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[Fic] Rising Hope Rebirth
Crawesome
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[Fic] Rising Hope Rebirth posté le [19/03/2020] à 23:25
Prologue


Spoiler :




https://www.youtube.com/watch?v=iRt5omaSz4E

Guerre. Catastrophe. Cataclysme. Il en existait une infinité, des termes pour décrire cet horrible spectacle. Ma vie tranquille avait cessé depuis des années. J’errais sur les ruines d’une paix jusqu’alors tenue pour garantie, désormais emportée par les caprices du destin.


Qui aurait pu prédire, à l’époque, que l’épilogue de notre histoire allait être écrit sur des pages maculées de sang ? Comment aurions-nous pu connaître l’absurde réalité qui nous piégerait forcément tôt ou tard, alors que nous ne nous y intéressions nullement ? Nous n’aspirions jadis qu’à vivre d’air pur. Nous ignorions tout bonnement cette épée de Damoclès prête à égorger nos rêves et nos espoirs.


Par notre stupidité, notre manque de courage, notre aveuglement, nous créâmes cet univers macabre que j’observais de ce piédestal de fortune, un regret infini en guise d’unique compagnon.


Je fixai l’horizon. Je n’y discernai rien d’autre que de la souffrance, des ténèbres, et du désarroi. Ma ville avait été avalée par un souffle de mort représenté en une fumée noire dans laquelle s’embrassaient pollution et soufre. Le voile obscur m’empêchait de constater toute l’étendue des dégâts, mais je ne me faisais aucune illusion. Toute vie s’était éteinte, ou avait été emportée par ces incendies destructeurs. Une odeur de brûlé me déchirait la gorge et les poumons.


Seules mes émotions me prouvaient que j’appartenais encore à l’espèce des Hommes. Elles me surprenaient lorsque je pensais avoir le courage nécessaire pour affronter cette folie, comme en cet instant précis où je maudissais le jour durant lequel tout avait basculé.


J’affirmais pouvoir toujours rester optimiste, mais je ne croyais plus en mes propres mots. Il suffisait de prêter un regard à mon visage gonflé par les larmes afin de comprendre que mes limites étaient atteintes. Il fallait reconnaître qu’au bout de vingt années de péril, la pitoyable santé de mon épiderme n’incarnait plus que le cadet de mes soucis. Je ne représentais plus qu’une existence en perdition, au beau milieu d’une capitale déchirée par le désespoir. Ses ruines se consumaient toujours, comme si le premier jour de la guerre l’avait figée dans le temps.


J’essuyai ces larmes de faiblesse et de chagrin. Le frottement de la manche de ma veste usée par les cendres m’irrita les joues. Je grimaçai. Une simple inflammation suffisait désormais à me faire vaciller, même un petit peu. Mon intégrité psychologique s’était bien fragilisée au fil des années.


Chaque fois, je cherchais en moi une réminiscence à laquelle me raccrocher, mais aucune ne me tirait des abîmes du silence. Alors je perdais espoir. Je me laissai tomber sur les genoux, et hurlai à ce ciel enténébré les destins tragiques que je portais sur mes épaules. Mais je n’obtins aucune réponse. Il ne me restait plus qu’à accepter la cruelle évidence : celle dans laquelle je devais continuer à vivre, à survivre, dans cet univers qui remettait en cause tous les fondements mêmes de notre humanité.


« J’implore ton pardon, murmurai-je d’une voix morte, je tâcherai de ne plus jamais te décevoir. Je te le promets. »


Je cherchai dans le fond de ma poche le dernier objet qui contenait mes espoirs. J’en sortis un cube violet que je jetai au sol. Lorsqu’il l’eut violemment heurté, il se brisa, et laissa apparaître une forme similaire à celle d’un projecteur d’images.


Enfin je pus m’échapper de cette abjecte fatalité, et j’emportai avec moi tout ce qui donnait encore un sens à ce monde.




Chapitre 1: La parole d'un homme


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=4FqoqxD-DHA


Reisuke

Quel est le sens véritable d’une promesse ?


Si en quelques mots résidait le pouvoir de changer une histoire, voire de plusieurs, et qu’il suffisait de les prononcer afin d’accomplir une destinée, quelqu’un saurait-il s’engager en ignorant toutes les conséquences résultant de ses paroles ?


La société dans son ensemble menait finalement une existence dictée par les obligations : la scolarité, l’orientation, le travail, l’amour, le mariage, les enfants, la vieillesse… Nous prêtions serment lorsque nous témoignions, et offrions volontiers des gages de sincérité dans le but d’exhiber une certaine maturité, elle-même évaluée sur les promesses tenues et conduites à terme.


Mais au fond, nous négligions tous la valeur de l’engagement. De nos jours, rares étaient ceux prêts à risquer tout ce qu’ils possédaient, y compris les biens matériels, les liens affectifs, ou bien même leur vie, afin d’honorer leur parole par des actes. Pour ma part, je restais persuadé que le destin les attendait de pied ferme au coin de la rue. Il s’apprêtait à leur rappeler qu’ils avaient bafoué leur dignité, et laissé pousser des ronces autour des cœurs brisés par leurs promesses manquées.


Car oui, je m’identifiais à ceux qui n’ont qu’une parole. Mes parents m’avaient inculqué dès mon plus jeune âge la nécessité de respecter chaque décision prise, et d’en assumer les conséquences. Alors, je ne m’engageais pas à la légère. Je tenais toujours prêt à tout risquer, à consentir à tous les sacrifices, ou à commettre les pires infamies, si cela me permettait de ne pas traîner dans la boue mes valeurs et mes convictions.


Tout cela, simplement pour conserver un honneur qui semblait peut-être dénué de sens…


***


Le soleil brûlait sur Sagamihara, en Nouvelle-Nipponie. L’année scolaire semblait déjà reléguée aux archives, alors que le calendrier affichait encore vingt-neuf juin. Un doux parfum de saison estivale prenait progressivement place dans les rues animées du quartier que j’habitais. Chacun se réjouissait des instants à vivre, et des souvenirs à créer. Pour ma part, je me trouvais bien loin de la fougue juvénile ; à des années-lumière de cette ambiance faite d’effusions de joie et de soupirs de soulagement.

Car je me situais sur la côte, face à la mer. Je scrutais d’un œil attentif la course frénétique des vagues qui allaient et venaient, comme il leur avait été dit de l’accomplir depuis la nuit des temps. Il m’arrivait fréquemment de me perdre dans le bleu de l’océan. Il semblait comme embrasser le ciel et fusionner avec lui. Je me complaisais d’ailleurs souvent devant ce tableau dans lequel on ne pouvait vraisemblablement pas définir les frontières des eaux. Le soleil s’y reflétait en des moutons de lumière semblables à des cristaux scintillant dans le rideau couleur smalt qui s’étendait à perpétuité.


J’extériorisai un soupir de nostalgie qu’une brise légère emporta aussitôt. Je baissai les yeux, posai un genou sur le sol jonché de cailloux rouges, pour enfin m’entretenir avec mon passé gravé dans la roche.


« Il y a maintenant plus de dix ans que vous nous avez quittés, et pourtant, il m’arrive parfois de l’oublier et de vous penser à mes côtés. »


Je n’obtins aucune réponse. Semisi Yamada et sa femme, Yuki, étaient morts en octobre 2001. Avec leur disparition, je découvris la notion d’orphelin. J’avais cependant été victime d’un heureux hasard, puisqu’il se trouvait que notre voisine exerçait la profession d’assistante maternelle, et se porta volontaire pour devenir ma tutrice. Je pus donc conserver la maison de mes parents et continuer à y résider, sous réserve de vivre sous sa constante surveillance.


Ma majorité me surprit comme la tempête se formait, sans aucune sommation. En un clin d’œil, douze ans s’étaient écoulés. J’étais désormais seul responsable de mes actions. J’habitais toujours cette maison que m’avaient léguée mes ascendants. La femme, jusqu’alors ma tutrice, devint une amie. Je l’aidais dès qu’elle nécessitait mon soutien. Elle me le rendait en me conseillant lorsque je me heurtais à des dilemmes d’ordre professionnel ou personnel.


Je me trouvais finalement satisfait d’être parvenu à me construire. Mon diplôme d’études secondaires en poche, je devais bientôt confirmer mon engagement chez les sapeurs-pompiers par un concours, afin de ne plus appartenir aux simples volontaires.


Une fraîche brise vint me taquiner la joue, jusqu’à se glisser dans le col de ma chemise. Cela me tira de mes songes par une sensation vivifiante, en ces moments de chaleur. Ainsi, je changeai les fleurs de la tombe de mes parents, afin d’y disposer quelques magnolias roses soigneusement entretenus dans un vase. Je lâchai un dernier regard aux portraits incrustés dans la pierre, avant de tourner le dos au passé. Car l’avenir m’appelait, et il n’allait pas omettre de me reprocher ce manquement, si je trahissais aujourd’hui mon engagement.


Ce futur se nommait Erika Sloane, ma précieuse amie d’enfance. Nous nous connaissions depuis des années, et mon affection envers elle avait grandi en même temps que nos corps jusqu’à devenir un amour porté à maturité. La jeune fille se présentait comme un boute-en-train qui me tirait des abîmes de l’introversion. Une petite braise de motivation et de courage qui trouvait toujours les mots pour me donner la force d’entreprendre des projets. Elle incarnait l’unique personne auprès de laquelle j’osais rester moi-même, sans craindre le jugement extérieur.


Seule ombre au tableau : je demeurais paralysé à la simple idée de lui avouer mes sentiments. Je ne parvenais pas à trouver en moi la confiance nécessaire à un tel obstacle. Un mur de flammes semblait une vaste plaisanterie face à cette difficulté. Erika paraissait comme une présence scintillante apte à révéler la lumière en chacun de nous, excepté la mienne. Car je n’étais constitué que de ténèbres, incapable de profiter des émotions candides, et des rêves d’adolescents.


Cerise sur le gâteau, Erika incarnait également la muse de bien des jeunes hommes aux ambitions tout aussi nobles que les miennes. Son prétendant le plus sérieux était un garçon de quatre ans plus vieux que moi, beaucoup plus assuré, mature, et adulte. Il représentait l’aîné des enfants élevés par Mary Sloane, ma tutrice, la tante de mon amie, ce qui lui donnait un charisme de grand frère sur lequel pouvaient compter tous les gamins du quartier. Elle lui était par conséquent plutôt favorable, mais ne l’avait jamais exprimé de manière explicite.


Je ne désespérais cependant pas pour autant. Erika et moi avions traversé les classes ensemble, et nous étions adonnés à la musique en même temps. Elle m’entraînait toujours dans ses aventures les plus folles et rocambolesques, et pour tout dire, j’aurais été hypocrite si j’avais nié apprécier ces frasques.


Aujourd’hui, je devais marcher dans un autre de ses caprices : me rendre sur la place de la renaissance afin d’assister à une cérémonie de commémoration. La Nouvelle-Niponnie, qui ne portait ce nom que depuis une quinzaine d’années tout au plus, fêtait sa reconstruction. Erika m’avait contraint de participer à cet événement dans lequel devait être présente la présidente en personne : Laure Delacour. La cheffe de notre territoire allait prononcer un discours, et présenter les projets à venir concernant notre pays.


Arrivé « place de l’espoir », je scrutai les environs afin d’y retrouver mon amie. De toute évidence, la manifestation n’avait pas commencé. Erika ne semblait pas encore arrivée. Alors je me dirigeai vers l’un des gradins, et m’assis sur un siège libre.


« Coucou Rei ! s’exclama joyeusement une voix aiguë, presque fluette. »


Je lâchai un cri de surprise. Elle était apparue de nulle part. Je voulus rétorquer, me mettre en colère ; impossible d’y parvenir. Je me stoppai net en lui lançant un regard. En effet, la jeune fille qui venait de me rejoindre m’absorba instantanément.

