les remerciai d’un geste rapide avant de chercher ce qui pouvait se rapprocher le plus d’une réponse pas trop stupide à la question de Calvere mais je n’eus pas besoin de simuler d’avantage car la cloche sonna et me sauva.

« On reprendra ça la prochaine fois. Et c'est vous que j'interrogerai en première, dit-il en s'adressant à moi, donc tachez de faire quelque chose de mieux. »

Sur ces belles paroles, il sortit et je m’effondrai sur ma chaise, consciente d’avoir frôlé la catastrophe cette fois-ci. Encore une fois, j'avais réussi à passer entre les gouttes, mais pour combien de temps encore…

Je n'eus même pas le temps de ranger mes affaires de français et de me plaindre auprès de mes amies que le professeur d'histoire, monsieur Lareine, entra dans la classe, visiblement assez énervé puisqu’il jeta son sac sur le bureau à peine arrivé.

« Bonjours mesdemoiselles et messieurs, asseyez-vous. Aujourd’hui est un jour très spécial. Savez-vous lequel ? »

Personne ne répondit évidemment. Il en avait de bonnes lui…

« Aujourd’hui, nous allons parler de l'Egypte ancienne. Vous allez me demander pourquoi. Et bien c'est très simple, j’ai fait quelques découvertes intéressantes que j’aimerais partager avec vous. Donc est ce que quelqu'un ici pourrait me faire un bref résumé de l'histoire d'Egypte qu’on se mette dans le bain ? »

Silence dans la classe. J’aurais bien levé la main puisque l’Egypte était l’un des piliers concernant les Spirituals et Izrath, mais si quelqu’un me voyait faire ça, ma réputation risquait d’en prendre un coup alors je me contentai de bailler.

« Personne ? Allez, un peu de courage quand même ! Tenez, June, pouvez-vous me parler de l’Egypte ? »

La première de la classe se leva et prit la parole d’une voix assurée, comme elle le faisait toujours. Elle devait certainement agacer beaucoup de monde dans la classe à toujours tout savoir, mais ça ne me dérangeait pas plus que ça. Cela me faisait même rire de voir Ambre se plaindre tout le temps d’avoir été détrônée depuis maintenant deux ans.

Après un long exposé de choses que je savais déjà, Lareine interrompit ma camarade, sortit un papier et reprit la parole au moment où June commençait à évoquer la fin de la guerre contre les soldats du désespoir.

-Bien tout ça, mais avez déjà entendu ceci : « Lorsque la lune deviendra le soleil, elle déploiera ses ailes mortelles. Le monde plongera alors dans un nouvel âge de ténèbres. Le roi des ombres renaitra de ses cendres et étendra son voile de terreur sur la terre. Tous les peuples n’auront d’autre choix que de se soumettre et il règnera pour l’éternité… Cependant lorsque la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, l’exilé reviendra. Il rétablira l’équilibre des pouvoirs et reprendra la place de souverain qui lui est due, mettant un terme à ce règne de terreur et de destruction… »

-Non, jamais et pourtant mes parents s'y connaissent en vieilles histoires farfelues, répondit June, pensive. »

Je tendis l’oreille. Ce cours d’histoire commençait enfin à devenir intéressant…Cette sensation nouvelle, cette envie de découvrir de nouvelles choses, ce désir d’en savoir toujours plus et cette peur de la cloche qui aurait interrompu cette discussion…Etait-ce cela…que ressentaient Ambre et June chaque jour ?

« D ou tirez-vous cette…cette prophétie je pense, non ? Demandai-je d’une petite voix, ce qui surprit Lareine.

-C’est exact Angela, il s'agit bien là d'une prophétie. Et si vous voulez savoir d'où elle vient, elle a été redécouverte dans les ruines d'un ancien royaume, le royaume d'Héliopolis

-Jamais entendu parler…

-C’est bien normal, reprit June, ce royaume s'est très vite éteint avec la disparition de son roi. Mais je croyais qu’Héliopolis n’était qu’une vieille légende poussiéreuse.

-Mais cette prophétie…elle fait froid dans le dos…Frissonnai-je.

-C’est une prophétie de fin du monde mademoiselle Hopper, elle doit forcément être un peu obscure.

-Mais monsieur, continua la première de la classe, pourquoi nous parler de ça aujourd’hui ? Je veux dire, je ne crois pas avoir vu une quelconque information dans les journaux ou à la télévision…

-Je voulais simplement vous en parler pour voir vos réactions, répondit-il.

-Mais c’est ridicule, plus personne ne croit aux prophéties de nos jours ! Vous n’allez pas me dire que vous y croyez ? M’exclamai-je, interdite.

-Je n'ai jamais dit qu'elle était réelle. Mais je suis historien, je ne fais qu’énoncer des faits et je les analyse ensuite ma chère Angéla. »

La conversation dériva rapidement sur d’autres sujets et Pendant tout le reste du cours, nous parlâmes de l'Egypte et des premiers Spirituals apparus sur terre. Enfin, nous n'étions que deux à participer : June et moi.

Comme je m’en doutais, elle partageait la même passion que moi pour les combats de Spirituals et pour les actions de la fédérations Ether. Tous les autres parlaient ensemble de choses et d'autres mais pas de l'Egypte. Pour la première fois, je trouvais un réel intérêt pour un cours d'histoire et à la fin de l'heure, ma soif d’en savoir plus n’était toujours pas étanchée.

Le professeur de sport étant absent, nous avions la permission de sortir plus tôt. Personne ne s'en priva. Après tout, ce n'était pas tous les jours que nous pouvions sortir à seize heures au lieu de dix-huit heures…

Saisissant cette occasion, je laissai Maya et Ambre sur la touche. Cela les surprit un peu mais elles ne protestent pas. Il fallait que je parle à June, elle semblait en savoir beaucoup plus sur toutes ces histoires qui me passionnaient. Elle pouvait peut-être m’éclairer un peu plus sur la prophétie.

Je la repérai au coin de la rue, sur le point de prendre le bus pour rentrer chez elle. Je me mis à courir pour la rattraper avant qu'elle ne monte dedans.

« June ! Attends, il faut que je te parle ! Lui criai-je en faisant de grands signes pour qu’elle me voie. »

Mais alors que je courais, je me pris les pieds dans une branche qui trainait sur le trottoir. Heureusement June réussit à me retenir avant que je ne m’étale face contre terre.

-Merci, lui dis-je un peu honteuse.

-Ce n'est rien. Je suis contente que tu ne te sois pas fait mal, me répondit-elle en souriant. Donc tu voulais me parler d'après ce que j'ai entendu. Tu as oublié de noter des devoirs ou il te manque des cours ?

-Pourquoi pas…mais non, je voulais te demander plus de précisions au sujet de…de ce dont nous avons parlé tout à l'heure en cours.

-Tu sais, tu devrais demander directement à Lareine, c’est lui le spécialiste en la matière, pas moi, continua-t-elle très humblement.

-Oui, mais je me disais que pour avoir une telle culture, tu devais avoir de bons livres chez toi. Peut-être qu’il y aurait des informations auxquelles tu n’aurais pas prêté attention et…

-Oh, dans ce cas-là, Tu devrais demander à mon père, il s'y connait plutôt bien dans toutes ces histoires de fin du monde. Enfin, c'est ce qu'il prétend. Il dit l'avoir sauvé plein de fois quand il avait notre âge et…

-Parfait, présente-le-moi ! L’interrompis-je, des étoiles dans les yeux.

-Bon, je t’aurais prévenue, ne vient pas te plaindre qu'il est assommant ou autre chose comme ça…Soupira June en retournant attendre le bus. »

A ce moment-là, je pensais simplement rencontrer un historien farfelu en suivant June chez elle. Cependant, j’ignorais totalement qu’en cherchant à en savoir plus sur cette prophétie, je venais de mettre les pieds dans une histoire qui allait me couter bien plus cher que ma propre vie.




Angéla : June Wheeler



Spoiler :


A l’arrêt et pendant le trajet, j’en profitai pour faire plus ample connaissance avec cette fille que j’avais dans ma classe depuis déjà deux ans mais à que je n’avais jamais appris à connaitre plus que ça.

Je me rendis compte à quel point j’étais passée à côté d’une personne formidable. Non seulement, elle montrait une sympathie plus que surprenante à mon égard alors que je devais avoir moins de la moitié de sa moyenne, mais en plus elle s’intéressait de près à la fédération Ether, tout comme moi. Elle avait même déjà remporté quelques petits tournois de qualifications sans jamais aller plus loin.

Le temps passa incroyablement vite aux côtés de June qui me racontaient des anecdotes plus folles les unes que les autres si bien que je failli rater notre station.

Une fois arrivées, je me retrouvai complètement perdue. Nous étions dans un arrondissement qui m’était totalement inconnu : Montmartre. Il y avait la beaucoup d'animations, des peintres, des mimes, et même des souffleurs de bulles de savon géantes, le tout dans un décor assez ancien me faisant penser à ces villages d’autrefois que l’on peut voir dans les livres. Même les boutiques me semblaient vieillottes avec leurs babioles en bois et leurs produits fantaisistes.

« C’est la première fois que tu viens à Montmartre ? Me demanda June devant mon air perdu.

-Euh…oui, je ne sors pas beaucoup de mon quartier…

-Oh, donc tu n’as jamais vu ça !

-Ça ? Répétai-je, intriguée. »

Sans en dire plus, la jeune fille me prit par la manche et me conduisit devant la basilique. De là, nous avions une vue vraiment magnifique. Nous pouvions apercevoir presque tout Paris depuis notre perchoir : l'arc de triomphe, la tour Eiffel et Montparnasse, désormais tour Ether, le Louvre, la Seine, les ponts et bien d’autres monuments historiques.

J'étais émerveillée. Je ne regrettai vraiment pas d'avoir demandé à June de m’emmener ici. Il fallait que j’emmène Ambre et Maya ici aussi. J’étais persuadée qu’elles adoreraient, elles qui aimaient tout ce qui sortait un peu de l’ordinaire.

Après être restées quelques minutes devant ce spectacle splendide, June m’amena enfin chez elle. Elle habitait un petit appartement juste a cote de la basilique, sur la place carrée de l’arrondissement qui était assez animé, surtout par des artistes quand on regardait bien. En même temps, l’endroit ressemblait tellement à une peinture que je les comprenais de venir exercer leur art ici.

« Bon, reste là, je vais voir s’ils sont déjà rentrés ou si… »

June laissa sa phrase en suspend quand elle entendit le bruit d'un verre qui se brise provenant de la cuisine. Je sursautai mais cette-dernière resta très calme.

« Ça c'est surement maman qui a essayé de cuisiner… Me dit-elle en soupirant. Suis-moi, je vais te la présenter. »

Nous entrâmes à l’intérieur et ma nouvelle amie se dirigea directement à la cuisine…Même si celle-ci ressemblait plus à un champ de bataille qu'a une cuisine. Il y avait de la farine un peu partout. Tous les appareils étaient sortis : mixeur, grille-pain, batteur, et même une friteuse et la mère de June était à genoux en train de ramasser les débris de ce qui avait dû être un saladier.

« Maman ! S’exclama la blonde, mécontente.

-Oh, c'est toi, je ne t’avais pas entendue entrer. Tu es rentrée tôt aujourd’hui June. »

Sa mère se releva, manquant de faire tomber d'autres ustensiles au passage. Elle lui ressemblait beaucoup, elle avait les mêmes cheveux blonds comme l’or ainsi que les mêmes yeux, à l’exception de leur couleur qui tirait plus vers le mauve chez sa mère. Je remarquai également que June possédait la même mèche que sa mère au milieu du front, ce qui ne faisait qu’accentuer leur ressemblance même si mon amie était bien mieux coiffée. Ce qui les différenciait par contre, c’était leur regard. Autant celui de June était pur et innocent, autant celui de sa mère dégageait quelque chose d’autre que je ne pouvais pas bien cerner…mais peut-être était-ce simplement dû à l’âge.

« Oui, le prof de sport n'était pas là. Mais ce n'est pas le plus important, j'ai ici une amie qui voudrait parler à papa. Est ce qu'il est là ? »

D’abord hésitante devant un tel carnage et sortant de mes pensées, je finis me présenter convenablement.

« Bonjour madame, je m’appelle Angela Hopper, lui dis-je en lui serrant la main.

-Enchantée. Je suis la mère de June. Mais entre nous tu peux m’appeler May, je n'aime pas qu'on m’appelle madame. Et pour répondre à ta question June, ton père est sorti mais il doit revenir d'une minute à l'autre. »

Au même moment, j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, un bruit sourd m’indiquant qu’un objet venait de tomber suivi d’un gémissement.

« Quand on parle du loup, c'est surement lui qui revient. Je vais le prévenir que vous êtes là, prenez ce que vous voulez, il y a tout ce qu'il faut. »

Le père de June arriva quelques secondes après. C'est un grand homme blond, comme June et May, à l’air assez niais mais dégageant la même gentillesse que sa fille dans son regard. Une paire de lunettes carrées surmontaient son nez droit tandis que quelques poils de barbe mal rasés peignaient ses joues et son menton rond. Il portait une blouse blanche ainsi qui n'était apparemment plus toute neuve à en juger par les nombreux trous un peu partout et l’odeur de brûlé qui s’en dégageait.

« Papa, dit June, je te présente Angela, une amie.

-Bonjour Monsieur, désolée du dérangement.

-Mais ce n’est rien, c’est un plaisir de faire ta connaissance ! Je suis le professeur John Wheeler, archéologue et accessoirement invocateur de talent ! Est-ce que par hasard tu aurais déjà vu mon nom dans un livre relatant l’histoire des Spirituals dans notre monde ? Sache qu’il s’agissait bien de moi et…

-Bon, c'est très intéressant, râla sa fille en lui coupant la parole, mais Angela n'est pas venue ici pour parler de ton livre bidon ou de je ne sais quoi. Mais par contre, as-tu déjà entendu ceci ?

June lui récita mot pour mot la prophétie dont Lareine nous avait parlée, ce qui me laissa bouche bée. Elle avait une de ces mémoires…je ne me souvenais que de bribes de phrase et de l’idée générale alors que Lareine en avait parlé moins de trois heures plus tôt…

Quand elle eut fini, son père croisa les bras sur son torse et fronça les sourcils, perplexe.

« Hum…intéressant tout cela. D'ailleurs, ton histoire me rappelle une de mes aventures…

-Et voilà, c'est parti…soupira June.

-C’était à l'époque où nous habitions Tokyo. Nous avions emménagé là-bas sur la demande de Violet qui…

-Violet ? Attendez, vous voulez LA Violet Leblanc ? Fondatrice de la fédération Ether ? M’exclamai-je, le cœur battant à tout rompre et des étoiles dans les yeux à l’évocation de mon héroïne.

-A l’époque, elle n’était qu’une ancienne camarade de classe de May, s’amusa l’homme. D’ailleurs, savait que Violet…

-Mais elle s'en fiche de tes histoires à dormir debout papa ! Elle est venue pour en savoir plus sur une prophétie, pas pour entendre ça ! S’impatienta alors la jeune fille, tapant du pied frénétiquement sur le sol.

-Comment ça, à dormir debout ? Tout cela n'est que la pure vérité. Tu verras si c’est agréable quand tu auras des enfants à ton tour et que tu leur raconteras tes aventures pour sauver le monde !

-Je préférerais ne jamais avoir à faire ça, lui répondit-elle en s’affalant sur un fauteuil.

-Mais ça m’intéressait moi ! Protestai-je. Alors, quelle était cette anecdote sur Violet ?

-Tu vois June ? Enfin quelqu’un qui aime mes histoires ! Nous allons bien nous entendre toi et moi, jeune fille !

-J’en peux plus, prévenez-moi quand vous aurez fini… »

Sur ces mots, la jeune fille ferma les yeux et fit semblant de dormir pendant que son père continuait à me raconter ses aventures et les anecdotes du temps passé avant le Purple Requiem. J’étais littéralement passionnée, j’avais l’impression de vivre moi-même le récit. J’aurais tellement voulu être à sa place, avec Ambre et Maya, elles auraient adoré elles aussi, j’en étais persuadée.

Finalement, je ne vis pas les heures passées et pendant plus d’une heure, je restai dans l’entrée de cet appartement, à écouter le père de June.

« Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un ait pu vivre de telles aventures, lui dis-je, soufflée, une fois qu’il eut terminé.

-Et ma fille qui dit que je radote ! S’exclama-t-il, fier de lui. Enfin quelqu’un qui sait apprécier mes histoires à leur juste valeur. Et sur ce, je crois qu’il est temps que nous nous occupions-nous de cette prophétie sinon ma fille va encore me bouder toute la semaine. »

Le père de June se leva et alla fouiller une dans une étagère très poussiéreuse remplie de livre tous plus gros les uns que les autres tandis que sa fille rouvrit les yeux en baillant.

Le professeur Wheeler revint quelques instants plus tard avec un énorme livre qui, visiblement, n’avait pas été ouvert depuis des lustres. Sur la couverture, on pouvait voir un étrange symbole, une sorte de paire d’ailes dorées en forme de V, entourée de deux traits courbés épousant la forme arrondie de la lettre.

C’était étrange. Jamais je n’avais vu un tel symbole jusqu’ici alors qu’il était pourtant ridiculement simpliste.

« Je pense qu’on trouvera tout ce dont on a besoin dans ce livre très particulier, déclara le professeur d’une voix mystérieuse qui fit bailler June une nouvelle fois.

-Et…qu’a-t-il de si spécial ? Demandai-je, déconcertée.

-Voyez-vous, il n’existe que deux exemplaires de ce livre. L’original a été retrouvé dans des ruines au milieu du désert. J’ai réussi à avoir une copie grâce à mes recherches en collaboration avec la fédération Ether et avec l’aimable accord de Violet. Mais trêve de bavardage, mettons-nous au travail ! »

Le scientifique ouvrit l’ouvrage et commença à feuilleter la table des matières avant de s’arrêter sur un point précis et de passer directement à la page qui devait l’intéresser. Il lut encore pendant quelques minutes et cria un « Euréka » qui nous fit sursauter, June et moi.

« J’ai trouvé ce qui nous intéresse, déclara-t-il fièrement sous les yeux ébahis de sa fille.

-V…Vraiment ? Bégaya June, surprise que son père ait obtenu l’information aussi vite.

-Pour qui me prends-tu, rétorqua ce dernier fièrement. Mais je crois que votre professeur vous a raconté une histoire incomplète.

-Que voulez-vous dire ? Repris-je, perplexe.

-Il n'a pas mentionné le contexte dans lequel cette prophétie a été écrite. Et il se trouve qu’elle date, non pas de la fin du règne d’Hélios, non pas de la chute de son prédécesseur Solaris…mais bien d’un temp beaucoup plus ancien…Un temps où Izrath et la terre n’étaient pas encore séparés. »


Angéla : Tout Change



Spoiler :


Je restai figée plusieurs secondes. Même June, qui jusque-là dormait à moitié, sursauta au moment où son père prononça ces mots. Le professeur Wheeler abandonna son air détendu et fronça les sourcils, me paraissant tout de suite bien plus professionnel qu’avant.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? D’accord, personne ne savait exactement quelle relation liait Izrath à la terre mais il était admis par toute l’humanité que ces deux mondes avaient toujours vécu en harmonie, et ce, depuis la nuit des temps. Alors apprendre qu’ils avaient été une seule et même dimension à une époque…Cela bouleversait totalement mes croyances.

Alors que John Wheeler relisait plusieurs fois la page qui évoquait cette possibilité folle, sa fille s’impatienta et lui arracha simplement le livre des mains. Mais cela ne sembla pas mécontenter son père plus que cela – alors que le mien m’aurait coupé mon abonnement téléphonique pendant un mois – et il se contenta de nous regarder avec un immense sourire aux lèvres.

« C’est…fascinant ! Déclara-t-il alors joyeusement. De toute mon existence, je n’étais jamais tombé sur quelque chose de semblable. Je sens que l’on va s’amuser ! »

Le professeur se mit à rire et je me tournai vers June, totalement déconcertée par les changements d’attitude de son père et elle se contenta de hausser les épaules en levant les yeux au ciel.

« Les enfants ! Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère ! Izrath et la terre ne formant qu’un…Vous comprenez ce que cela implique ?!

-Nous avions ce livre chez nous depuis tout ce temps et tu viens juste de l’ouvrir, tu es désespérant, soupira sa fille. Et donc, est-ce que tu pourrais être un peu plus précis sur ta « découverte » ?

-Malheureusement, le livre reste très vague mais apparemment, quelqu’un, ou quelque chose, aurait séparé nos deux mondes il y a bien longtemps. Pour quelle raison ? Je l’ignore, ce n’est pas précisé. Cependant, nous connaissons l’auteur de cette prophétie.

-Et…Qui est-il ? Demandai-je d’une petite voix.

-Armageddon, le Spiritual du destin. »

Un frisson me parcourut l’échine lorsqu’il prononça ce nom. Je savais que les dieux des mythologies antiques prenaient souvent leurs origines dans des Spirituals bien plus puissants que la moyenne. Mon Spiritual d’ailleurs, Athéna, était apparemment une relique grecque très ancienne que l’un des clients de mon père lui avait offerte dans sa jeunesse. Mais de là à penser qu’il existait une entité capable de contrôler le cours même du destin…Même moi qui aimais rêver, j’avais du mal à y croire…

« Tu penses que ces histoires sont vraies ? Demandai-je à June, hésitante.

-Tu crois vraiment que je vais gober des bêtises pareilles ? Ce n’est qu’un tissu de sornettes, tout juste bon à raconter aux enfants pour leur faire peur ! Il n’y a que mon père pour fantasmer encore là-dessus !

-Oui…Tu as sans doute raison…Lui répondis-je, essayant de me rassurer moi-même. »

Mais il n’y avait rien à faire. J’avais beau essayer de me convaincre, une partie de moi voulait continuer à y croire…Ou du moins ne pouvait pas se résigner à tout abandonner. C’était un sentiment étrange que je n’avais jamais ressenti auparavant.

D’habitude, lorsque je me m’impliquais dans un projet fou comme prouver l’existence du triangle des Bermudes ou trouver le trésor enfoui de barbe rousse, je savais moi-même que c’était impossible, mais cette fois-ci, je ne pouvais me l’expliquer, mais j’y croyais, dur comme fer.

Je regardai soudain l’heure : Dix-huit heures ! Il fallait que je rentre absolument chez moi avant 18 heures 30, sans quoi mon père allait encore passer un savon !

Je me levai d’un bond et remerciai précipitamment les parents d’Angéla pour leur accueil et pour m’en avoir appris un peu plus sur la prophétie tout en m’excusant de devoir partir aussi vite mais ils semblèrent comprendre immédiatement à en juger par leurs mines amusées.

Je rassemblai mes affaires en vitesse et June me raccompagna jusqu’au métro. Sur le quai, nous parlâmes un peu et nous en profitâmes pour échanger nos numéros ainsi que nous donner rendez-vous le lendemain pour le déjeuner.

Même si j’allais me faire sermonner comme jamais, j’étais contente d’avoir voulu creuser un peu plus cette histoire. Grâce à cela, j’avais pu apprendre à connaitre un peu mieux June à qui je n’aurais jamais adressé la parole de la même façon sans ces histoires. Il fallait vraiment que je la présente à Ambre et Maya, j’étais certaines qu’elles s’entendraient à merveille. Et puis, depuis le départ d’Aymeric, il nous manquait quelqu’un et June était la candidate idéale.

J’étais tellement absorbée dans mes pensées que je faillis rater la station et je sortis du wagon au moment même où les portes du métro se refermaient, manquant de me coincer les cheveux à l’intérieur.

Dix-huit heures vingt-cinq. Je pouvais encore arriver à l’heure chez moi !

Galvanisée par cet espoir insensé, je me mis à courir dans les rues, bousculant quelques passants mais je réussis néanmoins à arriver à l’heure chez moi…ou presque…

Je m’arrêtai quelques instants devant le portail, hésitante. Je n’avais aucune raison de m’inquiéter, je n’avais que cinq minutes de retard…dix en fait…

A moins que mon père n’ait passé une très mauvaise journée et que ma mère fût sortie, je ne risquais rien…

J’inspirai un bon coup et je poussai le lourd portail qui s’ouvrit en grinçant. Pour la discrétion, je pouvais déjà repasser plus tard. Mais je ne m’arrêtai pas là et je traversai rapidement la petite cour tout en cherchant les clés dans mon sac.

Lorsque j’arrivai devant la porte, mon cœur rata un battement. Je ne les avais pas ! Il n’y avait rien non plus sous le paillasson, ce qui signifiait que ma mère avait dû sortir et évidemment, elle n’avait pas laissé la porte ouverte…

Je n’avais plus qu’une seule solution : sonner et affronter mon père…Mais je pouvais le faire ! Après tout, je n’étais pas si en retard que ça et il ne savait pas que je sortais à seize-heures, peut-être qu’une petite histoire comme une panne de métro suffirait à le calmer…

Tremblante cependant, j’approchai le doigt de la sonnette, me préparant au pire et quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit, me laissant voir le visage rouge de colère de mon père qui m’attendait, les bras croisés sur le torse. Il faisait vraiment peur quand il s’énervait, c’était presque comme si je pouvais voir de la fumée sortir de ses narines et son crâne surchauffer…

« C’est à cette heure-là que tu arrives Angéla ?! Me cria-t-il en guise de bienvenue.

-C’est bon papa, je n’ai que dix minutes de retard, protestai-je.

-Dix minutes ! C’est comme ça tous les soirs maintenant ! Dix minutes par-ci, quinze minutes par-là, tu peux comprendre que j’en ai assez maintenant ! Rétorqua mon père, toujours en me hurlant dessus.

-C’est faux, d’habitude je sors à 18 heures ! Comment veux-tu que je sois ici en même pas une demi-heure !

-Ne traine pas après la sortie des cours et rentre tout de suite et là, tu pourras être à l’heure, l’école n’est qu’à vingt minutes d’ici ! Et puis, aujourd’hui, tu n’as aucune excuse, tu sortais à seize heures ! »

Zut, j’ignorais comment, mais il savait, j’allais devoir lui dire la vérité…

« J’étais chez une amie si tu veux savoir ! Mais ça ne te regarde pas !

-Bien sûr que si, ça me regarde. Je m’inquiète pour toi Angéla…tes résultats ont fortement baissés ce trimestre et…

-Et alors ? C’est ma vie, je la vis comme je l’entends ! Répliquai-je, commençant à bouiller intérieurement moi aussi à force d’entendre ses reproches.

-Et alors ? Eh bien, ne compte pas sur nous pour venir t’aider plus tard, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même ! Tu ferais mieux d’étudier au lieu de t’amuser !

-Si tu veux savoir, j’étais chez June, cette fille que tu admires tellement depuis deux ans, mais j’imagine que tu t’en fiches aussi. »

Je ne laissai pas à mon père le temps de répondre et je filai dans ma chambre sans rien ajouter de plus. Tandis que je montai les marches, je l’entendais s’égosiller derrière moi mais je ne me retournai pas. Je savais exactement ce qu’il allait me dire et je ne voulais pas l’entendre.

Je m’enfermai dans ma chambre à double tour et je me jetai sur mon lit. J’enviais vraiment June. Elle avait tout ce dont j’aurais rêvé : des parents drôles et ouverts, de bonnes notes en classe, du talent avec son Spiritual…Alors que moi, mon père ne rigolait presque jamais tant il était absorbé par son travail, j’étais dans les dernières de classe et même si je rêvais d’intégrer les rangs d’Ether, je n’avais jamais réussi à matérialiser mon Spiritual et l’adversaire le plus puissant que j’avais affronté était Aymeric, mon ex, certainement le pire invocateur de cette planète.

Je reçus au même moment un message de la part d’Ambre pour me rappeler le devoir de Calvere, m’envoyant en pièce jointe ses propres réponses aux questions et je souris malgré moi. Au moins, j’avais de la chance d’avoir Ambre et Maya…

Sur cette pensée, je me mis au travail puisque je n’avais pas le choix. Si Ambre m’envoyait ses notes, c’était qu’elle sentait que je n’allais pas m’en tirer avec seulement les rires des autres et un zéro pointé.

Ne pas avoir lu les livres était tout de même assez problématique, mais, comme Calvere posait toujours le même genre de question, je savais à peu près comment répondre tout en lisant quelques résumés trouvés sur internet.

Une heure…deux heures…je continuais d’écrire encore et toujours. J’avais même sauté le repas, me contentant de quelques gâteaux trainant dans ma chambre. Chapy aurait été content de moi pour une fois, lui qui voulait que l’on travaille trois heures par soir.

Vers vingt-trois heures, je posai enfin mon stylo et je m’affalai sur ma chaise. J’avais mal aux doigts à force d’écrire et mes yeux me piquaient mais j’étais plutôt fière de moi et j’espérais que Calvere le serait aussi.

Je dus m’endormir juste après avoir terminé car le lendemain, je me réveillai sur mon bureau encore en désordre et habillée.

Je m’étirai et baillai un bon coup avant de rassembler tout cela dans mon sac. Il était sept heures et demi. J’avais encore largement le temps avant de partir pour l’école.

Pour une fois, je pris le temps de bien regarder si toutes mes affaires étaient en ordre, si j’avais bien mes clefs et j’eus même le temps de prendre mon petit déjeuner et d’arriver avec dix minutes d’avance en cours.

Maya et Ambre n’en revenaient pas. Lorsqu’elles arrivèrent à leur tour et me virent déjà assise à ma place, les affaires sorties, prête à me mettre au travail. J’éclatai de rire devant leurs yeux exorbités et le bond en arrière que fit Maya en entrant dans la classe.

« Pincez-moi, je rêve, murmura cette dernière en se frottant les yeux.

-Angéla, tu es sûre que tout va bien ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette, me dit Ambre, inquiète. »

Je m’apprêtai à leur répondre en feignant l’incompréhension mais je vis au même moment June pénétrer à son tour dans la salle de classe et s’installer à sa place, au premier rang, là où personne ne voulait aller à part les malchanceux comme elle.

« Excusez-moi une minute les filles, je reviens, déclarai-je en me levant. »

Mes amies se regardèrent, pensant vraiment que je devais couver quelque chose pour les envoyer balader de la sorte mais je n’y prêtai pas attention et je rejoignis June que je saluai avec entrain.

« Salut June, comment ça va aujourd’hui ? Lançai-je joyeusement.

-Pour tout te dire, ça pourrait aller mieux, me répondit-elle, gênée. Après ton départ, mon père m’a bassinée avec ses histoires toute la soirée…

-Pour me faire pardonner, qu’est-ce que tu dirais de venir te joindre à nous pour le cours d’allemand ? Les parties commencent à devenir monotones à force ! »

June se retourna vers Ambre et Maya qui étaient toujours au dernier rang, se demandant visiblement ce que je fabriquais avec June à qui je n’adressais jamais la parole en temps normal et cela eut l’air de contrarier ma nouvelle amie.

« Je ne voudrais pas vous déranger et puis, je ne suis pas très forte pour…

-Parfait, tu remplaceras ce boulet d’Aymeric ! L’interrompis-je »

Je pris son sac et ses affaires que j’amenai au fond de la classe, à côté de moi, en accolant une table à la mienne pour pouvoir être quatre sur le même rang. June soupira mais vint cependant me rejoindre et s’assit à côté de moi.

« Angéla, après avoir corrompu la deuxième de la classe, tu t’attaques à la première ? Tu es vraiment maléfique ! S’exclama Maya, l’air affolée.

-J’étais première aussi à l’époque ! Rétorqua Ambre en gonflant les joues. »

Elle n’aimait vraiment pas qu’on lui rappelle qu’elle avait perdu la première place et Maya s’amusait sans arrêt à remettre ça sur le tapis mais les réactions d’Ambre étaient si amusantes que je ne pouvais pas m’empêcher de rire à chaque fois.

Le professeur, monsieur Beauchardassaut, entra dans la classe quelques minutes plus tard et la réaction commença. Même si en théorie il devait nous faire cours d’Allemand, personne n’écoutait les rares moments où il suivait vraiment le programme, racontant sa vie le plus souvent, ses conquêtes amoureuses, des blagues plus ou moins drôles qu’il recyclait chaque année et de temps en temps, une vraie anecdote sur l’Allemagne.

Nous avions pris l’habitude depuis le temps de n’écouter que d’une oreille ses cours, prenant des notes d’un côté d’une feuille et faisant des bacs de l’autre côté. Cette fois-ci, le thème des Spirituals était tombé.

En général, Ambre nous battait largement grâce à ses nombreuses connaissances dans à peu près tous les domaines, mais cette fois ci, nous étions sur mon terrain et celui de June, ce qui nous donnait un énorme avantage.

Nous décidâmes de compter les points au bout d’une dizaine de lettres. Maya, comme d’habitude n’en avait presque aucun. Moi j’avais la moitié du maximum quand à Ambre…même pas un tiers de points alors que June les avaient presque tous. Nous la regardâmes avec admiration, sauf la deuxième de la classe qui boudait, vexée d’avoir été battue si facilement et surtout, d’avoir été battue encore une fois par June.

« C’est impossible ! Je demande une revanche, dit-elle peut être un peu trop fort à mon goût… »

Au même moment, Beauchardassaut sortit sa phrase préférée :

« Ach ! Du felst mir auf dem vecher !

-Désolée monsieur…commença Ambre devenue rouge de honte avant de comprendre qu’il ne lui parlait pas à elle mais à Julie qui était tombée de sa chaise en se balançant, entrainant avec elle toutes les affaires de sa voisine de derrière. »

La sonnerie retentit juste après et il ne se passa rien en fait puisque tout le monde était déjà en train de se balader dans la classe.

Suivait l’heure d’un cours soporifique avec monsieur Barrat-Soda, professeur d’économie. Pour être franche, je me fichais complètement de ce qu’il racontait, de toute façon je ne comptais pas prendre économie en première et ils ne voulaient certainement pas de moi non plus.

Comme nous nous l’étions promis, June déjeuna avec nous ce jour-là et elle en profita pour faire plus ample connaissance avec Maya et Ambre. Heureusement, le courant passa immédiatement entre elles et nous discutâmes comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Il fallait dire que June possédait autant de connaissances qu’Ambre qui trouvait enfin quelqu’un avec qui parler de cours, et en même temps le même humour douteux que Maya quand il s’agissait de lancer des piques.

Pour la première fois depuis longtemps, nous ne vîmes pas le temps passer et nous restâmes pendant toute la pause déjeuner à la cantine à parler de choses et d’autres si bien que nous faillîmes arriver en retard au cours que je redoutais tant, le cours de français.

Lorsque Calvere arriva, il posa comme d’habitude sa veste noire sur le bureau et prit place sur sa chaise comme dans un fauteuil avant de croiser les bras tout en me regardant, attendant visiblement que je reprenne le piètre exposé que j’avais commencé la veille.

Cependant, cette fois-ci, je ne me laissai pas déconcerter et je me mis à lire ma nouvelle réponse à la question.

Un grand silence régna alors sur la classe et tout le monde écouta ce que je disais, consterné que j’aie vraiment fait mon travail pour une fois…ou alors pensant que je l’avais volé à Ambre encore une fois…

A la fin de ma présentation qui dura bien dix minutes sans interruption, Calvere fronça les sourcils. Une goutte de sueur perla de mon front. C’était mauvais signe. Cependant, il n’ajouta rien et il prit son carnet de notes pour noter quelque chose avant de déclarer :

« Oui…c’est bien Angéla ce que vous m’avez fait là. Vous voyez que lorsque vous vous y mettez, vous êtes capable de faire de bonnes choses. Les autres, avez-vous quelque chose à ajouter ?

-Moi j’aurais quelque chose à ajouter, dit Ambre qui refusait d’être battue sur son propre terrain. »

Je ne l’écoutais pas vraiment, après tout, c’était elle qui m’avait envoyé ses notes, je les connaissais déjà. Du côté de Maya, elle n’en revenait toujours pas que j’aie fait ça toute seule et me regardait bizarrement, comme si j’avais un énorme bouton sur le front ou autre…

La journée se termina sans encombre majeure, mis à part Maya qui continuait à garder ses distances avec moi, pensant certainement que je devais couver quelque chose pour agir de la sorte.

Mais, alors que nous allions nous séparer au métro comme nous le faisions chaque jour, June prit la parole.

« Ambre, Maya, j’ai cru comprendre que vous n’aviez aucun Spiritual, je me trompe ?

-Je ne suis jamais plongée dans ces histoires pour être franche, lui répondit Maya en haussant les épaules.

-Pareil pour moi, j’ai un emploi du temps assez chargé en plus, ajouta Ambre, l’air désolée. Mais pourquoi cette question tout à coup ?

-Je me disais juste que ça serait plus sympa si vous étiez Summoner vous aussi. On pourrait s’inscrire en tant que team comme ça. »

Mes deux amies se concertèrent quelques instants avant de répondre :

« Pourquoi pas, j’ai du temps à tuer et Ambre a toujours voulu essayer. »

J’écarquillai les yeux. En presque dix ans, jamais je n’avais réussi à les convaincre de ne serait-ce toucher mon amulette et June venait en dix secondes de le faire…En plus, elle était bien meilleure combattante que moi. Si nous devions nous affronter pour une démonstration ou autre, Ambre et Maya n’allaient pas manquer l’occasion…

Le soir à mon bureau, je restai plusieurs heures, le regard dans le vague, à faire tourner le bracelet en forme de chouette que je portais au poignet. Il paraissait que plus le Spiritual contenu dans un Artefact était puissant et plus il était difficile à maitriser. J’ignorais si j’étais simplement très mauvaise ou si Athéna était la vraie déesse de la guerre mais dans tous les cas, je ne comptais pas en rester là. Il fallait que je prouve à tout le monde mon talent en tant qu’invocatrice pour qu’enfin, on me laisse tranquille avec mes notes. Je devais leur montrer que les résultats scolaires n’étaient pas tout dans la vie.

