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[Fic]L\'Avènement des Dieux, Rebirth
heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [18/09/2019] à 00:07

Chapitre 36 : Ether. Ce pour quoi nous avons lutté



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=Y8sQu1N406c


« Kitshono, Blue Flame ! »

Mon spiritual cracha une spirale de flamme aux pieds du Sphinx pour le ralentir mais cela n’eut aucun effet, de même que toutes nos tentatives depuis maintenant une demi-heure. Cette créature était-elle invincible ?

Il n’y avait rien à faire. Masamune volait tout autour de la grande créature, larguant sans relâche tout son stock de TNT mais cela n’avait aucun effet. De plus, les armes conventionnelles comme le sniper d’Akame, les missiles de l’hélicoptère de Laure ou les balles tirées par l’armure de Ryoko étaient impuissantes. Je ne savais même pas si nous avions réussi à lui infliger le moindre dégât.

Elwood et le reste de la fédération s’occupaient de Darkness et Apophis, ainsi que des hommes d’Hélios qui avaient surgi de nulle part. Heureusement pour eux, les deux créatures divines et les simples sbires semblaient bien moins résistantes que ce Sphinx à la tête aussi dure que de la pierre. Je ne pouvais pas dire qu’ils menaient le combat mais au moins, ils n’étaient pas écrasés sans pouvoir riposter.

« Violet, je suis presque à cours de munitions ! Me dit alors Masamune dans mon oreillette. Il va nous falloir un plan rapidement ou alors ce truc va anéantir la ville !

— Je le sais… Je le sais… Grimaçai-je. »

Il nous fallait un plan. Et vite. Les niveaux de puissance étaient bien trop déséquilibrés pour nous permettre de simplement frapper au hasard. Les yeux du colosse étaient peut-être la seule partie de son corps non protégée… mais s’approcher relevait de l’exploit. En effet, un épais mur de flammes sombres entourait le corps de la créature des ténèbres, la protégeant de toute attaque directe.

« Qu’aurais-tu fait à ma place, Soichiro ? Murmurai-je. »

Mon ex— mari, en plus d’être un scientifique de génie, était également un grand combattant d’Izrath. Même si nous nous battions autrefois à armes égales, seule la puissance de mon Spiritual me permettait de lutter contre la coordination parfaite qu’il possédait avec Zephyra et Azéthys. Les mouvements qu’il effectuait en leur présence… semblaient si harmonieux et si parfaitement calculés… C’était comme si… Il combattait comme une seule entité.

« Une seule entité… Peut-être que… »

Une idée folle me traversa la tête. Cela allait à l’encontre de la raison et même de la logique… Mais ce sphinx lui-même défiait les lois de la nature. Nous ne pouvions pas le battre avec des méthodes conventionnelles. Pour remporter combat, j’allais avoir besoin… de dépasser les limites imposées par la physique de notre monde…et me reposer sur les théories d’Izrath.

Alors que j’étais à terre, à l’orée de la ville, là où le désert laissait place à la civilisation, je me relevai de toute ma hauteur pour faire face au monstre.

Je ne pouvais pas perdre ce combat. Cette chose était celle qui m’avait tout pris vingt-cinq ans plus tôt, lors du Purple Requiem. Mon travail, l’homme que j’aimais, mes amis, mon avenir, ma ville, mes espoirs… Je n’avais pas le droit d’échouer maintenant. Cette bataille était ce pour quoi j’avais… nous avions lutté, la fédération et moi, pendant toutes ces années. L’échec n’était pas une option.


https://www.youtube.com/watch?v=9ensGipNnSU


Lentement, j’enlevai l’anneau que je portais au doigt, tout comme je l’avais fait, vingt-cinq ans plus tôt, dans ce confessionnal où j’avais dit adieu à Soichiro. Quelle ironie du sort… Il fallait croire que ma main n’était pas faite pour porter une bague.

Avec un sourire, je fixai une dernière fois cet artefact que m’avait remis Elwood pour me protéger et je sortis la Shungite de ma poche, la première de nos inventions d’une longue série qui n’aurait jamais dû s’arrêter de la sorte. Puis je plongeai mon regard dans les yeux bleus glacés de mon Spiritual et mon cœur se serra. Il avait toujours été là pour moi. Aussi loin que mes souvenirs remontaient, ce renard était mon seul et unique compagnon de jeu. Lors des longues soirées d’hiver, j’aimais m’endormir dans son long pelage blanc et enflammé au milieu de la neige. Lorsque le printemps arrivait, je me promenai à ses côtés au milieu des cerisiers en fleur de notre résidence. En été, ses flammes bleues se confondaient avec le bleu de la mer et dansaient au gré des vents secs. La pluie de l’automne devenait si agréable à regarder à ses côtés, dans cette immense château vide que nous habitions, lui et moi… Oui, tout cela… étaient des souvenirs que je chérissais.

« Merci… Merci pour toutes ces années… Kitshono… Mon irremplaçable partenaire. »

Le grand renard blanc tourna légèrement sa tête vers moi et je crus distinguer une sorte de sourire se dessiner sur ses babines, sourire que je lui rendis, non sans verser quelques larmes.

« Merci…et adieu… »


https://www.youtube.com/watch?v=iSHX2oPsYTk


D’une main tremblante, je brisai dans mon poing l’anneau en même temps que la Shungite. Immédiatement, un éclair blanc illumina le ciel et s’abattit sur moi. Le renard poussa un long hurlement tout en disparaissant dans l’obscurité. Mais au lieu de s’évaporer dans le néant, les particules lumineuses se dirigèrent vers moi, m’enveloppèrent dans une douce chaleur réconfortante et apaisante.

Le sphinx, pour la première fois, s’arrêta devant la boule d’énergie pure que j’étais devenue. Tout mon corps s’était métamorphosé en une véritable torche humaine. Je baignai dans la lumière blanche des flammes laissées par Kitshono.

« Résonne au milieu du requiem du désespoir, sainte mélodie ! Perfect Summon : Violet… Symphony ! »

D’un mouvement de la main, je dissipai le feu protecteur qui m’entourait pour faire face à mon ennemi. Immédiatement, tous les combats cessèrent et les regards, alliés et ennemis, se tournèrent vers moi. Mon apparence avait changé. Tout mon corps irradiait une lumière aveuglante. Ma robe semblait faite d’un feu ardent, bleuté, de même que mes longs cheveux d’or qui, en plus d’avoir viré au blanc, crépitaient, débordant d’une énergie infinie. Dans ma main s’était matérialisée une longue épée de Saphir tandis qu’à mon doigt brillait un nouvel anneau, le même que celui que j’avais laissé à Soichiro, vingt-cinq ans plus tôt.

« Ma… man ? Bégaya Alice, interdite.

— Ne t’inquiète pas, ma fille. Je vous protégerai tous. Tel est le serment que j’ai fait ce jour-là. »

Avec une vitesse surhumaine, je me jetai vers le Sphinx, ma lame pointée vers l’avant. Le colosse tenta de riposter d’une rafale de feu noir mais je déviai aisément les flammes de la pointe de mon épée. Lorsque le monstre leva sa patte sombre pour m’écraser, j’esquivai en l’air et, d’un coup sec, je la tailladai. Cette fois-ci, son armure ne résista pas et mon arme s’enfonça profondément dans sa chair.

Un liquide doré gicla sur le sol et le titan chancela mais je ne m’arrêtai pas. Armée de cette nouvelle puissance, je fis un bond de plusieurs mètres jusqu’à me retrouver à la hauteur de son visage. Je concentrai mon énergie le long de la lame de saphir… avant de la relâcher d’un seul coup. Une vague bleutée s’échappa et frappa le monstre sans qu’il ne pût riposter.

Le Sphinx lâcha un hurlement de douleur alors qu’une large entaille s’était formée en travers de son visage et je réattéris sur le sol sans difficulté.

Aussitôt, les flammes qui le protégeaient jusque-là des attaques s’éteignirent, laissant sa peau à découvert.

« Maintenant ! Ordonnai-je à mes camarades. »

Ceux-ci ne se firent pas prier. Masamune largua une nouvelle dose de TNT sur le dos de la créature mythologique. Cette fois-ci, l’explosion déchira les tissus de la grande créature, laissant sa chair à vif. Akame, au loin, tira une nouvelle fois au Sniper, droit dans la patte arrière.

Dans un vacarme assourdissant, le monstre s’écrasa au sol tout en faisant trembler la terre sous son poids. Laure, devant cette occasion, bombarda Gizeh de missiles depuis l’hélicoptère de combat tandis que Ryoko, d’un coup de poing dont la force était décuplée par son exosquelette, enterra profondément cette abomination sous le sable.

Evidemment, cela ne fut pas suffisant et, folle de rage, l’immense créature ressurgit, plus ténébreuse que jamais. Mais j’étais prête. Alice vint se positionner à côté de moi, elle aussi, enveloppée par les pouvoirs de la Shungite, maitrisant à la perfection l’énergie sombre qui avait ravagé Tokyo.

« Finissons-le ensemble, maman, et ensuite, nous pourrons retrouver papa, me lança-t-elle avec un sourire rempli d’espoir. »

J’hochai la tête en lui rendant son sourire et lui pris sa main dans la mienne. Nos deux corps se mirent à rayonner de plus belle, le mien de cette lumière blanche d’espoir, le sien de cette lueur sombre qui avait pris la vie de tant de gens par le passé.

Une rafale d’énergie obscure fusa vers nous, détruisant tout sur son passage, comme un rayon laser de film de science-fiction mais nous ne nous laissâmes pas impressionner. De nos mains jointes, une Sphère dorée s’échappa et attira vers elle le déluge de flammes sombres.

Comme absorbant cette énergie, la sphère se mit à grossir, encore, et encore, devenant de plus en plus grande et de plus en plus lumineuse. Bientôt, elle irradia une lumière telle qu’elle fit de l’ombre au soleil et atteignit la taille du Sphinx des ténèbres.

Apophis et Darkness reculèrent, de même que tous les hommes d’Hélios, devant la puissance phénoménale que nous dégagions. C’était comme si une étoile naine prenait naissance sous nos yeux.

Puis, lentement, notre riposte commença à remonter le flux d’énergie, continuant à se nourrir de lui. « Plus jamais… Plus jamais je ne laisserai une telle catastrophe se reproduire ! Hurlai-je, ma voix couvrant le fracas du vent. Le Purple requiem est dans le passé. La seule mélodie qui retentira dans nos cœurs… Sera celle que nous aurons créée ! Symfonie Z nového světa ! »

Tout en prononçant ces mots, au loin, un sifflement se fit entendre. Un coup de tonnerre. Des cris d’espoir. Des encouragements. Une explosion de lumière blanche. Une bourrasque qui balaya tout sur son passage. Une tempête de sable. Puis plus rien. Le silence. Les ténèbres. Un corps immense gisant au sol, inerte et décapité. Et ma fille et moi, seules, debout au milieu du désastres.

Cependant, j’étais à bout de forces. J’avais dépassé les limites de mon corps… et celui-ci me le rappela enfin. Mes pouvoirs disparurent d’un seul coup et je m’effondrai sur le sol, vidée de mes forces.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


Alice se précipita vers moi mais je l’arrêtai d’un signe de la main.

« Ne… Ne relâche pas ta garde… Alice… Haletai-je, de grosses gouttes de sueur perlant de mon front. Le combat… est loin d’être terminé… »

En effet, Gizeh avait peut-être été vaincu… Mais Apophis et Darkness, ainsi que l’armée d’Hélios, étaient encore debout, prêts à se battre. Ils étaient peut-être désorientés par la défaite du plus puissant d’entre eux… mais nos troupes le seraient tout autant si elles me voyaient à terre.

Mais, alors que je pensais avoir un répit temporaire grâce à la stupéfaction générale, le soleil s’obscurcit et laissa place à une lune noire.

Non… Ce n’était pas une lune… Aucune éclipse solaire n’était prévue aujourd’hui… C’était… autre chose, de beaucoup plus sombre, de beaucoup plus terrifiant, de beaucoup plus malsain…

Apophis poussa un rugissement au loin et je vis, à ma stupeur, qu’il était en train de grandir tandis que la carcasse du Sphinx disparaissait. Oui… Tout comme je l’avais fait avec mon Spiritual, ce monstre était en train d’absorber la puissance de son congénère, baigné par les rayons de cette lune noire.

Mes soldats reculèrent, prudents et mon cœur se serra. Le serpent géant faisait à présent la taille du la tour Ether… Un seul de ses mouvements aurait suffi à créer un séisme capable de raser une vile toute entière.

Mais ce qu’il fit me glaça encore plus le sang. Le reptile divin leva la tête vers le ciel… et cracha une salve de venin enflammé vers la mer de nuages. Tel une pluie de météorite, le venin retomba sur Terre, annihilant tout ce qui entrait en contact avec lui, y compris ses propres alliés. Masamune, Akame et Laure eurent le temps de se réfugier à l’intérieur de leurs véhicules, Elwood et les invocateurs d’Ether érigèrent un bouclier protecteur en catastrophe, mais Alice et moi étions hors de leur portée, exposée à cet acide mortel.

C’est alors que je la vis. Cette goutte de venin, grosse comme une voiture, plonger vers nous, prête à nous tuer sur le coup. Je tentai de me relever mais il n’y avait rien à faire. Mon corps ne m’obéissait plus. Heureusement, Alice était encore en pleine possession de ses moyens. Elle pouvait fuir. C’était tout ce qui m’importait.

Cependant, au lieu de cela, avant même que je n’eus le temps de le réaliser, ma fille se mit devant moi, écarta les bras… et fut touchée de plein fouet par ce jet mortel.

« A… Lice ? … »

Je levai le bras, tremblante, alors qu’un liquide pourpre et poisseux m’éclaboussa le visage tandis que je pouvais voir le ciel… à travers le trou béant ouvrant en deux le ventre de ma fille.

« ALICE ! »



Chapitre 37 : Ether, l’ultime bataille



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Alors que j’allais me précipiter pour prendre ma fille dans mes bras avant que sa tête ne heurte le sable, mon corps refusa de m’obéir. Cependant, ce n’était pas la fatigue musculaire qui se faisait ressentir. J’étais littéralement figée, comme si tous mes membres étaient pris dans la glace, entièrement paralysés. Mais il ne s’agissait pas que de moi. Partout où mes yeux pouvaient se poser – qui étrangement, eux, étaient totalement libre de se mouvoir – le temps semblait s’être arrêté. Alice s’était arrêtée dans sa chute. Les gouttelettes de venin restaient suspendues dans les airs. Le vent ne soufflait plus. Les éclairs restaient accrochés aux nuages. Les sons, même les plus infimes, s’étaient tus. Et un infini silence régnait sur cette photographie réelle.

Tout à coup, un flash lumineux illumina ce paysage pétrifié. Et dans cet éclair apparut la silhouette d’une femme. Je ne pouvais distinguer son visage, caché derrière un masque sombre mais sa longue chevelure corbeau et sa frange irrégulière tombant sur son front me rappelèrent vaguement quelqu’un. Elle portait une longue robe sombre, ouverte sur le devant de ses jambes, parcourue de lignes pourpres qui s’illuminaient au rythme de sa respiration. Les coutures sur son ventre évoquaient un style médiéval, amplifié par une sorte d’armure de fer noir recouvrant ses épaules et ses avant-bras.

Après avoir balayé le plateau du regard, la femme masquée s’approcha lentement d’Alice et moi. Lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelques mètres de nous, elle s’arrêta devant le corps de ma fille et posa son regard sur elle. Là, je pus voir à travers le trou béant la lueur qui brillait dans l’œil de cette personne qui défiait les lois du temps… et s’il avait pu, mon cœur se serait arrêté. Dans ses iris, d’un rouge écarlate intense, était dessiné un symbole, comme des aiguilles courbées d’une horloge et entourant parfaitement le bas de ses pupilles.

« Ton heure n’est pas encore venue, Alice Leblanc… Pas dans cette ligne d’univers, déclara la femme d’une voix étonnamment aigue, comme celle d’une adolescente. »

Je ne comprenais pas. Cette simple phrase avait engendré dans mon cerveau des centaines de questions qui se bousculaient et me donnaient mal à la tête. Mais je les écartai tout aussi vite qu’elles étaient arrivées.

L’étrange voyageuse temporelle posa la main sur le corps mutilé de ma fille et un éclat de lumière pourpre m’aveugla.

Lorsque je recouvrai la vue, Alice s’écrasa sur moi de tout son poids tandis que les explosions liées aux combats reprirent de plus belle, de même que les coups de tonnerre et les grondements sourds d’Apophis.

« Ah… Ma tête bon sang… grogna ma fille, toujours sur moi.

— Alice ! Tu… Tu es vivante ?! M’étranglai-je. »

Je posai mon regard sur ma fille mais toute trace de blessure avait disparu purement et simplement. Je ne pus me retenir plus longtemps et, au milieu du chaos, je la serrai dans mes bras en pleurant toutes les larmes de mon corps.

« Plus… Plus pour très longtemps si tu continues à m’étouffer… Articula Alice alors que son visage virait au bleu. »

Je me contrôlai finalement et relâchai mon étreinte. Je n’en croyais pas mes yeux. C’était comme si tout cela n’avait été qu’un rêve… Mais je savais pertinemment au fond de moi que c’était arrivé. Alice avait reçu l’attaque de plein fouet en me protégeant.

« Est-ce que tu l’as vu toi aussi ? Murmura soudain ma fille.

— Vue ? Tu parles de cette femme ? »

Alice secoua la tête et son expression, jusque-là déboussolée, devint presque terrifiée.

« Il y avait cet homme de lumière… et ce futur de l’ombre, entièrement dévasté… et cette fille qui tentait de s’échapper… Et Hélios… qui combattait pour sauver l’humanité et… »

Je fronçai les sourcils et l’arrêtai d’un signe de la main. J’ignorais ce qu’elle avait vu mais dans tous les cas, ce n’était pas le moment d’en discuter. Nous étions en plein milieu d’un champ de bataille, combattant pour l’avenir de ce monde et pour sa protection. Même si j’étais euphorique en constatant que, par un tour de force du destin, Alice était saine et sauve, je ne devais pas relâcher mon attention sur notre objectif premier.

« Ma fille, une fois que tout sera rentré dans l’ordre, je veux que tu me décrives précisément ce que tu as vu. J’ignore ce qu’il s’est passé exactement mais ne t’inquiète pas, je compte bien le découvrir. »

Alice hocha la tête et m’aida à me relever pour faire face à l’immonde serpent divin et son acolyte, le Dragon de Shungite.

« Nous gagnerons ce combat…

— Co… Comment est-ce que tu peux affirmer une telle chose, Alice ? M’étonnai-je.

— Je le sais… Parce que c’est le futur qu’Elle a créé pour nous.

— Elle ? »

Ma fille ne me répondit pas et se contenta d’activer à nouveau ses pouvoirs. Nâga réapparut à nos côtés et partagea une partie de son énergie avec moi, ce qui me permis de me remettre d’aplomb, au moins pour diriger les opérations.

Je demandai à Laure de revenir nous chercher en Hélicoptère et de nous éloigner temporairement du champ de bataille. J’avais besoin de prendre du recul et sur le terrain, je n’étais plus qu’un poids mort. L’énergie que m’avait transféré Nâga était loin d’être suffisante pour me permettre de réactiver mes pouvoirs.

Une fois dans la machine volante, je m’approchai de mon amie de l’académie et pris place en tant que co-pilote, laissant Alice à l’arrière de l’appareil pour nous défendre des assauts ennemis.

« Eh bah, c’était autre chose de la TNT de Masamune ce que tu nous as fait là Alice, déclara immédiatement la femme aux cheveux d’ébène. Tu nous avais cachés ça à Rikoukei.

— Malheureusement, j’ai épuisé toutes mes ressources dans cette attaque donc il va falloir un plan solide pour vaincre les deux affreux ainsi que les hommes d’Hélios.

— Justement, si on omet qu’Akame désire utiliser l’arme Nucléaire sur le plateau de Gizeh, ce qui pour une fois ne serait pas si stupide si la ville n’était aussi proche, Ryoko suggérait de téléporter ces Spirituals à nouveau dans leur monde, comme il l’a fait avec Drago et les autres.

— Mais il y a un bémol sinon il l’aurait déjà fait j’imagine ? Hasardai-je, connaissant le professeur.

— Le cube de téléportation n’était pas parfaitement au point, il n’a plus assez d’énergie pour transporter une créature aussi grosse qu’Apophis, ou même Darkness sauf…

— Sauf si ? Continuai-je, redoutant déjà la réponse.

— Sauf si le cube touche sa cible… et il emporterait avec lui la personne l’ayant activé. »

Je grimaçai et serrai les dents. Evidemment, cela aurait été trop simple sinon.

« Nous ne pouvons rien faire contre l’armée d’Hélios avec cette solution d’ailleurs… Y a-t-il un autre plan ? Marmonnai-je tout en y réfléchissant.


https://www.youtube.com/watch?v=4FqoqxD-DHA


— Il n’y en a aucun, ma chère Violet, déclara soudain la voix du professeur dans mon oreillette. Mais cela n’est pas un problème pour moi. Si vous m’ouvrez la voie, je devrais être capable de vous soulager d’au moins un de ces fardeaux.

— Comment !? M’étouffai-je. Vous n’êtes quand même pas sérieux j’espère ? Vous comptez réellement emporter avec vous un Spiritual dans Izrath ?! C’est de la folie !

— Ma chère élève, reprit le vieil homme d’une voix plus lente et sérieuse, n’oublie ce que je t’ai dit. Il faut que je me rende sur Izrath… si je veux pouvoir remonter le temps.

— Mais professeur…

— Tu sais, Violet, me coupa-t-il nostalgique, depuis ce jour, je ne suis plus l’homme que tu as connu. J’ai consacré ces vingt-cinq dernières années à créer un moyen de défier les lois physiques de notre monde. Et maintenant que j’ai enfin trouvé comment y parvenir… J’aimerais utiliser mes recherches… afin de me rendre utile dans ce combat qu’est le tien.

— Je…

— Ne t’inquiète pas, Violet, nous nous reverrons. Je t’en fais la promesse. Et ce jour-là, Éric Sawyer aura eu le châtiment qu’il mérite. »

Je serrai le poing mais je baissai néanmoins le regard, vaincue.

« Très bien professeur… déclarai-je d’une voix à demi éteinte. Nous allons… vous ouvrir la voie… Alors ne ratez pas votre chance…

— Violet… Murmura Laure, comprenant ma douleur.