Mon cœur battait la chamade tandis que je déshabillai d’un œil envieux cette fleur d’espoir qui s’était laissée croître à mes côtés. Elle s’était montrée coquette spécialement pour notre rendez-vous — ou du moins, je me complaisais à le croire —. Elle avait minutieusement brossé sa chevelure blonde éclatante, dont elle avait pris le soin de mettre en valeur deux longues boucles qui s’échouaient délicatement sur sa clavicule. Elle taillait ses cheveux de sorte à laisser un regard pétillant couleur azur dominer en permanence son expression d’innocence et d’empathie profonde. Une lueur enfantine enflammait ses yeux. Je discernai un peu d’espièglerie dessinée sur ses fines lèvres — que je scrutais d’ailleurs depuis quelques secondes en refrénant une arrière-pensée —.


« Reisuke Yamada ! m’interrompit la jeune fille en se penchant vers moi, dis-moi quel songe anime cette expression d’envie sur ton visage ?

— Aucun, affirmai-je en mauvais menteur, ton imagination te joue clairement des tours si tu en es arrivée à ce genre de déductions, ma pauvre.

— J’en doute, sourit-elle malicieusement. J’ai constaté une lueur malsaine dans ton regard.

— Si tu m’as amené jusqu’ici simplement pour agir comme une gamine, tu aurais pu t’abstenir. »


Je soupirai. Cette fille restait loin d’accéder à la sagesse ; la voir gonfler des joues en rougissant aurait fait comprendre à n’importe qui qu’une décennie n’aurait pas suffi à la rendre mature. Mais nous nous complétions. J’étais plus réservé et réfléchi, et elle plus ouverte et spontanée. Tandis que je manquais terriblement de confiance, elle se sentait capable d’aboutir à tous les projets, et m’entraînait souvent dans ses ambitions.


Erika avait une fâcheuse tendance à refuser de constater mon absence d’estime. Elle me rappelait sans cesse qu’elle pouvait passer des heures à plonger ses yeux dans mon regard qu’elle désignait comme « rigide, mais réconfortant à la verdure de printemps ». Elle ajoutait que je devais malgré tout m’entretenir davantage si je souhaitais gagner en assurance. Selon elle, je me devais de tailler mes cheveux châtain foncé pourtant déjà assez courts, mais auxquels je laissais une totale liberté, sans jamais les coiffer. Mon amie m’avait également proposé d’autres vêtements qu’une veste en jean et un pantalon assorti pour m’habiller. Elle plaidait qu’un corps sculpté au labeur de l’entraînement d’un sapeur-pompier méritait une tenue qui le mettrait plus en valeur, sans jamais obtenir gain de cause.


La jeune fille s’installa à mes côtés dans les gradins. Laure Delacour, la présidente de la Nouvelle-Nipponie, surgit de nulle part afin de se dresser sur l’estrade. La grande femme aux longs cheveux châtains et au regard rigide de couleur marron était entourée d’une garde qui me semblait compétente. Une escouade composée de plusieurs individus en uniformes noirs. Elle s’engagea dans un discours dans lequel elle entreprit une rétrospective des tribulations de notre ville. Tandis qu’elle détaillait toutes les étapes de la résurrection de Sagamihara, quelqu’un vint à notre rencontre.


« Tiens donc, entama la voix grave et placide d’un jeune homme, Reisuke et Erika. Bonjour.

— Oh, salut mon Kôsei ! s’exclama Erika, enthousiaste. Ta mère resplendit de charisme ! Elle me donne des frissons lorsqu’elle s’exprime.

— Je te remercie, mais elle stressait vraiment en préparant son discours. Elle a rencontré des tas de difficultés, depuis que le Japon fait partie intégrante de la fédération ESTER. La population reste assez mitigée face à ce qu’ils nomment “colonisation abusive”. Enfin, laissons ces problèmes au gouvernement. J’imagine que tout est en ordre pour le concert hommage que nous devons donner, n’est-ce pas ?

— Nous avons travaillé toute la nuit, assurai-je, je pense que nous parviendrons à gérer la partition.

— Parfait, sourit-il, on peut donc prendre place. Kenny et Marc sont en train de monter les instruments, derrière le rideau. »


Nous suivîmes le leader de notre groupe de musique : « The Fallen Moon » ; le plus populaire de notre lycée. Nous formions, avec Erika, Kôsei, Kenny et Marc, un groupe de « cover artists » dont la réputation demeurait plutôt bonne, tout du moins à ma connaissance. Le projet semblait vraiment tenir au cœur du fils de l’actuelle dirigeante de la Nouvelle-Nipponie. Il nous faisait travailler dur afin de viser des événements locaux et régionaux, à l’instar de ce jour durant lequel nous devions nous produire lors d’une cérémonie officielle.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Cependant, à peine le rideau s’ouvrit sur le public, un coup de feu émanant de derrière me surprit. Je l’évitai de justesse en plaquant mon amie d’enfance au sol. Réactifs, nous nous retournâmes tous vers la provenance de l’atteinte à notre vie. Un homme nous faisait face, le regard voilé par l’ombre de sa capuche.


« Jolis réflexes, sourit l’individu en laissant entrevoir une expression perfide. »


Ces mots prononcés, je me pris un coup de poing fulgurant qui provenait de derrière nous. Je m’écrasai au sol, tel un vulgaire insecte. Sous l’effet de la surprise, je ne pus me protéger, ce qui me fit encaisser l’impact de plein fouet, sans recourir à mes réflexes salvateurs. À peine me fus-je redressé que je constatai l’horrible situation : les gardes du corps de la présidente s’étaient révélés des traîtres, et ils nous avaient attaqués dans le dos. Ils profitèrent de l’occasion pour nous arracher Kôsei et Erika. Les deux jeunes étaient désormais leurs captifs, les mains jointes, serrées, et bientôt ligotées. Ils gesticulaient afin de se débattre, en vain. Le groupe de malfrats semblait être composé de professionnels. Le chef prit la parole, d’une voix méprisante.


« Nous nous retrouvons, présidente Delacour ; ou plutôt devrais-je dire, Fédération ESTER.

— Qui êtes-vous ? grimaça la femme qui recula de quelques pas en les dévisageant. Si vous touchez à un seul cheveu de ces jeunes, je vous promets que —.

— Vous n’êtes pas en position de nous menacer alors que nous retenons votre fils, trancha sèchement l’homme, le nom “Purple Revolution” vous dit-il quelque chose ? »


Je lus une faiblesse dans les yeux de la présidente lorsque le terroriste mentionna ce nom. Elle resta figée quelques secondes ; cette trahison l’avait laissée abasourdie. Pour ma part, personne ne me regardait. Je profitai donc de l’occasion pour agir.




Chapitre 2 : Une créature monstrueuse


Spoiler :




Je passai discrètement la main dans la poche arrière de mon pantalon, et j’en sortis un couteau. Je ne pris même pas la peine de le déployer ; je le lançai droit sur le garde qui retenait Erika. Ce dernier l’esquiva de justesse. Cela me permit de gagner quelques précieuses secondes. Avant qu’il ne le remarque, je m’étais déjà rué sur lui. Un seul coup de poing en direction des tempes suffit à l’écraser au sol, sans qu’il puisse rétorquer quoi que ce soit.


Je comptais profiter de l’affolement pour agir, mais je n’y parvins pas. Un pistolet fut pointé sur mon front en moins de temps qu’il n’en fallut pour que je neutralise un garde. Je devins un otage à mon tour, sous le regard meurtri d’Erika qui, elle aussi avait été saisie par un autre d’entre eux.


Je déglutis. Une fraction de seconde avait suffi pour que nous nous retrouvions dans une condition extrêmement délicate. Trois hommes au minimum se trouvaient derrière moi, tandis qu’un autre braquait un revolver en ma direction. Peu importe l’angle selon lequel j’analysais la situation ; mes chances de survie sans obtempérer n’excédaient pas zéro. Il en était de même pour Erika, qui elle, s’agitait violemment. Des vibrations singulières émanèrent d’elle. Je n’ignorais rien de leur dangerosité, mais pour être honnête, elles représentaient le cadet de mes soucis.


La présidente entama un dialogue avec le groupe armé. Tandis qu’ils négociaient, j’essayais encore de trouver une solution afin que l’on en sorte indemnes, en vain. Les gradins me parurent soudainement vides ; les spectateurs s’étaient enfuis. Pour ma part, je scrutais chaque angle dans le but d’y repérer un moyen de nous secourir. Au bout de quelques secondes, je remarquai quelque chose au sol : une espèce de petite pierre couleur ébène qui luisait d’un éclat étrange. Elle se trouvait juste sous le pied de Laure Delacour, qui y écrasait discrètement son poids afin d’actionner un mécanisme dont j’ignorais le but. Je compris alors que la femme n’avait pas entamé un échange simplement pour faire plaisir à des malfrats.


« Nous pouvons quitter les lieux et vous laisser continuer votre mascarade, conclut finalement celui qui me gardait en otage, mais nous emportons celui-ci avec nous.

— Pourquoi Rei !? hurla Erika, qui se débattit soudainement avec beaucoup plus de violence. Prenez-moi à sa place ! »


Je m’arrêtai quelques secondes. Pourquoi me voulaient-ils, alors qu’ils retenaient également le fils de la présidente en otage ? Leur but consistait-il vraiment en un coup d’État contre le gouvernement dirigé par le parti TNT ? Un nuage d’incompréhension vint obscurcir mes capacités de réflexion. Pourtant, l’urgence nous faisait face. Même si Laure Delacour avait appelé des secours par son mécanisme, ils n’allaient peut-être pas arriver à temps pour sauver Kôsei et Erika…


« Je vais vous suivre, déclarai-je fermement, en essayant de ne pas laisser transparaître ma peur. Cependant, je veux m’assurer que vous relâcherez les autres otages, comme convenu. »


Le terroriste en chef acquiesça, et recula de quelques pas en me gardant prisonnier. Je distinguai derrière nous une voiture noire aux vitres teintées qui semblait la première étape de cette course à la mort. Il fit signe à ses acolytes, qui projetèrent Kôsei et Erika droit sur le sol, avant de battre en retraite à leur tour. Tous braquèrent leur arme sur les ex-otages, tandis qu’ils gagnèrent petit à petit du terrain afin de prendre la fuite.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Je sentis un changement d’atmosphère radical. Erika, dont je pouvais jusqu’alors ressentir les émotions, devint subitement bien plus sombre. Ses effusions d’incompréhension s’estompaient pour laisser place à une réaction inconnue. Je grimaçai. Je savais ce qui était en train de se passer. Cette présence allait revenir sous peu, c’était inévitable. Purple Revolution ne le notifia cependant pas. À vrai dire, personne ne pouvait deviner ce qu’il allait advenir de cette prise d’otage.


Erika fronça les sourcils et me dévisagea d’un air bourré de reproches. Mon cœur rata un battement. Le temps se figea. Une lumière pourpre étincelante nous aveugla tous, y compris mes agresseurs. Je fermai les yeux, et m’en remis à mon instinct, dans l’intention de profiter de la clarté pour me débattre. En quelques secondes, je le bousculai, et me saisis de son arme afin de la braquer contre son front. Cependant, lorsque l’éclat s’estompa, et que je posai mon regard sur mon amie d’enfance, la surprise m’écrasa instantanément…


Ce qui caractérisait Erika n’existait plus. Il ne subsistait d’elle qu’une présence radicalement métamorphosée. Exit la spontanéité, et l’empathie. Erika ne représentait plus que l’ombre d’elle-même. Une jeune fille dure et rigide. Ses cheveux blanchirent, ses yeux se colorèrent de pourpre. Je ne distinguais dorénavant rien de plus que de la frustration et de la méchanceté. L’étincelle malicieuse et puérile qui animait son regard s’était laissée fondre dans le vide désormais en elle. Je la sentais fragile ; comme prête à s’effriter si quiconque osait la toucher. Il allait être difficile de négocier dans cette situation.


Mes instincts me signalèrent un danger imminent. Cette pensée se confirma lorsque je distinguai un éclat étincelant de la même couleur que les yeux de mon amie illuminer sa poitrine. Pire encore, Erika s’éleva lentement dans les airs jusqu’à stagner à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle fut progressivement imbibée d’un flux de puissance dont j’ignorais les propriétés, et fixait désormais « Purple Revolution » d’un regard empli de haine.


Ils se mirent en garde, comme s’ils pouvaient rivaliser. Le chef, subitement intéressé par Erika, me bouscula afin de la confronter.