Ma décision était prise. C’était peut-être stupide, dangereux et insensé, mais il fallait que je le fasse.

C’est ainsi qu’une semaine plus tard, je mis mon plan suicidaire en marche. J’allais me faire passer pour quelqu’un d’autre…et combattre à sa place.




Angéla : Une Erreur fatale



Spoiler :


Une semaine avait passé. June s’était incroyablement bien intégrée dans notre groupe et plus personne ne s’étonnait de la voir trainer avec nous. Ces quelques jours en sa compagnies furent peut-être les plus heureux de ma vie. La jeune fille était exactement ce qu’il nous manquait depuis le départ d’Aymeric après notre rupture. Mieux, elle donnait un nouveau souffle à toutes nos activités et son dynamisme me poussait même à travailler en sa compagnie certains soirs.

Cependant, ce jour-là, quelque chose d’autre me préoccupait. En effet, un match du tournoi d’invocateur devait avoir lieu à la pause de midi et je ne comptais pas le laisser me filer entre les doigts.

« Tu vas quelque part ? Me demanda Ambre, intriguée en me voyant me lever de table avant elles.

-Oui, j’ai quelque chose…d’important à faire, répondis-je, détournant le regard.

-Plus important que regarder un match ? Tu dois vraiment avoir envie d’y aller, rétorqua Maya, l’œil pétillant.

-Mais arrête tes bêtises, j’ai le droit d’avoir des choses à faire ? Répliquai-je en rougissant.

-En tout cas, on te gardera une place de choix, mais ne traine pas trop, les gens n’ont rien d’autre à faire que de venir voir donc ça sera difficile à la longue…Fit remarquer June en regardant déjà dans la cour la foule rassemblée.

-Ne vous faîtes pas de soucis, je reviens très vite ! »

Sur ces mots, je filai ranger mon plateau et je remontai mais je ne pris pas la direction de ma classe mais celle du bâtiment d’en face.

Au bout de cinq minutes de recherche, je trouvai enfin ma cible et je me cachai derrière un pilier. Aymeric était en train de parler à d’autres garçons que je ne connaissais pas. Il semblait confiant en sa victoire alors que cet idiot savait à peine activer les pouvoirs de son Spiritual. Et dire que je l’avais un jour aimé…J’avais été vraiment stupide de lui faire confiance. Mais pour le coup, j’allais avoir besoin de son aide.

J’attendis encore quelques minutes avant que ce dernier ne se décide enfin à descendre et c’est là que j’intervins.

Rapide comme l’éclair, je lui assénai un bon coup dans la nuque alors qu’il était seul et cet imbécile s’évanouit aussitôt. Ce n’était qu’une maigre compensation pour ce qu’il avait fait mais ce n’était pas le moment de penser à ça…

Je lui retirai son uniforme avant de l’enfermer dans un placard à balais, attaché et bâillonné au cas où il se réveillerait puis je me changeai rapidement aux toilettes, m’attachant soigneusement les cheveux et mettant un large chapeau pour les dissimuler. Heureusement que les uniformes des garçons étaient vraiment larges, l’illusion n’en était que plus parfaite.

Je me regardai dans la glace et je fus plutôt satisfaite de moi. Ainsi, ces intellos allaient voir qui était la meilleure élève dans cette école.

Je me rendis ensuite sur le terrain du gymnase où mon adversaire m’attendait déjà et ce n’était personne d’autre que notre professeur d’histoire, Lareine. Il était vraiment invocateur, lui ?

J’eus un moment d’hésitation. Et s’il me reconnaissait ? Ou pire, et si je perdais lamentablement face à lui ?

Je chassai ces pensées négatives de ma tête. Tout allait bien se passer, il n’y avait aucune faille. Seules Ambre et Maya étaient susceptibles de me reconnaitre et je savais qu’elles ne diraient rien.

Je les cherchai d’ailleurs du regard tout en m’avançant vers mon adversaire et je finis par les apercevoir. Lorsque nous regards se croisèrent, Ambre devint livide et Maya se prit la tête dans les bras en soupirant. Je me contentai de leur lancer un sourire assuré en guise de réponse puis je pris place face à Lareine.

C’était la première fois que je disputais un combat en public, et pour tout dire, j’avais un peu le trac. D’habitude, je n’affrontais que des idiots en sachant pertinemment que j’allais gagner sans aucune difficulté, mais cette fois-ci, c’était différent. Non seulement je ne connaissais rien de mon adversaire mais en plus si je perdais, j’allais en entendre parler pendant des années…

Je serrai le poing. Non, j’allais gagner, j’avais confiance en mes capacités. Ce n’était que la première étape avant de devenir la meilleure.

Je relevai la tête fièrement et je lançai à Lareine d’une voix grave :

« Aymeric ne pourra pas disputer ce duel, il a eu un imprévu et par conséquent, je vais le remplacer !

-Tu n’es pas un de mes élèves il me semble, me répondit Lareine, un peu déconcerté.

J’hésitai une seconde, cherchant une bonne couverture.

-En effet, mon nom est…Angelo ! »

Au loin, je vis Maya pouffer et Ambre détourner le regard, gênée tandis que June me sourit, visiblement curieuse de savoir comment les choses allaient tourner.

-Et bien Angelo, ne perdons pas plus de temps et commençons ! Déclara Lareine en activant les pouvoirs de son amulette. »

Je fis de même tout en essayant de ralentir les battements de mon cœur et arrêter le tremblement de mes mains. J’allais leur montrer à tous !

J’activai à mon tour les pouvoirs de mon bracelet et, enveloppée d’une douce lumière dorée, je me jetai tête baissée vers lui. Le professeur ne bougea pas et se contenta de me regarder en souriant.

Ce type était idiot ou quoi ? S’il prenait l’attaque de plein fouet, il allait se faire éjecter d’un seul coup. Pensant simplement qu’il ne savait pas comment réagir, j’accélérai et, lorsque je ne fus qu’à quelques centimètres de lui, je tentai de lui asséner un violent coup de pied dans les côtes.

Néanmoins, alors que ma chaussure allait percuter sa chemise, je me heurtai à une partie solide de son habit, comme une sorte de barre métallique. L’onde de choc se propagea dans mon corps comme dans une cloche et je reculai, chancelante.

A ce moment-là, en voyant son costume luisant comme du métal au soleil, je compris la nature de ses pouvoirs. Il pouvait changer son corps et ce qu’il touchait en véritable mur de fer. Il était d’un niveau clairement différent des gamins que j’avais affrontés jusqu’à maintenant. Cependant, mon pouvoir, avant d’être utile pour l’attaque, était hautement défensif. Je n’avais donc rien à craindre d’une potentielle riposte pour le moment.

Ainsi, j’érigeais tout autour de moi une sphère de lumière protectrice afin de gagner un peu de temps et d’analyser ses mouvements. Mais, à ce moment-là, Lareine se mit à courir dans ma direction, droit sur le bouclier, tel un rugbyman tentant une percée.

Même si je me trouvais à l’intérieur d’un cocon protecteur, je n’étais sereine…Et mon intuition ne me trompa pas. L’homme brisa mon bouclier comme une vitre fragile et passa au travers, sous mes yeux ébahis.

L’impact créa une onde de choc si violente que je dus m’accrocher au sol pour ne pas être emportée. Cependant, le professeur n’attendit pas sagement que la bourrasque se dissipe et m’envoya valser hors du terrain de combat.

Mes pouvoirs se dissipèrent en une fraction de seconde et je m’écroulai au sol. Pourquoi ? Pourquoi avais-je perdu aussi lamentablement ? J’avais toujours gagné tous mes combats en claquant des doigts…alors pourquoi devais-je perdre maintenant ? Maya et Ambre ne semblaient pas en revenir non plus.

Lareine s’avança vers moi, souriant et me tendis une main chaleureuse.

« Je suis désolé d’y avoir été aussi fort mais j’avais une si belle main, j’espérais que tu aurais une réponse. J’espère que tu ne m’en veux pas. »

Je ne voulais pas de sa pitié. J’avais perdu comme une débutante, c’était tout, il n’y avait rien de plus à dire, alors pourquoi venait-il remuer le couteau dans la plaie ?

Au même moment, tous les regards se tournèrent dans une même direction et en relevant la tête, mon sang se glaça et mon cœur rata un bêtement. Aymeric avait réussi à se libérer et était visiblement furieux.

Je tentai de m’éclipser avant qu’il ne me voie mais la foule était tellement dense que je ne pus même pas faire trois mètres.

« Toi…tu vas me le payer ! »

Aymeric s’élança vers moi, prêt à me frapper mais je réussis à esquiver son coup en me jetant sur le côté.

Un grand silence régna dans la cour. Mon élastique venait de sauter et mon chapeau s’était envolé. Je n’osais même plus relever la tête, je n’osais même plus bouger, je n’osais même plus respirer. Le pire s’était produit…non, même moi je n’avais pas envisagé un tel scénario : me faire humilier et découvrir…

« Alors c’était toi Angéla ! Rugit Aymeric. Tu es encore à me pourrir la vie mais comme toujours tu récoltes ce que tu as semé ! »

Je ne pouvais même pas lui répondre puisqu’il avait raison sur toute la ligne.

« Angéla…je ne comprends pas…pourquoi avoir fait ça ? Me demanda Lareine, perdu. »

Malgré la situation, je souris faiblement.

« Je ne sais même plus pourquoi…Murmurai-je. »

Ambre, Maya et June tentèrent de me rejoindre mais le surveillant général arriva en premier et me traina de force chez le directeur. Je n’opposai aucune résistance. De toute façon, c’était inutile. J’étais préparée aux conséquences de mon plan, mais même en sachant ce qui allait m’arriver, j’espérais au plus profond de moi que le seul résultat serait d’initier mes amies à ce jeu que j’aimais tant…

Mon père arriva dix minutes plus tard mais passa devant moi sans même me regarder et entra directement dans le bureau de Chapy.

J’attendis que l’entretien se termine, regardant fixement le mur blanc en face de moi, sachant très bien ce qui allait se passer mais je ne voulais pas y penser.

Finalement, après une demi-heure qui me sembla être l’éternité, mon père ressortit avec le directeur, un énorme dossier à la main, mon dossier qui grossissait chaque année mais qui venait d’atteindre sa taille maximale.

Sans me dire un mot, il sortit du pavillon de direction et je le suivis. Ambre, Maya et June m’attendaient à l’extérieur, terrifiées, mais je n’osai pas les regarder et je passai simplement à côté d’elles.

Le chemin du retour me parut interminable. Je marchai dans la rue, la tête basse, tandis que mon père m’ignorait. Il aurait pu être en colère, me frapper, m’insulter, mais il se contentait de faire comme s’il était seul, ce qui était pire que tout.

Lorsque nous fûmes enfin arrivés, mon père jeta le dossier sur la table du salon et, sans se retourner, il m’adressa la parole pour la première fois de la journée mais sa voix était glaciale, dénuée de toute empathie ou de pitié pour moi.

« Angéla, prépare tes affaires. J’en ai plus qu’assez de me démener pour toi pour n’avoir aucun résultat. Mais j’imagine que je suis le problème dans cette histoire. C’est pourquoi, à la fin de la semaine, tu partiras en pension dans le sud. »

Je me contentai d’acquiescer. Mon père m’avait menacée plus d’une fois, je m’étais préparée à ça depuis longtemps.

Je remontai dans ma chambre d’un pas lourd et je m’effondrai sur mon lit puis me mis à pleurer.

J’avais beau dire que les cours m’ennuyaient, j’aimais mon lycée, j’aimais passer du temps avec Ambre et Maya à rire et passer du bon temps, j’aimais faire rire la classe lorsque les professeurs m’interrogeaient, j’aimais parler avec June, j’aimais cette vie si paisible et si heureuse…

Pourquoi m’étais-je sentie obligée de prouver quoique ce soit à mes amies ? Pourquoi avais-je pris un risque aussi stupide simplement pour leur montrer que j’étais la meilleure ? Pourquoi avais-je du me sentir au-dessus de tout le monde ?

J’étais en colère contre moi-même mais je ne pouvais rien faire à part pleurer et regretter ma bêtise et mon inconscience qui m’avaient finalement détruite.

Mon portable vibra et je reçus un message d’Ambre mais je ne regardai pas son contenu. Je n’avais pas le cœur de leur dire la vérité qu’elles découvriraient bien assez tôt en remarquant la place vide à côté d’elles.

Je me revoyais encore une semaine avant, annonçant à Maya et Ambre que June nous rejoignait. Je repensais à un passé bien plus lointain, au jour où j’avais rencontré Ambre en maternelle.

Elle était nouvelle et moi aussi, nous ne connaissions personne et elle s’était installée à côté de moi puis nous étions rapidement devenues amies et inséparables. C’était ce jour-là, sous ce cerisier en fleurs que nous nous étions fait la promesse de rester ensemble pour toujours…une promesse que je venais de briser…

Il y avait Maya aussi. Notre rencontre avait été plus mouvementée puisque je l’avais défiée à un jeu stupide et je l’avais battue. Depuis ce jour, nous trainions ensemble.

Alors pourquoi…nos routes devaient-elles se séparer de la sorte, sans même avoir pu leur dire adieu ?

Ma mère frappa à la porte de ma chambre mais je fis semblant de m’être endormie. Je savais bien qu’elle était venue me réconforter, mais je n’avais pas envie de voir qui que ce soit. Même si ma mère avait toujours réussi à me remonter le moral par le passé, elle ne pouvait rien y faire cette fois-ci. Après tout, c’était elle qui m’avait appris à vivre ma vie de telle sorte à ce que je sois heureuse, je ne voulais pas finir par regretter tout ce que j’avais fait jusque-là grâce à elle…

Après deux heures à pleurer sans discontinuité, je finis par m’endormir, vidée de mes forces tout en sachant pertinemment qu’à mon réveil, rien ne serait plus pareil…mais je n’imaginais pas un tel bouleversement.

Oui, c’est le lendemain que ma vie changea du tout au tout…




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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [16/07/2019] à 21:33

Angéla : Adieux



Spoiler :


En me réveillant le lendemain, je fus immédiatement saisie par un affreux mal de crâne. Tout mon corps était tout endolori, j’avais des courbatures partout mais malgré cela, je me mis tout de même debout. Après tout, ce jour-là allait être le dernier où je pourrais voir mon lycée avant de partir très loin.

Allais-je revoir Ambre, Maya et June ? Ou bien leurs parents leur avaient-ils dit de ne plus me fréquenter et de couper les ponts ?

Je m’habillai sans énergie et je sortis de chez moi sans prendre de petit déjeuner ni croiser mon père. L’atmosphère dans la ville était pesante. Même s’il était encore très tôt, il y avait un nombre anormalement peu élevé de passant dans les rues et je ressentais un véritable malaise à chacun de mes pas, comme si quelqu’un me disait…non, me hurlait de faire demi-tour.

J’arrivai finalement devant la grille du lycée après une trajet particulièrement long et j’eus un moment d’hésitation. A quoi bon aller chercher des affaires qui ne me serviraient plus à rien ?

N’ayant rien de mieux à faire, je finis par entrer. Personne ne me contrôla mais cela ne me surprit pas sur le moment, j’étais même plutôt soulagée de ne pas avoir à expliquer le pourquoi du comment à l’accueil.

Je traversai la grande cour qui m’étais d’ordinaire si familière mais qui, aujourd’hui, me semblait n’être qu’un lointain souvenir d’une autre époque.

Je montai les escaliers du bâtiment principal comme je le faisais chaque jour puis j’arrivai dans le long couloir que je franchissais en courant pour ne pas être en retard en temps normal. Ce dernier était désert et je remarquai alors que je n’avais toujours croisé personne depuis mon arrivée.

Etrangement, les lumières des salles de classe étaient allumées alors que celles-ci étaient vides et de nombreux sac et affaires trainaient un peu partout, comme si tout le monde avait dû quitter l’endroit précipitamment.

Mais cela ne me concernait plus. Quoiqu’il ait pu se passer, je n’étais plus élève de ce lycée. Je n’avais pas à me préoccuper de leurs activités.

Je finis par arriver dans mon ancienne salle de classe et pendant une seconde, j’eus l’illusion d’entendre Calvere me faire une remarque sur l’heure de mon arrivée tandis que tous les élèves se moquaient de moi, une illusion qui disparut presque aussitôt pour ne laisser qu’une salle vide et désordonnée.

Lentement, je repris mes cahiers, mes classeurs et mes livres qui prenaient la poussière dans mon casier depuis le début de l’année et je m’apprêtai à quitter cet endroit pour toujours lorsque j’entendis des bruits de pas dans le couloir.

A en juger par la cadence et par le bruit des chaussures, je devinais qu’il y avait trois personnes mais je ne me retournai pas. Il était facile de deviner de qui il s’agissait et j’avais bien trop honte pour leur faire face à présent.

Lorsque les pas s’arrêtèrent, il y eut un instant de silence que je brisai en m’adressant au groupe en continuant à fixer mon casier vide.

« Tu as encore piraté mon GPS Maya, c’est ça ? Lançai-je d’une voix où se mêlaient ironie et mélancolie.

-Tu croyais vraiment que j’allais te laisser filer sans dire au revoir ? Si oui tu te mettais le doigt dans l’œil ma pauvre Angie, me rétorqua cette dernière avec son habituelle sarcasme.

-Maya, nous ne sommes pas venues pour ça ! La reprit Ambre. »

Je souris malgré moi.

« On ne vous changera jamais vous deux…Et June, j’imagine que tu es là toi aussi ? »

La blonde ne me répondit rien mais j’entendis des pas se rapprocher de moi et je sentis soudain une main se poser sur mon épaule.

« Angéla, je suis désolée, nous n’avons pas réussi…commença-t-elle avant que je ne l’interrompe.

-Vous n’y êtes pour rien, je savais ce que je risquais en faisant ça…Mais il faut croire que je suis trop stupide et bornée pour me soucier des conséquences… »

Je finis par tourner la tête et je vis les visages de mes amies qui semblaient sincèrement inquiète pour moi et toute la tristesse du monde se lisaient dans leurs yeux. Je tentais de leur sourire pour les rassurer mais je ne réussis à faire qu’une grimace.

« Ne te force pas Angéla, tu as le droit d’être triste mais nous sommes là si tu as besoin de nous, me dit June d’une voix tendre et réconfortante.

-June à raison Angéla, même si nous sommes séparées, cela ne nous empêchera pas de rester amies, ajouta Ambre.

-Et puis, comme je te pirate, on pourra rester en contact, que tu le veuilles ou non ! Renchérit Maya, l’œil brillant. »

Je ne pus me retenir plus longtemps et j’éclatai en sanglot dans les bras de June. Nous avions toujours été ensembles depuis la maternelle, Ambre, Maya et moi. Nous partagions tout…nos joies…nos peines et nos souffrances…si l’une était triste, les autres lui remontaient le moral…mais aujourd’hui, je sentais bien que tout cela avait changé et allait prendre fin. Nous ne pouvions rien faire face à une situation qui nous dépassait largement…

« Les amies…je suis désolée, tout est de ma faute…c’est à cause de moi tout ce qui se passe maintenant, je suis sûre que vous vous porteriez bien mieux si vous ne m’aviez jamais rencontrée, sanglotai-je.

-Mais qu’est-ce que tu racontes Angéla ? C’est toi qui m’as appris ce qu’était qu’une vraie amie, et je ne l’oublierai jamais ! Répliqua June en essuyant mes larmes.

-Dis, tu te souviens de ce jour avec ce cerisier en fleurs, nous nous sommes fait une promesse Angéla, tu n’as pas la capacité de la briser simplement en claquant des doigts, ajouta Ambre, les larmes aux yeux elle aussi.

-Ca me pèse de le dire mais…je crois que sans toi, je n’aurais aucune amie aujourd’hui. C’est toi qui es venue me trouver il y a longtemps alors que j’étais seule dans mon coin et contente de l’être, m’avoua Maya en détournant le regard, gênée.

-Les amies…je ne sais vraiment pas quoi dire…Balbutiai-je.

-Alors ne dit rien, me répondit June d’une voix douce. »

Je ne pus m’empêcher d’esquisser un léger sourire qu’elles ne manquèrent pas de remarquer.

« On restera amie Angéla, que tu sois dans la même école que nous n’y changera rien, continua-t-elle. Tu pourrais partir en Russie, nous trouverions un moyen de te contacter.

-Vous êtes vraiment stupides toutes les trois, déclarai-je en essuyant les dernières larmes, mais vous avez raison, je ne dois pas me laisser abattre, notre amitié n’est pas simplement liée à ce lycée bidon !

-On te reconnaît enfin, me dit Ambre.

-Tiens, notre Angie habituelle fait son retour ? Ce n’est pas trop tôt, je commençais à en avoir marre des pleurnicheries moi ! Lança Maya »

Nous éclatâmes de rire en cœur. Mes amies savaient toujours exactement quoi dire pour me remonter le moral. Je n’avais aucun souci à me faire, même si nous allions être séparées, rien ne nous empêchait de garder contact et de nous revoir régulièrement.

« Et encore une chose, me dit Ambre, puisque tu insistais tant, on a demandé à June de nous apprendre les bases pour devenir Summoner. Tu avais raison, c’est bien plus excitant de maitriser des pouvoirs que de voir ceux des autres.

-Je vous l’avais bien dit, répondis-je avec un sourire franc. »

Nous restâmes encore un peu dans la classe à parler du passé avant de nous diriger vers la sortie. L’heure de nous séparer approchait à grand pas mais j’essayais de garder le sourire pour ne pas plomber l’ambiance à nouveau.

Lorsque nous atteignîmes les grilles, je m’arrêtai et me retournai pour faire face à Ambre, Maya et June.

Un vent frais soufflait dans la cour. Le ciel était dégagé et le soleil brillait haut dans le ciel, illuminant mes amies de ses rayons dorés.

« Bien, je crois que c’est la fin pour moi, déclarai-je tout en gardant le sourire. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, j’ai vraiment été heureuse à vos côtés toutes ces années et cette dernière semaine.

-Qu’est-ce que c’est que ce discours d’adieu ? On dirait que tu pars à la guerre, rétorqua Maya.

-Disons que tu pars pour de très longues vacances et qu’on se revoit après, hein ? Me dit Ambre qui essayait de se rassurer elle-même par la même occasion.

-La prochaine fois qu’on se verra, on s’affrontera si tu veux et je t’emmènerai à un véritable tournoi avec mes parents, ajouta June.

-J’attends tout cela avec impatience ! »

Je les serrai ensuite une à une dans mes bras. Je pus voir qu’elles étaient tristes malgré leur visage souriant, et moi aussi je l’étais…mais s’apitoyer sur mon sort n’arrangerait rien, autant garder le sourire.

Mais, alors que nous allions nous séparer, j’entendis quelqu’un applaudir juste derrière June.

« C’est vraiment très touchant mesdemoiselles. »

Nous nous retournâmes toutes dans la direction d’où venait ce bruit et je vis un grand homme chauve au crâne lisse et reflétant la lumière du soleil, portant un costume noir qui n’était autre que notre directeur…ou du moins mon ancien directeur. Cependant, même si je n’avais pas l’habitude de le voir sourire, ce dernier me mit mal à l’aise pour une autre raison.

Il n’était pas seul, à ses côtés se tenait le surveillant général, un petit homme courbé au crâne dégarni, avec seulement deux touffes de cheveux sur les côtés et au regard mauvais.

« Dé…Désolée monsieur, j’allais partir, je ne causerai pas plus d’ennuis, bégayai-je en m’éclipsant.

-Ne soyez pas si pressée Angéla, que diriez-vous de rester ici un peu plus longtemps ? Proposa-t-il d’une voix mielleuse. »

Sans me laisser le temps de protester, ce-dernier sortit une amulette de sa poche et des dizaines d’hommes portant des capes noires cachant leur visage nous encerclèrent. Par réflexe, nous nous regroupâmes en nous mettant sur nos gardes mais je voyais bien que, pour une raison qui m’échappait, nous venions d’avoir été prises au piège.

« Qu’est-ce que cela signifie ? Expliquez-vous ! Lui ordonna June, prête à riposter.

-Je n’ai pas d’explications à vous donner June. De toute façon, là où vous irez, vous n’en aurez plus besoin. »

Le directeur claqua des doigts et nos assaillants sortirent à leur tour des artefact d’Izrath. Tous furent entourés d’une énergie sombre. Certains réussirent même à matérialiser leurs Spiritual dans le monde réel.

Je me mordis la lèvre. Tout cela ne sentait pas bon. J’ignorais quel était le réel niveau de June mais je doutais fortement qu’elle ait été en mesure d’affronter autant de ces monstres en même temps.

La horde de créatures se jeta sur nous sans autre sommation et Ambre poussa un cri de frayeur. Je n’avais pas le temps de réfléchir au pourquoi du comment il nous attaquait, il fallait que j’agisse sur le champ sans quoi nous allions nous faire tuer d’un seul coup.

Je sortis à mon tour mon artefact, parée à la contre-attaque mais June fut plus rapide que moi. La bague blanche qu’elle avait au doigt se mit à scintiller et un Dragon fantomatique surgit devant nous. Le reptile n’était pas très grand ni très impressionnant, il devait faire trois mètres de long tout au plus, mais son apparence était vraiment terrifiante. Son corps était translucide et une épaisse brume l’entourait, exactement comme s’il s’agissait d’un fantôme. Seuls ses yeux rougeoyants semblaient indiquer que la créature était bien réelle.

Le monstre d’écaille trancha d’un coup de griffe une sorte de zombie hideux qui disparut dans un torrent de lumière avant de cracher un torrent de flammes blanches qui fit reculer tous nos ennemis.

« Pathétique, grogna la première de la classe. Mon Spiritual a baigné dans les rayons mortels du Purple Requiem il a longtemps. Alors, venez, je vous attends ! »

Le directeur grimaça en voyant que nous lui opposions de la résistance mais ne se laissa pas démonter et ordonna une nouvelle attaque.

Cette fois-ci, ce fut à mon tour de riposter. La chouette incrustée dans mon bracelet rayonna à son tour et un éclair doré fusa de mon poignet pour transpercer un guerrier féroce qui s’apprêtait déjà à me planter sa lame dans le cœur.

« Ambre, Maya, à vous ! Cria June.

-O…Oui ! Bégaya Ambre. Viens à moi, Kusanagi !

-Vous allez voir de quel bois je me chauffe moi bande d’abrutis ! Cracha Maya. Tranche tout, Durandal ! »

Mes deux amies, parfaitement synchrones, arrachèrent les barrettes qui retenaient leurs cheveux et les deux minuscules objets se changèrent en longue épée, la première fine et rapide, la deuxième, lourde et imposante.

Je ne pus m’empêcher d’écarquiller les yeux devant une telle maitrise de leurs pouvoirs alors qu’elles ne s’entrainaient que depuis une semaine.

Voyant mon effarement, June me lança un regard complice et moqueur.

« Ces deux artefacts sont des cadeaux de la fédération Ether à mon père mais ils trainaient au courrier, alors j’en ai profité, rit la blonde.

-Regarde un peu ça mon Angie, tu m’en diras des nouvelles ! »

Avec un cri de rage, l’effrontée du groupe abattit son épée de toutes ses forces sur la tête d’un Spiritual canin qui disparut aussitôt, laissant derrière lui un énorme cratère créé par l’impact.

Cependant, Maya était lente et deux autres créatures avaient eu le temps de se rapprocher d’elle. Mais vive comme l’éclair, Ambre pourfendit les deux chiens enragés de sa lame et en profita pour taquiner celle qu’elle venait de sauver.

Après avoir vu cela, les hommes de main de Chapy semblèrent plus hésitants à nous attaquer et adoptèrent une stratégie défensive, formant un immense mur entre la sortie et nous pour nous empêcher de nous échapper.

« Toujours à me casser le pieds Angéla, j’aurais dû te renvoyer bien plus tôt, grogna Chapy.

-Que voulez-vous, je suis comme ça et je ne compte pas m’arrêter maintenant ! Ambre, June, Maya !

-Compris ! Me répondirent-elles d’une seule voix. »

Nous nous alignâmes toutes les quatre face au mur d’ennemis. Il semblait impressionnant comme ça, mais j’étais certaine qu’en réalité, il n’était pas plus résistant que du papier mouillé.

Lançant une attaque synchronisée, un vague d’énergie fusa vers les hommes de Chapy et une immense explosion, suivie d’une vive lumière, nous aveugla momentanément.

Lorsque tout se dissipa, je vis qu’il ne restait qu’un cratère fumant devant nous. Tous les monstres avaient été anéantis et nos ennemis étaient à terre.

Je me retournai vers Chapy, un sourire triomphant sur les lèvres tandis que ce dernier grimaça, mécontent.

« Mince, dégradation du matériel et attaque envers des responsables de l’établissement…ça vaut bien un renvoi pour mes amies aussi, n’est-ce pas ? raillai-je tout en prenant un air faussement désolé.

-Angéla…Grogna le directeur, rouge de colère.

-Nous n’allons pas causer plus d’ennui, Ambre, Maya, June, on y va, déclarai-je tout en les poussant vers la sortie. »

Cependant, alors que j’allai réussir à partir sans autre encombre, les grilles se refermèrent, nous prenant au piège toutes les quatre.

« Il suffit, on n’est jamais mieux servi que par soit même apparemment ! Je m’en vais vous régler votre compte personnellement ! »

Une sphère sombre émana du corps du directeur et se mit à aspirer l’air autour d’elle. Par réflexe, je nous enfermai dans une bulle d’énergie dorée tandis que je vis les hommes de main de Chapy se faire engloutir par cette espèce de trou noir miniature.

Lorsque le piège se referma, il ne restait devant nous qu’un autre cratère fumant et aucune trace des hommes qui se tenaient là encore quelques secondes auparavant.

« A présent, à nous deux Angéla, il est temps que tu paies pour toutes ces années où tu m’as fait passer pour un imbécile ! Et par la même occasion, mon maitre Hélios sera satisfait.

-Votre maitre ? Vous n’êtes qu’un pion ? Cela ne m’étonne pas, ricanai-je en le prenant de haut.

-Si tu le vois comme ça, oui, je suis un pion et toi tu es un moucheron gênant sur notre échiquier qui nous tourne autour depuis bien trop longtemps !

-Quelle repartie pourrie, soupira Maya en se plaçant devant moi. Désolée Chapy, mais je suis là aussi et Angéla sait à quel point je peux être embêtante quand on me contrarie !

-Je ne comprends pas exactement ce qu’il se passe…mais je suis sûre d’une chose, je refuse qu’on touche à ma meilleure amie, même si je dois me mettre en danger pour ça, ajouta Ambre, moins assurée que Maya mais tout aussi déterminée.

-Si je dois vraiment en passer par là pour vous éliminer, ainsi soit-il. Mazou ! Occupe-toi de June, je me charge de ces deux-là !

-Attendez, leur criai-je affolée, vous comptez vous battre seules alors que vous ne possédez vos artefacts que depuis une semaine ?!

-Moins un artefact est puissant et plus il est facile à maitriser, me rétorqua Maya. Ce ne sont que des épées gorgées d’énergie, aucune véritable créature ne se cache à l’intérieur de ces objets.

-Et puis, ne me dis pas que tu n’aurais pas fait la même chose pour nous, compléta Ambre.

-Vous n’êtes pas obligées…

-Ne discute pas, notre décision est prise et tu ne nous feras pas changer d’avis !

-Ambre…Maya…Désolée encore de vous avoir embarquées là-dedans…

-Tu n’as pas à t’excuser, et puis, depuis hier, ce n’est pas l’envie qui me manque de coller une bonne raclée à ce directeur à la noix pour tout ce qu’il t’a fait subir ! S’exclama Maya, l’œil brillant d’excitation.

-Tu crois vraiment être en mesure de me battre ? Laisse-moi rire ! Nous avons déjà réussi à vaincre la plupart élèves de cette école, y compris les meilleurs invocateurs ! Vous ne m’échapperez pas ! »

Une pensée affreuse me traversa l’esprit. Que voulait-il dire par « vaincre » ? Tous nos camarades classe avaient-ils subi le même sort que ces types avec des capes ?

Non, je ne devais pas penser à ça, ils s’étaient sûrement réfugiés quelque part après avoir perdu et Maya et Ambre ne pouvaient pas perdre si June les avait entrainées, je n’avais aucun souci à me faire…

« Venez donc vous battre, misérables lycéennes ! Je suis Chapy, caporal de l’armée d’Hélios, et bientôt celui qui vous terrassera comme les pathétiques humains que vous êtes ! »




Angéla : De mystérieux assaillants



Spoiler :


Chapy fut soudain entouré d’une énergie sombre tandis que ses cheveux gris virèrent au noir total. Je reculais, prudemment. J’ignorai ce qu’il préparait mais cela ne me disait rien de…

« Désolée cher directeur…Mais nous ne sommes pas dans un Manga ici ! »

Sur ces mots, Maya lança son épée qui alla se planta dans le ventre de Chapy alors qu’il était en pleine transformation. Ce dernier écarquilla les yeux, interdit, ne s’attendant pas à une attaque aussi rapide de notre part. Mais ce fut Ambre qui lui donna le coup de grâce.

Avec une vitesse surhumaine, elle s’était approchée de l’homme et la pointe de son arme n’était plus qu’à quelques millimètres de sa cible.

« Adieu, monsieur le directeur, vous nous manquerez…un peu…Mais je ne pardonne pas à ceux qui s’en prennent à mes amies. »

Sans aucune pitié, la brune enfonça sa lame dans la chair de Chapy et ce dernier hurla de douleur alors que du sang colorait le bitume en rouge écarlate.

Mais, alors que je pensais qu’il allait simplement s’effondrer et tomber raide mort, mon directeur s’évanouit dans les airs dans une trainée d’étoiles sombres, exactement comme un Spiritual…

Mais, alors que mes deux amis se félicitaient déjà de leur victoire, je reportai mon attention sur l’autre combat en cours, même si j’avais peu de doute sur son issue…

« Monsieur Chapy ! Hurla Mazou. Vous allez me le payer ! »

Fou de rage, le petit homme chauve fut également entouré d’une énergie mauve et des poils noirs poussèrent partout sur son corps tandis qu’il grandissait à vue d’œil. Son visage s’aplatit, des crocs apparurent dans sa gueule et sa musculature se développa en même temps que son dos se courbait.

En un instant, l’homme s’était métamorphosé en gorille de trois mètres de haut, aux yeux rouges de haine et faisait désormais face au dragon de June.

Cependant, celle-ci resta parfaitement calme et ne bougea pas d’un pouce alors que le singe se jetait sur son Spiritual…Avant de le traverser comme s’il n’existait pas.

Avec un soupir, la blonde claqua des doigts et le corps de reptile s’embrasa alors que le Mazou semblait pris au piège de cette brume fantomatique.

En moins d’une minute, il ne resta plus rien du surveillant si ce n’était qu’une autre trainée sombre se dissipant dans la lumière du jour.

Alors que nous étions hors de danger pour le moment, je regardai mes amies avec admiration. Ambre et Maya avaient décidemment énormément appris, bien plus que moi qui continuais à foncer dans le tas sans même réfléchir au jeu de mes adversaires…Quant à June, même si son adversaire était encore plus faible qu’Aymeric, je savais qu’elle n’était pas en reste…

Penser à cet abruti me rappela soudainement les mots de Chapy sur les autres élèves.

« Ambre, Maya, June, vous n’avez vraiment vu personne en arrivant ici ? Leur demandai-je précipitamment.

-A part toi, Chapy, Mazou et ces types, non, personne, me répondit June en croisant les bras sur sa poitrine. Je pensais que tout le monde s’était réuni dans l’amphi comme on le fait parfois, mais il semblerait que ça ne soit pas le cas selon Chapy. »

Le portable d’Ambre sonna tout à coup et nous sursautâmes avant de voir que ce n’était qu’une notification d’information. Cependant, l’expression sur son visage lorsqu’elle la lut ne me disait rien de bon.

« Alors Ambre, qu’est-ce que c’est encore ? Crise du pétrole ? Invasion de sauterelle en Bretagne ? Canicule en Normandie ?

-Non Maya, je crois que nous ne sommes pas tirées d’affaire… »

La brune nous montra l’écran de son téléphone et mon sang se glaça dans mes veines lorsque je lus l’article intitulé : prise d’otage dans une école à Paris. Il y avait également une vidéo en direct des informations qu’Ambre mit.

« Il semblerait que d’étranges hommes portant des capes aient pris possession d’une prestigieuse école de la capitale. Nous ne connaissons ni leur motivation, ni leur affiliation à un groupe terroriste mais les négociations actuelles ne semblent donner aucun résultat. D’après nos sources, plus de mille élèves et professeurs seraient retenus en otage et… »

June coupa la vidéo à ce moment-là malgré les protestations de Maya.

« Je crois que nous en avons assez vu.

-Et que faisons-nous alors ? Doit-on appeler la police ou bien…

-Non Ambre, nous sommes certainement les seules à pouvoir agir en ce moment avant que les choses ne dégénèrent, l’interrompis-je. Nous avons vaincu le chef, les sous-fifres ne devraient pas poser de problème, tu en penses quoi June ? »

La blonde sembla réfléchir quelques instants avant de me répondre.

« Même si c’est stupide et qu’apparemment, nous pourrions nous enfuir maintenant, tu as raison. Si la police ou l’armée intervient, les choses pourraient rapidement mal tourner.

-Et donc…que doit-on faire ? Demanda timidement Ambre, peu emballée à cette idée.

-ça me parait évident : trouver ces types, les exploser, libérer tout le monde et sortir en héroïnes ! Lui répondit Maya d’un air déterminé.

-Oui, à peu près, même si on va se dispenser de la dernière partie, répliqua June.

-Même pas drôle, grogna l’intéressée en commençant à bouder. »

Alors que nous apprêtions à débuter l’opération de sauvetage, nous entendîmes des bruits de pas résonner dans la cour. Cependant, à en juger par la cadence, les hommes étaient nombreux…très nombreux, bien trop pour que nous ayons la moindre chance même s’ils étaient aussi forts que Mazou.