— Je te remercie, Violet Leblanc. Je te souhaite bonne chance dans ta quête pour retrouver Soichiro. Vous deux… Vous formiez un duo hors pair… De loin le meilleur que j’ai pu former au cours de ma courte carrière. Je sais que tu atteindras ton but, ma très chère élève. »

Je ne répondis rien. Mon cœur était bien trop serré par l’émotion. Cette bataille… je m’étais préparée à subir des pertes en me lançant dans cette quête insensée qu’était de combattre le Purple Requiem… Mais jamais je n’aurais pensé une seconde… Que le prix à payer pour éviter une seconde catastrophe serait aussi élevé. Mais je devais le faire. J’étais Violet Leblanc, présidente de la fédération Ether et symbole de la paix dans le monde. Je me devais… de préserver cet équilibre fragile que j’avais instauré.

« Laure… A mon signal, je veux que tu ordonnes à toutes les unités de charger Darkness et Apophis, lançai-je d’une voix dénuée d’émotion.

— Mais… et l’armée d’Hélios ?

— Alice, est-ce que tu peux t’occuper de ces bouffons ?

— Compte sur Nâga et moi Maman ! S’exclama ma fille, heureuse que je lui confie enfin une mission. »

Je serrai la main sur ma robe au niveau de mon cœur et je le sentis battre à tout rompre.

« Adieu… Professeur Ryoko, murmurai-je alors qu’une larme unique s’écrasa sur ma main. »

Puis je lançai le signal. Aussitôt, toutes les unités concentrèrent leur attention sur les deux Spirituals et les bombardèrent sans relâche, les obligeant à reculer. Les hommes d’Hélios tentèrent évidemment d’arrêter ces assauts mais Alice, soutenue par Akame et Masamune, les repoussèrent sans aucune difficulté.

Là, au milieu du chaos, je vis une forme blanche et luisante filer à vive allure, un objet brillant devant elle. Le professeur, aux capacités décuplées par l’exosquelette, fonçait vers Darkness, slalomant entre les jets d’acide et les flammes des ténèbres.

Cette charge désespérée d’un homme courant vers la mort, l’accueillant à bras ouverts même… Je ne la comprenais pas, mais je l’acceptais. Qui étais-je pour dicter les choix de Ryoko à sa place, lui qui avait perdu bien plus que n’importe qui cette nuit-là ? Akame, Masamune, Laure et moi étions ressortis plus forts de cette épreuve, le professeur, lui, avait été brisé. Alors, si pour lui son seul espoir résidait dans cette quête folle de défier les lois physiques de notre monde, je ne pouvais que m’incliner et faire tout mon possible pour réaliser son rêve.

« Le monde est cruel, lançai dans un murmure. Laisser un homme détruit poursuivre une chimère inatteignable qui ne le mènera qu’à la mort… Mais peut-être est-ce cela… L’espoir qui anime chacun d’entre nous.

— Violet…

— Aidons-le, Laure. Aidons l’homme qui nous a permis de passer tant de moments heureux à Rikoukei… Laissons-le… retrouver l’espoir. Active les missiles anti-Kvantiki. »


https://www.youtube.com/watch?v=Obmd6Z0K3mg


Mon amie, après un temps d’arrêt, acquiesça. Elle appuya sur le bouton larguant l’arme secrète d’Ether, deux missiles, prévus spécialement pour combattre les Spirituals et couper la source d’énergie qui les reliait à Izrath. Evidemment, il ne s’agissait que de prototypes et n’étaient pas assez puissants face à des créatures divines comme Apophis ou Darkness… Mais ils étaient plus que suffisant pour laisser à mon mentor l’occasion de s’approcher suffisamment près de l’un de ces monstres.

Les deux roquettes fusèrent à travers le champ de bataille, ignorant les attaques des créatures divines et finalement, atteignirent leurs cibles dans une explosion assourdissante. Apophis siffla de fureur et Darkness poussa un rugissement déchirant les cieux mais il était trop tard pour eux. Le serpent divin baissa la tête et sa queue tomba mollement au sol tandis que le dragon de Shungite s’écroula dans le sable.

La terre trembla, les deux colosses s’effondrèrent l’un sur l’autre, vidés de leurs forces et le professeur, activant le cube de téléportation, sauta sur eux.

Une explosion de lumière similaire à celle ayant fait disparaitre Drago et les autres illumina les cieux. Dans un tourbillon de sable et de poussière, l’homme qui m’avait formée autrefois disparu de mon champ de vision… et du monde entier, emportant avec lui deux des plus grandes menaces de l’humanité. Il ne nous restait à présent qu’à vaincre les hommes d’Hélios. Le reste était à la nouvelle génération.

« Violet, est-ce que ça…

— A toutes les unités ! M’exclamai-je en coupant Laure. Apophis et Darkness ne sont plus ! Concentrez vos efforts sur les hommes d’Hélios ! Ils sont la dernière barrière entre nous et un monde libéré de la menace du Purple Requiem ! »

Mais, au lieu d’être acclamée par des cris de joie, seul un silence pesant me répondit.

« Ma… Maman… Regarde ! Là-haut, dans le ciel ! Balbutia Alice, les yeux remplis de peur. »

Je levai la tête vers le ciel et ce que je vis me glaça le sang. Je dus mettre mes mains devant ma bouche pour m’empêcher de crier de peur. A côté de moi, Laure avait complètement lâché les commandes de l’appareil et tremblait de tous ses membres, le teint livide.

Je n’en croyais pas mes yeux. Si le Sphinx défiait les lois de la physique… ce qui se trouvait là défiait les lois même de la logique. Oui. Dans le ciel, se fondant dans les nuages noir d’orage, une citadelle sombre, colossale et sinistre avait fait son apparition. Elle ne semblait pas réelle, comme un mirage et pourtant, elle était là, rayonnant du même éclat qu’Apophis devant le soleil noir.

« Qu… Qu’est-ce que c’est que cette abomination ? Bégayai-je d’une petite voix.

— La citadelle originelle…

— Co… Comment Alice ? Tu connais cette chose ?!

— C’était dans mon dernier rapport… Je devais te l’envoyer aujourd’hui… Mais nous ne devons pas rester ici ! Dis à tous nos hommes d’évacuer immédiatement ! »


https://youtu.be/CSMslKt0D4A?t=108


Sans même me laisser agir, Alice se précipita sur les commandes de l’hélicoptères et vira à 180 degrés tout en mettant les bouchées double. Nous nous éloignâmes aussi vite que les moteurs de l’engin nous le permettaient, suivis de Masamune, Elwood et Akame qui ne comprenaient pas nos actions mais le regard de ma fille était tellement teinté par la peur que je n’osai pas intervenir.

Lorsque nous fûmes à plus de dix kilomètres du plateau de Gizeh, hors de portée de toute attaque ennemie, la forteresse rayonna d’une lueur sombre et je compris.

Un rayon mauve fendit l’espace et s’abattit sur le champ de bataille, devant mon regard interdit… et impuissant.

A côté de moi, Laure vomit lorsqu’elle constata l’étendue des dégâts. Quant à moi, je crus que j’allais m’évanouir. Tout avait disparu, alliés et ennemis, balayé par ce rayon de la mort, ne laissant qu’une plaine de lave brûlante.

Le Purple Requiem… Malgré tous nos efforts, j’avais été incapable d’empêcher le second mouvement… Et cette fois-ci, j’étais la seule et unique responsable des désastres à venir.





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [19/09/2019] à 01:47

Chapitre 38 : combat entre amies…



Spoiler :



« Je vous sauverai, coûte que coûte, même si pour cela je dois y laisser la vie. Je me relèverai autant de fois qu’il le faudra, j’affronterai les pires monstres, je vaincrai les pires adversaires, mais je vous retrouverai et je réparerai mes erreurs. Je refuse que d’autres paient pour ma stupidité et mon aveuglement. »

Oui, ceci était la promesse que je m’étais faite depuis maintenant presque un mois lorsque Maya et Ambre avaient disparu dans cette lumière verte et il était grand temps de la tenir à présent.

La citadelle nous faisait face, imposante, menaçante, dénuée de vie. Un vent fort et glacial soufflait sur la plaine mais je n’essayai même pas de m’en protéger et continuai à fixer l’immense pic de glace qui se dressait à quelques dizaines de mètres de nous.

A côté de moi, June me lançait un regard confiant. Elle aussi savait que nous n’avions pas le droit à l’erreur. Elle aussi se sentait coupable de la disparition de Maya et Ambre. Elle aussi refusait que ce futur de l’ombre ne se réalise. A ce moment-là, moi, Angéla, la dernière de la classe et la bouffonne du groupe et June, l’intelligence froide et inaccessible, étions animées par la même volonté et le même espoir.

Je tournai la tête de l’autre côté et je vis Darksky, Drago et Marie. Je ne pus m’empêcher de sourire légèrement devant le groupe que nous formions. Après tout, quelque chose avait changé en moi depuis que je les connaissais. Voir d’autres personnes bien plus touchées que moi par le malheur m’avait permis de relativiser et de continuer à avancer avec le sourire car j’étais la seule à en être capable. Drago n’avait plus de famille ni de repère et Darksky avait tout perdu, je ne pouvais quand même pas me lamenter et accentuer encore plus leur chagrin respectif.

Paradoxalement, faire semblant d’ignorer les problèmes et continuer à vivre ma vie comme avant m’avait aidé moi-même. June avait bel et bien raison, cela ne servait à rien de rester focalisée sur un seul événement passé.

Mais à présent que ma quête touchait à sa fin, l’heure n’était plus aux sourires et à la rigolade. J’allais sauver Maya et Ambre, vaincre Gariatron et faire en sorte que toute rentre dans l’ordre.

Le pic de glace grandissait au fur et à mesure que nous nous en approchions. Et plus il grandissait, plus il nous paraissait imposant et terrifiant. Les aurores boréales au-dessus scintillaient toujours dans le ciel noir et sans étoile. L’air était glacial et le vent d’une violence inouïe. Malgré cela, aucun d’entre nous ne ralentissait le pas. Le temps était compté.

Enfin, après une marche longue et pénible dans l’immense désert de pierres, nous arrivâmes au pied de la citadelle, entre les sculptures qui semblaient nous prendre au piège dans leurs griffes acérées. A partir de là, un long chemin rectiligne et bordé de ces crocs de glace nous montrait l’entrée.

Nous nous arrêtâmes, soudain anxieux face à ce qui nous attendait derrière cette façade. Il n’y avait pas de porte, simplement une ouverture dans la glace. Le silence régnait. Tout était calme, beaucoup trop calme, comme si Gariatron nous conduisait directement à lui.

« Cet endroit… est à glacer le sang… Grelotta Marie. Sans mauvais jeu de mot.

— C’est étrange… Il n’y a personne pour garder l’entrée alors que Gariatron a tout fait pour nous éloigner… Grommela Darksky.

— Entrons, nous verrons bien ce qui nous attend à l’intérieur, dit Drago tout aussi méfiant. »

Nous franchîmes ainsi l’imposant portail de glace. Lorsque nous fûmes à l’intérieur, je crus que j’allais devenir totalement aveugle tant la lumière était forte. Celle-ci se reflétait sur toutes les parois de la salle dans laquelle nous nous trouvions, et était amplifiée à chaque réflexion. Mais le résultat était tout simplement éblouissant.

Cette lumière faisait scintiller la glace autour de nous en un millier d’étoiles brillantes. Jamais je n’avais vu un pareil spectacle, pas même lors de mes vacances à la montagne. L’irrégularité des parois créait une multitude de petites étincelles, plus vives que la plus belle des guirlandes de noël. Au plafond pendaient quelques stalactites qui tombaient parfois jusqu’au sol et la glace semblait totalement pure et sans tâche.

« Laura… murmura Darksky en serrant le poing.

— Tout cela ne me dit rien de bon, déclara June en croisant les bras sur sa poitrine.

— Oui, je sens le piège à plein nez, complétai-je en fronçant les sourcils. »

Devant nous, le chemin se séparait en trois couloirs de glace, tous s’enfonçant dans les entrailles de la citadelle sans que nous ne puissions en voir le bout. Au-dessus de chaque entrée, un symbole était gravé, excepté l’une d’où s’échappait une épaisse brume sombre. June la notifia également car elle se posta juste devant l’entrée, l’air concentrée.

« Je crois que nous sommes attendues, Angéla, déclara-t-elle d’une voix trahissant son anxiété.

— On dirait bien oui… »

Je vins me placer à côté d’elle et un frisson me parcourut l’échine en pensant à ce qui se trouvait à l’autre bout de ce couloir.

Darksky et Marie se placèrent à leur tour devant l’entrée d’un couloir. Drago prit le dernier puis nous nous regardâmes et d’un accord tacite, nous nous séparâmes.

Nous savions tous ce que nous avions à faire et les objectifs de chacun étaient sur le point de se réaliser. A présent, nous nous battions pour nous-même, pour accomplir notre ultime quête.

« Allons— y, June. »

Mon amie hocha la tête et nous nous enfonçâmes dans le long corridor qui allait nous mener à elles.

Plus nous avancions sur ce chemin, plus mon cœur battait rapidement dans ma poitrine. Nous devions certainement nous rapprocher du lieu que m’avait décrit June, l’endroit même où le monde dans lequel Ambre et Maya étaient enfermées trouvait un point d’ancrage entre les dimensions. Le passage semblait continuer indéfiniment, nous n’en voyions pas le bout, simplement de la glace à perte de vue, plongée dans ce brouillard obscur, mais au moins, nous étions tranquilles.


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Nous marchâmes encore pendant une bonne dizaine de minutes dans ce long couloir sans nous dire un mot, avec comme seul compagnon le bruit de nos pas sur la glace avant de débarquer dans une autre salle circulaire. Des torches étaient accrochées sur tous les contours de la pièce et l’éclairaient faiblement et d’une lueur inquiétante, leur flamme dansant au gré du vent. Au milieu se trouvait une grande cavité sur laquelle était dressé un petit autel ainsi qu’un portail d’où s’échappait la fumée des ténèbres.

Nous nous approchâmes prudemment avant de nous arrêter à quelques mètres. Nous ne pouvions pas voir l’autre côté mais des sons nous parvenaient, comme des cris, des lamentations, des plaintes, des gémissements

« Le monde du désespoir… Alors mon père ne s’était pas trompé. Il existe réellement, murmura mon amie en fronçant les sourcils.

— Est-ce que tu pourrais m’expliquer plus en détail ? Tu m’as parlé de ce monde tout à l’heure… Mais quel est-il exactement ?

— Lithemba. Un monde créé par un homme du nom de Zetsubo il y a bien longtemps, grâce aux pouvoirs de Noun, le Spiritual originel. On dit que c’est là-bas que finissent les âmes ayant perdu leur raison de vivre, qu’elles s’y réfugient pour fuir le monde réel. Cependant, peu en sont revenus suffisamment sains d’esprit pour en parler et la science a fini par considérer qu’il ne s’agissait que d’une illusion créée par les personnes dépressives pour se protéger.

— Zetsubo ? Quel est le rapport avec Gariatron ?

— Va savoir, me répondit June en haussant les épaules. Les faits sont là. Gariatron a acquis, d’une façon ou d’une autre, ce pouvoir. »

Je me mis à regarder de tous les côtés, guettant la présence éventuelle d’ennemis mais rien. Nous étions seules dans la pièce.


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Soudain, la brume sombre qui s’échappait du portail s’agita de façon anormale. Nous reculâmes, prudentes et sur nos gardes tandis que le gaz prenait une forme… la forme de deux personnes.

Une goutte de sueur perla le long de ma tempe. A ce moment-là, j’étais partagée entre l’euphorie… et la peur incontrôlable lorsqu’Ambre et Maya apparurent au milieu du brouillard. Toutes deux étaient vivantes, habillées de tuniques noires, une longue robe laissant ses épaules découvertes et ses jambes apparentes pour la seconde de la classe, et un habit bien plus classique composé d’un t-shirt et d’un pantalon serré mais surmonté d’une longue cape mauve pour l’effrontée du groupe. Leurs yeux, quant à eux, étaient animés d’une lueur écarlate qui me faisait froid dans le dos alors qu’elles nous dévisageaient avec haine.

« Eh bien, eh bien, ne serait-ce pas Angéla qui vient jouer les sauveuses ? Railla Maya.

— Je croyais pourtant qu’on avait été claire : continue à vivre ta vie mais visiblement, tu n’en fais qu’à ta tête, une fois de plus : cracha Ambre. »

Tous mes membres tremblaient mais je tentais néanmoins de me ressaisir. June m’avait prévenue mais, même comme ça, j’avais du mal à encaisser le coup…

« Maya, Ambre, ne me dites pas que vous ne vouliez pas que nous venions, rétorqua June dans le plus grand des calmes.

— Notre volonté n’a aucune importance lorsqu’il s’agit d’Angéla, lança Maya en haussant les épaules. Que nous l’ayons voulu ou non, cela n’aurait rien changé.

— Tu es bien consciente que si tu étais morte en voulant te venger, notre sacrifice n’aurait servi à rien… N’est-ce pas ? Me demanda Ambre d’une voix chargée de mépris.

— Oui, j’en étais consciente, répondis-je sans hésiter. »

Cette dernière éclata de rire en entendant cela et fut rapidement rejointe par Maya mais je ne me laissai pas démonter. Je savais qu’elles n’étaient pas elles-mêmes et que ces mots n’étaient pas les leurs.

« Donc cela ne t’aurait pas dérangé que notre disparition ait été vaine… Cela ne m’étonne pas de toi, Angéla, continua Ambre d’une voix plus grave. Après tout, ce qui compte pour toi, c’est que tu sois innocente et sans remords… Tu as toujours été comme ça…

— Peut-être, oui mais j’agis simplement selon ce qui me semble juste, répliquai-je sans sourciller. Ambre, Maya, vous n’avez rien à voir avec cette guerre alors moi, je ne peux pas y échapper. Je suis impliquée dedans, que je le veuille ou non.

— Donc tu prends les décisions à notre place, une fois de plus ? Siffla Maya. Et si nous voulons être impliquées ? Si nous voulons nous sacrifier, nous n’avons donc pas le droit parce que tu n’es pas d’accord ? Et pourquoi June aurait le droit de risquer sa vie, elle ? Dis-le-nous, Angie.

— Oui, c’est vrai, je ne veux pas que vous soyez impliquées pour des raisons purement égoïstes, parce que je tiens à vous, parce que vous valez bien mieux que vous sacrifier pour quelqu’un comme moi, parce que vous n’êtes pas des guerrières mais des lycéennes, tout comme moi…

— Angél… Commença June avant que je ne l’interrompe.

— Ambre, Maya, je ne nierai pas mes défauts. Vous avez raisons et je ne peux rien faire pour les corriger dans l’état actuel des choses mais il y a une chose dont je suis sûre : aussi imparfaite que je suis, vous m’avez accordé votre confiance toutes ces années et il est temps que je vous rende ne serait-ce que le millième de ce que vous m’avez apporté en tant qu’amies…

— Angéla ! Tu t’es toujours cru la meilleure d’entre nous et tu nous le montres encore aujourd’hui en prétendant avoir la force de nous sauver, mais nous allons te prouver le contraire ici et maintenant ! S’écria Maya en faisant vibrer l’air autour d’elle d’un simple geste de son bras.

— Il en va de même pour toi, June ! Reprit Ambre, tout aussi furieuse. Tu nous avais promis de veiller sur elle et tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de l’entraîner à nouveau dans les problèmes alors que tu aurais pu la tenir éloignée !

— Je n’ai pas à me justifier, répondit-elle calmement. Mais, de mon point de vue, j’ai respecté votre volonté : j’ai préservé Angéla en lui donnant l’espoir de vous revoir au lieu de la laisser se morfondre dans le désespoir.


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— Très bien, mademoiselle première de classe, il est temps de nous prouver qu’une fois de plus tu me surpasses dans tes calculs ! Clama Ambre. Montre-moi jusqu’où vous pourrez avancer avec vos espoirs ! J’en appelle à la puissance sommeillant depuis la nuit des temps, la seule puissance capable d’absorber la lumière de l’âme humaine : Les neufs piliers du désespoir ! Apparais, cercle de Lithemba ! »

A peine Ambre eut-elle prononcé ces mots qu’une sphère d’énergie noire apparut tout autour de nous, nous enfermant dans un dôme immense délimité par neuf colonnes de marbre noir. L’électricité parcourait la structure, crépitait et des éclairs mauves étaient visibles à l’œil nu. Je regardai mes deux amies. Le symbole du désespoir s’était inscrit dans leur yeux et j’eus malgré moi un mouvement de recul avant de me ressaisir. Je ne pouvais pas faiblir, pas aussi proche du but.

La brune ouvrit la paume de sa main face à moi. Immédiatement, les éclairs fusèrent vers moi comme des serpents électriques se jetant sur leur proie. Dans l’urgence, j’érigeai une barrière de lumière et encaissai l’attaque. Cependant, il ne s’agissait pas d’une frappe ponctuelle mais bien d’une décharge en continu. Je grimaçai tandis que je faisais de mon mieux pour maintenir la protection mais son assaut était si puissant que je reculai malgré moi.

Profitant de ma garde concentrée sur Ambre, Maya dégaina Durandal et se jeta sur moi, prête à me découper en rondelles. Heureusement, June intercepta son arme grâce à son dragon qui plongea sur la jeune fille et l’obligea à changer de trajectoire.

« Angéla, je me charge de Maya, concentre tes efforts sur Ambre !

— Comme si tu pouvais te charger de moi ! Tu vas regretter de m’avoir offert cette épée ! Rugit l’intéressé, toujours aux prises avec le Spiritual. »

Je me contentai d’acquiescer, bien trop concentrée sur ma défense pour protester. Au même moment, j’entendis un craquement sourd et, par reflexe, je fis un bond en arrière, juste à temps. L’écran de lumière vola en éclats et une rivière d’électricité inonda le terrain.

Je retombai maladroitement sur le sol, ne perdant pas des yeux une seule seconde ma première amie. Je savais que la discussion était inutile en l’état. Elle était aveuglée par le pouvoir de Gariatron. Je ne devais pas me laisser porter par mes sentiments. Le seul moyen de les délivrer était de la vaincre, et pour cela, j’étais prête à utiliser tous les moyens en ma possession.

Ainsi, je sortis une Shungite de ma poche et la claquai au sol. Immédiatement, je fus enveloppée par cette douce énergie dorée qui se répandit rapidement dans tout mon corps. Ambre tenta de réitérer son attaque mais cette fois-ci, le torrent électrique fut bloqué par un bouclier d’argent tenu par une grande guerrière apparue devant moi.

Mon ennemie du jour serra les dents, ne s’attendant visiblement pas à cela.

« Ambre, je te l’ai dit. Tout ce temps, je me suis entraînée afin de vous sauver toutes les deux. Et je te présente le fruit de mon entraînement, Athéna !