Une irruption brève et soudaine me surprit. Cela sortit de la poitrine de l’existence en désordre. De la matière flottante de couleur pourpre, semblable à de l’énergie vraisemblablement vivante, se déplaça rapidement jusqu’à arriver à quelques mètres de nous. Cette essence prit un aspect qui semblait humanoïde à première vue. Cependant, lorsqu’elle fut totalement générée, elle me fit comprendre que ce qui nous attendait était bien plus dangereux que « Purple Revolution ».


C’était un monstre. Il n’existait aucun autre mot pour décrire une telle abomination. Elle apparut sous mes yeux, accroupie, avant de s’élever à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle était remarquablement grande : quatre ou cinq mètres, selon mon estimation. Sa morphologie semblait à peu près similaire à celle d’une femme lorsque l’on considérait son visage ou sa poitrine. Cependant, sous sa taille n’étaient pas dessinées des jambes, mais une interminable queue constituée d’écailles bleu nuit. Elle mesurait plusieurs coudées de long, en s’enroulant autour du corps de cet être étrange. Au-dessous de cette armure reptilienne se cachait une couche de peau colorée d’un blanc cassé qui ressortait particulièrement en contraste avec sa chevelure violet terne ondulée. Des boucles composées de serpents qui possédaient chacun leur propre volonté. Comme pour ne me laisser aucun doute sur les intentions de cette nouvelle venue, ses yeux rouges s’illuminèrent d’une lueur faite de rage, tandis que ses deux longs bras s’ouvrirent en gueules de vipère qui sifflaient une mélodie funeste de leur langue de fourche.


« Qu’est-ce que… murmura mon assaillant, paralysé par la surprise. »


Il n’eut pas le temps de réagir. La queue de l’immense reptile s’était déjà écrasée contre lui, et l’avait projeté au loin. Elle avait abandonné à la suite de son passage une traînée de sang qui sembla flotter dans les airs pendant quelques secondes. Mes yeux s’écarquillèrent, tandis que les autres individus laissèrent tomber leur arme avant de prendre la fuite. Je lançai un regard furtif derrière moi. Le corps de leur chef gisait désormais sur le sol ; ils ne l’avaient pas emporté.


« Erika, bégayai-je, comment as-tu… »


Elle ne répondit pas ; à la place, elle me fixait en fronçant les sourcils, comme si je devais me sentir coupable de quelque chose. Lorsqu’elle se trouvait dans cet état, il semblait impossible de le maîtriser. Je connaissais ce type de revirement de personnalité. Je le nommais « sa crise intérieure ». Cela lui donnait une puissance considérable, au prix de ses capacités de raisonnement. Elle se manifestait toujours quand Erika éprouvait de la frustration, mais n’avait encore jamais pris une forme physique.


Je n’eus pas le temps de réfléchir davantage, puisque le monstre m’attaqua. Je l’esquivai de justesse en me jetant au sol. Le reptile aux cheveux de serpent cherchait à m’écraser de sa force colossale, et comble de l’étrange, elle m’avait désigné comme sa seule cible. En effet, ni Kôsei, ni sa mère ne furent inquiétés par la nouvelle venue. J’ignorais s’il était bon de riposter, et surtout, de comment organiser ma frappe.


Je reculai instinctivement, tandis que la créature tenta de nouveau de me porter atteinte. Je pus voir la queue de cette chose qui voulait m’attaquer en revers suffisamment tôt pour pouvoir anticiper cette autre offensive, mais le temps pressait. Le monstre en Erika semblait déterminé à me faire la peau si je ne trouvais aucune solution pour rivaliser.


Je me baissai de justesse pour esquiver une nouvelle agression. La femme-reptile laissait paraître de la frustration chaque fois qu’elle me manquait, ce qui me conforta dans l’idée qu’elle possédait ses propres émotions. Ainsi, je pris une décision hâtive, dus tout miser sur elle. Armé du revolver abandonné au sol, j’allais contre-attaquer. Mais alors que j’allais tirer, je fus tout simplement soufflé par un coup de queue, qui me propulsa au loin avant même que je ne puisse faire feu.


Cela me projeta droit contre la vitrine d’un magasin d’alimentation générale, sur la place de l’espoir. Je serrai les dents. Mon corps entier se raidissait sous le poids de la douleur. Je sentais que des morceaux de verre avaient écorché mon épiderme, mais l’heure n’était pas à s’y attarder. Il fallait que je me relève.


Le reptile s’approcha de moi. Mon cœur battait la chamade. Je suais à grosses gouttes, intimidé à l’idée de croiser le regard de cette créature. J’avais peur. Peur de manquer de force, de mourir, d’abandonner le sort d’Erika à cette infâme existence.


« Du calme Reisuke, me murmurai-je en essayant de contrôler mon rythme cardiaque. C’est exactement comme un entraînement à la caserne. Ne te soucie pas du risque ; tu as vu pire. »


Je repris ma course effrénée vers la libération de mon amie. Je gardai en tête l’atmosphère dégagée par une maison en flammes, ou par un sauvetage périlleux. Ainsi, lorsque le monstre tenta de me cracher une salve de venin, il me fut aisé d’esquiver l’attaque, tout en conservant mon sang-froid et ma concentration. Mon objectif ne consistait plus en la défaite de ce reptile, mais se centrait sur Erika. Si je sortais la jeune fille de cet état de transe, peut-être allait-elle pouvoir rappeler cette chose une bonne fois pour toutes.





Chapitre 3 : Bataille contre la créature serpentine



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=0iyMfUhRRKk


Alors je courais, et tentais de préserver ma vie. Mes coups de feu furent facilement déviés, mais ce n’était plus mon objectif. Je réussis à gagner du terrain afin de me ruer sur Erika.


« Erika ! lui hurlai-je. Il faut absolument que tu te —. »


Je n’eus pas le temps de terminer que je fus saisi par l’un des bras du monstre. Elle me rappela devant son énorme visage, et me tira des gémissements de douleur bien trop faibles pour couvrir les sifflements de fureur de sa chevelure. Les serpents qui la composaient essayèrent de me mordre à plusieurs reprises ; tandis que, ligoté, je tentai tant bien que mal de les repousser. J’agrippai l’un d’eux, puis l’étranglai de toutes mes forces. Cela eut pour effet de faire pâtir toutes les autres consciences, y compris la femme, qui me lâcha sous la pression de la souffrance.


La bête enragea. Ses yeux devinrent aussi noirs que du charbon tandis que la lueur qui les animait luisit d’un violet qui me fit frissonner. Dans un accès de fureur, elle brisa le sol de la place, afin d’en soulever un morceau de parpaing qu’elle prévoyait de me projeter en plein visage avec sa queue. Je déglutis. Je devais retrouver Erika coûte que coûte, tant que sa créature portait ce bloc de pierre et ne pouvait pas m’atteindre.


Dès que je fus arrivé près de mon amie, je sautai afin de l’agripper. Sous mon poids, elle redescendit sur terre. Je dévisageai le monstre qui, à peine m’avait-il rattrapé, montra pour la première fois un signe de faiblesse.


« Ne cherche pas à me lancer ça, sinon elle y passera aussi ! hurlai-je à l’attention de mon ennemie, en espérant qu’elle me comprenne. Si tu tentes quoi que ce soit, je m’occupe d’elle !


— Tu n’oserais pas, me répondit sa voix grave et chargée de haine. Je sais à quel point tu aimes cette fille.

— Tu risquerais vraiment de la tuer ? la défiai-je en essayant de masquer au mieux ma peur. Je n’hésiterai pas si cela peut m’éviter de mourir. »


De longues secondes passèrent. Cette chose me dévisagea d’un air profond, comme si elle lisait mon âme. Elle semblait cependant une piètre lectrice, puisqu’elle mordit à l’hameçon, et reposa le parpaing au sol. Elle rappela ses serpents dans sa chevelure. Mais ce n’était pas fini. Je n’avais pas encore réglé la situation. Je n’avais pas causé la moindre égratignure à mon ennemie. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne reprenne son offensive.


Mais alors que j’y réfléchissais, un bruit sourd me surprit. Une forme inconnue fut propulsée droit contre mon adversaire et explosa à son contact. Un épais écran de fumée se répandit aux alentours. J’allais profiter de cet imprévu pour en finir, en ramenant Erika à la raison.


Je me précipitai vers cette dernière en ignorant ce qui venait de s’écraser sur sa créature. L’heure demeurait grave. Il était de mon devoir de la sortir de cet état de transe, afin que tout cela cesse et obtenir sa liberté. Je secouai mon amie d’enfance avec toute la détermination du monde.


« Erika, je t’en prie, reprends tes esprits ! Il faut que tu rappelles ce monstre !

— Rei… murmura la jeune fille tandis que je resserrai mon étreinte. Que se passe-t-il… ? »


J’avais beau essayer de la ramener à elle ; impossible d’y parvenir. Elle demeurait plus inaccessible que jamais. Erika était liée à cette présence reptilienne. Lorsqu’elle manifestait une intense émotion négative, la puissance lui montait depuis les entrailles de son esprit, jusqu’à lui octroyer une force colossale et ténébreuse. Leurs sentiments paraissaient désynchronisés, car la créature en question semblait bien plus agressive que l’humaine, et jalouse de surcroît, puisque je restais son unique cible. Elle était apparue afin de mettre en déroute « Purple Revolution », et en avait profité pour entreprendre de me tuer dans la foulée.


Je tentai de faire remonter quelques souvenirs afin de l’aider à reprendre le contrôle. Cependant, elle me repoussa violemment au bout de quelques minutes de maîtrise. Une projection d’énergie me propulsa quelques mètres plus loin. Je me relevai ; j’étais à mille lieues d’abandonner cette bataille. Et je n’étais plus le seul : derrière moi se trouvait désormais une escouade de la présidente qui se battait avec le reptile invoqué par mon amie d’enfance. Une brigade bien singulière, de surcroît.


En effet, si Laure Delacour avait sûrement jugé bon de se mettre en sécurité, ainsi que son fils, elle avait laissé derrière elle une autre créature féminine, totalement humanoïde pour sa part. Une géante aux longs cheveux bruns et aux yeux de la même couleur, dont le corps entier luisait d’un éclat jaunâtre. Une expression glaciale affichée sur le visage, elle se battait avec force et détermination.


Deux solutions demeuraient plausibles : soit j’errais dans un rêve, soit le monde que je connaissais devenait un enchaînement d’évènements sans aucune logique. Regarder ces gens affronter le monstre m’était cependant impossible. Je devais retourner auprès de mon amie d’enfance, et l’arrêter.


À force de paroles, Erika regagnait progressivement ses sens. Elle se calmait au fur et à mesure qu’elle réalisait que « Purple Revolution » ne représentait plus une menace pour personne. Mon intuition s’avérait exacte, puisque la femme-reptile perdit de la puissance proportionnelle au changement émotionnel de la jeune fille, comme si cette dernière lui drainait ses forces en retrouvant ses esprits.


Je me retournai. Un chevalier blond en armure avait rejoint la bataille, accompagné d’un homme en uniforme de policier et aux cheveux bruns. Les deux nouveaux venus, qui semblaient appartenir à la même escouade, gagnèrent facilement de l’emprise sur la femme qui, affaiblie par Erika, peinait désormais à garder une offensive aussi effrayante que celle déployée auparavant. Elle tenta de m’asséner un autre coup furtif droit dans l’abdomen, mais elle me manqua. Je perdis néanmoins l’équilibre et m’écrasai contre le sol.


Je me relevai tant bien que mal, j’approchais mes limites. En tombant, j’avais enfoncé les morceaux de verre plantés dans ma chair ; ce qui m’affaiblit au point de ne plus pouvoir entreprendre de gestes brusques. Je devais cependant raisonner Erika. Quelqu’un se devait de lui porter secours.


https://www.youtube.com/watch?v=o6BgI6IVnQU


Mais alors que j’étais sur le point d’abandonner sous le poids de la fatigue, je sentis une lourde présence pénétrer l’espace dans lequel nous nous trouvions.