June se mit à courir et nous prîmes sa suite. Cette dernière nous entraina jusqu’au dernier étage du bâtiment principal, dans une petite salle qui semblait inutilisée et nous nous barricadâmes à l’intérieur, le temps de souffler un peu.

« Pourquoi…Avoir couru…comme ça ? Haleta Maya, à bout de souffle.

-Nous n’avions aucune chance et en plus, nous venions de sortir d’un combat. Les affronter aurait été du suicide, ni plus ni moins, lui répondit June qui elle, semblait en pleine forme. »

Ambre et moi étions au bord de l’évanouissement, elle parce qu’elle avait tout dans la tête mais rien dans les jambes et moi parce que je n’avais aucune endurance en course.

Malgré la situation, je profitai de cet instant de répit pour observer l’endroit où nous avions atterris. C’était une petite salle comme il y en avait plein d’autres dans le lycée à cette exception qu’elle se trouvait au bout du couloir du dernier étage et qu’elle était si poussiéreuse que je crus que plusieurs meubles étaient recouverts de draps gris. Etrangement, je me sentais assez bien dans cette salle. Si j’avais eu un club, je l’aurais certainement installé ici…

Je regardai par la fenêtre qui donnait sur la cour et je vis une dizaine d’hommes accompagnés Spirituals qui faisaient les cents pas, cherchant certainement qui avait pu vaincre leur chef et son second.

« Dites les filles…vous comprenez quelque chose à ce qu’il se passe ? Déclara soudainement Ambre.

-Ce ne sont que des terroristes qui nous attaquent, ils veulent certainement que le gouvernement leur accorde quelque chose comme de l’argent ou je ne sais quelle autre bêtise, lui répondit Maya en haussant les épaules.

« Mais…et Chapy alors ? Etait-il un terroriste lui aussi ? Il semblait en vouloir personnellement à Angéla…et puis, il a cité cet homme, Hélios et…C’était un Spiritual depuis le début vous pensez ?…

-Maya a raison, il n’y a rien à comprendre…du moins, pas dans l’état actuel des choses, contentons-nous d’abord de sortir de cette galère, nous aviserons plus tard, dis-je en tentant de garder mon sang froid pour la rassurer.

-Tu dois avoir raison…mais j’espère simplement que nous sortirons en un seul morceau… »

Je lus une grande détresse et de la peur dans les yeux verts d’Ambre à ce moment-là. Elle était la mieux informée de nous toutes sur l’attaque que nous subissions puisqu’elle recevait les informations en continu. Elle devait donc savoir pertinemment ce que nous risquions en essayant de jouer aux héroïnes et pourtant, elle restait avec nous pour nous aider. Je savais que, même si un jour, nous n’avions aucune chance de nous en sortir, elle resterait tout de même à nos côtés, parce que c’était notre promesse.

Maya tentait tant bien que mal de la rassurer, mais pour elle aussi, cela se voyait qu’elle avait peur de mourir même si elle le cachait. En général, personne ne sort vivant dans une prise d’otage à l’exception de ceux ayant réussi à fuir et nous faisions exactement le contraire de ce que voulais le bon sens…

« Enfin, ce n’est pas trop tôt ! S’exclama June. »

Je me retournai et je remarquai avec stupeur que mon amie avait retourné toute la salle et tenait dans sa main un petit carnet pas plus grand qu’un cahier de cours sur lequel était écrit le nom du lycée.

« Je savais bien que je retrouverai un exemplaire du journal du lycée, s’exclama-t-elle fièrement. A présent, nous avons toutes les cartes en main pour réussir !

-Et…Qu’allons-nous faire de ce truc ? L’interrogeai-je, sceptique. »

Avec un sourire triomphant, June ouvrit le carnet à la première page et nous vîmes un grand plan de tout le lycée divisé en plusieurs parties. Il ne manquait rien, chaque étage, chaque recoin de couloir, chaque porte étaient recensés sur ce plan.

« D’après les informations, à peu près mille élèves sont retenus en otage, ce qui signifie qu’il faut énormément de place et il n’y a que deux options : soit ils sont tous séparés en petits groupes, soit tous réunis.

-Mais, le seul moyen de diviser un aussi grand nombre de personne serait de les répartir dans les salles de classe, fit remarquer Ambre.

-C’est exact, c’est pourquoi il n’y a qu’un seul endroit possible où nous devrons nous rendre. »

June mit son doigt sur le gymnase de l’école et cela me parut tellement logique que je m’en voulais de ne pas y avoir pensé avant.

Cependant, il restait un problème de taille : pour accéder aux gymnases du sous-sol, il nous fallait passer par la cour et ces types continuaient à tourner inlassablement dehors. Mais June sembla lire dans mes pensées et ajouta :

« Sortir pour rejoindre l’entrée du sous-sol serait bien trop dangereux mais si on en croit cette carte, il y aurait un passage pour y accéder depuis le pavillon de direction. »

Effectivement, presque invisible et caché par de nombreuses inscriptions, il y avait le dessin d’un couloir rejoignant les deux bouts. Même si nous devions quitter notre bâtiment pour rejoindre le pavillon, le chemin à parcourir était bien moins long que si nous devions rejoindre les sous-sols en traversant toute la cour.

« C’est bien joli de savoir comment y accéder, mais j’imagine que l’endroit sera férocement gardé sur personne n’a pu s’en échapper, fit remarquer Maya. Tu as un plan aussi pour ça alors que nous venons de fuir ?

-Il suffira d’avoir un appât ! Répondis-je aussitôt.

-Qu…Tu veux faire distraction pendant que nous libérons tout le monde ? S’étrangla Ambre. Il en est hors de question !

-Nous n’avons pas forcément besoin que l’une d’entre nous se sacrifie, lui répondit calmement June.

-Vraiment, et qu’est-ce que tu comptes faire le génie ? Railla Maya. »

June sortit de sa poche une amulette que je reconnus immédiatement comme étant l’une de celles utilisées par les hommes de Chapy.

« Si nous réussissons à leur faire croire que leur chef les appelle ailleurs, nous aurons peut-être la possibilité de libérer les otages et les faire sortir avant qu’ils ne se rendent compte de la supercherie.

-Et…quelles sont les chances de réussites ? Demanda à son tour Ambre.

-Je ne vais pas vous le cacher, très faibles, d’autant plus si les types de dehors ont déjà fait leur rapport, Grimaça le cerveau de l’équipe. Mais c’est ça ou foncer dans le tas, à vous de choisir. »

Mes deux amies se regardèrent dans les yeux, peu convaincue par ce plan. Faisant confiance à June, je me relevai et réactivai mes pouvoirs, prête à repartir.

« Ce n’est pas en restant ici que nous arriverons à quoique ce soit de toute façon. Nous n’avons rien à perdre à essayer le plan de June puisque nous n’avons rien d’autre !

-Dans quoi je me suis encore embarquée moi, soupira Maya en se relevant à son tour. Mais soit, allons-y mais ne comptez pas sur moi si le plan échoue, je les exterminerai tous comme je l’ai fait avec Chapy ! Tu as intérêt à être prête à te battre Angéla sinon il ne te restera rien !

-Vous êtes aussi stupides l’une que l’autre, lança Ambre en nous rejoignant, souriant légèrement malgré la situation.

-Vous êtes sûres de vous ? Vous pouvez encore fuir si vous le voulez, je vous couvrirai avec June et…

-Pour que tu récoltes toute la gloire ? Bien essayé mon Angie mais non, je serai celle sur le devant de la scène cette fois-ci ! Me coupa Maya, déterminée à participer à la bataille.

-N’oublie pas Angéla, je te soutiendrai toujours, quels que soient tes choix, je serai toujours à tes côtés, c’est à ça que servent les amis n’est-ce pas ? Compléta Ambre, les yeux brillant d’inquiétude pour moi.

Je me retournai, n’osant pas leur montrer que malgré tout, j’étais vraiment heureuse qu’elles aient décidé de se battre.

-Dans ce cas-là, allons-y, Ambre, Maya, June, libérons tout le monde et après, on ira fêter ça quelque part, qu’est-ce que vous en dîtes ?

-Tu m’as l’air bien sûre de toi mon Angie, tu n’as pas intérêt à mourir après un tel discours, rétorqua Maya avec une grande claque dans le dos qui me coupa la respiration.

-ça ne risque pas d’arriver, je suis certaine que tu t’interposerais si Angéla était en danger, gloussa Ambre.

-T…Tais-toi ! Répliqua cette dernière en rougissant et détournant le regard. Toi aussi tu le ferais je te signale !

-Je crois que n’importe qui le ferait si l’une d’entre nous était en danger, intervint June, amusée de la situation. Mais il n’y a pas de raison pour que le plan échoue si tout se passe comme prévu. Terroristes ou pas, nous gagnerons ce combat ensemble ! »

Nous levâmes toutes nos poings en l’air en poussant un cri d’encouragement comme une équipe sportive s’apprêtant à jouer un match…sauf que dans le cas échéant, nous jouions nos vies dans ce « survival Game ».

J’attrapai la poignée de la porte et je me retournai une dernière fois vers mes amies avant de déclarer :

« C’est parti, Mission Start ! »


Angéla : Prises au piège



Spoiler :


Nous sortîmes prudemment toutes les quatre de la salle dans laquelle nous nous cachions et, après nous être assurées qu’il n’y avait personne dans les environs, nous redescendîmes au rez-de-chaussée sans croiser personne.

La cour, évidemment, grouillait de terroristes et nous nous arrêtâmes un instant, toujours cachées à l’intérieur du bâtiment désert. A en juger par leur attitude, aucun d’entre eux n’avait percuté que leur chef n’était plus là car ils continuaient à faire des rondes, passant à côté du cratère fumant sans même y prêter attention…

A ce moment-là, June sortit la carte du singe et fit apparaitre le Spiritual simiesque au milieu des hommes qui, bêtement, crurent à un ordre de Mazou de dégager la zone, nous laissant le champ libre pour accéder au sous-sol.

Nous ne perdîmes pas une seconde et nous nous précipitâmes vers le pavillon de direction puis, une fois là-bas, June enfonça la porte qui s’ouvrit avec une facilité déconcertante, comme si elle était tellement rouillée que les gongs étaient presque sur le point de rompre.

Nous nous engouffrâmes à sa suite et Ambre referma soigneusement la porte derrière nous. Juste à temps car, une seconde plus tard, j’entendis une conversation provenant de l’extérieur entre deux hommes commençant visiblement à se demander où était passé leur chef…

« Ne trainons pas ici, déclarai-je, prenant la tête du groupe. »

Contrairement à ce que je pensais, cette galerie ne semblait pas du tout inutilisée et condamnée depuis longtemps. Elle semblait même avoir été empruntée très récemment à en juger par les traces de pas dans la poussière et les installations plutôt modernes pour l’éclairage.

Il fallait dire que les sous-sols de l’école étaient un vrai labyrinthe s’étendant sur trois hectares, et peut-être même plus. Puisque toutes les galeries étaient reliées entre elles, cela ne m’aurait pas étonné que d’autres se soient déjà perdus et retrouvés ici par hasard.

Après plusieurs minutes de marche dans le silence le plus total, craignant à chaque pas de voir surgir un terroriste, nous finîmes par arriver devant une porte que je reconnus immédiatement puisqu’il s’agissait d’une porte condamnée proche des gymnases que j’avais essayé de forcer une dizaine de fois par le passé, sans succès…

Mais heureusement pour nous, le verrou se trouvait de notre côté, si bien que nous pûmes l’ouvrir sans difficulté pour nous retrouver en terrain connu : les couloirs menant aux gymnases et à notre grand soulagement, ils étaient vides.

Prudemment, nous franchîmes les derniers mètres nous séparant des vestiaires mais il n’y avait toujours personne en vue. Je commençai sérieusement à me poser des questions. Etions-nous réellement au bon endroit ? Car s’il y avait réellement des otages, il y aurait dû y avoir des gardes aussi mais l’endroit était plus désert qu’après un cours de sport…

Soudain, June s’arrêta et nous fit signe de faire de même. Ne comprenant d’abord pas ce qu’il se passait, je tendis l’oreille et j’entendis des bruits de pas se rapprochant de nous.

Mon cœur s’accéléra et je me mis à trembler. Nous n’avions aucun moyen de nous cacher et retourner dans le couloir secret aurait pris trop de temps. Nous étions prises au pièges, forcées de nous battre. Instinctivement, j’activai mes pouvoirs. June fit de même tandis que Maya grimaça et Ambre recula prudemment.

Cependant, alors que je m’apprêtai à attaquer sans même réfléchir, Ambre écarquilla les yeux et nous ordonna d’arrêter.

« Vous ! M’écriai-je en voyant surgir la dernière personne que je m’attendais à croiser à ce moment-là. »

Devant nous se tenait un homme de taille moyenne, presque chauve, portant une veste kaki achetée trois francs sur un marché aux puces selon ses dires. Il semblait tout aussi étonné que nous de voir quelqu’un d’autre qu’un terroriste se promener dans les couloirs de l’école.

« Mesdemoiselles, que faites-vous ici ? Nous demanda notre professeur d’Allemand, interdit.

-On est venu vous sauver gros malin, c’est à moi de vous demander ce que vous fabriquez ici ! Rétorqua Maya avec son tact habituel, qui fut interrompue par un coup de coude de June dans les côtes.

-Ce que Maya veut dire, c’est qu’on vous pensait pris en otages d’après les informations. »

Notre professeur croisa les bras sur son torse et pris un air ennuyé pendant quelques secondes avant de répondre.

« En fait, ce n’est pas exactement ça. En vérité, nous nous cachons plus que nous sommes pris en otage.

-Vous…vous cachez ? Répétai-je sans comprendre.

-Je pense que le mieux serait de vous montrer. »

Beauchardassaut nous fit signe de lui suivre. Je fus d’abord un peu hésitante après ce qu’il s’était passé avec Chapy mais son ton et son attitude ne me semblaient pas agressifs et, d’un accord tacite, nous décidâmes de lui faire confiance malgré tout.

Nous suivîmes donc notre professeur d’Allemand jusqu’aux gymnases et June eut un léger sourire en voyant qu’elle ne s’était finalement pas trompée sur l’endroit où se trouvaient les autres élèves. Cependant, j’eus du mal à reconnaitre les lieux en arrivant. En effet, à la place des traditionnelles installations sportives se trouvaient des matelas, des réserves de nourritures et des tables autour desquelles de nombreux élèves et enseignants étaient réunis. Mais ce qui me choqua le plus ce n’était pas l’état des lieux mais des personnes présentes. Toutes semblaient blessées ou épuisées, voire les deux.

« Monsieur, vous pouvez m’expliquer ce qu’il se passe ici ? Si vous n’êtes pas retenus en otage, pourquoi restez-vous tous ici ?

-Parce qu’il s’agit de notre école pardi ! S’exclama-t-il. Même si je ne comprends pas ce qu’il se passe exactement, je ne laisserai pas ce lieu tomber entre les mains de terroristes qui…

-C’est bon, on a compris, l’interrompit Maya en baillant. Mais vous craignez tout de même, ça fait déjà une bonne demi-heure qu’on s’est débarrassé de Chapy, pas vrai les filles ?

-C…Comment ? S’étrangla notre professeur, interdit.

-Dit comme ça, ça peut paraitre prétentieux…mais c’est la vérité…Continua Ambre, gênée. Il nous a attaquées et nous l’avons vaincu. A présent, il ne reste plus que des sbires dans l’école… »

Lorsqu’Ambre prononça ces mots, le visage de Beauchardassaut s’éclaira aussitôt et un large sourire fendit sa figure.

« Mais c’est formidable ça, bien joué mesdemoiselles ! Finalement vos heures perdues à jouer au lieu de réviser ont fini par payer !

-Vous voyez monsieur, l’école n’est pas tout dans la vie, déclarai-je, profitant de cette rare occasion où j’étais de l’avis d’un professeur.

-Quoiqu’il en soit, sans Chapy, les sbires ne devraient pas être un problème pour nous. Je vais rassembler les autres qui sont encore en forme et je dirigerai l’assaut, sans mauvais jeu de mot évidemment ! »

Fier de sa blague, Beauchardassaut s’éloigna en direction des vestiaires certainement transformés en infirmerie ou dortoir et nous laissa toutes les quatre à l’entrée du gymnase.

Je tournai le regard vers Ambre, Maya et June mais elles semblaient tout aussi déconcertées que moi. Je n’avais pas compris grand-chose au charabia du prof mais le plus important était que tout le monde semblait sain et sauf et que nous allions apparemment sortir d’ici rapidement.

Je profitai de cet instant de répit pour examiner de plus près le gymnase et je reconnus de nombreuses têtes, comme des professeurs que j’avais eus les années passées, des camarades de classe et même les amis d’Aymeric…mais une minute…où était ce gland ?

J’avais beau tourner la tête dans toutes les directions, je ne voyais cet idiot nulle part et pourtant, il devait forcément être dans les environs, sa bande ne le quittait jamais…

Je chassai rapidement ce type de mon esprit. Pourquoi m’inquiétai-je pour lui, j’avais d’autres soucis bien plus importants à régler pour le moment.

« Dis Angéla, tu te souviens du jour où tu nous as dit que tu aurais voulu que ta vie ressemble à un Manga ? Je pense que tu ne peux pas faire mieux dans notre situation, déclara soudain Maya, les mains dans les poches, regardant nos camarades blessés.

-Ce n’était pas de ce genre de Manga que je parlais, grimaçai-je.

-Pourtant tu as affirmé que tu ne ferais qu’une bouchée de « ces méchants aussi intelligents que des poissons rouges » selon tes propres termes, ironisa mon amie.

-Et ce n’est pas ce que j’ai fait avec Chapy ? Rétorquai-je, l’œil brillant.

-Si, mais… »

Maya laissa sa phrase en suspend et baissa la tête vers le sol avant de reprendre d’un ton plus mélancolique :

« C’est toi l’héroïne de ce Manga, Angéla, il ne tient qu’à toi d’en écrire la fin…Murmura-t-elle. »

Je fronçai les sourcils, ne voyant pas ce qu’elle essayait de me dire mais je croisai le regard d’Ambre qui était rempli de regrets, comme si elle voulait me dire quelque chose mais qu’elle savait qu’elle ne pourrait pas…

Beauchardassaut revint peu après avec une équipe composée d’une quinzaine de personnes mais je ne connaissais aucune d’entre elle.

« Bien, à mon signal, vous sortirez d’ici et vous foncerez dans le tas pour…

-Stop ! S’exclama June, affolée. Qu’est-ce que c’est que ce plan foireux ? Vous comptez sacrifier nos camarades, juste pour ouvrir un passage ?

-Et vous possédez un meilleur plan peut être mademoiselle Wheeler ?

-Evidemment !

La plus brillante du groupe expliqua alors son plan à Beauchardassaut et je devais reconnaitre qu’il était bien plus intelligent que tout ce que j’aurais pu concevoir et l’histoire de la diversion avec le singe n’était qu’un rouage d’une mécanique bien plus complexe Même Ambre semblait subjuguée, elle qui d’habitude, gagnait tous les jeux de stratégies avec une facilité déconcertante.

-Je vois que vous en savez mieux que moi Mademoiselle Wheeler, déclara notre professeur une fois qu’elle eut fini de lui exposer son plan.

-Que voulez-vous, mon père était le pire stratège sur terre, il fallait bien quelqu’un pour redorer le blason, répondit-elle simplement en haussant les épaules.

Sur ces mots, June prit la tête des opérations et répartit les différentes tâches entre les élèves. Les premiers devaient attirer les terroristes à un endroit bien précis en utilisant le singe. Dans le même temps, un autre groupe se chargeait d’informer sur la position des ennemis et avertir les non combattants du meilleur moment pour fuir et enfin un troisième groupe devait être prêt à se battre au cas où les choses ne tourneraient pas comme prévu. Mais ce n’était pas tout, June, Ambre, Maya et moi avions le rôle le plus important : prendre possession du bureau de Chapy pour en extraire un maximum de documents possibles tout en ayant le contrôle du centre des opérations pour déstabiliser l’ennemi.

Une fois les tâches réparties, nous nous séparâmes et le groupe de diversion prit la tête et réussit à ouvrir un passage qui nous permis de nous faufiler dans les couloirs et remonter à la surface.

Je jetai un coup œil rapide dans la cour mais le groupe avait bien rempli sa fonction et il n’y avait plus personne pour nous barrer la route. Mais nous ne pouvions pas prendre notre temps pour autant, nos camarades comptaient sur nous.

Je me tournai vers mes amies et je leur fis signe d’activer leur pouvoir.

« A toi l’honneur Maya, déclarai-je lorsque nous fûmes devant la porte.

-Mais avec plaisir, me répondit-elle avec un sourire faisant trois fois le tour de sa figure. »

Sans un mot de plus, d’un coup d’épée, elle défonça la porte d’entrée qui vola en éclat sous les yeux exorbités des sbires se trouvant à l’intérieur.

« Vraiment pas solide cette porte, ricana Maya. »

Immédiatement les hommes sortirent leur disque de duel mais avant qu’ils n’aient eu le temps d’activer quoique ce soit, Ambre, vive comme l’éclair, les brisa d’un seul coup de sabre, les laissant totalement sans défense face au Dragon de June qui les dévisageait d’un œil mauvais.

« Check mate, déclara la blonde en s’avançant vers les terroristes d’une démarche assurée, les bras croisés sur sa poitrine et le regard moqueur. Maintenant, rendez-vous sans faire d’histoire ou vous subirez le même sort que votre patron. »

Les regards se tournèrent ensuite vers moi et, voulant faire mon intéressante, je me mis à me regarder les ongles d’un air décontracté en tapant le sol du pied pour simuler une assurance que je n’avais pas.

D’abord hésitants, ils se rendirent tous en même temps en voyant que Maya n’hésiterait pas à les couper en morceaux s’ils n’étaient pas coopératifs.

Ainsi, nous réussîmes à capturer une vingtaine de terroristes sans avoir besoin de nous fatiguer puis, une fois ces-derniers mis dans un coin où ils ne pourraient plus nous nuire, sous le regard attentif de Maya, nous prîmes la direction du bureau que je n’avais que trop vu ces derniers jours.

Sans perdre une seconde, June se mit à chercher des documents qui aurait pu expliquer cette attaque soudaine. Quant à moi, je me sentais vraiment mal à l’aise entre ces quatre murs ayant détruit ma vie. Revenir ici me rappelait de mauvais souvenirs mais pas seulement de la veille. Des souvenirs plus anciens me revenaient en mémoire, comme le jour où j’avais été convoquée pour avoir fait mes maths en français ou alors le jour où tout avait changé entre Aymeric et moi…

« Tout va bien Angéla ? Me demanda soudain Ambre en mettant sa main sur mon épaule.

-O…oui, bégayai-je, interrompue dans mes pensées. Je me disais simplement…que j’ai passé beaucoup de temps dans ce bureau mine de rien…

-Ah, ça tu peux le dire, mais je suis certaine que tu ne regrettes rien, je me trompe ?

-Si, il y a bien une chose que je regrette…Murmurai-je.

-Tu parles du joli coup que tu nous as fait hier ? Ce n’est pas de ta faute, c’est ce lycée qui a des règles stupides et…

-Non, je parlais de quelque chose de plus ancien… »

Après une seconde de réflexion, Ambre pencha la tête sur le côté et pris un air ennuyé.

« Tu crois vraiment que les choses auraient pu être autres avec Aymeric ?

-Non, elles n’auraient pas pu évidemment, pas avec lui mais…je me demande ou tout a raté… »

Mon ami ne me répondit rien. Evidemment, elle n’avait pas plus la réponse que moi mais revenir dans ce bureau vide, attendant l’inconnu me rappelait ce jour où j’avais définitivement perdu mon ami d’enfance…

Soudain, alors que June fouillait dans les papiers, je remarquai que l’ordinateur posé sur le bureau de chêne était toujours allumé. J’allai y jeter un coup d’œil et mon cœur rata un battement. Toutes les caméras du lycée étaient reliées à ce poste et nous permettait de voir l’établissement dans sa totalité.

En temps normal, j’aurais piqué ma crise contre Chapy mais l’heure n’était plus à la rigolade. En effet, sur la caméra filmant l’entrée, je pouvais voir plusieurs élèves au sol, inconscients, tandis qu’un homme leur tenait tête, seul.

« June, Ambre, Maya, l’équipe de combattants à des problèmes on dirait, je vais les aider ! M’exclamai-je en sortant de la pièce en courant. »

Sans se faire prier davantage, mes trois amies me suivirent et, moins de trente secondes plus tard, nous nous retrouvâmes face à l’homme encapé qui venait d’envoyer un autre de nos camarades au tapis.

« Vous là, si vous voulez un adversaire, nous sommes prêtes ! M’exclamai-je en prenant la tête du groupe.

-Finalement, vous décidez de vous montrer…Résonna soudain une voix dont il m’était impossible de déterminer la source. »

J’avais beau me retourner dans tous les sens, il n’y avait personne d’autre que cet homme dont le visage était caché par une large capuche mais le son ne provenait pas de sa bouche. Non, en vérité, la personne qui avait prononcé ces mots…

Je levai la tête et je reculai d’un pas, interdite car, juste au-dessus de nous, sur le toit de l’un des bâtiments de l’école se trouvait un autre homme, portant une armure dorée et une cape pourpre volant au gré du vent. Il devait avoir dans les trente ans et son visage était assez carré, surmonté d’une barbe de trois jours en dessous de son regard dur et rempli de haine. Sa bouche formait un sourire vraiment malsain, comme s’il venait de débusquer une proie dans la forêt après une longue partie de chasse.

Tout cela ne me disait rien de bon et mon instinct me hurlait de fuir très loin mais je ne pouvais pas abandonner Ambre, Maya et June comme ça…

-Qui êtes-vous ?! Lui cria June. Encore un sous fifre de Chapy qui ne sait pas que son maître n’est plus là ?

-Un sous fifre ? Moi ? Non, je suis bien mieux gradé qu’un simple sous fifre étant donné que, c’est moi qui les donne ces grades…

-Vous…donnez les grades… ? Une petite minute ! Ne seriez-vous pas…

-Oui, tu as deviné Angela ! Je suis…Hélios…




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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [17/07/2019] à 17:19

Angéla : Désespoir



Spoiler :


Mon cerveau mit plusieurs secondes à assimiler l’homme que j’avais en face de moi et l’image que je me faisais de lui. Je m’attendais à ce que la personne ayant donné l’ordre à Chapy de me tuer soit un homme en costume noir, portant un chapeau haut de forme, une canne, un monocle et des mouchoirs dans la poche avant, comme ces gangsters qu’on voyait dans les films… mais pas à un guignol se promenant en armure comme s’il sortait d’un bal costumé…même s’il faisait presque aussi peur que dans mon imagination à cause de sa tenue hors norme…

« Hélios…ce n’est pas ce type qui voulait te tuer Angie ? Me demanda Maya, aussi sceptique que moi.

-Toi qui rêvais d’affronter un méchant de Manga dans un costume ridicule, te voilà servie…Enchaina Ambre, reculant tout de même par prudence. »

Je tournai mon regard vers mes deux amies. Même si elles ne semblaient pas prendre notre ennemi au sérieux pour le moment, je savais que si les choses tournaient mal, elles allaient tout faire pour tenter de me protéger mais quelque chose me disait que cette fois-ci, tout ne se passerait pas comme contre Chapy…

Cet homme dégageait quelque chose de plus, comme s’il cachait pouvoir dépassant notre entendement au fond de lui. Il était hors de question que je laisse Ambre et Maya l’affronter…

« Pour l’homme qui a ordonné de me tuer, je vous croyais plus impressionnant quand même ! Lançai-je dans l’espoir qu’il concentre son attention sur moi.

-Tu ne manques pas de courage pour me provoquer ainsi Angéla, mais au moins je vois que Marie ne s’est pas trompée à ton sujet, rétorqua-t-il avec un large sourire.

-Se tromper à mon sujet ? Qu’est-ce que vous racontez encore ? Et puis, je peux savoir pourquoi vous nous attaquez soudainement comme ça ?

-Pourquoi ? Répéta-t-il. »

Pendant un instant, l’homme croisa les bras sur son torse et ferma les yeux tout en prenant un air concentré avant de me répondre :

« Tu as appris l’existence de quelque chose qui te dépasse largement. N’y vois rien de personnel surtout…enfin, je parle pour moi, mais peut-être que Chapy s’est laissé emporter, il est vrai. »

Je grimaçai. Était-ce la prophétie de Lareine qui nous avait mis dans un pétrin pareil ? Ou bien avait-ce un rapport avec le livre ouvert par le père de June ? Si tel était le cas, était-il en danger lui aussi ? Et pourquoi étais-je la seule cible ?

Tant de questions qui se bousculaient dans ma tête… Mais il ne fallait pas que je perde de vue notre objectif : sortir d’ici vivantes, avec tout le monde.

« Si vous croyez que votre costume de cirque me fait peur, vous vous mettez le doigt dans l’œil ! Essayez un peu de m’approcher pour voir ! »

Pour toute réponse, Hélios bailla, ce qui me mit davantage hors de moi mais June me fit signe de me calmer avant que je ne saute à la gorge du guignol en armure pour en finir une bonne fois pour toute.

« Et si nous passions un marché Hélios ? Proposa alors June d’une voix calme et posée. »

Etrangement, il rouvrit les yeux et sembla l’écouter avec intérêt.

« Vous êtes ici pour la prophétie n’est-ce pas ? Et surtout, pour le livre que possède mon père ? Alors voilà ce que je vous propose. Laissez partir tout le monde ici et en échange, je suis prête à vous rejoindre pour que votre secret ne s’ébruite pas. C’est bien ce que vous voulez en nous éliminant, non ?

-Attends…June…Qu’est-ce que tu…M’étranglai-je.

-Profite de cette diversion pour t’enfuir avec Ambre et Maya, Angéla. Si mon père, aussi mauvais soit-il, a pu tenir tête à des affreux de son temps, je devrais en être capable moi aussi. »

Je serrai les dents mais June mit sa main sur mon épaule et me fit un clin d’œil encourageant. Mais je ne pouvais tout simplement pas accepter ce que June proposait. C’était de ma faute si elle avait été embarquée dans cette histoire. Si je ne lui avais pas demandé des précisions, jamais rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne pouvais pas simplement la laisser derrière nous, à la merci de ce détraqué.


« Désolée June…Mais je ne peux pas accepter. Hélios, si vous me voulez, venez me chercher mais laissez tout le monde hors de cette histoire !

-Tu es bien naïve si tu crois que je vais m’abaisser à cela ma chère Angéla. Mais je compte bien profiter du spectacle. »

Un homme surgit derrière Hélios. Il portait une longue cape noire qui cachait entièrement son visage et son corps à l’exception de ses yeux qui brillaient d’une lueur inquiétante et surnaturelle. Je me serais vraiment cru dans un de ces vieux film du moyen âge …Hélios et ses hommes ne pouvaient-ils donc pas s’habiller normalement ?

« Je vois que tu hésites Angéla, me dit Hélios, c’est tout à fait normal, tu peux déclarer forfait dès maintenant si tu le souhaites. Dans ce cas, il te suffirait de me rejoindre comme l’a proposé ta très chère amie.

-Il n’en est pas question ! En garde…euh, il s’appelle comment votre sous fifre ?

-Peu importe son nom, il va t’affronter, c’est tout ce que tu dois savoir. »

Même dans une situation aussi dramatique, je ne pus m’empêcher de faire la même tête que pendant un cours de maths lorsque le professeur expliquait un théorème incompréhensible…

Au même instant, Hélios claqua des doigts. Le sol se mit à trembler tandis qu’une sphère d’énergie noire se forma autour de mon adversaire et moi. Les yeux ronds de panique, Maya tenta de me rejoindre mais elle rebondit simplement contre une paroi solide. Elle avait beau tambouriner dessus et la frapper de toutes ses forces, le mur qui me séparait d’elle restait infranchissable.

Je déglutis. Tout autour de moi était devenu plus sombre et une épaisse brume noirâtre envahissait l’espace. C’était à peine si je pouvais discerner mon opposant dans cette pénombre artificielle.

Mais il y avait quelque chose d’autre d’étrange dans cette bulle. J’entendais…comme des voix, des plaintes, des lamentations. Un écho lointain, rempli de souffrance, où des milliers de sons différents se mélangeaient si bien qu’il m’était impossible de comprendre le moindre mot.

Toutefois, je pouvais dégager une émotion au milieu de ce brouhaha de murmures : le désespoir.

Ne me laissant pas impressionner par ce tour de passe-passe, je touchai la chouette accrochée à mon poignet et je fus aussitôt entourée d’une vive aura dorée.

Je m’apprêtai déjà à attaquer lorsque mon combat de la veille me revint en mémoire. Je me ravisai. J’étais peut-être butée mais cette fois-ci, il allait falloir que je laisse mon égo de côté si je voulais sortir vivante de ce bourbier.

Ainsi, je créai un mur de lumière tout autour de moi et attendis. La brume autour de moi se fit de plus en plus épaisse, me faisant perdre mon adversaire de vue. A ce moment-là, je fus heureuse d’avoir utilisé mon cerveau au moins une seconde. Qui savait ce qu’il se serait passé si j’avais foncé dans le tas sans réfléchir.

Une main griffue surgit de l’ombre à ma gauche. Aussitôt, je ripostai en érigeant une barrière dans cette direction.

Une autre sortit à ma droite. Je la contrai de la même manière. Je commençais à comprendre comment ce type fonctionnait. L’ombre devait certainement dissimuler ses mouvements pour lui permettre de m’attaquer en traitre.

Lorsque derrière moi, cette même main apparut, je créai une barrière d’énergie sur laquelle elle s’écrasa. Sans lui laisser le temps de se retirer, je fermai la paume de ma propre main et le mur se métamorphosa en sphère doré qui emprisonna la patte du Spiritual.

Un sourire me fendit les lèvres. Hélios avait eu tort de me sous-estimer et j’allais le lui montrer.

Dans mon autre main, je créai une lance d’énergie et la projetai de toutes mes forces vers la brume. La lumière fendit à travers les ténèbres, se dirigeant droit vers ce que je supposais être le cœur de la créature. Cependant, alors que je m’attendais à un cri de douleur, seul un fracas métallique parvint à mes oreilles.

Je me crispai. Tout cela ne me disait rien de bon…et mon instinct ne me trompa pas. Immédiatement, le brouillard noir se dissipa alors qu’une longue queue écailleuse s’abattit sur moi et me projeta violemment contre la paroi.

Tout l’air fut expulsé de mes poumons et j’écarquillai les yeux lorsqu’en face de moi apparut un Spiritual, un dragon rouge comme le sang, entièrement recouvert d’une armure métallique. Ma lance gisait à terre à ses pieds. Elle ne lui avait même pas fait une égratignure…

Je tombai mollement au sol, sévèrement amochée par cette attaque mais je refusais de m’avouer vaincue pour si peu. Rassemblant mes forces, je matérialisai une seconde arme et cette fois-ci, je visai l’œil du lézard, la seule partie de son corps non protégée.

Mais, alors que j’avais projeté mon javelot de lumière, celui-ci fut tout simplement repoussé par un jet de flammes. Ce ne fut qu’à ce moment-là que je compris…que je n’avais une fois de plus aucune chance…

Son dragon commença alors à aspirer l’air autour de lui avant de lancer l’attaque finale. Si ses flammes m’atteignaient, alors dans ce cas…je ne pouvais même pas y penser…

J’attendis que le moment fatidique arrive…l’heure de ma mort avait sonnée apparemment et même si je survivais au feu destructeur, Hélios allait certainement s’occuper de moi…

Je lançai un dernier regard vers mes amies…Elles étaient impuissantes à briser la sphère des ténèbres qui m’emprisonnait…

« Cette fois-ci, je crois qu’il est vraiment temps de nous dire adieu…Murmurai-je, une larme perlant sur ma joue. »

Je ne pouvais entendre leur réponse à cause du vacarme des flammes derrière moi mais c’était peut-être mieux ainsi, j’avais déjà bien assez de regrets et de remords sur la conscience.

La dernière chose que je pouvais faire à présent, c’était de terminer ce que j’avais commencé et ne pas fuir. Je me retournai pour faire face à moi destin. Si je devais mourir ainsi, et bien je ne le ferais pas s’en mettre battue une dernière fois.

Une seconde plus tard, je reçus l’attaque de plein fouet. Elle était d’une telle puissance qu’elle me projeta contre la paroi invisible du sceau.

La douleur était pire que tout ce que j’avais connu jusque-là. J’étais en train de bruler vive, sans que je sois consumée pour autant. Je vis alors toute ma vie défiler devant moi : ma naissance, mon entrée à l’école, ma première rencontre avec maya et ambre, mon premier contact avec Athéna, puis des événements plus récents comme la prophétie, June, la rébellion de Chapy et enfin Hélios…

Les flammes cessèrent de me bruler au bout de quelques secondes qui me parurent interminables puis je m’effondrais sur le sol, à bout de force, au bord de l’inconscience.

J’étais encore en vie, mais…pour combien de temps…tout mon corps me faisait souffrir. Je levais les yeux. Tout autour de moi était flou. J’entendais des cris au loin…était-ce mes amies qui me disaient de tenir bon…ou bien Hélios se félicitant de sa victoire… ? Je ne pouvais le distinguer.

« Shungite ! Invisible Air ! »

C’était la voix de June. Dans ma confusion, j’avais réussi à la distinguer. Qu’essayait-elle de faire ?…

Avec difficulté, je relevai la tête et je la vis, enveloppée d’une intense aura verdâtre alors qu’à ses pieds gisaient des éclats de pierre sombre.

Armée de cette nouvelle puissante, elle frappa la sphère d’énergie…et son bras réussit à passer à travers, sous les yeux exorbités d’Hélios.