— Félicitations Angéla, tu as réussi à faire ce que la plupart des Summoners font, railla-t-elle, peu rassurée. Si tu crois que ce simple tour de passe-passe suffira à me vaincre, tu es encore plus imbue de toi-même que je ne le pensais ! »

L’électricité statique parcourut à nouveau les piliers et convergea cette fois-ci vers mon amie. Ses cheveux se dressèrent derrière elle, ses yeux virèrent au bleu et tout son corps baignait dans une mer de foudre. Sans me laisser un instant de répit, une décharge fusa vers moi mais Athéna s’interposa. La guerrière antique, contrairement à moi, para aisément cette attaque d’une seule main.

Une grimace passa sur le visage d’Ambre mais elle ne se laissa pas démonter pour si peu. Frappant le sol de son poing, la pierre dure et froide se fissura tandis que l’électricité se répandit sur tout le terrain. J’ordonnai à Athéna de riposter aussitôt. La déesse planta son sceptre dans le sol, créant ainsi une bulle de lumière protectrice autour de nous qui dévia l’attaque.

Cependant, au lieu de s’arrêter face à mon bouclier, la brune continua son attaque et visa June qui se trouvait aux prises avec Maya. Mon ancienne amie sauta en l’air juste à temps pour esquiver mais mon alliée n’eut pas ce réflexe et reçut la décharge de plein fouet.

June poussa un hurlement de douleur et s’effondra au sol, le corps fumant et la respiration saccadée tandis que son adversaire réatterrit sans difficulté devant elle, le regard brillant d’un amusement sadique.

« On dirait que tu as misé sur le mauvais cheval ma pauvre June, ricana-t-elle tout en pointant son épée juste au-dessus de la nuque de mon amie. Angéla s’est protégée mais t’as complètement oubliée dans le processus. C’est dommage, n’est-ce pas ? »

Je voulus accourir auprès de mon amie blessée mais une barrière d’énergie érigée par Ambre se dressa entre-elle et moi.


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Au même moment, quelque chose tomba de la poche de ma partenaire… une enveloppe, visiblement ancienne, jaunie par le temps mais toujours scellée. Lorsque le regard de la blonde se posa dessus, elle esquissa un sourire avant de la ramasser et de se relever, maladroitement, alors que la lame de Maya était toujours prête à trancher sa chair.

« Tu sais… Maya… Être égoïste… Ne signifie pas ne pas penser aux autres, déclara-t-elle d’une voix lente. S’il y avait quelqu’un à blâmer dans cette salle, il s’agirait de moi sans aucun doute… »

Mon amie avança d’un pas et son adversaire recula malgré elle, serrant les dents.

« Moi aussi, j’ai quelqu’un à retrouver. Quelqu’un à qui je n’ai pas pu exprimer ma gratitude. Quelqu’un qui a changé ma vie mais à qui je n’ai rien pu apporter. Quelqu’un qui m’attends là où nul ne peut se rendre. Quelqu’un à qui je dois délivrer l’épilogue du livre qu’a été sa vie. »

June fit un autre pas et la pointe de l’épée de Maya s’enfonça dans son ventre, laissant une goutte de sang pourpre perler le long de sa chemise d’un blanc immaculé, telle une larme de rubis.

« Mais pour l’heure, j’ai fait une promesse. Je n’ignorerai plus les appels à l’aide de ceux à qui je tiens. Et il en va de même pour vous, Ambre, Maya. Je vous le rendrai… l’espoir que vous avez perdu.

— F… Foutaises ! Hurla soudain son adversaire. »

Maya tenta d’enfoncer plus profondément sa lame dans la chair de June mais celle-ci, d’un claquement de doigt, disparut de notre champ de vision pour réapparaitre un instant plus tard à mes côtés.

« Angéla ! Ne reste pas plantée là ! Me cria-t-elle.

O… Oui ! Bégayai-je, encore déconcertée. Athéna, il est temps de déchainer toute ta puissance : Athéna Parthénos ! »

Le sceptre de la déesse rayonna de plus belle. L’armure de la guerrière scintilla également et vira du gris argenté au jaune or. Une sphère lumineuse s’échappa de son arme pour fuser vers Ambre. La jeune fille tenta désespérément de contrer cette attaque mais il n’y avait rien à faire. L’électricité n’avait aucun effet sur le soleil jaune.

Dans sa course, alors qu’il était au centre du cercle de Lithemba, le globe luminescent se scinda en neuf rayons dorés qui transpercèrent les piliers du désespoir. Lorsque les structures de pierre sombre s’effondrèrent, l’énergie qui entourait Ambre se dissipa et la brune mit un genou à terre, la respiration saccadée.

« Pas… Encore… Ce n’est pas… fini… Haleta-t-elle à bout de souffle. »

D’un geste de la main, elle arracha la broche qui retenait ses cheveux et son épée, Kusanagi qu’elle brandit devant elle, un sourire mauvais fendant son visage d’ordinaire si jovial. D’un bon, Maya vint la rejoindre la fille aux cheveux d’ébène émit un rire qui me glaça le sang.

« Finissons-en, Maya… Murmura la fille aux yeux d’émeraude.

— Et comment, je n’attendais que ton signal ma chère, ricana son acolyte. »

Mes deux amies, comme une seule entité, croisèrent leurs deux lames au-dessus de leurs têtes et une lueur noire envahit l’espace. Le portail vers le monde du désespoir s’agita, la brume se fit de plus en plus dense tandis que de milliers de lumières bleutés s’en échappèrent pour converger vers le point de contact des deux armes légendaires.


https://www.youtube.com/watch?v=H5MuriyVJ-4


Un flash lumineux envahit tout l’espace et Athéna fut obligée d’élever une puissante barrière de protection pour nous empêcher de nous envoler comme des brindilles. Tout autour de nous, les pierres et la glace volaient dans tous les sens alors qu’une ombre sinistre prenait forme au milieu du chaos.

« June, avant de confier de tels artéfacts à d’autres, assure-toi qu’ils ne renferment pas de créatures du chaos ! S’exclama Ambre à travers le fracas des pierres. Apparais, ultime créature du désespoir : Yamata-no-Orochi ! »

Mon amie eut un mouvement de recul à l’évocation de ce nom. Un instant plus tard, je compris pourquoi. Lorsque l’éclat aveuglant se dissipa, une immense créature se tenait devant nous. J’aurais dû être vaccinée des colosses à force d’en affronter… mais encore une fois, je fus subjuguée par la chose qui nous faisait face.

Un serpent… immense… blanc comme la neige… possédant huit têtes toutes plus horribles les unes que les autres, entièrement recouvert d’une armure d’écailles luisantes, si immense que la majeure partie de son corps se trouvait encore dans le monde du désespoir alors qu’il emplissait déjà tout l’espace de la salle gigantesque… Sur son ventre coulaient des rivières de sang entre ses chairs fumantes et incandescentes. Si Apophis était déjà imposant, il n’était qu’un nain face à l’abomination blanche que Ambre et Maya avait convoquée.



Chapitre 39 : Amies ou ennemies



Spoiler :



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Yamata-no-Orochi… Quelle horrible créature nous avions en face de nous. Ses huit gueules dégoulinaient d’un liquide visqueux et verdâtre qui dissolvait toute matière qui entrait en contact avec lui. Chacun de ses seize yeux devait faire la taille d’une petite maison tandis que ses crocs étaient tous aussi longs et aiguisés que Durandal.

La créature du désespoir jeta l’une de ses têtes à l’assaut de la barrière d’Athéna et planta ses incisives envenimées dans le bouclier de lumière. Mais, au lieu d’être repoussées violemment, celles-ci s’enfoncèrent profondément à l’intérieur. June m’attrapa le bras juste à temps pour me dématérialiser et m’éviter de me faire dissoudre par l’acide qui suintait de la bouche du reptile.

Notre bouclier vola en éclats alors qu’une seconde tête avait foncé vers lui et elle percuta violemment la déesse qui s’encastra dans le mur de pierre sous la violence du coup. Une quatrième tenta de gober le dragon de June mais celui-ci se dématérialisa juste à temps pour échapper à la morsure fatale.

Cependant, alors que je nous pensais intouchables, la cinquième paire d’yeux s’abattit sur le sol et créa une longue fissure qui se propagea jusqu’à nous. June tituba et me lâcha dans le processus. Immédiatement, la sixième mâchoire projeta un puissant jet d’acide sur moi et j’eus tout juste le temps d’ériger un bouclier de fortune pour ne pas me faire annihiler. Cependant, certaines gouttes passèrent au travers et me brûlèrent la peau, provoquant en moi une douleur infiniment plus intense que tout ce que j’avais pu ressentir jusqu’ici.

Je hurlai à la mort alors et tombai à genoux alors que l’un de mes mollets saignait abondamment. Ma partenaire tenta de venir à ma rescousse mais la septième abomination lui barra le chemin et l’empêcha de me porter de l’aide.

La dernière tête d’Orochi ouvrit grand la bouche et commença à aspirer l’air tout autour d’elle alors qu’une sphère des ténèbres prenait forme dans son gosier. Je regardai tout autour de moi, cherchant désespérément une échappatoire mais seul le désespoir me fit face. Athéna n’était plus en état de se battre, le dragon de June était aux prises avec l’une des gueules du serpent géant et June ne pouvait pas me rejoindre.

C’était frustrant… Horriblement frustrant. J’étais si proche du but et en même temps si impuissante… Peut-être était-ce mon châtiment pour avoir laissé tomber mes amies ce jour-là après tout. Je ne récoltais que ce que j’avais semé.

« Angéla ! Me cria ma partenaire d’une voix forte. Si tu abandonnes maintenant, jamais je ne te pardonnerai ! Tu n’as pas le droit de renoncer aux portes de la victoire, est-ce que tu m’entends ?!

— Mais June…

— Si tu es incapable de franchir cette porte seule, alors nous la franchirons ensemble. Je vais te l’ouvrir pour toi et il ne te restera plus qu’à sauter dedans !

— Je… Je ne comprends pas… Sois plus claire ! Me plaignis-je, désespérée. »

Pour toute réponse, June sortit une nouvelle pierre de sa poche. Mais celle-ci ne ressemblait pas aux shungites classiques. Elle était mauve, lisse comme un miroir, ressemblant presque à un cristal d’améthyste. Et surtout, elle émanait une énergie étrange que je n’avais ressenti qu’une seule fois auparavant… Lors de mon combat contre Hélios.

Lorsqu’elle la claqua au sol, un éclair mauve fendit les cieux et s’abattit sur le champ de bataille, enveloppant mon amie entièrement. Lorsque la lumière se dissipa, la blonde baignait dans un feu noir et sinistre, semblable à celui qui entourait le sphinx de Gizeh. Ambre et Maya, devant cette transformation imprévue, grimacèrent.

« Il y a vingt-cinq ans, lorsque le Purple Requiem a ravagé Tokyo, de l’énergie sombre s’est infiltrée dans les Shungite de l’ile de Rikoukei… Déclara June d’une voix lente qui résonna dans tout l’espace. Mon père a été chargé de récolter et d’analyser cette énergie. Et à présent, je vais vous vaincre avec ce même pouvoir qui vous anime. »

Les sept têtes libres d’Orochi tentèrent de dévorer la jeune fille mais Ghostryu, baignant également dans l’énergie sombre, s’interposa et réussit à se défaire de toutes d’un seul battement d’aile.

« Angéla ! A toi ! »

Ma partenaire me jeta un second cristal qui atterrit devant moi alors que j’étais toujours à terre. La main tremblante, je m’emparai de cette relique du désastre et mon cœur se mit à battre la chamade. La tête principale d’Orochi continuait à charger son rayon destructeur tandis que les sept autres étaient occupées par le Dragon de June.

Je n’avais pas le droit à l’erreur. Une fois détruite, il n’y aurait plus de retour en arrière possible. Mais je n’étais plus la combattant irréfléchie et impulsive qui avait obligé ses amies à se sacrifier pour elle. Combattre aux côtés de Darksky et parler avec Drago m’avait fait prendre conscience de mes faiblesses et appris à évaluer la situation. De plus, la vision du futur en ruine, la dévastation de Paris et le désespoir de tous ces gens avaient été comme un réveil pour moi. Plus jamais le monde ne devrait connaitre une telle tragédie, et c’est ce qui allait se passer si nous perdions ce combat, et ça, je ne pouvais l’accepter ! Gariatron m’avait confié la mission de le faire revenir à la raison, et je comptais bien tenir ma promesse !

Avec toute la force qu’il me restait, à mon tour, je claquai au sol le cristal violet. Je fus soudain envahie d’une énergie nouvelle. Mon corps fut entouré d’une vive lumière, non pas sombre, mais blanche, qui illumina le terrain comme une étoile. Derrière moi, une ombre scintillante apparut, ombre qui prit rapidement l’apparence d’une créature bien connue : Gariatron. Mais pas le monstre sanguinaire que nous avions dans le présent. Il s’agissait là de l’ombre du démon que nous avions vaincu dans le futur…


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« Angéla, déclara le démon d’une voix lente résonnant dans la salle. Il y a longtemps, j’ai passé une alliance avec le démon du désespoir…mais j’ai aussi confié à un ami le soin de s’opposer à moi. »

Le démon écarta ses ailes et une petite sphère de lumière descendit jusqu’à moi avant de s’introduire dans mon bracelet puis la silhouette de Gariatron commença à s’estomper lentement dans une trainée d’étoiles scintillantes.

« Vivez, Angéla, June, Ambre, Maya, sortez-moi de cette folie qui me ronge et savourez la vie comme Iori et Laura le font dans le futur… »

Aussitôt, Athéna fut couverte de cette même énergie et se releva, plus rayonnante que jamais. Son armure se reforma sur elle, ses blessures guérirent, son sceptre s’allongea et dans son dos, une paire d’aile immaculée et chatoyante se dessina.

« Spiritual Fusion ! Guidez ce monde vers la sagesse, Athéna, déesse de la guerre et Socrate, père de la sagesse !

— Tu ne nous impressionnes pas ! Rugit Maya. Orochi, réduis-le à néant ! Tentez de survivre à la puissante attaque du désespoir : Amandla Nil ! »

D’un seul coup, l’horrible créature relâcha toute la puissance qu’elle avait accumulée ces dernières minutes en un seul et unique rayon ténébreux. La puissance qui s’en dégageait était phénoménale. Je pouvais le ressentir dans mes veines. Si cette attaque nous touchait, elle allait non seulement réduire à néant nos corps, mais également cette citadelle toute entière et peut-être même plus… Si l’astéroïde qui avait provoqué l’extinction des dinosaures tombait sur nous, j’aurais été plus sereine qu’en face de ce cette énergie faramineuse.

Mais je ne devais pas me laisser impressionner. Tout reposait sur mes épaules désormais, et sur celles d’Athéna.


https://www.youtube.com/watch?v=8WXYajeP9TE&t=


« Je suis désolée… Ambre… Maya… Murmurai-je, la gorge nouée par l’émotion. Athéna… Celestial Judgement ! »

Le sceptre de la déesse flamboya d’un feu doré tandis qu’elle le retourna afin de le saisir comme une épée. D’un bond magistral, mon Spiritual s’envola à la rencontre du rayon mortel, son arme divine pointée vers l’avant. Lorsque les deux puissances entrèrent en collision, la terre trembla et les murs de la citadelle se fissurèrent sous l’onde de choc. Mais au lieu d’être repoussée, la guerrière de lumière remonta le flux d’énergie, protégée par un bouclier invisible qu’était le dragon de June.

Alors qu’elle n’était plus qu’à quelques mètres des crocs acérés du reptile, Athéna scintilla de plus belle et pénétra à l’intérieur de la gueule de la créature… Puis ressortit à l’arrière de son crâne.

Un silence de mort s’installa dans l’immense salle et le temps fut comme figé pendant quelques instants où seuls les battements de nos cœurs résonnaient dans nos oreilles. Puis le monstre à huit têtes, dans une explosion de lumière et d’étoiles scintillantes, disparut définitivement. Mais, alors que la lumière me brûlait la rétine, je crus voir comme du réconfort dans les yeux de mes amies, comme si elles étaient heureuses que tout se soit enfin terminé ainsi.


https://www.youtube.com/watch?v=USCmVflxOfY


Lorsque je recouvris la vue, la pièce avait disparue, de même que le portail vers Lithemba et nos Spirituals pour ne laisser que June, Ambre, Maya et moi dans un espace entièrement blanc dont la monotonie n’était brisée que par la présence d’un magnifique cerisier en fleurs lentement bercé par un vent printanier frais et doux.

Cependant, mes deux amies étaient différentes. La marque du sceau d’orichalque avait disparu de leur front et leurs regards étaient redevenus normaux : innocent et doux pour Ambre et Moqueur pour Maya.

« Décidemment, Angie… Tu ne peux pas t’empêcher de faire le contraire de ce qu’on te dit… Ricana celle qui aimait me taquiner. Mais bon, j’imagine que c’est pour ça que je t’aime bien…

— Oui, c’est bien parce que tu es aussi irresponsable et stupide qu’on est amie ! Enchaina Ambre avec un large sourire.

— Eh… Vous deux… Franchement… Vous pourriez au moins dire quelque chose de sympa après tout ça… Leur répondis-je en riant légèrement.

— Sympa ? Je ne me rappelle pas avoir déjà dit… »

Ambre coupa Maya dans sa réflexion désagréable avec un coup de coude dans les côtes et cette dernière soupira.

« Bon, ok, je dois l’avouer, j’étais un peu jalouse de toi… Mais en même temps, c’est bien pour ça que je te suis depuis tout ce temps non ? N’oublie pas que tu me dois une revanche pour cette fois où tu m’as fait perdre ma réputation ! S’exclama Maya avec un air de défi. Et je te préviens, tant que je ne l’aurai pas eue, je continuerai à te pourrir la vie comme aujourd’hui !

— Quand tu veux, Maya, lui répondis-je en penchant la tête légèrement sur le côté en repensant au jour où nous nous étions rencontrées.

— Il est trop tard pour revenir sur nos paroles de tout à l’heure… Mais n’y prête pas attention s’il te plait, me demanda Ambre en baissant les yeux. C’est bien parce que tu possèdes tous ces défauts que tu es meilleure que nous, alors, ne change pas…

— Arrête, je vais rougir… Bredouillai-je en détournant moi aussi les yeux. »

Le vent s’intensifia et quelques pétales roses passèrent entre elles et nous tandis que, un peu plus loin, une lumière se mit à briller d’un éclat intense.

« June, on ne te le redira jamais assez mais… Prends soin de mon Angie, lança Maya. S’il lui arrive quoique ce soit, je viendrai te faire une tête au carré, c’est moi qui te le dis !

— Et assure-toi qu’elle ne fasse pas trop d’imprudences sinon elle va encore nous le reprocher, compléta Ambre.

— Je vais essayer, mais je ne peux rien vous promettre… Vous la connaissez, leur répondit-elle ironiquement.

— Eh, je ne suis plus une enfant, je peux prendre soin de moi-même ! Protestai-je en gonflant les joues.

A mes mots, mes trois amies éclatèrent de rire ensemble et, malgré mon chagrin, je me joignis à elles de bon cœur. »

Finalement, après une minute de fou rire incontrôlable, je pris une grande respiration tandis que Maya leva le pouce en l’air d’un air confiant et Ambre me lança un large sourire puis, avec June, nous passâmes à côté de nos deux amies pour rejoindre la lumière sans nous dire un mot de plus.

Alors que nous les avions dépassées, j’entendis la voir de Maya dans mon dos mais je ne me retournai pas, de peur de ne plus vouloir quitter cet endroit si je le faisais.

— Tu sais, Angie, je me suis toujours dit un truc mais… on devrait s’organiser une grande sortie un de ces quatre.

— On se fait ça à la rentrée alors ? Lui répondis-je d’une voix calme.

-moi ça me va.

Sur ces mots, la lumière s’intensifia et, lorsque je rouvris les yeux, j’étais de retour dans la citadelle de pierre sombre. Devant nous, gisaient les corps inconscients de Maya et Ambre tandis que le sceau d’orichalque avait disparu. Cependant, leur visage était serein, comme si elles dormaient toutes les deux profondément.

« June…

— Allez, Angéla, fais ce que tu as à faire, je m’occupe du reste, m’interrompit mon amie d’une voix douce. »

Avec un regard déterminé, j’acquiesçai et je laissai mes trois partenaires de toujours derrière moi, m’enfonçant dans le long couloir sombre, plus résolue que jamais à vaincre Gariatron et à tout faire rentrer dans l’ordre.





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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [20/09/2019] à 14:40

Chapitre 40 : Promesses et Trahison…



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=aR1N2fzi89s


« Bien, à la revoyure Darksky, je te souhaite sincèrement de retrouver ta sœur. »

Les mots de Saya résonnaient encore dans ma tête tandis que j’avançais dans ce long couloir de glace. Marie était saine et sauve mais je ne pouvais pas encore reprendre ma vie d’antan. Avant cela, je devais encore régler deux dernières choses : me venger de Gariatron et faire revenir Laura à la raison.

Plus j’avançais et plus l’air se refroidissait mais je ne ralentis pas le pas. Je savais qu’au bout de ce long couloir se trouvait celle pour qui j’avais voué ma vie, celle qui l’avait changé, qui l’avait égayée et qui l’avait détruite en partant.

La Laura que j’avais retrouvée n’était pas celle que je connaissais, c’était un fait, et même si j’ignorai la véritable raison de son changement, je savais au fond de moi que mon amie d’enfance se cachait encore quelque part au fond d’elle et c’était pour la retrouver que je me battais à présent.

Mais, avais-je le courage de lui faire face ? Etais-je capable de m’opposer à celle que je considérai comme mon modèle par le passé ? Pouvais-je faire revenir à la raison celle qui m’avait tiré de ma solitude ? Possédai-je même la force de pouvoir prétendre la sauver, elle qui m’avait tout enseigné ? Toutes ces questions me hantaient tandis que je continuai mon chemin en compagnie de ma sœur.

Soudain, celle-ci s’arrêta au milieu du chemin et je fis de même, intrigué en la voyant froncer les sourcils en me regardant.

« Michael, dis-moi une chose, commença-t-elle avec un sérieux qui ne me disait rien de bon.

— Qu’y a-t-il Marie ?

— Tu es sûr de vouloir faire ça ?

— Evidemment, il faut que je fasse revenir Laura à la raison. De toute façon, je ne peux pas la laisser dans cet état, elle est beaucoup trop dangereuse et…

— Ce n’est pas ce dont je parle, me coupa ma sœur. »

Je penchai la tête sur le côté, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Marie soupira.

« Je te connais, Michael, tu vas essayer de la sauver à tout prix mais peut-être ne veut-elle pas être sauvée.

— Qu’est-ce que tu racontes encore ? Je sais bien qu’elle ne veut pas être sauvée puisqu’elle ne se pense pas dans l’erreur mais…

— Tu es vraiment aveugle mon pauvre, c’est affligeant, grogna-t-elle en commençant à s’impatienter.