« Zéphyra ! hurla une voix féminine que je ne connaissais pas. Time Freeze! »


Au moment même où elle prononça ces mots, le temps autour d’Erika et moi sembla s’arrêter. Seul le combat entre l’escouade et mon ennemie continuait, tandis que le reste du monde demeura en suspens. Quelqu’un nous rejoignit vite. Je ne pouvais discerner son visage ni son corps, puisque l’individu était couvert d’une longue cape noire qui masquait son identité. Il se plaça entre moi et Erika, avant de prendre la parole.


« Ce n’est pas comme ça que tu résoudras tes problèmes Reisuke, me sermonna la même voix que celle qui avait arrêté le temps. Il faut parfois user de méthodes radicales. »


Une seconde suffit. La personne donna un coup de poing en plein dans l’estomac d’Erika, qui s’écroula au sol en poussant un gémissement de souffrance. Les cheveux de mon amie reprirent leur couleur d’origine, tandis que son monstre disparut en une pluie de fines lumières qui s’évaporèrent dans les airs. Désormais inconsciente, la jeune fille venait d’être calmée par la force, ou plutôt, réduite au silence.


Je restai subjugué, les yeux écarquillés. Mais avant que je ne puisse protester, l’être, qui semblait selon sa voix être une femme, me coupa la parole.


« Je suis désolée d’être en retard. Je désirais calmer Erika rapidement, mais j'ai rencontré des obstacles sur ma route.

— Je… bégayai-je, abasourdi, qui êtes-vous au juste ? »


Le temps autour de nous reprit progressivement son cours. La brise souffla de nouveau, et les feuilles d’arbres se laissèrent une fois de plus aller à leur danse frénétique. Le bruit des vagues parvint jusqu’à mes oreilles. Tout semblait revenir à la normale. Je fus soulagé, mais avant que je ne puisse l’exprimer, la femme me coupa la parole.


« La partie n’est pas encore terminée, Reisuke. Il faut absolument que tu emportes Erika le plus vite possible. Rentrez chez vous et faites-vous oublier pendant un petit moment.

— Nous faire oublier ? Que veux-tu dire ?

— L’incident d’aujourd’hui va créer une polémique assez importante. Je te passe les détails, mais il se peut bien que la fédération ESTER désire supprimer ton amie afin de détruire son monstre.

— Impossible ! m’étranglai-je. Comment sais-tu ça !?

— Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Mais je viendrai vous aider, ne t’en fais pas. Je connais un endroit où vous pourriez vous cacher pendant que les choses se calment. En attendant, je vais utiliser les pouvoirs de Zéphyra pour vous soigner. Tâche de trouver une bonne excuse afin de fausser compagnie à la présidente. »


La présence s’évapora avant que je ne puisse lui poser la moindre question. Elle se fondit dans l’espace, et emporta avec elle les blessures que le conflit nous avait infligées, à Erika et à moi. Le temps avait repris son cours. Des tas d’interrogations surgirent en mon esprit. Cette créature qui a émergé de mon amie d’enfance, la géante qui l’avait combattue, ce présumé retour dans le temps, ainsi que cette personne mystérieuse… Tout me semblait complètement irrationnel, comme si je sortais d’un épisode de la quatrième dimension. Je venais de franchir les frontières d’un univers dont on ne pouvait revenir, je le sentais au fond de moi.


Mais je n’eus pas le luxe d’y réfléchir davantage. En effet, le temps avait repris son cours, et déjà l’affolement se faisait ressentir. La place se trouvait toujours vide d’âmes, si l’on exceptait l’homme brun à l’uniforme de police et son acolyte le chevalier blond qui, tous deux, avaient confronté le monstre en Erika. Un long silence plana dans l’atmosphère. Cela me pétrifia. J’avais l’impression que le pays entier s’apprêtait à chercher un responsable ; et naturellement que nous allions devoir en porter la casquette. D’une ruelle adjacente qui menait à la scène du crime, j’observais les dégâts avec prudence. Le corps du leader présumé du groupe de malfrats gisait toujours au sol, et c'était Erika qui l'avait mis dans cet état.


« Rei, m’interrompit la concernée alors que nous faisions profil bas, que se passe-t-il ?

— Tais-toi, chuchotai-je en restant en alerte, je t’expliquerai la situation à la maison. Partons vite.

— Et le concert ?

— Crois-moi, je peux te certifier qu’il est annulé. »


Mon amie d’enfance ne remit pas mes paroles en cause. Elle se contenta de me suivre dans cette course à la discrétion dont le seul objectif consistait à rentrer sain et sauf. Tandis que nous filions main dans la main en direction de mes quartiers, nous pûmes distinguer plusieurs camionnettes qui semblaient appartenir à des chaînes d’information alternative dans notre pays. Elles se ruaient sur la scène du litige, sûrement dans le but d’examiner l’incident et fournir une autre version des médias déjà présents sur les lieux. Je compris alors qu’il ne nous restait que peu de temps avant de devenir des fugitifs recherchés sur l’ensemble du territoire.




Chapitre 4 : Retour sur un passé trouble


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=BMqtkQcYyxA


Quarante-huit heures s’étaient écoulées depuis qu’Erika et moi étions rentrés à la maison. Mon amie d’enfance séjournait chez moi, depuis que cet épisode s'était produit. Cela ne changeait pas grand-chose étant donné que Mary Sloane, sa tante, était ma voisine, mais cela la rassurait beaucoup.


Il fallait admettre que la situation était pour le moins assez compliquée. Comme je m’en doutais, les médias s’étaient emparés de l’incident. Cependant, là où j’espérais qu’ils se focalisent sur l’attaque terroriste du groupe « Purple Revolution », les journalistes ont tout simplement noyé cet imprévu dans la polémique de l’irruption du monstre d’Erika. L’apparition d’une femme-reptile géante défraya la chronique. D’où venait-elle, et comment avait-elle été maîtrisée ? Ce problème brûlait les lèvres de tous les invités, représentants politiques, et chroniqueurs. Seule la présidente Laure Delacour semblait en savoir plus sur le sujet, mais elle se gardait de prononcer le moindre discours.


Mais le plus terrifiant ne provenait pas de cet engouement médiatique, que le syndicat de police arrivait plus ou moins à contenir en promettant des résultats. Pour connaître l’envers du décor, l’unique solution consistait à plonger dans l’océan d’incompréhension et constater la face immergée de l’iceberg. En effet, à notre époque, derrière chaque annonce officielle se cachaient toujours des informations officieuses.


Ainsi, j’eus rapidement l’occasion de voir de nombreuses séquences vidéo amatrices diffusées sur YouTube et Twitter. Elles provenaient principalement des personnes qui s’étaient rassemblées afin d’assister au discours et qui étaient parvenues à s’enfuir avant de se faire attaquer par le monstre d’Erika. Fort heureusement, la qualité des enregistrements se trouvait proche du médiocre. Les pouvoirs du serpent semblaient avoir saccadé l’ensemble des films, y compris ceux postés par des journaux officiels. Nous ne craignions par conséquent rien de la population, puisque notre anonymat avait été conservé.


Cependant, là où le représentant des forces de l’ordre ne fournit pas plus d’informations, le réseau d’internautes s’en donnait à cœur joie. Des théories fusaient de partout et de nulle part. Une dizaine voyait le jour chaque fois qu’une heure s’écoulait, et en toute honnêteté, cela m’inquiétait.


« Tu devrais ralentir tes recherches Rei, me conseilla Erika, bienveillante. J'ai conscience que tu te soucies de moi, mais nous sommes restés anonymes. Laisse passer un peu de temps.

– Ce n’est pas aussi facile. Kôsei et le groupe savent tout de ton identité, et notre leader est le fils de la présidente. Si ESTER te poursuit vraiment, ils peuvent simplement faire pression sur lui pour arriver à toi. Et puis, j’ai l’impression de dénicher des informations utiles dans cette pile de théories.

– Quel genre d’informations ? s’interrogea mon interlocutrice en prenant une chaise.

– Si l'on exclut toutes les hypothèses foireuses qui mentionnent les reptiliens, les extra-terrestres, et la secte du serpent anarchiste qui pense reconnaître son messie, on trouve des témoignages récurrents qui énoncent l’histoire de la Nouvelle-Nipponie. Des détails sur le passé de l’ancien Japon. Regarde. »


Erika se pencha sur l’écran. Je lançai une vidéo dans laquelle un scientifique expliquait une théorie assez compliquée. Il cita quelques termes familiers, à l’instar du « Purple Requiem » une tragédie nucléaire qui s’était déroulée vingt-cinq ans auparavant. Il avançait que l’apparition de la créature en mon amie d’enfance se trouvait être liée à ce phénomène, et que le gouvernement cachait en son sein d’autres êtres semblables à celui-ci.


« Izrath ? s’étonna Erika, une fois la vidéo terminée. J’avoue ne pas vraiment comprendre. Izrath, Kvantiki, Purple Requiem… »


Je voulus lui expliquer, mais nous fûmes interrompus par une annonce à la télévision. La directrice de la fédération ESTER, celle qui avait racheté le Japon pour fonder la Nouvelle-Nipponie actuelle, prévit une conférence pour le lendemain matin. Si Violène Leblanc, présidente de la République française, et par extension la supérieure de Laure Delacour, prenait la parole, elle avancerait avec certitude des faits concrets. Je déglutis. Il ne nous restait que très peu de temps avant de pouvoir échapper à l’organisation, si effectivement la mystérieuse femme m’avait dit la vérité.


« Tu devrais dormir, Erika, lui conseillai-je, je vais rassembler des affaires avant de te rejoindre. Nous devons nous préparer à nous éloigner pendant que les choses se calment.

– Pourquoi ne pas partir immédiatement dans ce cas ?

– Cela ne sert à rien. Nous ne connaissons pas encore la position de Violène Leblanc sur cette affaire. Elle détient le pouvoir de taire définitivement cet incident, ou au contraire, de t’extrader dans la journée jusqu’en France afin de disposer de toi. Si elle choisit la première option, nous aurons fui pour rien, et nous risquerons éventuellement de nous faire suivre par la Fédération ESTER Japon qui déciderait de ne pas observer ses directives. »


Elle hésita un instant, mais finit par baisser les armes. Elle me baisa, puis elle alla se coucher. Pour ma part, je restai quelques heures de plus à me plonger dans la théorie la plus plausible que j’avais trouvée. La vidéo semblait vieille. Le scientifique qui y apparaissait était mort quelques années auparavant, selon celui qui l'avait publiée. Nommé Eric Sawyer, il aurait été le martyr de la révolution après avoir révélé toutes ces informations concernant le gouvernement. Un héros de la résistance japonaise contre la Nouvelle-Nipponie en somme. Mais cette partie ne m’intéressait pas vraiment. Déterminer si ESTER était l’instigatrice d’une reconstruction de notre pays ou de sa dictature ne représentait pas mon objectif. Néanmoins, le témoignage du scientifique me permit de façonner une théorie plutôt plausible.


La centrale qui avait explosé fournissait selon lui non pas une énergie nucléaire, mais une nouvelle ressource aux propriétés similaires que l’on appelait le Kvantiki. D’après ses affirmations, cette source était reliée à une autre dimension nommée Izrath. Elle aurait offert de la puissance à toute la ville de Tokyo par le biais d’un réacteur qui faisait office de relais entre les deux dimensions. Le Purple Requiem représenterait le drame qui a mis un terme à l’utilisation de cette ressource.


Mais ce n’était pas tout, des créatures paraissaient pouvoir provenir d’Izrath grâce à cette énergie. Leur monde semblait vraisemblablement habité par des entités aux formes diverses capables de voyager entre les deux dimensions. Ces créatures auraient également cessé d’apparaître lorsque le Purple Requiem eut lieu.


C’était un bon début de piste. La théorie de cet Eric Sawyer était appuyée par les aînés qui témoignaient de la véracité de ces propos. Selon eux, le fait qu’un passage était ouvert entre deux dimensions représentait une réalité connue de tous, et la population avait accepté le Kvantiki comme une source d’énergie renouvelable du futur qui remplacerait l’électricité et le gaz. Même si j’aurais voulu pouvoir le confirmer par quelqu'un de plus fiable qu’un internaute, cela me semblait de plus en plus plausible, surtout après ce que j’avais vécu l’avant-veille avec Erika.