Comme un fantôme, mon amie réussit à pénétrer dans l’espace de combat. Elle me saisit par le bras et réussit à m’extirper de ce calvaire en repassant à travers la paroi solide. Là, elle me posa sur le sol avec délicatesse et échangea un regard avec mes deux autres amies.

Que manigançaient-elle encore ? Avaient-elles un plan pour nous sortir de ce pétrin alors que je venais de me faire mettre au tapis en une seule attaque ?…

Tout à coup, la brume sombre qui était contenue jusque là dans la sphère en émergea et commença à nouveau envelopper tous, y compris Hélios et son Sbire. Je tentai de me relever mais il n’y avait rien à faire. C’était à peine si je pouvais garder les yeux ouverts…Et ceux-ci me permirent de constater l’horreur de ce qu’il se passait autour de moi. Le brouillard dévorait tout sur son passage. Le sol, les murs, les fondations, tout était en train de disparaitre pour ne laisser derrière que le néant.

« La brume du désespoir…Ce n’était donc pas une légende…Grommela June en reculant prudemment. Si nous ne faisons rien, toute la ville sera avalée par la dimension désespoir…Etait-ce réellement cela que vous désiriez, Hélios ?! »

Pas de réponse.

Il fallait que je fasse quelque chose. N’importe quoi. Je refusais d’entrainer avec moi mes amies dans mes erreurs.

Alors que j’essayais de me lever pour tenter d’absorber cette…chose grâce aux pouvoirs d’Athéna…

« Allons bon…Tu es irrécupérable ma pauvre Angie… »

Passant devant moi, Maya me donna un coup de pied qui m’envoya valser au loin tandis qu’elle brandit son épée devant elle, prête à affronter la brume.

Rapidement, l’effrontée fut rejointe par Ambre qui fit face elle aussi à cet ennemi des ombres, sans trembler.

« June…Je sais qu’elle peut être insupportable quand elle s’y met…mais protège là…Murmura-t-elle d’une voix brisée.

-Attendez Ambre, Maya… »

Je voulus me lever pour les rejoindre mais je ne le pouvais pas…J’avais l’impression que tous mes os étaient brisés et mes muscles déchirés.

« Si j’avais su qu’un jour tout se terminerait de la sorte, ricana Maya, regardant vers le ciel gris.

-Je suis certaine que tu n’aurais rien changé du tout, lui répondit Ambre d’un air amusé.

-Qui sait…Murmura cette dernière dans un soupir.

-Vous n’êtes pas obligées de faire ça pour moi ! Tout est de ma faute, si je n’avais pas voulu jouer à la plus forte…

-Economise le peu de forces qu’il te reste mon Angie, je ne fais que te rendre ce que tu m’as donné il y a longtemps, me lança celle qui aimait me taquiner avec un sourire sarcastique. Même si…Jamais je ne pourrais te rendre autant…

-Tu nous as toujours soutenues par le passé, maintenant c’est à nous de te rendre la pareille, continua Ambre.

-Qu’est-ce que vous racontez ?! Vous ne pouvez rien faire contre cette brume ! Fuyez et laissez-moi derrière ! June, dis-leur ! »

Ma nouvelle amie ne put que me lancer un regard désolé tandis que l’énergie émeraude qui l’entourait et qui nous protégeait jusque-là se dissipait peu à peu.

« Durandal…Kusanagi…Ces deux artefacts…Peuvent-ils vraiment… »

Je sentis quelques larmes me couler le long du visage. C’en était trop pour une seule journée…pour toute une vie aussi d’ailleurs. Tout était de ma faute et pourtant, je ne pouvais rien faire pour arranger les choses ! Je me sentais tellement…inutile…

« Mon Angie…la séparation est toujours douloureuse mais les larmes devront attendre. Pour l’instant, tu dois trouver un moyen de t’enfuir avec June. Ça me fait mal de l’admettre…mais tu es bien plus forte que nous, tu sauras te débrouiller. June et toi, vous avez le potentiel de vaincre Hélios et de rétablir la paix…

-Non ! Si vous devez être entraînées là-dedans, je le serais avec vous ! »

Je tentai de voler à leur secours comme elles l’avaient fait mais le brouillard mortel me coupa la route, privant totalement les deux filles de tout échappatoire.

« Il n’y a pas de discussion qui tienne Angéla ! Nous avons fait notre choix, il faut maintenant que nous en assumions les conséquences ! Il est temps de se débarrasser définitivement de cette brume du désespoir ! »

Ambre planta son épée dans le sol et je vis l’épaisse fumée se condenser autour pendant qu’hurlai de désespoir lorsque les jambes de Maya commencèrent également à disparaitre.

« Angéla…nous croyons en toi et en June. Nous te confions nos espoirs. Ne nous déçois pas…s’il te plait, me supplia ma meilleure amie d’une voix presque éteinte. »

Maya planta à son tour son sabre dans le sol et se couvrit peu à peu de la fumée noirâtre, de même qu’Ambre tandis que j’étais clouée au sol, impuissante et que June regardait la scène sans bouger. Je voyais qu’elle se retenait d’intervenir. Elle savait tout aussi bien que moi que c’était la seule solution mais je ne pouvais pas l’accepter. Je ne pouvais pas laisser mes deux amies de toujours se sacrifier pour moi alors que tout était de ma faute !

La lumière au sol s’intensifia et je vis la brume sombre recouvrir entièrement les corps de mes amies et leurs lames.

« Adieu Angéla, ne nous oublie jamais…Lança Ambre, la voix atténuée par la brume.

-La prochaine fois qu’on se voit, je t’explose en duel ! Termina Maya avant de disparaitre derrière cet écran de fumée noire.

-NON ! »

Dans un effort surhumain, je me relevai et me précipitai vers mes deux amis mais, lorsque j’arrivai à la hauteur de la sphère, je ne pus qu’attraper de la brume s’évaporant lentement dans les airs. Il était trop tard. Mes deux amies avaient été emportée, et avec elles tout ce qui me retenait de ne pas me briser en mille morceaux.

« HELIOS ! Hurlai-je de toutes mes forces, ma voix résonnant dans toute l’école. »




Angéla : Vengeance



Spoiler :



Je me sentais lourde…Des voix résonnaient dans ma tête…des cris de souffrance, des appels de détresse, des ombres informes…Etais-je morte ? Était-ce mon châtiment pour avoir embarqué Maya et Ambre dans des histoires qui ne les concernaient pas ? Je l’aurais bien mérité en tout ça…Une héroïne, moi ? Quelle blague. Les héros sauvent les autres sans faire de blesser et ne sauvent pas leur peau tout en faisant périr ceux qui leur sont proches…

Je nageai dans ce brouillard pendant un temps qui me parut interminable, revivant en boucle la disparition de mes amies alors que j’étais à terre, incapable de me lever, je voyais leur dernier sourire s’effacer dans la lumière du sceau tout en sachant pertinemment qu’elles étaient terrifiées…Mais je ne cherchais pas à fuir ces images, pensant certainement que les revoir encore et encore finirait par changer quelque chose…

Lorsque je revins à moi longtemps après, toutes mes forces étaient revenues. J’étais toujours allongée sur le sol, devant le portail d’entrée de l’école tandis que June appliquait une compresse humide contre mon front brûlant.

De notre combat, il ne restait plus qu’un cratère fumant à l’endroit où avait explosé la sphère et Hélios avait disparu…

Lorsque mon amie me vit ouvrir les yeux, elle arrêta toute activité et me serra dans ses bras, des larmes de joie et de soulagement coulant de ses yeux mais je n’eus aucune réaction face à démonstration d’amitié. Je ne la méritais pas…

« Angéla, tu es vraiment vivante…Je suis si heureuse…Je…

-June…L’interrompis-je d’une voix rauque. Dis-moi, où est Hélios ?

-Il est parti sans demander son reste après que tu t’es évanoui…Apparemment, il a obtenu ce qu’il cherchait, me répondit-elle en fronçant les sourcils.

-Je vois…Dans ce cas, il ne reste plus qu’à le retrouver. »

Je tentai de me mettre debout mais, prise de vertiges, je titubai et June me rattrapa juste avant que je ne m’étale une nouvelle fois par terre.

« Doucement Angéla, tu as été sacrément amochée tout à l’heure, ne force pas trop…

-Je m’en fiche…Il faut que je rattrape Hélios…

-On s’en occupera mais une fois que tu seras en état de marcher déjà ! Rétorqua-t-elle d’un ton plus sévère qui me fit me résigner aussitôt. »

Je n’avais vraiment pas la force ni la motivation pour me disputer avec la seule amie qui me restait à ce moment-là…

Nous restâmes devant le portail de l’école encore plusieurs minutes en silence. Je n’avais pas envie de parler. Je n’avais qu’une seule idée en tête à présent : m’occuper du cas d’Hélios une bonne fois pour toute, lui faire payer ce qu’il avait fait à Ambre et Maya. Il pouvait bien me tuer, ça n’avait pas d’importance, mais je refusais de laisser ce crime impuni.

Beauchardassaut arriva un peu plus tard, accompagné de toute sa troupe et, après lui avoir confirmé que la route était libre, ces derniers s’échappèrent sans demander leur reste. Cependant, notre professeur resta jusqu’à la fin pour s’assurer que tout le monde était bien sorti puis s’adressa à nous avec un grand sourire.

« Bien, tout le monde est là, merci à vous de nous avoir libérés, nous vous seront éternellement reconnaissants.

-Il n’y a pas de quoi, répondis-je évasivement.

-Mais je ne vois pas Ambre et Maya, où sont-elles ?

-Elles…elles sont parties…

-Oh, je vois, j’aurais bien aimé les remercier. Passez-leur mes remerciements de ma part quand vous les verrez. »

Je me contentai de répondre par un hochement de tête et il partit à son tour, ne laissant plus que June et moi dans cette école, désormais associée aux pires heures de ma vie. Même si voir que nous avions pu sauver les élèves, ce n’était qu’une maigre compensation face à la perte de mes deux amies de toujours…

« Angéla…nous croyons en toi et en June. Nous te confions nos espoirs. Ne nous déçois pas » m’avait dit Ambre…Comment pouvait-elle prétendre me faire encore confiance alors que c’était moi qui les avais entrainées dans toutes ces histoires ?

Je frappai le sol de mon poing pour évacuer ma frustration mais tout ce que j’obtins fut une nouvelle blessure à la main…

« Et maintenant ? Murmurai-je. »

Je savais qu’Hélios n’en avait pas fini avec moi. Il me croyait sûrement morte mais une fois qu’il aurait réalisé son erreur, j’étais persuadée qu’il enverrait d’autres hommes finir le travail. Je ne pouvais pas faire courir un nouveau risque à June même si elle avait promis de me protéger…

Alors que j’étais perdue dans mes pensées, des bruits de pas se firent entendre et June se remit sur ses gardes, pensant qu’il s’agissait du retour d’Hélios mais elle poussa un soupir de soulagement en entendant deux personnes se chamailler comme des enfants.

« Je te dis qu’il n’y a aucun souci à se faire, elles sont assez grandes pour se débrouiller toutes seules.

-Et moi je te dis qu’il se passe quelque chose d’anormal !

-May, combien de fois t’ai-je dit de te débarrasser de cette pierre, elle ne sert à rien et en plus, elle n’est même pas spécialement belle. »

Les parents de June apparurent alors devant nous et eurent l’air consterné en se rendant compte de l’état dans lequel était l’entrée. Les murs étaient fissurés de partout, les vitres brisées, les bancs encore fumant et pour couronner le tout, un énorme cratère créé par l’explosion du sceau se trouvait en plein milieu.

« Tu vois John, j’avais raison, mais toi bien sûr, tu n’en as fait qu’à ta tête, comme d’habitude !

-Comment ça je n’en fais qu’à ma tête ?!

-Oui parfaitement et en plus…

-May, professeur Wheeler, mais…que faites-vous là ? Demandai-je timidement.

-Mais surtout, pourquoi n’arrivez-vous que maintenant ?! Râla June mécontente. Vous êtes toujours là après la tempête !

-Dis ça à ton père June, sans lui, je serais déjà là depuis longtemps.

-Aussi, comment veux-tu que je te croie quand tu me dis : « le Purple Requiem joue son second mouvement, je peux le sentir » ?

-Je ne sais pas, en me faisant confiance pour une fois !

-Et si au lieu de vous disputez, vous preniez Angéla en charge ? Vous voyez bien qu’elle est blessée, soupira mon amie. »

Les parents de June finirent enfin par remarquer dans quel état je me trouvais et focalisèrent aussitôt leur attention sur moi, oubliant aussitôt leur dispute.

Ainsi, je réalisai enfin ce à quoi j’aspirai depuis que j’avais remis les pieds ici : sortir…Même si je n’avais pas imaginé une seule seconde en ressortir encore plus meurtrie qu’en y entrant. Cependant, avant de quitter définitivement cet endroit pour certainement ne plus jamais y remettre les pieds, je me retournai et lançai un dernier regard vers le cratère fumant.

« Je vous sauverai, j’en fait le serment…murmurai-je. Alors, attendez-moi, Ambre, Maya. »

Les Wheeler me ramenèrent donc chez eux et soignèrent mes multiples blessures tout en me préparant un repas chaud. May me proposa également d’appeler mes parents pour les prévenir mais je lui dis que c’était inutile. Je n’avais pas envie d’avoir une leçon de morale après une journée pareille, surtout pour entendre quelque chose du genre : « voilà ce qui arrive quand on cherche les ennuis » ou je ne sais quelle idiotie.

Ni June ni moi ne parlâmes de l’incident avec Ambre et Maya mais ses parents ne semblaient pas dupes et nous parlèrent de leurs propres aventures avec l’énergie sombre du Purple Requiem dans leur jeunesse.

Je ne savais pas pourquoi mais je me sentais vraiment à l’aise avec eux. Je réussis même à oublier le temps de leurs histoires ma tristesse et mon désir de vengeance contre Hélios. J’avais beau ne pas les connaitre depuis très longtemps, je pouvais dire sans aucun tabou qu’ils étaient exactement les parents que j’aurais souhaité avoir, de même que June qui était comme une grande sœur pour moi depuis que nous nous connaissions…

Cette discussion se poursuivit jusqu’à tard dans la soirée mais, malgré la fatigue et mes membres endoloris, je ne réussis pas à trouver le sommeil. Toutes mes pensées étaient en ébullition et, après m’être retournée une centaine de fois dans le lit d’ami, je décidai de sortir prendre l’air, espérant que la nuit m’aide à me détendre.

Je n’avais cependant pas réalisé l’heure et le soleil commençait déjà à pointer ses premiers rayons au-dessus d’une ville encore endormie.

Je me dirigeai vers le premier endroit où j’étais venue en arrivant ici, quelques semaines plus tôt : la bute Montmartre. Une fois de plus, je fus émerveillée par la vue, toutes ces lumières dans la ville…Paris méritait vraiment son nom de « ville lumière ». Au loin les tours de la défense scintillaient sous le soleil levant tandis que la Seine coulait lentement, rougeoyante en ce matin d’été si calme.

« Je ne me lasserai jamais de cette vue, dit soudain un voix venue de derrière moi. »

Je me retournai en sursaut, un peu surprise que quelqu’un d’autre soit réveillé à cinq heures du matin et je vis apparaitre le professeur Wheeler.

« Je n’arrivai pas à trouver le sommeil, donc j’ai décidé…Commençai-je avant de me faire interrompre.

-Je te comprends Angéla, moi aussi quand je n’arrive pas à dormir, je viens ici, ça me détend de voir la ville ainsi. J’ai l’impression de me sentir plus fort que je ne le suis… »

Le professeur marqua une pause et vint se placer juste à côté de moi, s’appuyant sur le rebord et plongeant son regard vers un point au loin.

« Tu sais, même si je donne l’impression d’avoir tout le temps confiance en moi, en vérité, la plupart du temps, je ne sais pas quoi faire. J’aimerais faire de mon mieux pour les rendre heureuses toutes les deux, elles sont ce que j’ai de plus cher au monde…surtout depuis que mon travail m’a amené ici.

-On ne peut pas protéger tous ceux qui nous sont chers malheureusement…Murmurai-je en baissant les yeux, honteuse.

-Oui, c’est un fait, on ne peut pas sauver tout le monde, nous ne vivons pas dans un manga après tout, me répondit le professeur en haussant les épaules. »

Je serrai les dents, me sentant encore plus coupable et je m’apprêtai à rentrer, mal à l’aise, mais le père de June reprit.

« Cependant, je pense que si on veut sauver une personne en particulier, rien n’est impossible.

-Que…voulez-vous dire ? Lui demandai-je, sceptique.

-Rien de plus que ce que j’ai moi-même vécu avec May. J’ai été faible et incapable lorsque le Purple Requiem s’est produit…Et j’ai quitté l’équipe de Violet à cause des discordes dans notre groupe. Cependant, grâce à cela, j’ai pu échapper à la catastrophe et protéger ma femme. Je suis certain que toi aussi, tu es capable de sauver ceux que tu aimes, Angéla. »

Le professeur me lança un regard rempli d’espoir. Même si je n’étais pas convaincue par ses paroles dans ma situation, je fus néanmoins heureuse qu’il s’inquiète pour moi.

Sur ces paroles, nous retournâmes à la maison à présent que le soleil était totalement levé. La nouvelle journée se passa sans accroc et je me contentai de récupérer des blessures de la veille, parlant simplement avec June tandis que ses parents se renseignaient sur Hélios.

Cependant, mon désir de vengeance ne s’était toujours pas estompé et je cherchais désespérément un moyen de lui faire payer tout en ramenant Ambre et Maya parmi nous. Heureusement pour moi, la bibliothèque du professeur était plutôt bien fournie et possédait toutes les informations dont j’avais besoin. Comme je le pensais, j’allais devoir devenir plus forte, beaucoup plus forte si je voulais les sauver de ce fou dangereux.

« Dis June, toi qui es championne à tes heures perdues…Tu n’aurais pas un secret à me révéler pour que je devienne plus forte ?

-Pas vraiment non. Mais je ne pense pas que tu doives te focaliser uniquement sur la puissance. La réflexion et le calme sont tout aussi importants pour gagner une bataille. Et puis, n’oublie pas que Maya et Ambre t’ont ordonné de vivre, ce n’est quand même pas pour que tu te jettes tête la première dans la gueule du loup !

-Justement, c’est pour cela que je dois devenir plus forte, pour leur prouver que je ne referai plus les mêmes erreurs, que j’ai grandi.

-Pourquoi vouloir leur prouver cela ? Ce n’est pas ce qu’elles t’ont demandé il me semble, rétorqua June très calmement.

-Peut-être mais je suis fautive dans cette histoire, il faut que je me rachète !

-J’imagine que je ne pourrai pas te convaincre du contraire dans l’état actuel des choses, soupira mon amie. »

Cette dernière se leva et, après avoir fouillé dans des cartons poussiéreux à l’étage, redescendit avec les mains chargées de…cailloux ?

D’un, pourquoi avait-elle des cailloux noirs chez elle. Et de deux…qu’est-ce qu’elle voulait que j’en fasse ? Les manger ?

Devant mon regard interrogateur, mon amie posa son chargement sur la table et me lança un sourire radieux.

« June…Les osselets, c’est dépassé tu sais…

-Sérieusement Angéla, tu es fan de la fédération Ether et tu ne sais même pas ce que c’est ? »

La jeune fille prit une des pierres et me la colla sous le nez…littéralement. Je ne savais pas si elles devaient avoir bonne odeur mais je ne sentis rien de particulier…

Lorsque je le lui fis remarquer, la blonde poussa un long soupir, l’air désespérée.

« Puisque tu n’as pas l’air au courant, laisse-moi te présenter l’une des premières inventions de Violet, la Shungite.

-Une…pierre ? »

Mon amie me donna une pichenette dans la tête pour me faire comprendre que je devais me taire si je n’avais rien à dire.

« C’est un catalyseur de Kvantiki, l’énergie d’Izrath. C’est grâce à ces pierres que Violet, Soichiro et Ryoko ont pu mettre au point leur réacteur à l’époque. »

Je faillis m’étrangler lorsque June dit cela et je sautai de mon siège, interdite.

« Mais…Comment…Où est-ce que tu as eu ça ?! M’exclamai-je, abasourdie.

-Mon père a travaillé sur le projet Hakaze à l’époque. Pour le remercier, Violet lui a donné ces Shungites. »

Toute l’après-midi, June m’expliqua le fonctionnement de ces pierres, comment elles pouvaient activer et décupler les pouvoirs d’un Spiritual, et surtout, me fit quelques démonstrations. Je compris alors comment elle avait réussi à passer au travers de la sphère d’énergie. Elle avait simplement utilisé les pouvoirs de sa créature afin de se rendre intangible.

J’étais impressionnée. Moi qui avais toujours suivie de près les activités d’Ether, jamais je n’avais entendu parler d’une telle chose. Cela ne faisait que décupler mon admiration pour la présidente Violet. Même si le monde se méfiait toujours d’elle à cause de la catastrophe, j’étais persuadée qu’elle n’y était pour rien.

Le temps passa vite aux côtés de mon amie. Elle me laissa même tester quelques pierres sur moi-même et je ressentis immédiatement la différence avec mes pouvoirs normaux. Mes créations étaient plus solides, plus lumineuse et je me sentais beaucoup plus puissante.

Au milieu de nos entrainements, ma partenaire me fit savoir que, selon Beauchardassaut, un élève manquait à l’appel après l’évacuation. Immédiatement, je pensai à Aymeric. Après tout, je ne l’avais pas vu dans le gymnase…

Cependant, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter pour lui, déjà parce qu’il n’en valait pas la peine, mais il avait simplement dû s’enfuir comme un lâche en laissant tout le monde derrière lui.

Un peu plus tard dans la soirée, le père de June vint nous rejoindre avec sa femme, toujours en se disputant, ce qui agaça rapidement leur fille qui tapa sur la table pour les faire taire. Je me demandais vraiment qui étaient les parents dans cette famille parfois…

« Bon, vous avez quelque chose d’intéressant à dire ou vous êtes juste venus nous casser les pieds ? S’énerva mon amie.

-Ah non, c’est vrai que je voulais vous parler de quelque chose les filles ! S’exclama le professeur tandis que sa May soupira. »

Ces derniers s’installèrent en face de nous et prirent des visages sérieux qui ne leur allaient pas très bien mais je ne fis aucune remarque là-dessus, comprenant que l’heure n’était plus à la rigolade.

-Nous avons décidé de partir pour Genève, déclara John d’une voix grave.

-Sérieusement ? Et pour faire quoi ? Avoir une promotion ? Rétorqua June, les yeux ronds.

-Nous sommes sérieux, June, reprit sa mère d’une voix plus calme. Aujourd’hui, il y a eu un incident au laboratoire de recherche et il y a de fortes chances que cela soit lié à Hélios. D’autant plus que…l’ancien ami et collègue de Violet, le professeur Ryoko, a disparu…

-Et puis tant pis pour le travail, ça ne sera pas la première fois que je m’absente, ils comprendront quand je leur expliquerai que j’ai sauvé le monde ! Ajouta le professeur avec un large sourire.

-N’y compte pas trop mais soit, admit mon amie en haussant les épaules. Et comment comptes-tu y aller ? Tu ne peux pas obtenir des billets d’avion du jour au lendemain comme ça je te signale.

-Justement, c’est là qu’intervient mon travail, je n’aurai qu’à dire qu’on a besoin de moi d’urgence à Genève et ils me donneront un avion tout de suite. De toute façon, ils n’ont pas le choix, je suis leur patron.

-J’imagine qu’ils sont assez stupides pour gober ça s’ils acceptent d’être dirigés par toi…

-Je ne te permets pas ma fille, tu dois respecter ton père un minimum…sinon de quoi je vais avoir l’air devant Angéla moi…

-Ouai, ouai, faites vite en tout cas. Angéla, tu es de la partie j’imagine ?

-Evidemment ! M’exclamai-je en me levant d’un bond. Si Hélios se trouve quelque chose, j’y serai aussi ! »




Angéla : Une nouvelle rencontre



Spoiler :


Après cela, nous nous séparâmes dans la maison pour faire les bagages en vitesse. De mon côté, je n’avais pas grand-chose à prendre puisque j’empruntai les vêtements de June et que je ne comptai pas repasser chez moi avant un bon moment. Je me contentai donc d’aider comme je pouvais, avec toutefois une boule au ventre à l’idée de partir ainsi alors que je n’avais même pas prévenu mes parents que j’allais bien…

Une fois les préparatifs terminés, ce qui prit moins de temps que je ne le pensais, nous sortîmes faire un tour sur la place pour profiter de nos derniers instants en ville. Les rues étaient bondées à cette heure de la journée, les artistes exhibaient leurs œuvres aux passants émerveillés qui s’arrêtaient pour les contempler longuement. Il y avait également quelques gamins s’amusant à se chamailler comme nous le faisions si souvent avec Ambre et Maya par le passé…

Je chassai ces souvenirs de ma tête. Il n’y avait aucune raison d’être triste. J’allais vaincre Hélios et les ramener saines et sauves à la maison, c’était mon seul objectif à présent.

Cette nuit-là, encore une fois, le sommeil mit du temps à venir. Dire que ça ne faisait que deux jours que tout s’était passé mais dans mon esprit, Maya et Ambre avaient disparu depuis bien plus longtemps. Peut-être parce que je n’étais pas habituée à passer autant de temps sans les voir ni leur parler.

En y repensant, grâce à elles, je n’avais jamais connu la solitude. Mais elles, que pensaient-elles réellement de moi ? Je pensais que nous partagions de manière égale les joies et les peines mais à présent qu’elles n’étaient plus là, j’avais l’impression que je me reposais sur elles en réalité. Je pensais les soutenir mais je n’en avais jamais eu l’occasion car je me reposais toujours sur elles sans même remarquer que je n’étais peut-être pas la seule à traverser des moments difficiles.

Décidemment, je me trouvais bien égoïste tout à coup. Même ma vengeance contre Hélios, je ne savais pas si c’était plus pour me donner bonne conscience, me dire que je leur ai été utiles que pour réellement me venger… Je me demandais bien comment elles pouvaient me supporter malgré ça.

« Dis-moi, June, chuchotai-je.

-Oui ? Me répondit-elle à moitié endormie.

-Pourquoi est-ce que tu fais tout ça pour moi ? »

Mon amie ne me répondit pas tout de suite et je crus qu’elle s’était rendormie mais après quelques secondes, j’entendis à nouveau sa voix.

« Parce que nous sommes amies…j’imagine.

-Mais, est-ce que « être amies » justifie vraiment de risquer sa vie ?

-Pas vraiment…D’un point de vue purement rationnel du moins.

-Et tu n’as pas envie d’oublier toutes ces histoires et de reprendre une vie normale avant que tout ne dégénère pour toi aussi ?

-Pas vraiment…non. »

Je ne comprenais pas…Pourquoi June, Ambre et Maya se donnaient-elles autant pour moi qui n’avais jamais rien fait d’autre qu’amuser la galerie ? Être simplement amie ne justifiait en rien d’aller jusqu’à se sacrifier pour me sauver.

« Tu sais…Angéla…crois-en mon expérience…Les êtres chers disparaissent toujours au moment où l’on s’y attend le moins…Alors, pour éviter de souffrir, certains décident de disparaitre avant eux…Je suis certaine que c’est cela qui a poussé Ambre et Maya a se sacrifier pour toi.

-C’est cruel…

-Mais toi, est-ce que tu ferais la même chose pour l’une d’entre nous ? Reprit June d’une voix toujours ensommeillée.

-Evidemment, la question ne se pose même pas…

-Dans ce cas, tu as ta réponse. »

June se retourna dans son lit et sa respiration ralentit, signe qu’elle s’était endormie pour de bon cette fois. Je soupirai avant de remonter la couette sur ma tête, décidant d’arrêter de penser à cela pour ce soir. Tout était encore bien trop frais dans mon esprit pour avoir un avis sensé. Seul le temps pouvait me permettre de comprendre…


Le lendemain, nous nous rendîmes à l’aéroport tôt dans l’après-midi, le matin ayant été entièrement consacré à la recherche des billets perdus par le professeur. June ne manqua pas de faire remarquer que sans Jet privé, nous aurions été coincés par la faute de son père.

Mais heureusement, tout s’était arrangé et nous nous trouvions à présent devant l’avion qui devait nous amener à Genève, là où Hélios se terrait apparemment et là ou je comptais bien en finir une bonne fois pour toute.

Alors que les bagages étaient en train d’être chargés dans le taxi pour l’aéroport, je repensai subitement à mes parents…qu’allaient-ils dire s’ils ne me voyaient pas pendant trop longtemps ? Pour l’instant je ne m’étais pas inquiété de leur réaction, j’ai l’habitude de m’absenter quelques jours sans prévenir après tout, mais cette fois-ci, je ne savais même pas si j’allais rentrer un jour et, même si nous nous battions souvent, je me sentais mal de leur faire ça…

Certes, je voulais venger mes amies et détruire Hélios mais je ne pouvais pas ne même pas prévenir mes parents de ce qu’il se passait. Et puis, June était tellement plus compétente que moi que j’allais sûrement être une gêne plus qu’autre chose dans leurs investigations.

« Angela ? Tu viens ? Me lança mon amie qui s’apprêtait à monter dans la voiture.

-Désolée June…mais je ne peux pas venir…Lui répondis-je en baissant les yeux.

-Mais pourquoi ça ?

-J’ai…encore des choses à régler ici avant de partir. Mais ne vous inquiétez pas, je vous rejoindrai dès que j’aurai fini ! »

June fronça les sourcils, sceptique. Je crus qu’elle allait m’emmener de force mais à la place elle se contenta de me tendre la main avec un sourire.

« Je te comprends. J’imagine donc que c’est un au revoir pour le moment.

-Pas pour longtemps je te dis, ça ne sera pas long mais je ne veux pas vous retarder.

-Essaie juste de ne pas te faire tuer pendant ce cours laps de temps alors, me lança-t-elle en me serrant dans ses bras.

-J’essaierai oui, mais je ne promets rien. Après tout, je suis un aimant à problème, c’est bien connu. »

Nous rîmes de bon cœur toutes les deux. Je n’avais vraiment pas envie de lui dire au revoir mais je ne pouvais pas non plus faire un coup pareil à mes parents…

John, dans un élan de confiance aveugle, me confia les clés de son appartement puis May sortit son téléphone, parla rapidement avec quelqu’un et prononça ces mots qui, dans un autre contexte, seraient sortis d’un rêve.

« Angéla, je sais que la ville n’est pas sûre en ce moment avec ce qu’il s’est passé à l’école il y a deux jours. C’est pourquoi, j’ai demandé à Violet si elle pouvait t’accueillir, le temps que tout se calme et elle a aimablement accepté. Son majordome, Elwood, sera ici d’une minute à l’autre. »

Je crus que j’allais m’évanouir en entendant cela mais je fus ramenée très rapidement à la réalité lorsque la mère de June me prit dans ses bras.

Je lui rendis son étreinte et je vis le couple, ainsi que mon amie, s’éloigner avant de disparaitre au coin de la rue.

Enfin…J’étais vraiment seule à présent…Cela me faisait tout drôle que ma dernière amie soit partie également mais je ne m’inquiétais pas vraiment. Si je n’étais pas dans les parages, elle ne risquait sûrement rien.

Désormais, il ne me restait plus qu’à m’améliorer pour pouvoir me représenter devant June, Ambre et Maya avec la force nécessaire pour leur être utile, pour ne plus avoir besoin de me reposer sur elles, pour vaincre Hélios.

Tout à coup, alors que j’attendais depuis déjà dix minute la voiture de cet Elwood sur un banc, j’entendis le bruit d’une explosion tout près de moi.

Sans réfléchir et voyant déjà le désastre de l’école se reproduire, je me précipitai vers l’origine de l’explosion, tout en gardant mes distances, préférant éviter de foncer une nouvelle fois dans le tas sans avoir un plan avant.

Ce que je vis me sidéra mais me mit également hors de moi : Hélios était là, toujours habillé comme un guignol échappé d’un bal costumé, entouré d’une rangée d’hommes portant des capes pourpres et faisant face à un garçon à l’air terrifié. Il n’était ni très grand, ni très petit, aux cheveux blonds assez long avec deux mèches rebelles redressées comme des antennes. Son visage était fin et ses yeux bleus respiraient la peur, ce que je pouvais comprendre.

Alors comme ça, je n’étais pas la seule cible de ce fou…J’étais à la fois rassurée et effrayée, comprenant de moins en moins les motivations de celui qui se prétendait roi.

Une chose était sûre, Hélios était là, devant moi et ne semblait pas m’avoir remarquée. C’était l’occasion idéale de lui faire payer !

Néanmoins, je refreinai mon envie d’aller lui botter le derrière et me cachai derrière un mur, observant la scène de loin, comme l’aurait fait June.

Le garçon qui lui faisait face était en bien mauvaise posture. Ses habits étaient déchirés et il avait dévalé la pente sous les assauts d’un immense Dragon doré. J’avais souvent vu des Spirituals à la télévision ou même en vrai, mais celui-là…il était différent des autres. Je ne savais pas comment l’exprimer, mais il m’inspirait une certaine crainte, mais dégageait également une grande puissance, bien plus que tout ce que j’avais connu jusqu’ici.

Je déglutis. J’avais déjà galéré contre un pion de seconde zone. Etais-je réellement capable de faire face à Hélios qui se battait lui-même ?

Mon instinct prit le dessus sur ma raison lorsque je vis que la créature s’apprêtait à achever le pauvre garçon qui ne pouvait plus rien faire pour se défendre.

Dans un élan d’héroïsme, et de stupidité également, je claquai l’une des Shungite que June m’avait confiée et me jetai dans la bataille pour m’interposer.

« Light Barrier ! »

Je n’attendis même pas de voir la réaction d’Hélios devant mon irruption soudaine et je m’emparai du garçon par le col et le trainai derrière moi.


Ce fut ainsi que commença cette longue aventure à ses côtés.

En y repensant, j’avais toujours eu de la chance dans mes rencontres fortuites. Qu’il s’agisse de Maya ou Ambre, de June, de Drago ou de Darksky, je n’avais jamais cherché l’amitié de personne et pourtant je m’étais fait des amis précieux, prêts à risquer leur vie pour moi. Alors moi aussi, j’allais le faire.

Ambre, Maya, peu importe combien de temps cela allait prendre mais je me jurai de les sauver, coute que coute, et ce, même si je devais mettre ma propre vie en péril.





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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [21/07/2019] à 01:06

Chapitre 27 : Une nouvelle aurore



Spoiler :



« Tout cela me parait si lointain et si proche à la fois…Ce jour où tout a basculé…Ce jour où Hélios nous a attaquées…Ce jour où mon égoïsme a pris la vie de mes meilleures amies… »

A qui parlait Angéla ? Je l’ignorais. Mais je n’osai pas l’interrompre. Elle semblait perdue dans ses souvenirs, rongée par le regret et le chagrin. Pour la première fois depuis que je la connaissais, cette jeune fille enjouée, pleine d’énergie et toujours prête à foncer dans le tas, montrait une autre facette d’elle-même, le visage qu’elle s’efforçait de cacher derrière son sourire radieux.

« J’ai été une idiote du début à la fin, reprit-elle encore plus doucement qu’avant, comme si elle se parlait à elle-même. Je leur ai créé des soucis inutiles et même après ça, elles se sont sacrifiées pour moi alors qu’Hélios…Non, alors que Gariatron avait attaqué notre lycée…Tout ça parce que j’ai été trop sûre de moi, parce que je refusais de regarder la vérité en face et d’admettre mes faiblesses, parce que j’étais trop bornée et orgueilleuse… »

Sa voix se brisa et elle marqua un autre temps d’arrêt. Je vis alors une larme cristalline se former au creux de son œil et couler le long de son doux visage, puis deux, puis trois avant qu’un torrent de larmes s’écoule de ses yeux.

« Pourquoi…Pourquoi suis-je incapable de me protéger moi-même ? Pourquoi quelqu’un doit-il toujours se sacrifier pour moi ? Pourquoi est-ce que je cause autant de problèmes à tous ceux qui m’entourent ? Pourquoi suis-je un tel fardeau pour tout le monde…Sanglota la jeune fille tout en esquissant un sourire.

-Je…Je ne peux pas prétendre savoir ce que tu as vécu, Angéla…Mais je peux affirmer que tu es tout sauf un fardeau…Déclarai-je alors.

-Vraiment ? Et qu’est-ce qui peut te faire affirmer ça ? Répliqua-t-elle, étonnée.

-Le fait que je sois là aujourd’hui j’imagine. »

Les larmes de la jeune fille cessèrent de couler pendant un instant et elle me fixa intensément, comme si j’étais devenu fou, à un tel point que cela en devint vite gênant et je fus obligé de détourner le regard.

« Et bah…Tu sais…Tu m’as sauvé à Montmartre quoi…Balbutiai-je, troublé. Sans toi, Hélios m’aurait sûrement anéanti…

-Ah ça…Ce n’était rien, je ne faisais que passer par là…Me répondit-elle en détournant elle aussi le regard en s’empourprant légèrement.

-Mais le résultat est là, non ?

-J…J’imagine que tu as raison oui, bégaya-t-elle. Mais ce n’était qu’un coup de chance…

-Vraiment ? Et quand tu as remonté le moral de Darksky alors que Marie était dans le coma ? Ou lorsque tu nous as encouragés à faire confiance à Hélios, c’était de la chance aussi ?

-N…Non, évidemment, mais je ne vois pas où tu veux en venir…

-Simplement que tu n’es pas un fardeau, Angéla. Je ne peux pas parler à leur place, mais je suis persuadé que si tes amies se sont sacrifiées pour toi, c’était justement parce que tu en valais la peine.