— Dans ce cas, explique-moi, rétorquai-je, agacé.

— Tu dis que Laura se bat pour se venger de toi mais pourquoi ne pourrait-elle pas se battre pour autre chose… Comme un désir de sauver quelqu’un par exemple, hasarda ma sœur.

— Je n’exclus pas cette possibilité mais si c’est le cas, je me dois de l’aider.

— En plus d’être aveugle, tu es buté, j’imagine que je ne peux rien faire pour toi, lança Marie en haussant les épaules, vaincue. »

Elle reprit sa route en passant devant moi sans ajouter un mot et je fis de même, trop focalisé sur mon désir de retrouver mon ancienne amie pour repenser aux paroles de ma sœur.

Finalement, après une marche interminable dans le froid et l’obscurité, le chemin déboucha sur une immense pièce circulaire et lumineuse.


https://www.youtube.com/watch?v=5d0iAU2H-eY&


Les murs, le sol et le plafond étaient entièrement tapis de glace blanche et scintillante tandis que devant moi, un couloir de stalagmites menait droit à un trône de glace. Juste au-dessus, je reconnus, gravé dans la pierre, le symbole d’Ouranos, la version corrompue de Trichiona. De chaque côté du trône, deux immenses fenêtres laissaient une vision dégagée sur l’extérieur.

Sur le siège, quelqu’un était assis, une jeune fille aux longs cheveux châtain parfaitement coiffés à l’exception d’une mèche tombant entre ses deux yeux verts comme l’émeraude. Elle portait une longue cape noire au-dessus d’une veste et un pantalon tout aussi sombres.

Sur son visage se dessinait un sourire malsain alors qu’elle était accoudée et me regardait avec deux yeux remplis de haine et de mépris.

Sans tressaillir, je m’avançai dans ce long couloir, suivi de Marie puis je m’arrêtai à quelques mètres du trône pour faire face à la jeune fille que j’avais cherchée pendant si longtemps.

« Je suis ravie de voir que tu as pu sortir du piège de Shadow sain et sauf, Michael, me lança-t-elle d’une voix où se mêlaient ironie et colère.

— C’est un bien bel endroit que cette citadelle, lui répondis-je calmement en mettant mes mains dans mes poches. Est-ce que c’est toi qui as fait la décoration ?

— En partie oui, tu aimes ? Railla-t-elle.

— Un peu trop chaud au mon goût mais ça peut aller. Je reconnais bien ton style, toujours aussi soigné.

— Oh, mais on peut remédier à ce problème si tu veux. »

Laura se leva d’un bond et un vent glacial se mit à souffler, m’obligeant à me protéger le visage avec mes bras. Rapidement, un blizzard se leva et nous entoura totalement, mon amie et moi, nous séparant de Marie par un épais mur de glace infranchissable.

« Dis-moi, Michael, puisque tu es là, que dirais-tu d’un petit combat amical comme au bon vieux temps à chaque fois que nous nous retrouvions dans le parc ?

— Cela fait bientôt cinq ans que nous n’avons pas combattu, lui répondis-je en souriant et en fermant les yeux. Comment pourrais-je refuser ? »

Un sourire mauvais illumina la figure de Laura tandis que, à partir de glace, un pendentif apparut autour du cou de mon amie et ses yeux se mirent à briller d’une lueur verte intense dans le blizzard.

« Tu as vu, j’ai tenu ma promesse, Darksky, je suis revenue et tout se passe toujours comme avant, n’est-ce pas merveilleux ?

— Laura, déclarai-je froidement. Dis-moi la vérité, tu n’es pas conduite uniquement par ta jalousie, je me trompe ?

— Qui sait quelles sont mes motivations, me répondit-elle d’un ton dédaigneux. As-tu vraiment le droit de savoir cela, toi qui as contribué à faire de moi celle que je suis aujourd’hui ?

— Je t’ai déjà dit que je n’ai pas oublié notre promesse, Laura.

— Tu n’as donc même pas la moindre idée de ce que tu m’as fait réellement ? Tu es tellement innocent et stupide à la fois que c’en est presque affligeant mon pauvre ! Ricana mon amie. »

Voyant que la conversation était inutile, j’activai mes pouvoirs à contrecœur et je me mis en position, bien décidé à remporter ce combat et mettre Laura hors d’état de nuire.

« J’ai attendu ce jour avec tant d’impatience, Darksky, le jour où je pourrais te retrouver pour mettre un terme à toutes ces bêtises !

— Et moi j’ai attendu avec impatience le jour où je pourrais te retrouver pour recommencer ces bêtises que nous faisions par le passé, rétorquai-je en gardant mon sang froid. »

Sans ajouter un seul mot, j’activai les pouvoirs d’Ethon et me mis en position. Le visage de Laura fut illuminé d’un sourire sinistre tandis qu’une aura sombre apparut tout autour d’elle. Un vent glacial souffla entre nous deux, me pétrifiant jusqu’aux os. Seuls les battements de mon corps et le souffle de nos respirations résonnaient à l’intérieur de cet immense dôme de glace où allait se jouer la conclusion d’une histoire commencée cinq ans auparavant, le jour où Laura s’en était allée.

Puis, toujours dans le silence le plus total, à la vitesse du son, je me jetai vers mon ancienne amie et elle se jeta vers moi. Nos deux poings s’entrechoquèrent et l’onde de choc qui en résulta fut suffisante pour fissurer la glace à nos pieds et créer une large crevasse entre nous.

Le contrecoup me repoussa violemment vers l’arrière mais je ne me laissai pas déstabiliser. D’un salto, je me remis sur mes jambes et repassai à l’attaque. Comme mon image dans un miroir, un rictus carnassier illuminant son visage, celle qui fut autrefois ma meilleure amie fit de même. Lorsque je me lançai à nouveau dans la bataille, nos deux avant-bras s’entrechoquèrent, puis nos genoux et à nouveaux nos poings.

Voyant que cela ne me mènerait nulle part, j’utilisai la force de recul afin de m’éloigner de mon adversaire.

Ce bref échange de coups était d’un niveau bien supérieur à tout ce que j’avais affronté en combat un contre un jusqu’ici. Je ne combattais que depuis quelques secondes et j’étais déjà à bout de souffle alors que Laura, elle, semblait en pleine forme alors qu’elle me fixait toujours avec son sourire méprisant et moqueur, se tenant droite comme un piquet, sa longue cape volant derrière elle.

Toutefois, le combat ne faisait que commencer. Je refusais de montrer déjà le moindre signe de faiblesse à ce stade.

D’un geste confiant, je passai la main sur ma joue pour essuyer la neige qui y était restée accrochée et je me forçai à sourire à mon tour.

« Je vois que tu n’as pas perdu de ta superbe pendant toutes ces années, Laura, lançai-je d’une voix assurée.

— Et moi, je vois que tu utilises toujours les techniques que je t’ai apprises à l’époque, rétorqua-t-elle d’un ton tranchant. Tu sais pertinemment qu’elles ne fonctionneront pas contre moi, alors pourquoi t’obstines-tu à combattre de façon aussi puérile ?

— Tu n’as pas encore compris ? Ricanai-je. Pendant quelques secondes, tu t’es sentie obligée de reprendre ces techniques que tu as abandonnées, toi qui prétends que la petite fille que j’ai connue est morte. »

Le sourire figé de mon amie disparut de sa figure pour ne laisser place qu’à une grimace de dégout.

« Je pourrais te poser une autre question, Michael. Pourquoi ne les as-tu pas abandonnées, toi ? Par sentimentalisme ? Par nostalgie ? Par remords ? Ou bien simplement… Par faiblesse ? Tu le sais aussi bien que moi, ces techniques sont bonnes pour remettre à leur place les petites frappes mais en combat réel, elles ne valent rien. Et pourtant, alors que tu sais que je pourrais te tuer d’un claquement de doigt, tu as tout de même essayé.

— Tu connais très bien la réponse, Laura. Je suis bien conscient que trois pauvres techniques ne sont rien face à ce que nous avons vécu. C’est pourquoi… je vais devoir user de ce pouvoir qui m’a été confié par ceux qui croient aujourd’hui en moi. »


https://www.youtube.com/watch?v=SN-q5QHd6_A


Je mis ma main dans ma poche et en sortis une pierre noire et irrégulière, un Shungite. Saya avait réussi à en voler une à Hélios et me l’avait confiée juste avant son départ. J’aurais préféré ne pas avoir besoin de m’en servir mais je savais que, même à pleine puissance, je ne faisais pas le poids face à mon amie. Je ne l’avais jamais fait après tout.

Je claquai d’un coup sec le rocher sombre sur le sol et une vive énergie bleutée s’en échappa. Cependant, contrairement à lorsqu’Angéla ou Drago l’utilisaient, les filaments de lumière ne convergèrent par vers moi mais s’étalèrent tout autour de nous, emplissant le dôme de glace tout entier.

Le décor changea brutalement autour de nous. Le ciel s’éclaircit, la glace froide sous nos pieds se transforma en pierre chaude, baignée du soleil couchant et avec pour seul bruit de fond, le fracassement des vagues en contrebas. Au loin, une mer calme et rougeoyante bordait une petite ville de campagne sur le point de s’endormir.

Tout était exactement comme avant. Je voyais Laura, éblouissante sur cette falaise où nous venions si souvent cinq ans plus tôt.

Elle regarda stupéfaite ce qui venait de se dresser autour de nous. Je crus lire dans son regard comme du regret pour un temps révolu, et même un certain bonheur de retrouver ce qu’elle chérissait tant. Mais ces sentiments furent éphémères, et son visage se durcit à nouveau, ne laissant paraitre aucune émotion.

Elle se contenta de fermer les yeux et un sourire cruel se dessina à nouveau sur sa bouche.

« Pendant un instant, j’ai failli tomber dans ton piège Darksky… Mais ce n’est pas avec quelques souvenirs heureux que tu éviteras les souffrances qui t’attendent !

— Je ne cherche pas à fuir, je veux simplement que tu te souviennes… tu étais heureuse à cette époque, toujours joyeuse et de bonne humeur. C’est toi qui m’as permis de continuer lorsque j’étais au plus mal… Alors pourquoi fais-tu cela désormais ? Que t’est-il arrivé ?

— Ce que j’ai vécu… personne ne peut le comprendre, dit-elle tristement.

— Comprendre quoi ? La douleur que nous procure la séparation ? Le sentiment d’impuissance face à un destin qui nous semble trop cruel ? Je l’ai vécu moi aussi, je peux comprendre ce que tu ressens…

— Non, tu ne peux pas ! Dit-elle les larmes aux yeux. Tu n’as pas à porter sur tes épaules le fardeau d’un héritage trop lourd ! Tu n’as pas non plus à défendre une cause qui te semble perdue ! Et plus que tout, ton père ne veut pas se venger du monde entier… »





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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [22/09/2019] à 16:32

Laura, à la recherche de l’espoir


Prologue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=eIqxHpK97m4


Qu’est-ce que l’espoir ? Un sentiment permettant d’avancer et de se surpasser ? Une illusion s’éteignant au fur et à mesure que notre rêve prend fin ? Une malédiction ne laissant que ruine et désolation derrière elle une fois que l’espoir a disparu ? Moi-même je n’ai jamais eu la réponse. Et pourtant, je l’ai cherchée. Longtemps, je me suis accrochée à ce que j’appelais un espoir, mince, éphémère, pouvant se briser à tout instant.

Je savais que je poursuivais une chimère, que mon rêve ne pouvait pas se réaliser, que tout ce en quoi je croyais n’était rien d’autre qu’une création de mon propre esprit. Et pourtant, j’ai désiré aller jusqu’au bout de ce rêve pour une seule et unique raison : je savais qu’une fois réveillée, jamais plus rien ne serait comme avant et que, tout ce qu’il resterait de ces années de bonheur illusoire ne serait que le vide. Je refusais de voir la réalité en quelque sorte.

Cependant, peut-être m’étais-je toujours mal posé la question. Peut-être cherchais-je une réponse à une question qui n’avait pas lieu d’être. Peut-être passais-je à côté de ce qui était le plus important pour moi.

La question que j’aurais dû me poser à ce moment-là n’était pas de savoir ce que je recherchais, mais pourquoi je courais après une chose que je ne connaissais même pas. Pourquoi avais-je besoin de rattacher à cet espoir que je ne pouvais même pas définir à tout prix ?

Néanmoins, il y a une chose dont j’étais sûre : ce jour-là, lors de ce tournoi, alors que j’avais affronté ce garçon qui semblait perdu et désorienté, pour la première fois, j’avais eu la sensation d’avoir trouvé ce qu’il me manquait. C’est en voyant ce dont il avait besoin que j’avais pu comprendre à quel point nous étions similaires tous les deux et j’avais pris exemple sur lui, recherchant ainsi désormais l’espoir, sans même savoir pourquoi, simplement parce qu’il avait l’air heureux en croyant en ce sentiment dont j’ignorais tout…


Tout en pensant à toutes ces choses, je contemplai ce coucher de soleil que j’avais si souvent vu ces dernières années pour la dernière fois. Comme toujours, il était magnifique. Voir l’astre rougeoyant plonger dans une mer de feu et disparaitre lentement pour faire place à la lune m’apaisait et ce jour-là encore, je comptais bien en profiter jusqu’au bout.

Tout était calme, comme toujours sur la falaise. Ce petit coin de terre était mon endroit, ma base secrète, le seul endroit où je savais que je n’allais jamais être dérangée.

Dan était hors d’état de nuire, je savais que la relève allait être assurée même après mon départ et je ne m’inquiétais pas de ce détail. J’avais envoyé des lettres à mes amies pour les prévenir et nos valises étaient faites, prêtes à être embarquées. Il ne me restait désormais plus qu’une chose à faire, chose que j’avais désespérément repoussée jusqu’au dernier moment…

Je souris légèrement lorsque j’entendis des pas sur les cailloux derrière moi et la respiration saccadée de mon ami mais je ne me retournai pas tout de suite, serrant contre mon cœur ce qui allait être mon ultime cadeau.

Je ne voulais pas partir… Je voulais rester avec lui, que nous continuions à nous amuser tous les deux, à remettre Dan à sa place, à rire à l’école pour toujours, et pourtant, après avoir détourné le sujet pendant longtemps, je fus obligée de prononcer ces quelques mots qui scellèrent mon destin :

« Prends soin de toi Darksky… Et adieu… »

Puis je disparus de sa vie et lui de la mienne. Du moins, je le croyais…




Laura : Un nouveau départ



Spoiler :



J’étais seule, dehors sur le pont du bateau, recroquevillée dans un coin à l’abri du vent empli de sel de la mer. Il faisait froid et une pluie fine s’abattait sur la coque métallique du navire, mais je m’en fichais. Je me sentais vide à l’intérieur. Mon regard sans vie fixer inlassablement un petit bout de papier froissé que je tenais fermement entre mes mains.

Tout était calme. Le bruit du bateau avançant sur les flots et le clapotis des vagues se fracassant avec violence sur la coque étaient les seuls sons que l’on pouvait entendre.

Ce que je ressentis à ce moment-là, je ne l’avais plus ressenti depuis ma rencontre avec mon meilleur ami, en y repensant. C’était vraiment grâce à lui que j’avais pu prendre un nouveau départ et oublier tous mes tracas liés au travail de mes parents.

J’avais toujours été si seule. Je ne faisais que cacher mon mal derrière un faux sourire, mais, lorsque je l’avais affronté pour la première fois dans ce tournoi, pour la première fois, j’avais réussi à vraiment apprécier les combats.

Sur le bout de papier, quelques mots avaient été griffonnés à la lueur de la pleine lune qui perçait timidement à travers les nuages de pluie.

Il s’agissait d’un poème, comme une déclaration d’amour mielleuse et remplie de bons sentiments. Je souris bêtement en lisant les premières lignes. En temps normal, je me serais bien moquée de lui si j’avais trouvé ce poème un jour dans la cour de l’école ou dans son bureau. Mais ce soir-là, seule sur le pont de ce bateau, mon cœur battait la chamade en pensant que Darksky avait écrit ces mots pour moi…

« J’ai toujours cru que nous pourrions ainsi rester

Amis et partenaires pour toute l’éternité

Mais ce n’était rien d’autre qu’une hallucination,

Un doux, tendre, long, chaud, beau rêve. Une illusion… »

Puis, aux gouttelettes de pluies sur mon visage vinrent s’ajouter des larmes chaudes et remplies de regrets.

« Si seulement je pouvais juste croire aux miracles, Darksky… Je réécrirais l’histoire… je ferais tout pour te montrer une toute autre personne que l’égoïste que tu as connue et je te dirais les mots que je n’ai jamais pu te dire… »


**


https://www.youtube.com/watch?v=9E6b3swbnWg


Une douce mélodie résonnait dans la salle du conservatoire. La nocturne de Chopin numéro deux en mi bémol majeur. Cela faisait plusieurs mois que je la travaillais pour mon propre plaisir. Malheureusement, jamais je n’avais pu la faire écouter à celui à qui je l’avais dédiée. Mais je ne perdais pas espoir qu’un jour, Darksky puisse l’entendre. C’est pourquoi, je continuai à la travailler inlassablement.

La mélodie était lente, douce, apaisante, harmonieuse, comme un murmure d’amour. Puis rapidement, lorsque la seconde partie arrivait, elle devenait plus forte, plus brutale, plus puissante, comme un cri venant du fond de l’âme, le désir impossible de rester éternellement avec l’être chéri.

Alors que mes doigts dansaient sur le clavier, je m’imaginais, chez moi, jouant ce morceau avec comme seul public Darksky qui m’écoutait d’une oreille attentive au coin du feu. Aurait-il été impressionné ? M’aurait-il trouvée prétentieuse ? Aurait-il compris le message que j’essayais de lui faire passer à travers cette mélodie ? Aurait-il été touché par ma musique comme je l’avais touché avec mon style de combat ?… Je l’ignorais. Et je ne le saurais sans doute jamais, pensais-je.

Le rythme s’accéléra, comme les battements de cœur d’un dernier adieu et lentement, la mélodie principale revint avant de disparaitre lentement dans le silence de la note finale.

Je restai plusieurs secondes, figée sur cette dernière touche, les yeux rivés sur le clavier, lorsque des bruits de pas me tirèrent de mes pensées.

Je levai la tête pour saluer chaleureusement la personne qui venait d’entrer. Il s’agissait de Théodore Miller, mon nouveau partenaire de musique qui m’accompagnait au violon. C’était un garçon roux, assez frêle, même légèrement plus petit que moi, aux yeux marrons et au visage très enfantin. Au début de l’année, mon professeur lui avait demandé d’être mon tuteur pour m’aider à découvrir les locaux, mais rapidement, nous nous étions trouvés une affinité commune pour la musique. Il n’avait pas énormément d’amis dans la classe, et moi non plus d’ailleurs puisque je m’étais attiré les foudres du garçon le plus populaire de l’école dès mon arrivée. C’est pourquoi, en bon parias, nous nous étions rapprochés et nous jouions désormais ensemble au conservatoire.

Il n’était pas bien bavard, ni même spécialement sympathique, mais il était excellent violoniste et il semblait m’apprécier.

Après un bref échange, il s’installa à mes côtés et nous nous mîmes à répéter le Rondo Capriccioso, comme chaque semaine désormais, en vue du concours national qui arrivait à grands pas. Personnellement, je n’étais pas intéressée par la récompense qui était une place au conservatoire Berklee, à Boston. Pire, je détestais passer des auditions de piano. L’ambiance qui y régnait m’avait toujours dégouté. Mais, lorsqu’il m’avait proposé cela, pour la première fois, j’avais vu des étoiles scintiller dans les yeux du garçon à l’idée de pouvoir étudier là-bas. C’est pourquoi, je m’impliquais autant que possible pour qu’il puisse réaliser son rêve.

Même si j’essayais de me convaincre que je faisais une bonne action, si je participai à ce concours, c’était aussi pour briser l’ennui qui s’était installé dans ma vie. Le quotidien était monotone, sans aucune surprise. Les cours, le conservatoire, la nostalgie, et ce, dans un cycle semblant sans fin. Ce concours était pour moi une occasion d’avoir un nouvel objectif dans ma vie.


Car oui, ma nouvelle vie en Angleterre était plutôt tranquille. Nous habitions dans une petite bourgade du nom de Belfort, à quelques kilomètres de Londres, mais néanmoins très calme et fleurie. Nous avions tous les avantages de la capitale sans les inconvénients.

La maison dans laquelle nous avions emménagée avait été construite par mon arrière-grand-père paternel, avant que mon grand-père ne franchisse la Manche. C’était une grande bâtisse un peu à l’écart, entourée d’un grand parc dans lequel j’aimais me perdre durant la journée. L’intérieur était spacieux, digne d’un petit manoir en France, sans toutefois être extravagant.

Grâce à son nouveau poste en tant que directeur de la branche anglaise d’Ether, mon père avait eu les fonds nécessaires pour rénover la demeure familiale, si bien que, même sous ses aspects vieillots, nous possédions tout le confort moderne.

Nous avions également un majordome du nom d’Arnold. Même si ce type s’était occupé de mon père dans sa jeunesse, il ne m’inspirait que peu confiance. Quelque chose dans ses yeux cachés derrière d’épais verre ronds et sombres me dérangeait, mais je n’arrivais pas à mettre la main dessus.

A l’école, mon frère ainé, Arthur, s’était parfaitement intégré. Un peu trop même. Il était devenu leader de son groupe d’amis et ne revenait souvent que tard le soir. Son entrée au lycée ne lui avait pas fait que du bien…

Quant à moi, quand je ne répétais pas pour notre concert, je préférais rester seule, perdue dans mes souvenirs. Il fallait dire qu’avoir remis à sa place la brute de l’école, un certain Marc, dès mon premier jour n’avait pas aidé à me faire accepter. Mais je m’en fichais. A Ronchin-sur-mer, déjà, je ne supportais pas de voir Dan faire sa loi. Ce n’était pas parce que j’avais changé de pays que mes habitudes allaient changer elles aussi.

Malheureusement, même si j’appréciais Théodore, nous ne partagions pas le même lien qu’avec Darksky. Nous étions amis, mais pas complémentaires. Nous n’étions liés que parce que nous jouions tous les deux d’un instrument. Et encore, son rêve à lui était de devenir violoniste professionnel, alors que moi, je ne faisais du piano que pour m’amuser et passer le temps puisque je n’avais plus de Spiritual depuis que j’avais cédé Trichiona.

Je tentai plusieurs fois d’écrire des lettres à Darksky, mais elles finirent toutes de la même façon : inachevées sur mon bureau, froissées en boulettes de papier et je me résolus à abandonner, espérant qu’il fasse le premier pas.