Je m’accordai une pause. Je me dirigeai vers ma cuisine afin de mettre de l’eau sur le feu pour le thé. Une fois la tâche accomplie, je pris la peine de téléphoner à la tante d’Erika dans le but de la rassurer. Certes, elle logeait juste à côté de chez nous, mais elle restait très méfiante et ne se montrait pas beaucoup à l’extérieur. Elle se trouvait d’ailleurs très concernée par la sécurité de sa nièce. J’incarnais la seule personne en qui elle avait confiance ; en outre, quand j’accompagnais Erika quelque part, Mary me fournissait sa liste de recommandations, avec comme priorité absolue de surveiller nos arrières au cas où quelqu’un nous suivrait. Cela représentait sa hantise. Nous ne la comprenions pas, mais nous obtempérions afin de la rendre plus sereine.


Une fois que j’eus raccroché, je lançai un œil au radio-réveil. Minuit trente. Une heure assez tardive, en prenant en compte que nous allions peut-être devoir fuir le lendemain. Je préparai donc le fameux sac dont j’avais parlé avec Erika, puis j’entrepris de monter les escaliers afin d’aller me coucher.


Cependant, à cet instant précis, la sonnerie de mon entrée retentit. Elle résonna quelques secondes dans le salon en dominant sur le silence, avant de s’estomper à la même vitesse qu’elle n’était arrivée. Je déglutis. Devais-je vraiment ouvrir cette porte ? ESTER se situait peut-être derrière cette protection certes barricadée, mais maigre quand on considérait les moyens de la fédération.


Je m’arrêtai quelques secondes, tandis que la mélodie retentit de nouveau. Je ne pus cependant pas réfléchir, car la personne se mit à appuyer frénétiquement jusqu’à me casser la tête. Dans l’urgence, je me saisis d’un couteau de cuisine que je cachai sur le chevet qui se trouvait derrière la porte, et j’ouvris.




Chapitre 5 : La main salvatrice


Spoiler :



J’entrouvris timidement la porte, en entreprenant de pouvoir garder le contrôle si la personne essayait de la forcer. Derrière elle se trouvait un individu que je ne pouvais distinguer. Il semblait parler avec quelque chose d’un peu plus petit qu’elle. Je distinguai une voix féminine légère, mais mature qui s’amusait avec son interlocuteur. Tandis qu’elle restait accroupie de dos à moi, je tentai de discerner ce qu’elle disait.


« Patience mon Rocky, lâcha-t-elle avec tendresse, cela ne durera pas longtemps avec le monsieur. »


Un aboiement suivi de couinements canins lui répondit. Elle rétorqua qu’il était un bon garçon et qu’il obtiendrait une récompense, une fois rentré à la maison. M’étais-je vraiment fourvoyé concernant la venue soudaine de cette femme ? Elle semblait plutôt douce et gentille, tout du moins, avec cet animal. Alors je baissai ma garde, j’ouvris complètement la porte afin de considérer la visiteuse.


Elle s’était relevée, mais restait de dos à moi. Je ne pouvais distinguer d’elle qu’une longue et magnifique chevelure brune qui lui descendait jusqu’aux hanches. Elle mettait en avant une silhouette élancée et sportive habillée de cuir. Les bras croisés, elle perdit de nouveau patience, et tapait du pied sur le palier en marmonnant des mots incompréhensibles. Elle ne me remarqua même pas. Je dus faire mine de tousser pour qu’elle se retourne.


Superbe. Ce mot me vint directement à l’esprit. Son visage dessiné par des traits fins et harmonieux, son teint clair souligné par la couleur de sa chevelure. Deux grands yeux verts expressifs animés d’une étincelle malicieuse me fixaient. La femme vêtue d’un ensemble en cuir composé d’une veste et mini-short affichait une profonde assurance, et semblait à première vue beaucoup plus mature qu’Erika. Je lui donnais vingt-trois ou vingt-quatre ans. Il suffisait de lui prêter attention une seconde pour comprendre qu’elle possédait une très forte personnalité.


« Bonsoir mon brave, entama-t-elle, d’une voix qui mêlait chaleur et ironie, je me nomme Hakaze. Je me situais dans les gradins en attente de votre concert. »


Dans les gradins ? Cette femme se trouvait donc sur les lieux de l’incident ? J’avais baissé ma garde bien trop tôt. Tant pis, j’allais devoir rester naturel.


« Bonsoir, si vous venez pour des singles, ou autre chose liée au groupe, c’est Kôsei, notre leader qu’il faut voir.

— Oh non, ne te méprends pas ! s’exclama la visiteuse après avoir gloussé, en toute honnêteté; je trouve que votre musique, c’est de la merde. Je souhaite discuter avec Erika. »


Je grimaçai de frustration face à sa spontanéité. Je m’étais fait une mauvaise idée en jugeant sa gentillesse sur le rapport qu’elle entretenait avec son animal. Ce dernier, un berger allemand typique, me fixait en restant assis aux côtés de sa maîtresse. J’avais l’impression qu’il me faisait comprendre que je risquais de finir déchiqueté si je la contrariais.


« Oh, poursuivit la brune, sois rassuré, Rocky n’attaque que si je le lui ordonne. Il n’est pas du tout méchant, pas vrai mon bébé ? »


Il lui lécha la main en guise de réponse, avant de me fixer une nouvelle fois de son regard menaçant. Je tentai de l’ignorer, et essayai de reprendre mon argumentaire.


« Qui vous dit qu’Erika se trouve ici ? Nous n'entretenons pas de telles relations, vous savez. Il faudrait vous rendre directement chez elle.

— C’est vrai… soupira Hakaze. Ce n’est pas grave, je vais obtenir la confirmation. Tiens mon Rocky, cherche. »


Elle tendit un bout de tissu déchiré qui me rappelait étrangement quelque chose et pour cause, c’était un fragment de la robe d’Erika, meurtrie dans l’affrontement. Il huma le morceau quelques secondes sous mon regard stupéfait, avant de faire le loup devant ma porte. Satisfaite, sa propriétaire me dévisagea avec jouissance.


« Maintenant je sais qu’elle se trouve ici et que tu m’empêches de la voir, s’amusa-t-elle.

– C’est quoi ce clébard…marmonnai-je avec rage.

– Je l’ai dressé, poursuivit fièrement Hakaze, il est capable de courir vite, mordre, se battre, renifler, nager, secourir, ramener les journaux, cibler les parties génitales masculines et utiliser les toilettes, excepté celles à la turque.

– Très bien… Oui, Erika se trouve chez moi et non, vous ne pouvez pas la voir; bonne soirée. »


Je refermai la porte. Enfin, j’essayai. Hakaze la bloqua avec son pied, ce qui me contraignit à l’ouvrir de nouveau. Je voulus lui hurler dessus afin qu’elle parte, mais les grognements de son animal me forcèrent à prendre sur moi et canaliser ma rage. J'inspirai profondément, et tentai de me répéter avec diplomatie.


« Ne connaissez-vous pas le sens du mot “non” !?

— Oh la ferme, tu m’agaces, soupira la brune alors que j’étais à deux doigts de m’en prendre physiquement à elle. Je suis venue à pied jusqu’ici et tu me claques la porte au nez ! Sérieusement, Reisuke, où se trouvent tes manières !?

— Comment savez-vous mon prénom… ? bégayai-je, surpris. Nous ne nous sommes jamais rencontrés auparavant. »


Hakaze tiqua pendant quelques secondes. Elle perdit rapidement ses moyens, et bredouilla quelques syllabes incompréhensibles qui ne firent qu’accentuer le malaise. Son chien la suivit du regard et tourna la tête, lui aussi interpellé par le comportement de sa maîtresse. Au bout de trois ou quatre tentatives, elle réussit finalement à aligner une phrase.


« J’ai eu l’occasion d’entendre Erika t’appeler avant le concert, donc je le connais ! sourit-elle. Coïncidence absolue ! »


Je restai silencieux. Même Rocky ne semblait pas convaincu. La brune, gênée, poursuivit d’une voix lasse et dépitée.


« J’ai vraiment l’air d’une personne louche n’est-ce pas ?

— Vous êtes totalement une personne louche. Maintenant bonsoir.

— Qu’il est lourd ! s’exclama Hakaze, exaspérée. Écoute Reisuke. Pas la peine de prendre le rôle du chien de garde, j’en possède déjà un ! Je le ferai se reproduire si tu en souhaites un pour qu’il protège ta copine, mais pour le moment, je désire seulement lui parler ! »


Lorsqu’elle mentionna la reproduction, l’intéressé lui porta un regard interloqué. Pour ma part, je lui claquai la porte au nez. Elle était sacrément atteinte. Elle voulait tout simplement me forcer la main et rentrer chez moi sans ma permission ! Eh bien, non.


Je retournai en cuisine. Avec ma tasse, je me dirigeai vers là où créchait Erika, afin de vérifier si tout allait bien pour elle. Pour mon plus grand malheur, j’y retrouvai la femme qui m’avait harcelé pour que je lui ouvre la porte, quelques minutes plus tôt. Elle se tenait assise sur une chaise, les jambes croisées, et me fixait d’un air snob. Le pire dans l’histoire, c’est que son chien l’avait suivie et restait couché à ses pieds.


« C’est gentil de m’apporter du thé, entama-t-elle joyeusement. Tu vois que tu peux être sympathique quand tu le veux. »


Une pulsion meurtrière me tenta soudain. Cependant, plutôt que de passer une décennie ou deux derrière les barreaux, je poussai ma diplomatie à ses limites.


« Et comment as-tu fait pour entrer ici sans les clés ? Tu n’as tout de même pas emprunté par la fenêtre ?

— Eh bien si ! rétorqua fièrement l’intruse. Mais j’ai dû grimper jusqu’à l’étage, étant donné que tu as fermé toutes les autres. Mais ce n’est pas grave. À présent, je sais que tu n’as pas menti et qu’Erika roupille.

— Et le chien ?

— J’ai oublié de dire qu’il est également capable escalader les murs.

— En attendant, soupirai-je, tu peux revenir demain, puisqu’Erika dort.

— Ou bien je peux passer la nuit ici et guetter qu’elle se réveille, sourit Hakaze. Ne t’en fais pas, une gamelle d’eau pour Rocky, une couverture, et nous nous installerons dans un coin de chez toi sans nous faire remarquer. »


La tasse que je tenais céda sous le poids de mes nerfs. Elle éclata en mille morceaux. Le liquide chaud brûla ma chair. Je me retins de hurler ma douleur, mais ce fut difficile. À la place, je me ruai à la cuisine afin de me soulager sous l’eau glacée. Hakaze me rejoint rapidement, l’air moqueur.


« Je vais appeler les flics, grognai-je. Ma patience a des limites.

— Arrête donc de réagir de manière aussi hostile. Donne-moi ta main.

— Et pour quoi faire ? rétorquai-je méfiant. »


Agacée, elle se saisit de mon membre, sans même demander la permission. Elle l’essuya avec le torchon à vaisselle, ce qui me fit grimacer de douleur. Hakaze y plongea son regard, comme pour constater les dégâts qu’elle avait causés. Elle sourit. Elle prit ma main dans les siennes et l’y enferma.


« Zéphyra, Anagénnisi, murmura-t-elle en fermant les yeux. »


Une intense lumière semblable à un rayon de soleil surgit des paumes de ses mains afin d’inonder la mienne de leur éclat. Je restai bouche bée face à ce qu’entreprenait Hakaze, sous mes yeux. Des tas de réponses me vinrent d’un seul coup. Cette voix, Zéphyra… Je compris en quelques instants plusieurs choses importantes auxquelles je cherchais des explications. Pendant que la magie de Hakaze opérait, son animal me fixait du regard. Cette fois, il n’était pas hostile. Il me dévisageait avec approbation, comme s’il essayait d’effacer mes doutes face à cette démonstration.


Trente secondes s’écoulèrent, et le pouvoir se dissipa. La jeune femme lâcha ma main, comme si elle me la rendait après l’avoir empruntée. J’y promenai mon regard, et là, je fus stupéfait. La brûlure et la douleur appartenaient au passé. Je venais d’être soigné ; exactement comme lorsqu’Erika avait éveillé son monstre.