Malgré la situation, je réussis à ce moment-là à arracher un petit rire à mon amie et, d’un revers de la manche, elle essuya les quelques larmes qui coulaient encore sur ses joues.

-Peut-être oui…June m’a dit quelque chose de similaire aussi…Mais ça n’empêche pas que je combats plus pour les retrouver que pour les sauver…

-Et alors, en quoi est-ce mal ? M’étonnai-je. Que tu combattes pour toi-même ou pour elle, cela ne change pas que tu les apprécies, n’est-ce pas ?

-Oui…J’imagine que tu as raison, me sourit-elle enfin. »

Mon amie, comme ayant retrouvé toute son énergie et son entrain habituel, se leva d’un bond, me faisant sursauter et levant le poing vers le ciel.

« Tu vas voir Gariatron, je vais venir te chercher et te faire ta fête puis je sauverai mes amies ! Ambre, Maya, je vous fais ce serment, un jour, nous serons à nouveau réunies ! Alors s’il vous plait…attendez-moi…où que vous soyez… »

Une étoile filante fendit le ciel à ce moment-là comme pour confirmer sa promesse et je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour en voyant cela. Décidemment, Angéla possédait quelque chose de rare et précieux, ce don de faire face à l’adversité la tête haute et d’aller de l’avant sans hésiter. Certains auraient pu voir cela comme de l’inconscience mais pour moi, c’était ce qui faisait sa force et ce dont j’avais moi aussi besoin pour avancer…

Mon amie se retourna alors vers moi et des larmes lui coulaient encore du visage, mais cette fois-ci, ce n’était plus des larmes de tristesse mais de joie.

« Dis-moi, Drago, enchaina Angéla d’un air gêné cette fois, je me demandais…mais qu’est-ce que tu comptes faire une fois que tout cela sera terminé ? Tu comptes retourner dans ton monde ou bien…

-Terminé ? Tu ne penses pas que c’est un peu trop tôt pour penser à ça alors que nous venons à peine de commencer ce conflit ? Ironisai-je gentiment. Mais dans tous les cas, je ne pense pas retourner chez moi…Il y a trop de souvenirs douloureux dans mon monde, je ne pense pas que je pourrais vivre comme avant…

-Oh, je vois… »

Angéla m’adressa un large sourire et croisa les jambes ainsi que les bras dans son dos avant de lever les yeux au ciel.

« Je me disais juste…tu n’as nulle part où aller dans ce monde, n’est-ce pas ?

-C’est vrai…Lui répondis-je en me mordant la lèvre, me rendant moi-même compte de ce détail.

-Dans ce cas, que dirais-tu de venir vivre à Paris ? »

J’avalai de travers en entendant cela et je me mis à tousser frénétiquement tandis que la jeune fille éclata de rire en me voyant ainsi.

« Pas chez moi évidemment, s’amusa-t-elle. Mais Sherry pourrait facilement te trouver un appartement.

-Effectivement, ça me permettrait de ne pas finir dans la rue entre deux poubelles…

-Et puis, tu pourrais faire la connaissance de June, Ambre et Maya aussi comme ça ! Je suis certaine que tu t’entendrais bien avec elles !

-Pourquoi pas, je suis curieux de voir à quoi ressemblent tes amies, ris-je.

-Tu verras, elles sont toutes exceptionnelles ! Enfin, Maya risque de te bizuter un peu mais tu survivras je pense ! Sauf si elle te fait une prise de catch comme à Aymeric mais c’est une autre histoire ça…

-Pourquoi pendant un instant, j’ai cru que tu avais des amies normales…grimaçai-je en imaginant cette fille comme un bull dog… »

Nous éclatâmes de rire en même temps sans pouvoir nous arrêter avant deux bonnes minutes, lorsque nous fûmes à bout de souffle. Mais, pendant ces deux minutes, je pus oublier tous mes soucis et mes angoisses. Gariatron, Shadow, les esprits de la terre, la mort de mes parents, tout avait disparu l’espace de quelques instants, me redonnant l’impression de rire d’un rien simplement avec une vieille amie…

Soudain, la lueur de la lune changea et ses doux rayons se mirent à éclairer la plaine aride devant et ce que je vis me laissa sans voix. La pierre, quelques heures auparavant totalement nue et dénuée de vie, était maintenant d’un vert émeraude et scintillant sous les rayons de la lune.

Je ne pouvais pas dire s’il s’agissait de simples lichens ou d’autre chose…mais je n’avais pas de mot pour décrire ce paysage féérique qui s’offrait à nous.

Je me tournai vers Angéla et je vis qu’elle aussi était émerveillée et que des étoiles dansaient dans ses yeux.

« Des fleurs du Crépuscules, murmura Angéla.

-Des quoi ? Répétai-je, n’ayant jamais entendu parler de ces fleurs.

-Des fleurs du crépuscule, répéta-t-elle doucement. Des fleurs qui ne peuvent fleurir que durant un très court moment, juste avant l’aube, et uniquement dans des régions exposées à un très fort rayonnement solaire. »

Angéla marqua une pause et se baissa pour en ramasser une avant de la mettre délicatement dans sa poche.

« Maya va être verte de jalousie quand elle va voir ce que je lui ai ramenée…Et dire qu’on s’était perdue en forêt à cause d’elle juste parce qu’elle voulait absolument trouver cette fleur des contes pour enfants et qu’en plus Ambre s’était foulée la cheville…Lança-t-elle avec un sourire nostalgique aux lèvres.

-Tes amies ont l’air vraiment spéciales quand même… »

Mais entendre Angéla relater ses aventures fit remonter soudain en moi des vieux souvenirs. Encore une fois, ils étaient très flous et il m’était impossible de les dater ou de les situer mais…Je me voyais, sur le toit d’une école, entouré d’une petite fille sautant dans tous les sens, un garçon grognon et rébarbatif, et cette autre fille aux cheveux bleus comme le ciel de la nuit mais dont le visage ne me revenait pas, comme s’il était dissimulé derrière la brume de mes souvenirs…

Les premiers rayons du soleil pointèrent soudain leur lumière rougeâtre derrière la montagne au loin, faisant scintiller de plus belle les fleurs nocturnes et projetant d’immenses ombres sur la plaine. La fraicheur de la nuit commençait à faire place à une douce chaleur protectrice et réconfortante.

Angéla à côté de moi commença à s’étirer en baillant bruyamment avant de se tourner vers moi en me lançant un regard doux.

« Allez Drago, il est temps pour toi d’aller dormir je pense, déclara-t-elle en plongeant son regard dans le mien. Ne t’inquiète pas, je vais veiller jusqu’à votre réveil. De toute façon, je n’arriverai pas à retrouver le sommeil maintenant. »

Je n’eus aucune objection à cela, me rendant alors compte que j’avais veillé presque toute la nuit et que tous mes membres étaient endoloris.

Sans protester, je me levai et pris la direction de notre camp improvisé. Je me retournai cependant une dernière fois et je vis qu’Angéla s’était assise à ma place et contemplait ce lever de soleil tandis que les étoiles disparaissaient lentement dans le ciel embrasé du matin.


Chapitre 28 : Retrouvailles



Spoiler :



Je fus réveillé par une sensation agréable en-dessous de moi, comme si j’étais allongé sur un matelas moelleux et chaud alors que, lorsque je m’étais endormi, mon dos reposait sur une pierre dure et froide.

Intrigué, j’entrouvris un œil dans mon demi-sommeil et ce que je vis acheva de me réveiller totalement. Le sol, auparavant vide et dénué de vie s’était transformé en l’espace d’une seule nuit en une vaste plaine verdoyante parsemée d’herbe et de fleurs émanant des parfums délicieux.

Je me frottai les yeux et me pinçai pour m’assurer que tout était réel mais rien ne changea et je restai bouche bée devant ce spectacle pendant plusieurs secondes.

Mais, alors que Marie et Drago étaient toujours en train de dormir paisiblement, je remarquai qu’Angéla manquait à l’appel.

Il ne me fallut pas plus de deux minutes pour trouver la jeune fille, assise un peu plus loin derrière nous, au bord du ravin, regardant fixement au loin la montagne de brume couronnée d’un soleil levant rougeoyant et rassurant.

« Eh bien, c’est rare de te voir debout de si bonne heure, lui lançai-je. »

Angéla sursauta en m’attendant et manqua de tomber dans le ravin puis me lança un regard totalement perdu.

« Hein…Quoi ? Je ne dormais pas, je montais la garde ! Se défendit-elle.

-Parce que tu penses que beaucoup d’ennemis vont surgir de ce précipice ? Raillai-je en m’installant à côté d’elle pour admirer le lever du soleil.

-On ne sait jamais, l’ennemi peut surgir de n’importe où, rétorqua Angéla avec un sourire malicieux.

-Peut-être…mais à moins que notre ennemi soit un aigle, il y a peu de chance pour qu’il puisse escalader une pente en angle droit…

-Tu manques sérieusement d’imagination mon pauvre Darksky. Il pourrait très bien s’agir d’un griffon ou d’un dragon, on ne sait jamais ! »

Je soupirai, encore à moitié endormi et je ne relevai pas davantage. Mes blessures de la veille me faisaient encore souffrir même si je me sentais un peu mieux grâce aux soins de fortune que m’avait procuré Marie.

Nous avions peut-être réussi à échapper au Sphinx, mais à présent, nous étions perdus au milieu de nulle part avec un démon du nom de Gariatron en liberté. Pourquoi Laura était-elle alliée à une telle créature ? Bien qu’elle m’ait raconté son histoire, je n’arrivais toujours pas à saisir ses véritables motivations. Car je doutais fort que Saya seule ait suffi à la rendre folle au point de vouloir détruire l’humanité…

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, mon ventre gargouilla et me rappela que je n’avais rien mangé depuis plus de vingt-quatre heures. En entendant cela, Angéla mit la main dans sa poche et sortit une barre de chocolat qu’elle me tendit d’un air amusé.

« Alors, on a faim à ce que je vois ? Me lança-t-elle.

-Parce que toi tu n’es pas affamée ? Répliquai-je en rougissant. Et puis d’abord, d’où tu sors ça ?

-Je fais toujours des provisions quand je pars en exploration. Depuis que je me suis perdue en forêt avec Maya, je prévois toujours le pire : me répondit-elle en haussant les épaules. »

Un léger frisson me parcourut l’échine lorsqu’Angéla prononça ce nom. Même si je ne connaissais pas cette fille, je pouvais facilement deviner qu’il s’agissait de l’une des personnes qu’Hélios avait arrachée à la jeune fille et pour qui elle se battait…Mon cœur se serra en entendant cela et je me tournai vers la blonde qui avait entamé elle aussi sa barre de chocolat.

Elle semblait si décontractée en permanence…J’avais du mal à croire qu’elle se battait réellement pour quelqu’un tout en continuant à prendre les choses à la légère. Nous étions bien différents sur ce point, moi qui mettais toujours toute mon énergie, autant pour Laura que pour Marie…

« Dis…Angéla…Commençai-je prudemment. Tu te bats pour sauver tes amies…n’est-ce pas ?

-On va dire ça, oui, me répondit-elle en avalant son morceau de chocolat. Pourquoi ?

-Je me demandais juste…comment tu faisais pour ne pas y penser en permanence ?

-Ah mais j’y pense souvent, ne t’y trompe pas ! Juste que je n’aime pas me pourrir la vie stupidement, me dit-elle avec un large sourire.

-Te pourrir la vie ? Répétai-je, surpris. Mais est-ce que tu sais au moins comment tu vas t’y prendre pour les sauver ?

-Pas vraiment, non. »

Je m’étranglai en entendant cela et Angéla éclata de rire en voyant ma tête, à tel point qu’elle finit par s’étrangler elle aussi, mais avec sa barre de chocolat.

Lorsqu’elle eut fini de tousser et de reprendre son souffle, la jeune fille reprit la parole, toujours sur un ton amusé.

« Tu sais, se torturer l’esprit comme tu le fais ne fera pas avancer les choses. Je pensais aussi que m’apitoyer sur mon sort me permettrait de surmonter ces épreuves mais une amie m’a appris que, même dans les moments difficiles, il faut continuer à vivre. Après tout, tu ne comptes quand même pas retrouver ta copine en étant l’ombre de celui que tu étais, n’est-ce pas ? »

Je rougis et détournai le regard, gêné.

« N…Non, bien sûr que non ! Rétorquai-je.

-Dans ce cas, détends-toi et profite un peu de la vie sinon tu vas finir par le regretter ! S’exclama Angéla en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons. »

Peut-être avait-elle raison…Peut-être me prenais-je trop la tête…En y repensant, j’avais été comme elle avec Saya. Grâce à ma seule amie dans l’armée d’Hélios, j’avais pu oublier l’espace de quelques missions mes problèmes et vivre pleinement ma vie en étant heureux tout en gardant en tête mes objectifs…

Marie et Drago se levèrent peu de temps après et nous mîmes notre conversation en suspend pour aller les rejoindre.

Après qu’Angéla leur eut donné à eux aussi un maigre petit déjeuner, nous fîmes un rapide point sur la situation. Il n’y avait toujours pas de réseau malgré le changement de décor mais nous ne pouvions pas rester là éternellement.

D’un commun accord, nous décidâmes de nous diriger vers la plus haute montagne visible à l’horizon. J’ignorais ce qui avait poussé Ryoko à nous envoyer ici, mais connaissant sa réputation, je doutai fort qu’il nous ait téléporté au hasard. Cette montagne au loin, qui était le seul relief et le seul point de repère ici, devait certainement être son objectif.

Nous marchâmes ainsi, des heures durant, sans savoir ce que nous allions trouver au bout de ce chemin. Heureusement, quelques cours d’eau longeaient la route et nous permettaient de nous hydrater et de nous rafraichir.

Ce ne fut que vers dix-heures du soir que nous finîmes par arriver au pied de la montagne de brume.

Vue sous cet angle, elle semblait encore plus menaçante qu’avant. La roche sombre se fondait parfaitement dans l’obscurité de la nuit. Aucune végétation ne poussait autour, à l’exception de quelques petits arbustes en mauvais état. La pente était abrupte, un peu trop même pour être escaladée sans équipement et son sommet se perdait dans la nuit.

« Et maintenant ? Demanda Marie à Angéla, que faisons-nous ? C’était ton idée de venir jusqu’ici non ?

-Et bien, c’est une question à laquelle je vais m’empresser de répondre… »

Sans ajouter un mot, la blonde alla se cacher derrière Drago qui poussa un long soupir en se prenant la tête dans les bras. Tout le monde semblait désespéré, et il y avait de quoi. Nous avions peut-être atteint la montagne mais il n’y avait toujours aucune trace de civilisation et la faim et la fatigue commençaient vraiment à se faire ressentir.

Nous vîmes soudain la lumière d’une lampe s’allumer dans la nuit, à quelques pas de nous, derrière un mur de rochers. L’espoir revint en nous. Pour la première fois depuis notre réveil, nous voyions un signe de vie ! Restait à savoir si ceux qui se tenaient près de nous étaient amicaux ou non…

« De qui cela peut-il s’agir ? Chuchota Angéla de peur d’être entendue.

-Aucune idée, mais nous le saurons bientôt, dit Marie. »

Elle s’approcha sur la pointe des pieds de là où émanait la lumière, et nous fîmes de même. Elle était devant nous et observait la scène. Une fois arrivés à sa hauteur, elle nous fit signe de nous taire. Je ne compris pas tout de suite, jusqu’à ce que j’entende une voix de l’autre côté.

« Tu es sûr que c’est ici ? Parce que je ne vois absolument rien… »

Celle qui avait prononcé cette phrase était une jeune fille qui devait avoir à peu près l’âge d’Angéla, blonde aux yeux verts. Son visage harmonieux possédait des traits doux et son regard pétillait d’intelligence. Elle portait un léger gilet par-dessus un polo bleu marine. Derrière elle se trouvaient une tante ainsi qu’une table sur laquelle étaient éparpillés en désordre feuilles, stylo et instruments de géométrie.

« Absolument, répondit un autre à travers un téléphone, j’ai vérifié plusieurs fois mes calculs, et je peux t’assurer que la porte de la citadelle se trouve là où tu es.

-Justement, c’est toi qui as fait les calculs, j’aurai préféré que tu laisses d’autres les faire… »

Angéla se leva soudainement d’un seul bond sans prévenir personne et nous fit tous sursauter.

« -June ! S’exclama-t-elle. »

La jeune fille tourna la tête dans notre direction et, sans aucune once de surprise, un large sourire fendit sa figure. Notre amie sauta par-dessus le mur pour aller à sa rencontre.

« Je te laisse Papa, j’ai de la visite. »

Elle se dirigea elle aussi vers Angéla d’un pas un peu plus posé et, après une longue accolade, elle prit enfin la parole.

« Tiens, tiens, tiens, je vois que vous êtes finalement arrivés, j’ai failli attendre, lança l’inconnue d’un ton sarcastique.

-Qu’est-ce que tu veux dire ? S’étonna notre amie. Et comment se fait-il que tu sois toi aussi au milieu de nulle part ?

-De nulle part ? Qu’est-ce que tu me racontes là Angéla, pouffa l’inconnue. Tu ne vas quand même pas me faire croire que tu t’es retrouvée ici par hasard ? »

La jeune fille se mordit la lèvre d’un air attrapé.

« Evidemment que non, qu’est-ce que tu crois ! Je sais très bien où on est ! »

Angéla partit dans un fou rire tellement forcé que j’eus presque honte pour elle. Même Drago détourna le regard, gêné et ce fut Marie qui la sauva finalement.

« Et sinon, est-ce que tu pourrais nous présenter ton amie ?

-Ah oui, évidemment ! Tout le monde, je vous présente June, une de mes meilleures amies et celle qui a permis notre rencontre. June, voici Drago, Darksky et Marie.

-Enchantée, dit la jeune fille d’une voix chaleureuse. »

Son regard se posa un instant sur Drago et elle fronça les sourcils.

« Désolée d’être aussi directe, reprit June, mais où en es-tu avec Hélios Angéla ?

-Avec Hélios ? Si tu savais…Je n’y pensais même plus à celui-là, nous avons d’autres ennemis à vaincre en priorité, soupira notre amie. »

Devant l’air intrigué de June, Angéla raconta alors ce qu’il s’était passé depuis le Summoner Carnival, comment Shadow et Sawyer avaient réveillé le Sphinx et comment nous avions bien failli mourir plusieurs fois depuis. Bien sûr, elle ne passa pas sous le silence l’éveil de Gariatron. Quand elle eut fini son récit, June regarda dans le vague un moment avant de soupirer.

« Je déteste quand mon père a raison…on va encore l’entendre pendant des semaines…

-Comment ? Reprit Angéla étonnée. Raison sur quoi ?

-Sur tout malheureusement. »

Devant nos mines d’incompréhension, elle marqua une pause pour nous expliquer tout ce qu’elle savait.

« Tu te souviens de ce qu’on a trouvé à l’époque, Angéla ? J’ai profité de ces derniers jours pour approfondir un peu le sujet. Gariatron est l’être que l’on appelle le démon originel…Du moins, c’est ainsi qu’il se désigne lui-même. On ne sait pas grand-chose de lui mais, d’après les recherches de mon père, il aurait livré une bataille contre l’humanité il y a plus de dix-mille ans avant de disparaitre mystérieusement.

-Mais…Pourquoi n’en a-t-on aucune trace dans ce cas ? Demanda Marie, confuse.

-On parle des débuts de notre civilisation, ses premiers pas, d’une époque où Izrath et la terre ne faisaient qu’un. J’imagine que Gariatron a été incorporé dans une mythologie quelconque sous le signe des ténèbres. Et cette montagne ici est surement la dernière trace de ces temps reculés.

-Qu’est-ce que tu veux dire par là June ?

-C’est très simple, ma chère Angéla. Vous n’êtes plus sur terre.

-Co…Comment ?! M’étranglai-je en manquant de m’étouffer avec ma propre salive. »

A ce moment-là, l’amie d’Angéla écarta les bras avec un grand sourire et déclara simplement :

« Bienvenue en Izrath ! »




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le bon temps…

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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [31/07/2019] à 02:08

Chapitre 29 : La citadelle des dieux



Spoiler :



La nouvelle mit plusieurs secondes à arriver jusqu’au cerveau de tout le monde. Mais, lorsqu’enfin la connexion se fit entre mes neurones, je tombai littéralement à la renverse. Angéla ouvrit plusieurs fois la bouche, sans réussir à produire le moindre son. Marie émit un rire amusé. Seul Drago resta de marbre.

« En…En…En Izrath ?! Répétai-je, ayant peur d’avoir mal compris. Qu’est-ce que tu nous chantes ? C’est impossible de sens rendre en Izrath !

—Impossible jusqu’à aujourd’hui, rétorqua la jeune fille, l’œil brillant. Enfin, quand je dis en Izrath, ce n’est pas tout à fait exact. Nous sommes entre les dimensions actuellement et cette montagne que vous avez devant vous cache en réalité une construction très ancienne, mieux connue sous le nom de citadelle des dieux.

—June…Je ne sais même pas par où commencer mais… »

L’amie d’Angéla interrompit cette dernière d’un simple geste de la main.

« Quand ton père a travaillé sur le projet Hakaze, et donc sur Izrath, tu te doutes bien que c’était un jeu d’enfant pour lui de m’envoyer ici. »

La citadelle des dieux…Ce nom me faisait penser à ce dont parlait Saya avant de partir. Était-ce cet endroit qu’elle cherchait ? Et si oui, se pouvait-il qu’elle ait été ici en ce moment—même ? Mon cœur s’accéléra à cette pensée mais je me calmai très vite. L’heure n’était pas aux retrouvailles. Il fallait arrêter ce Gariatron et Laura avant tout.

« Et qu’est-ce qu’elle a de si particulier cette citadelle ? Demanda alors ma sœur.

—J’étais sûre que vous alliez me le demander, répondit June…Puisqu’il s’agit de la dernière passerelle connue entre Izrath et la terre, c’est aussi par cet endroit que transitent tous les pouvoirs que nous utilisons via nos Spirituals. Et cela vaut aussi pour des énergies plus sombres comme celle ayant provoqué le Purple Requiem…Ou la brume du désespoir. »

Les yeux d’Angéla s’agrandirent lorsque évoqua cette brume. Perdant d’un seul coup son insouciance, elle se retourna et fixa longuement son amie d’un regard rempli d’espoir.

« Alors cela veut dire…

—Oui, c’est ici que nous pourrons les sauver…

—Tu…tu es sûre de ce que tu avances June ? Bégaya la blonde, tremblante.

-certaine. Mais il faudrait que je te parle seule à seule quelques instants… »

June prit Angela par le bras et s’éloigna de quelques mètres puis commença à lui parler, trop bas pour que nous puissions les entendre, mais je voyais dans les réactions d’Angela que ce qu’elle était en train de lui dire ne lui plaisait pas.

Je me tournai à nouveau face à la roche sombre de la montagne. Si June disait vrai, la citadelle des dieux se trouvait…à l’intérieur. Cependant, il n’y avait aucune entrée, la roche était régulière et ne laissait paraitre aucune fissure, aucun creux qui aurait pu abriter la porte pour y accéder.

Je continuai de longer la paroi du regard dans l’espoir d’y trouver un indice qui nous aiderait mais la montagne semblait être faite d’un seul et unique bloc et mon regard s’arrêta soudain sur un détail qui m’avait échappé jusque-là.

Juste devant moi, à peine visibles à cause de l’obscurité et à moitié effacées par le temps, étaient gravés des inscriptions en langue antique. Elle se composait de symboles sans aucun sens pour moi, alignés les uns à la suite des autres. Je m’en rapprochai pour les voir plus distinctement.

« Tu as vu quelque chose Darksky ? Me demanda Marie en s’approchant de moi.

—Oui, regardez un peu ça, leur dis-je en montrant ma découverte. »

Angéla et June cessèrent leur discussion pour me rejoindre elles aussi.

« Bien tout cela, murmura June. Bravo, je crois que nous avons ici notre fameuse clé, ou du moins l’indication de l’endroit où elle se trouve.

—Tu arrives à lire cette langue ? S’exclama Drago pour qui ces signes devaient ressembler à de simples gribouillis.

—En effet, mon père est un « spécialiste » comme il le dit lui-même, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’origine des Spiritual, et donc des langues antiques.

—Et donc, que nous dit ce texte ? S’impatienta Angéla.

—Patience, j’allais venir. Donc, je ne vais pas m’amuser à vous le traduire en vers comme c’est écrit, mais si je résume, ce texte nous confirme que cette montagne abrite bien la citadelle des dieux et que pour y parvenir, il faut présenter ses preuves.

—Des preuves ? Mais quel genre de preuve ? L’interrogea Marie.

—Je n’en ai pas la moindre idée… »

Ce texte ne nous avançait pas du tout en fin de compte. Et moi qui pensais avoir fait une découverte majeure, nous étions de retour à notre point de départ. Ces preuves pouvaient être beaucoup de chose, surtout que nous ne savions même pas quelle forme elles avaient.

Tout à coup, l’amulette autour du cou de Drago, le sceptre Héqa, se mit à luire d’un éclat doré. Un éclair de lumière fusa vers le ciel et un rugissement déchira les cieux.

Devant nous, la silhouette d’un immense dragon d’émeraude et d’opale descendit sur Terre, perçant à travers les nuages. Quand la lumière de son corps se fut dissipée. On ne pouvait que distinguer les contours de son corps, imposant, immense et terrifiant. Ses ailes presque noires se découpaient dans

La créature se tenait devant nous, impassible, prête à exécuter le moindre des ordres de Drago.

Hélios…non, Gariatron avait perçu la puissance des dieux, et avait même réussi à se faire reconnaitre par le dieu du chaos, Apopis.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent quand je pensai à lui. Bientôt, nous devrons lui faire face et le combattre, mais il n’était pas seul, Gizeh et Darkness étaient dans le même camp, de même que Shadow et Laura… Nos chances de victoire étaient quasiment nulles…

« Darksky ! Me cria Marie, ce qui me fit sursauter. Qu’est-ce que tu attends bon sang ! «

Ma sœur me désigna le dieu des morts. Non, elle ne me désignait pas Osiris, elle me montrait les inscriptions sur la paroi. Elles semblaient réagir à la présence divine s’illuminaient d’une couleur arc en ciel. Le sol trembla, je crus que la montagne toute entière allait s’effondrer sur nous.

« Voilà ! Les preuves sont là ! Dit June avec excitation. La porte de la citadelle des dieux ne devrait pas tarder à s’ouvrir ! »

Je guettai le moindre mouvement sur la paroi. La lumière redoubla d’intensité, jusqu’à en devenir éblouissante. Je dus mettre mes bras devant mes yeux pour ne pas être aveuglé, puis elle se dissipa d’un seul coup, rendant les ténèbres à la nuit.

Quand je fus enfin remis de mes émotions, je regardai à nouveau les inscriptions. Je ne fus même pas surpris de ne plus les voir, mais de trouver à la place une ouverture béante menant vraisemblablement au cœur même de la citadelle.

« Allons-y, il n’y a plus une minute à perdre, dit Angéla en prenant la tête d’un air plus déterminé que jamais. »

Après nous être regardés droit dans les yeux pour nous donner du courage, nous nous engageâmes vers l’inconnu.

Le tunnel était si étroit que l’on devait se déplacer les uns derrière les autres, et si sombre qu’il fallait y aller à tâtons pour ne pas nous cogner sans cesse contre les murs. Heureusement pour nous, il semblait presque droit et sans bifurcation qui aurait pu être gênante. Seul le bruit de nos pas résonnait à l’intérieur, ainsi que le son des gouttelettes d’eau tombant du plafond.

Personne ne disait un mot, et un silence oppressant régnait. J’entendais mon sang battre dans mes tempes, la tension était palpable dans le groupe. Et pour cause, nul ne savait ce qui nous attendait à l’autre bout. A quoi pouvait bien ressembler cette citadelle des dieux ? Était-elle, comme décrite dans l’odyssée, un paradis ? Ou bien un champ de ruines balayées par le temps ?

Nous marchâmes presque dix minutes dans l’obscurité la plus totale, lorsqu’Angéla s’arrêta brutalement sans prévenir, si bien que tout le monde lui rentra dedans.

« On peut savoir pourquoi tu t’arrêtes comme ça Angéla ? Grogna June.

—J’ai cru sentir un courant d’air…la sortie ne doit plus être loin. »

Elle s’élança devant nous, ce qui nous obligea à courir si nous ne voulions pas être séparés. Elle avait néanmoins raison, au fur et à mesure que nous avancions, le courant d’air devenait de plus en plus fort et nous apportait des odeurs de fleurs et d’herbe.

Un mince filet de lumière se découpa alors dans les ténèbres. Je redoublai d’allure, impatient de voir enfin ce que tout le monde aurait rêvé de voir. Je la voyais enfin, la sortie, éblouissante de clarté.

« Mais qu’est-ce que… ! M’écriai-je abasourdi par le spectacle qui se tenait à mes pieds. »

Devant moi s’étendait, non pas une prairie parsemée de fleurs, mais un immense espace de désolation, une vallée stérile sur laquelle rien ne pouvait vivre. Pas une âme, pas un seul arbre, je me serais cru de retour dans le désert de pierre à mon arrivée…Il n’y avait que de la pierre noire et froide recouverte de glace bleuté et mortelle. Le vent quant à lui était totalement inexistant. Le temps semblait réellement figé à cet endroit. Au loin, un pic entouré de lumières étranges s’élevant vers le ciel, comme des aurores boréales, et cerné de rochers dont la forme évoquait d’immenses griffes, se dressait fièrement.

Cependant, entre notre promontoire et le pic, sur la vallée, les ruines d’anciens bâtiments gisaient là : des colonnes romaines, d’anciens temples, ainsi que le lit d’une rivière gelée.

Angéla, qui était arrivée avant moi, contemplait, elle aussi ce spectacle tragique, la peur dans les yeux. June lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer.

Les autres arrivèrent ensuite, et furent eux aussi frappé de trouver cette vallée et non le paysage de vie auquel nous nous attendions.

« Alors, c’est cela…la fameuse citadelle des Dieux, le berceau de la civilisation ? S’étonna Marie. Je l’aurais crue un peu plus…verte.

—Non, il s’est passé quelque chose ici…Grimaça l’amie d’Angéla. Cet endroit est comme une passerelle entre notre monde et Izrath. En temps normal, il combine les caractéristiques des deux mondes…

« Et en français, qu’est-ce que cela signifie ? Lui demanda la blonde.

—Que pendant que nous sommes ici, loin de toute civilisation, notre monde se porte bien mal…

—En effet, vous avez bien deviné, résonna soudain une voix grave. »

Mon cœur s’accéléra lorsque je reconnus la voix de Shadow. Nous nous tournâmes de tous les côtés pour déterminer l’origine mais il n’y avait personne d’autre que nous sur cette plaine.

« Pendant que vous vous amusiez avec le Sphinx de Gizeh, j’en ai profité pour mettre mes plans à exécution, de même que Gariatron.

—Montrez-vous, Shadow ! M’écriai-je. Venez nous affronter !

—Patience mon cher Darksky, ricana notre ennemi. Laura est elle aussi impatiente de t’affronter. »

Lorsque l’homme prononça le nom de mon amie, mon sang bouillonna dans mes veines. Penser qu’il manipulait Laura de la sorte me rendait fou de rage. Cependant, avant que je n’aie eu le temps de rétorquer quelque chose, Drago prit la parole.

« Dans ce cas, vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que nous venions à vous ?

—Absolument aucun…Mais avant cela, essayez simplement de traverser cette vallée qui vous sépare de nous… »

La voix de Shadow disparut lentement dans les ténèbres et, avant que le silence en soit revenu, la terre se mit soudainement à trembler et une vive lueur nous aveugla. Je sentis mon corps se figer d’un seul coup et, sans comprendre ce qu’il m’arrivait, je me sentis comme aspiré avant de perdre connaissance.


Chapitre 30 : Une vie normale



Spoiler :


Un courant d’air frais me tira de mon sommeil. Lentement, j’entrouvris un œil et je vis que je me trouvais dans une salle vide. A en juger par le plafond, je devais être au dernier étage, juste sous les toits. La décoration de la pièce était assez singulière : un grand écran plat accroché au mur d’en face, un large bureau en bois de chêne, une bibliothèque, plusieurs instruments d’astronomie et même…une douche ?

Sans vraiment comprendre où je me trouvai, je me relevai et m’étirai. Les lumières étaient éteintes mais les faibles rayons du soleil couchant passaient encore à travers la grande baie vitrée par laquelle j’avais une vue imprenable sur toute la ville. Je pouvais même distinguer le laboratoire de mon père au loin, intact…

Je sursautai en réalisant cela et je me souvins tout à coup de ce flash de lumière aveuglant et du discours de Shadow. Comment était-ce possible ? Je ne me trompai pas…ce laboratoire était bien celui de mon père, ce qui signifiait que j’étais de retour dans mon monde…

Non…Je devais faire erreur. Ça ne pouvait pas être le même laboratoire, le sien avait explosé…Je tentai d’appeler Théa pour lui demander de l’aide mais aucune réponse ne me parvint et je serrai les dents.

Je n’avais pas de temps à perdre. Il fallait que je retourne à la citadelle des dieux le plus vite possible pour arrêter Gariatron !

Je sautai aussitôt de ma chaise et me précipitai vers la porte de sortie. Mais à ce moment, quelqu’un entra dans la pièce et m’envoya la porte dans la figure, me faisant tomber à la renverse.

Je me frottai le nez avant de lever la tête, prêt à me battre s’il s’agissait d’un sbire de Gariatron mais, lorsque je vis la personne devant moi, un frisson me parcourut l’échine. Il s’agissait d’une jeune fille de mon âge, portant l’uniforme de mon ancien lycée dans mon monde. Son visage était assez fin et ses longs cheveux presque bleus tombaient en une frange fendue sur son côté, devant ses yeux vairons, bleu et vert. Sa peau était incroyablement pâle, ce qui faisait d’autant plus ressortir la couleur de ses iris captivantes.

J’avais l’impression de connaitre cette personne mais, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à lui donner un nom ni à me souvenir de qui elle était. Mais une chose était sûre : mon cœur battait la chamade rien qu’en me trouvant près d’elle.

La jeune fille me regarda pendant un instant, l’air surprise, le doigt posé sur ses fines lèvres roses, avant de me prendre une main chaleureuse pour m’aider à me relever.

« Et bien alors, Drago, cela ne te ressemble pas de courir comme ça, déclara-t-elle d’une voix amusée.

—Je…Je…Bafouillai-je sans réussir à articuler un seul mot. »

Je secouai la tête. Non, je n’avais pas le temps de discuter avec cette personne ni d’essayer de me rappeler où je l’avais vue. Je devais me dépêcher de retrouver Angéla et les autres pour arrêter Gariatron, le sort de ce monde en dépendant…

Sans ajouter un mot, je me relevai et tentai de contourner la jeune fille mais celle-ci me barra le passage et croisa les bras sur sa poitrine en gonflant les joues.

« Tu pourrais me répondre quand je te parle, Drago, grogna-t-elle. Et je peux savoir où tu vas comme ça ?

—Je ne sais pas qui tu es, mais je dois me dépêcher de retrouver Gariatron ! Rétorquai-je en tentant de forcer le passage. »

La jeune fille m’attrapa fermement par le bras et fronça les sourcils d’un air inquiet.

« Gariatron tu dis ? Tu ne m’as jamais parlé de cette personne, c’est un ami à toi ?

—Je n’ai pas le temps de discuter, Angéla et Darksky comptent sur moi !

—Angéla ? Darksky ? Mais de qui parles-tu ? Tu es bizarre aujourd’hui…Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir après qu’on s’est séparés ? »

Je m’arrêtai un instant et je fixai la lycéenne, les yeux ronds de surprise.

« Comment ça…hier soir ? Répétai-je, interdit. Hier soir…j’étais perdu au beau milieu de nulle part dans les montagnes…

—Oula, je sens que tu as pris un sérieux coup sur la tête quand j’ai ouvert cette porte ! S’exclama-t-elle en riant. Je te rappelle qu’on a observé les étoiles toute la nuit avec Ichigo et Kagari, espèce de tête en l’air.

-les…Etoiles ? »

Ma main se mit à trembler et je commençai à reculer prudemment tandis que la jeune fille continuait à me regarder comme si j’étais devenu fou.

« Sérieusement, dormir dans la salle de club n’a pas l’air de te faire le plus grand bien…Soupira-t-elle en posant son sac sur la table.

—J’ai…Dormi dans la salle de club ? Repris-je, toujours abasourdi.

—Et bien on t’a laissé ici et tu n’es pas venu en cours aujourd’hui. J’en conclus donc que oui, tu as dormi dans la salle de club. »

Perdu, je me pris la tête dans les bras et je m’assis sur une chaise, commençant à transpirer à grosses gouttes à mesure que mes sens se troublaient.

« Mais…Et l’explosion du laboratoire ? Et Gariatron ? Et la fin du monde ? Et les esprits de la terre ? Murmurai-je en regardant le sol.

—Oh, on dirait que tu as fait un mauvais rêve, je me trompe ?

—Un…mauvais rêve tu dis ?

—Bah…Oui, aux dernières nouvelles, le laboratoire n’a pas explosé, me répondit-elle en haussant les épaules. »

Un mauvais rêve…Etait-ce possible que ces dernières semaines n’aient été qu’un rêve ? Une illusion créée de toute pièce ? Visiblement, c’était la vérité. Ma famille devait être toujours vivante, je n’avais pas quitté le lycée ni rencontré Angéla et les autres…

D’un côté, cela me rassurait de savoir que ma famille allait bien et d’un autre, je ressentais un immense vide au fond de moi en comprenant qu’aucun des liens que j’avais tissé n’était réel et que la seule réalité était cette vie monotone et ennuyeuse dans mon monde.

Résigné, je relevai la tête et me tournai vers la jeune fille et un nom me traversa l’esprit, comme un fragment de mémoire qui me revenait.