Après une bonne heure à nous entrainer sans dire un seul mot et en ne laissant parler que nos instruments, nous mîmes fin à cette dernière répétition avant le grand jour. J’étais plutôt satisfaite de notre performance. Nous jouions en harmonie et, même si notre morceau manquait peut-être un peu d’émotions, le jury ne pouvait pas nous retirer de point sur notre respect de la partition que nous exécutions à la perfection.

Je bus une grande gorgée d’eau, puis tournai mon regard vers mon partenaire, un large sourire aux lèvres.

« On se débrouille pas trop mal, déclarai-je avec entrain.

— Ça peut aller, oui, grommela Théodore avec son habituelle sympathie. Même s’il y a encore des passages que j’aimerais retravailler.

— Vraiment ? Pour moi, ton jeu est déjà parfait, je ne vois pas ce que tu pourrais améliorer à part te dandiner sur place pour faire semblant d’y mettre du cœur, ris-je.

— Très amusant. Mais je ne sais pas, j’ai l’impression qu’il nous manque… quelque chose. Quand je vois des grands violonistes, il y a quelque chose dans leur musique que je n’ai pas…

— La prétention ?

— De l’assurance, peut-être, marmonna-t-il plus pour lui que pour moi. Je me demande bien comment tu fais pour avoir l’air toujours aussi détendue quand tu joues au piano.

— Moi ? Je pense à autre chose, voilà tout, déclarai-je en haussant les épaules.

— C… Comment ? répéta mon partenaire, interdit. Et tu arrives à jouer comme ça sans même être concentrée sur ton jeu ?

— Ce n’est pas que je ne suis pas concentrée. Au contraire, penser à autre chose me permet de me plonger dans le morceau. Ne crois pas que je pense au gâteau au chocolat qui est dans le four ou à des équations de maths, hein ! Mais quand je joue, je m’imagine toujours une scène qui pourrait aller sur la mélodie. Si je voulais être prétentieuse et faire semblant de connaitre la musique, je dirais que je vis ce que je joue au lieu de suivre mécaniquement la partition comme une machine.

— Je vois… Peut-être que je devrais moi aussi me détacher dans ce cas…

— Si tu veux un conseil de ma part, tu dois trouver ce que la musique représente pour toi, ce que tu veux qu’elle transmette comme message. Si ton seul but est de la jouer, le public entendra certes un joli morceau, mais ne ressentira rien de nouveau. La musique est un art que tu dois faire vivre. La partition ne fait pas tout. Tu te dois d’y apporter quelque chose, ta touche personnelle si tu veux.

— Je crois que je comprends… Ça te dérangerait de recommencer encore une fois, Laura ?

— Avec plaisir ! »

Sur ces belles paroles, alors que le conservatoire fermait ses portes, nous continuâmes à jouer jusqu’à la tombée de la nuit. Ainsi, nous ne le quittâmes qu’une fois le morceau parfaitement maitrisé, sur le plan technique et émotionnel.

En rentrant chez moi, je n’avais qu’une seule hâte : être dimanche pour montrer à tous ces membres du jury grincheux le fruit de notre entrainement peu conventionnel.



Laura : Rêve



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=ygur5AaVzgA


Mon réveil sonna aux aurores et me réveilla en douceur en ce dimanche matin. Après être restée encore quelques minutes dans mon lit, l’esprit totalement embrumé, je m’étirai et baillai un bon coup pour me donner de l’énergie, puis passai mon regard par la fenêtre. Le ciel était bleu azur et il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon. Le temps idéal pour remporter un concours et aller le fêter sur les rives de la Tamise.

Prenant quelques affaires, je partis me préparer dans la salle de bain. Ce jour-là, j’avais décidé de faire les choses au mieux. Après tout, ce n’était pas tous les jours qu’une occasion pareille se présentait. Il fallait que je marque le coup.

Après avoir pris une bonne douche et m’être coiffé, j’enfilai un élégant tee-shirt blanc à dentelles, ainsi qu’une jupe courte assortie et un collant sombre. Ce n’était pas dans mon habitude, mais je m’attachai également les cheveux avec une barrette, sachant déjà que ma coiffure n’allait pas tenir toute la journée sans cela.

Finalement, après une bonne heure de préparation, je sortis de la salle de bain rassemblai quelques affaires dans un petit sac à dos, dont le poème de Darksky que j’emmenai où que j’aille, ainsi que divers autres accessoires qui aurait pu me servir avant de descendre au rez-de-chaussée.

Il n’était encore que neuf heures du matin, ce qui me laissait un gros délai avant de devoir rejoindre Théodore. Je pris donc mon petit déjeuner sans me presser, l’esprit ailleurs, à tel point que je ne remarquai même pas Arnold pour une fois. Etrangement, je n’étais pas stressée. J’étais sereine, totalement détendue alors que quelques heures plus tard à peine, j’allais jouer devant des centaines de personnes, et surtout devant mes parents qui ne voulait pas rater une telle prestation.

Lorsque dix heures sonnèrent, je sortis de la maison et enfourchai mon vélo pour prendre la direction du conservatoire afin de réviser une dernière fois notre prestation.

La ville était toujours assez calme, mais le dimanche, personne ne semblait réveillé avant midi, si bien que toutes les rues étaient désertes, à l’exception de quelques promeneurs matinaux. Ainsi, n’ayant pas à me soucier des autres voitures, je pus prendre tout mon temps pour arriver, profitant de la température idéale et de la brise légère qui soufflait en cette belle journée de printemps.

Vers one heure et demi, j’arrivai enfin devant l’école après m’être perdue à force de déambuler. Sans surprise, Théodore était arrivé lui aussi et était adossé à la grille de l’école avec son éternel air peu avenant. C’était étrange de le voir sans son uniforme et avec des vêtements tout à fait classiques et soignés, à savoir un élégant costume noir au-dessus d’une chemise d’un blanc immaculé, ainsi qu’une cravate bleu marine.

Je m’arrêtai juste devant lui. Lorsqu’il leva la tête vers moi, il rougit aussitôt et détourna le regard.

« On dirait qu’aucun d’entre nous n’est capable de respecter l’heure dite ! lançai-je en guise de salutation.

— A… Apparemment, oui, bégaya-t-il.

— Alors, prêt pour le grand jour ?

— C’est ce que l’on verra une fois sur place, me répondit-il en commençant à s’éloigner.

— Comme tu voudras, je te suis ! M’exclamai-je avec entrain. »

Sans ajouter un mot, nous prîmes le même chemin que quelques mois plus tôt. Comme je m’y attendais, Théodore ne parla que peu et ce fut à moi de faire la conversation, une fois de plus. Cependant, je vis que quelque chose avait changé dans son attitude ce jour-là. En effet, pour la première fois depuis que je le connaissais, il semblait m’écouter et être intéressé par ce que je racontais. Pire encore, il me posa quelques questions pour réagir à mes propos.

Lorsque nous arrivâmes au conservatoire, nous poussâmes la lourde porte menant à la salle de concert. Comme à chaque fois que je mettais les pieds dans l’amphithéâtre principal, je fus impressionnée. Si le bâtiment avait, de l’extérieur, des allures pittoresques, il renfermait en son sein l’une des plus sublimes salles de concert que je connaissais. Elle pouvait bien accueillir plus de trois-cents personnes. Le style était moderne, assez géométrique, mais pas laid pour autant. Les tons de couleur, passant par toutes les variations de bleu possible, étaient assez apaisants et donnait l’impression de baigner au milieu de l’océan, loin de toute distraction et tout bruit autre que la musique qui s’échappait de la scène pour venir caresser les oreilles des spectateurs, telle le murmure de la brise sur un bateau.

Lorsque je posai mes yeux sur ladite scène, j’y aperçus un piano à queue blanc, parfaitement ciré et luisant sous les feux des projecteurs braqués sur lui. Théodore déglutit en s’imaginant certainement des centaines de regards braqués sur lui dans quelques heures à peine, mais pour le rassurer, je lui donnai une grande tape amicale dans le dos.

« Allez, tout va bien se passer, on a répété tout le mois ! l’encourageai-je. Et puis, sur scène, on ne voit personne, donc détend toi et tout ira bien.

— Parle pour toi. Tu n’as rien à perdre dans ce concours, alors que moi…

— Toi, tu as tout à gagner, non ? Alors, monte sur scène et montre-moi ce que tu sais faire ! »

Sans lui laisser l’occasion de protester, je le pris par le bras et l’entrainai sur l’estrade. Je m’installai au piano sans même savoir si j’avais vraiment le droit, puis je me mis à jouer. Avec un soupir, mon partenaire me rejoignit pour répéter une dernière fois notre morceau.

Comme prévu, nous étions parfaitement en harmonie l’un avec l’autre. Nous suivions à la lettre la partition, sans aucune erreur. Nous étions fins prêts pour l’événement.

C’est avec cette idée rassurante en tête que nous nous arrêtâmes une heure plus tard pour la pause déjeuner. Nous nous installâmes dans notre loge, là où nous devions patienter en attendant la fin des autres prestations, et je sortis un sandwich préparé le matin même.

« En fait Théo, pourquoi est-ce que tu tiens tant à devenir musicien professionnel ? lançai-je tout en mâchant mon déjeuner.

— Un violon, lui, ne ment pas… me répondit-il évasivement. La musique, elle, n’a pas besoin de mot pour parler. On peut dire qu’elle a été ma seule compagne pendant plusieurs années.

— Comment ça « la seule » ? répétai-je, sceptique. Tu ne vas quand même pas me dire que tu n’as jamais eu aucun ami !

— Si… mais plus maintenant que j’ai déménagé… murmura-t-il en regardant son verre d’eau d’un air nostalgique.

— Tu as déménagé ? Je l’ignorai…

— C’était il y a deux ans. Je vivais en Amérique, mais mes parents ont dû se rendre en Angleterre pour leur travail. Enfin, ce n’est pas une histoire intéressante.

— Au contraire, je suis étonnée que tu te comportes ainsi en classe si tu as eu des amis par le passé. Tu n’as donc pas envie de t’en faire de nouveau ?

— Tu peux parler toi. Tu traines avec l’asocial de la classe, je te rappelle, rétorqua Théodore en haussant les épaules.

— Oui, mais moi je me suis mise Marc à dos dès mon arrivée. J’imagine que ça a scellé ma réputation, ris-je légèrement.

— Eh bien, tu as ta réponse pour mon cas aussi, dit mon ami en baissant les yeux.

— Tu… T’es battu avec Marc ? m’étranglai-je. Toi, monsieur deux de tension ?!

— Je n’ai pas deux de tension, je n’aime pas l’agitation, c’est tout, grogna Théodore. Et non, je ne me suis pas battu, je me suis fait écraser, c’est différent. »

Je ne sus pas quoi répondre à cela. Je ne voulais pas avoir l’air de le prendre en pitié alors que j’avais battu cet idiot de Marc les mains dans les poches, mais je ne pouvais pas non plus rire de sa situation ou même faire comme si ce n’était pas grave. Je sentis alors un malaise grandir entre nous tandis que nous ne dîmes rien pendant plusieurs secondes. Ce fut finalement Théodore qui reprit la parole.

« Enfin, c’est du passé maintenant. Ce qui est arrivé est arrivé, on n’y peut rien, c’est comme ça. J’ai juste changé mes habitudes à la suite de cet incident.

—Alors, il est temps de les changer à nouveau, tu ne penses pas ? finis-je par lui répondre avec un large sourire.

— Tu veux que j’aille défier à nouveau Marc pour me faire battre lamentablement une seconde fois ? Railla-t-il.

— C’est une possibilité oui… mais non. Laisse-moi m’occuper de ça !

— Ne te préoccupe pas de moi. Ce n’est pas la peine d’aller défier Marc pour cette histoire…

— Mais je n’ai pas dit que j’allais faire ça, rétorquai-je. Mais, depuis qu’on se connait, tu n’as plus peur de parler aux autres malgré Marc, n’est-ce pas ? Du moins, tu me parles à moi ! »

Un léger sourire se dessina sur le visage de Théodore et il haussa à nouveau les épaules.

« J’imagine que j’ai plus peur de toi que de lui dans ce cas. »

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire en entendant cela. Je ne savais pas s’il était ironique ou sérieux, mais dans les deux cas, sa remarque était ridicule. Je mis deux bonnes minutes avant de retrouver mon souffle et j’eus mal au ventre à force de rire.

« Dans ce cas, si tu as si peur de moi, je t’ordonne de donner tout ton possible cet après-midi et de remporter ce ticket pour réaliser tes rêves !

— Plus facile à dire qu’à faire, grommela-t-il. Nous avons de sérieux concurrents, je ne suis pas certain que… »

Sans le laisser terminer, je lui mis mon sandwich sous le nez et le fixai avec un air si déterminé qu’il baissa les yeux.

« On va remporter la victoire. Je te le promets. »

Oui. C’était une promesse. Tout comme j’avais sorti Darksky de ses tourments, je comptais redonner à Théodore les rêves qu’il avait perdus.

Je finis en vitesse mon maigre repas et très vite après, les auditions commencèrent. Alors que mon partenaire faisait les cents pas dans la petite pièce, relisant frénétiquement ses partitions, j’étais plus concentrée sur les prestations des autres. Évidemment, je savais que ce n’était pas la meilleure chose à faire, mais j’étais si confiante en nos capacités, tout comme lorsque je combattais avec mon Spiritual, que j’étais fair-play et je ne m’accordai pas un temps de révision supplémentaire.

Il y avait du challenge parmi les autres concurrents, particulièrement ce violoniste venu de Tokyo du nom de Nishijima Kosei. Tout comme moi, il était le fils d’un des dirigeants d’Ether et je l’avais souvent aperçu lors de grandes réunions, mais nous ne nous étions jamais parlés réellement.

Puis, enfin, vint notre tour de passer. Théodore tremblait de la tête aux pieds et suait à grosses gouttes alors que nous avancions vers cette scène où nous avions passé tant de temps à répéter lui et moi. Petit à petit, je sentais mon cœur s’accélérer aussi dans ma poitrine lorsque je découvrais le public devant lequel nous allions jouer.

Tout était comme dans mes souvenirs lointains. À part ma famille et Théodore, ici, personne n’était mon ami. Les gens venus ici n’étaient pas là pour encourager de nouveaux talents, mais pour éliminer ceux qui manquaient de potentiel. Le monde de la musique était cruel contrairement à ce que pensait Théodore. Une seule erreur et c’était la porte. Mais ça, je m’étais bien retenue de lui dire, lui qui semblait déjà si fragile mentalement.

Nous saluâmes un public qui nous accueillit de façon mitigé – il fallait dire que le favori était clairement ce Kosei – puis je m’installai devant ce piano qui, ce jour-là, me parut bien plus immense qu’à l’accoutumé.


https://www.youtube.com/watch?v=hCsB3WtlyaM


Il n’y avait plus un bruit. Seul le craquement de mon siège et les battements de mon cœur retentissaient jusqu’à mes oreilles. Cette salle, d’ordinaire si accueillante et familière, comme un bateau voguant tranquillement sur les flots, semblait s’être changée en un navire pris dans une tempête, balloté par les vagues au rythme du sang qui tambourinait dans mes veines.

Je pris une grande inspiration. Mon esprit se vida. Je m’imaginai, non pas dans cette salle de concert devant des centaines d’yeux perfides, mais dans une plaine, immense, seule avec mon piano, jouant pour Darksky, lui montrant les progrès que j’avais faits pendant toutes ces années. Puis j’entamai les premières notes.

J’effleurai les touches, aussi délicatement que la brise caressant mon visage, tandis que les notes de Théodore vinrent me rejoindre, avec autant de douceur. Lentement, je me laissai aller dans ce monde que je m’imaginai, loin de mes tourments et de mon ennui actuel. Puis tout à coup, le rythme s’accéléra brutalement alors que je mettais plus de puissance dans mon doigté. Le violon de Théodore gagna également en force et rapidement, une sorte de bataille s’engagea entre nous. Nous n’étions subitement plus deux partenaires de musique, mais deux adversaires. Peut-être jouais-je trop fort ? Peut-être jouais-je trop vite ? Peut-être mettais-je trop d’émotion dans mon toucher ? Je l’ignorais. Je voulais simplement rester dans cette rêverie que je m’étais créée pour échapper à la pression des yeux jugeurs du public.

Darksky m’observait. Je devais donner le meilleur de moi-même, lui montrer celle que j’étais devenue. Et j’eus pleinement l’occasion de le faire lors de mon solo. Je n’effleurais plus le clavier, je le martelais, aussi fort que je le pouvais. Je voulais que, là où il se trouvait, mon ami de toujours m’entende. Même si une mer nous séparait, mon espoir était qu’il sache que, malgré la distance, je pensais à lui.

Lorsque le violon reprit, reprenant soudain conscience de la réalité, je ralentis mon jeu et me rendis compte de mon erreur fatale. Pendant ces quelques secondes d’inattention, j’avais brisé l’harmonie de notre duo. Cela se lisait sur les regards du jury et du public. J’avais joué hors du tempo et avais obligé Théodore à accélérer pour me suivre, entraînant des fausses notes et un jeu chaotique de sa part.

Je tentai tant bien que mal de rattraper mon erreur, mais il était trop tard. Le mal était fait. La note était déjà attribuée. Et, alors que nous devions entrer dans la deuxième partie du mouvement et que le violon reprenait une partie solo, je vis Théodore allonger excessivement une note, avant de détacher l’archet des cordes et de baisser les yeux.

Le public était dans l’expectative. Je gardai la main au-dessus des touches, prête à reprendre, mais ce fut inutile. Mon partenaire salua la grande salle sans montrer la moindre émotion et s’éclipsa en courant.

Abasourdie, je quittai la scène tout aussi vite que lui et lui courus après. Il sortit par une porte dérobée et finis par le rattraper au détour d’une ruelle adjacente. Je l’attrapai par le bras pour le retenir et il n’opposa aucune résistance.

Je me sentais mal. Je savais que j’étais fautive. À cause de moi, le rêve de la seule personne qui m’avait accordé un peu d’intérêt depuis mon arrivée venait de s’effondrer. Tout ça parce que je m’étais laissée emporter par la nostalgie et mes espoirs vains.

Le garçon avait la tête baissée et me tournait le dos, mais je pouvais sans difficulté deviner l’état dans lequel il se trouvait à présent.


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« Je… Je suis désolée… balbutiai-je maladroitement. Je… Le jury m’a fait perdre me moyens et…

— C’est bon… j’ai compris… Ce n’est pas grave, me répondit-il d’une voix monocorde. C’est moi qui suis stupide. Je n’aurais pas dû avoir autant d’espoir le jour où tu m’as proposé de jouer ensemble. Je viens simplement de me réveiller…

— Ce n’était qu’un concours ! rétorquai-je, désespérée. Tu auras certainement encore plein d’occasions de…

— Tu l’as dit toi-même, Laura… Devenir pianiste professionnelle ne t’intéresse pas. Je l’ai bien vu aujourd’hui…

— Non… Ce n’est… pas ça…

— Désolé d’avoir pris ton temps avec mes histoires. Je ne te forcerai plus à jouer avec moi.

— Non… C’est moi… qui suis désolée d’avoir brisé ton rêve… »

Sans ajouter un mot, Théodore se dégagea de mon emprise et s’éloigna. Dans un ultime espoir de le retenir, je m’écriai :

« On… On se voit demain, hein ?! »

Le garçon ne me répondit toujours rien et disparut dans l’obscurité, me laissant seule devant le conservatoire, serrant mon sac à dos contre mon cœur et sentant quelques larmes couler le long de mes joues en réalisant que je venais de perdre quelque chose de bien plus précieux que je ne le pensais…

Une fine pluie se mit à tomber et l’obscurité se fit de plus en plus présente en même temps que les lampadaires de la ville s’allumaient et diffusaient une faible lumière jaunâtre à moitié étouffée par les gouttelettes d’eau rebondissant l’infrastructure. La température avait chuté brutalement et mon souffle formait à présent une légère fumée qui se dissipait rapidement.

Je restai là, debout au milieu d’une foule d’inconnue, immobile, trempée jusqu’aux os, frigorifiée et pleurant pendant plusieurs minutes, à la fois détruite et tiraillée entre le désir de retrouver Théodore et celui de tenir ma promesse à Darksky. Pour la première fois, une pensée affreuse me traversa la tête et ma main trembla contre mon cœur tandis que je me mis à regretter d’avoir participé à ce tournoi, des années plus tôt.

« Et si… Et si je n’avais jamais Darksky… Si je n’avais jamais trouvé Trichiona… Si j’avais su apprécier ma vie comme elle était… Aurais-je été heureuse ? murmurai-je en levant les yeux au ciel. »

Aucune étoile ne brillait au-dessus de ma tête. Seuls d’énormes nuages noirs d’orages déversaient une pluie torrentielle et froide tandis que le tonnerre grondait au loin et que quelques éclairs déchiraient ce ciel sombre pendant que la foule se dissipait peu à peu jusqu’à ce que je fusse totalement seule au milieu de cette avenue qui, quelques instants plus tôt, grouillait encore de vie et de joie.

Soudain, je ne sentis plus les gouttes de pluie tomber sur ma peau et le bruit caractéristique de l’eau tombant sur un tissu tendu juste au-dessus de moi monta descendis jusqu’à mes oreilles.

Je me retournai lentement et je distinguai dans la pénombre du soir le visage souriant de mon frère tenant un parapluie pour le protéger.

Je n’étais même pas étonnée de le voir. Je n’étais plus d’humeur à plaisanter avec lui ou me prendre la tête. Je voulais simplement me réveiller de ce mauvais rêve que j’étais en train de vivre.

« Il est temps de rentrer, tu ne crois pas, Laura ? me dit-il d’une voix douce en me prenant par l’épaule. »

Je ne répondis rien et continuai à fixer droit devant moi le chemin que Théodore avait pris pour rentrer, l’esprit vide de toute pensée.

Nous restâmes encore là sous la pluie, tous les deux, sans bouger, pendant plusieurs minutes, ne me rendant même pas compte que mon frère n’était pas protégé de la pluie battante, lui. Puis, après un long silence, Arthur reprit la parole.

« Il reviendra, déclara-t-il d’un air confiant.

— Je ne sais pas quoi penser… avouai-je en secouant la tête.

— Lui non plus j’imagine, me répondit mon frère en haussant les épaules. Laisse-lui simplement un peu de temps. Il n’y a rien d’autre que tu puisses faire désormais. »

Je serrai à nouveau le poing et me mordis la lèvre, maudissant ma propre bêtise. Encore une fois, j’avais agi sans réfléchir et par ma faute, parce que je lui avais donné un espoir vide de sens, tout comme j’avais détruit Darksky en refusant de lui dire la vérité plus tôt, je venais de blesser mon seul et unique ami dans cette ville.