« Tu es… cette personne qui a arrêté le temps… »


Elle ne me répondit pas tout de suite. À la place, elle me fixa d’un sourire paisible, presque affectueux, dans lequel je ne pouvais rien lire. Lorsqu’elle reprit la parole, elle était soudainement devenue plus douce et calme.


« Alors, es-tu décidé à m’écouter, Reisuke ? »




Chapitre 6 : Les véritables intentions d'ESTER


Spoiler :



Je baissai les armes. Ainsi, cette Hakaze se révélait comme celle qui avait arrêté le temps et permis à Erika de s’échapper des griffes de la fédération ESTER. Je déglutis. Sans lui répondre, je mis de nouveau de l’eau sur le feu, mais cette fois, pour deux tasses. Puis nous nous installâmes, sans omettre d’offrir un bol d’eau à ce berger allemand qui apparaissait soudain plus docile.


« Je vais te montrer quelque chose, murmura-t-elle calmement. Regarde. »


Elle passa sa main dans son corsage, et trifouilla dans son soutien-gorge. Elle en ressortit un objet étrange : un pendentif en or qui représentait une espèce de soleil dessiné à l’ancienne, comme un vieux talisman égyptien ou aztèque. Cela semblait éclatant comme un collier neuf, mais aussi usé qu’une babiole antique. C’était fascinant.

La brune s’adressa à moi en essayant de captiver mon attention.


« Ceci est une relique quantique. L’astre de Zéphyra. Par cet objet, je peux appeler Zéphyra, la commandante des armées de la sphère céleste. Elle possède des pouvoirs qui lui permettent de se battre ; et elle me prête allégeance au travers d’une alliance que nous avons conclue.

— Zéphyra… répétai-je, comme pour me le graver en mémoire. Elle est par conséquent une habitante d’Izrath elle aussi.

— Tiens, s’étonna Hakaze, j’ignorais que tu connaissais son existence. Tu m’as l’air bien renseigné sur le sujet. Que sais-tu exactement ?

— J’ai simplement entrepris quelques recherches, et j’en doutais jusqu’à maintenant. Je présume donc que ces histoires de Purple Requiem, de Kvantiki, et de dimension parallèle sont avérées.

— Je vois. Je suppose alors que tu es au courant que des créatures diverses habitent en Izrath, et qu’ils détiennent des pouvoirs spéciaux. Ces facultés sont octroyées par le Kvantiki, une énergie produite en abondance et en permanence par leur monde. Il représente leur oxygène en quelques sortes. Les Izrathiens peuvent voyager de chez eux à ici par le biais de reliques quantiques, comme celle que je t’ai montrée.

— C’est donc bien de cette dimension que vient le monstre en Erika… »


Je voulais lui poser d’autres questions ; mais impossible, en raison de l’heure tardive. Il fallait rester réactifs, si Violène Leblanc prenait la parole. J’installai ainsi un lit de fortune à Hakaze, ainsi qu’à Rocky, puis nous allâmes nous coucher.

Lorsque je repris connaissance, ce fut en toussant frénétiquement. J’ouvris les yeux, et aussitôt ma vision s’obscurcit. Un énorme nuage de fumée aussi noire qu’opaque avait envahi la maison entière. Je réalisai la terrible vérité. Une attaque se déroulait, et j’avais réagi trop tard. Je courus vers la chambre, et horreur ! Erika ne se trouvait plus dans son lit. Cette Hakaze m’avait berné comme l’homme crédule que j’étais. Je l’avais senti, et pourtant je lui avais fait confiance. Je n’allais jamais pouvoir me pardonner un tel acte.


La pression redescendit cependant lorsque je retrouvai l’intéressée, ainsi que mon amie d’enfance, en train d’essayer de ventiler la cuisine, qui avait vraisemblablement explosé en raison d’une mauvaise utilisation de mon grille-pain. Les deux jeunes femmes secouaient des serviettes en espérant évacuer l’atmosphère toxique. J’ouvris la fenêtre, et là, l’air devint plus respirable.

« Bonjour Rei… soupira Erika. Je suis désolée, cette femme voulait se servir du grille-pain, et elle n’a pas su l’allumer, alors je l’ai aidée et… Je suis confuse…

— C’est la faute de cet engin stupide, rectifia Hakaze, quelle idée d’acheter du tactile pour un truc aussi simple ! »


Je n’eus pas le temps de répondre. Rocky, le chien de Hakaze, passa devant nous avec une tartine dans sa gueule. Il se tint debout sur ses deux pattes arrières, plaça son petit-déjeuner dans l’appareil, et l’alluma d’un coup de griffe. Une minute plus tard, il repartit naturellement dans son coin avec sa tartine grillée, sous nos regards stupéfaits.

Je n’osai pas relever ce que venait d’accomplir l’animal étant donné que même sa propre maîtresse restait consternée. Nous convînmes plutôt qu’il était préférable que je me charge du petit-déjeuner. J’en profitai pour donner des conseils sur la manière d’utiliser le petit électroménager à Hakaze qui, attentive, me scrutait avec insistance. Erika quant à elle, avait décroché depuis que j’avais mis les tartines dans les fentes dédiées. À table, la conversation prit un autre sens.


« Bon, entamai-je, nous n’avons pas énormément de temps avant le discours de Violène. Erika, je te présente Hakaze. Elle est celle qui nous a aidés quelques jours auparavant.

— Pourquoi n’oses-tu pas tout simplement avouer que je suis ta maîtresse ? soupira l’intéressée qui me fit recracher mon thé. Il n’y a rien de mal à cela Reisuke !

— Veux-tu arrêter de dire des bêtises pareilles ? Nous n’avons rien fait ensemble.

— Faux, je t’ai cajolé pendant une bonne heure hier soir, petit coquin va !

— Ce n’était pas ce type de soin, rétorquai-je fermement.

— Si je vous dérange dans votre couple, trancha sèchement Erika, je peux très bien partir toute seule et vous laisser vivre votre merveilleuse romance. »


Je soupirai. Il allait falloir que je me méfie des lubies de Hakaze. Cela allait se révéler problématique si Erika pensait ce genre de choses, même si au fond, notre relation ne dépassait pas le stade d’une banale amitié.


« Donc, repris-je en essayant de monopoliser l’attention, Erika, le monstre que tu as en toi provient d’Izrath, comme nous l’avons vu hier. Il peut venir ici par le biais d’un talisman, et détient ses pouvoirs grâce au Kvantiki en Izrath. Arrête-moi si je me trompe, Hakaze.

— Tu ne dis pas encore d’énormités, sourit la jeune femme, tu es moins ignare que tu n’en as l’air.

— Attends, m’interrompit Erika, que veux-tu dire par “un talisman” ? »


Hakaze sortit de nouveau sa relique quantique. Les yeux de mon amie la blonde s’écarquillèrent en la considérant. Son corps entier trembla, comme si elle venait de réaliser quelque chose qui compromettait l’intégralité de son existence.


« Je pensais être la seule à posséder un tel objet…

— Eh bien c’est raté, plusieurs sont dans ton cas ! rit Hakaze. Peux-tu me montrer ta relique quantique, Erika ? »

Elle acquiesça, et sortit à son tour un pendentif de sous son tee-shirt. Contrairement à celui de Zéphyra, il ne représentait pas un soleil d’or, mais une tête de vipère verte aux yeux pourpres qui luisaient d’un éclat étrange. Un malaise me prit soudain, comme si quelque chose en moi réagissait à la vue de ce talisman. Une forte brûlure me parcourut la main pendant deux ou trois secondes, avant de tout bonnement disparaître.

« Eh bien, conclut Hakaze, ce n’est pas banal. Erika, tu détiens en ta possession l’emblème du désert Citrine : le “croc de la princesse des serpents”.

— C’est donc vraiment le messie de la secte du serpent anarchiste !? m’exclamai-je, stupéfait.

— Bien sûr que non sombre abruti, trancha la brune, il s’agit du talisman qui appelle la reine du désert Citrine d’Izrath : Toratura, la princesse des serpents. Elle représente celle qui domine les provinces les plus arides où siègent les reptiles du royaume. Ils sont d’ailleurs toujours en guerre. Leur réputation est très mauvaise en cette raison.

— Je précise que je ne sais pas où j’ai obtenu ce pendentif, et que je ne peux ni le détruire ni m’en défaire.

— C’est tout à fait normal, nous assura Hakaze, tout du moins pour la partie qui stipule que tu ne peux pas t’en débarrasser. Tu es liée à Toratura par un pacte. Concrètement, cela fonctionne exactement comme un contrat de travail dans notre monde. L’humain et l’Izrathien négocient les conditions dans lesquelles ce dernier peut passer la frontière, et une fois l’engagement signé, l’alliance prend effet. »

Il y eut un lourd silence. Erika fixa son pendentif pendant quelques secondes. Elle tentait sûrement de se rappeler quand et comment elle avait établi cette alliance, mais son regard m’évoquait qu’elle n’avait rien trouvé dans ses souvenirs. Je poursuivis, et brisai l’ambiance.

« Hakaze, tu étais au courant de ce qui allait arriver, n’est-ce pas ? Violène doit s’exprimer dans un peu plus d’une heure. Dis-moi le pourquoi tu es venue, de manière concrète.

— Excuse-moi, reprit sérieusement l’intéressée, je me suis égarée dans mon objectif. Ce que tu as découvert sur internet n’a rien d’une fausse nouvelle. Avant le Purple Requiem, les liens avec Izrath faisaient partie de notre culture, et c’est seulement après la catastrophe qu’ils ont disparu de la pensée commune. Lorsque la fédération ESTER a racheté l’ancien Japon dévasté, Violène Leblanc a promis de ne pas reproduire les erreurs du passé. Elle a dû, à contrecœur, supprimer toute opportunité concernant le Kvantiki.

— Alors ESTER traque tous ceux en lien avec Izrath…

— Plus ou moins. Il faut savoir qu’il existe des individus mal intentionnés qui ont décidé d’utiliser les pouvoirs de l’autre monde dans des objectifs égoïstes. Notre première fonction est de nous occuper de ces personnes afin de maintenir un équilibre de paix. C’est grâce à cette promesse que nous avons pu faire fructifier le Japon en Nouvelle-Nipponie, et c’est en cette raison que nous ne pouvons pas fermer les yeux sur un évènement comme celui d’Erika.

— “Nous” !? m’insurgeai-je. Ne me dis pas que tu bosses pour ESTER !?

— Je suis désolée de ne pas te l’avoir avoué plus tôt, mais jamais tu ne m’aurais fait confiance. Reisuke, je ne veux aucun mal à Erika. Mon objectif est justement de la préserver de la décision de Violène Leblanc, quelle qu’elle soit. Je refuse de sacrifier la vie d’une innocente sur l’autel d’une paix factice.

— Hakaze… murmura Erika, émue. »


Je confrontai le regard de l’invitée autoproclamée, et contre toute attente, je n’y retrouvai aucune intention perfide. Je ne fus toutefois pas attendri par cette expression. Après tout, elle pouvait également résulter d’un impressionnant jeu d’acteur. Cependant, lorsque Rocky, le berger allemand, vint se coucher aux pieds de sa maîtresse, et que lui de même, couina de tristesse, je compris que le sentiment manifesté par Hakaze apparaissait comme authentique à 100 %.


« Très bien, entamai-je, je te fais confiance. Qu’en est-il de toi, Erika ?

— Je suis prête à suivre Hakaze moi aussi, sourit-elle. J’ai ressenti qu’elle n’était pas mal intentionnée.

— Dans ce cas, nous nous en remettons à toi, Hakaze. Conduis-nous là où Erika sera hors de danger, s’il te plaît.

— Je vous remercie tous les deux, répondit la jeune femme en s’inclinant par politesse, je placerai Erika à l’abri. Personne chez ESTER ne pensera aller la chercher à l’endroit où je compte vous emmener, soyez-en certains. »


Ces paroles nous rassurèrent. Nous décidâmes de tous prendre une douche et de partir au plus vite, selon les recommandations de notre nouvelle guide. Tandis que cette dernière occupait la salle de bain, je me retrouvai seul avec son chien, qui semblait soudainement vouloir monopoliser mon attention. Je n’avais cependant pas le temps de jouer avec lui. Je préparai deux sacs, et nous fûmes prêts pour le large, vers une destination inconnue, avec pour unique objectif de placer Erika en sécurité.