« Tu…Tu dois avoir raison, Hoshino…

—Hoshino ? S’étonna-t-elle, amusée. C’est bien la première fois que tu m’appelles par mon nom de famille. »

Sans ajouter un mot de plus, la dénommée Hoshino fouilla dans son sac et me lança un sandwich que j’attrapai au vol puis je m’installai machinalement à la grande table qui trônait au milieu de la pièce.

Nous mangeâmes en silence mais cela ne sembla pas déranger mon « amie ». J’aurais bien dit quelque chose mais mon esprit était encore totalement embrouillé et j’avais du mal à accepter que tout n’ait été qu’un rêve…

Finalement, le silence fut brisé lorsque la porte de la salle s’ouvrit brutalement et qu’une fille aux cheveux blancs entra avec fracas, suivie d’un garçon à l’air très peu sympathique.

« Et voilà, enfin fini avec la paperasse ! S’exclama la nouvelle venue. Avec ça, on devrait être tranquille pour quelques temps, pas vrai Ichigo ?

—Si tu le dis, Kagari, grogna le garçon en s’asseyant à côté de moi. »

Je regardai attentivement les deux nouveaux élèves. Etrangement, contrairement à Hoshino, je pouvais les nommer précisément : Mina Kagari et Hajime Ichigo, les deux délégués de la classe. Dans mes souvenirs, nous nous parlions de temps en temps mais sans plus…

« Donc maintenant que nous sommes libres, on va pouvoir se concentrer sur notre planétarium ! Enchaina la fille aux cheveux blancs avec entraîn.

—Un…Planétarium ? Repris-je, étonné.

—Ne me dis pas que tu as déjà oublié que pour la fin de l’année, on doit en construire un et le présenter aux autres ! Me gronda Hoshino. C’était même ton idée !

—Ah…Oui, je m’en souviens…Mentis-je.

—Quelle idée stupide, grogna Ichigo sans même nous regarder. »

La conversation se prolongea pendant une bonne heure et, même si j’essayais de parler le moins possible pour ne pas attirer les soupçons, personne ne s’en étonna, comme si j’étais dans mon état normal.

Mais, plus les minutes avançaient et plus j’avais l’impression de retrouver quelque chose que j’avais perdu, comme si les souvenirs oubliés dans ce monde…non, dans ce rêve étaient en train de revenir peu à peu…

Finalement, la cloche sonna et nous retournâmes en cours. La encore, je retrouvai des sensations connues, me confirmant que j’étais bien dans la réalité et non dans un rêve.

La journée avança, je prenais des notes dans mon cahier comme si je l’avais toujours fait et, peu à peu, je me mis à oublier Gariatron, exactement comme un rêve se dissipant lentement après le réveil.

Lorsqu’enfin les cours se terminèrent, je repris ce long chemin que je connaissais si bien pour rentrer chez moi. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que mes pieds n’avaient pas foulé cette route alors que, si tout ce que j’avais vécu avait été un rêve, cela ne faisait pas plus d’une journée…

Alors que j’étais presque arrivé chez moi, je décidai de faire un détour par le laboratoire pour m’assurer que tout allait bien et que mon père ne courait aucun risque.

Lorsque j’arrivai devant le grand bâtiment, mon cœur s’accéléra. Tout était intact. Sur le parking, des dizaines de voitures étaient garées et le vigile à l’entrée semblait dormir à moitié comme toujours. Ainsi, je me faufilai à l’intérieur et, sans perdre une seconde, je me dirigeai vers le bureau de mon père mais ce dernier était fermé à clé. Il avait déjà dû rentrer à la maison.

« Tiens, mais si ça n’est pas Drago, ça faisait longtemps, dit une voix derrière moi. »

Je me retournai et je me retrouvai nez à nez avec l’assistant de mon père, un homme d’une quarantaine d’années répondant au nom de Fuji Makoto. J’avais presque oublié son existence…

« Ah…Bonjour…Lui répondis-je peu enthousiaste. Je ne faisais que passer…

—Si tu cherches ton père, il est déjà rentré.

—D…D’accord… »

Soudain, en repensant à l’explosion du laboratoire, une question me traversa l’esprit et, sans réfléchir, j’interrogeai l’homme que j’avais sous la main.

« Dites, je voulais vous demander, mais sur quoi travaillez-vous en ce moment ? »

L’homme prit un air légèrement surpris lorsqu’il entendit cela mais me répondit.

« Eh bien, ton père ne t’en a pas parlé ?

—N…Non, mentis-je.

—Je ne le croyais pas si secret mais bon, puisque tu es son fils, je peux bien te le dire : nous tentons des expériences sur des noyaux de krypton.

—Des…Des noyaux de Krypton ? Bégayai-je en reculant d’un pas. »

Mon cœur rata un battement et mes mains se mirent à trembler tandis qu’une goutte de sueur perla de mon front et, même si je fis tout pour cacher mes réactions, Fuji Makoto remarqua mon attitude étrange et me lança un sourire rassurant.

« Oh, ne t’inquiète pas, il n’y a aucun risque, tout est sous contrôle. Après tout, ton père n’en est pas à sa première tentative dans le domaine !

—Je…je veux bien vous croire…et si vous m’excusez, je dois rentrer avant qu’il ne s’inquiète pour moi justement. »

Le saluant en coup de vent, je me dépêchai de quitter le laboratoire et, alors que je courais sur la route, une affreuse sensation de déjà—vu m’envahit.

Je m’arrêtai net. Les gens qui marchaient là, ce chien aboyant sur un enfant apeuré, ce ciel rouge et cette fumée provenant du laboratoire et montant haut dans le ciel…j’avais déjà vu ce tableau…Quand ? J’aurais été incapable de le dater précisément mais c’était une certitude…

Se pouvait-il que cette lumière aveuglante m’ait en réalité renvoyé dans le passé, avant l’accident ? Je n’avais même pas pensé à regarder la date ! Il fallait que j’en ai le cœur net et, s’il s’avérait que j’avais raison, je me devais de trouver un moyen de retourner à mon époque !

J’accélérai le pas pour rentrer chez moi mais, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de la maison, je vis Hoshino adossée à notre portail, attendant quelque chose en regardant fixement le sol. Lorsqu’elle me vit, cette dernière m’adressa un grand sourire.

« Eh bien, tu t’es perdu en rentrant ? Railla-t-elle.

—J’ai juste fait un détour : répondis-je évasivement tout en ouvrant le portail. »

Une fois de plus, Hoshino me retint par le bras et me tendit une petite enveloppe scellée. A ce moment-là, mon sentiment de déjà—vu s’amplifia, jusqu’à se transformer presque en véritable souvenir. Je revoyais clairement cette fille me donner une enveloppe similaire à la sortie des cours et, même si nous n’étions pas devant chez moi mais encore en classe, la situation était presque identique…

La jeune fille rougit et commença à se dandiner d’un pied sur l’autre

« Dis…Je me disais…j’organise une fête ce soir…et tu pourrais peut-être…tu sais…

—Hoshino, la coupai-je alors d’une voix sérieuse qui la surprit.

—A…arrête de m’appeler comme ça, c’est étrange…

—dis-moi, quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

—Et bien… »

Le son de la voix de la jeune fille fut soudain étouffé par celui d’une puissante explosion et un vent violent balaya la ville, nous envoyant poussières et particules fines dans les yeux. Lorsque l’onde de choc fut passée, ce que je redoutais s’était produit : le laboratoire avait explosé…

Par réflexe, je me précipitai à l’intérieur de la maison, laissant Hoshino en plan mais il n’y avait personne à l’intérieur…

Désespéré, je tombai à genoux sur le sol et je ne pus retenir mes larmes. Encore une fois…Encore une fois, je venais de perdre ma famille et, illusion ou non, le revivre était bien plus douloureux que je ne le pensais…

J’entendis des bruits de pas derrière moi et je sentis la main chaude d’Hoshino se poser sur mon épaule. Mais je ne me retournai pas. Si tout cela était la réalité, ce n’était plus qu’une question de temps avant que je ne rejoigne Darksky et les autres…Enfin…je l’espérais…

« Drago…Murmura mon amie.

—Désolé…Hoshino…Je ne suis pas celui que tu crois…

—C…Comment ? Mais…Tu es Drago, mon ami d’enfance, n’est-ce pas ? Reprit-elle d’une voix tremblante.

—Peut-être…Peut-être pas…Je ne le sais pas moi-même. Mais je suis sûr d’une chose…Ma place n’est pas ici.

—Que…Que veux-tu dire ?

—J’ai rencontré des gens formidables il y a quelques temps…Des gens qui m’ont aidé, des gens avec qui j’ai vécu des aventures que j’aurais crues impossibles en temps normale, des gens qui ont besoin de moi en ce moment—même…

—Des…Gens qui t’ont aidé ? Je ne comprends pas…Moi aussi je t’ai aidé ! J’en suis la preuve vivante ! S’exclama-t-elle d’un air désespéré. »

Je me tournai vers elle et je vis son œil vert se mettre à briller et je ne pus m’empêcher de sourire.

« Dans ce cas, je te remercie, Hoshino, déclarai-je en lui souriant malgré moi.

—Tu…Tu me remercies ? C’est tout ce que tu as à me dire ? S’écria-t-elle en reculant. »

La jeune fille fut soudain entourée d’une aura sombre tandis que la lueur dans ses yeux s’intensifia et je grimaçai. Le monde autour de moi se mit à trembler, le vent se leva, le ciel se couvrit de nuage noirs menaçant et des éclairs illuminèrent cet espace sombre qu’était devenu ma ville…

Mais, devant ce spectacle, je n’eus aucune réaction, comprenant alors ce qu’il se passait et je gardai mon sang froid.

« Tu n’es qu’un ingrat, Drago ! J’ai consacré toute ma vie à te rendre le sourire et toi, tu m’oublies en l’espace d’une nuit !

—Je n’ai pas à me souvenir d’une illusion, répondis-je sans aucune émotion.

—Une…Illusion ?! S’écria Hoshino folle de rage. Alors c’est tout ce que j’ai été pour toi ? Tu étais tellement égocentrique que je n’existais même pas pour toi ?!

—Non…Ce monde entier est une illusion. Rien n’est réel. Je ne sais pas qui tu es mais je suis certain d’une chose : même si tu es réelle, ici, tu n’es rien d’autre qu’un produit de mon imagination. »

Dans un cri de rage, Hoshino se jeta sur moi et tenta de me donner un coup de poing dans le ventre mais j’esquivai facilement son attaque en faisant un pas sur le côté. Devant ma réactivité, la jeune fille eut un moment d’hésitation mais repassa aussitôt à l’attaque.

Cette fois-ci, je ne bougeai pas et j’attrapa son poing dans le creux de ma main, parant totalement son offensive tout en l’empêchant de s’enfuir.

« Hoshino…Je suis désolé… »

Rassemblant toutes mes forces, et oubliant totalement qui j’avais en face de moi, j’assénai à la jeune fille un violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya valser à deux mètres. Mais contre toute attente, elle se releva sans aucune égratignure et se mit à rire tandis que je me remis sur mes gardes, prêt à parer une autre attaque.

« Toi…Vraiment…Jusqu’au bout, tu auras été une véritable ordure avec celle qui t’a sauvé, il y a dix ans…Ricana-t-elle.

—Je ne crois pas la parole d’une illusion, rétorquai-je froidement.

—Et pourtant…Ce n’est que la stricte vérité, mon cher Drago. »

Je fronçai les sourcils alors que le doute m’envahissait. Tout ce qui m’entourait, y compris cette fille, ne devaient être que des mirages créés par Gariatron pour nous tenir éloignés de lui mais, je n’aurais su dire pourquoi, cette fille me semblait familière bien que je n’en aie aucun souvenir…

« Tu as raison, je ne suis qu’une illusion, tout comme ce qui t’entoure, déclara calmement Hoshino. Cependant…Toute illusion prend sa source quelque part…

—Que veux-tu dire ? Lui demandai-je, sur mes gardes.

—C’est simple, je ne suis que la matérialisation de tes souvenirs, Drago.

—C’est impossible. Je ne connais pas cette Hoshino.

—Vraiment ? Donc tu m’as bel et bien oubliée ? Je suis déçue, moi qui pensais que je comptais un minimum pour toi, lança l’illusion d’une voix remplie de sarcasmes. »

Je fronçai les sourcils à nouveau. Au fond de moi, je le savais…Je savais que cette illusion disait la vérité et que quelqu’un portant le nom d’Hoshino avait joué un rôle dans ma vie autrefois…Même si je n’en avais aucun souvenir…

« Enfin, je ne suis pas étonnée. Après tout, tu ne m’accordais aucune importance et tu me fuyais volontairement même. Je suis bien bête d’avoir tenu un jour à toi.

—Ne parle pas à la place de la personne que tu copies, rétorquai-je.

—Mais je ne parle pas à sa place. Je ne fais que répéter ta pensée quand tu imaginais ses pensées.

—Arrête d’inventer de choses. Tu pourrais me dire que j’étais amoureux d’elle, comme je n’ai aucun souvenir, je ne pourrais pas le démentir.

—Libre à toi de ne pas le croire.

—Tu crois vraiment que je vais gober une seule miette de ce que tu me dis, serviteur de Gariatron ? M’exclamai-je alors. Je n’ai qu’un seul objectif : reprendre le flambeau de ma sœur et rendre à Angéla et Darksky ce qu’ils m’ont donné !

—Je vois…Puisque la discussion semble inutile, laissons parler nos poings…mais sache qu’un jour, ton passé te rattrapera et te submergera…

—C’est ce que nous verrons… »

Sans ajouter un mot de plus, je passai à l’attaque et la copie d’Hoshino fit de même. J’esquivai de justesse son poing en me baissant puis je visais une nouvelle fois son ventre mais la jeune fille me para avec son bras avant de me donner un coup de pied dans les jambes qui me déstabilisa et m’obligea à reculer.

Cependant, je n’eus pas le temps de retrouver mon équilibre qu’Hoshino m’asséna un violent coup d’épaule qui me fit tomber à la renverse, me laissant à sa merci.

Néanmoins, je ne m’avouai pas vaincu. Rassemblant mes forces, je roulai sur le côté pour éviter son pied qui allait m’écraser et je me remis debout d’un bond, quelques mètres plus loin.

J’étais déjà essoufflé. Je n’avais jamais été bon en exercice physique et encore moins pour me battre. Cependant, je n’avais pas le choix. En face de moi se trouvait un agent de Gariatron et, illusion ou non, je ne pouvais pas prendre le risque de me faire tuer pour connaitre les conséquences…

La pluie se mit à tomber, diminuant encore ma visibilité et seule la lueur des yeux vairons d’Hoshino me permettait de la repérer dans le noir.

Soudain, alors que je m’attendais à une nouvelle attaque au corps à corps, un rayon de lumière verte traversa le terrain et j’eus tout juste le temps de me jeter sur le côté pour l’esquiver avant qu’il ne réduise une voiture en fumée.

Je relevai la tête, abasourdi et ce que je vis me glaça le sang. Les habits d’Hoshino avaient changé subitement et son uniforme de lycéenne s’était transformé en véritable armure noire parcourue de lignes émeraudes luisant dans l’obscurité tandis qu’à sa main brillait une immense épée noire et rouge et que, dans son dos, flottait une cape pourpre.

Avec un cri de rage, elle se jeta sur moi et abattit son épée de toutes ses forces. Encore une fois, je me jetai sur le côté, évitant ainsi de me faire trancher en deux comme le bitume…

Des grosses gouttes de sueur commencèrent à se mêler à la pluie dégoulinant sur mon visage. Je ne pouvais pas faire face à ça…J’étais totalement sans défense et même mon amulette avait disparu.

Gariatron avait vraiment bien joué son coup. Si les choses continuaient ainsi, je ne donnais pas cher de ma peau plus de cinq minutes dans un combat aussi déséquilibré.

Ma première réaction fut de tenter de prendre la fuite pour trouver une arme ou un quelconque objet qui aurait pu m’aider mais, je n’avais pas fait trois pas que quelqu’un s’interposa devant moi, me bloquant le passage. Il s’agissait d’Ichigo et son regard me disait qu’il m’en voulait autant qu’Hoshino…

« Décidemment…tu n’es qu’un fauteur de troubles. Tu aimes tant que ça rendre les gens tristes ? Déclara-t-il d’une voix sans émotion. »

Je ne pris pas le temps de lui répondre et je voulus m’enfuir dans l’autre direction mais là encore, la route me fut coupée, cette fois-ci par Kagari qui me lançait un regard rempli de tristesse.

« Dis…Pourquoi as-tu disparu, Drago ? Tu ne nous aimais pas, c’est ça ? Pleura-t-elle. »

Je serrai les dents. J’étais cerné de toute part. Il n’y avait aucune échappatoire ni aucun moyen de gagner ce combat…Etais-je fini ? Allais-je échouer si près du but ?

« Sérieusement…On dirait que tu ne peux pas gagner sans moi, résonna une voix dans ma tête.

—L…Ladd ? Bégayai-je, voyant une lueur d’espoir.

—Je le fais bien parce que je suis obligé… »

Lorsque l’esprit de duel prononça ces mots, je fus entouré d’une vive lumière blanche et aussitôt Hoshino repassa à l’attaque avec son épée. Instinctivement, je me protégeai la tête avec mon bras tout en sachant que c’était inutile mais, alors que son arme aurait dû me trancher en deux, seul un bruit de métal résonna dans la nuit tandis que les yeux de la jeune fille s’arrondir.

Sans que je ne sache comment, dans ma main s’était matérialisé une épée noire et or, me protégeant de son attaque, la même que lors de mon combat contre Hélios.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus. Voyant mon arme, je repoussai Hoshino de toutes mes forces et me relevai, confiant. Kagari et Ichigo reculèrent prudemment mais le regard de la jeune fille s’enflamma et elle me tint tête.

Le tonnerre gronda et seul le bruit de la pluie rebondissant sur le macadam se faisait entendre tandis que nous nous faisions face, nos deux épées luisant dans la pénombre.

Même si j’avais une arme désormais, je n’étais pas plus avancé. Je ne savais absolument pas manier une épée et encore moins me battre avec. A ce stade, elle m’encombrait plus qu’elle ne m’aidait…

Il fallait que je trouve un moyen de m’échapper de cette illusion, et vite si je ne voulais pas finir en deux parties.

Soudain, une idée stupide me traversa l’esprit. C’était tordu mais c’était la seule option que j’avais pour le moment et je devais tout miser dessus.

Je me mis en position, saisissant mon épée à deux mains avant de feindre d’attaquer. Evidemment, Hoshino tenta une parade défense et, à ce moment, j’utilisai l’élan de mon épée pour rebondir et la contourner puis je fonçai à l’intérieur de ma maison.

Sans me retourner, je me précipitai au premier étage, dans la chambre de ma sœur et je me mis à fouiller son bureau dans l’espoir de retrouver la pierre qui m’avait amené dans ce monde la première fois mais il n’y avait que des papiers sans intérêt…

Un nouveau rayon de lumière frôla mon oreille et fit exploser le bureau en un millier d’éclat de bois tandis que, derrière moi se tenait Hoshino, le regard fou.

« Tu ne t’enfuiras pas une deuxième fois, Drago, cracha-t-elle. »

Je reculai, à court d’option mais je sentis très rapidement le mur derrière mon dos. J’étais pris au piège, mon idée s’était révélée stupide et la jeune fille s’avançait lentement vers moi, le regard luisant et l’épée à la main, prête à me découper.

Mon cœur s’accéléra devant cette mort imminente qu’était la mienne. C’était fini…J’avais échoué…Finalement, je n’avais rien d’un héros, je n’étais qu’un garçon ordinaire sans aucun talent de combattant et en train de se faire rattraper par un passé important qu’il avait lui-même oublié…

« Je suis désolé…Hoshino…Murmurai-je. »

La jeune fille s’arrêta un instant et fronça les sourcils.

« C’est un peu tard pour t’excuser de ce que tu as fait, Drago, siffla-t-elle en me lançant un regard empli de mépris.

—Non…Je ne m’excuse pas pour ce que j’ai pu faire…mais pour avoir oublié ce que j’ai pu te faire… »

Elle ne me répondit rien et se contenta de rester devant moi en me fixant puis, finalement, après une longue minute de silence, la jeune fille leva son épée au-dessus de sa tête et je baissai le regard.

La lame siffla tandis qu’elle se rapprochait de moi mais, alors que je m’étais résigné à accepter la défaite, une ombre plana devant mes yeux et s’interposa entre moi et l’épée mortelle, ombre qui repoussa sans aucune difficulté Hoshino hors de la chambre de Théa.

Timidement, je relevai la tête et je restai bouchée bée en reconnaissant le dragon qui m’avait déjà sauvé lors de mon combat contres les esprits de la terre, Ladd…

« Sérieusement…Je me demande pourquoi je protège un incapable comme toi…Cracha-t-il. »

Sans ajouter un mot de plus, il envoya sur Hoshino qui était encore à terre un puissant rayon de lumière sombre qui traversa le mur comme du papier mâché.

Encore une fois, je fus subjugué par la puissance que ce monstre détenait mais ce n’était pas le moment de s’extasier, je devais toujours trouver un moyen de m’en sortir…

« Partons d’ici, Drago, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas affronter, grogna le dragon en se mettant à rayonner. »

Au loin, j’entendis Hoshino se relever avec un cri de rage alors que mon corps commençait déjà à disparaitre lentement dans une trainée de lumière blanche. Je jetai un dernier coup d’œil à cette réplique de ma maison, me sentant soudain triste de quitter à nouveau cet endroit mais ce sentiment disparut rapidement à l’idée de retrouver Angéla et les autres.

La dernière chose que je vis de ce monde fut Hoshino qui était remontée à l’étage et qui me lançait un regard à la fois suppliant et rempli de haine.

« Encore une fois…Désolé…Lui lançai-je à voix basse. Peut-être qu’un jour…Je me souviendrai de ce que je t’ai fait, et je me ferai pardonner… »

Puis ce monde créé de toute pièces disparut dans un flash de lumière.

Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai à nouveau près de la citadelle, allongé sur le sol froid, mais Darksky, Marie, Angéla et June avaient disparu, de même que Ladd et Shadow.

J’appelai ma sœur pour m’assurer que tout allait bien et je poussai un soupir de soulagement lorsqu’elle apparut à mes côtés.

« Drago, tu m’as fait une de ces peurs, pendant presque une journée entière, je n’ai pas réussi à te contacter !

—Une…Journée ? Répétai-je. »

Ainsi, Shadow avait eu ce qu’il voulait. Il avait gagné du temps en me plongeant dans cette illusion créée à partir de mes souvenirs…

C’était étrange…Moi qui n’avais jamais voulu participer à cette guerre, ce simulacre de vie ordinaire ne m’avait pas convenu, et pas simplement parce que je pensais que quelque chose n’allait pas. Il me manquait réellement quelque chose : je m’ennuyais.

J’avais presque oublié en arrivant dans ce monde que ma vie d’avant était totalement dénuée de sens et de joie de vivre, et ce n’était pas ce club d’astronomie dont j’avais quelques vagues souvenirs qui me faisait passer le temps.

Cependant…Cette Hoshino me troublait. Je n’en avais aucun souvenir et pourtant, elle disait être issue de ma mémoire…Était-ce une autre manipulation de Gariatron ? Avais-je réellement oublié quelque chose d’important ? J’étais bien incapable de le dire…

« Eh, Drago, tu m’écoutes ! Me sermonna ma sœur. Nous devons retrouver les autres avant que Gariatron…

—Dis-moi, Théa, la coupai-je. Est-ce qu’on connaissait une « Hoshino » ?

—Ho…Hoshino ? répéta-t-elle, les yeux ronds. Pourquoi cette question ?

—C’est…un nom qui m’en revenu en tête, rien de plus…

—Je…Je vois, bégaya-t-elle en détournant le regard. Eh bien, il s’agissait simplement de nos voisins…

—Et c’est tout ?

—Que veux-tu que je te dise de plus sur eux, je ne les connaissais pas si bien que ça moi ! »

Je voyais clairement que Théa n’avait pas envie de parler de quelque chose mais au même moment, la terre trembla et me rappela ma mission.

Ainsi, je mis de côté ces souvenirs flous pour me concentrer sur mon objectif : vaincre ce démon et rendre à Angéla et Darksky leurs vies d’antan.




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le bon temps…

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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [04/09/2019] à 16:21

Chapitre 31 : Futur de l’ombre



Spoiler :



Lorsque je rouvris les yeux, la citadelle de glace avait disparu, de même que le décor de fin du monde qui l’accompagnait.

Je me retrouvai dans une grande cour d’école entourée de cinq bâtiments distincts, mais celle-ci ne m’était pas inconnue. Je la connaissais même très bien et j’aurais espéré ne jamais y remettre les pieds.

Je me relevai, encore déroutée par le transport peu conventionnel avec lequel j’étais arrivée là. Tout ce dont je me souvenais, c’était ce flash de lumière blanche et cette sensation d’avoir été arrachée à mon corps avant de me réveiller ici sans autre explication.

Je regardai autour de moi. J’étais seule. Derrière moi, dans le hall d’entrée, le cratère de notre dernière bataille était encore là. Visiblement, personne n’avait tenté de le dissimuler depuis le temps.

Je ne pus m’empêcher de me sentir coupable devant cela. C’était ici que Maya et Ambre avaient disparues par ma faute, j’avais été trop prétentieuse, et cela aurait dû me mener à ma perte.

« Pourquoi ? Murmurai-je dans le vide. »

Je tournai la tête, incapable de contempler ce triste spectacle plus longtemps. Je fus soudain frappée d’un détail qui m’avait échappé jusque-là : l’école semblait totalement déserte. Plutôt étrange alors que nous étions en pleine période scolaire. En temps normal, même en l’absence de notre bien aimé directeur, les cours devraient avoir lieux, on travaillait même les jours fériés après tout…

Je me mis à déambuler sur le goudron, explorant ou redécouvrant des endroits que j’avais oubliés, comme une entrée du sous-sol réservée au directeur que nous avions découverte un jour en nous promenant.

Je poussai la porte qui s’ouvrit en grinçant. La poussière accumulée à l’intérieur me fit tousser lorsque je soulevai un vieux livre. Il n’y avait rien de passionnant en réalité. Je ne savais pas pourquoi cet endroit m’avait tant attiré par le passé. Un simple post de radio rouillé, une table et une chaise se tenaient là, ainsi qu’une vielle étagère vide. Je sortis donc, déçue, de l’antre du directeur.

Je ne pus me l’expliquer, mais mes pas m’emmenèrent directement dans mon ancienne salle de classe. Les lumières étaient éteintes, les chaises remontées sur les tables, le tableau propre et fermé. Il y avait même un vieux bout de papier que j’avais jeté durant un cours d’allemand qui trainait encore là, à croire que la vie n’était pas revenue ici depuis mon départ.

Je le ramassai, et je le dépliai. Je reconnus immédiatement l’écriture de Maya. C’était notre dernier jeu ensemble avant que Chapy ne vienne tout gâcher.

Mon cœur se serra. Tout cela appartenait au passé désormais. Je ne savais même pas s’il était réellement possible de sauver mes amies. Je me fiais simplement aux histoires du passé mais rien ne me disait qu’elles étaient vraies et encore moins que la situation était la même.

« Angéla ? Est-ce que c’est toi ? »

June me fit sursauter, je ne l’avais même pas entendue arriver à force de me lamenter. J’essuyai rapidement les quelques larmes encore suspendues à mes cils. Je ne voulais pas l’inquiéter encore plus qu’elle ne le paraissait déjà.

Mais… que faisait-elle ici ? J’avais tellement l’habitude de la voir dans cette salle que sa présence ne m’avait même pas étonnée…

« June ! Mais, comment es-tu arrivée là ?

— De la même façon que toi je pense… »

Bien sûre, à question stupide, réponse stupide… Il n’y avait aucune raison qu’elle sache ce que nous arrivait plus que moi.

« Tout ce dont je me souviens, reprit-elle, c’est d’avoir été aveuglée puis je me suis réveillée dans un des placards… Mais au moins, ça me rassure de savoir que je ne suis pas seule ici, me dit-elle en me rejoignant.

— Seule ou non, nous n’avons rien à faire ici, rétorquai-je. Il faut que nous retournions à la citadelle !

— A mon avis, nous n’avons pas bougé. Cet endroit n’est sûrement qu’une illusion créée de toute pièce, une illusion créée à partir de nos souvenirs communs. Dans quel but ? Je l’ignore, mais comme toutes les illusions, il suffit de la briser. »

Je ne sus quoi répondre à cela. June était vraiment brillante quand elle s’y mettait. Jamais je n’aurais pensé à une telle chose. Elle devait sûrement tenir de son père.

Ainsi donc, nous étions dans un rêve ? Cela aurait expliqué cette ambiance sinistre puisque c’était ainsi que je revoyais sans cesse mon école, un endroit lugubre, sans vie et effrayant.

« Une illusion vous dites ? Si seulement c’était le cas, dit soudain une voix derrière nous. »

Nous nous retournâmes toutes les deux en sursautant, prêtes à nous battre s’il le fallait mais, alors que je pensais voir surgir un sbire de Gariatron, ce fut une jeune fille qui se présenta à nous.

Elle devait avoir à peu près notre âge, était assez grande, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleu marine. Son visage était fin et élégant mais ses joues creuses et ses cernes trahissaient sa faiblesse. Elle portait une simple veste en jean déchirée par-dessus un t-shirt rayé noir et blanc ainsi qu’un pantalon assorti à la veste. Cependant, je fus surprise de voir qu’à sa ceinture se trouvaient de nombreuses armes comme des couteaux, un pistolet et même une grenade.

Etrangement, elle me rappelait Darksky et Marie. Elle possédait les mêmes mèches et la même frange qu’eux mais cela ne devait être qu’une coïncidence…

« Je suis étonnée de voir qu’il reste des survivants hors de la base, continua la jeune fille. Des survivants ayant l’air en pleine forme qui plus est.

— Des… Survivants ? Répéta June en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que cela signifie ?

— Vous me semblez un peu perdues toutes les deux, s’amusa-t-elle. D’où sortez-vous encore ? Vous avez été élevées sous terre toutes ces années ou quoi ?

— Je crois que j’ai raté un épisode… Marmonnai-je en me tournant vers mon amie.

-toutes ces années… Murmura June, pensive. Quelle est la date d’aujourd’hui ?

— Et bien, cela fait bien longtemps qu’on ne compte plus les jours mais je dirais quelque chose comme l’hiver 2041. »

Mon cœur rata un battement en entendant cela et June fronça les sourcils, tressaillant légèrement mais gardant son calme légendaire. Devant nos réactions, la jeune fille pencha la tête sur le côté et prit un air ennuyé.

« Vous m’avez vraiment l’air totalement perdues vous… Et puis, c’est quoi ces vêtements ? On dirait ces vieux trucs d’avant la guerre. »

Je vis mon amie serrer les dents en entendant ces mots. Une goutte de sueur perla de son front. Quant à moi, je reculai lentement, réalisant peu à peu ce qui était en train de nous arriver et je n’aimais vraiment pas ça…

Cependant, quelque chose clochait. Tout était exactement tel que nous l’avions laissé et dehors, tout était bien trop calme, même dans la cour je n’avais entendu aucun bruit de moteur venant de l’extérieur alors que nous étions juste à côté d’un grand boulevard. Comment pouvions nous être dans le futur alors que le temps semblait avoir été figé, comme si…

Je réprimai un hoquet de surprise et je me tournai à nouveau vers June, tremblante, venant de réaliser dans quoi nous étions embarquées mais, même si nous avions toutes les preuves devant nous, il me fallait confirmation. Je refusais de croire à une telle chose…

« Est-ce que… Gariatron aurait… »

Lorsque je prononçai le nom du démon, la jeune fille sursauta et ses yeux s’arrondir avant de s’emplir de peur et elle regarda de tous les côtés, comme si le simple fait d’évoquer la créature allait nous attirer des ennuis mais cette simple réaction confirma mes pensées…

« June… Murmurai-je.

— Je sais… Ce n’est pas bon du tout… Marmonna-t-elle en serrant les dents. Eh, toi là !

— O… Oui ? Bégaya la mystérieuse fille, surprise.

— Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’il se passe ?

— Sérieusement… Vous sortez vraiment d’une grotte ? S’étonna-t-elle.

— Quelque chose comme ça, oui, lui répondis-je en voulant éviter les longues explications. »

Elle nous regarda bizarrement pendant un instant mais dans ses yeux, il n’y avait aucune méfiance ni aucune crainte, simplement de l’étonnement d’avoir rencontré deux personnes aussi étranges que nous.

« Et bien… Pour faire simple, nous sommes en guerre contre le démon…

— Et quelle est la situation ? Continua June.

— Je ne peux pas vous expliquer tout ça en deux phrases ! Se plaignit la jeune fille. Je ne sais même pas ce que vous savez déjà et…

— Tant pis, pas besoin d’explication après tout. Je sais très bien ce que cela implique si nous sommes toujours en guerre contre le démon trente ans plus tard ! »

Sans dire un mot de plus, June sortit de la pièce en trombe en poussant la jeune fille, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute. J’étais légèrement étonnée de la voir agir de la sorte, elle qui préférait la réflexion à l’action mais je savais qu’il ne fallait même pas tenter de l’arrêter, cela aurait été inutile. Elle pouvait se montrer aussi têtue que moi quand elle avait une idée dans la tête.

Je me retrouvai donc seule en compagnie de la mystérieuse fille qui semblait à présent tout aussi perdue que moi. Ne voulant pas créer davantage de problème, je tentai de détendre un peu l’atmosphère.

« Et la voilà partie… on ne la changera pas, dis-je en riant légèrement.

— Vous… Ton amie compte sérieusement affronter le démon ? Me demanda-t-elle, abasourdie.

— Je ne sais pas, lui répondis-je en haussant les épaules. Mais bon, j’imagine qu’elle doit être toujours frustrée que j’ai affronté Hélios à sa place…

— Tu as… Affronté Hélios ? Mais… »

La jeune fille recula, les yeux ronds et les mains tremblantes et je compris que je venais de dire quelque chose de stupide. Si Gariatron était toujours présent, cela signifiait qu’Hélios avait disparu depuis plus de trente ans, et mon visage trahissait mon âge…

Devant le malaise que je venais de créer, j’en vins à la conclusion que cacher la vérité plus longtemps était inutile et n’allait pas faire avancer les choses.

« Je ne sais pas comment l’expliquer… mais nous venons du passé, lâchai-je.

— Du… Passé ? Répéta-t-elle. »

Ses yeux s’arrondirent et un léger sourire illumina sa figure tandis qu’une lueur d’espoir passa dans son regard.

« Alors mon père disait vrai… D’autres ont survécu…

-ton père ? Répétai-je.

— Quelle impolie je fais, je ne me suis même pas présentée : Mon nom est Yuiko Iori, générale de l’armée de libération de l’humanité.

— Eh bien… ça c’est un titre… Sifflai-je, impressionnée.

— Et… est-ce que je pourrais connaitre ton nom ? Continua la dénommée Iori.

— Angéla, Angéla Hopper. Dans le passé, j’étais sur le point de combattre Gariatron mais j’ai été happée par une lumière qui m’a transportée ici…

— Angéla… S’il te plait, j’ai une faveur à te demander : accompagne-moi au QG et je t’expliquerai tout une fois là-bas !

— Après avoir récupéré June, pourquoi pas. De toute façon, je ne pense pas avoir beaucoup d’autre option… »

La figure de Iori s’illumina et, sur ces belles paroles, nous sortîmes de la salle de classe. Lorsque nous descendîmes les escaliers, j’en profitai au passage pour faire un état des lieux. Ils étaient encore plus poussiéreux que d’habitude et chacun de mes pas soulevait un tel nuage que je dus avancer les mains sur le visage pour ne pas être asphyxiée.

Les lumières de garde ne fonctionnaient plus, les fenêtres étaient fêlées de toutes parts et une atmosphère pesante régnait sur ces lieux. La vie semblait avoir quitté l’école depuis longtemps déjà.

Mon regard fut attiré par un petit objet rond et orange posé par terre dans une des aires. Une vielle balle de ping-pong, abandonnée ici. Les toiles d’araignée l’avaient déjà envahie.

Le bruit de mes pas résonna longuement dans le couloir vide de présence humaine autre que la mienne et cette Iori. Tout était si calme. Il n’y avait que de vielles tables rouillées, des sacs encore remplis de cahiers de classe et même un stylo qui n’avait pas été rebouché, à croire que cet endroit avait été abandonné précipitamment. Était-ce vraiment cela le futur ? Un monde où le silence régnait ? Un monde où l’ombre était maitre ?

Iori se rapprocha de moi et jeta également un regard triste à cette scène de désolation.

« Dis-moi, Angéla, tu as connu cette école, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle d’une petite voix.

— Oui mais je n’ai jamais aimé y être. Je m’y suis toujours sentie mal à l’aise…

— Pourtant, cela semblait être un bel endroit.

— Tu parles… Je n’ai jamais passé une seule journée sans me faire crier dessus par un prof en colère, ris-je en repensant au passé.

— C’est toujours mieux que de passer une journée sous les coups de feu, me répondit Iori en ramassant une autre balle. »

En entendant cela, je serrai la balle dans ma paume jusqu’à entendre son craquement. Je n’aimais peut-être pas l’école mais cette simple phrase suffit à me mettre hors de moi. Il était hors de question que je laisse une telle chose arriver ! Si c’était le futur, rien n’était encore écrit, nous avions toujours le pouvoir de le changer !

Avec cette résolution en tête, je tournai le dos à ce couloir vide et nous traversâmes la cour à grande enjambées. Je passai tout aussi rapidement devant le cratère créé par Hélios dans le hall pour enfin me retrouver dehors, dans la ville elle-même. Là, je ne pus croire ce que j’avais devant mes yeux.