Sans dire un mot de plus, nous rentrâmes à la maison, mon frère et moi, sous cette pluie battante et froide, laissant derrière nous l’animation et les rires de la ville pour nous enfoncer dans la campagne silencieuse qu’était notre petite ville à l’écart du monde.



Laura : Solitude



Spoiler :



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Les jours qui suivirent, Théodore ne vint pas en cours et je me retrouvai totalement seule dans la classe, avec pour uniques voisins une chaise et un bureau vides. Je tentai bien de le contacter par l’intermédiaire des professeurs, mais aucun n’eut de réponse, comme s’il s’était volatilisé dans la nature. Même au conservatoire, personne n’avait de ses nouvelles.

Ainsi commença une longue période d’errance pendant laquelle je ne vivais plus que pour tenir ma promesse à Darksky. Ces mots que nous avions prononcés sur la falaise ce jour-là étaient la dernière chose qui me poussai à avancer malgré tout, mon dernier espoir, la dernière chose que je ne pouvais pas abandonner, peu importe les obstacles à présent qu’à cause d’elle, j’avais tout perdu.

Après une semaine passée ainsi, je pouvais le dire sans hésitation : je détestais cette ville. Elle était pleine de souvenirs que j’aurais préféré oublier. Ma vie se résumait à me lever le matin, aller à l’école, manger seule dans mon coin, écouter les cours et rentrer chez moi avec comme unique but celui d’un jour retourner à cet endroit que j’aimais tant. Ce cycle se répétant encore et encore… N’y avait-il aucun moyen pour m’en échapper ?

La maison était peut-être le seul endroit où je me trouvai à ma place, entourée de ma famille. Là, je n’avais pas besoin de penser à toutes ces choses désagréables qui me hantait. Je pouvais tout simplement vivre, oubliant mes soucis et mes tracas qui revenaient aussitôt la maison quittée.

Théodore revint finalement en classe après une semaine d’absence, mais continua à se tenir loin de moi, m’ignorant totalement malgré mes tentatives désespérées pour renouer contact avec lui. Même les remarques de mon professeur principal ne lui faisaient plus rien. C’était comme s’il m’avait effacé de sa vie, comme si pour lui, je n’existais plus. Ainsi, ma motivation finit par s’essouffler elle aussi et, après un mois, nous étions redevenus deux inconnus l’un pour l’autre.

Les jours passèrent, puis les mois, et même trois ans, sans que je m’en aperçoive, perdue dans le monde que je m’étais créé, rejetant la vraie vie. J’étais comme un fantôme dans cette école, et, paradoxalement, Marc était le seul de la classe qui me rappelait que j’étais bien présente et visible aux yeux de tous lorsqu’il me jouait de mauvais tours comme me prendre mon gouter ou déchirer mes devoirs. Cependant, je l’ignorai la plupart du temps, et donnai une bonne raclée à ses acolytes lorsque j’étais de mauvaise humeur.

Pendant des vacances d’été, mon père nous ramena dans cette ville où j’avais grandi et pour la première fois depuis longtemps, mon cœur se remit à battre la chamade. J’étais persuadée que j’allais retrouver Darksky après tout ce temps et que tout allait s’arranger. Cependant, j’eus beau faire le tour de la ville, je ne le trouvai ni au parc, ni à la falaise et encore moins chez lui.

Durant notre dernier jour de vacances, je crus distinguer quelqu’un lui ressemblant de dos de l’autre côté de la rue alors que je m’apprêtais à rentrer à l’hôtel, mais, au moment où je voulus le rejoindre, le feu passa au vert et un défilé de voiture m’empêcha de traverser, laissant le temps à ce garçon de disparaitre à l’angle de la rue, détruisant ainsi mes derniers espoirs de revoir Darksky.

La routine reprit, de même que l’ennui et la solitude. Plus l’année avançait et plus mes espoirs d’être en mesure de tenir ma promesse s’amenuisaient. Je n’avais qu’une envie : mettre fin à tout ça. Je rêvai de partir à l’aventure, découvrir de nouvelles choses, voir de nouveaux horizons, fuir cette routine qui m’accablait et me détruisait lentement.

J’envisageai vraiment cette possibilité à un moment. J’avais même préparé une lettre d’au revoir à ma famille, mais je me résignai au dernier moment. C’était au-dessus de mes forces et stupide. Je n’aurais pas été capable de survivre plus de deux jours dans la nature sans mes parents…

Ainsi, la routine se poursuivit, encore et toujours, jusqu’au jour où Marc débarqua un soir dans la classe, accompagné de ses quatre abrutis d’acolytes. J’avais l’habitude de rester seule après les cours, le regard perdu à travers la fenêtre et ces idiots avaient dû le remarquer. Cependant, je n’eus aucune réaction lorsqu’ils s’approchèrent de moi, l’air menaçants. Même lorsque le leader frappa ma table de son poing, je restai impassible, ne détachant pas mon attention de lu paysage à l’extérieur.

« Eh bien, eh bien, Laura, où sont passées tes fanfaronnades du premier jour ? railla-t-il en me dévisageant d’un air sévère. Ce n’est pas trop dure d’être tout le temps seule maintenant que ton « ami » t’a abandonnée ? Tu sais, si tu nous avais rejoints, tu n’aurais pas eu à subir tout cela…

— Peut-être… mais j’aurais perdu mon intelligence en échange donc j’imagine que je n’ai pas fait le mauvais choix, lui répondis-je sans conviction.

— Tu as la langue bien pendue, cela ne m’étonne pas que tu n’aies aucun ami… grimaça la brute.

— Je préfère être seule qu’entourée de gens comme toi, rétorquai-je sèchement. »

Cette phrase fut visiblement celle de trop et Marc s’empara alors de mon sac. Je me levai pour le lui reprendre de force, mais ses gorilles me retinrent par les manches. Je n’eus aucune difficulté à me débarrasser d’eux, mais cet instant pendant lequel je les envoyai valser me fut fatal. Marc avait trouvé le poème de Darksky dans mon sac et le tenait dans ses mains.

Je m’arrêtai net et mon poing se serra tandis que je sentais la colère monter en moi.

« R… Rends-moi ça ! lui ordonnai-je en me contenant.

— C’est un bien joli poème que tu as là ma chère, railla-t-il.

— Je te préviens… Si tu touches à ça, tu vas le regretter amèrement, le menaçai-je d’une voix glaciale.

— Et qui va m’en empêcher ? Toi ? Si tu fais ne serait-ce qu’un pas de plus, tu peux dire adieu à ce ridicule bout de papier. »

Je crus que j’allais exploser, mais un bruit de pas dans le couloir détourna notre attention et nous nous retournâmes tous les deux pour voir Théodore rentrer dans la classe. J’eus à ce moment un infime espoir qu’il vint à mon secours, mais ce dernier se contenta de rentrer, passer devant nous sans même faire attention à Marc ou à moi puis repartit sans dire un mot après avoir pris une feuille dans son casier.

La brute de la classe éclata de rire en voyant cela.

« Sérieusement, je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais tu dois être encore pire que moi pour qu’il t’ignore de la sorte ! s’exclama Marc entre deux éclats de rire.

— Je ne t’ai pas demandé ton avis, grimaçai-je. Alors maintenant, rends-moi ce poème ! »

Je me précipitai sur lui pour lui arracher la feuille des mains, mais le garçon poussa une table entre nous pour me stopper dans ma course puis, m’adressant un large sourire carnassier, il déchira en deux le dernier présent que Darksky m’avait fait.

Alors que je voyais les deux bouts de papier s’éloigner l’un de l’autre, je sentis mes souvenirs avec Darksky se briser en même temps pour disparaitre peu à peu. Mais aucune larme ne me vint cette fois-ci. Je ne ressentais de la haine à l’état pur envers lui et Théodore qui avait refusé de m’aider. Une haine telle que je ne pouvais plus la contenir plus longtemps et je la laissai exploser.

« Très bien, tu l’auras voulu Marc, je vais te le donner ton combat si c’est ce que tu veux ! hurlai-je tandis que tout mon corps était envahi d’une énergie nouvelle.

— Voilà ce que je voulais entendre ! Que dirais-tu de demain ? Comme ça, toute l’école va pouvoir assister à ton humiliation !

— Pourquoi attendre demain ? Réglons ça tout de suite ! »

Je me mis en position de combat, prête à en découdre, mais Marc celui mit les mains dans les poches et sortit de la salle en riant, accompagné de ses acolytes.

« Rejoins-moi devant big Ben si tu veux te battre. Nous aurons plus de place. »

Hors de moi et rouge de colère, je ramassai en vitesse les deux bouts de papier trainant sur le sol et les remis soigneusement dans mon carnet avant de me lancer à la poursuite de Marc.

Comme promis, je le retrouvai devant la grande tour de l’horloge, sur une grande place dégagée, à quelques mètres de la tamise et, comme je l’avais imaginé, il n’était pas seul, mais entouré de plusieurs hommes ressemblant à des mafieux. Mais ma rage était telle que je passai outre ce détail et je m’avançai sans trembler vers Marc qui me regardait avec amusement.

Je m’arrêtai à quelques mètres de lui et nous nous dévisageâmes en mode western. Le regard que je lui lançai à ce moment-là fut suffisant pour dérouter ses amis, mais les brutes qui se tenaient à côté de lui sourirent tout en jetant leurs cigares par terre.

« Tu es vraiment stupide ma pauvre Laura. Tu vois que tu n’as aucune chance et pourtant, tu te jettes tête la première dans mon piège ? J’ai attendu ce jour depuis si longtemps… Je vais te faire payer pour l’humiliation du premier jour !

— Tu parles trop, et en plus tu me l’as déjà dit !

— Tu vas voir, bientôt tu vas me supplier d’arrêter tes souffrances ! »


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Pour toute réponse, je mis mes mains dans les poches et je lançai un regard assassin aux hommes de main. J’ignorai comment il avait réussi à engager ces types, mais ils ne me faisaient pas peur. Je n’avais qu’une seule idée en tête : me venger de Marc, même si pour cela je devais affronter une mafia entière du haut de mes douze ans.

Les hommes firent craquer leurs doigts, sans doute pour tenter de m’impressionner, mais cela ne me fit aucun effet.

Je sentis alors un afflux d’énergie au plus profond de moi, comme si ma colère nourrissait tous mes muscles et accroissait mes capacités. Mes cheveux se mirent à crépiter et je crus même qu’un vent se prenait naissance autour de moi.

En poussant un cri de guerre, l’un des hommes de main de Marc se jeta sur moi, le poing en avant mais, comme si mon corps bougeait de lui-même, j’esquivai aisément l’attaque en faisant un simple pas sur le côté. Marc écarquilla les yeux devant ma réactivité hors norme. Mon adversaire ne se laissa pas démonter et repassa à l’assaut. Une fois de plus, j’esquivai aisément sans même sortir les mains des poches avant de me décider à contre attaquer. Alors que l’homme me tournait le dos, je sautai au-dessus de lui et, rassemblant toutes mes forces, je lui assénai un violent coup de pied dans le torse. Cependant, je n’avais pas prévu une chose : mon attaque fut bien plus puissante que je ne le pensais et l’homme vola quatre mètres plus loin avant d’être stoppé par un muret.

Je vis Marc s’étrangler de là où il était et les autres mafieux grimacèrent.

« Eh gamin, tu ne nous avais pas dit que nous allions devoir affronter une super Saiyen, déclara l’un d’eux.

— Ce… Ce n’est qu’un coup de chance ! rétorqua-t-il, furieux. Vous n’allez quand même pas vous faire battre par une fillette de douze ans !

— Comme si cela pouvait arriver. »

Sur ces mots, tous les hommes de main de Marc m’attaquèrent en même temps, sortant battes, matraques et même couteaux. Mais une fois de plus, je ne fus nullement impressionnée et je me contentai d’esquiver, comme lisant parfaitement leurs mouvements.

Ainsi, je déviai un coup de matraque simplement avec ma main, faisant glisser l’arme le long de mon bras avant d’asséner un violent coup de coude à mon adversaire qui s’écroula au sol, inconscient.

Un autre tenta alors de me donner un coup de couteau dans le dos, mais, le sentant arriver j’attrapai son bras sans même me retourner et le forçai à lâcher son arme.

Au même moment, un troisième fonça sur moi avec sa batte de baseball, mais, rapide comme l’éclair, je ramassai la matraque qui trainait au sol et la lui envoyai en plein figure et il s’étala par terre de tout son long.

Le visage du chef du gang se décomposa et ce dernier sortit de sa poche un pistolet luisant tout en tentant de sourire malgré la peur que je lui inspirai désormais.

Dans mon inconscience, ma seule réaction fut de me tourner vers lui, lâchant l’homme que je tenais et de faire face au chef avec un calme tel qu’il me terrifia moi-même tandis qu’il pointa son arme vers moi.

« A… Attendez, je ne vous ai pas dit de la tuer espèces d’abrutis ! hurla Marc, effrayé.

— Je ne sais pas qui tu es gamine… mais personne ne tient tête à mon gang, et encore moins une enfant, grogna le chef d’une voix peu assurée.

— Ecartez-vous, lançai-je alors d’une voix bien plus grave qu’a l’ordinaire, comme si ce n’était pas moi qui parlais.

— Tu vas regretter de t’être opposée à nous. Adieu ! »

L’homme appuya sur la détente de son arme, mais je ne tressaillis pas. Je me contentai de me pencher légèrement sur le côté et je sentis la balle me frôler avant d’aller se planter dans un arbre derrière moi.

Un passant hurla de peur et ce fut rapidement la panique générale autour de nous mais ni moi, ni l’homme ne nous laissâmes déstabiliser et je continuai à lui faire face, impassiblement.

Lentement, je me mis alors à me rapprocher de lui, évitant tous ses tirs de la même façon. C’était comme si le temps était ralenti et que je pouvais clairement deviner la trajectoire des balles pour mieux les éviter.

C’était étrange. Tout mon corps était en ébullition. Une sorte d’aura bleutée s’était formée tout autour de moi. L’air s’était également subitement refroidi et je vis quelques cristaux de glace sous mes pieds avant de réaliser que j’en étais l’origine.

Alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de l’homme, un sourire mauvais passa sur sa figure et il se jeta sur moi, l’arme en avant.

« C’est terminé ! »

Je vis le pistolet à quelques centimètres de mon front, puis j’entendis le bruit d’un coup de feu. A ce moment-là, une épaisse brume grisâtre recouvrit entièrement la place.

Quand elle se dissipa, le visage de l’homme s’était décomposé. Non seulement, j’étais indemne alors qu’il avait tiré à bout portant, mais en plus le canon de son arme avait gelé et les pieds de l’hommes était également collés au sol par une épaisse couche de glace autour de ses chaussures.

Sans aucune émotion, je passai à côté de lui et me plaçai à moins d’un mètre de Marc dont le visage était désormais livide. Le garçon tremblait de tous ses membres et de grosses gouttes de sueur perlaient de son front.

Je fronçai les sourcils et celui-ci tomba à la renverse avec un cri de terreur, puis rampa jusqu’à être acculé, dos à la grande tour.

« Je… Je rigolai, Laura ! S’il te plait, ne me fais pas de mal ! couina-t-il en se protégeant la tête avec les bras. »

Sans même l’écouter, et laissant toute ma rage s’extérioriser, je lui assénai un coup de poing dans le ventre si violent que la brute en perdit connaissance et s’effondra sur le sol.

Au même moment, toute l’énergie qui affluait en moi se dissipa et je retrouvai mes esprits, me rendant soudain compte de la situation dans laquelle j’étais. Aussitôt, ma colère se transforma en peur.

Je reculai prudemment, tremblante en regardant la scène déplorable qui se tenait à mes pieds, les yeux exorbités. Je me mis à avoir peur de moi-même, comme si, au fond de moi, se cachait une part bien plus sombre de ma personnalité dont j’ignorais tout, une part aimant se battre et trouvant de la satisfaction dans la victoire et l’écrasement de mes adversaires.

Je voulus partir le plus loin possible de cet endroit en réalisant cela, traverser la mer et rejoindre Darksky, lui seul m’aurait comprise, mais je savais bien que ce n’était pas possible. J’étais seule pour affronter ce que je vivais en ce moment.

Les sirènes de police ne tardèrent pas à se faire entendre, mais, alors que j’allais m’enfuir, je vis une haute colonne de fumée au loin et je compris qu’il ne s’agissait pas de la police, mais des pompiers.

Je restai un instant pour analyser l’origine du feu et mon sang se glaça dans mes veines.

« Non… C’est impossible… murmurai-je, terrifiée. »

L’origine de ce feu… Il correspondait exactement à l’emplacement de notre maison…

Sans perdre une seconde plus, je laissai Marc et les mafieux sur place et je fonçai vers Bellford, espérant me tromper en sachant pertinemment que j’avais raison.

« Papa… Maman… Arthur… Pitié… Soyez sains et saufs… »



Laura : Sombre vérité



Spoiler :



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Une vision d’horreur s’offrait à moi. Le manoir, ma demeure, était en proie à d’immenses flammes violettes qui ravageaient tout sur leur passage. Le toit s’était déjà effondré et le feu attaquait à présent le parc, autrefois si verdoyant, mais aujourd’hui si sombre suffoquant.

Devant la porte d’entrée, entouré d’une dizaine d’homme portant des capes rouges cachant leur visage, se tenait une personne dont le visage me donna des frissons. Il était le portrait craché de Ricky Sawyer, l’homme qui était à l’origine du Purple Requiem selon Ether. Mais c’était impossible. L’homme avait péri durant la catastrophe, bien avant ma naissance, alors que celui qui se tenait devant moi n’avait pas pris une ride par rapport à son visage que l’on pouvait trouver dans les archives de la fédération.

« V… Vous… murmurai-je, la voix étouffée par la peur. »

L’homme se tourna vers moi et je pus voir dans son œil un amusement malsain alors qu’il regardait ma maison brûler et que sa main était entourée d’une inquiétante aura rougeâtre.

« Laura… Garden, n’est-ce pas ? déclara-t-il d’une voix lente et terrifiante.

— Mais… Vous… Vous devriez être mort depuis vingt-cinq ans… bégayai-je en continuant à reculer lentement.

— J’ai bien peur que tu me confondes avec mon très cher père. Laisse-moi me présenter correctement : mon nom est Éric Sawyer, je suis le leader du mouvement ESPer.

— Qu… Qu’avez-vous fait à mes parents ? lui demandai-je d’une petite voix.

— Je n’ai fait que régler une petite affaire, mais les négociations ne sont pas passées comme prévues alors j’ai forcé les choses, me répondit Sawyer en haussant les épaules. »

J’ouvris la bouche, mais aucun son n’en sortit. Je ne savais plus quoi faire. Alors que je reculai, je trébuchai sur un caillou et tombai à la renverse, me retrouvant à la merci de l’homme et ses sbires.

« Cependant, j’ai une mission : je dois ramener l’émissaire de Gariatron à mon maitre. N’y vois en aucun cas une vengeance personnelle. »

Le dénommé Sawyer s’approcha de moi. Je voulus fuir, mais mes membres ne me répondaient plus. J’étais paralysée par la peur, incapable de faire le moindre mouvement.

Dans un geste désespéré, je lançai sur l’homme ma paire de clés tout en visant ses yeux, mais je tremblai tellement que mon geste n’eut pas plus d’effet que si je lui avais lancé une simple feuille de papier. Je sentis les larmes me monter aux yeux.

Non, tout cela ne pouvait pas être vrai. Ce n’était qu’un mauvais rêve et j’allais me réveiller… D’abord le poème de Darksky, et maintenant ça. Ce n’était pas possible, tout n’était qu’illusion et tromperie ! Je refusais d’y croire !

Fermant les yeux et me recroquevillant sur moi-même pour échapper à la réalité, je ressentis alors le même afflux d’énergie que précédemment et, à nouveau, la température chuta brutalement.

L’homme s’arrêta net, surpris tandis que, tout autour de moi, l’herbe se mit à geler, comme si mon corps était si froid qu’il absorbait toute la chaleur de la terre. Rapidement, le froid s’intensifia et une véritable couche de glace se répandit sur la pelouse, faisant reculer mes agresseurs.

« Dégagez… Dégagez… Dégagez ! hurlai-je. »

Un vent violent et glacial se leva alors, m’entourant totalement comme un bouclier, et un tourbillon de neige se forma entre moi et ces hommes, les obligeant à reculer toujours davantage. Je vis Sawyer grimacer, mais il ne se laissa pas déstabiliser. D’un geste de la main, il projeta deux boules de feu dans ma direction qui firent fondre instantanément ma protection, me laissant sans défense et totalement apeurée.

« Il semblerait que tu aies déjà développé tes pouvoirs, mais cela ne changera rien, tu ne peux rien contre moi et… »

Mon ennemi ne put terminer sa phrase car, sortis de nulle part, deux couteaux fusèrent dans sa direction. L’homme eut tout juste le temps de faire un bond en arrière pour les éviter.

Abasourdie, je tournai la tête dans la direction d’où provenait l’attaque. Je vis mon majordome, blessé, les habits déchirés et l’air à bout de forces, mais bien vivant.

« A… Arnold ! m’écriai-je, heureuse pour la première fois de le voir.

— Fuyez Mademoiselle Laura ! m’ordonna-t-il en lançant une nouvelle attaque sur Sawyer qui l’esquiva aisément.

— Mais… Je…

— Ne discutez pas ! Partez d’ici, tout de suite ! Je m’occupe du reste ! »

Une aura sombre entoura soudain le pyromane. Je vis son œil virer au rouge tandis que les flammes consumant le manoir s’intensifièrent. Comme porté par une force invisible, l’homme s’éleva quelques mètres au-dessus du sol et un arbre se déracina tout seul à côté de mon majordome avant de s’abattre sur lui.

Ce dernier sauta sur l’une des branches et à partir de là, d’autres arbres se mirent à léviter et furent projetés sur lui.

Tremblante, je me remis debout, constatant au passage les dégâts causés par la glace et tentai d’attaquer à nouveau Sawyer en lui lançant un caillou, mais mon projectile se figea dans les airs à quelques centimètres de la tête de mon ennemi qui me lança un regard noir.

« Petite Peste, je vais m’occuper de toi, tu vas voir. »

D’un geste ample avec son bras, il fit surgir du sol un énorme rocher avec un sourire malsain sur son visage.

« Va rejoindre ta famille, fille de glace ! Psycho… »

Sawyer fut à nouveau interrompu par Arnold qui s’était jeté sur lui pendant qu’il avait le dos tourné et qui le coula au sol.

« Vivez ! m’ordonna-t-il d’une voix désespérée. »

Serrant le poing et, n’écoutant plus que mon instinct de survie, je m’enfuis dans la forêt, laissant derrière moi Arnold, ma famille et ma maison aux griffes de cet homme assoiffé de sang.