Chapitre 7 : Agent d'ESTER : Maudret


Spoiler :



Nous sortîmes de chez moi afin de suivre notre guide improvisée. D’après ma montre, il ne restait plus que dix minutes avant que Violène Leblanc ne donne sa conférence de presse. Nous devions donc nous hâter avant que la Fédération ESTER ne décide peut-être de nous déclarer une guerre sans merci. Cela n’avait cependant pas l’air d’affecter Erika. La jeune fille semblait même particulièrement sereine à l’idée de devenir une fugitive recherchée par une organisation capable de racheter un pays entier. Elle continuait tranquillement son chemin, son sac sur le dos, en fredonnant une mélodie qui passait à la radio.

« N’es-tu pas préoccupée par le sort qui t’attendrait si jamais Violène décrétait qu’on doit en finir avec ta vie ? soupirai-je, dépité.

— Et pourquoi devrais-je l’être ? s’étonna Erika. Si l’on s’enfuit, c’est bien pour qu’il ne m’arrive rien, non ?

— Tout de même, j’ai l’impression que je m’inquiète bien plus que toi, alors que concrètement, je n’ai aucun lien avec un Izrathien.

— Eh bien, s’amusa-t-elle, j’imagine que je te fais assez confiance pour te laisser te soucier pour moi ! Ne vas-tu pas tout mettre en œuvre pour me protéger ?

— Quand bien même il le ferait, la coupa Hakaze, si la Fédération nous retrouve, je ne donne pas cher de ta peau, Erika. Il faut savoir qu’ils ont des moyens suffisamment importants pour reconstruire un pays, et donc, pour le détruire s’ils le voulaient. Nous avons régulièrement affaire à des personnes bien plus puissantes que toi, et nous sommes capables de les vaincre.

— D’ailleurs Hakaze, repris-je avec intérêt, comment en es-tu arrivée à travailler pour le gouvernement ? »


La jeune femme marqua une pause et afficha une mine déconfite. Ma question semblait l’avoir troublée. Elle se ressaisit cependant quelques secondes plus tard, et rattrapa son assurance habituelle.


« Avec toute cette agitation, je ne me suis même pas présentée convenablement. Je vis avec mon papa, qui est un scientifique. Il a consacré sa vie à Izrath, depuis son adolescence. Admirative, je l’ai imité, et j’ai intégré la Fédération à ma majorité. C’est d’ailleurs chez lui que nous nous rendons. Il saura nous aider à nous volatiliser.

— Lui aussi partage ta vision des choses ? la questionna Erika.

— C’est exact, approuva Hakaze, disons qu’il a un très lourd vécu, et que cela lui a fait développer une mentalité différente de la norme. Mais il n’est pas méchant, juste un peu grognon ! »


Elle voulut enchaîner, mais elle fut interrompue par une sonnerie vintage semblable à celles des téléphones des années quatre-vingt-dix. Elle sortit de sa poche une espèce de biper noir discret qu’elle consulta rapidement. Là, ses yeux s’écarquillèrent. Elle nous lança un regard horrifié. Je devinai immédiatement la situation dans laquelle nous nous trouvions. Violène Leblanc venait de donner l’ordre fatidique à l’ensemble de la Fédération. Leur nouvelle mission consistait en la capture d’Erika, ainsi que son extradition.


Sans échanger un mot, Hakaze et moi pressâmes Erika qui n’avait toujours pas compris l’urgence de notre position. Nous accélérâmes le pas, jusqu’à ce que l’agente de la Fédération ESTER affirme que nous étions arrivés sur les lieux tant attendus. J’exprimai un soupir de soulagement, même si je savais au fond que nous nous situions encore loin de notre objectif. Cependant, le simple fait de prendre ne serait-ce qu’une dizaine de minutes d’avance sur nos détracteurs suffisait à me rassurer, ne serait-ce qu’un petit peu.

Nous nous trouvâmes face à une énorme porte en chêne qui paraissait s’élever sur plusieurs mètres. Derrière elle semblait s’étendait une forêt particulièrement dense et impénétrable du regard. Le territoire avait l’air assez clos pour abriter une fugitive ; mais j’imaginais très mal quelqu’un y survivre plus de deux jours, à en juger par ce que je voyais. Hakaze savait cependant ce qu’elle entreprenait, puisqu’elle ouvrit la porte et nous invita à nous introduire dans l’endroit.

L’espace était recouvert d’une pelouse en friche dans laquelle s’épanouissaient des fleurs et des plantes d’une incroyable diversité. Le centre de cette prairie semblait quant à lui particulièrement aménagé, comme pour laisser place à la faune alentour. Ce spectacle me stupéfia. Certaines de ces espèces ne pouvaient pas pousser sous le climat nippon, et pourtant, elles resplendissaient, et évoluaient vraisemblablement sans artifice quelconque. Une colonie d’arbres se dressait fièrement tout autour de nous, comme pour délimiter l’endroit. Ils s’élevaient majestueusement dans les airs et nous procuraient une fraîcheur irréprochable, car ils bloquaient les rayons du soleil. Quelques-uns d’entre eux, bien chanceux, parvenaient à illuminer la forêt d’une bénédiction agréable. La douce brise qui nous caressait le visage s’écrasait frénétiquement sur le feuillage de la végétation, et brisait le silence par un délicat frottement qui nous chatouillait les oreilles.

Je ne possédais aucun mot suffisamment puissant en réserve pour illustrer ce que je ressentais en ces lieux. Je me trouvais comme chez moi, dans cet espace visiblement écarté de toute civilisation. J’en oubliai presque la raison de notre venue.

« C’est magnifique, murmurai-je, émerveillé.

— N’est-ce pas ? me sourit Hakaze. J’aime beaucoup cet endroit. J’y passe la plupart de mon temps. Mon papa et moi nous sommes installés ici approximativement dix ans auparavant.

— Vous résidez tous les deux dans cet environnement ? s’étonna Erika, non moins abasourdie que moi.

— En effet. L’espace nous sert de logement, mais aussi, et surtout, de repaire pour le travail. Au fond du bois, nous avons aménagé un laboratoire dans lequel nous effectuons nos recherches. Par ailleurs, étant donné que cet endroit regorge de Kvantiki, il fournit également un refuge aux Izrathiens qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent rentrer chez eux et sont bloqués ici.

— Tiens donc, nous interrompit l’écho d’une voix loufoque qui chantonnait dans la forêt. Dame Hakaze est de retour !

— Eh bien, soupira Hakaze, vous allez bientôt connaître l’un d’eux. Je vous en conjure, ne jugez pas tout le peuple avec ce seul échantillon. »

Elle semblait dépitée. Je me tournai vers l’endroit d’où provenait la tonalité grave. J’y discernai l’ombre d’une silhouette imposante. Un homme de forte carrure habillé d’une cuirasse dont la cape flottait au vent. Je déglutis. J’exultais à l’idée de rencontrer un autre de ces êtres magiques.

Lorsque l’Izrathien s’approcha suffisamment, je pus le considérer. Je distinguai un chevalier en armure, exactement comme dans les romans de fantaisie. Un beau blond à la touffe de cheveux ébouriffée et aux grands yeux verts expressifs. Il affichait un air assez accessible sur son visage. Il semblait gentil, et arborait une bonne bouille. Honnêtement, si ce n’était pour le reflet étrange qui animait son regard, je n’aurais pas pu le différencier d’un humain.

« La vie m’honore une nouvelle fois de votre sainte présence, dame Hakaze, déclara le gaillard, qui se prosterna et plia un genou devant l’intéressée.

— Arrête de m’appeler comme ça Maudret, soupira la brune. Fais-moi plutôt ton rapport de patrouille.

— Rien à signaler bien évidemment, reprit le chevalier d’un air fier. Damoiselle Hakaze, mettons de côté ces vaines jactances. Vous faites brûler ce petit cœur de moi. Vous m’animez de la fougue d’un jouvenceau désirant conquérir le petit cœur d’une jeune pucelle ! »

Elle voulut lui en coller une, mais elle se retint. À la place, elle s’arrêta quelques secondes, avant de nous présenter.

« Maudret, voici Erika, la fille que tu m’as signalée quelques jours plus tôt. J’ai réussi à lui mettre la main dessus avant qu’ESTER ne le fasse.

— Je ne puis que saluer votre noblesse, ma bachelette. Risquer la mortaille pour une simple gourdasse requiert beaucoup de courage.

— Je te demande pardon ? grognai-je. De quoi as-tu insulté Erika ?

— Ne t’en fais pas Reisuke, reprit Hakaze afin de me calmer, Maudret parle toujours de la sorte. Le pauvre est coincé au Moyen-Age.

— Rei… suke ? bégaya le blond à la touffe ébouriffée. »

Il bloqua quelques secondes pendant lesquelles il me dévisagea. Incrédule, je restai tout aussi stupéfait que lui qui affichait une expression livide face à moi. Quel déclic avait-il eu ? Je l’ignorais. Mon incompréhension demeura d’ailleurs encore plus grande lorsqu’il fronça les sourcils et s’adressa à moi avec mépris.

« Je vois. Pendant que votre serviteur quérissait la jeune damoiselle afin de lui épargner le trépas, il fut tristeusement déconfié par un vil couard ! Mortecouille, jamais je ne laisserai passer cette vergogne ! Va-t’en, sale coquebert, ou je te créant que cette forêt sera ta future sépulture !

— Je… te demande pardon ? bégayai-je, interdit. Je ne suis pas certain de comprendre…

— Arrête de faire l’enfant Maudret, le sermonna Hakaze, l’heure est grave, et nous devons nous entretenir avec Papa.

— Je ne puis y croire, dame Hakaze ! Je ne puis approuver cette cruauté que vous infligez à votre dévoué serviteur ! Vous osez vous dresser dévergoigneusement contre mon humble personne en cautionnant tout le mal occasionné par ce gueux à la sale trogne, et vous souhaitez en plus que je lui apporte mon soutien ? Que trépasse si je faiblis ! Jamais je ne trahirai mon jouvenceau ! JAMAIS ! Que l’on me mortisse si je ne puis rester fidèle à mon escuyer !

— Silence, le coupa Hakaze, ferme. Nous n’avons déjà que très peu de temps. En tant qu’agent d’ESTER, tu sais très bien de quoi je parle. »


L’izrathien rumina. Tandis qu’il réfléchissait, les mots de sa « bachelette » résonnaient en moi. Je me rappelai soudainement qu’il était le chevalier qui avait accompagnait l’homme en uniforme de police. Lui aussi faisait partie de la fédération. Pourtant, sa haine semblait dirigée contre moi, et non envers Erika. Cela m’interpellait. Je me trouvais cependant à mille lieues de savoir pourquoi, puisque je ne comprenais déjà pas grand-chose à son dialecte. Il finit par se rebeller, en poussant un énorme cri qui fit s’enfuir tous les oiseaux de la forêt tellement il résonna dans l’espace.

« Je ne puis pas ! Toi là-bas, le sale couard qui se cache derrière la gourdasse aux obus, montre-toi si tu n’es pas une boursemolle ! Moi, Maudret, le pourfendeur de foldingos, vais te punir pour avoir eu l’audace de fouler ce saint lieu de ton pied de malotru ! Je ne puis tolérer l’infiltration d’un gueux à l’allure dévergoigneuse venu semer la discorde dans mes rangs ! Approche donc afin de t’essayer à la lame du chef de la garde d’Astaris, sac à foutre ! 

— Comment oses-tu t’adresser à Rei de la sorte !? s’écria Erika dont l’aura virait déjà à la noirceur. Si tu cherches à te battre, sale guignol, je serai ton adversaire !