Paris, la ville lumière était totalement en ruines. Les immeubles, autrefois si beaux et si élégants se résumaient désormais à de simples murs troués de toutes parts par des impacts. Les rues elles-mêmes n’étaient plus praticables, comme si un séisme avait complètement changé ce paysage et que personne n’était venu depuis.

Les voitures s’entassaient au milieu de la chaussée, elles— aussi abandonnées de leur propriétaire et en miettes. Le boulevard, de mon temps si bruyant, ne produisait plus aucun son, excepté celui d’une lutte violente et d’explosion. Il devait sûrement s’agir de June.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus et j’allai la rejoindre, suivie de près par Iori qui avait dégainé son arme, à l’affut du moindre mouvement suspect.

Comme je le pensais, mon amie était en train de se battre en duel, et ça n’allait pas fort pour elle. Ses ennemis devaient au moins être dix contre elle et ne semblaient pas lui faire de cadeau. Je ne pus m’empêcher de frissonner en constant que ses adversaires n’étaient autre que toujours plus de singes… Je commençais vraiment à faire une indigestion de ces créatures…

« Allez-vous en stupide macaques ! Cria-t-elle. »

Ses yeux s’illuminèrent d’un vert inquiétant tandis qu’un halo verdâtre se formait au-dessus d’elle, ce qui ne sembla pas impressionner ses ennemis qui redoublèrent leurs assauts.

« Apparais, Ghostryu ! »

Le grand dragon fantomatique déploya ses ailes puis poussa un cri perçant et si aigu qu’il déstabilisa tous ses adversaires et Iori fut obligée de se boucher les oreilles.

« Il est temps d’en finir, Phantom Whirlwind ! »

L’oiseau créa une tornade qui emporta tous les singes avec elle. Je dus m’accrocher à un lampadaire qui tenait encore à peine debout pour ne pas être emportée par la puissance du vent.

Lorsqu’elle se dissipa, la tornade laissa tomber à terre tous les adversaires de June. Pas un seul ne semblait encore en état de se battre après une telle attaque. Mais mon amie aussi avait l’air épuisée, elle avait sans doute utilisé beaucoup de ressources pour faire appel à un tel monstre.

Je me précipitai pour aller la rejoindre.

« Angéla, dit-elle avec un regard terrifié, fait attention, il pourrait en arriver d’autres !

— D’autres ? Tu veux dire que ce ne sont pas les premiers ?

— Non, c’était la troisième vague, et je suis sûre qu’ils ne vont pas s’arrêter là… Nous devons trouver un abri et vite sinon… »

Elle tenta de faire un pas mais chancela aussitôt. Iori la rattrapa juste avant que sa tête ne cogne le sol et son expression se durcit immédiatement.

« Livrer un combat dans ce monde… Ton amie doit être bien courageuse ou totalement inconsciente…

— June ! Dis-je affolée. Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Sa respiration était saccadée. Je remarquai avec effroi son teint blême. Elle devait être épuisée après tous ces combats, et ce, même si elle ne semblait pas blessée physiquement. Elle n’aurait pas pu tenir une quatrième vague.

Mon regard se porta sur l’école. Là-bas, nous ne devrions pas être embêtées. Mais encore fallait-il y arriver, et dans son état, je doutai que June puisse marcher…

Comme prévu, un nouveau bataillon arriva, et ils étaient bien plus nombreux cette fois-ci. Ils nous encerclèrent rapidement, si bien qu’il nous était impossible de nous enfuir, plus d’autres choix que de nous battre.

Cependant, alors que je m’apprêtai à activer mon pendentif, Iori posa délicatement June à terre pour faire face à nos ennemis. Ils n’étaient que vingt.

« Angéla… Reste derrière s’il te plait pour protéger ton amie et, quoiqu’il arrive, n’interviens pas, m’ordonna la jeune fille. »

Je n’eus aucune objection à cela, n’ayant moi-même aucune envie de me confronter une nouvelle fois à a ces macaques et je pris mes distances, portant June dans mes bras.

Mais, alors que je pensais que Iori allait se servir de ses armes, cette dernière fut entourée soudainement d’un halo d’énergie doré tandis que l’air se mit à tourbillonner autour d’elle, faisant reculer les singes. Ses cheveux se mirent à crépiter et je pus voir comme des petits éclairs s’en échapper.

Après un instant d’hésitation, les monstres passèrent à l’attaque, se jetant tous en même temps sur la jeune fille mais cette dernière, d’un geste ample du bras, projeta une lame d’énergie qui transperça les macaques comme de vulgaires bouts de papiers.

Néanmoins, même si cette vague d’ennemis avait été vaincue, une autre prit immédiatement sa place et repassa à l’attaque. Elle fut décimée exactement de la même façon.

J’étais impressionnée par les pouvoirs de la jeune fille. Tout comme Hélios le faisait par le passé, elle semblait capable d’utiliser la puissance de son Spiritual comme la sienne…

Mais, alors que Iori était occupée avec les vagues constantes d’ennemis arrivant d’un côté, elle ne vit par surgir derrière nous d’autres singes, armés jusqu’aux dents.

Oubliant ses instructions, je me levai d’un bond et mes pouvoirs, prête à en découdre.

« Light Barr…

— Ouranos, Absolute Zero ! S’écria une voix surgit de nulle part qui m’interrompit dans mon action.

Un rayon de glace sombre atteignit de plein fouet les ennemis pour ne laisser ensuite qu’un cratère glacé, fumant et vide. L’attaque ne s’arrêta pas là et, visant la rue par laquelle tous les adversaires de Iori arrivaient, le monstre créa un épais mur, arrêtant ainsi les assauts.

Je regardai presque effrayée la créature qui avaient créé un tel désastre. Elle planait au-dessus de nos têtes majestueusement.

Voyant la grimace de Iori à l’arrivée de ce dragon, j’eu peur pendant un instant qu’elle ne me prenne pour cible également, mais elle ne bougea pas, attendant certainement un ordre de leur maître.

Je le vis, ou plutôt je la vis comme il s’agissait d’une femme, sur le toit d’un des immeubles en face de nous. Elle en sauta et retomba sur ses jambes, ignorant les vingt mètres qui la séparaient du sol et nous fixa d’un regard noir.

Elle était grande, assez maigre et devait avoir autour de quarante ans. De longs cheveux bruns volaient gracieusement derrière elle de même qu’une longue cape de la même couleur. Elle portait des vêtements sombres et sobres, un tee-shirt et une jupe, noirs tandis que ses yeux vert émeraude brillaient de colère et de soulagement.

« Iori, es-tu complètement folle pour sortir à une heure pareille alors que tous les gardes sont en patrouille ? ! S’écria-t-elle, furieuse.

La jeune fille grimaça et tenta de se cacher derrière moi et c’est ainsi que le regard de la femme se posa sur June et moi.

Elle se stoppa net et me regarda attentivement, consternée, comme si elle avait vu un fantôme. Lorsqu’elle me dévisagea, j’en profitai pour l’examiner attentivement et ses yeux et son regard me rappelèrent quelque chose.

— An… Angéla ? J… June ? Balbutia-t-elle.

La mémoire me revint d’un seul coup : ce dragon, ce regard si vert, ces cheveux couleurs bois, et cette voix ! Cette personne ne pouvait tout de même pas être…

« Laura ! »


Chapitre 32 : Futur de l’ombre, partie 2



Spoiler :


Laura resta figée pendant quelques secondes, totalement déconcertée et bouleversée. Je pouvais la comprendre. Je l’étais tout autant qu’elle. Après tout, dans notre monde, elle était l’alliée de Shadow…

« Mais… vous avez disparu depuis plus de vingt ans… Bégaya-t-elle

— C’est assez compliqué, tentai-je d’expliquer malgré mon angoisse pour June. Mais pour l’heure, le plus important est de trouver un refuge pour June. »

Laura fronça les sourcils et son regard repassa sur Iori qui, d’un hochement de tête, lui confirma qu’il n’y avait aucun risque.

« Bien, si Iori vous fait confiance, moi aussi. Mais vous avez intérêt à vous expliquer une fois au QG, dit Laura après un moment de réflexion à observer mon amie. »

La femme nous emmena de l’autre côté du boulevard, puis, après avoir vérifié des deux côtés que la voie était libre, elle s’engagea dans la rue qui se trouvait dans le prolongement. June se trouvait sur le dos d’Ouranos, ce qui m’évitait au moins de la porter et Iori assurait nos arrières.

Nous franchîmes ainsi plusieurs ruelles désertes en évitant les grandes artères, dans un silence de mort. Même les battements d’ailes du dragon de glace se confondaient avec une simple brise.

Partout où nous passions, les immeubles tenaient à peine debout. Certaines portes étaient fracassées, tandis que d’autres n’existaient tout simplement plus.

J’eus l’impression d’avoir traversé tout Paris lorsque nous nous arrêtâmes enfin, et j’avais raison. Je n’avais quasiment pas fait attention aux rues que nous traversions tant j’étais angoissée à l’idée de retomber sur ces singes si bien que j’eus un moment d’arrêt en voyant là où nous étions.

« Je… je peux savoir ce que nous faisons à la tour Eiffel ? Demandai-je entre deux respirations.

— Vous allez bientôt comprendre, me répondit Iori avec enthousiasme. »

Laura nous entraîna sous la tour, exactement au centre des quatre arcs qui la soutenait. Je trouvai étrange que ce monument ait échappé à la destruction en voyant l’état des autres bâtiments. La tour était presque intacte, mis à part quelques traces de rouille sur la structure métallique.

Laura inséra son pendentif dans un boitier en face d’elle puis je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Non, ce n’était pas ça. Nous étions sur une plate— forme qui s’enfonçait sous terre.

Les portes s’ouvrirent une minute plus tard après une longue descente dans un tunnel sombre sur un grand espace recouvert de blanc et bruyant dans lequel des centaines de personnes allaient et venaient sans cesse. Il y avait dans cet endroit toutes sortes de choses surprenantes, un champ de blé miniature, un élevage de chèvres, une rivière souterraine et même des immeubles de trois ou quatre étages. Mais le plus surprenant n’était pas la structure, mais les personnes qui s’y trouvaient. Il n’y avait pas que des humains ici, des Spirituals se baladaient librement et aidaient les hommes dans leurs taches.

A peine arrivées, Iori s’éclipsa et me laissa seule avec Laura et June qui était toujours inconsciente.

« Elle en fait beaucoup pour son père depuis la mort de sa mère, soupira la grande brune en enlevant sa cape.

— Tu peux me dire où nous sommes ? Demandai-je déconcertée.

— Ceci est le quartier général de la résistance en France… ainsi que le seul…

— Tu veux dire…

— Tout s’est passé si vite, me dit-elle avec un voile de tristesse dans le regard. Lorsque vous avez disparu, la fédération Ether a été vaincue et Darksky et Drago se sont battus contre Gariatron mais n’ont pas été capable de l’arrêter…

— Attends, tu veux dire que… »

La femme secoua la tête d’un air triste et je sentis un grand vide au fond de moi. Même si je savais que ce monde n’était pas le mien et que rien de tout cela n’était encore arrivé, savoir que cette possibilité existait me faisait froid dans le dos.

« Drago a été vaincu mais Darksky a été capable de s’enfuir et c’est ainsi qu’est née la résistance.

— Et où est-il en ce moment ? M’exclamai-je.

— Cela fait bien longtemps qu’on ne l’a pas vu, se contenta de répondre Laura évasivement. Seule Marie réussit à avoir des nouvelles de temps en temps, de même que Iori… »

Je voulus la questionner davantage mais la fatigue me rattrapa et je me sentis chancelante. Voyant cela, l’ancienne amie de Darksky m’emmena June et moi à l’hôpital le plus proche, et ce n’était pas ce qui manquait dans cette ville souterraine.

Mon amie fut expédiée en urgence dans une chambre tandis que moi, je me laissai tomber sur la première chaise que je vis et Laura s’assit à côté de moi, l’air pensive.

Nous restâmes de longues minutes assises sur ces chaises sans rien nous dire, regardant simplement droit devant nous.

Je profitai de ce moment de repos pour faire le point. J’avais toujours du mal à réaliser que nous nous trouvions dans le futur, un futur chaotique de plus, dans lequel Drago était mort et Darksky avait sombré… A croire que les choses n’auraient pas pu être pires… Je me demandais bien pourquoi Shadow nous avaient transportées ici…

Soudain, je me rendis compte de quelque chose et je me tournai vers Laura.

« Mais attends une minute… Tu n’étais pas l’alliée de Gariatron ? M’étranglai-je. Pourquoi as-tu retourné ta veste comme ça ?

— Disons que ce monde n’était pas celui que je désirais… et mon père non plus… Me répondit-elle en souriant légèrement.

— Ton… Père ? Répétai-je sans comprendre. »

La femme soupira et regarda fixement le sol en croisant les mains.

« J’ai fait de nombreuses erreurs par le passé, dit-elle dans un murmure, mais il n’a cessé de croire en moi, même lorsque tout espoir semblait alors que moi, je n’étais aveuglée que par la colère et la jalousie… J’étais bien stupide à l’époque… »

Laura n’ajouta rien et se perdit dans ses pensées. Cependant, j’avais eu la réponse que j’attendais. Il fallait que je le dise à Darksky une fois rentrée dans mon époque… d’une manière ou d’une autre.

Soudain, une explosion se fit entendre au loin et une alarme retentit dans le hall de l’hôpital tandis que toutes les lumières virèrent au rouge. Les passants s’affolèrent et Laura se leva d’un bond, les yeux remplis de peur.

A ce moment-là, une jeune fille qui devait avoir mon âge, aux longs cheveux de feu tombant sur son front en une frange beaucoup plus longue du côté droit, et aux yeux bleus comme la glace, s’avança vers nous. Malgré la panique générale, elle ne semblait pas particulièrement anxieuse… même s’il était difficile de discerner la moindre émotion sur son visage aussi ouvert qu’une poste après quatre heures. Tout comme Iori, elle possédait une sorte d’écusson sur son long manteau sombre, à la façon des militaires.

« Laura, c’est lui. Il nous a trouvés. Déclara-t-elle d’une voix lasse. »

— Akane, va rejoindre ta mère et les UWS. Je veux que tu t’occupes de mettre tout le monde à l’abri ! Et ne discute pas, c’est un ordre non négociable cette fois-ci ! »

La rousse émit un grognement de mécontentement mais Laura ne la laissa pas protester et se précipita à l’extérieur. Je suivis l’ancienne amie de Darksky et ce que je vis me cloua sur place.

Un épais nuage de poussière s’étendait dans la ville souterraine et tous les passants avaient disparu pour ne laisser qu’un silence de mort assourdissant et pesant.

Après plusieurs instants pendant lesquels la tension était palpable, la porte par laquelle nous étions entrées dans la cité vola en éclat dans un vacarme assourdissant.

Laura fit un bond en arrière pour éviter les débris. Ouranos réapparut à ses côtés, grognant et s’agitant dans tous les sens.

Lorsque la poussière se dissipa, je pus apercevoir la créature responsable de ce chaos, celle qui m’avait pris mes amies et celle qui avait tué Drago : Gariatron.




Chapitre 33 : Futur de l’ombre, partie 3



Spoiler :


C’était bien lui. Gariatron, le démon originel des ténèbres. Le monstre dans le corps d’Hélios était accompagné de centaines Spirituals et de soldat et me dévisageait de ses minuscules yeux fendus, un sourire carnassier aux lèvres.

« Eh bien, je vois que Shadow a bien fait son travail, siffla la créature.

— Gariatron… Grognai-je en serrant les dents, me retenant de l’attaquer de front.

— Viens, Angéla, toi qui n’es pas de cette époque, je te défie de changer le destin de ce monde ! S’exclama le démon en projetant une lame d’ombre vers nous. »

Je m’apprêtai à riposter mais Laura fut plus rapide que moi et arrêta net l’attaque avec un mur de glace créé par son dragon.

Le démon eut l’air légèrement surpris de trouver de la résistance mais ne se laissa pas déstabiliser.

« Oh ? Laura, tu t’opposes encore à moi malgré toutes tes défaites passées ?

— Et je n’arrêterai pas, Gariatron, répondit sèchement la brune.

— Vraiment ? Et qui te dit que cette fois-ci, tu seras en mesure de remporter la victoire ? S’amusa le démon.

— Tout simplement parce que dix-sept années ont passé depuis la dernière fois, lança Laura avec un petit sourire espiègle sur son visage. »

Gariatron pencha la tête sur le côté et, au même moment, une voix puissante résonna dans la rue :

« Eternal Light ! »

Un rayon de lumière surgit de nulle part derrière nous et alla frapper Gariatron droit dans le ventre. Ce dernier fut repoussé si violemment qu’il traversa un mur qui s’écroula sur lui. Un instant plus tard, Iori apparut à nos côtés, à nouveau entouré de cette aura dorée tandis que dans ses mains, deux sphères d’énergie crépitaient.

« D… Désolé pour le retard, bégaya-t-elle.

— Mais tu es juste à l’heure, Iori, lui répondit la reine de glace, amusée. »

Gariatron émergea des débris, écumant de rage, un halo d’énergie noir l’entourant et ses yeux virèrent au rouge sang.

« Luminion… Encore et toujours à me mettre des bâtons dans les roues celui-là ! Hurla-t-il. »

Sans autre sommation, Iori envoya un autre rayon de lumière vers Gariatron mais le démon l’esquiva cette fois-ci et se jeta sur la jeune fille. Laura tenta de s’interposer avec Ouranos mais les murs de glaces furent inefficaces pour l’arrêter.

Gariatron asséna un puissant coup de poing à la jeune fille qui glissa sur plusieurs mètres mais ne tomba pas, tenant incroyablement bien une attaque qui aurait certainement dû lui briser les os…

Je voulus lui prêter main forte mais je fus séparée de Laura et Iori par un Spiritual me barrant la route et m’obligeant à reculer.

Mais je ne comptais pas me laisser impressionner pour si peu. J’avais toujours une dent contre Gariatron et il était grand temps de me venger de lui, surtout si je n’avais pas pu le faire dans le passé. Je claquais par terre la Shungite que June m’avait confiée et aussitôt, je me sentis une immense puissance couler dans mes veines.

Oui… A présent, je pouvais le faire moi aussi…

Je contractai le poing et brandis mon bracelet vers l’avant. La chouette qui y était accrochée se mit à vibrer et, d’un seul coup, ses yeux projetèrent une vive lumière dorée.

« Viens nous rejoindre, Athéna ! »

A mes côtés s’éleva une grande guerrière aux cheveux d’argents et armée d’une lance et d’un bouclier. La déesse de la guerre portait une simple tunique beige, ouverte sur l’avant, sur laquelle se dessinait un motif étrange, comme des veines dorées parcourant ses habits et se rejoignant en une pierre rouge incrusté au niveau de son thorax. Les traits de son visage étaient très semblables aux miens. J’ignorais si elle avait volontairement choisi cette apparence ou si ce n’était qu’une étrange coïncidence…

Pour la première fois de ma vie, j’avais réussi à invoquer mon Spiritual sous forme physique… Mais ce n’était pas le moment de me féliciter de mon exploit. J’avais un démon à abattre.

Tout en l’invoquant, je matérialisai également les mêmes armes que la déesse dans mes mains et je souris. Moi qui avais toujours voulu me battre un jour comme les héros de mythologie, j’en avais enfin l’occasion…

Avec un cri de guerre, et en synchro avec Athéna, nous nous jetâmes sur le monstre. Celui-ci tenta de nous asséna un coup de griffe mais la guerrière para facilement l’attaque pendant que je plantai mon arme dans le torse de la créature.

Aussitôt, elle s’évapora dans un millier d’étoiles dorées et fut rapidement remplacée par d’autres. Je ne me laissai pas démonter et je continuai mes assauts.

Ainsi, oubliant totalement le danger, je me jetai à bras ouverts dans la bataille. Je chargeai tête baissée avec ma lance et Athéna assurait mes arrières puis nous échangions les rôles, terrassant de la sorte des dizaines et des dizaines d’ennemis.

Je sautais, courrais, esquivais, parais et attaquais sans un seul instant de répit, décimant sans compter l’armée de Gariatron. Au loin, je voyais que la bataille entre le démon et mes deux alliées faisait rage mais il m’était toujours impossible de les rejoindre à cause de la masse d’ennemis…

Soudain, alors que je m’apprêtai à terrasser un autre ennemi, un deuxième arriva par le sol et Athéna fut incapable de me protéger de cette attaque. Je dus me jeter maladroitement sur le côté mais je ratai mon atterrissage, trébuchant sur un débris de mur.

Athéna tenta de me rejoindre mais, baissant sa garde, l’un des monstres en profitant pour cracher une rafale de flammes qui nous sépara et me laissa totalement à la merci de la seconde créature…

Je serrai les dents. Je n’avais pas peur. J’étais simplement furieuse contre moi-même d’avoir commis une erreur aussi stupide et qui allait me coûter cher à présent…

Le monstre se jeta sur moi et, dans un dernier effort, je levai le frêle bouclier devant moi pour me protéger mais je n’eus pas l’occasion de m’en servir. En effet, le monstre fut arrêté dans sa course par une force invisible avant d’être projeté à l’autre bout de la salle, sous mes yeux ébahis…

« Je ne peux pas te laisser seule une seconde on dirait, ricana une voix à quelques mètres de moi.

— J… June ? M’écriai-je aussi surprise qu’heureuse de l’entendre. »

Je me mis à regarder de tous les côtés mais je ne pus repérer mon amie alors que sa voix était toute proche…

L’air à ma gauche se mit alors à tourbillonner et, comme un fantôme, June apparut, chevauchant son dragon fantomatique. Mon amie sauta à terre et j’écarquillai les yeux, interdite.

« Mais… Comment ? Tu étais…

— La médecine du futur est formidable, s’amusa-t-elle en s’étirant. Mais je crois que nous n’avons pas vraiment le temps de parler de ça, Iori et Laura semblent avoir des problèmes… »

Je jetai un coup d’œil aux deux combattantes et, effectivement, elles ne semblaient pas en excellente posture… Gariatron répétai les assauts incessants et ne laissait pas une seule seconde aux deux filles pour reprendre leur souffle.

Soudain, le démon projeta une boule d’énergie droit sur Iori qui fut incapable de l’esquiver et qui fut projetée en arrière, traversant plusieurs maisons avant de se faire ensevelir par des débris…

« Allez, Angéla, il est temps de jouer aux héroïnes, me dit June en me tenant une main pour me relever.

— C’est ma phrase ça ! Protestai-je en attrapant sa main. »

Nous nous regardâmes pendant un instant, mi amusées, mi sérieuses. Nous n’avions pas besoin de nous parler, nous savions ce qu’il nous restait à faire à présent.

D’un accord tacite, June disparut à nouveau avec son dragon et m’ouvrit la voie, attaquant furtivement les monstres pour me dégager un passage dans lequel je m’engouffrai, accompagnée d’Athéna qui repoussait les attaques à distance.

Grace à June, je franchis aisément la distance qui me séparait de Gariatron et, sans réfléchir, j’ordonnai à Athéna de s’interposer au moment où le démon attaquait une nouvelle fois Laura tandis que mon amie alla aider Iori à se dégager.

Le visage du démon se crispa et je crus lire un léger soulagement dans les yeux de Laura à mon intervention.

Mais, alors que je pensais que ma venue allait le déstabiliser et nous donner un instant de répit, Gariatron devint comme fou, je crus même qu’il allait exploser, au sens propre, tant il faisait trembler les murs.

« Assez ! Hurla-t-il. Angéla, je comptai me servir de toi pour perturber le destin mais puisque tu en sembles incapable, je vais me contenter de tous vous exterminer une bonne fois pour toute !

— Non ! Cela n’arrivera pas, s’exclama Laura en s’avançant d’un pas vers lui, une détermination sans faille brulant dans son regard.

— Tu imagines toujours que vous, simples humains, vous pouvez résister à un démon tel que moi ! Quelle ineptie, je m’en vais vous montrer mon véritable pouvoir ! »

Une énergie noire tourbillonna alors autour de lui, et nous prit au piège. Je vis une forme sombre s’élever au-dessus de lui, une sorte d’immense serpent ailé et sombre et mon cœur s’accéléra.

Quand enfin le serpent se fut détaché totalement de son ancien corps, je vis celui d’Hélios tomber mollement à terre, exactement tel que nous l’avions vu disparaitre.

L’essence de Gariatron s’était finalement totalement régénérée, il ne devait plus avoir besoin du corps d’Hélios pour rester dans ce monde.

Le démon nous faisait face du haut de ses dix mètres, majestueux et terrifiant à la fois… Il poussa un rugissement qui fit cesser immédiatement tous les combats en place et toutes les têtes, alliées et ennemies, se tournèrent vers le roi des démons puis un silence de mort tomba sur le quartier général, tous attendant ce que Gariatron avait à dire.

« Cette guerre… n’a que trop duré, et il est temps d’y mettre un terme ! Moi, Gariatron, roi des six démons originels, je fais le serment ici et maintenant de détruire tout ce qui vit sur cette terre ! Il n’y a plus d’échappatoire ! »

Il planta ses griffes démoniaques dans le sol, et une onde de choc se propagea tout autour de nous, faisant trembler ciel et terre.

« Je ne laisserai pas cela arriver, rétorqua Laura en serrant le pendentif qu’elle avait autour du cou. Il a donné tout ce qu’il avait pour un monde meilleur, un monde où je pourrais enfin vivre heureuse. »

Des larmes coulèrent de sa figure lorsqu’elle dit cela et cristallisèrent aussitôt en perles glacées.

« Je ne peux pas, je ne dois pas échouer ! Toutes les personnes ici ne veulent qu’une seule chose, pouvoir vivre tout simplement, et je compte bien réaliser leur souhait, même si je dois y laisser ma propre vie !

— Tu penses vraiment que les pouvoirs que j’ai conférés à ta famille seront suffisants pour me vaincre ? Voilà ce que je déteste le plus dans l’humanité, ce sentiment de se sentir toujours supérieur, vous me faites penser à Luminion…

— Tu as tout faux, je n’ai jamais prétendu pouvoir te vaincre et m’en sortir indemne. Je suis, nous sommes tous animés par le sentiment de l’espoir, mais tu ne peux sûrement pas comprendre…

— L’espoir ? Dit-il, étonné de sa réponse. Ridicule, c’est un sentiment pour les faibles ! La volonté, le courage, l’espoir, tout cela est réservé aux faibles comme Luminion ! Je vais vous prouver que seule la force compte dans un combat !

— Cependant lorsque la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, l’exilé reviendra. Il rétablira l’équilibre des pouvoirs et reprendra la place de souverain qui lui est due, mettant un terme à ce règne de terreur et de destruction… … Récita Laura dans un murmure. »

Elle jeta un regard dans ma direction. Il ne nous en fallait pas plus pour nous faire comprendre. Je pris sa main et je sentis une énergie indescriptible m’envahir.

« Reçois-le, notre espoir à tous ! »

Une vague d’énergie blanche et éblouissante fusa à toute vitesse vers Gariatron, qui ne se laissa pas déstabiliser par cette manifestation de puissance et riposta en soufflant un feu noir.

Les deux rayons se percutèrent et libérèrent une telle énergie qu’elle balaya tous les soldats autour de nous. Aucun des deux ne semblait vouloir renoncer ni céder un millimètre de terrain l’ennemi. Les deux puissances étaient de puissances égales, la lumière égalait les ténèbres à un niveau encore jamais atteint auparavant.

« Je dois bien avouer que tu m’impressionnes Laura, développer ton pouvoir de cette façon n’est pas donné à tout le monde, même pas à ton père, mais il ne représente qu’une infime partie du mien, une goutte d’eau dans un océan que je vais noyer !

— Oui, tu as peut-être raison, mais ce sont ces mêmes gouttes d’eau qui ensemble forment ton océan si précieux.

-les beaux mots ne te sauveront pas Laura, seuls les actes comptent ! Rugit le démon. »

L’énergie de Laura semblait faiblir alors que celle de Gariatron allait en augmentant. Nous perdions peu à peu du terrain, et ne nous pouvions rien faire pour l’en empêcher…

Soudain, deux nouveaux rayons se mêlèrent au nôtre, amplifiant notre puissante et nous faisant regagner lentement du terrain sur le souffle de feu noir de Gariatron.

— Gariatron… Je sauverai mon père des ténèbres dans lesquelles il est plongé par ta faute ! S’écria Iori derrière nous.

— Je n’ai pas de grand discours à faire… Mais, même si mes raisons ne sont pas personnelles, je refuse de voir souffrir autant de monde par la faute d’un seul être ! Ajouta June en prenant place à mes côtés.

— Iori… June… Laura… Murmurai-je, impressionnée par leur courage.

— Je ne renoncerai pas Gariatron ! Enchaina Laura, soudain entourée d’une aura aussi sombre que celle de Gariatron. Ren n’est perdu tant que l’on n’est pas à terre ! Subzero Darkness ! »

Le rayon de lumière de Laura gagna en intensité et surtout en puissance, virant au bleu glacé si bien que le sol et le plafond commencèrent à se fissurer rien qu’avec l’énergie dégagée par le choc entre les deux attaques.

Leurs puissances étaient égales. Il était totalement impossible de dire qui l’emportait sur l’autre mais je ne laissai pas impressionner, tout comme June et Iori, je mêlai toute la puissance d’Athéna dans cette ultime explosion d’énergie.

Soudain, une voix s’éleva au milieu de cette déferlante d’énergie, voix que je reconnus immédiatement comme étant celle de la rouquine ayant parlé à Laura un peu plus tôt.

« Sagittarius Arrow ! »

A notre flot d’énergie vint s’ajouter une nouvelle puissance. Un rayon de lumière blanche fusa depuis le ciel, traversa la voute souterraine et se mêla au rayon sombre que projetait Laura, l’entourant comme un serpent autour d’une branche.

La situation avait beau être dramatique, je ne pus m’empêcher d’être émerveillée par la beauté de cette attaque… La parfaite combinaison entre la lumière et les ténèbres…

« Je suis un démon ! Je ne crois pas aux miracles, je les crée ! Et voilà le miracle que je vais vous montrer : votre disparition définitive de cette pla… »

Il laissa sa phrase en suspens, tandis que je vis ses yeux s’agrandir de surprise, si bien qu’il cessa immédiatement son attaque. Laura saisit ce moment de distraction pour lui porter le coup de grâce. La lumière qu’elle irradiait fusa en direction de notre ennemi qui n’eut le temps de de pousser un rugissement de surprise avant de se faire baigner par l’aura pure de Laura.

Une nouvelle explosion de lumière illumina la pièce et nous aveugla totalement pendant plusieurs secondes. Mon cœur battait à tout rompre et je sentais le sang frapper contre mes veines à l’intérieur de moi tandis que j’haletai, à bout de souffle après une telle attaque.

« Est-ce que c’est terminé ? Demanda June avec une pointe de doute dans sa voix.

— Je crois que o… »

Cependant, lorsque la lumière du rayon se dissipa, nous le vîmes, affaibli, mais en vie. Gariatron se retourna, furieux.

Hélios s’était relevé. Il avait un air patibulaire, mais un sourire cruel illuminait son visage.

« T… Toi ! Bégaya Gariatron comme à bout de souffle. »

Il fit trois pas chancelant vers le seigneur soleil avant de s’écrouler. Lorsque son corps heurta le sol de la pièce, je crus qu’elle allait s’effondrer mais elle tint bond.

Tous les regards étaient figés sur le démon et sur Hélios qui se faisaient face. Les combats avaient cessé et tous attendaient l’issue finale.

Gariatron ne faisait plus un seul mouvement, une épée d’or était plantée profondément dans son dos et du sang noir en dégoulinait, mais nous pouvions toujours entendre son souffle rauque dans le silence de la salle.

« C’est terminé Gariatron, dit enfin Hélios, plus jamais tu ne sèmeras la terreur sur Terre.

— J… J’ai… perdu ? Je… Je n’imaginais pas les choses ainsi, murmura Gariatron d’une voix déformée par la douleur. Ainsi, je suis trahi par celui qui autrefois a fait en sorte que je vive… encore une fois… »

Il y avait dans ses paroles comme du regret, une sorte de nostalgie d’un autre temps désormais révolu. Mais pouvait-il ressentir un tel sentiment ? Je n’avais jamais imaginé le démon qui se tenait devant moi ressentir la moindre émotion positive. Mais tous les êtres vivants ne sont-ils pas régis par les mêmes lois ? Mais Gariatron était-il un simple être vivant, ou bien une créature fantastique telle qu’elles sont décrites dans les livres ? Je ne savais plus quoi penser, toutes ces histoires d’origine m’avaient totalement embrouillé l’esprit.

« Non Gariatron, c’est toi qui t’es éloigné de la vérité.

— C… Comment ? Répondit ce dernier dans un souffle à peine audible.

-ta haine contre l’humanité t’a conduit à faire des choses que jamais tu n’aurais fait en temps normal, des choses que toi-même, si tu prenais le temps de revenir sur ton passé, tu condamnerais. As-tu oublié ton véritable but, celui pour quoi j’ai accepté de t’héberger ?

-les humains… Murmura-t-il, le regard plongé dans le vide. »

Le démon ne répondit rien de plus et se contenta de fermer les yeux. Le silence pesant qui régnait ne se dissipa que lorsqu’il les rouvrit, une esquisse de sourire sur son visage de serpent, mais cette fois ci, non pas un sourire assassin, mais de tranquillité.

« Je déteste… vraiment les humains… Soupira-t-il. »

Il tourna son long cou écailleux dans notre direction et nous adressa la parole :

« Iori… Laura… Et toi qui nous regarde au loin, Akane… Je n’aurais jamais cru dire cela un jour mais… vous m’avez surpassé… Vous, de simple humaines insignifiantes…

« Je… Je ne sais pas si je dois le prendre comme un compliment… bégaya la jeune fille, gênée. »

Laura répondit d’un signe de la tête, encore trop bouleversée par ce qu’elle voyait pour dire autre chose.

« Si Luminion vous voyait, je suis sûr qu’il serait fier de vous. »

Le démon puisa alors dans ses dernières ressources pour nous faire face une dernière fois. La bataille avait totalement détruit le plafond de la salle, et le ciel était désormais visible, même dix mètres sous terre.

Le soleil pointait timidement ses rayons parmi les fissures des murs, un ciel bleu azur s’étendait au-dessus de nos têtes. C’était apparemment la première fois depuis longtemps qu’il brillait ainsi pour Laura et les autres à en juger par leur regard.

« Je n’aurai jamais cru pouvoir revoir un jour le soleil, l’amie de Darksky, émerveillée par ce phénomène si normal qu’est un lever de soleil le matin. »

Le corps de Gariatron, baigné par cette lumière, scintillait de mille feux… Non, c’était son propre corps qui émanait cette lumière.

« Angéla, June, dit-il soudainement, ce que j’ai tenté de faire en vous transportant ici… était stupide… Je compte sur vous pour me faire réaliser cela dans le passé…

— Euh… oui, bien entendu, répondis-je déconcertée par sa question si soudaine. »

Son corps se décomposa alors en une trainée d’étoiles et de faisceaux de lumières se propageant rapidement au dehors par l’ouverture du toit et lentement, je le vis se fondre dans la clarté du matin.

« Adieu Hélios, je… suis désolé, rien ne pourra pardonner ce que j’ai fait, je le sais bien… dit-il dans un dernier murmure.

— Je ne sais pas si je pourrais t’en vouloir, je suis aussi fautif que toi, lança le roi en haussant les épaules. »

Gariatron sourit et poussa alors un dernier rugissement avant de disparaitre totalement pour ne laisser qu’un éclat de lumière se dissipant peu à peu.

C’est alors qu’une plume d’un blanc immaculé vint se poser délicatement juste devant moi. Était-ce… un cadeau d’adieu de Gariatron ? Dans le doute, je mis l’objet dans ma poche et je le conservais précieusement.

Je me tournai vers June, lui lançant un sourire satisfait et elle me le rendit. Nous frappâmes nos bras en signe de victoire tandis que timidement, des têtes émergeaient des habitations. Rapidement, les rues furent bondées d’humains et d’esprits, tantôt abasourdis, tantôt pleurant de joie.

« C… C’est la première fois que je vois le soleil… S’émerveilla Iori, des étoiles dans les yeux. Il est si… chaud et réconfortant…

— Tu vas pouvoir profiter des bains de soleil à la plage maintenant ! Lui dis-je en riant.

— Avant de penser à retourner à la plage, il va falloir tout reconstruire… ça ne va pas être une mince affaire… Soupira Laura.

— Vraiment ? Pourtant cela devrait être un jeu d’enfant pour celle qui a vaincu le démon ! S’exclama Hélios.

— Je vous rappelle que c’est tout de même à cause de vous si nous en sommes là maintenant ! Lui dit Laura, menaçante, alors vous allez mettre la main à la pâte et plus vite que ça !

— Oui… c’est vrai, vous n’avez pas tort… mais…

— Il n’y a pas de mais qui tienne Hélios ! Vous reconstruirez comme tout le monde ! Vous serez même le premier !

— Eh ! Il faut se calmer mon enfant, dit-il sur la défensive, détendez-vous, le mal est parti, nous avons tout notre temps, rien ne presse.

— Me détendre ?! S’exclama Laura. Vous plaisantez j’espère, ce n’est pas le moment de bayer aux corneilles, il nous faut encore rassembler les derniers partisans de Gariatron, prévenir tout le réseau de notre victoire, balayer les décombres, réhabiliter la surface… »

Pendant que Laura exposait son cahier de charge, Hélios levait les yeux au ciel et haussait les épaules. Iori tenta de les calmer, en vain et elle se fit expulser de la conversation, jugée comme trop jeune pour comprendre et la jeune fille vint bouder à côté de nous.

« Et voilà, dès que la guerre est finie, je passe de générale à gamine ! Se plaignit-elle en gonflant les joues.