Un flash de lumière illumina le ciel sombre du soir puis un cri de douleur déchira les cieux, mais je ne me retournai pas et continuai à courir en ligne droite, la vision à moitié obscurcie par les larmes, ne sachant même pas pourquoi je fuyais et où je me dirigeais.


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Je courus ainsi, toujours plus loin, toujours plus vite, fonçant à travers la forêt obscure jusqu’à trébucher sur une racine et m’étaler sur le sol dur et sec et je restai là, face contre terre, continuant à pleurer autant de peur que de désespoir.

De l’aide. Je voulais simplement de l’aide. Je voulais que quelqu’un vienne à mon secours, que quelqu’un retourne éteindre cet incendie. Que quelqu’un sauve ma famille…

Comme prise de folie, je me mis à appeler au secours toutes les personnes que je connaissais : Darksky, Théodore, Dan et même Marc avant de me rendre à l’évidence : j’étais seule et livrée à moi-même.

Papa. Maman. Arthur. Arnold. Je ne savais même pas s’ils étaient encore en vie et je n’osai pas faire demi-tour, de peur de rencontrer cet homme au regard et aux pouvoirs terrifiants…

Que me voulait-il ? Pourquoi nous avait-il attaqués ? Qui était-il ? Qu’allais-je faire à présent ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête, mais je n’étais obnubilée que par un seul but : celui de rester en vie.

Peu importe les sacrifices, les maux et les obstacles, je devais vivre à tout prix. J’avais promis… J’avais promis à Darksky de revenir le voir. J’avais déjà perdu mon bonheur, mon meilleur ami et ma réputation dans l’unique but de réaliser son vœu et de nous retrouver sur cette falaise qu’était la nôtre un jour, je ne pouvais pas abandonner maintenant. Et puis, mes parents ne m’auraient jamais pardonnée si j’étais allée au suicide en revenant en arrière pour faire face à cet homme.

Un picotement me parcouru l’échine et je sentis mon cœur ralentir. Rassemblant mes forces, j’agrippai la terre sous mes ongles et me remis debout tant bien que mal.

Un rictus déforma ma figure lorsque je m’appuyai sur ma cheville tordue, mais je ne fléchis pas et gardai la tête haute tout en essuyant les larmes qui coulaient de mes yeux d’un revers de la manche puis je me mis à regarder droit derrière moi en direction de mon manoir.

Ma famille allait bien. Je devais le croire. Je devais faire confiance à Arnold. Je devais aller de l’avant… Car je ne pouvais plus faire marche arrière désormais. Je devais uniquement fuir cet homme sinistre, comme me l’avait ordonné notre majordome, aller toujours plus loin et ne jamais me retourner, pas avant d’avoir réalisé mon objectif.

Une dernière larme coula le long de mes joues avant de cristalliser en une magnifique perle de glace qui se brisa en mille éclats en touchant le sol.


**


Il me fallait de l’aide. Je devais comprendre ce qu’il m’arrivait. Dans mon sac, je ne possédais que mes affaires de cours, un peu d’argent, et un goûter. Ma première idée fut de fuir très loin, mais je me ravisais devant cette réalité. Je n’étais pas équipée pour entamer un grand voyage.

J’aurais bien pu tenter de rentrer en France et de me réfugier chez Darksky, mais cela aurait impliqué de prendre le bateau en tant que passagère clandestine et, par extension, m’exposer à être débarquée et renvoyée chez moi, dans les griffes de cet homme.

Ma seule option était donc de me rendre au quartier général d’Ether, non seulement pour bénéficier de leur protection, mais également pour savoir ce qui était arrivé à ma famille. Mon père en était le président, ils avaient forcément des informations quant à sa disparition.


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Avec cette idée en tête, je contournai soigneusement la ville pour ne pas retomber sur ce type et pris la direction de Londres. Dès je fus à la capitale, je fonçai vers Big Ben qui abritait le siège de la fédération en son sein. Comme je pouvais m’en douter, des hommes encapés gardaient l’entrée. Cependant, cela ne m’arrêta pas. Si l’entrée principale à la chambre du parlement était inaccessible, je connaissais un autre moyen d’accéder au bureau de mon père.

En effet, en passant par les couloirs du métro londonien, il était possible de pénétrer, via un réseau de souterrains complexes, jusque dans les caves du parlement. Evidemment, les portes étaient, pour le citoyen lambda, condamnées, mais mon père m’avait fourni un passe d’accès « au cas où » comme il disait si bien lui-même. Jamais je n’aurais cru un jour m’en servir…

Une fois à l’intérieur de ce qui était autrefois l’horloge emblématique de la ville, je m’assurais que personne n’avait pénétré les lieux avant moi, puis, furtivement, je me rendis au dernier étage, juste derrière l’immense cadran visible depuis toute la ville.

Qui se serait douté que, au-delà de ses apparences vieillottes, Big Ben hébergeait l’un des bureaux les plus modernes du monde ?

Je n’étais pas souvent venue ici, mais j’étais certaine d’une chose : le désordre qui s’offrait à moi n’était pas normal. Des papiers étaient éparpillés sur le sol, les armoires renversées et le mobilier retourné, comme si quelqu’un avait cherché quelque chose frénétiquement.

A mon tour, je me mis à fouiller dans ces papiers, cherchant le moindre indice qui aurait pu me faire comprendre ce qui venait de m’arriver. Toutefois, tous les dossiers qui se trouvaient là étaient liés à la logistique d’Ether, et non à ses activités.

Alors que je cherchais depuis vingt bonnes minutes en vain, je trouvai enfin une piste. Sous son ordinateur, mon père avait dissimulé, dans un tiroir caché, une petite pierre semblable à l’artéfact de Trichiona, à la différence que la glace était d’un noir intense, comme de l’opale.

Lorsque je pris le petit objet dans ma main, une décharge électrique me parcourut le bras tandis qu’un seul nom résonna dans mon esprit : Ouranos. Sans aucune difficulté, j’avais établi le contact avec ce Spiritual inconnu.

D’abord surprise, je remarquai que, sous la pierre, il y avait une note écrite de la main de mon père.

« Projet Purple Kvantiki : Spiritual corrompu, Trichiona, succès. »

Je reculai d’un pas, abasourdie et lâchai le morceau de papier, ainsi que la pierre. Est-ce que j’avais bien lu… Spiritual corrompu ? Qu’est-ce que c’était que cette histoire encore ? Mon père avait toujours été très secret à propos d’Ether, mais jamais je n’avais eu vent d’une telle expérience, avec mon propre Spiritual qui plus est !

Avec énergie, je me mis à chercher d’autres informations sur ce projet, mais je ne dénichai rien. Cette note griffonnée sur un bas de page était le seul et unique témoin de cette expérience sordide. Le seul indice un tant soit peu utile fut la date de la dernière connexion de mon père à son ordinateur : quasiment deux mois plus tôt.

C’est à ce moment-là que je compris une chose : mon père n’était pas l’homme qu’il prétendait être. Ces derniers temps, j’avais remarqué un léger changement dans son attitude. Il était plus distant, plus souvent absent également, mais puisqu’il était directeur d’Ether Angleterre, j’avais simplement mis ça sur une affaire qui le préoccupait. Cependant, cette pierre changeait radicalement ma vision des choses.

Il fallait que je le retrouve. J’ignorais quel était son véritable objectif, mais j’étais persuadée que, malgré l’attaque de la maison, il était en vie, quelque part. S’il était trempé dans une histoire louche, jamais il ne se serait fait avoir de la sorte. Et avec un peu de chance, ma mère et Arthur étaient également avec lui. Je ne pouvais que prier pour que mes déductions soient correctes.

Je me mis à réfléchir différemment pour deviner où il pouvait se trouver, non pas en tant que victime d’un attentat sans aucun sens, mais en tant que fugitif, impliqué dans une histoire mafieuse.

J’examinai plus attentivement le bout de papier et remarquai soudain que, ce que j’avais pris jusque-là pour une tâche d’encre au dos était en réalité une île. Une île entourée de glace.

Un déclic se fit dans ma tête. Il ne me fallut que quelques minutes sur Google Maps pour en trouver l’origine. Il s’agissait de l’île de Senja, au nord de la Norvège. Ce n’était pas la porte à côté, ni l’endroit le plus accessible au monde, mais si j’avais été dans sa position, je me serais réfugiée aussi dans un lieu similaire, loin de la civilisation. Cette île était peut-être grande, mais déjà, j’avais une piste. Il fallait que je la suive. Si mon père m’avait laissé un tel indice, c’était parce qu’il voulait que je le rejoigne.

Ma décision était prise. Je n’avais plus rien à faire en Angleterre. De toute façon, ce pays ne m’avait apporté que du malheur. Rester ici davantage n’allait rien m’apporter de bon. Je devais me lancer à la recherche de mon père et lui demander des explications, non seulement sur cette attaque, mais également sur ses véritables intentions.



Laura : Ouranos



Spoiler :



Le vent sifflait entre les branches des arbres et faisait tourbillonner les quelques feuilles mortes au sol. Il s’était levé si brusquement que je dus chercher un abri de fortune au plus vite.

Je me réfugiai sous un rocher creux en attendant que l’orage passe. Le tonnerre grondait au loin et suffisait à faire trembler les troncs des arbres. La pluie tombait violement et inondait la vallée à l’herbe sèche et jaunie.

Je regrettai soudain de ne pas être restée tranquillement en Angleterre et d’avoir simplement demandé de l’aide aux services de sécurité. Non, au lieu de ça, je m’étais aventurée, seule, au beau milieu de l’automne dans l’une des parties les plus reculées du monde : l’île de Senja, en Norvège. Je pouvais m’estimer heureuse que la neige ne soit pas de la partie, mais je savais qu’elle non plus n’allait pas tarder à tomber.

Cela faisait un mois que ma vie avait été brisée. Grâce à l’influence d’Ether et à l’ordinateur de mon père, j’avais pu facilement falsifier mon âge, ainsi que mon nom de famille. Pendant les premiers jours qui avaient suivi l’attaque, j’avais trouvé refuge dans un hôtel du centre de la capitale. A partir de ce camp de fortune, j’avais préparé minutieusement mon voyage. Grâce à l’argent de poche qu’il me restait sur ma carte, j’avais pu réserver un vol pour Oslo, puis un autre jusqu’à Tromso. Là, j’avais pris un ferry jusqu’à Botnhamm, un des rares villages de l’île.

Depuis, j’arpentai les sentiers de Senja à la recherche de mon père. Sur ce bout de terre, il n’y avait que huit mille habitants à l’année. J’espérais donc tomber sur quelqu’un qui aurait croisé, ou simplement aperçu mon père.

Cependant, plus les jours passaient, et plus mes espoirs de le retrouver s’amenuisaient. J’avais déjà arpenté les deux plus grandes villes, Tranøy et Lenvik, mais aucune trace de mon père. Mais je refusais d’abandonner. Ces hommes mystérieux dirigés par Éric Sawyer étaient toujours à mes trousses. J’en étais persuadée. Ce n’était ni de la paranoïa, ni de la folie. J’avais bien senti qu’ils en avaient après moi personnellement. Et, quitte à me faire attraper, je voulais au moins connaitre la vérité avant.

Un éclair illumina le ciel et fut suivi très vite d’un nouveau coup de tonnerre fracassant. Je n’aurais su dire pourquoi, mais cela me fit repenser à ma rencontre avec Darksky. Cela me disait vaguement quelque chose, mais quoi ?


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Je me rappelai tout d’un coup d’où venait ce souvenir, il remontait à bien avant mon périple, avant même ma rencontre avec celui que j’aimais. Les images de ce jour me revinrent toutes en mémoire comme une lance me transperçant le cœur. J’avais tenté de l’enfouir au plus profond de mon être, et de l’oublier à tout jamais, mais même les trésors les mieux cachés finissent par remonter à la surface.

Je n’avais alors que sept ans, j’étais encore inconsciente de tous les dangers de ce monde, j’étais simplement heureuse de vivre. Le vent s’était levé, la pluie tombait fort, et le tonnerre grondait au loin. Il n’y avait plus personne dans le parc. Tous les autres enfants étaient rentrés chez eux pour éviter l’averse. Je m’étais donc retrouvée seule, au milieu du parc, trempée, frigorifiée et terrorisée.

Un nouvel éclair avait déchiré le ciel. Le tonnerre lui avait répondu avec la même violence. J’avais appelé à l’aide, en vain. Les rues étaient désertes, et la ville semblait s’être transformée en ville fantôme.

C’était à ce moment-là qu’il était apparu. Il semblait tout droit sorti des ténèbres qui planait autour de moi. Ses yeux rouge sang luisaient comme des braises dans l’obscurité, ses dents étaient longues et acérées comme des couteaux. Son corps était long, couvert d’écailles noires comme la nuit, des signes étranges de la même couleur que ses yeux se dessinaient dessus et il se terminait par une longue queue à la manière des serpents. Deux ailes immenses m’entouraient, me protégeant de la pluie et du froid.

Au bout de quelques secondes, il s’était décidé à faire un mouvement. Je m’étais figée en le voyant ouvrir ses ailes et pousser un cri. Je pensais vraiment que ma dernière heure était arrivée. Cependant, alors que je m’attendais à être brulée vive, j’avais entendu une voix dans ma tête, grave, impressionnante et puissante :

« Laura Garden, descendante du chevalier Frédéric Garden, gardienne du secret des démons originels… »

J’avais retenu mon souffle en entendant cela. Cette chose avait l’air de connaitre plus d’éléments sur moi que je n’en connaissais sur ma propre famille.

« Serais-tu prête à porter sur tes épaule la charge que nous t’avons confiée à toi et à tes ancêtres ? » J’étais bien trop sous le choc pour refuser, et j’avais accepté naïvement, sans même savoir ce à quoi j’avais dit oui. Lorsqu’il me vit accepter sans broncher, j’avais cru lire de l’étonnement dans son regard de braise.

« Tu es très courageuse, bien plus que ton père ne l’a été avant toi. Mais prends garde à la lance du destin plantée dans ta chair… »

La créature avait poussé un autre cri dans la nuit, puis s’était envolée, emportant avec lui toute l’obscurité qui s’abattait sur la ville, faisant briller le soleil à nouveau.

Lorsque j’avais raconté cela à mes parents et à Arthur, ils m’avaient répondu que j’avais dû faire un mauvais rêve, mais j’avais eu l’impression que mon père s’était crispé en entendant ce que le monstre avait dit. Depuis, j’avais toujours considéré cet épisode comme un rêve.

Je repensai alors à mes pouvoirs. Ils ne s’étaient pas manifestés depuis ce jour, et je n’en avais pas eu l’utilité. Mais, à présent que j’étais à nouveau livrée à moi-même, je me dis qu’il était peut-être temps de retenter l’expérience. Toujours sans succès.

Avais-je rêvé à ces moments-là ? Non, c’était impossible. J’avais défait la mafia de John et échappé aux griffes de Sawyer grâce à cette glace qui s’était formée autour de moi. Toutefois, il m’était impossible de reproduire cet exploit à volonté apparemment. Pas sans mon Spiritual. Et j’avais beau essayé, le Spiritual corrompu ne répondait pas à mes appels.

Je soupirai. La pluie s’était arrêtée. C’était l’occasion pour moi de repartir pour trouver un hôtel où passer la nuit, avant de reprendre mon interminable périple.


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Je marchai encore une ou deux heures avant d’atteindre la petite ville de Fjordgård. A l’instar des autres villages de l’île, il n’y avait que quelques maisons rustiques, aux toits pointus et aux murs colorés, perdues au milieu d’une unique grande rue et d’une végétation luxuriante. Comme souvent, de hautes falaises bordaient le bras de mer qui s’infiltrait dans les terres. En tant que touriste, je me serais émerveillée devant ce spectacle atypique, mais je n’étais pas là pour le plaisir.

Je me rendis immédiatement au restaurant de la ville, comme je le faisais à chaque fois depuis le début de mon périple. La cuisine à base de poisson n’était pas celle que je préférais, mais j’avais fini par m’y habituer à force.

Après avoir savouré ce maigre repas, j’appelai le propriétaire en quête d’information. Sans grande conviction, je lui montrai la photo de mon père et lui demandai s’il n’avait pas vu cet homme récemment. Je m’attendais déjà à une réponse négative, mais, contre toute attente, le serveur me confirma l’avoir croisé.

« Oui, je me souviens de tous les rares clients qui passent ici, déclara-t-il dans un anglais approximatif. Cet homme est venu ici il y a deux semaines environ.

— V… Vraiment ? bégayai-je, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. Est-ce qu’il était seul ? N’était-il pas accompagné par deux autres personnes ?

— Non. Le pauvre voulait se lancer à l’ascension du monde Segla alors qu’il était blessé et épuisé. J’ai bien essayé de l’en dissuader, mais rien à faire. Il n’a pas voulu m’écouter…

— Le… le mont Segla, vous dites ? répétai-je. Est-ce que c’est loin d’ici ?

— Vous ne comptez tout de même pas vous y attaquer à cette heure-ci de la nuit quand même ? Si vous voulez le gravir, cela vous prendra au moins quatre heures, sans parler de l’averse qui se prépare. Un conseil d’ami, n’essayez pas avant demain et soyez préparé. En cette saison, il est risqué d’aller de s’y aventurer tout court d’ailleurs. Restez donc à l’auberge pour vous préparer comme il se doit. »

Faisant confiance à cet homme, j’acceptai sa proposition. Même si je brûlai d’envie de retrouver mon père, je préférais ne pas tenter le diable en escaladant de nuit un flan de colline escarpé.

Ainsi, je ne commençai mon ascension qu’au petit matin. Une fine brume enveloppait la ville de Fjordgård, comme un linceul blanc. Le soleil peinait à percer au travers de ce voile opaque et les montagnes aux alentours n’étaient que silhouettes fantomatiques, comme des gardiens veillant sur la ville. La rosée du matin cristallisait en de minuscules flocons de neige sur l’herbe jaunie et les fleurs d’automne. Heureusement pour moi, je ne craignais pas le froid grâce à toutes ces années passées aux côtés de Trichiona. Je pouvais donc attaquer la randonnée de façon sereine.


https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U


Je marchai pendant deux bonnes heures sur un chemin en pente douce, tandis que le brouillard se levait peu à peu pour dévoiler l’un des plus sublimes paysages que je n’avais jamais vus. Des pics rocheux s’élevaient fièrement au-dessus de la mer, comme de majestueux oiseaux prêts à prendre leur envol.

Au loin, des sommets enneigés scintillaient de mille feux sous les rayons de l’aurore, comme d’immenses joyaux naturels. A mes pieds s’étendait de grandes plaines pentues sur lesquelles la mousse envahissait les pierres grises et coloraient ce paysage de dizaines de nuances de vert. Parfois, quelques fleurs blanches et buissons se démarquaient de cet océan de verdure.

La mer de Norvège était paisible. L’eau était si calme que l’on pouvait voir les chaines de montagne se refléter à la surface, comme s’il ne s’agissait que d’un immense lac ouvert serpentant entre les terres. Ce tableau naturel aurait certainement été une source d’inspiration sans limite pour les grands peintres impressionnistes tant il y avait de couleurs différentes en cette fin d’automne.

Après deux heures de marche tranquille au cœur de ce paysage sublime, j’arrivai enfin au pied du mont Segla. Les choses sérieuses allaient enfin commencer. La pente devenait bien plus raide et, selon le propriétaire de l’auberge, mieux valait ne pas avoir le vertige comme l’ascension se déroulait au bord du précipice.

Alors que je m’apprêtai à entamer la deuxième partie de cette randonnée, mon corps se tendit de lui-même. Ne suivant que mon instinct, je me jetai sur le côté, tout juste à temps pour éviter un rayon d’énergie qui vint détruire la paroi de la montagne, soulevant un épais nuage de poussière.

Je roulai sur le sol avant de me remettre sur pieds, tous les sens en alerte, prête à faire face à mon agresseur. J’aurais dû m’en douter. Cette aventure se déroulait bien trop calmement jusqu’à maintenant.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


« Pouvons-nous reprendre là où nous en étions arrêtés la dernière fois ? Je n’aime pas quand les souris s’échappent de leur trou. »

Devant moi, apparut l’homme qui avait détruit ma vie. Éric Sawyer, leader du mouvement ESPer. Ce cinglé m’avait bel et bien suivie jusqu’ici. Quelle idiote avais-je été de relâcher ma garde de la sorte !

L’homme au manteau marron et à la coupe pompadour se rapprochait lentement de moi, un sourire carnassier déformant son visage. Les images d’Arnold affrontant cet homme me revinrent en mémoire et une goutte de sueur perla de mon front, mais je me ressaisis aussitôt. J’étais beaucoup trop proche du bout pour échouer maintenant.

Rassemblant mon courage et laissant ma raison dans les tréfonds de mon esprit, je sortis un couteau suisse de ma poche que j’avais acheté spécialement pour l’occasion puis me mis en position de combat, exactement comme lors de mon affrontement avec John.

Ma résistance arracha un rire rauque à ce maboul.

« Pauvre fillette égarée, tu te bats pour retrouver ton père chéri. Mais sais-tu au moins qui il est réellement ? déclara-t-il d’une voix qui se voulait envoutante, mais qui ne réussit qu’à me donner la nausée.

— Si vous êtes si préoccupé par mon sort, vous pouvez bien me dire ce que vous me voulez, non ? crachai-je.

— Je pourrais, oui. Mais si je te le dis, tu n’en deviendras que plus embêtante. Tu pourras peut-être demander à ta famille quand tu les auras rejoints dans l’au-delà. »

Cette phrase finit de mettre le feu aux poudres. Prise d’une rage incontrôlable, je me jetai sur lui en poussant un cri de guerre, le couteau brandi vers l’avant. Je n’avais pas fait un seul pas que je me retrouvai immobilisée, incapable de me mouvoir.

« Qu… »

Je n’eus même pas le temps de prononcer un mot que je me sentis comme tirée dans les airs. Un instant plus tard, je me retrouvai à flotter cinq mètres au-dessus du sol, interdite, tandis que Sawyer éclatait de rire devant mon air apeuré.

« Ma pauvre enfant, tu ne sais vraiment pas à qui tu as à faire, ricana-t-il. »

Mon ennemi fit un geste ample avec son bras et je me fis projeter violemment contre le sol. Je poussai un cri de douleur tout en lâchant ma seule arme. Puis il fit un autre geste, vers la droite cette fois-ci et ce fut comme si j’avais reçu un coup de poing dans les côtes.

Je roulai dans la poussière sur plusieurs mètres avant de me faire arrêter dans ma course par la paroi de la montagne. Mais les attaques de Sawyer ne s’arrêtèrent pas là et il continua à me malmener, me projetant contre tout ce qu’il trouvait, comme un vulgaire ballon de foot.