— Ces attraits ne m’atteindront pas, sorcière ! rétorqua-t-il en rougissant. Je ne me laisserai pas fouler par la chair que tu exhibes. Tes charmements ne prennent point sur la noblesse que ce petit cœur de moi représente ! Tu défends ce vil personnage, tu périras, peu importe combien tu me sembles bonne ! »


Je me mis devant Erika avant que celui-ci ne décide de l’étreindre ou de l’embrasser, car je sentais quelque chose de malsain qui provenait de lui. En me voyant, il perdit toute fébrilité, au profit d’une méchanceté prononcée à mon égard. Même si j’ignorais de quoi il m’accusait concrètement, il restait hors de question que je me laisse incommoder. Ainsi, je lui fis signe que j’allais accepter son défi. Mais alors que je ne savais comment nous allions régler notre différend, il me lança une énorme épée qui se planta dans le sol, juste devant moi. Je compris en conséquence l’ampleur de son animosité.




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[Fic] Rising Hope Rebirth posté le [20/03/2020] à 21:25
Chapitre 2 : Une créature monstrueuse


Spoiler :




Je passai discrètement la main dans la poche arrière de mon pantalon, et j’en sortis un couteau. Je ne pris même pas la peine de le déployer ; je le lançai droit sur le garde qui retenait Erika. Ce dernier l’esquiva de justesse. Cela me permit de gagner quelques précieuses secondes. Avant qu’il ne le remarque, je m’étais déjà rué sur lui. Un seul coup de poing en direction des tempes suffit à l’écraser au sol, sans qu’il puisse rétorquer quoi que ce soit.


Je comptais profiter de l’affolement pour agir, mais je n’y parvins pas. Un pistolet fut pointé sur mon front en moins de temps qu’il n’en fallut pour que je neutralise un garde. Je devins un otage à mon tour, sous le regard meurtri d’Erika qui, elle aussi avait été saisie par un autre d’entre eux.


Je déglutis. Une fraction de seconde avait suffi pour que nous nous retrouvions dans une condition extrêmement délicate. Trois hommes au minimum se trouvaient derrière moi, tandis qu’un autre braquait un revolver en ma direction. Peu importe l’angle selon lequel j’analysais la situation ; mes chances de survie sans obtempérer n’excédaient pas zéro. Il en était de même pour Erika, qui elle, s’agitait violemment. Des vibrations singulières émanèrent d’elle. Je n’ignorais rien de leur dangerosité, mais pour être honnête, elles représentaient le cadet de mes soucis.


La présidente entama un dialogue avec le groupe armé. Tandis qu’ils négociaient, j’essayais encore de trouver une solution afin que l’on en sorte indemnes, en vain. Les gradins me parurent soudainement vides ; les spectateurs s’étaient enfuis. Pour ma part, je scrutais chaque angle dans le but d’y repérer un moyen de nous secourir. Au bout de quelques secondes, je remarquai quelque chose au sol : une espèce de petite pierre couleur ébène qui luisait d’un éclat étrange. Elle se trouvait juste sous le pied de Laure Delacour, qui y écrasait discrètement son poids afin d’actionner un mécanisme dont j’ignorais le but. Je compris alors que la femme n’avait pas entamé un échange simplement pour faire plaisir à des malfrats.


« Nous pouvons quitter les lieux et vous laisser continuer votre mascarade, conclut finalement celui qui me gardait en otage, mais nous emportons celui-ci avec nous.

— Pourquoi Rei !? hurla Erika, qui se débattit soudainement avec beaucoup plus de violence. Prenez-moi à sa place ! »


Je m’arrêtai quelques secondes. Pourquoi me voulaient-ils, alors qu’ils retenaient également le fils de la présidente en otage ? Leur but consistait-il vraiment en un coup d’État contre le gouvernement dirigé par le parti TNT ? Un nuage d’incompréhension vint obscurcir mes capacités de réflexion. Pourtant, l’urgence nous faisait face. Même si Laure Delacour avait appelé des secours par son mécanisme, ils n’allaient peut-être pas arriver à temps pour sauver Kôsei et Erika…


« Je vais vous suivre, déclarai-je fermement, en essayant de ne pas laisser transparaître ma peur. Cependant, je veux m’assurer que vous relâcherez les autres otages, comme convenu. »


Le terroriste en chef acquiesça, et recula de quelques pas en me gardant prisonnier. Je distinguai derrière nous une voiture noire aux vitres teintées qui semblait la première étape de cette course à la mort. Il fit signe à ses acolytes, qui projetèrent Kôsei et Erika droit sur le sol, avant de battre en retraite à leur tour. Tous braquèrent leur arme sur les ex-otages, tandis qu’ils gagnèrent petit à petit du terrain afin de prendre la fuite.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Je sentis un changement d’atmosphère radical. Erika, dont je pouvais jusqu’alors ressentir les émotions, devint subitement bien plus sombre. Ses effusions d’incompréhension s’estompaient pour laisser place à une réaction inconnue. Je grimaçai. Je savais ce qui était en train de se passer. Cette présence allait revenir sous peu, c’était inévitable. Purple Revolution ne le notifia cependant pas. À vrai dire, personne ne pouvait deviner ce qu’il allait advenir de cette prise d’otage.


Erika fronça les sourcils et me dévisagea d’un air bourré de reproches. Mon cœur rata un battement. Le temps se figea. Une lumière pourpre étincelante nous aveugla tous, y compris mes agresseurs. Je fermai les yeux, et m’en remis à mon instinct, dans l’intention de profiter de la clarté pour me débattre. En quelques secondes, je le bousculai, et me saisis de son arme afin de la braquer contre son front. Cependant, lorsque l’éclat s’estompa, et que je posai mon regard sur mon amie d’enfance, la surprise m’écrasa instantanément…


Ce qui caractérisait Erika n’existait plus. Il ne subsistait d’elle qu’une présence radicalement métamorphosée. Exit la spontanéité, et l’empathie. Erika ne représentait plus que l’ombre d’elle-même. Une jeune fille dure et rigide. Ses cheveux blanchirent, ses yeux se colorèrent de pourpre. Je ne distinguais dorénavant rien de plus que de la frustration et de la méchanceté. L’étincelle malicieuse et puérile qui animait son regard s’était laissée fondre dans le vide désormais en elle. Je la sentais fragile ; comme prête à s’effriter si quiconque osait la toucher. Il allait être difficile de négocier dans cette situation.


Mes instincts me signalèrent un danger imminent. Cette pensée se confirma lorsque je distinguai un éclat étincelant de la même couleur que les yeux de mon amie illuminer sa poitrine. Pire encore, Erika s’éleva lentement dans les airs jusqu’à stagner à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle fut progressivement imbibée d’un flux de puissance dont j’ignorais les propriétés, et fixait désormais « Purple Revolution » d’un regard empli de haine.


Ils se mirent en garde, comme s’ils pouvaient rivaliser. Le chef, subitement intéressé par Erika, me bouscula afin de la confronter.


Une irruption brève et soudaine me surprit. Cela sortit de la poitrine de l’existence en désordre. De la matière flottante de couleur pourpre, semblable à de l’énergie vraisemblablement vivante, se déplaça rapidement jusqu’à arriver à quelques mètres de nous. Cette essence prit un aspect qui semblait humanoïde à première vue. Cependant, lorsqu’elle fut totalement générée, elle me fit comprendre que ce qui nous attendait était bien plus dangereux que « Purple Revolution ».


C’était un monstre. Il n’existait aucun autre mot pour décrire une telle abomination. Elle apparut sous mes yeux, accroupie, avant de s’élever à quelques centimètres au-dessus du sol. Elle était remarquablement grande : quatre ou cinq mètres, selon mon estimation. Sa morphologie semblait à peu près similaire à celle d’une femme lorsque l’on considérait son visage ou sa poitrine. Cependant, sous sa taille n’étaient pas dessinées des jambes, mais une interminable queue constituée d’écailles bleu nuit. Elle mesurait plusieurs coudées de long, en s’enroulant autour du corps de cet être étrange. Au-dessous de cette armure reptilienne se cachait une couche de peau colorée d’un blanc cassé qui ressortait particulièrement en contraste avec sa chevelure violet terne ondulée. Des boucles composées de serpents qui possédaient chacun leur propre volonté. Comme pour ne me laisser aucun doute sur les intentions de cette nouvelle venue, ses yeux rouges s’illuminèrent d’une lueur faite de rage, tandis que ses deux longs bras s’ouvrirent en gueules de vipère qui sifflaient une mélodie funeste de leur langue de fourche.


« Qu’est-ce que… murmura mon assaillant, paralysé par la surprise. »


Il n’eut pas le temps de réagir. La queue de l’immense reptile s’était déjà écrasée contre lui, et l’avait projeté au loin. Elle avait abandonné à la suite de son passage une traînée de sang qui sembla flotter dans les airs pendant quelques secondes. Mes yeux s’écarquillèrent, tandis que les autres individus laissèrent tomber leur arme avant de prendre la fuite. Je lançai un regard furtif derrière moi. Le corps de leur chef gisait désormais sur le sol ; ils ne l’avaient pas emporté.


« Erika, bégayai-je, comment as-tu… »


Elle ne répondit pas ; à la place, elle me fixait en fronçant les sourcils, comme si je devais me sentir coupable de quelque chose. Lorsqu’elle se trouvait dans cet état, il semblait impossible de le maîtriser. Je connaissais ce type de revirement de personnalité. Je le nommais « sa crise intérieure ». Cela lui donnait une puissance considérable, au prix de ses capacités de raisonnement. Elle se manifestait toujours quand Erika éprouvait de la frustration, mais n’avait encore jamais pris une forme physique.


Je n’eus pas le temps de réfléchir davantage, puisque le monstre m’attaqua. Je l’esquivai de justesse en me jetant au sol. Le reptile aux cheveux de serpent cherchait à m’écraser de sa force colossale, et comble de l’étrange, elle m’avait désigné comme sa seule cible. En effet, ni Kôsei, ni sa mère ne furent inquiétés par la nouvelle venue. J’ignorais s’il était bon de riposter, et surtout, de comment organiser ma frappe.


Je reculai instinctivement, tandis que la créature tenta de nouveau de me porter atteinte. Je pus voir la queue de cette chose qui voulait m’attaquer en revers suffisamment tôt pour pouvoir anticiper cette autre offensive, mais le temps pressait. Le monstre en Erika semblait déterminé à me faire la peau si je ne trouvais aucune solution pour rivaliser.


Je me baissai de justesse pour esquiver une nouvelle agression. La femme-reptile laissait paraître de la frustration chaque fois qu’elle me manquait, ce qui me conforta dans l’idée qu’elle possédait ses propres émotions. Ainsi, je pris une décision hâtive, dus tout miser sur elle. Armé du revolver abandonné au sol, j’allais contre-attaquer. Mais alors que j’allais tirer, je fus tout simplement soufflé par un coup de queue, qui me propulsa au loin avant même que je ne puisse faire feu.


Cela me projeta droit contre la vitrine d’un magasin d’alimentation générale, sur la place de l’espoir. Je serrai les dents. Mon corps entier se raidissait sous le poids de la douleur. Je sentais que des morceaux de verre avaient écorché mon épiderme, mais l’heure n’était pas à s’y attarder. Il fallait que je me relève.


Le reptile s’approcha de moi. Mon cœur battait la chamade. Je suais à grosses gouttes, intimidé à l’idée de croiser le regard de cette créature. J’avais peur. Peur de manquer de force, de mourir, d’abandonner le sort d’Erika à cette infâme existence.


« Du calme Reisuke, me murmurai-je en essayant de contrôler mon rythme cardiaque. C’est exactement comme un entraînement à la caserne. Ne te soucie pas du risque ; tu as vu pire. »


Je repris ma course effrénée vers la libération de mon amie. Je gardai en tête l’atmosphère dégagée par une maison en flammes, ou par un sauvetage périlleux. Ainsi, lorsque le monstre tenta de me cracher une salve de venin, il me fut aisé d’esquiver l’attaque, tout en conservant mon sang-froid et ma concentration. Mon objectif ne consistait plus en la défaite de ce reptile, mais se centrait sur Erika. Si je sortais la jeune fille de cet état de transe, peut-être allait-elle pouvoir rappeler cette chose une bonne fois pour toutes.




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[Fic] Rising Hope Rebirth posté le [27/03/2020] à 17:52

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