— En les voyant tous les deux, je trouve que tu es la plus adulte du lot, lui répondit June, amusée.

— En même temps, tu es en train de supposer qu’Hélios est un adulte… ce qui me parait assez faux… rétorquai-je en me souvenant de sa course de Dragons. »

Nous éclatâmes de rire toutes les trois pendant que Laura et Hélios continuaient à sa chamailler comme deux gamins.

Mais, en un sens, cela me faisait chaud au cœur de voir que les problèmes du quotidien refaisant rapidement surface.

Soudain, June et moi fûmes entourées de la même lumière que celle ayant enveloppé Gariatron un peu plus tôt et nos corps commencèrent à devenir translucides. Je compris alors que, à présent que le démon avait disparu, nous ne pouvions pas rester plus longtemps dans ce monde qui n’était pas le nôtre.

Iori sursauta et Hélios et Laura cessèrent leurs querelles pour se retourner vers nous, mais ils n’avaient pas l’air surpris.

« Vous nous quittez déjà ? Demanda Hélios de la façon la plus naturelle qui soit.

— Oui, il semblerait que notre rôle se termine ici, lui répondit June.

— Merci à vous deux, nous dit Laura, les larmes aux yeux. Nous n’oublierons jamais ce que vous avez fait pour nous. Votre mémoire perdurera longtemps après votre départ, comme celle de nos amis disparus.

— Je passerai peut-être vous voir un jour qui sait ! S’exclama Iori avec un large sourire.

— Si vous inventez la machine à voyager dans le temps, pourquoi pas, m’amusai-je. »

Le monde commença à devenir flou tandis que la lumière émanant de nos corps s’intensifiait. La dernière image que nous vîmes d’eux alors qu’ils disparaissaient peu à peu fut l’ombre blanche de Gariatron, tel un mirage se fondant dans le paysage, flottant derrière Hélios, Iori et Laura, et les entourant d’un geste protecteur, comme veillant sur ce monde nouveau.




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le bon temps…

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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [08/09/2019] à 16:48

Chapitre 34 : Un rêve inébranlable



Spoiler :


Un torrent d’eau froide me réveilla en sursaut. J’ouvris les yeux, paniqué, avant de me rendre compte, qu’il ne s’agissait là que de ma sœur. Je soupirai, prêt à me rendormir tant mon corps me faisait mal.

Soudain, je me souvins du flash de lumière nous ayant enveloppé, Angéla, Drago, June, ma sœur et moi et je me rendis compte que je ne me trouvais plus dans cette citadelle mais dans une vaste clairière au beau milieu d’une forêt.

Je levai les yeux pour tenter reconnaitre ne serait-ce que l’espèce d’arbre poussant ici, mais rien ne me vint à l’esprit. Le soleil pointait timidement ses rayons à travers le feuillage touffu au-dessus de nos têtes, mais le peu de rayons qui arrivaient jusqu’à nous éclairaient la mousse qui se déposait sur les rochers de façon à la rendre vert émeraude et même scintillante.

Un faible cours d’eau passait par cet endroit. Il ne devait pas y avoir plus de deux ou trois centimètres de profondeur, et pourtant je pouvais entendre le doux murmure de l’eau s’écoulant lentement sur les roches. Le ruisseau était limpide, calme et considérablement apaisant. Les reflets du soleil sur les feuilles parvenaient jusqu’au cours d’eau et semblaient indiquer la source de celui-ci, quelques mètres plus loin.

« Où… Sommes-nous ? Murmurai-je en me relevant lentement.

— Dans une forêt je dirais, railla ma sœur.

-très pertinent, en effet, je ne l’avais pas remarqué, rétorquai-je sur le même ton. »

Marie ne répondit rien de plus et me tourna le dos, regardant un point fixe au loin avant de pencher la tête sur le côté comme elle le faisait lorsqu’elle était ennuyée.

« Tiens, nous ne sommes pas sur Terre, déclara-t-elle d’une voix naturelle.

— Ce n’est pas drôle, Marie, nous devons retourner au plus vite à la forteresse et…

— Je ne plaisante pas, me coupa-t-elle d’un ton soudain sérieux. »

Je restai bouche bée un instant, continuant à croire que ma Marie tentait de me faire une blague stupide mais lorsqu’elle me regarda dans les yeux, son expression me disait qu’elle était vraiment sérieuse. Une goutte de sueur coula le long de mon front.

« Et dans ce cas… où sommes-nous ? Lui demandai-je, craignant sa réponse.

— Peut-être dans Izrath, hasarda-t-elle en haussant les épaules. La végétation me fait penser à la forêt ancienne.

— I… Izrath ? »

Ayant toujours du mal à le croire, je me mis à scruter les environs avec attention et, effectivement, maintenant que Marie le disait, j’avais vraiment l’impression que cet endroit était la réplique exacte de la forêt ancienne.

Que faisions-nous dans un endroit pareil ? Gariatron nous avait-il transportés dans Izrath à cette lumière blanche ? Et si oui, pourquoi ? Trop de questions trottaient dans ma tête à cet instant et me donnaient mal au crâne alors que j’étais encore épuisé par mes blessures.

Les feuilles remuèrent soudain de l’autre côté du ruisseau et je crus voir une longue chevelure blonde se terminant en une queue de cheval plus ou moins bien faite disparaitre dans les taillis.

Mon cœur rata un battement dans ma poitrine et, oubliant totalement notre mission et sans réfléchir une seconde de plus, je me lançai à la poursuite de cette personne.

« Attends ! Lui cirai-je.

— Michael ? Ou vas-t… »

Je n’entendis pas le reste de la phrase de ma sœur, j’étais déjà trop loin. Je courus à travers la végétation dense de la forêt à la poursuite de mon ancienne amie.

Je n’avais aucun doute. J’aurais reconnu le blond de ses cheveux et sa coiffure entre mille. Lorsqu’elle m’avait quitté, elle tentait d’atteindre un endroit en particulier et cela ne m’aurait pas étonné que cet endroit se trouve justement dans le monde des Spirituals.

Même si je l’avais perdue de vue depuis longtemps, le sol humide de la forêt et les branches cassées trahissaient son passage et me permettaient de la suivre aisément.

Ma course folle m’entraîna à travers toute la forêt, mais chaque arbre ressemblait à un autre, il n’y avait tout autour de moi que de la végétation dense et j’ignorais si je m’étais éloigné de mon point de départ ou si je n’avais fait que tourner en rond depuis le début…

J’arrivai finalement dans une petite clairière bien différente de celle que j’avais quittée pour me lancer à la poursuite de mon amie. Il n’y avait plus de ruisseau ni de végétation luxuriante, simplement des feuilles brûlées et noires de suie, de la pierre nue les entourant, sans un seul rayon de soleil pour donner vie à ce paysage sinistre. Il n’y avait pas non plus un seul bruit, pas même celui du vent. Seul un silence pesant régnait ici.

Je regardai rapidement au sol mais les traces de pas avait disparu. La terre était bien trop sèche ici.

Essoufflé, je tentai de repérer une irrégularité dans les branchages qui aurait signalé le passage de quelqu’un mais rien. A croire que Saya s’était envolée.

Je n’avais pourtant pas rêvé. J’avais bien reconnu sa chevelure blonde et sa coiffure caractéristique… Était-ce une illusion créée par Shadow pour me perdre dans le monde des esprits ? Je commençais sérieusement à douter de moi-même…

Mais, alors que je m’apprêtai à faire demi-tour pour rejoindre ma sœur, je remarquai comme une petite ouverture derrière un mur de ronces. En m’approchant, mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque je découvris l’entrée d’une grotte, ainsi qu’un objet sur le sol : une page déchirée et jaunie d’un livre ancien.

Mon espoir revint d’un seul coup et, sans hésiter, je décidai de m’enfoncer plus profondément dans cette grotte sombre et inquiétante.

Rapidement, la lumière du jour disparut et je fus forcé d’avancer à l’aveugle, avec comme seul éclairage la lumière de mon téléphone, tout juste suffisante pour me permettre de voir où je mettais les pieds.

J’entendais simplement l’écho de mes pas dans la grotte, ainsi que les battements de mon cœur. Je devais y aller à tâtons, mais le chemin semblait droit et sans bifurcation.

Marcher ainsi me rappela ma première expédition avec Saya et je souris bêtement. Par ma faute, nous avions bien failli y passer… Mieux valait que j’évite de refaire les mêmes erreurs qu’à l’époque.

Cependant, il ne semblait y avoir aucun piège dans cette grotte. Simplement un long chemin qui me semblait sans fin…

Après avoir marché vingt bonnes minutes dans le noir le plus total, je débouchai finalement dans une grande pièce circulaire. Quelques rayons de soleil passaient faiblement à travers les fissures de la haute voute au-dessus de ma tête et me laissaient distinguer un décor bien singulier.

La pièce était entièrement fermée à l’exception de là par où j’étais entré et celle-ci était entièrement vide à l’exception d’un piédestal en son centre tandis qu’au sol était dessiné un immense symbole qui me rappela aussitôt un autre que j’avais vu dans le livre de Saya : celui de la citadelle originelle.

Lentement, je m’avançai vers le piédestal et, à en juger par la marque de poussière dessus, quelqu’un y avait posé un objet récemment, peut-être même quelques jours, voire quelques heures plus tôt.

J’en étais à présent persuadé : Saya était passée par ici. Je devais me trouver dans une sorte de couloir permettant de rejoindre la fameuse citadelle.

Pendant un instant, une pensée stupide me traversa l’esprit, pensée qui fut aussitôt balayée par l’image du regard glacial de Laura et, fermant les yeux tout en soupirant, je souris légèrement.

« Désolé Saya… J’aimerais bien te rejoindre mais je n’ai pas encore tenu ma promesse, murmurai-je. J’aurais bien aimé te revoir mais on dirait que ça sera pour une prochaine fois. »

Je sortis la page déchirée et, après l’avoir déposée sur le piédestal dans l’espoir que Saya repasse par ici, je fis demi-tour.

Cependant, alors que je pensais revenir à mon point de départ en sortant de la grotte, je fus incapable de reconnaitre l’endroit. C’était comme si j’étais dans une toute autre clairière, plus sombre et plus lugubre surtout. Un ruisseau presque à sec coulait faiblement parmi les feuilles sèches des arbres. Le vent soufflait bien plus fort et aucun bruit ne me parvenait à l’oreille excepté celui de mes propres pas sur les pierres noires. Le temps s’était lui aussi soudainement rafraichi.

Je n’étais pas à l’aise et j’avais l’impression que des dizaines de paires d’yeux étaient posées sur moi et m’épiaient dans l’ombre. Pourtant, lorsque je m’approchai d’un des taillis qui aurait pu abriter une créature, je ne vis rien de plus que quelques petits insectes.

Je soupirai. Apparemment, les souvenirs de mes explorations avec Saya me laissaient encore de mauvais souvenirs, à tel point que j’en devenais paranoïaque…

Tentant de faire abstraction de ce sentiment désagréable, je me mis en tête de retourner à mon point de départ en commençant par chercher les traces de pas qui m’avaient conduit ici mais il n’y avait plus rien et je fus obligé de progresser au hasard…

Je m’enfonçai donc dans les entailles mêmes de cet étrange endroit. Plus j’avançais, et plus je trouvais ma progression difficile. Mes jambes devenaient de plus en plus lourdes, j’avais l’impression de porter une tonne de pierre sur mon dos et je transpirais à grosses gouttes, malgré la fraicheur croissante des lieux.

L’aspect même de la forêt avait également bien changé. Il n’y avait plus cette végétation luxuriante qui me gênait avant. Désormais, le chemin était parsemé de racines entremêlées et qui s’enfonçaient dans la terre aride. Les arbres avaient perdu leurs feuilles mais leurs branches étaient si rapprochées que je ne voyais toujours pas où je me trouvais.

Enfin, je vis comme une lumière faible émerger des arbres sombres et sans réfléchir une seconde de plus, je me précipitai vers la source avant de déboucher dans une nouvelle clairière.

Mais, cette clairière était bien différente des autres. Il n’y avait aucun court d’eau, ni même de lumière ou de vent. Les arbres étaient totalement nus et même morts pour la plupart.

J’avais au-dessus de ma tête un épais plafond de branches basses qui me donnaient l’impression d’être enfermé dans un espace confiné. Les pierres elles aussi étaient nues, pas de mousse ni de plante ne les recouvraient. Elles étaient noires comme la suie, et acérés comme des rasoirs. Ce paysage de dévastation ma rappela notre excursion involontaire dans les montagnes. Le paysage était peut-être même moins effrayant qu’ici, le sentiment de solitude venant s’ajouter à mon mal aise.

Le cri d’un corbeau au loin me fit sursauter et résonna longuement avant de s’éteindre dans le silence.

Un frisson me parcourut l’échine en réalisant que je ne sortirais peut-être jamais de ce dédale végétal mais ma volonté de retrouver Laura et de la faire revenir à la raison dissipa rapidement ces pensées noires.

Ne désirant pas perdre plus de temps ici, je sortis le pendentif d’Ethon et le brandit au-dessus de moi dans l’espoir d’avoir plus de visibilité en hauteur.

Cependant, alors que je m’apprêtai à l’invoquer, une fumée sombre sortit du sol et commença à envahir la clairière.

Instinctivement, je mis ma manche sur mon visage, croyant à un feu de forêt mais une goutte de sueur perla de mon front lorsque je compris de quoi il s’agissait réellement.

Une forme sombre s’éleva de la fumée et deux yeux rouges comme le sang s’en dégagèrent.

« Oh non, tu n’iras nulle part, Darksky, siffla une voix résonnant dans mes oreilles. »

Une force invisible incroyablement puissante me projeta violemment contre un arbre tandis que la créature prenait peu à peu forme, celui d’un immense serpent ailé.

« Laura Garden veut peut-être t’affronter mais je ne le permettrai pas, je ne peux pas prendre ce risque, pas aussi proche du but !

— E… Essaie un peu de m’en empêcher… Raillai-je en tentant de paraitre sûr de moi alors que mes jambes tremblaient devant la créature de l’ombre. »

Je n’avais aucun moyen de m’échapper, j’étais pris au piège par les branches épaisses des arbres morts sur le chemin. J’allais devoir le combattre. Cette pensée m’effraya. Je n’étais pas de taille à affronter une créature antique comme lui seul…

Mais je ne pouvais pas reculer. Je devais ramener Laura à la raison, et ce, par tous les moyens. Si je m’étais battu jusqu’ici, c’était dans cet unique but, je ne pouvais pas faire marche arrière !

Gariatron poussa un autre rugissement qui fit trembler ciel et terre avant de se jeter sur moi sans autre avertissement.

J’eus tout juste le temps de me défendre avec mes pouvoirs activés à la dernière minute avant qu’il ne me découpe en morceaux. Gariatron écarquilla ses petits yeux de reptile et poussa un hurlement de rage devant ma résistance puis repassa à l’attaque.

Je plongeai sur le côté pour l’éviter mais il avait anticipé ma réaction et me fouetta violement d’un revers de queue qui me fit m’écraser sur le tronc d’un arbre mort. Les branches et les troncs craquèrent sous la force de l’impact et des dizaines d’échardes pénétrèrent dans ma peau. Mais, le temps que je reprenne mes esprits, le démon était déjà repassé à l’offensive en lançant une rafale de feu noir dans ma direction.

Je roulai derrière un rocher proche pour éviter de justesse les flammes, mais je sentais tout de même leur chaleur m’affaiblir. La broussaille derrière moi avait pris feu et dégageait une inquiétante fumée noire, me piquant les yeux.

Une joie cruelle se lisait dans les yeux de mon ennemi tandis que j’essayai d’échapper à l’incendie.

« Tu ne peux pas t’enfuir Darksky, le feu te rattrapera où que tu ailles ! »

Il avait raison, tout ce qui se trouvait ici pouvait prendre feu en moins d’une seconde. Si cela continuait ainsi, toute la forêt serait bientôt plongée dans le chaos.

Je repensai soudain à Marie, quelque part dans les environs, ne se doutant pas de la catastrophe se produisant ici. Elle allait finir carbonisée, tout comme moi si je n’arrêtai pas Gariatron…

Je pris mon courage à deux mains et je sortis de ma cachette pour faire face à mon ennemi dignement.

En plus de mes griffes habituelles, je matérialisai dans mon dos une paire d’ailes noires, parcourue de lignes rouges comme le sang. Mais je ne me m’arrêtai pas là et je fis également apparaitre l’armure d’or que portait Ethon.

Gariatron émit un grognement agacé en voyant cette nouvelle forme. Après tout, j’étais moi-même étonné par ce que je venais de faire. C’était comme si en Izrath, j’avais la capacité de ne faire plus qu’un avec mon Spiritual.

Oui… A présent, je pouvais me battre à armes égales avec ce démon de pacotille.






Chapitre 35 : Face aux ténèbres



Spoiler :


Je déployai mes ailes puis je fis un bond de plusieurs mètres qui me propulsa au-dessus de la cime des arbres. Gariatron me suivit en hurlant.

Nous étions à présent hauts dans le ciel. La forêt vue d’ici ressemblait à une immense pelouse verte. Autour se dressaient d’imposantes montagnes, si hautes qu’elles perçaient à travers les nuages. Le vent, à cette altitude, était bien plus violent et je devais lutter rien que pour lui résister. Voler était décidément plus difficile que je ne l’aurais cru…

« Tu ne maitrises pas cette forme, Darksky, je n’aurais aucun mal à t’exterminer ! Rugit le démon, fou de rage.

— Approche un peu pour voir, le provoquai-je. »

Il se jeta violemment sur moi, une lueur cruelle dans le regard. J’évitai maladroitement son attaque en esquivant sur la droite, mais contre toute attente, il revint immédiatement à la charge en faisant demi-tour sur le dos en passant par-dessus moi pour m’attaquer en piqué.

Je n’avais pas du tout anticipé une telle stratégie et son attaque me projeta vers le sol. Je battis aussi fort des ailes que possible pour retrouver mon équilibre juste avant de m’écraser.

Je me rendis compte que les combats aériens étaient bien différents des combats terrestres. Nous n’étions plus soumis à aucune loi de la pesanteur, ce qui nous permettait d’attaquer par tous les côtés, chose que je n’avais pas réalisé assez tôt…

Je n’eus pas le temps d’élaborer une stratégie adaptée à ma découverte car déjà, Gariatron préparait un autre piqué, mais j’y étais préparé cette fois ci. Le voir s’élever lentement dans les airs comme il le faisait me donna une idée folle.

Je plaçai mon poing au-dessus de ma tête et attendis le bon moment pour frapper. Ma nouvelle vision d’aigle me permettait de voir distinctement ses mouvements et presque de les deviner.

Il amorça alors sa chute. J’attendis qu’il se rapproche au plus près de moi puis, lorsqu’il fut à quelques centimètres, je le frappai de toutes mes forces.

L’impact créé par le choc me projeta en arrière et lui haut dans le ciel. Mon atterrissage peu gracieux déracina une multitude d’arbres mais je réussis à ne pas ouvrir un nouveau cratère dans le sol.

Je me mis alors à voler en direction du ciel, toujours plus haut, toujours plus vite, passant devant les yeux effarés de Gariatron qui me suivit en rugissant. C’était exactement ce que je voulais.

Nous nous élevâmes ainsi dans les airs jusqu’à dépasser la couche de nuages qui surplombaient les montagnes au loin.

Nous nous fîmes face, prêts à nous battre sous le soleil implacable qui brillait à cette altitude. Cependant, il n’attaquait pas, il restait immobile, battant juste de ses ailes d’ombre, presque invisibles désormais.

« Qu’est-ce qui ne va pas Gariatron ? Es-tu trop fatigué pour continuer le combat ? Dis-je en espérant une réaction chez lui. »

Mais le démon resta de marbre, avec seulement la flamme de la haine brillant dans ses yeux. N’en pouvant plus d’attendre, je passais à l’assaut. Mais, lorsque je fus sur le point de le frapper, mon bras le traversa comme s’il n’était… qu’une ombre !

Je regardai anxieusement autour de moi, cherchant où mon adversaire aurait pu se cacher, mais je ne vis rien du tout.

Soudain, je le vis surgir de l’épaisse couche de nuage et il m’assena un coup de tête violent, suivit d’un battement de queue qui me frappa une aile et pour finir, il cracha une rafale de flammes que je ne pus éviter.

Je sentais mon armure chauffer incroyablement sur mon corps d’homme— oiseau, sans me bruler pour autant. Je fis un ample mouvement de bras et le feu se dissipa d’un seul coup, devant le regard d’incompréhension de Gariatron.

Je venais de comprendre comment me servir de mes capacités spéciales, même dans la nature. Si j’arrivais à les maitriser au bon moment, il n’aurait aucune chance.

Je fis apparaitre dans la paume de ma main une plume noire et tranchante, puis ce fut mon tour d’attaquer en piqué. Il riposta avec un autre déluge de flammes, mais je les traversai aisément comme un jet d’eau, et, lorsqu’enfin je fus assez proche, je lui plantai la plume dans l’aile comme une épée.

D’un hurlement furieux, il me saisit par la taille et me projeta au loin, mais il était trop tard pour lui.

« Tu appelles ça une attaque ?! Laisse-moi rire Darksky, voilà la vraie puissance des ténèbres ! »

L’ombre se mit à grossir, encore et encore, jusqu’à obscurcir même les rayons du soleil. Il était réellement imposant, et aurait pu m’écraser d’une seule main s’il l’avait voulu. Cependant, je voyais toujours mon présent planté dans son aile. Tout espoir n’était pas perdu !

« Meurs, Elu des dieux ! »

Il ouvrit grand la gueule et un flot de particules noires s’articula autour de lui pour former une énorme sphère. Je la sentais qui m’attirait vers elle, je devais à tout prix m’éloigner le plus possible de cette chose.

Alors que je commençais déjà à fuir, je revis la forêt en contrebas. Si cette attaque me manquait, elle irait s’écraser sur elle, balayant tout ce qui y vivait, et Marie aussi…

Je rassemblai tout mon courage pour faire face à cette abomination, et protéger ma sœur des griffes de Gariatron. Je voyais déjà l’œil triomphant du démon lorsque je me plaçai juste devant son angle de tir. J’écartai les bras et les ailes pour servir de bouclier. Il pouvait bien me tuer, cela m’était bien égal, mais il n’avait pas le droit s’en prendre à ceux que j’aimais !

« Adieu, fils de l’aigle ! »

Juste avant qu’il n’expulse la sphère des ténèbres, je vis la plume faire son effet. Une lumière blanche s’échappa de l’aile où elle se trouvait et se propagea sur tout son long.

Cela le stoppa net dans son élan, et il rétrécit petit à petit jusqu’à retrouver sa taille normale. Toute la puissance maléfique qui l’entourait s’était évaporée, il ne restait qu’une ombre faible et blessée.

« Dark… Sky, articula-t-il avec peine. »

Un vent violent se leva et nous obligea à rejoindre des altitudes moins élevées. C’est ainsi que notre combat se prolongea à l’intérieur même d’un nuage d’orage. Je ne voyais absolument rien, pas même Gariatron qui se fondait à merveille dans le noir. J’entendais le tonnerre gronder et des éclairs zébraient les alentours. Je sentis sur moi la froide sensation des gouttelettes d’eau contenues dans les airs. Mais le démon, lui, était invisible, même pour mon regard de rapace.

Deux yeux rouges apparurent soudainement devant moi. Je n’hésitai pas et je me dirigeai vers eux, mais à peine pensais-je les avoir atteints qu’ils disparurent et réapparurent sur ma droite. Le même schéma se reproduisit alors, cette fois-ci au-dessus de moi, puis en dessous.

Il se moquait vraiment de moi, j’avais le tournis à force de regarder dans tous les sens.

« Gariatron ! L’appelai-je furieux. Viens te battre ! »

La voix qui me répondit semblait venir de partout à la fois et résonnait longuement dans l’ombre.

« Pourquoi me battrai-je avec toi, alors que tu te détruis tout seul ? Ricana-t-il… Mais il est vrai que ce combat m’aura bien diverti avant l’arrivée de Drago. »

Il surgit de nulle part et me frappa à la tête puis disparut aussitôt. Il me prenait en traitre, cela n’aurait pas dû m’étonner, mais il m’était impossible de savoir où il allait frapper.

Un deuxième coup arriva, à la cuisse, puis un troisième à l’aile gauche et pour finir à l’aile droite. Toutes ces blessures m’affaiblissaient énormément. J’avais du mal à rester en vol et mes membres étaient lourds.

Le tonnerre gronda, et il m’asséna un autre coup sur le torse, mais se heurta à mon armure.

Si seulement je pouvais m’échapper de ce nuage pour me battre au grand jour… mais ses attaques frénétiques ne me laissaient pas le temps de le faire.

Je décidai alors de me replier sur moi-même, de ne plus compter sur mes yeux puisqu’ils ne m’étaient d’aucune aide, et de laisser faire mon instinct.

J’entendis un courant d’air sur ma droite. Il était là ! Je saisis sa griffe avant qu’elle ne me touche sans même ouvrir les yeux et je le frappai de toutes mes forces.

« On dirait que ce petit jeu est sur le point de prendre fin, Gariatron, lançai-je ironiquement.

— Au contraire, il ne fait que commencer, Humain… »

Je rouvris les yeux, et je le vis lever un bras et pointer en direction du ciel. Le tonnerre gronda une troisième fois, puis un éclair fulgurant s’abattit sur moi.

Je hurlais de douleur à son contact. J’avais beau avoir la forme d’un monstre, je n’en restais pas moins un aigle.

Gariatron jubilait. Il avait trouvé le moyen de me vaincre sans résistance et sans combat de ma part. J’avais beau tout essayé pour m’en dégager, rien ne fonctionnait, j’étais pris au piège. Mes membres se raidissaient, mes sens se brouillaient et mes forces me quittaient…

« Quel Lâche ! Cria un nouveau venu.

— Qui va la ! Hurla Gariatron en relâchant son emprise. »

Sa voix était emplie de crainte et de rage, comme s’il connaissait déjà la réponse.

« Je ne peux pas regarder mon fils se faire torturer ainsi plus longtemps, il est temps de régler nos comptes, une bonne fois pour toutes Gariatron ! »

Une vive lumière perça à travers l’orage. Je vis alors deux ailes de feu sortir des ténèbres. Les yeux de Gariatron s’agrandirent de surprise et recula brutalement. Le corps d’un magnifique oiseau au corps de flammes se découpa dans les cieux et chassa d’un seul coup les ténèbres de Gariatron. Dans son œil bleu comme l’azur brulait une colère intense envers mon ennemi.

— Impossible… Co… Comment peux-tu être encore en vie ?! Hurla Gariatron.

— Personne ne peux se débarrasser du Phoenix divin aussi facilement, Hurla l’oiseau d’un ton menaçant. Tu vas maintenant connaitre la fureur de la déesse du ciel !

Le phénix se jeta violement sur Gariatron qui n’eut même pas le temps de protester et lui asséna un puissant coup de griffe qui lui déchira son aile d’ombre suivit d’une morsure puissance au coup. Le démon poussa un cri de douleur en tentant de se dégager, mais rien n’y faisait, mon allié le tenait fermement et ne comptait pas le lâcher de sitôt.

« Michael, dit le phénix en tournant sa tête vers moi, fuis le plus loin possible, je ne pourrais pas le retenir très longtemps ! »

J’étais trop abasourdi pour faire le moindre mouvement, e le choc de l’éclair m’avait également sérieusement affaibli. Je sentais qu’au moindre effort supplémentaire, j’allais m’écrouler.

« Michael ! »

Je reconnus immédiatement la voix qui avait prononcé ces mots, une voix que je n’avais pas entendue depuis bien longtemps à présent et mon cœur s’accéléra tandis qu’un espoir immense m’envahit.

« Ma… man, balbutiai-je en m’approchant d’elle.

— Recule ! Tu n’es pas de taille à l’affronter ! Continuait-elle de me crier. »

Mais tous ces mots n’avaient aucune importance pour moi. Peu importe les dangers que je devais affronter. Si c’était bien ma mère qui combattait Gariatron, même sous cette forme étrange, alors je me devais de l’aider à tout prix.

« Mais lâche-moi ! Rugit Gariatron. »

Il cracha une autre rafale de feu noir vers le ciel mais le phénix tenait bon. Il fallait que je fasse quelque chose, mais quoi ? J’avais déjà épuisé toutes mes forces dans ce combat et mon corps ne me permettait plus de combattre convenablement.

Gariatron cessa soudain de se débattre et me fixa de ses yeux rouges comme le sang, un air de défi dans le regard.

« Eh bien mon cher Darksky, tu ne veux pas connaitre la vérité sur tes parents ?

— La… vérité ? Répétai-je surpris par sa question ?

— Oui, dit-il d’un ton envoutant, la vérité sur la disparition de tes parents, il y a bientôt cinq ans…

— Ne l’écoute pas, fuis tant que tu le peux ! »

La vérité… Il était vrai que cette disparition dans les ruines incas avait toujours été un mystère pour nous, et nous avait causé bien des soucis à Marie et moi. Et, qui me disait que Gariatron allait bien me dire la vérité ? Il n’en restait pas moins aussi manipulateur qu’Hélios. Mais… s’il pouvait m’éclairer ne serait-ce qu’un peu, cela pourrait peut-être…

« Dis-la moi… Cédai-je enfin. »

Je vis la surprise et la peur s’installer dans les yeux du phénix et le triomphe dans ceux de Gariatron.

« Dans ce cas, vois de tes yeux… le passé ! »

Le démon s’illumina d’une lumière intense nous aveuglant un instant.

Lorsque je rouvris les yeux, je n’étais plus dans le nuage d’orage, mais devant une immense cascade, au beau milieu d’une forêt tropicale. L’eau s’abattait en contrebas avec une violence inouïe et se fracassait bruyamment contre les rochers. Tout autour de moi, la végétation était dense et luxuriante. Le chant des oiseaux créait une telle mélodie dans ce recoin perdu que je ne pouvais m’empêcher de les écouter avec attention. Ils me rappelaient la volière qui se trouvait chez nous.

J’avais repris mon apparence normale et je me trouvais sur l’une des rives du torrent tumultueux. Mes blessures elles aussi avaient disparues, de même que ma fatigue. Je marchais le long de la rivière en remontant le courant quelques minutes jusqu’à apercevoir deux personnes au loin, marchant cote à cote. Je ne pouvais distinguer leur visage à cette distance, mais je savais déjà de qui il s’agissait.

« Au fait Mégane, dit l’homme, es-tu sûre que nous sommes dans la bonne direction ?

— Presque sûre, si nous remontons assez cette rivière, nous devrions tomber directement sur le temple de Quetzalcoatl. »

Ils étaient à présent tout près de moi, mais ne semblaient pas me remarquer, pas même lorsqu’ils me frôlèrent l’épaule, comme si je n’étais qu’un fantôme. Je devais être dans les souvenirs de Gariatron…

Soudain, les buissons frémirent de l’autre côté de la rive. Mes parents s’arrêtèrent net, et dix hommes apparurent, accompagnés de monstres effrayants. Mon père se plaça devant ma mère pour la protéger en sortant son propre disque de duel, quand un homme plus imposant que les autres apparut à son tour.

« Encore vous, Hélios, grogna mon père. Mais que nous voulez-vous à la fin ?

— Je te l’ai déjà dit humain, remets moi Nout et je te laisserai la vie sauve, dit-il en regardant ma mère qui recula.

— Je vous ai déjà dit aussi que je ne sais pas de quoi vous parlez, alors fichez nous la paix !

— Ce n’est pas ce que j’attendais comme réponse… Soupira Hélios. »

Il fit un geste et tous ses hommes enjambèrent la rivière d’un seul bond et encerclèrent mes parents. J’avais beau leur crier de fuir, ils ne pouvaient pas m’entendre, je n’étais qu’un spectateur impuissant devant cette scène.

« Tuez-moi cet idiot et emparez-vous de Nout ! Ordonna Hélios. »

Les monstres lancèrent l’assaut, mais mon père se défendit contre l’attaque. Un oiseau métallique, ressemblant vaguement à un avion déploya ses ailes au-dessus de nos têtes puis mitrailla sans pitié les hommes de main d’Hélios. Mais, malgré toute la puissance qu’il avait, mon père ne vis pas qu’Hélios les avait rejoints et qu’il se tenait juste derrière lui.

« Estéban ! »

Mon père se retourna, trop tard malheureusement. Hélios avait anticipé le coup et, utilisant les pouvoirs de Gariatron, créa un rayon sombre qui envoya mon père à terre.

« C… Cours Mégane, dit-il à bout de force.

— Hors de question ! Je ne peux pas t’abandonner ici !

— Je suis tout à fait d’accord avec toi… Nout, dit Hélios d’un ton supérieur.

-tais-toi Gariatron ! Ordonna-t-elle. Relâche-le, il n’a rien à voir avec tout ça !

— Tu as raison, il est innocent, comme l’était mon ancien partenaire, Katsuo, reprit le démon d’une voix mielleuse et ironique à travers la bouche d’Hélios. »

Il attrapa alors mon père, qui n’avait plus la force de se débattre et le retint juste au-dessus de la cascade, menaçant de le lâcher à n’importe quel moment.

« Ça sera donc lui… ou toi, je te laisse le choix. Alors, vas-tu mettre en péril l’avenir de ce monde pour sauver un mortel, ou bien vas-tu laisser mourir un innocent ? »

Je vis le poing de ma mère se serrer et s’illuminer d’une aura de flammes intense.

— Tu… tu es vraiment… je ne trouve même pas de mot assez fort pour te décrire !

— Allons ma très chère Nout, te mettre en colère ne résoudra pas tes problèmes, continua Gariatron serein. Mais j’en conclus donc que tu n’es pas prête à remettre en question le destin de ce monde, donc je vais décider pour toi. »

Hélios lâcha alors mon père au-dessus des pierres acérées de la cascade.

« Non ! Criai-je d’une même voix désespérée que ma mère. »

Elle se précipita à la suite de mon père et sauta dans le vide, sous le regard effaré de Gariatron qui ne s’attendait pas à une telle réaction de sa part.

Lorsqu’elle fut à sa hauteur, je vis une paire d’aile de feu les enlacer tandis que le corps de ma mère, lui, se couvrait de flammes intenses et je réalisai que ce phénix était bel et bien ma mère…

« Alors… Tu es bien… une déesse ? Murmura mon père dans un dernier soupir.

— Oui… Se contenta-t-elle de répondre en fermant ses yeux bleus comme l’azur. »

Ce fut la dernière image que j’eus d’eux avant qu’ils ne disparaissent dans les flots rugissants. Je m’effondrai alors sur les pierres dures de la rive. Savoir ses parents morts est une chose, voir leur mort en est une autre…

Je me tournai fou de rage vers Hélios qui jubilait de sa victoire… non, ce n’était pas Hélios, seul Gariatron devait être la cible de mes foudres. Il avait d’abord manipulé Laura, enlevé Marie et maintenant, j’apprenais qu’en plus, mes parents avaient disparu à cause de lui !

« Darksky, me dit une voix douce me ramenant soudainement à la réalité. »

Ma sœur était penchée au-dessus de moi, visiblement affolée. Nous étions de retour devant la citadelle, avec toujours ces pierres noires et ce halo inquiétant au loin.

Ma tête me faisait mal et tous mes membres semblaient peser une tonne maintenant que j’avais repris ma forme humaine mais ma rage, elle, n’avait pas disparu. Je ne devais plus simplement faire revenir Laura à la raison. Je devais aussi me venger de ce démon pour m’avoir détruit la vie et j’étais prêt à y laisser ma vie si besoin.

Je me tournai alors vers Marie et son regard inquiet m’apaisa un peu. Elle, au moins, était vivante et saine et sauve pour l’instant, c’était déjà ça de pris.

« Eh bien, monsieur le Saiyen oiseau, tu m’avais caché que tu savais faire ça, ironisa-t-elle pour cacher sa peur.

— Marie… est-ce que tu savais pour maman ? Lui demandai-je aussitôt. »

Ma sœur tourna la tête et un sourire gêné se dessina sur son visage.

« Ahah… qui sait, me répondit-elle en haussant les épaules. Et puis, je suis censée savoir quoi ? »

Je soupirai. Cela n’avait pas vraiment d’importance après tout.

Alors que je tentais de me relever, je sentis quelque chose dans ma poche. Je sortis ce que je pensais être l’amulette d’Ethon mais cette-dernière s’était comme métamorphosée. Les ailes sombres et repliées sur elles-mêmes avaient viré au rouge vif tandis qu’une sphère dorée se tenait à présent en son centre.

Ma mère avait dû me transmettre son pouvoir dans mon Spiritual. Je n’arrivais toujours pas à reconnaitre qu’elle était réellement une déesse, mais l’heure n’était pas à la réflexion. Le temps pressait et chaque seconde de perdue pouvait être fatale.

« Eh bien, eh bien, tâchons de ne pas perdre, je ne tiens pas à voir ce futur se réaliser, déclara soudain June à côté de moi que je n’avais pas encore remarquée.

— Oui, et n’oublions pas que nous avons Maya et Ambre à aller délivrer, ajouta Angéla d’un air déterminé. »

J’entendis des pas sur ma droite et je vis Drago nous rejoindre, une détermination nouvelle dans le regard.

« Le passé, le futur, tout cela n’a plus d’importance. Il faut que nous restions focalisés sur le présent, dit-il en fronçant les sourcils.

— Oui, dis-je déterminé, Gariatron ne mérite pas de pitié de notre part, pas après tout ce qu’il a fait !

— Au moins vous êtes motivés, c’est déjà ça, soupira Marie en sortant un biscuit de sa poche. »

Sans ajouter un mot de plus, nous nous mîmes en marche pour rejoindre la citadelle de glace, là où tout allait commencer et où tout allait prendre fin. Enfin, j’allais pouvoir tenir ma promesse à Saya.

« Attends-moi, Laura, j’arrive. »




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le bon temps…

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