Finalement, il me repoussa de toutes ses forces psychiques contre le flanc de la falaise. L’impact fut si violent que mon corps laissa une marque nette dans la roche dure. Vidée de mes forces, je retombai sur le sol en pente et roulai jusqu’à au précipice. Je repris mes esprits in extremis pour me rattraper à une main au bord de la falaise, les pieds pendant mollement dans le vide.

Au-dessus de moi, je vis le regard flamboyant de Sawyer me dévisager avec amusement. Sans aucune compassion, il m’écrasa les doigts de ses bottes et une boule de feu se forma au creux de sa main. Je poussai un hurlement de douleur, sentant mes os se faire broyer par sa semelle dure.

C’était la fin. Quelle idée avais-je d’entreprendre un tel périple alors que je me savais menacée ? Je n’avais même plus de pouvoir sans Trichiona, à quoi pensais-je en espérant retrouver mon père de la sorte ?

J’étais vraiment stupide et maintenant, j’en payais les conséquences. Tout mon corps était en sang, mes vêtements en lambeaux et j’allais très certainement mourir lamentablement sans même savoir pourquoi…


https://www.youtube.com/watch?v=2xrI8AyoDwE


« Mourir ? résonna une voix dans ma tête. Est-ce vraiment ce que tu veux ?

— Ai-je vraiment le choix… pensai-je.

— Veux-tu mourir ? Veux-tu avoir fui pour rien ? Veux-tu laisser Darksky attendre ton retour en vain ? continua la voix dans ma tête.

— N… Non… Évidemment que non !

— Dans ce cas, tu as le choix de vivre. »

Une lueur malsaine et sadique dans les yeux, Sawyer se baissa et approcha sa boule de feu de mon visage, prêt à me brûler vive. Au même instant, mon cœur ralentit et je sentis mon sang se refroidir subitement dans mes veines. Un afflux d’énergie m’envahit. Mes bras se mirent à bouger d’eux-mêmes, agrippant la jambe de mon agresseur de ma main valide.

« Ce… Ce n’est pas… fini… murmurai-je.

— Allons, tu te fais du mal, Laura, me dit l’assassin d’un ton faussement compatissant. Je pense que je vais devoir abréger tes souffrances. Péris dans les flammes d’Arcadie. »

Mon ennemi projeta ses boules de feu droit sur ma figure, mais je ne ressentis rien car, au lieu de me brûler le visage, son attaque se heurta à un solide mur de glace sorti de nulle part.

« C… Comment ! rugit Sawyer en reculant vivement. »

Emplie de cette énergie nouvelle, je créai une plateforme gelée sous mes pieds qui s’éleva pour me permettre de regagner la falaise, sous le regard terrifié de mon adversaire. Tout mon corps était entouré d’un halo de lumière bleutée tandis que la glace gagnait du terrain, comme un virus se répandant sur la pierre froide. Des nuages d’orage recouvrirent le ciel, un instant plus tôt encore immaculé et un puissant blizzard qui prenait sa source autour de moi se leva.

Comme le jour de mon combat contre John, toutes mes émotions semblaient s’être envolée pour ne laisser place qu’à la colère et mon instinct de combat.

« Impossible… C’est impossible ! »

L’homme forma deux nouvelles boules de feu, bien plus imposantes et les projeta sur moi. Pour toute réponse, je levai le bras. Deux énormes cristaux de glace se formèrent devant moi et je les lançai de la même façon. Lorsque les deux attaques se touchèrent, une nouvelle vague de vapeur envahit l’endroit, mais la glace fondue fut suffisante pour éteindre les flammes. Mes deux cristaux se transformèrent en deux pics tranchants que Sawyer esquiva de justesse.

« Tu veux donc me tenir tête ? Très bien ! Admire la puissance du plus puissant du leader d’ESPer, le mouvement qui a mis le gouvernement de Tokyo à genoux ! »

Deux sphères d’énergies apparurent dans les mains du télékinésiste et ce dernier commença à s’élever dans les airs tandis que sa mèche crépitait et que des éclairs s’échappant de son corps frappaient le sol avec violence.

Cependant, je ne me laissai pas déstabiliser et j’intensifiai le blizzard me protégeant jusqu’à créer une véritable tempête de neige qui, tel un mur de glace, nous isola totalement du reste du monde. Il n’y avait plus que Sawyer et moi.

Les yeux de mon ennemi virèrent au doré. Je me sentis à nouveau soulevée par une force invisible, mais cette fois-ci, je ne me laissai pas faire. Ripostant immédiatement, je fis surgir du sol un énorme cristal de glace entre nous et, aussitôt le contact visuel perdu, l’attaque de Sawyer se dissipa, me laissant libre de mes mouvements.

Je ne perdis pas une seconde de plus. À partir de la vapeur d’eau, je fis apparaitre des dizaines d’aiguilles de glaces que je projetai toutes d’un seul coup vers l’homme. Il riposta d’un simple geste de la main qui arrêta mes aiguilles avant de les retourner contre moi.

Je fermai alors les yeux. Sachant exactement où elles se trouvaient, j’esquivai chacune, simplement guidée par mon instinct.

« Tu te débrouilles bien, je dois l’avouer, railla Sawyer. Mais, même si tu peux me tenir tête, tu ne peux rien faire face à un Spiritual ! Apparais, Sufia ! »

Un tremblement de terre secoua le sol qui se commença à se fissurer. Des flammes bleutées brisèrent alors la couche de glace que j’avais créée et, de cet enfer surgit un spiritual, une sorte de démon bestial ailé dont le crâne et le corps, dénués de peau, laissaient les os saillants et uniquement reliés entre eux par un étrange tissu verdâtre. La créature projetait des éclairs tout autour d’elle, exactement comme son invocateur.

La bête rugit. D’un simple battement d’ailes, dissipa le blizzard que j’avais mis en place. Je ne me laissai néanmoins pas déstabiliser devant les trois mètres du monstre et je fermai à nouveau les yeux, ralentissant davantage les battements de mon cœur, refroidissant toujours plus mon sang.

J’entendis Sawyer éclater de rire en voyant cela, pensant certainement que je me rendais, mais c’était tout le contraire.

Je me retirai au plus profond de moi-même, cherchant la source de mon pouvoir et finis par la trouver. Au fond de moi, je discernai une ombre, une sorte de cristal sombre et un nom me vint en mémoire tandis que l’aura autour de moi s’intensifia.

« C’est terminé, Laura ! Sufia, Ultimate Psychic Shockwave ! »


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Le démon poussa un cri de rage. Au même moment, alors que l’attaque électrique se dirigeait dangereusement vers moi, je levai le bras et je l’arrêtai d’une seule main, la renvoyant sur le monstre qui vola aussitôt en éclat sous le regard interdit de son propriétaire.

Mais ce qui le choquait le plus n’était pas ma réaction, mais peut-être le cristal noir que je tenais dans ma main. À sa vue, Sawyer grimaça.

« Ce pendentif… Mais je croyais…

— Non… Ce n’est pas Trichiona… Murmurai-je. Trichiona n’est plus… Tout comme cette fille stupide que j’étais… Il n’y a plus… Qu’Ouranos ! »

En prononçant ces mots, le blizzard repartit de plus belle. Dans la pénombre, trois yeux apparurent, appartenant à trois têtes différentes, toutes surmontées d’un masque. Le dragon de glace obscure poussa un hurlement si puissant que la concentration de Sawyer fut brisée. L’ennemi retomba au sol, sans défense.

« Je vais… vivre ! m’écriai-je, intensifiant encore plus la tempête qui se mit à emporter avec elle des tuiles et de gros rochers. Pour Darksky, pour ma famille, pour Théodore, je refuse de mourir maintenant, et surtout pas de la main de quelqu’un comme vous ! Ouranos, Subzero Ice Beam ! »

Les trois têtes du dragon soufflèrent en même temps des rayons glacés et sombres qui percutèrent Sawyer avec une telle force que je vis le sol se creuser sous l’impact.

Mais je n’attendis pas de savoir si mon ennemi avait été vaincu et j’ordonnai à mon nouveau Spiritual de repasser aussitôt à l’attaque, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute avec Sawyer. Mais, au moment de l’impact, les rayons furent déviés et allèrent détruire la paroi déjà bien amochée.

« Qui… ! »

Lorsque la fumée de l’impact se dissipa, je discernai que Sawyer n’était plus seul. Un homme se tenait juste devant lui, le bras levé. Il était habillé assez bizarrement, une cape rouge, une armure dorée, une couronne pleine de pierre précieuses, je me serais cru dans l’antiquité.

Il me regarda avec un regard froid et en même temps il y avait dedans une flamme de volonté de se battre si intense que je croyais qu’il allait me brûler sur place.

Il prit Sawyer par le bras, puis disparut aussi vite qu’il était apparu sans dire un mot, me laissant seule au milieu du champ de ruines que j’avais moi-même causé.

Encore une fois, et comme toujours lorsque j’activai mes pouvoirs, tout disparut d’un seul coup, me laissant à genoux, essoufflée et blessée de toutes parts, au milieu d’un champ de glace.

Mais, malgré tout, j’avais le sourire car, en plus d’avoir été capable de me défendre, je pensais avoir compris l’origine de mes pouvoirs, des pouvoirs reposant sur ma colère et mon désir de vivre.

Je lançai un nouveau regard vers le sommet de cette montagne et je serrai le poing. Mon père allait avoir de nombreuses explications à me fournir.



Laura : La fin d’un périple



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=iQBIoXh8Jho


Un vent glacial soufflait sur ma peau. Mais cela ne me faisait aucun effet. Le froid était mon domaine après tout. Sur le dos d’Ouranos, je survolai le mont Segla depuis maintenant vingt minutes. La brume s’était levée à nouveau et je n’y voyais pas à vingt mètres, c’est pourquoi, je devais raser le sol si je voulais avoir un espoir de trouver quelque chose.

Finalement, une ombre se dessina à l’horizon. Je plissai les yeux et finis par apercevoir, au sommet d’une paroi escarpée, au bord d’un ravin de plusieurs centaines de mètres, une sorte de cabane de bois. A quelques mètres, il y avait un petit lac d’eau clair autour duquel poussaient des buissons à baies. Les murs de bois de la bâtisse semblaient en très mauvais état, parsemés de fissures et rafistolés avec des planches clouées à même le mur. Du toit de pierre, une fumée grisâtre me prouvait que quelqu’un habitait bel et bien ici.

Le cœur battant à tout rompre, je descendis de mon Spiritual et m’arrêtai sur le pas de la porte. Nous étions bien loin des chemins de randonnée. Pire, je me trouvai dans une sorte de cuvette protégée par de hauts murs de pierre lisse naturels, façonnés uniquement par le vent et la neige qui recouvrait partiellement les rares mousses et lichens qui poussaient dans un environnement aussi hostile.

Il n’y avait pas un chant d’oiseau. Les feuilles inexistantes ne bruissaient pas et l’eau glacée ne s’écoulait plus. Le chant du mistral sifflant sur la roche nue était le seul son qui parvenait jusqu’à mes oreilles.

Je frissonnai, non pas à cause du froid mordant qui aurait gelé jusqu’aux os un humain normal, mais à cause de cette atmosphère lourde et dénuée de vie. Sans les quelques traces de végétation qui trainaient ici et là, j’aurais pu me croire sur une autre planète.

Lorsque ma main s’approcha de la lourde porte en bois, mon cœur s’accéléra. Là, à quelques mètres de moi, se trouvait l’homme que je cherchais depuis un mois désormais. Je ne l’avais pas revu depuis ce funeste jour. Comment allait-il m’accueillir ? Me pensait-il morte ? Était-il déjà parti depuis longtemps vers une autre destination inconnue ? Qu’allais-je lui dire après tout ce que j’avais découvert ? Allais-je pouvoir le regarder dans les yeux comme avant ?

Il n’y avait qu’une seule façon de répondre à toutes ces interrogations. Je pris mon courage à deux mains et, sans hésiter, je frappai trois bons coups à la porte. Comme je pouvais m’en douter, je n’eus aucune réponse.

« Papa, si tu es là, ouvre ! C’est moi, Laura ! m’exclamai-je d’une voix forte. »

A l’évocation de mon nom, j’entendis un bruit grinçant d’une chaise qui se trainait sur un parquet craquant. Plusieurs verrous se déverrouillèrent, puis, lorsque la porte s’ouvrit, je ne pus m’empêcher de tressaillir à la vue de l’apparence de l’homme qui me faisait face.


https://www.youtube.com/watch?v=qSvpN72u9F8


Mon père portait un long manteau noir orné de plumes grises au niveau du col. Ses cheveux avaient poussé et étaient en bataille. Son apparence générale était très négligée par rapport au temps où il présidait Ether. Lorsqu’il me vit à son tour, son regard vide s’illumina d’une lueur nouvelle et il me serra longuement dans ses bras en pleurant à chaudes larmes.

« Laura, dit-il en me prenant dans ses bras, je suis si heureux de te revoir enfin après toutes ces années. »

Au son de sa voix, je ne pus me retenir davantage. Je laissai couler les larmes que j’avais retenu en mois depuis un mois.

Notre étreinte se prolongea plusieurs minutes. Je refusai de m’éloigner de lui. J’avais peur de le voir disparaitre à nouveau si je le relâchais ne serait-ce qu’une seconde. Je me sentais retombée en enfance, lorsqu’il me serrait ainsi pour me consoler. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point être séparée ainsi de ma famille m’avait marqué.

Lorsqu’il me regarda dans les yeux, je pus voir un bonheur infini dedans, l’amour d’un père pour son enfant perdu enfin retrouvé.

« J’ai toujours su que tu t’en sortirais, ma fille… murmura-t-il.

— Je… Je n’ai fait que suivre les instructions que tu m’as données. Dis-moi, Papa, qu’est-ce que tout cela signifie ? Que s’est-il passé ? Et sur quoi travaillais-tu ? »

Mon père lâcha un long soupir de fatigue, puis m’invita à entrer dans la cabane. L’intérieur était vraiment élémentaire. Il n’y avait que le strict minimum : un lit, un coin cuisine, des toilettes, une douche de fortune et une table sur laquelle étaient posés divers objets étranges. Une simple lampe à huile éclairait faiblement l’unique pièce de cet abri temporaire.

« Je suis désolé, Laura. Tout ce qui est arrivé est de ma faute, soupira mon père en se prenant la tête dans les mains.

— Papa, s’il te plait, raconte-moi tout. J’ai besoin de savoir, lui dis-je d’une voix douce.

— Si tu as trouvé Ouranos, tu dois déjà connaitre une partie de l’histoire, ma fille. Ton père n’est pas l’homme que tu croyais être. J’avais beau être directeur d’Ether, j’ai été dépassé par la situation… »

Mon père frappa la table de son poing, en colère contre lui-même.

« Éric Sawyer, l’homme qui t’a attaqué… c’est de ma faute. J’ai accepté de collaborer avec lui sans être conscient des conséquences, et voilà où ça m’a mené…

— Pourquoi avoir travaillé avec un homme aussi dangereux ? Tu sais pourtant que ce type est un criminel, surtout aux yeux de la fédération !

— C’était une alliance fortuite. Celui avec qui j’étais en relation, c’était son maitre, Hélios. Comme tu as dû le remarquer, nous possédons un lien particulier avec un Spiritual des ténèbres. Tu l’as déjà rencontré il y a longtemps et tu nous en avais parlé.

— Attends, tu veux parler de cette ombre aux yeux rouges ? m’étranglai-je.

— Oui. Son nom est Gariatron. Il s’agit d’une créature issue du fond des âges. Il y a longtemps, un de nos ancêtres a établi un contact avec lui pour gagner une guerre… et depuis, nous portons en nous la clé qui permettra son réveil. Hélios était conscient de cela, c’est pourquoi, il m’a proposé de travailler avec lui sur un moyen de rompre ce contrat par la création d’artéfacts artificiels. La pierre que tu possèdes maintenant, Ouranos, est le fruit de nos recherches. Même si ce Spiritual ne contient qu’une infime partie du pouvoir de Gariatron.

— Alors comme ça, mes pouvoirs proviendraient de ce Gariatron… murmurai-je, pensive.

— Cependant, je compris rapidement qu’Hélios me manipulait. Tout ce qu’il cherchait, c’était à s’accaparer ce pouvoir pour lui seul. Lorsque j’ai réalisé cela, j’ai voulu couper tout contact avec lui et ses hommes. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu… »

Le regard de mon père se voila et sa main se mit à trembler légèrement sur la table, comme s’il était pris de spasmes en se perdant dans ses souvenirs douloureux.

« Je le savais… Je savais que nous aurions dû nous enfuir tant qu’il était encore temps. Mais je n’ai pas eu le courage de vous annoncer ça. Où serions-nous allés ? Je ne pouvais pas demander d’aide à la maison mère de la fédération, sous peine d’être emprisonné, mais je ne pouvais pas non plus tout abandonner. Alors, j’ai saboté mon propre projet. La suite, tu la connais. Sawyer, en guise de vengeance, a attaqué notre demeure avant de s’attaquer directement à moi. J’ai été contraint de m’enfuir le plus loin possible, en abandonnant derrière moi tout ce que j’avais accompli… Tout ce que j’ai pu vous léguer, c’est cette pierre et ce bout de papier que tu as trouvé.

— Dans ce cas, tu ne sais pas si… »

Mon père secoua la tête négativement alors que son visage était déformé par la tristesse et les remords.

« J’ignore s’ils ont été aussi chanceux. Contrairement à toi, ni Arthur, ni ta mère ne possèdent le pouvoir de Gariatron. Donc ils ne seront pas poursuivis pas Sawyer… mais ils n’étaient pas non plus protégés des flammes… »

Lorsque j’entendis cela, j’activai involontairement mes pouvoirs. Un cristal de glace se forma dans la paume de ma main et mon père recula instinctivement, terrifié.

« Laura, tu dois me comprendre, si j’ai choisi de fuir, ce n’est pas parce que je vous ai abandonnés ! Mais si Hélios met la main sur le pouvoir que je possède, alors le monde… »


https://www.youtube.com/watch?v=XH5bYuMtj6I


Mais je n’écoutais plus ce que me disait mon père. Au fond de moi, une haine ardente brûlait et me consumait de l’intérieur. Sawyer. Et Hélios. Ils allaient payer pour ce qu’il nous avait fait. Je ne me battais plus simplement pour moi désormais. J’avais une vengeance à accomplir.

« Ainsi, ta colère prend enfin le dessus, Laura, dit une voix grave et gutturale dans ma tête. »

Ma vision se brouilla et le décor désertique disparut pour faire place à une grotte lugubre. Ce que j’y vis chassa toute la chaleur de mon corps pour n’y laisser qu’un vide glacial et une haine destructrice.

Devant moi se trouvaient Darksky et une fille blonde, habillés des capes que ces hommes m’ayant attaquée et ayant détruit ma vie…

Lorsque la vision se dissipa, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire tandis que la rage grandissait en moi et qu’un puissant blizzard se levait. Les murs de la cabane volèrent en éclats. Le cratère fut bientôt recouvert d’un épais manteau de neige. Et, au milieu de ce désert blanc et glacial, se tenait mon père, les mains enveloppées dans un feu sombre. Il me dévisageait avec surprise, puis son visage se crispa et toute émotion sembla le quitter aussi.

C’était terminé. Ma dernière attache à mon passé venait de sauter et, avec elle, la petite fille joyeuse et stupide que j’étais mourut pour ne laisser place qu’à un froid intense et dénué de vie et d’émotion hormis la haine et le désir de vengeance.

Mon père s’approcha de moi. Il me mit la main sur l’épaule tandis que, dans ses yeux, brillait un éclat nouveau.

« Laura. Si la fédération Ether m’a bien appris une chose, c’est que le monde dans lequel nous vivons est cruel. J’ai tenté de marcher aux côtés de Violet et des autres pour la paix… mais voir que Sawyer et Hélios sont toujours en liberté m’a ouvert les yeux. Alors, je te le demande : veux-tu te venger avec moi de ce monde qui nous a tout pris pour en reconstruire un nouveau ? Veux-tu… provoquer un cataclysme ?

— Fais comme tu voudras, lui répondis-je d’une voix glaciale. Tant que tu m’aides à accomplir ma vengeance. »

Un léger sourire illumina sa figure et la flamme noire dans sa main redoubla d’intensité, jusqu’à devenir un brasier ardent et sombre, aspirant les derniers restes de vie ayant résisté à ma glace meurtrière.

« Tu as fait le bon choix Laura. Que tous les peuples se préparent car le règne de Shadow… va bientôt commencer. »



Laura : Epilogue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


J’observai les flammes du Sphinx se dissiper lentement sous la résistance de Darksky et de ses amis du haut d’une colline non loin de là. Ces idiots se débrouillaient mieux que je ne l’avais pensé, mais, peu importe à quel point ils résistaient, ils allaient inévitablement finir engloutis par le froid ou les ténèbres de mon père.

Darksky… Il n’avait décidément pas changé depuis toutes ces années et était toujours aussi naïf et stupide que je ne l’étais à onze ans. Il n’avait même pas compris que ma jalousie n’était là que pour camoufler ma véritable haine qu’il ait accepté de s’allier avec cet Hélios, lui, la seule personne en qui j’avais fait confiance jusqu’à la fin.

Mais c’était fini. Je m’étais réveillée de ce rêve illusoire et rempli d’espoirs vains. Le temps n’était plus à l’amusement. Je devais venger ma famille pour accomplir le dernier vœu de mon père et pour pouvoir tout recommencer à zéro.

Fermant les yeux et détournant le regard de ce combat ridicule, je fis appel à Ouranos et m’envolai jusqu’à la citadelle de Gariatron.

Là, je retrouvai mon père, ainsi que le démon, mais je passai devant eux sans même les regarder. Je pénétrai à l’intérieur de la forteresse, laissant un long sillage de glace derrière moi jusqu’à atteindre une pièce particulière, séparé en son milieu par un abime sans fond et dans laquelle se trouvait un trône de glace.

Je m’assis dedans et m’accoudai, attendant avec impatience que Darksky triomphe des esprits de la terre pour pouvoir l’écraser de mes propres mains.

« Dépêche-toi, mon vieil ami. Je suis impatiente de pouvoir t’affronter à nouveau après toutes ces années, et Ouranos rêve de te connaitre lui aussi… »

Tandis que je prononçai ces mots, je ressentis le souffle glacial du dragon à trois têtes dans mon dos. Nous étions prêts. Il était hors de question de perdre maintenant. Je ne pouvais que gagner et, une fois Darksky vaincu, plus rien ne serait en mesure de m’arrêter.

Ce monde dont nous rêvions, mon père et moi, était sur le point de voir le jour.





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le bon temps…

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